Casa Falk à Stromboli – Retour sur un tournage


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Casa Falk, La Sciara del Fuoco à Stromboli

     La Casa Falk est la maison rénovée par le cabinet LGB architetti de la masure dans laquelle Karin (Ingrid Bergman) et son mari Antonio (Mario Vitale) habitaient dans le film de Roberto Rossellini, Stromboli terra di Dio, tourné en 1949 dans l’île Éolienne de Stromboli.


Stromboli terra di Dio : l’amour, c’est du cinéma…

Ingrid Bergman (1915-1982)« J’ai vu vos films « Rome, ville ouverte » et « Pais », et je les ai beaucoup aimés. Si vous avez besoin d’une actrice suédoise  qui parle très bien anglais, qui n’a pas oublié son allemand, qui n’est pas très compréhensible en français et qui, en italien, ne sait dire que « Ti amo », je suis prête à venir faire un film avec vous. » – Lettre d’Ingrid Bergman reçue le 8 mai 1948 par Roberto Rossellini.

Tournage du film Stromboli Terra di Dio - Karen (Ingrid Bergman) descend l'escalier avec Antonio

Tournage du film Stromboli Terra di Dio – Karen (Ingrid Bergman) descend l’escalier avec Antonio (Mario Vitale)

     Fin mars 1949, Ingrid Bergman quitte Hollywood, laissant derrière elle son mari, le neuro-chirurgien Petter Aron Lindström qu’elle avait épousée 12 années plus tôt et sa fille Pia alors âgée de 11 ans et gagne Rome. Roberto Rossellini, quant à lui a engagé le divorce avec sa première femme. Des groupes religieux, des associations féministes, des politiciens et la presse américaine et européenne se déchaînent alors contre le couple adultère.

       Le 6 avril 1949, Roberto Rossellini débute le tournage de Stromboli Terra di Dio avec l’actrice suédoise devenue sa maîtresse Ingrid Bergman et déjà enceinte qui joue le rôle de Karin, une jeune réfugiée lituanienne qui à la fin de la seconde guerre mondiale est retenue dans un camp en Italie pour avoir été la maîtresse d’un officier allemand. Sa demande pour gagner l’Argentine ayant été refusée, elle se résout totalement désemparée à épouser sans amour Antonio un jeune pêcheur italien originaire de Stromboli qui l’emmène dans son île mais avec lequel la barrière de la langue et la différence culturelle et sociale l’empêche de communiquer. A son arrivée dans l’île, Karin va être confrontée à une population méfiante, figée dans ses traditions, ses superstitions et ses préjugés. Le volcan violent et imprévisible est le deus ex machina qui rythme la vie des îliens et fait planer sur leur tête un danger permanent. C’est dans ce cadre oppressant exacerbé par l’insularité que Karin va perdre pied et escalader une nuit le volcan dans une folle tentative d’échapper d’une manière ou d’une autre à son désespoir.

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Stromboli – Ingrid Bergman (Karin) et Mario Vitale (Antonio)

       A son arrivée dans l’île de Stromboli, Karin prend conscience qu’il lui sera impossible de vivre dans cet endroit d’autant plus qu’Antonio les installe dans une pauvre masure décrépie sans aucune commodité ni confort.

Maison du tournage de Stromboli

Nadine de Rothschild devant la maison du tournage

      Nadine de Rothschild dans son roman biographique Sur les chemins de l’amour (Robert Laffont) est venue se recueillir sur les lieux où a eu lieu le tournage. voici ce qu’elle écrit au sujet de la masure où Karen et Antonio sont censés vivre dans le film : 

     « La maison qu’Ingrid-Karin habite dans le film est au bout d’une ruelle qui descend vers la mer. Malgré son état de décrépitude — pire que dans le film, c’est dire ! —, je reconnais aussitôt la porte qui ouvre sur la terrasse au premier étage, les petits murets qui délimitent le jardin, les fenêtres où Karin contemple désespérément la mer. Le volcan s’élève juste derrière, et sa silhouette a quelque chose d’inquiétant. La maison est aujourd’hui à vendre, huit cent mille euros, ce qui est cher pour une ruine, mais l’endroit est historique…
     Mon pèlerinage n’est pas fini. il me reste un dernier décor à découvrir. Et celui-là est naturel. À cinq minutes de ces maisons, un petit chemin escarpé descend à travers les rochers vers une crique et la fameuse Grotta di Eolo… Non seulement Ulysse y est venu, mais aussi Ingrid Bergman ! C’est ici qu’elle retrouve le gardien de phare le beau Mario Sponza, et qu’elle le séduit. Grâce à l’argent qu’il lui donne, elle croit pouvoir s’enfuir. Je revois parfaitement la scène, tandis que je foule le sable noir et brillant, comme semé de petits diamants. Assise sur une pierre volcanique, à l’entrée de la grotte, je prends le temps de souffler et me laisse aller à mes pensées.
    Stromboli est double, et c’est là tout son charme. L’île peut être le plus paradisiaque des cadres et aussi le plus angoissant. sans doute est-ce là le propre des îles. On rêve tous d’une île déserte, parce que cela signifie échapper à la foule et à la réalité matérielle, mais en même temps cet isolements st dur à supporter. Surtout quand il y a un volcan qui gronde en permanence… Cela ne favorise pas la sérénité. en choisissant cet endroit pour à la fois tourner son film et vivre son histoire d’amour, Roberto Rossellini prenait un gros risque. Il est déjà difficile de mêler travail et vie privée, alors dans ces conditions… Peut-être était-ce là le moyen de tester Ingrid, de la bousculer et de la débarrasser de tous ses oripeaux hollywoodiens… Mission réussie : elle en sort grandie »

Tournage du film Stromboli Terra di Dio - Karen (Ingrid Bergman) monte l'escalier.png

     La masure qui a servi de décor pour le film de Rossellini et que Nadine de Rothschild décrit avec commisération est un exemple typique de l’architecture rurale des îles Eoliennes. Elle se situe dans le hameau de Piscita sur la zone de La Sciara del Fuoco, une coulée de laves descendue du volcan jusqu’à la mer.

Quartier de Piscità

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Emplacement de la maison dans le hameau de Piscita

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le quartier de  Piscita  la zone de La Sciara del Fuoco (l’allée de Feu) où se situe la masure

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les femmes du quartier avec la maison en arrière-plan


Extrait du film montrant Karin, filmée complaisamment par Rossellini, errant dans le village


Ingrid Bergman (Karin) dans le site, pot-pourri de photos (crédit au site stromboli-fil.skyrock, c’est  ICI ). Pour relier ces photos à l’architecture rurale traditionnelle des îles Éoliennes, voir l’article de ce blog intitulé La maison traditionnelle des îles éoliennes, c’est  ICI. (Cliquez sur les photos pour les agrandir)


la maison traditionnelle des îles éoliennes (Italie du sud)

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Les îles Éoliennes vues d’avion

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     Les îles Éoliennes (Isole Eolie en italien) ou îles Lipari du nom de la plus grande île forment un ensemble de dix sept îles volcaniques dont sept seulement sont habitées et trois accessibles aux automobiles. Elles se situent dans la mer Tyrrhénienne au nord de la Sicile et à l’ouest de la Calabre. L’archipel est rattaché administrativement à la Sicile  et est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2000. L’économie est aujourd’hui tournée principalement vers le tourisme.

Les sept îles principales habitées sont par ordre d’importance:

  • Lipari, 10.554 habitants, dont Lipari est la capitale et qui possède des carrières de pierre-ponce.
  • Salina, 2.300 habitants, ainsi nommée à cause de ses exploitations de sel.
  • Vulcano, 717 habitants, dont le volcan est toujours actif et qui possède des bains de boue sulfureuse.
  • Stromboli, 420 habitants, dont le volcan est également actif mais de manière importante.
  • Panarea, 280 habitants, de faible superficie (3,4 km2)
  • Filicudi, 250 habitants, qui comporte pas moins de 6 volcans éteints
  • Alicudi, 150 habitants, l’île située le plus à l’ouest.

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    La légende veut que le nom de l’archipel soit issu du nom d’Eole qui, dans la mythologie grecque, est considéré comme le maître des vents bien que les faits attachés à son nom soient assez confus puisqu’il existe dans la mythologie trois personnages portant ce nom : Éole, fils d’Hippotès, cité par Homère dans l’Odyssée comme ayant accueilli Ulysse, Éole, fils d’Hellen, ancêtre des Hellènes et Éole, fils de Poséidon et frère jumeau de Béotos, ancêtre des Béotiens.

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Vulcano – Le repos d’Eole

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Un passé tourmenté

    Victime pendant de nombreux siècle des raids de pirates barbaresques, les maisons îlliennes se sont d’abord implantées loin du rivage dans des endroits difficile d’accès aisément défendables. C’est ainsi qu’en 839, Lipari est investie par des troupes musulmanes et ses habitants massacrés ou emmenés en esclavage, fait renouvelé en 1544 par le célèbre Barberousse, un renégat chrétien qui s’est mis au service des Turcs.  L’aspect blanc immaculé qui constitue l’une des caractéristiques de l’architecture des îles n’était alors pas de mise, il convenait plutôt de ne pas être visible et se fondre dans le paysage. Ce n’est qu’après le retour de la paix, à partir du XVIIe siècle, que les maisons ont commencées à s’implanter sur les plaines et douces pentes des bords de mer pour des raisons fonctionnelles liées à la pratique de la pêche et au développement du commerce avec le continent et la Sicile mais aussi pour des raisons pratiques et d’agrément.

264 ans d’occupation musulmane

     Après leur victoire de 827 à Capo Granitola contre les troupes byzantines qui occupaient alors la Sicile, l’armée musulmane occupa tout le sud de la Sicile mais il faudra attendre l’année 878 pour que Syracuse tombe à son tour et 965 pour que la dernière place forte que les byzantins tenaient sur l’île, Rometta, soit investie après un siège de deux années. Cette occupation durera jusqu’en février 1061, année du débarquement des normands Robert et Roger Guiscard dans l’ile et de leur prise de Messine. Palerme tombera en 1072 après 241 années d’occupation musulmane et la dernière ville encore tenue par les musulmans, Noto, tombera en 1091. Les musulmans avaient fait de Palerme, conquise en 831, leur capitale; sous la dynastie des Kalbites qui avaient pris le pouvoir en 947, la ville comptait 350.000 habitants, ce qui en faisait la deuxième ville la plus importante d’Europe derrière Cordoue qui en comptait 450.000. Les îles Éoliennes situées entre 50 et 80 km de la côte sicilienne tombèrent sous la domination des musulmans au moment où ceux-ci contrôlèrent le détroit de Messine. la population presque entière fut massacrée ou réduite en esclavage.

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Constructions du bord de mer dans l’île de Stromboli

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Une architecture méditerranéenne influencée par la culture musulmane

un village de l'île de Stromboli    Lorsque par bateau, on se rapproche des côtes de la Sicile et des îles qui l’entoure et que l’on voit apparaître les villages et les groupes d’habitations qui s’accrochent sur les flancs des montagnes et des volcans, on est surpris de leur ressemblance avec les constructions urbaines du Magreb voisin. Les maisons sont constituées d’un agglomérat de volumes cubiques à toitures terrasses qui se développe sur un à deux niveaux et sont disposées sur la pente de telle manière  que chaque maison possède une vue dégagée sur la mer. Les maisons peuvent être isolées ou groupées en bordure de ruelles étroites qui montent à l’assaut des pentes en zigzag. Cette architecture renvoie sur le plan généalogique à la maison gréco-romaine antique, au modèle des premières installations islamiques en Mésopotamie et en Égypte et aux constructions archaïques berbères de l’Afrique du Nord qui sont à l’origine des Kasbah et des Ksours, ces ensembles de maisons en terre des zones désertiques d’Algérie et du Maroc.

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Maison typique de l’île Lipari

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maisons sur l’île de Panarea : le décrochement sur la pente permet la préservation des vues

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Maison dans l’île de Panarea

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La structure de base de la maison

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   La conception de la maison s’établit à partir d’un système modulaire qui permet, selon les besoins, la juxtaposition ou la superposition d’éléments cellulaires cubiques.  La maison rurale d’origine était le plus souvent unicellulaire et s’est agrandie avec le temps pour devenir bi-cellulaire, tri-cellulaire et même multi-cellulaire pour répondre aux besoins nouveaux  de ses habitants. L’une des cellules abritait la pièce de vie avec la cuisine, une deuxième, les lits des occupants.
      Dans les implantations anciennes où l’espace était réduit, l’extension des maisons s’effectuait de manière verticale par l’adjonction d’un ou plusieurs volumes cubique sur la terrasse de la maison d’origine. Les deux niveaux étaient alors reliés le plus souvent par un escalier extérieur en arc-boutant. L’étage inférieur était alors dévolu aux pièces de jour, cuisine et salle à manger et l’étage, aux chambres. Lorsque l’ancienne terrasse n’était pas entièrement occupée par l’extension, elle était rendue accessible par le nouvel escalier.
schémas ci-contre : évolution modulaire d’un habitat d’origine unicellulaire et escalier extérieur d’accès au niveau supérieur et à sa terrasse.

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  murs constitués de pierres de lave irrégulières

      Les fondations et le reste de la structure porteuse sont constitués de grosses pierres de lave locales de formes irrégulières, posées à secs du nom de « ruppidu » . De préférence les murs de façade étaient construits avec des blocs de pierre ponce dont les milliers de bulles d’air emprisonnées offraient un bonne isolation.  Les planchers et la toiture terrasse horizontale accessible appelée ici « astricu » étaient réalisés avec des poutres en bois disposées à environ 40 cm de distance les unes des autres sur lesquelles ont été disposés un premier lattis en nattes de roseaux que l’on a recouvert d’un lit de  petites pierres poreuses et légères, appelé « rizzu », et un mortier de chaux battue avec un pilon en bois au long manche le « mataffo« , mélange qui une fois compacté avait la particularité d’être perméable à la vapeur d’eau et  étanche à l’eau. Le séchage de cette chape devait être lent et régulier pour éviter sa fissuration et devait durant toute sa durée être protégé du soleil par un lit de fougères sèches qu’on humidifiait régulièrement. Chez les propriétaires aisés, le sol de l’astricu pouvait être recouvert de carreaux de sol. Ce système constructif avait comme avantage d’utiliser très peu d’ouvrages de structure en bois, ce qui était appréciable dans un site où le couvert forestier était très faible et parfois même inexistant.

Capture d’écran 2016-02-15 à 15.18.55     Ces planchers et cette toiture, légers et friables et non liés intrinsèquement aux rigides murs porteurs permettaient de résister aux tremblements de terre fréquents dans la région. Dans une région où l’eau venait souvent à manquer du fait de la sécheresse et de pente prononcée du sol et où les sources étaient rares et d’un débit limité, la toiture terrasse, l’ « astricu » était aménagé de manière à récupérer l’eau de pluie qui était ensuite recueillie dans des grands pots ou canalisée à travers un canal en terre cuite nommé « casulera » jusqu’à un réservoir souterrain situé le plus souvent sous la maison mais aussi à l’extérieur, l’ « isterna« . Avant d’atteindre la citerne, l’eau devait passer par un bac formant siphon qui retenait les poussières, le sinsectes et les feuilles. L’accès à la citerne s’effectuait à partir de la terrasse extérieure.

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ouverture de la citerne

occhio tunnu (ouverture circulaire pour la ventilation)-    En général, les ouvertures de la maison étaient orientées sud-Est pour bénéficier l’hiver de l’apport solaire et les autres façades étaient en général closes afin d’éviter les courants d’air froids à l’exception toutefois de celles sur lesquelles donnaient une cuisine qui se devait alors d’être ventilée. La forte chaleur de l’été était atténuée grâce à l’inertie et l’isolation des pierres volcaniques des murs et souvent par la présence d’une vigne qui filtrait les rayons du soleil en jouant le rôle de pare-soleil. Quelques ouvertures circulaires typiques de ces îles que l’on appelle œil (les occhiu tunnu) faites de poteries sans fond ou de pierres taillées et percées intégrées aux murs qui pouvaient être fermées à l’aide d’une trappe servaient également à la ventilation en été. Celle ci pouvait également être assurée grâce à l’utilisation de portes à trois battants, dont l’un des battants placés dans la moitié supérieure de la porte permettait de créer un courant d’air lorsque celle-ci était fermée. À l’origine, les ouvertures ne comportaient ni fenêtres, ni vitrages, leur fermeture était assurées par des volets de bois aux gonds fortement ancrés dans les murs et fermées par des verrous de fer.
(photo  : occhiu tunnu au-dessus de la porte munie d’une tenture)

Casa a Serra

illustrations ancienne d’un Bagghiu et de ses Pulera (piliers massifs) au rez-de-chaussée d’une maison éolienne et son four

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Un espace essentiel : la terrasse protégée ou « bagghiu »

       Le retour de la sécurité avait permis de construire sur les terrains plats ou peu pentus du bord de mer et de manière plus éclatée sur des surfaces de terrains plus importante. De ce fait les extensions se réalisaient de préférence sur le plan horizontal et il était alors possible de d’aménager une « bagghiu« , nom donné à la grande terrasse du rez-de-chaussée aménagée devant la façade principale orientée au sud-est. Cette terrasse jouait alors un rôle primordiale. Pour ces maisons dépourvues de dégagements entre les différentes pièces, elle servait d’espace de connexion des différents espaces et à la belle saison d’espace de vie où on effectuait divers tâches telles les préparations des repas, le séchage des aliments, le stockage. On pouvait aussi s’y détendre, manger et goûter les fruits délicieux de la treille  ou des arbres fruitiers plantés à la périphérie.

maison éollienne - Pulera et Bisoli

Îles Éoliennes – deux exemples contemporains de bagghiu avec pulera (piliers) et bisoli (bancs de pierres)

Bagghiu, Pulera et Bisoli

Capture d’écran 2016-02-15 à 15.22.37         La bagghiu pouvait être couverte d’une pergola sur laquelle on étendait des canisses ou on faisait courir ou une vigne qui en plus de l’agrément de la récolte du raisin permettait d’atténuer les rayons du soleil l’été. la pergola était constituée de solives de bois fixées sur le mur de façade de la maison et sur des « Pulera« , ces piliers de pierres cylindriques construits en limite extérieure de la terrasse et sur entre lesquels on aménageait des « Bisoli« , sièges de pierres recouverts de faïences polychromes. Ils étaient reliés aux Pulera par des structures de pierres en quart de rond permettant le calage de la tête lorsque vous étiez allongés.

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Bagghiu d’une maison de l’île de Panarea : Pulera (avec sa niche pour abriter la mumieri) et bisuoli

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Un après-midi sous le figuier

Sous le figuier

  « J’ai le souvenir heureux d’un après-midi d’été passé sur le bagghiu d’une casa posée sur une colline surplombant Milazzo en Sicile, où, assis confortablement à l’ombre d’un vénérable figuier, soulé du chant des cigales, j’admirais dans les lointains bleutés, les îles Éoliennes, et que je n’avais qu’à lever le bras pour chercher à l’aveugle, parmi le feuillage, la figue la plus molle, donc la plus mûre, que j’allais l’instant d’après, déguster avec délice…»

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Les dépendances et aménagements extérieurs

     Au début du XIXe siècle, les conditions de vie se sont fortement améliorées dans les îles et le développement du commerce a favorisé l’émergence d’une petite bourgeoisie. Les exploitations agricoles situées à proximité des centres urbains et implantées sur les meilleures terres qui fonctionnaient jusque là de manière autarcique sont devenues de véritables fermes  engagées dans une économie de commerce et d’échange. Des constructions et équipements nouveaux peu utilisés jusque là sont devenues indispensables et ont dus être construits en accompagnement du bâtiment principal. Parmi ces dépendances figurent la « pinnata« , sorte de dépôt réserve et d’abri pour animaux l’été, le « palmento » ou « parmienta« , espace  fermé où était placée la meule pour presser les fruits. Il faut savoir que dans le passé, les habitants étaient à la fois agriculteurs et pêcheurs et que de ce fait, les espaces de dépôt et de rangement devaient être importants. Il n’était pas rare de voir dans l’un de ces dépôts le matériel de pêche côtoyer les barils de câpres, les bouteilles de vin et les jarres à huiles. De plus, l’hiver, le petit bateau de pêche devait être abrité dans un endroit protégé. Parmi les volumes annexes, il pouvait figurer la « stadda » (l’écurie), la « mannira » (la bergerie)
    Un autre équipement avait fait son apparition, c’était la « vagnu« , la salle de bains, qui, par manque de place ne pouvait être installée le plus souvent qu’à l’extérieur. Des écuries pour les animaux et des entrepôts étaient construits en dehors du bâtiment principal ou à la verticale sur le côté principal. Dans les maisons appartenant à des familles riches, la propriété pouvait également comprendre une petite chapelle.

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    C’est également sur le bagghiu que l’on installait le plus souvent le « furnu » l’énorme four en pierre en forme de dôme hémisphérique adossé à la façade de la maison que l’on utilisait pour la cuisson. il comportait souvent deux espaces de cuissons, un grand pour le pain et un petit pour les confiseries.

à gauche dispositifs pour le triage du grain (u crivu) et pressage du raisin (u parmientu) - à droite dispositif de concassage des olives

L’intérieur d’un palment – à gauche : dispositifs pour le triage du grain (u crivu) et pressage du raisin (u parmientu) – à droite : dispositif de concassage des olives

Capture d’écran 2016-02-15 à 15.22.48     Toujours à l’extérieur de la maison, se trouvait la « pile« , un réservoir utilisé pour le lavage des vêtements et le « princu« , un lavoir taillé dans une pierre de lave qui était placé sur la pile elle-même

Traitement des façades   

ARCHITETTURA3      Avec l’amélioration des conditions de vie, les façades, qui laissaient initialement leur structure de pierres apparente pour rendre la maison moins visible dans le paysage, ont été aménagées avec plus de soin, recevant un enduit extérieur de couleur blanche ou colorées de diverses nuances d’ocre et couronnés d’éléments décoratifs en briques courbes en « dentelle » et enrichies avec des pointes et des clochetons d’angles. Les pilastres pouvaient également revêtis de couleurs vives.

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Intérieur typique d’une ancienne maison îlienne : noter l’espace de rangement en mezzanine suspend aux poutres et les niches pratiquées dans l’épaisseur des murs.

L’aménagement intérieur

   Dans l’un des angles de la pièce principale et face à l’entrée était installé la « cucina« , la cuisine qui comportait le « cufularu » constitué d’aménagements maçonnés surélevé à un, deux ou trois foyers pour chauffer les aliments ou les conserver au chaud avec un compartiment inférieur pour entreposer le bois de chauffage. Un poêle pouvait être intégré à l’ensemble.  Les surfaces verticales et la surface horizontale du soubassement sur laquelle on pouvait s’asseoir ou déposer des objets étaient revêtues de carreaux polychromes. A-dessus de la l’ensemble de cuisson, une hotte pyramidale permettait l’évacuation des fumées, elle reposait sur une large poutre de bois débordante qui faisait office d’étagère. Les meubles se limitaient à une table, quelque chaises, un banc et des coffres.

  Les chambres individuelles aménagées dans les cubes moduleras, « càmmira stari« , ne communiquait pas entre elles et était accessibles uniquement par l’extérieur. Les lits étaient constitués de planches de bois posées sur une ossature en fer sur lequel était posé un matelas emplis de crin ou de feuilles de palmier séchées. Lorsqu’il y avait un berceau, celui-ci était suspendu au plafond par des cordes. Les vêtements et les objets étaient rangés dans un grand coffre.

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Ancien cufularu

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La cuisine typique plus récent d’une maison éolienne

     On a vu que le « furnu« , le four au dôme hémisphérique, compte tenu de ses dimensions importante, était placé à l’extérieur, adossé contre l’un des murs de façade. Dans certains cas les foyers s’ouvraient à l’intérieur de la maison, dans la cuisine, à proximité du cufularu.
    Le mobilier était extrêmement simple et réduit à l’essentiel. Les armoires et les étagères, « stipula » et « iazzana« , étaient aménagées dans des cavités réalisées dans l’épaisseur des murs. dérivées de petites chambres en retrait dans l’épaisseur de la paroi de périmètre. Dans de nombreux cas, il existait un espace rangement constitué de planches posées sur des poutres pour servir de stockage pour les produits agricoles et les outils.<
    Le soir l’éclairage était assuré par la « lumieri« , une lampe à huile ou une chandelle placée une niche aménagée dans l’épaisseur des murs. on trouvait le même système d’éclairage pour la terrasse extérieure,  le bagghiu, une niche étant aménagée dans des piliers de pierres supportant la pergola pour protéger la flamme du vent..

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Pot-pourri d’images de maisons des îles Éoliennes et de leurs aménagements typiques

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Mélange des genres : architecture musicale et poésie

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Île de Stromboli, Italie – Casa Falk près de la « Sciara del fuoco »

     « Dans la masse compacte d’une colline déjà presque entièrement sombre, deux maisons, à des hauteurs différentes, les deux notes d’une quinte, qui s’enfoncent de plus en plus dans la masse obscure des rochers, y creusant deux puits carrés d’où sourd assez de blancheur pour que mon œil voie le noir de la nuit. »

Lorand Gaspar, Carnets de Patmos

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Pour une réhabilitation respectueuse du bâti rural : procédés architecturaux pour la création de grandes baies vitrées

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    Dans l’architecture rurale traditionnelle, la majorité des constructions, qu’elles soient à usage d’habitat, à usage agricoles ou mixtes groupant les deux fonctions sont des constructions de un à deux niveaux, de largeur assez étroite, se développant en longueur selon l’axe du faîtage d’une toiture en général à deux pans. Les planchers sont en très grande majorité supportés par des poutres bois de section moyenne avec comme conséquence une portée limitée qui reposent sur les murs porteurs des façades longitudinale. Les murs intermédiaires porteurs longitudinaux qui permettraient l’élargissement de la largeur des constructions sont extrêmement rares. Par contre, on relève la présence de murs transversaux de refends qu’ils aient été intégrés à la construction d’origine ou qu’ils correspondent à des anciens murs pignons intégrés à la construction lors d’une extension. C’est en général au centre de ces murs de refends transversaux ou pignons qu’étaient accolées les anciennes cheminées à feu ouvert.

     Le langage courant donne à ce type de construction toute en longueur le nom de « maison en longueur », de « longère » avec des appellations régionalistes particulières telle le « pen-ty » ou « Ty-forme » dans le Finistère.

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Quelques exemples de lingères traditionnelles :

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Voici quelques exemples pris en Bretagne et dans le Lot de maisons en longueur ou « lingères » à un niveau + combles aménagé ou non. Dans le cas de l’aménagement des combles, on y accédait à l’aide d’un escalier intérieur ou extérieur et l’éclairage des volumes sous toiture s’effectuait à l’aide de lucarnes ou chien-assis dont la façade était placée le plus souvent en prolongement de la façade longitudinale.

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plan de 2 longères dans le village de Gâvres en Riantec près de Lorient dans le Morbihan. (crédit Histoire-Généalogie, magazine-web, c’est  ICI )

Ces 2 lingères présentées ci-dessus font partie d’une même exploitation. La plus petite de dimensions intérieures 2,90 m x 5,20 m est appelée Ty-Forme et ne comprend qu’une pièce de vie, la seconde de dimensions intérieures 4,70 m x 9,40 m possède 2 pièces séparées par un hall-dégagement. Les 2 maisons possèdent une cheminée installée en position centrale de l’un des murs pignons mais certaines possèdent une cheminée par mur pignon.

Plan maison longue ou longère - maison de petit agriculteur dans le Lot, XIXe siècle (crédit Christian Lassure, L'architecture vernaculaire de la France).jpg

Plan de maison longue ou lingère dans le Lot – maison de petit agriculteur, XIXe siècle (crédit Christian Lassure, L’architecture vernaculaire de la France).

Il s’agit d’une longère formée par l’adjonction d’une étable-fenil à une maison rectanguaire à pièce unique; four à pain à une extrémité, citerne non couverte à l’autre – dim. intér. : pièce unique : long. 6,50 x larg. 4,00 m – étable : long. 7,55 x larg. 4,00 m. Légende : 1 – salle à vivre;   2 – étable à ovins surmontée d’un fenil;   3 – citerne non couverte:   4 – four à pain;   a) – cheminée;   b) – évier;   c) – citerne intérieure;   d) – crèche-mangeoire;   e) – entrée;   f) – fenêtre.

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Problèmes fonctionnels et esthétiques posés par la réhabilitation des longères

Exemple de réhabilitation en Bretagne

     Le problème qui se posent aux concepteurs lors de la réhabilitation des constructions rurales traditionnelles type longère est d’ordre fonctionnel et esthétique. Fonctionnel car il s’agit de faire répondre une construction ancienne qui n’avait pas été réalisée pour répondre à ces objectifs à des besoins nouveaux imposés par l’évolution du concept d’habitat tant en matière d’habitabilité que d’économie. Esthétique car les solutions proposées pour résoudre le problèmes posés vont souvent à l’encontre de la préservation de la qualité architecturale d’origine. Les constructions anciennes offrent un faible nombre d’ouvertures de petites dimensions alors que les besoins exprimés portent aujourd’hui sur la présence de quelques grandes baies vitrées permettant de faire entrer la lumière et d’offrir une vue maximale sur le paysage. L’exemple ci-contre réalisé par la société Poriel à Clohars-Fouesnant montre un cas particulièrement réussi et exemplaire de réhabilitation respectueux de l’architecture ancienne mais certains maîtres d’ouvrage auraient pu souhaiter que l’ouverture du séjour soit de surface beaucoup plus importante posant ainsi un problème architectural délicat à résoudre d’intégration d’un élément architectural contemporain — en l’occurrence une grande baie vitrée — à une construction ancienne au style bien particulier. Dans le même ordre d’idée, la nécessité de réaliser des ouvertures plus nombreuses et d’installer des capteurs solaires en toiture auraient eu un impact négatif sur la qualité de l’architecture.

     L’exemple qui suit montre quelles solutions techniques et architecturales peuvent être mises en œuvre pour répondre à ces exigences.

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Réhabilitation d’une lingère dans le Morbihan, 2013 – agence d’architecture ATOME à Plougoumelen 56400.

Atome architectes - Morbihan, Projet de réhabilitation d'une longère ancienne, 2013

     Le problème qui se posait aux architectes de l’agence d’architecture ATOME pour la réhabilitation de cette  longère du Morbihan était double : créer des grandes ouvertures pour l’éclairage des pièces principales des volumes intérieurs et placer sur le toit de la constructions des panneaux solaires. Pour ces deux types d’aménagements, le risque était grand de dénaturer la construction en brisant son unité première par la mise en place d’ouvertures de taille disproportionnées en rupture avec les ouvertures traditionnelles et l’installation sur la toiture d’un corps étranger en saillie du plan formé par le revêtement en ardoises.

     Plutôt que de réaliser des ouvertures supplémentaires du même type que celles existantes mais de taille inappropriée, les architectes ont préférés découper une tranche de l’un des murs de façade sur toute sa hauteur et d’y installer une baie de  grande dimension ce qui a pour effet de donner l’illusion qu’on est en présence de deux corps de bâtiments traditionnels séparés par une articulation vitrée. Pour appuyer cette idée les arêtes des deux murs situés de part et d’autre de la grande baie vitrée ont reçues un appareillage de pierres d’angle. La transition entre la partie verticale vitrée et la partie continue de la toiture se fait très intelligemment par un claustra de lames de bois jouant le rôle de brise-soleil qui brouille la perception en jouant à la fois le rôle d’écran « clos » et « ouvert » grâce à sa semi-transparence. Le même système est utilisé pour réduire artificiellement la hauteur d’une baie en pignon dont la proportion dérogeait aux règles habituelles. Les éléments architecturaux constitutifs des deux volumes pleins tels que l’appareillage en pierres des murs, les encadrements de fenêtres et les linteaux ont été conservés et mis en valeur pour affirmer l’architecture traditionnelle. À noter l’espace privatif extérieur qui prolonge le séjour sous la forme d’une terrasse en bois qui vient buter sur des murets extérieurs traités comme les murs de la construction.

capteurs solaires invisibles  Thermoslate

    Pour l’installation des capteurs solaires thermiques, les architectes ont choisi le système Thermoslate conçu par la société Cupa, qui offre l’intérêt d’être invisible car il utilise des ardoises qui sont extraites de la même carrière au même moment. Ce matériau absorbe la chaleur et la restitue à un ballon d’eau chaude pour alimenter un chauffage basse température, un circuit d’eau chaude sanitaire ou pour chauffer une piscine. Ce système est moins performant qu’un capteur solaire classique mais le fabriquant affirme qu’il s’use moins et est de maintenance nulle. 

Le résultat : une maison à l’architecture contemporaine, simple et sobre, bien adaptée à son environnement qui répond aux exigences d’habitabilité et de confort moderne tout en respectant les principes architecturaux qui avait fait l’originalité et la valeur de la construction initiale.

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Home, sweet home : Reese House à Long Island de l’architecte Andrew Geller (1957), maison à charpente en A (A-frame)

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Andrew Geller (1924-2011)

Andrew Geller (1924-2011)

     Andrew Geller était un architecte américain qui était également peintre et graphiste. Il est surtout connu pour ses maisons de plage originales qui ont révolutionné l’architecture des résidences secondaires dans les régions côtières de New York, du New Jersey et du Connecticut au cours des années 1950 et 1960. Fils d’émigrés russes arrivés aux Etats-Unis en 1905 et installés à Brooklyn, le jeune Geller avait du interrompre ses études d’architecture pour s’être engagé dans l’armée lors de la seconde Guerre mondiale mais au retour il eut la chance de débuter sa carrière au sein de la prestigieuse agence de design Raymond Loewy and Associates chez qui il avait rêvé de travailler et dans laquelle il s’occupera principalement de la conception de centres commerciaux et de grands magasins à travers les États-Unis et du design des produits qui les accompagnaient.
     C’est en 1957 qu’Elisabeth Reese, la directrice des relations publiques de l’agence, lui demande de réaliser le projet d’une maison de plage sur la petite parcelle qu’elle vient d’acquérir à Saganopack, un village situé dans la région des Hamptons de l’État de New York, une péninsule constituée de villages anciens, de plages et de dunes sur 45 km de cotes. Le budget était serré (5.000 dollars) et la cliente souhaitait une maison facile à vivre demandant peu d’entretien aux lignes simples et épurées. Le coût final sera finalement de 7.000 dollars.

vue aérienne de la cote de saganopack

vue aérienne de la cote de Saganopack dans les Hamptons

     Geller rechercha une solution technique économique pour la structure de la construction. Le parti adopté fut la réalisation d’une construction en ossature bois à  structure porteuse en A, vulgarisée par la suite sous l’appellation de A-frame, dans laquelle les chevrons porteurs des deux pans de toiture descendaient jusqu’au sol et était contreventés par des entraits horizontaux (formant la barre du A). La couverture de la toiture était constituée de bardeaux en red cedar. Le projet, qui dérogeait à l’architecture classique de la région, reçut dans un premier temps l’opposition des services administratifs de l’architecture mais Geller réussit à les convaincre en argumentant que le projet s’inspirait des granges à pommes de terre traditionnelles de la région. Outre son faible coût, la structure en A-frame offrait grâce à son contreventement une bonne résistance aux vents violents venus du large.

Andrew Geller - croquis pour la Reese House à Saganopack,, 1957

Andrew Geller – croquis pour la Reese House  à Saganopack, 1957

Andrew Geller - Reese House, 1957

Andrew Geller – Reese House à Saganopack, 1957

Andrew Geller - Reese House à , 1957

Andrew Geller - Reese House à Saganopack, l'un des murs pignons, 1957

Andrew Geller – Reese House  à Saganopack, l’un des murs pignons, 1957

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Elisabeth Reese pêchant avec David Herrmann     La maison doit beaucoup à la personnalité d’Elisabeth Reese, « Betty », jeune femme sportive de caractère qui souhaitait que sa maison soit un lieu à la fois de méditation et  ouverte sur l’extérieur pour pouvoir bénéficier de la vue et du soleil et qui était ouverte à des solutions techniques et architecturales novatrices et originales qui iraient à l’encontre de l’architecture stéréotypée qui avait alors cours dans les Hamptons. C’est ainsi que la maison apparait surélevée du sol de la plage pour la protéger des inondations, que les terrasses se projettent en avant de la toiture par leur réalisation en porte-à-faux et jouent ainsi le rôle de brise-soleil pour le grandes baies vitrées du séjour, que la cheminée en maçonnerie n’a pas été placée au centre de la construction mais en façade au milieu de baies vitrées avec un conduit de fumée métallique mis en valeur par son décollement du volume de la construction et qu’une chambre est accessible à l’étage à l’aide d’une échelle rétractable mue par un système de poulie et de contrepoids. La maison donnait l’image d’une architecture moderne, fonctionnelle et ludique  qui convenait parfaitement à l’esprit d’une maison de vacance.

Andrew Geller - Reese House à Saganopack en construction, 1957

Andrew Geller – Reese House à Saganopack en construction, 1957. Noter la structure en « A » avec les doubles entraits en position intermédiaire et à la base du A pour le support du plancher.

Andrew Geller - vue intérieure Reese House, 1957

Andrew Geller – vue intérieure Reese House, 1957

le volume du séjour monte sur toute hauteur. A noter le bloc cheminée placé au milieu de la baie vitrée en pignon et la chambre placée en mezzanine au-dessus du séjour sans escalier d’accès, accessible par échelle rétractable.

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    Dans les années qui vont suivre, l’image de la maison, par son originalité, va souvent être référencée par les journaux et les magazine pour leurs reportages et leurs campagnes publicitaires. Elle apparaitra ainsi en mai 1957 dans le New York Times et par la suite dans les magazines Life, Sports illustrated et Esquire. Cela constituera une bonne publicité pour notre architecte qui va voir se multiplier les commandes. Une semaine après la parution de l’article du New York Times, Leonard Frisbie, un courtier de Wall Street après lu l’histoire a immédiatement pris contact avec lui pour lui demander de conçoivoir une maison à Amagansett. En moins de trois ans, entre 1958 et 1961, il réalisera plus de quinze nouvelles maisons.

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    Comme l’écrit  l’historien de l’architecture Alastair Gordon, au premier abord, les petites maisons de plage d’Andrew Geller des années 1950 et 60 peuvent être interprétées comme des caricatures, mais ils étaient le symbole d’un modernisme à la portée de tous. «La plupart de ses clients vivaient dans la boîte d’un appartement de Manhattan, travaillaient dans une autre boîte à Manhattan et ressentaient le besoin d’une nouvelle disposition de l’espace autour d’eux », a écrit Fred Smith dans Sports Illustrated. « Ils veulent tous une superficie maximale pour un investissement minimum. » Geller avait bien saisit l’état d’esprit de ses clients. À bien des égards, leurs besoins étaient les mêmes que les siens. Ils n’étaient pas riches mais étaient ambitieux, ils étaient souvent d’anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale, avaient eu des enfants et se considéraient sur le plan politique comme progressistes avec une sensibilité moderne, manifestaient un intérêt pour l’art, et avaient la volonté d’explorer de nouveaux modes de vie. C’était un temps où des milliers d’Américains profitant de la prospérité de l’économie d’après-guerre ont constaté que même avec des revenus modestes, ils pouvaient se permettre d’acquérir une maison de vacances. Les petites capsules de sauvetage de Geller les libéraient des pressions de la ville et les faisaient oublier pour un temps la bombe H et la perspective de l’anéantissement nucléaire. Chacune des maisons de Geller était conçue comme un portrait, un hommage sur mesure rendu à la personnalité de ses propriétaires. Cela pouvait aller jusqu’à prendre parfois une forme littérale absurde : Irwin Hunt qui était fabricant de boîtes de carton, a habité une maison qui ressemblait à une boîte tourné sur le bord. Victor Lynn, un dirigeant de Kodak, a obtenu une boîte avec des fenêtres en forme de lentille. Dans certains cas, les métaphores pourraient être moines heureuses. En lieu et place d’une méthodologie précise qui se serait appuyée sur une analyse formelle, Geller se fondait sur son instinct et improvisait tel un bon surfeur surpris une vague qui réagissait immédiatement. Il puisait son inspiration à partir du site et de la personnalité de ses clients en les écoutant attentivement, était dégagé de tout esprit de système et faisait preuve au contraire d’une grande liberté d’esprit.

    Sa notoriété fit que l’un de ses projet fut adapté pour représenter la « maison américaine typique » lors de l’Exposition nationale américaine à Moscou en 1979.

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Accueil de l’architecture d’Andrew Geller aux Etats-Unis

    Le travail de Geller a été apprécié aux Etats-Unis de manières diverses. Le critique d’architecture Mark Lamster, écrivant pour le Design Observer, décrit les modèles de maison de Geller sur Long Island comme des «maisons peu coûteuses et modestes dont les formes ludiques faisaient rayonner un sentiment d’optimisme dans les années d’après-guerre». Sa Pearlroth House à Westhampton bâti en 1959 qui se composait d’une paire de structure en forme de diamant, qu’il surnommait le « soutien-gorge carré » ou le « double cerf-volant » et qui avait failli être démolie en 2006 a été qualifiée par le New York Times comme une «icône du modernisme.» et par Alastair Gordon comme l’ «un des exemples le plus importants de la conception expérimentales construite durant la période d’après-guerre, non seulement à Long Island mais sur l’ensemble des Etats-Unis. C’est une architecture pleine d’esprit, audacieuse et inventive.»

    Par contre sa conception en 1966 de la Elkin House à Sagaponack, New York, qu’il avait appelé de Picasso allongé a été qualifié dans le New York Times en 2001 de « désordre angulaire ».

Quelques autres réalisations d »Andrew Geller

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Pour en savoir plus

Articles de ce blog liés :

  • Archéologie de l’habitat : de la hutte paléolithique à la charpente en A, c’est   ICI

Sites et articles du Web :

  • l’article très complet de l’historien de l’architecture Alastair Gordon du 26 décembre 2011 sur Andrew Geller : « Architect of Happiness« , 1924-2011, c’est   ICI

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Archéologie de l’habitat : de la hutte paléolithique à la charpente en A

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Abris rudimentaires de l’habitat paléolithique à structure en A

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     Au paléolithique (de -1.8 millions d’années à – 12.000 ans), les ancêtres de la lignée humaine comme Homo habilis ou Homo erectus étaient des cueilleurs-chasseurs nomades. En fonction des saisons et des opportunités de chasse, ils se déplaçaient constamment, ne restant que peu de temps dans un site particulier et n’ont laissé dans ces conditions que peu de traces de leur passage. Certains indices mis en évidence sur le sol par les archéologues comme des empreintes de piquets et de poteaux en bois, des alignements et des pavages de pierres autorisent à penser que des huttes en matériaux périssables ont été alors construites par les hommes pour se protéger durant leur court séjour.

Exemple 1 : site de Terra Amata (Nice), il y a environ 400.000 ans (paléolithique inférieur)

site de Terra Amata (Nice) - reconstitution vue générale

site de Terra Amata (Nice) – reconstitution vue générale hutte (dessin Wilson)

site de Terra Amata (Nice) - reconstitution montage hutte (dessin Wilson)

Des traces de huttes rudimentaires au plan toujours ovale, de dimensions 7 à 15 mètres de longueur sur 4 à 6 mètres de largeur ont été relevés dans une petite crique du bord de mer pour des séjours courts que les archéologues estiment avoir été effectués périodiquement à la fin du printemps ou au début de l’automne. Des traces de foyers aménagés au centre des huttes et constitués de dallage en galets et de murets coupe-vent témoignent des prémices de la domestication du feu par l’homme. La structure de l’abri était constituée de   piquets de bois ou de branches fichés dans le sol et bloqués par des pierres dont les extrémités supérieures étaient reliées entre elles et attachées par des liens végétaux. Dans ces structures rudimentaires de faible hauteur dans lesquelles on ne pouvait se tenir debout, il n’existait aucun contreventement transversal reliant entre eux les piquets de bois tout au plus une panne longitudinale située au sommet de la hutte supportée par des poteaux 

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Terra Amata à Nice – essai de reconstitution de hutte

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Exemple 2 : site d’Etioles, – 13.000 ans (paléolithique supérieur)

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    La découverte d’unités d’habitation associé à des foyers annexes de plein air indique que le site d’Etioles fut un lieu de résidence, un campement avec différents lieux d’activité plus ou moins spécialisés où les Magdaléniens ont effectués des séjours suffisamment longs pour y installer des tentes et organiser leur espace de vie à l’intérieur comme à l’extérieur des habitations. Les unités d’habitation font preuve de variabilité dans leur réalisation : à partir d’un schéma d’organisation stable – un abri circulaire construit autour d’un foyer central qui devait couvrir une surface d’environ 15 m2 avec, en général, au moins deux issues opposées se déclinent plusieurs formules : présence ou absence de pierres participant la construction de la tente (dalles agencées en cercles, alignements de pierres) et aménagements de foyers domestiques variés : grands foyers de pierre ou foyers plus modestes, creusés ou non.
     A l’intérieur, on constate une bipartition fonctionnelle de l’espace de part et d’autre du foyer. Toutes les activités de débitage et de façonnage étaient réalisées dans la moitié est de l’abri, tandis que la partie ouest avait des fonctions différentes : près du foyer, les Magdaléniens ont rejeté des pierres éclatées par le feu et ont effectué des travaux domestiques, la préparation alimentaire notamment. Il est également probable que le secteur ouest de l’abri, nettement moins encombré de vestiges, ait été réservé au repos. Le pourtour de l’abri a été inégalement occupé puisque tous les déchets de silex se sont accumulés vers le nord. L’espace externe proche était considéré à la fois comme aire de travail (de débitage, en particulier) et comme une zone d’évacuation où étaient rejetés des déchets provenant de débitages effectués près du foyer

habitat-magdalenien

L’habitat des Magdaléniens est adapté à leur mode de vie nomade : des tentes sans doute composées d’une ossature en bois et recouvertes de peaux. Il ne subsiste rien des superstructures, en revanche, des pierres destinées au calage des perches en bois sont parfois conservées et révèlent ainsi le contour de la tente sur le sol.
A noter, dans le sud de la France les magdaléniens utilisaient plutôt des abris sous roche comme lieu d’habitat. Ce type de structure naturelle n’est pas fréquent en Ile-de-France, les magdaléniens ont du s’adapter ! La répartition des vestiges autour des foyers permet de comprendre l’organisation spatiale du campement, et de déterminer ainsi des aires d’activité (zones de taille du silex, zone de vidange des foyers, zone d’habitat…).
Ci-dessus : Reconstitution d’une hutte et de son organisation intérieure – Crédit : Gilles Tosello

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Exemple 3 : site de Pincevent, – 12.000 ans (paléolithique supérieur)

tipi-pincevent tipi-pincevent-12000-ans

Le site de Pincevent, découvert en 1956 n’a vraiment commencé a être étudié qu’à partir de 1964 par André Leroi-Gourhan. Les datations montrent une occupation des lieux comprise entre – 10 et – 12 300 ans. Ici pas de cercles de pierres, mais des vestiges qui permettent d’imaginer l’existence de parois délimitant des zones d’activité. Des traces des « piquets » ont été mises à jour. Les préhistoriens ont imaginé que des peaux de bêtes étaient tendues sur la structure.

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Exemple 4 : reconstitution d’une cabane mérovingienne du Vie et VIIe siècle à 2 poteaux à Blangy-sur-Bresle (Seine-Maritime, Haute-Normandie)

    Sous l’égide de la FATRA (Fédération des Archéologies du Talou et des Régions Avoisinnates) une opération de reconstitution d’un village mérovingien a été engagée. Une première étape fut franchie l’été 2001 par la construction d’un premier habitat rudimentaire constitué d’un fond de cabane et de deux poteaux médians, le tout recouvert de chaume.
Cette cabane s’inspire de données archéologiques existantes, notamment des découvertes faites par l’équipe d’Alain NICE à Goudelancourt-les-Pierrepont ( 02 – Aisne), où un ensemble d’habitats ruraux des VIe et VIIe siècles fut mis à jour. Par ailleurs M. Alain Nice a mis en pratique ses découvertes par la reconstitution d’un village mérovingien à Marles dans l’Aisne également, associé au musée des Temps Barbares. Les photos ci-dessous sont la reconstitution suggérée d’après les structures au sol retrouvées de ce qui était autrefois une cabane à deux poteaux.
     La particularité de ce type de cabane est le soutènement par deux poteaux médians encore appelé faîtiers, ainsi que la présence d’un fond excavé de forme quadrangulaire soigneusement aplani. L’ensemble représente une surface d’une dizaine de m², les deux poteaux supportent une faîtière avec un toit d’une inclinaison assez prononcée descendant jusqu’au sol.
     L’utilisation de ces cabanes reste obscure ; il est probable que les plus grandes d’entre elles devaient être un habitat ou logement pour les familles les plus modestes de l’époque, les plus petites devaient servir d’étable ou de grange.

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étape 1 : réalisation de la fosse et pose des 2 poteaux médians contreventés par 2 fiches obliques et des chevrons

Ossature chaume

étape 2 : pose des liteaux horizontaux et du revêtement en chaume

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Cabane achevée et vue de l’intérieur

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Exemple 5 : site de West Stow (Suffolk), village anglo-saxon du VIIe siècle reconstitué

West Stow est un village et une paroisse civile du Suffolk, en Angleterre. Il est situé à quelques kilomètres au nord de la ville de Bury St Edmunds. Administrativement, il relève du district de St Edmundsbury. Un hameau dont les bâtiments utilisaient les techniques anciennes de construction qu’on imagine avoir été utilisées par les anglo-saxons a été reconstitué sur le site d’une occupation humaine du VIIe siècle étudiées lors de fouilles. Les constructions sont dénommées du nom anglo-saxon de grubenhaus, « maison à fosse ».

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West Stow

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Exemple 6 : site de Bede’s World à Jarrow (Northumberland), village anglo-saxon du VIIIe siècle détruit par les Vikings et reconstitué en partie

     Bède le Vénérable était l’un des plus grands érudits de l’Europe médiévale et le premier à enregistrer l’histoire de la nation anglaise. Il a vécu et travaillé comme moine à Jarrow dans le Northumberland. Le lieu où il s’était établi avait été habité précédemment par un groupe tribal anglo-saxon ou une communauté appelée l’Gyrwe (prononcer Yeerweh). Leur nom a été appliqué à la localité ainsi qu’aux personnes et le nom Gyrwe deviendra plus tard Jarrow. Après la mort de Bède le Vénérable, l’église Saint-Paul et le monastère où il vivait seront détruits par ses raids vikings en 794 et 875. Les constructions présentées ci-après sont des reconstitutions des bâtiments d’une ferme anglo-saxonne de l’époque.

Grubenhaus, Gearwe, Bede's World, Jarrow Kiln, Gearwe, Bede's World, Jarrow

     Ce bâtiment contient une fosse (« Grube » en allemand), utilisée sans doute pour le stockage des céréales. Le nom donné plus tard pour cette structure aurait pu être grubhouse ou grubhut. Il est basé sur le plan d’un bâtiment découvert par des archéologues à New Bewick dans le Northumberland, bien que les bâtiments similaires de cette période aient été trouvés dans toute l’Europe du Nord. Il est couvert de chaume de bruyère. Gearwe était le nom anglo-saxon pour Jarrow. En grande-Bretagne, le nom générique pour ces types de structure est Pit-house.

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Constructions de l’époque moderne à structure en A dans le monde

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abri de berger en Iran dans la province de Gilan

Les demeures des bergers sont souvent constituées de huttes semi-ovoïdes semi-cylindrique ou  faite de branches et recouvert de tissu de crin de chèvre (Parga, Pori, poru). Ces cabanes sont divisées par un mur en bois en deux compartiments, l’un réservé à la famille, l’autre pour le bétail. La cabane est appelé Valar et Gac quand il abrite le mouton et la chèvre, respectivement.

John Thomson - un refuge de montagne, PROVINCE DE HUPEH, avant 1898 -

John Thomson – refuge de montagne dans la province chinoise de Hupeh, avant 1898

Boerderij_uit_plaggen_-_Unknown_-_20522485_-_RCE Une photographie historique d'un un-cadre toit de terre maison dans le Pays-Bas. Image - Agence du patrimoine culturel des Pays-Bas

Deux constructions agricoles archaïques à structure en A photographiées aux Pays-bas (dates et lieux inconnus)

Area_didattica_Foppe_di_Nadro_-_Riserva_naturale_Incisioni_Rupestri_di_Ceto,_Cimbergo_e_Paspardo - Arte rupestre della Valle Camonica_(Foto_Luca_Giarelli)

Art rupestre du Val Camonica en Italie – (Foto Luca Giarelli)

Iran - maison de 2 étages avec plancher bas décollé du sol dans le delta du Safidrud (mer Caspienne), 1974

Iran – maison de 2 étages avec plancher bas décollé du sol dans le delta du Safidrud (mer Caspienne), 1974

Japon - grange à Shirakawa Japon - Village de Shirakawa, Gifu

Japon – Village de Shirakawa, Gifu : grange (à gauche) et maisons d’habitation anciennes

Minka (maison traditionnelle au Japon) à toiture Kirizuma à 2 pans touchant presque le sol formant un angle aigu

Minka (nom de la maison traditionnelle au Japon) à toiture Kirizuma à 2 pans touchant presque le sol formant un angle aigu

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Maisons typiques de l’île de Madère

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Les maisons contemporaines de type A-frame (maisons à charpentes en A)

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     Une maison A-frame fait référence à un style architectural contemporain où la toiture composée de deux pans est fortement inclinée et descend totalement ou presque totalement jusqu’au sol. Les chevrons formant la structure de la toiture sont contreventés par une structure horizontale formant entrait) ce qui donne à la structure d’ensemble une forme de A.
   Bien que ce type de structure ait été très utilisé dans le passé, comme le montre les exemples présentés ci-dessus, partout dans le monde, il est revenu au goût du jour dans l’architecture occidentale dans les années cinquante pour la construction de maisons de vacances. Ces constructions présentaient alors l’avantage d’être économiques du fait de leur simplicité de structure et d’offrir une nouveauté de forme qui tranchait avec l’architecture normalisée des constructions d’habitation de l’époque. C’est l’architecte Andrew Geller avec la Reese House construite en 1955 sur la plage de Long Island à New York et médiatisée par le New York Times en 1957 qui a lancé la mode de ce type d’architecture qui s’est répandue ensuite comme une trainée de poudre.

Andrew-Geller-Beach-House-Main

Andrew Geller – Maison de plage Reese à Long Island, 1955

Jean-Baptiste Barache's Housemaison passive triangulaire à Auvilliers (Normandie) - architecte Jean-Baptiste Barache

maison passive triangulaire à Auvilliers (Normandie) – architecte Jean-Baptiste Barache

     L’architecte a résolu intelligemment le problème du passage entre la structure intégrale en A et la structure en A posée sur des murs verticaux porteurs en utilisant des fermes en lamellé collé dont la courbure au niveau du sol rencontre celui-ci perpendiculairement. La lecture extérieure de l’architecture des façades longitudinales est celle d’une maison classique avec murs verticaux. Par contre, la lecture des façades pignons et des volumes intérieurs est celle d’une structure en A.

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Peter Behrens (1868-1940), pionnier de l’architecture moderne et du design – (I) 1885-1907 : années de formation

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Peter Behrens (1868-1940) - portrait par Max Liebermann, 1923

Peter Behrens (1868-1940) – portrait par Max Liebermann, 1923

    Peter Behrens, né le 14 avril 1868 à Hambourg et mort le 27 février 1940 à Berlin était un artiste visionnaire qui réunissait les talents les plus divers. Tout à la fois architecte, peintre, graveur, designer et typographe. Il passait allègrement d’une discipline à l’autre : de la peinture à l’architecture en passant par la conception graphique et le dessin d’appareils ménagers ou de meubles et la création de polices d’écriture. Il contribué de manière importante au développement de l’Architecture moderne en Allemagne et a été le premier designer industriel en étant l’ inventeur du design d’entreprise (Corporate Design) par son travail au sein de l’entreprise AEG avant la Première Guerre Mondiale. Cofondateur de la Deutscher Werkbund, il a participé à tous les mouvements d’avant-garde dans les domaines de l’art, de l’artisanat et de la production industrielle.

Peter Behrens (1868-1940) - portrait par Max Liebermann

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–––– période 1885-1899 : le Jugendstil et la Sécession de Munich –––––––––––––––––––––––––––––––––

jungend, Munich    Après avoir étudié la peinture à l’Académie préscolaire de Karlsruhe et suivi les cours de l’École des beaux-arts à Hambourg, Behrens part à Munich en 1890 où il travaille comme peintre et artiste graphique, il y rejoint le mouvement Jugendstil , une variante munichoise du modern style, et produit alors des gravures sur bois, des illustrations en couleurs, des dessins pour les métiers du livre et des objets selon le style en vogue produit par ce mouvement. En avril 1892, plus de 100 artistes créent la Sécession de Munich (Verein bildender Künstler Münchens e. V. Secession), parmi eux figure Peter Behrens en compagnie de Franz von Stuck, Max Liebermann et Lovis Corinth. Il s’agissait pour tous ces artistes de rejeter l’historicisme, le style officiel «du temps de la fondation» ( Gründerzeitstil) qui s’était développé au cours de la fondation du second empire (Reich) en 1871 qu’on estimait alors lourd, trop baroque et démodé. Le moment était venu de trouver un nouveau style. et créer du neuf. La Sécession de Munich poursuivra son activité jusqu’à sa dissolution par les nazis en 1938, durant leur « purification culturelle ».  Un peu plus tard, en pleine période de la renaissance des Arts and Crafts en Allemagne, Behrens uni ses forces avec Hermann Obrist, Août Endell, Bruno Paul, Richard Riemerschmid et Bernhard Pankok pour fonder en 1898, toujours à Munich, les Ateliers réunis pour l’art dans l’artisanat (Vereinigte Werkstätten für Kunst und Handwerk) afin de produire des objets utilitaires façonnés à la main, mouvement qui exercera une influence considérable sur al suite du design germanique. Tous ces mouvements étaient fédérés autour de la revue Jugend créé en 1896 par l’éditeur munichois Georg Hirth. 

Peter Behrens - Der Kuss, 1898

Peter Behrens – Der Kuss, 1898

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–––– période 1899-1907 : la colonie de la Mathildenhöhe à Darmstadt ––––––––––––––––––––––––––––

Mathildenhöhe à Darmstadt

Mathildenhöhe à Darmstadt

Mathildenhöhe : le credo de Joseph maria Olbrich :
« Nous devons construire une ville, une ville complète ! Quelque chose de plus petit ne servirait à rien ! Le gouvernement devrait nous donner […] un champ, et il nous appartient de créer un monde. Construire une seule maison ne signifierait rien. Comment pourrait-elle être belle si une maison laide est construite à ses côtés ? À quoi serviraient trois, cinq, voire dix belles maisons […] si les fauteuils qui sont placés à l’intérieur sont laids ou les plaques ne sont pas beaux ? Non – il nous faut un grand champ, un vaste domaine vide ; et nous pourrons montrer ce que nous pouvons faire. De la conception générale jusqu’au dernier détail, tout sera régi par le même esprit, les rues et les jardins, les palais et les maisons, les tables et les fauteuils , les lampes et les cuillères exprimeront tous la même sensibilité, et au milieu de tout cela, comme un temple dans une rainure sacré, sera bâti une maison de travail, l’atelier de deux artistes et un atelier d’artisans […] » (Joseph Maria Olbrich, cité dans: Hermann Bahr, ». Ein Dokument deutscher Kunst « , dans Bildung Essais , Leipzig 1900, p. 45 .) 

    Au cours du XIXe siècle, l’art décoratif était devenu une branche économique importante en Allemagne. Le Grand-Duc de la Hesse Ernst Ludwig, petit-fils de la reine Victoria, avait passé beaucoup de temps en Angleterre où il avait apprécié les écrits de Morris et Ruskin et l’essor des Arts and Crafts. Dans son Nouveau Palais érigé à Darmstadt, il avait d’ailleurs engagé deux artistes de ce mouvement pour décorer des chambres. Son projet était de profiter de la vogue de l’art décoratif pour développer l’industrie régionale et en même temps de faire de Darmstadt un centre culturel important. C’est ainsi qu’en automne 1899, il réunit sept artistes reconnus dans les domaines de l’architecture, de l’art décoratif, de la sculpture et de la peinture et fonda une colonie d’artistes sur la Mathildenhöhe (colline de Mathilde), un parc situé non loin du centre ville. Peter Behrens et l’autrichien Joseph Maria Olbrich, cofondateur de la Sécession viennoise, figuraient parmi ces artistes. la colonie devint un champ d’expérimentation sensationnel en matière d’innovations artistiques, à travers lesquelles les jeunes artistes s’efforçaient de concrétiser leur idéal de fusion entre l’art et la vie. Leur intention était de révolutionner l’architecture et la décoration d’intérieur afin de créer une nouvelle culture qui serait l’expression de la vie moderne Les efforts du Grand-Duc étaient secondés à Darmstadt par l’éditeur-mécène Alexander Koch dont les revues d’art Innendekoration (La décoration intérieure) et Deutsche Kunst und Dekoration (L’art et la décoration allemands) devinrent des porte-voix importants du nouveau style. La première exposition de la colonie d’artistes avait lieu en 1901 sur la Mathildenhöhe. Les membres de la colonie, dont Peter Behrens, avaient construit un bâtiment d’exposition et neuf maisons du style Art Nouveau et du Jugenstil allemand, entièrement meublées et décorées afin de donner l’exemple comment construire et habiter de façon moderne. Les sept artistes invités ont reçu une bourse de 7 ans. Cet exposition était un grand succès international même si ici et là on critiquait certaines formes trop bizarres. Ainsi Darmstadt, avec Nancy, Paris, Vienne et Glasgow, était devenu un centre de l’Art Nouveau européen, et trois autres expositions en 1904, 1908 et 1914 faisant sensation avaient lieu. En 1902, le duc de Saxe-Weimar s’inspirera de la démarche du Grand-Duc de la Hesse en invitant Henry Van de Velde à ouvrir une Ecole des arts.

Casa_behrens_alzado

la maison de Behrens à Mathildenhöhe

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Peter Behrens - chaise, vers 1902

mobilier de la maison Berhens à Mathildenhöhe et objets conçus par Behrens

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–––– période 1903-1907 : enseignement à Dusseldorf, premières commandes en architecture  ––––

    En 1902, Berhens commençait à se sentir à l’étroit à Mathildenhöhe où l’architecte Olbrich monopolisait la conception de la plupart des constructions principales et des dissensions étaient apparues entre les artistes de la colonie. Le poste de directeur de la Kunstgewerbeschule (école des arts appliqués) de Dusseldorf était vacant, Bahrens y postula. C’est grâce à l’architecte Hermann Muthesius, fonctionnaire d’état qui rentrait d’un séjour à Londres où il avait été attaché culturel, qu’il obtint le poste. Mathesius voulait réformer les écoles d’art et de design allemandes en s’inspirant de ce qu’il avait appris en Angleterre. A peine installé à Dusseldorf, Behrens effectua en juin 1902 un voyage d’étude en Angleterre et en Ecosse qui lui fit une grande impression : « Ce voyage m’a permis d’approfondir et de renforcer mes notions sur la culture moderne, que j’honorerai jusqu’à la fin de mes jours » (lettre à Muthesius du 9 août).
   Behrens s’entourera à Dusseldorf de jeunes artistes et architectes de talents engagés dans le courant moderniste qui exercèrent une influence notable sur son propre travail. C’est le cas notamment de Rudolf Bosselt, sculpteur de la colonie de Darmstadt, Fritz Ehmcke, graphiste berlinois, Max Benirschke, décorateur d’intérieur viennois, Joseph Bruckmüller, peintre viennois et surtout J.L. M. Lauweriks, architecte hollandais qui exercera une grande influence sur sa pratique architecturale. Sous sa direction des réformes fondamentales changeront le visage de cette école. 

Réalisations architecturales entre 1904 et 1907

. 1904 : Garten und Kunstausstellung à Düsseldorf et restaurant Jungbrunnen
. été 1904 : séjour en Italie, à Rome et Pompéi pour étudier les antiquités.
. 1905 : lieu de conférence pour le Folkwang musuem  à Hagen en Westphalie
. 1905 : salon et mobilier de la maison Schede sur la Ruhr près de Hagen.
. 1905 : salle de lecture de la bibliothèque de Düsseldorf
. 1905 : bâtiments de la Nordwestdeutsche Kunstausstellung (exposition d’art du nord-ouest de l’Allemagne) à    Oldenburg.
. 1905 : chambre à coucher et salon pour exposition organisée par les magasins Wertheim à Berlin
. 1905 : aménagement de l’exposition de peintures Deutsche Jahrhundertausstellung du Musée national de            Berlin.
. 1905-1906 : maison Obenhauer à St-Johann-Saarbrücken
. 1906 : salle de concerts de l’exposition Deutsche Kunstgewerbeausstellung de Dresde
. 1906 : salle de concerts La Tonhaus pour l’exposition artistique du parc floral de Cologne.
. 1906-1907 : crématoire de Delstern en Prusse
. 1906-1907 : atelier pour la société Josef Klein à Hagen
. 1906 : projets non réalisés d’un temple protestant à Hagen et des grands magasins Warenhaus Leonard Tietz    à  Düsseldorf.
. fin 1906-1907 : salle d’Exposition Internationale de l’Art de Mennheim.

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Peter Behrens, Crematorium in Hagen-Delstern, Germany

Peter Behrens, fenêtre du crématorium de Hagen-Delstern, Germany

Crédit photographique : livre d’Alan Windsor « Peter Behrens, architecte et designer » – Pierre Mardaga, Editeur à Bruxelles, 1981

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