le désir d’égalité ou le sentiment d’injustice chez les animaux


    Franz de Waal est un primatologue et éthologue américain d’origine néerlandaise, professeur et chercheur à Atlanta aux Etats-Unis. Comme il arrive souvent pour les découvertes concernant les primates *, c’est tout à fait par hasard qu’il a découvert que le désir d’égalité (ou sentiment d’inégalité et d’injustice) éprouvé par les différents individus composant une société n’était pas spécifique aux sociétés humaines mais se retrouvaient également dans les sociétés de primates. L’expérience hilarante présentée ci-dessous qu’il a réalisé avec deux singes capucins et dans laquelle il va soumettre l’un des deux singes à un traitement injuste alors que jusque là il était traité sur un pied d’égalité avec son congénère le prouve sans aucune ambiguité : le capucin défavorisé n’accepte pas l’inégalité de traitement et entre dans une violente colère.

 * c’est également par hasard en constatant le comportement d’un macaque rhésus que l’équipe du médecin et biologiste Giacomo Rizolatti découvrit à Parme dans les années 1990 les neurones miroirs. (voir  ICI )

   Faut-il en déduire que le désir d’égalité est inné aux sociétés d’hominidés (genre qui regroupe les grands singes et l’homme et pour lesquelles  les ADN peuvent être semblables à plus de 98%) et de primates ? L’historien Yuval Noah Harari dans son dernier ouvrage « Homo deus, une brève histoire de l’avenir » souligne que si c’était le cas, les sociétés inégalitaires se seraient trouvées dans l’incapacité de fonctionner du fait du ressentiment et de l’insatisfaction qu’elles auraient générées et auraient sombré dans la violence et de citer à l’appui de son raisonnement le cas des royaumes et empires qui ont prospéré bien que construits sur des fondements extrêmement inégalitaires. Mais ces exemples n’apportent pas pour autant la preuve de l’inexistence du désir d’égalité. L’anthropologie a montré que lorsque les sociétés humaines risquaient d’être anéanties par la violence exercée entre leurs membres, elles étaient capables de mettre en place des stratégies d’évitement de cette violence en la détournant par exemple sur un bouc émissaire et en créant des structures symboliques d’organisation et de compréhension du monde que sont les mythes et les religions chargées d’assurer la cohésion des membres du groupe. 

    Pourrait-il exister un lien entre ce désir inné d’égalité chez les primates découvert par Franz de Waal et le désir mimétique transmis par les neurones miroirs découvert par Giacomo Rizolatti ? Y aurait-il dans ce cas un rapport de cause à effet entre l’expression d’un premier élément et le second qui serait en quelque sorte induit par le premier ? Le siège dans le cerveau des neurones mémoires est le cortex prémoteur ventral et la partie rostrale du lobule pariétal inférieur. Quelle partie du cerveau est-elle activée quand s’exprime le désir d’égalité ou la réaction violente qui découle du sentiment d’inégalité ? Je n’ai trouvé jusqu’à présent aucune étude qui traitait de ces sujets…

    Si l’on suit René Girard, inventeur de la théorie du désir mimétique, le désir qu’un individu éprouve n’est que l’imitation du désir d’un autre qui est ainsi érigé en modèle à imiter. Dans le cas des deux capucins, le modèle à imiter deviendrait le capucin favorisé mais on pourrait tout aussi considérer que c’est la qualité supérieure du met accordé (cerise contre concombre) qui provoque le désir. Il est dommage pour pouvoir interpréter cette expérience à l’aune de la théorie de René Girard que Franz De Wall ne l’est pas développé en inversant les données, c’est-à-dire en offrant d’abord les cerises aux deux singes puis un morceau de concombre à l’un des deux. Quel singe aurait-alors manifesté sa fureur ? Celui qui recevrait la cerise et qui, malgré le fait que son cadeau est plus appétissant que celui de son rival, aurait été jaloux du traitement d’exception accordé à ce dernier ou bien le rival, mécontent de la baisse de qualité de ce qui lui est accordé et considéreront ceci comme une injustice ou une brimade…

    Pour  le neuropsychiatre Jacques Fanielle Les résultats e l’expérience menée par Franz De Waal « suggèrent que le sens de l’équité peut être une capacité innée du cerveau de l’Homo-Sapiens, une disposition que l’évolution biologique aurait sélectionnée chez certaines espèces dont l’organisation sociale repose, en tout ou en partie, sur la coopération » 


Le sentiment d’inégalité chez les chiens et les loups

    Une expérience semblable a eu lieu au Wolf Science Center de l’université de médecine vétérinaire de Vienne sur les chiens et les loups qui montre que ces deux espèces ont également conscience d’être victime d’une inégalité. Dans les deux cas, les scientifiques ont observé que l’animal le moins bien récompensé éprouvait un sentiment d’injustice et arrêtait l’exercice. Pour Jennifer Essler, co-auteure de l’étude, leur « habilité à réaliser l’iniquité est devenue évidente quand ils ont refusé de continuer l’expérience ». Ce refus s’exerçait non seulement quand l’un des deux animaux n’était plus alimenté mais également quand la qualité de la récompense était moindre : si l’un des animaux reçoit des croquettes alors que son congénère reçoit de la viande, il refuse de poursuivre l’exercice.

     Observation intéressante qui n’avait pas été effectuée dans l’expérience pratiquée par Frantz de Waal avec les primates, lorsque l’expérience est effectuée sur un seul animal, les chercheurs viennois constataient que les canidés poursuivaient alors la tâche, même sans récompense. Comme l’explique Friederike Range, un autre auteur de l’étude : « Cela montre bien que ce n’est pas juste le fait de ne pas recevoir de viande qui les a poussé à arrêter de coopérer avec l’expérimentateur ». Le fait que les loups autant que les chiens ont le même comportement prouvent que celui-ci n’est pas lié au phénomène de domestication. La seule différence relevée dans le comportement des deux espèces était qu’après cette expérience, les loups non récompensés restaient distants des humains alors que les chiens ayant subi le même traitement leur restaient fidèles.   (source : c’est  ICI )


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Film d’animation : une adaptation de « The Tempest » de William Shakespeare


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Prospero et sa fille Miranda – Prospero déclenche la tempête

    Shakespeare : The Animated Tales est une série d’animation britannique basée sur les pièces de Shakespeare créée en 1992 par la BBC. C’est l’écrivain britannique Léon Garfield (1921-1996) connu pour ses romans historiques pour enfants qui assurait la réalisations des scenarii. L »animation était réalisée par les studios russes Christmas Films et Soyuzmultifilm. Les Entre 1992 et 1994, la série a produit 12 épisodes de 26  à 30 minutes chacun basés sur les pièces suivantes : 1) A Midsummer Nights’s Dream (le songe d’une nuit d’été) – 2) The Tempest (la Tempête) – 3) Macbeth – 4) Romeo and Juliet – 5) Hamlet – 6) Twelfth Night (d’après La Nuit des rois de Shakespeare) – 7) King Richard III – 8) The Taming of the Shrew (La Mégère apprivoisée) – 9) As You Like It (Comme il vous plaira) – 10) Julius Caesar – (11) The Winter’s Tale (Le Conte d’hiver) –  12) Othello.


The Tempest sur YouTube (en anglais)

   L’épisode présenté ci-dessus est celui tiré de la pièce The Tempest, c’est le 2ème de la série et il a été co-produit par les sociétés Soyuzmultfilm à Moscou et S4C Channel 4 Wales à Cardiff. le scénariste est Léon Garfield, la Directrice artistique, Elena Livanova et le réalisateur, Stanislav Sokolov. La musique a été composée par Yuri Novikov.


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Ariel, le bon génie et le monstrueux Caliban

L’histoire

    Le duc de Milan, Prospero, a été déchu et exilé par son frère Antonio sur une île déserte en compagnie de sa fille Miranda. En possession d’un livre de magie qui lui permet d’agir sur les éléments naturels et les esprits, il va grâce à ce livre retrouver son honneur et ses biens. Deux créatures sont à son service : l’éthéré Ariel, esprit positif de l’air et du souffle de vie qu’il a libéré d’un mauvais sort infligé par la sorcière Sycorax et  le fils de cette dernière, le monstrueux Caliban, être chtonien négatif symbolisant le mal, la violence et la mort. Le film s’ouvre sur le naufrage, provoqué à l’aide d’une tempête par l’esprit Ariel sur l’ordre de Prospero, d’un navire transportant, Antonio, son frère félon responsable de ses malheurs, le fils de celui-ci, le jeune Ferdinand, le complice d’Antonio, le roi de Naples Alonso et son frère Sébastien et le vieux conseiller d’Antonio, le vénérable Gonzalo qui réprouve les actions de son maître et a aidé Prospero. En fait, le naufrage est une fiction provoquée par la magie de Prospero. Les naufragés vont tous se retrouver dans l’île où séjournent Prospero et Miranda et vont subir diverses épreuves qui s’apparentent à un parcours initiatique. La fin sera heureuse, Antonio, le frère parjure, se réconciliera avec Prospero qui retrouvera son duché, Miranda et Ferdinand tomberont amoureux l’un de l’autre et se marieront et les deux esprits Ariel et Caliban seront libérés et resteront sur leur île.

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Ferdinand et Miranda


Ils ont dit…


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Terrorisme

     « Les terroristes sont pareils à une mouche qui essaierait de détruire un magasin de porcelaine. Elle est trop faible pour bouger ne serait-ce qu’une tasse à thé. Elle trouve un éléphant, se glisse dans son oreille et se met à vrombir. L’éléphant enrage de peur et de colère, et détruit le magasin de porcelaine. C’est ce qui s’est produit au Moyen–Orient au cours de la dernière décennie. Les islamistes n’auraient jamais pu renverser Saddam Hussein par eux-mêmes. Ils ont préférés faire enrager les États-Unis grâce aux attentats du 11 Septembre, et les États-Unis ont détruit le magasin de porcelaine du Moyen-Orient à leur place. Et les voici qui prospèrent dans les décombres. »

Yuval Noah Harai, Hom deus, Une brève histoire de l’avenir
Edit. Albin Michel, 2017


Éloge de la paresse


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« Je veux rendre toute puissante l’influence du clergé, parce que je compte sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend à l’homme qu’il est ici pour souffrir et non cette autre philosophie qui dit au contraire à l’homme : jouis. »  –   Adolphe Thiers, le pourfendeur de la commune de Paris cité par Paul Lafargue dans Le droit à la paresse.

     Ah ! Décrocher… lever le pied, se mettre en vacance du monde, de ses contraintes et sollicitations. Se laisser choir de tout son poids sur un large et moelleux canapé et s’y installer confortablement en compagnie d’un bon livre sous la protection d’une épaisse couverture dont les dimensions sont suffisamment vastes pour qu’elle vous couvre totalement et vous mettre ainsi à l’abri des courants d’air froids  et pernicieux de l’hiver. Ne négligez pas la qualité et les dimensions de la couverture car celle-ci sera dans ce cas bien plus qu’une couverture, elle jouera le rôle d’une armure qui vous isolera et vous protégera des atteintes du monde et sous laquelle vous pourriez, en cas de nécessité — je ne l’ai jamais fait, mais pourquoi pas —, disparaître et hiberner à la manière d’une marmotte ou d’un ours, à condition bien sûr d’avoir préalablement pris la précaution d’amasser, à portée de main, quelques boissons et provisions conséquentes comme le fait l’acteur Philippe Noiret dans le film d’Yves Robert, Alexandre le bienheureux… J’insiste une nouvelle fois sur les dimensions importantes que doit posséder cette couverture car je ne connais rien de pire, alors que l’on est confortablement et chaudement installé et que l’on s’apprête à reprendre la lecture de son ouvrage, de ressentir soudainement une désagréable et insupportable sensation de froidure sur l’un de vos pieds. Une couverture trop petite, c’est le point faible de votre armure par lequel la lance ennemie frayera son chemin jusqu’à votre cœur, c’est le talon d’Achille de votre protection qui permettra aux colonnes infernales envoyées par le monde extérieur de vous atteindre à nouveau.

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Philippe Noiret dans le film  « Alexandre le bienheureux« , 1968

    J’ai parlé d’un canapé et non d’un lit car à mon sens, le lit, avec sa vaste étendue informelle sans repères où l’on finit par se perdre, n’offre pas le caractère d’intimité que permet le canapé. De plus le lit est parfois partagé et l’espace qu’il offre fait alors l’objet d’une lutte âpre et sans merci pour sa possession. La frontière invisible censée marquer les limites de l’espace vital de l’un et de l’autre étant trop souvent transgressée. Et puis, « l’autre », ne fait-il pas partie du « monde » dont on a parfois besoin de se soustraire ? Comment peux-t-on éprouver dans ces conditions la sérénité nécessaire à un paisible retrait ? Non, le canapé est, pour atteindre cet objectif, idéal, surtout s’il est à rebords à crosses car on peut s’y allonger confortablement et, moyennant quelques coussins de compléments, faire reposer sa tête et les extrémités de ses jambes sur les crosses. Si par le plus grand des bonheur, le matelas de votre canapé est souple et moelleux, vous pourrez, avec le temps, le façonner à votre morphologie comme l’escargot le fait avec sa coquille, le risque étant, en cas de trop grand confort, d’en faire comme l’escargot votre habitat permanent. De limace, vous serez devenu escargot. Soit ! quelle différence ?

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                     President Obama, « Couch Commander »     

   Oui, je sais, il est mal vu de passer le plus clair de son temps sur un canapé, la paresse n’a-t-elle pas été classée parmi les sept péchés capitaux ? Les paresseux sont accusés de ne rien produire et de vivre en parasites au dépens du reste de la société. Pire, ils sont accusés de sottise car ils renoncent à faire fructifier ce qu’ils possèdent déjà… Cela est peut-être vrai dans le cas de riches rentiers oisifs mais je répondrais que ce jugement ne peut en aucun cas être généralisé et ne s’applique aucunement à mon cas personnel, car pour ce qui me concerne, le fait d’être paresseux et d’être de surcroît un tantinet procrastinateur exige en contrepartie que je sois hautement productif dans mon travail en dépensant beaucoup d’énergie pour réaliser en un minimum de temps (et le plus souvent au dernier moment), ce que la plupart des gens réalisent sur une longue période… Il y aurait beaucoup à dire sur la finalité du travail. Dans une journée de travail, quelle est la part du travail réellement positif qui apporte quelque chose de concret à la société après avoir soustrait la part qui alimente les profits improductifs de la finance spéculative, la part de travail dont les conséquences sont catastrophiques pour l’intégrité écologique de la planète, la part de travail qui concerne la fabrication de produits inutiles ou dont l’obsolescence programmée réduit la durée de vie. Ces parts de travail négatif n’apportent rien à la société, lui sont au contraire nuisibles et ont pour conséquence le gaspillage d’un temps de vie précieux préjudiciable à ceux qui travaillent. Durant mes délicieux moments de « paresse », je lis, je médite, je dors, je rêve, je ne pense à rien, je « fait le néant » dans ma tête (d’où vient le mot fainéant), j’imagine, je désire, je savoure, je projette, je compare, je décide, je regrette… Bref, je suis en dialogue avec moi-même et avec le monde justement parce que j’ai pu m’extraire de son flux impétueux qui d’ordinaire nous submerge et nous entraîne…

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                      Simpson’s couch (le canapé des Simpsons)

USA : les canapés de l’horreur :

P.S. :  Attention toutefois à ne pas rester trop longtemps allongé dans la même position. Il existe un roman dont je n’ai pas retrouvé le nom dans lequel le personnage principal finit par fusionner avec son canapé. Elucubration d’auteur, me direz-vous… Eh bien, détrompez-vous, une nouvelle fois la réalité a rejoint la fiction, cela est effectivement arrivé à une américaine obèse du nom de Gayle laverne Grinds qui, après avoir passé six longues années sur son canapé sans jamais en bouger, a vu sa peau fusionner avec le tissu de celui-cI. Elle est décédée en 2004 aux urgences alors que les chirurgiens tentaient de la décoller. La même mésaventure est arrivée à un homme de l’Ohio après deux années d’immobilité dans son fauteuil. Les secours ont dû percer un mur de façade pour pouvoir l’extraire de sa maison avec son fauteuil…

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articles, vidéos et ouvrages liés

  • « Alexandre le bienheureux« , film d’Yves Robert avec Philippe Noiret.
  • President Obama, « Couch Commander », video
  • Le droit à la paresse de l’intellectuel et militant socialiste Paul Lafargue (éditeur Henry Oriol, 1883) pp. 5-54 par WIKISOURCE.
  • Oblomov, roman de l’écrivain russe Ivan Gotcharov, publié en 1859 – Version abrégée publiée par WIKISOURCE, trad. Piotre Artamoff, édit. Didier et Cie, 1877.

 

Est-ce ainsi que les hommes vivent ?


la solitude parmi la foule

Les japonais derrière la vitre du métro à Tokyo – photographe Michael Wolf
Léo Ferré – La solitude

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   À qui s’adresse ce doigt d’honneur ? À la société ? Au système qui génère cette aliénation et qui en porte la responsabilité ? Non, absolument pas ! ce doigt d’honneur s’adresse au photographe qui est témoin de cette misère humaine et de la passivité apparente de ceux qui en sont les victimes désignées et résignées… A-t-on déjà vu les voyageurs japonais se révolter contre cette forfaiture ? manifester dans les gares, bloquer les trains ? À ma connaissance, jamais. L’agressivité se retourne contre le témoin qui a le tort de mettre au grand jour cet abaissement que l’on voudrait dissimuler parce qu’il fait honte. Ces clichés du photographe Michael Wolf m’ont touché car, durant de nombreuses années, j’ai moi-même connu, à un degré nettement moindre, il est vrai, les transports quotidiens entre une lointaine banlieue nord et le centre de Paris, dans des wagons de train et de métro bondés où l’on ressentait, mêlé à un profond sentiment de solitude, une exaspération croissante alors que l’on se voyait réduit à n’être qu’une portion de la masse compacte composée d’êtres résignés aux yeux éteints qui évitaient de croiser votre regard.


Cœurs purs…


Ils ne sont pas encore…

       

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Ils ne sont pas encore amis
Des notaires et des notables
Ils ne sont pas encore admis
À dîner, le soir, à leur table
Ils ne sont pas encore polis
Comme Papa le fut toujours
Ils ne sont pas encor salis
Par les combines au jour le jour…

Mais on leur dit que ça viendra
Et, bien sûr, ils ne le croient pas
Les cœurs purs (x2)

Ils ne sont pas encor rusés
Ni blasés d’être un peu bohèmes
Ils ne sont pas encor usés
Par le métro des matins blêmes
Ils ne sont pas encor conscrits
Bien qu’ils soient souvent « engagés »
Ils ne sont pas encor inscrits
Ni au chômage, ni aux congés…

Mais on leur dit que ça viendra
Et, bien sûr, ils ne le croient pas
Les cœurs purs (x2)

Ils ne sont pas encor lassés
D’écouter chanter leur idole
Ils ne sont pas encor blessés
Par le Temps qui tant nous désole
Ils chantent des « songs » sur un banc
Ils n’ont pas honte de la rue
Ils ne sont pas encore perdants
Ils ne sont pas encor perdus…

Mais on leur dit que ça viendra
Moi, bien sûr, je souhaite tout bas
Que ça dure…
Les cœurs purs