Lenore, the cute little dead girl – (2) The New Toy


C’est le temps des cadeaux pour ces chers petits…

Leonore – Hug me !.jpg

« A Dirge for her (them), the doubly dead.
   In that she died so young »

« Lenore » Edgar Allan Poe, 1831


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Carrefour de la Solitude


« Il dit qu’il faut encore lutter
   alors que j’ai les reins cassés…»

Catherine Ribeiro, « Beauté insoumise ».

  Voici une voix chaude et vibrante, passionnée, sensuelle issue tout droit de mon Atlantide personnelle, ce continent perdu des années 1970-1980. Cette voix, c’est celle de la belle et touchante Catherine Ribeiro. Cette fille d’émigrés portugais a débuté une carrière d’actrice avec Jean-Luc Godard (film Des Carabiniers) avant de devenir, après sa rencontre avec le musicien Patrice Moullet, la chanteuse du groupe de pop Alpes et une égérie de l’après-mai 1968. Elle avait été surnommée à l’époque la « pasionara rouge » pour ses chansons qui parlaient des luttes d’un moment et d’un monde à venir et son engagement politique et ses exigences artistiques peu appréciés de l’industrie musicale et du show-business l’avaient écarté du devant de la scène. Cette interprétation de cette chanson magnifique et poignante sur l’amour et ses impasses qu’est « Au carrefour de ma solitude », l’une des mes préférées dans son répertoire, est un « live » d’un spectacle enregistré le 10 février 2007 à Palaiseau. Quel plus bel hommage qui peut lui être rendu que celui prononcé par le grand Léo Ferré : « La beauté insoumise de Catherine et sa colère chevillée à l’âme incommodent le show-business, il faudrait des dizaines de Ribeiro pour que la chanson recouvre la majesté des humbles. »


Au carrefour de ma solitude

Au carrefour de ma solitude
Et de mes illusions perdues
Quand vont se coucher les étoiles
Que s’apaisent nos ultimes craintes
L’idée de l’homme transparaît
Tumultueuse et dévorante

L’infinie douceur de sa voix
Trouble ma musique intérieure
Il parle des à-coups de la vie
En un murmure exacerbé
Il dit qu’il faut encore lutter
Alors que j’ai les reins cassés

Et puis soudain, dans la nuit noire
Après tant d’efforts déguisés
La femme louve se réveille
La faim lui dénoue les entrailles
Dévoilant son corps dispersé
À l’horizon soleil couché

Dans des draps d’aube tourmentée
Ses bras enserrent l’éternité
Il la turbule et la patiente
Elle n’est plus seule dans la chaleur
Peu à peu s’ouvre sur le jour
Un visage au regard nouveau

Il devient le centre du monde
Les quatre chemins de son âme
Sous le feu de l’incertitude
Leurs deux mains se sont détachées
Elle veut le fondre à son amour
Mais douc’ment, il s’est éloigné

Il y a des plaintes qui s’entravent
Elle n’attend plus rien ni personne
Et son chagrin en mouvement
Déjà se confond à l’abîme
Si près de lui dans la douceur
Si près de lui dans le néant.


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Et son emblématique « Âme Debout », sorti en 1971


le marché de la Porta Palazzo à Turin


le marché de la Porta Palazzo à Turin – crédit photo : Cities of Migration

      À deux pas des belles avenues rectilignes où s’exhibent les boutiques de fripes de luxe et les restaurants branchés, un lieu vrai et vivant haut en couleur où bat le pouls du petit peuple turinois : des monceaux de fruits et légumes de toutes origines, formes et couleurs, des festons de saucisses, de jambons, de carcasses de viandes de toute nature,  des porcelets entiers à la peau blême suspendus dans les airs qui vous fixent d’un air morne, des masses de tripes à gogo, des épices exotiques de toutes couleurs, d’innombrables variétés d’olives, d’ails, d’oignons, des grappes de fromages serrés les uns contre les autres qui ressemblent à des outres, des pâtes, des pâtes et encore des pâtes,  de toutes les formes : des campanelles, des castellanes, des conchiglies, des farfalles, des fusillies, des gemellis, des richiolinni, des canellonis, des macaronis, des spaghettis en vrac, en sacs, en paquets, en sachets. Le tout dans une cacophonie joyeuse où l’on crie, chante, s’interpelle, plaisante, agite les bras et les mains, où l’on se presse, joue des coudes, se bouscule mais toujours dans une bonne humeur et de joie de vivre contagieuse.

      L’Italie comme on l’aime…

photos Enki, le 24/12/2018, vers midi


Autour de Thanksgiving…


Y’a vraiment de quoi devenir vegan !

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Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux :
Au détour d’un sentier…

[…] Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s’épanouir […]

                 Charles Baudelaire

Nous avons fêté en novembre dernier Thanksgiving chez des amis américains…

     Thansgiving veut dire « Action de grâce » en anglais et constitue donc un remerciement mais un remerciement à qui ?  —  À Dieu ?, à la riche Nature de l’Amérique ? ou aux indiens sans l’aide desquels les premiers colons auraient été décimé jusqu’au dernier comme dans la première colonie anglaise de Roanocke en Caroline du Nord en 1580 ou bien obligé de pratiquer le cannibalisme pour survivre comme dans la seconde, celle de Jamestown en Virginie qui avait été créée en 1607.

     En décembre 1620, un peu plus d’une centaine d’immigrants britanniques fuyant les règles religieuses imposées par l’Eglise d’Angleterre, les pilgrim Fathers, débarquent du navire Mayflower sur un coin isolé de la cote Est de l’Amérique du Nord dans une région qui sera le futur Massachusetts. Décembre n’était pas une bonne période pour fonder une colonie, l’hiver en Amérique du Nord peut être extrêmement rigoureux et la moitié des pèlerins ne verra pas le printemps. Les autres vont survivre grâce à l’aide des indiens de la tribu des Wampanoags sur le territoire de laquelle ils se sont installés. Ceux-ci leur enseigneront la culture du maïs et la pratique de la pêche. Étant partis de Plymouth, il donneront le nom de cette ville à leur colonie. Un peu plus tard, un second navire, le Fortune, débarquera un nouveau contingent de colons ainsi que les documents officiels permettant de légaliser la colonie. Pour célébrer la première récolte et pour remercier ceux qui étaient encore des hôtes, le gouverneur William Bradford organisa un grand repas festif auquel il convia les indiens dans lequel on a vu le premier Thanksgiving mais il faudra attendre le 26 novembre 1789 pour que George Washington en fasse une fête nationale afin de célébrer l’Indépendance nouvellement conquise et remercier Dieu : 

download    «  Now therefore I do recommend and assign Thursday the 26th day of November next to be devoted by the People of these States to the service of that great and glorious Being, who is the beneficent Author of all the good that was, that is, or that will be–That we may then all unite in rendering unto him our sincere and humble thanks–for his kind care and protection of the People of this Country previous to their becoming a Nation–for the signal and manifold mercies, and the favorable interpositions of his Providence which we experienced in the course and conclusion of the late war–for the great degree of tranquillity, union, and plenty, which we have since enjoyed–for the peaceable and rational manner, in which we have been enabled to establish constitutions of government for our safety and happiness, and particularly the national One now lately instituted–for the civil and religious liberty with which we are blessed; and the means we have of acquiring and diffusing useful knowledge; and in general for all the great and various favors which he hath been pleased to confer upon us. 
      And also that we may then unite in most humbly offering our prayers and supplications to the great Lord and Ruler of Nations and beseech him to pardon our national and other transgressions–to enable us all, whether in public or private stations, to perform our several and relative duties properly and punctually–to render our national government a blessing to all the people, by constantly being a Government of wise, just, and constitutional laws, discreetly and faithfully executed and obeyed–to protect and guide all Sovereigns and Nations (especially such as have shewn kindness unto us) and to bless them with good government, peace, and concord–To promote the knowledge and practice of true religion and virtue, and the encrease of science among them and us–and generally to grant unto all Mankind such a degree of temporal prosperity as he alone knows to be best. »

Given under my hand at the City of New-York the third day of October in the year of our Lord 1789. G:o Washington


     «  Maintenant donc, je recommande et assigne que le premier jeudi après le 26e jour de novembre soit consacré par le Peuple de ces États au service du grand et glorieux Être, qui est l’Auteur bienfaisant de tout ce qu’il y a eu, qu’il y a et qu’il y aura de bon. Nous pouvons alors tous nous unir en lui donnant notre sincère et humble merci, pour son soin et sa protection, appréciés du Peuple de ce Pays, avant que celui-ci ne soit devenu une Nation de pitié ; pour les interpositions favorables de sa Providence lors de nos épreuves durant le cours et la fin de la récente guerre ; pour le grand degré de tranquillité, d’union, et d’abondance, que nous avons depuis appréciées ; pour le pacifisme et la raison qui nous ont été conférés pour nous permettre d’établir des constitutions de gouvernement pour notre sûreté et notre bonheur, en particulier la Loi nationale récemment instituée, ; pour la liberté civile et la liberté religieuse formant à elles seules une vraie bénédiction ; pour les moyens que nous avons d’acquérir et de répandre la connaissance utile ; et d’une manière générale pour toutes les grandes et diverses faveurs qu’il nous a bien heureusement conférées.
      Nous pouvons alors nous unir en offrant le plus humblement nos prières et supplications au grand Seigneur et Gouverneur des Nations et le solliciter pour pardonner nos transgressions nationales et autres transgressions ; pour nous permettre à tous, en poste public ou privé, de remplir nos nombreuses fonctions respectives, correctement et ponctuellement ; pour permettre à notre gouvernement national de rendre bénédiction à toutes les personnes, en étant constamment un Gouvernement de lois sages, justes, et constitutionnelles, discrètement et loyalement exécutées et obéies ; pour protéger, guider et bénir tous les Souverains et toutes les Nations (particulièrement celles qui ont montré de la bonté envers nous), afin de leur assurer paix et concordance, et assurer un bon gouvernement ; pour favoriser la connaissance et la pratique vraies de la religion et de la vertu, ainsi que davantage de science parmi eux et nous, et accorder généralement à toute l’Humanité un tel degré de prospérité temporelle comme lui seul sait pour être le meilleur. »

Donné sous ma main à la Ville de New-York le troisième jour d’octobre par année 1789 de notre Seigneur.


    On remarquera que dans cette déclaration, il n’est fait nullement mention à l’aide des peuples autochtones qui ont permis aux premiers colons de survivre.

John Eliot Speaks to the Natick IndiansHollis Holbrook – John Eliot parlant aux indiens Natick, 1937

John Eliot (1604-1690) était un missionnaire puritain qui avait obtenu un certain succès  dans ses actions d’évangélisation des indiens Massachusett de la région de Boston après avoir appris leur langue, l’algonquin. 14 villes d’« indiens priants » furent crées qui regroupaient les convertis. Mais des frictions ne tardèrent pas à apparaître entre les colons et les indiens, notamment ceux de la tribu des Wampanoag qui avait secouru les pèlerins du Mayflower. En 1675-1676, cinquante année après le débarquement du Mayflower, une guerre,  « la guerre du roi Philippe » eut lieu avec les colons qui se traduisit par la défaite des indiens avec conséquence la mort de 40 % des membres de la tribu et la déportation  d’une partie des autres, certains ayant été vendus comme esclaves au colons de la Nouvelle-Angleterre.

    Quatre siècles après l’arrivée du Mayflower, on considère que près de 90.000.000 d’indiens ont péris suite à l’arrivée des européens dans l’ensemble du continent américain (le plus grand génocide de l’histoire) du fait de la répression, de l’esclavage, des maladies importées ou créées (aux Etats-Unis, on offrait aux indiens des couvertures infectées par la variole), Aujourd’hui un autre type d’extermination (je voulais employer le terme d’animalicide, mais il n’existe pas. Est-ce un hasard ?) se poursuit, celui des dindes de Thanksgiving dont 46 millions sont sacrifiées chaque année aux Etats-Unis pour célébrer cette fête… 46 millions moins une puisque l’une d’entre elle est graciée chaque année par le Président américain (En fait 2 car une autre dinde est tenue en réserve au cas où…).

Résultat de recherche d'images pour La seule bonne action de Trump depuis son arrivée au pouvoir….


« Bon appétit ! messieurs ! Ô ministres intègres…»

Ferme d’élevage de dindes pour la société Norbest à Moroni dans l’Utah
Film clandestin pris par l’association DxE (Direct Action Everywhere)


À ne pas manquer, ce clip de PETA (People for the Ethical Tratment of Animals)


Mais les choses sont en train de changer… Le vent de la révolte se lève !


Sur le thème du désir mimétique de René Girard – Un texte de Marcel Proust : Saniette, le bouc émissaire.


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   Marcel Proust (1871-1922) et René Girard (1923-2015)

Un bouc émissaire : Saniette

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     Dans le roman de Proust  « À la recherche du temps perdu », Saniette, homme de bonne composition mais timide et maladroit dans son expression fréquente le salon des Verdurin qui se prétendent ses amis mais l’utilisent en fait comme le souffre-douleur de ce que Proust nomme par dérision « le petit groupe » ou « le petit clan ». Monstres d’hypocrisie, les Verdurin alternent méchancetés et gentillesses pour que ce rôle de bouc émissaire puisse se perpétuer. Le texte présenté ci après et les commentaires qui suivent sont tirés d’une interview de René Girard par Raphaël Enthoven effectuée le 31 août 2004 sur France Culture rediffusée le 10/11/2015, c’est ICI avec un extrait sur YouTube, c’est ICI. (ci-contre le personnage de Saniette croqué par David Richardson).


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Pierre-Georges Jeanniot – un salon (celui de Mme Lemaire), 1891

Le texte

      « Qu’est-ce qu’il dit ? hurla M. Verdurin, d’un air à la fois écœuré et furieux, en fronçant les sourcils comme s’il n’avait pas assez de toute son attention, pour comprendre quelque chose d’inintelligible. “D’abord, on ne comprend pas ce que vous dites, qu’est-ce que vous avez dans la bouche ?” demanda M. Verdurin de plus en plus violent, et faisant allusion au défaut de prononciation de Saniette. “Pauvre Saniette, je ne veux pas que vous le rendiez malheureux”, dit Mme Verdurin sur un ton de fausse pitié et pour ne laisser un doute à personne sur l’intention insolente de son mari. “J’étais à la Ch…, Che… – Che, che, tâchez de parler clairement, dit M. Verdurin, je ne vous entends même pas.”
    Presque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois.»


Extrait de l’interview

— Raphaël Enthoven :  Vous parlez dans Mensonge romantique et vérité romanesque de l’exemple de Saniette, pauvre Saniette ridiculisé par  les Verdurin et vous citez Proust qui dit , parlant des Verdurin, « autre foule », autre foule de gens à table, une foule comme une autre …

— Raphaël Enthoven : Est-ce que le désir mimétique peut aussi coïncider avec…

— René Girard : Je suis heureux que vous citez cette phrase. Si vous regardez Il n’y a pas un mot dans cette phrase qui ne soit la définition de la thèse mimétique dans son ensemble.  C’est là où l’on voit que le génie anthropologique de Proust est quelque chose de sublime . Je ne peux pas relire cette phrase sans enthousiasme en pensant que je n’ai rien inventé du tout. Voyez Il suffit de faire l’exégèse de cette phrase d’un bout à l’autre de prendre tous  les mots comme vous venez de le dire et tout apparaît mimétique et a été perçu par Proust, et c’est cela cela est admirable à partir d’un petit phénomène mondain insignifiant…

— Raphaël Enthoven : Qu’est le massacre du pauvre Saniette…

— René Girard : Oui… qui, en même temps est une espèce d’exagération car il n’est pas vraiment massacré, n’est-ce-pas… On pourrait dire dans cette phrase que toute l’anthropologie de l’humanité est là beaucoup mieux dite que dans tout livre d’anthropologie.

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