Tout le monde sait qu’on va à la catastrophe et pourtant rien ne change…


Aurélien Barrau

    Aurélien Barrau, né le 19 mai 1973 à Neuilly-sur-Seine, est un astrophysicien spécialisé dans la physique des astroparticules, des trous noirs et en cosmologie. Il travaille au Laboratoire de physique subatomique et de cosmologie de Grenoble (LPSC) sur le polygone scientifique. Il est également professeur à l’université Grenoble-Alpes. Il a été invité en tant que visiteur à l’Institute for Advanced Study (IAS) de Princeton, à l’Institut des hautes études scientifiques (IHES) de Bures-sur-Yvette1 et à l’Institut Perimeter (PI) de physique théorique au Canada. Il est (ou a été) membre du comité de direction du Centre de physique théorique de Grenoble-Alpes et du laboratoire d’excellence ENIGMASS, et responsable du master de physique subatomique et de cosmologie de Grenoble. Il est membre nommé du Comité national de la recherche scientifique (CoNRS), section « physique théorique ».
       Il est engagé dans la question écologique. Il a notamment lancé un appel, signé par plus de 200 personnalités, dans le journal Le Monde à la suite de la démission de Nicolas Hulot. En septembre 2018, au festival Climax de Bordeaux, lors de la conférence intitulée «Quel nouveau contrat social avec le vivant ?», Aurélien Barrau est intervenu avec un discours de politique écologique et réitère son appel à un changement sociétal pour préserver la planète.  (crédit Wikipedia)

***


Cataclysme planétaire – « Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité »


L’appel des 200

     Quelques jours après la démission de Nicolas Hulot, nous lançons cet appel : face au plus grand défi de l’histoire de l’humanité, le pouvoir politique doit agir fermement et immédiatement. Il est temps d’être sérieux.
   Nous vivons un cataclysme planétaire. Réchauffement climatique, diminution drastique des espaces de vie, effondrement de la biodiversité, pollution profonde des sols, de l’eau et de l’air, déforestation rapide : tous les indicateurs sont alarmants. Au rythme actuel, dans quelques décennies, il ne restera presque plus rien. Les humains et la plupart des espèces vivantes sont en situation critique. 
      Il est trop tard pour que rien ne se soit passé : l’effondrement est en cours. La sixième extinction massive se déroule à une vitesse sans précédent. Mais il n’est pas trop tard pour éviter le pire.
      Nous considérons donc que toute action politique qui ne ferait pas de la lutte contre ce cataclysme sa priorité concrète, annoncée et assumée, ne serait plus crédible.
      Nous considérons qu’un gouvernement qui ne ferait pas du sauvetage de ce qui peut encore l’être son objectif premier et revendiqué ne saurait être pris au sérieux.
   Nous proposons le choix du politique – loin des lobbys – et des mesures potentiellement impopulaires qui en résulteront.
     C’est une question de survie. Elle ne peut, par essence, pas être considérée comme secondaire.
      De très nombreux autres combats sont légitimes. Mais si celui-ci est perdu, aucun ne pourra plus être mené.

***

Les signataires

Isabelle Adjani, actrice ; Laure Adler, journaliste ; Pedro Almodovar, cinéaste ; Laurie Anderson, artiste ; Charles Aznavour, chanteur ; Santiago Amigorena, écrivain ; Pierre Arditi, acteur ; Niels Arestrup, acteur ; Ariane Ascaride, actrice ; Olivier Assayas, cinéaste ; Yvan Attal, acteur, cinéaste ; Josiane Balasko, actrice ; Aurélien Barrau, astrophysicien (Institut universitaire de France) ; Nathalie Baye, actrice ; Emmanuelle Béart, actrice ; Xavier Beauvois, cinéaste ; Alain Benoit, physicien (Académie des sciences) ; Jane Birkin, chanteuse, actrice ; Juliette Binoche, actrice ; Benjamin Biolay, chanteur ; Dominique Blanc, actrice ; Gilles Boeuf, biologiste ; Mathieu Boogaerts, chanteur ; John Boorman, cinéaste ; Romane Bohringer, actrice ; Carole Bouquet, actrice ; Stéphane Braunschweig, metteur en scène ; Zabou Breitman, actrice, metteuse en scène ; Nicolas Briançon, acteur, metteur en scène ; Irina Brook, metteuse en scène ; Valeria Bruni Tedeschi, actrice, cinéaste ; Florence Burgat, philosophe ; Gabriel Byrne, acteur ; Cali, chanteur ; Sophie Calle, artiste ; Jane Campion, cinéaste ; Isabelle Carré, actrice ; Emmanuel Carrère, écrivain ; Anne Carson, auteure et professeure ; Michel Cassé, astrophysicien ; Laetitia Casta, actrice ; Bernard Castaing, physicien (Académie des sciences) ; Antoine de Caunes, journaliste, cinéaste ; Alain Chamfort, chanteur ; Boris Charmatz, chorégraphe ; Christiane Chauviré, philosophe ; Jeanne Cherhal, chanteuse ; François Civil, acteur ; Hélène Cixous, écrivaine ; Isabel Coixet, cinéaste ; Françoise Combes, astrophysicienne (Collège de France) ; François Cluzet, acteur ; Gregory Colbert, photographe, cinéaste ; Bradley Cooper, acteur ; Brady Corbet, acteur ; Béatrice Copper-Royer, psychologue ; Marion Cotillard, actrice ; Denis Couvet, écologue ; Camille Cottin, actrice ; Clotilde Courau, actrice ; Franck Courchamp, écologue (Académie européenne des sciences) ; Nicole Croisille, chanteuse ; David Cronenberg, cinéaste ; Alfonso Cuaro, cinéaste ; Willem Dafoe, acteur ; Philippe Decouflé, chorégraphe ; Sébastien Delage, musicien ; Vincent Delerm, chanteur ; Alain Delon, acteur ; Catherine Deneuve, actrice ; Claire Denis, cinéaste ; Philippe Descola, anthropologue (Collège de France) ; Alexandre Desplat, compositeur ; Manu Dibango, musicien ; Hervé Dole, astrophysicien (Institut universitaire de France) ; Valérie Dréville, actrice ; Diane Dufresne, chanteuse ; Sandrine Dumas, actrice, metteuse en scène ; Romain Duris, acteur ; Lars Eidinger, acteur ; Marianne Faithfull, chanteuse ; Pierre Fayet, physicien (Académie des sciences) ; Ralph Fiennes, acteur ; Frah (Shaka Ponk), chanteur ; Cécile de France, actrice ; Stéphane Freiss, acteur ; Thierry Frémaux, directeur de festival ; Jean-Michel Frodon, critique, professeur ; Marie-Agnès Gillot, danseuse étoile ; Pierre-Henri Gouyon, biologiste ; Julien Grain, astrophysicien ; Anouk Grinberg, actrice ; Mikhaïl Gromov, mathématicien (Académie des sciences) ; Sylvie Guillem, danseuse étoile ; Arthur H, chanteur ; Ethan Hawke, acteur ; Christopher Hampton, scénariste ; Nora Hamzawi, actrice ; Ivo Van Hove, metteur en scène ; Isabelle Huppert, actrice ; Agnès Jaoui, actrice, cinéaste ; Michel Jonasz, chanteur ; Camelia Jordana, chanteuse ; Jean Jouzel, climatologue (Académie des sciences) ; Juliette, chanteuse ; Anish Kapoor, sculpteur, peintre ; Mathieu Kassovitz, acteur ; Angélique Kidjo, chanteuse ; Cédric Klapisch, cinéaste ; Thierry Klifa, cinéaste ; Panos H. Koutras, cinéaste ; Lou de Laâge, actrice ; Ludovic Lagarde, metteur en scène ; Laurent Lafitte, acteur ; Laurent Lamarca, chanteur ; Maxence Laperouse, comédien ; Camille Laurens, écrivaine ; Bernard Lavilliers, chanteur ; Sandra Lavorel, écologue (Académie des sciences) ; Jude Law, acteur; Patrice Leconte, cinéaste ; Roland Lehoucq, astrophysicien ; Gérard Lefort, journaliste ; Nolwenn Leroy, chanteuse ; Peter Lindbergh, photographe ; Louane, chanteuse ; Luce, chanteuse ; Ibrahim Maalouf, musicien ; Vincent Macaigne, metteur en scène, acteur ; Benoît Magimel, acteur ; Yvon Le Maho, écologue (Académie des sciences) ; Andreï Makine, écrivain de l’Académie Française ; Abd al Malik, rappeur ; Sophie Marceau, actrice ; Virginie Maris, philosophe ; André Markowicz, traducteur ; Nicolas Martin, journaliste ; Vincent Message, écrivain ; Wajdi Mouawad, metteur en scène ; Nana Mouskouri, chanteuse ; Jean-Luc Nancy, philosophe ; Arthur Nauzyciel, metteur en scène ; Safy Nebbou, cinéaste ; Pierre Niney, acteur ; Helena Noguerra, chanteuse ; Claude Nuridsany, cinéaste ; Michael Ondaatje, écrivain ; Thomas Ostermeier, metteur en scène ; Clive Owen, acteur ; Corine Pelluchon, philosophe ; Laurent Pelly, metteur en scène ; Raphaël Personnaz, acteur ; Dominique Pitoiset, metteur en scène ; Denis Podalydès, acteur ; Pomme, chanteuse ; Martin Provost, cinéaste ; Olivier Py, metteur en scène ; Susheela Raman, chanteuse ; Charlotte Rampling, actrice ; Raphaël, chanteur ; Régine, chanteuse ; Cécile Renault, astrophysicienne ; Robin Renucci, acteur ; Jean-Michel Ribes, metteur en scène ; Tim Robbins, acteur ; Muriel Robin, actrice ; Isabella Rossellini, actrice ; Brigitte Roüan, actrice, cinéaste ; Carlo Rovelli, physicien (Institut universitaire de France) ; Eric Ruf, directeur de la Comédie-Française ; Céline Sallette, actrice ; Rodrigo Santoro, acteur ; Marjane Satrapi, cinéaste ; Kristin Scott Thomas, actrice ; Albin de la Simone, musicien ; Abderrahmane Sissako, cinéaste ; Marianne Slot, productrice ; Patti Smith, chanteuse, écrivaine ; Sabrina Speich, géoscientifique ; Marion Stalens, réalisatrice ; Kristen Stewart, actrice ; Tom Stoppard, dramaturge ; Peter Suschitzky, chef opérateur ; Malgorzata Szumowska, cinéaste ; Béla Tarr, cinéaste ; Gilles Taurand, scénariste ; Alexandre Tharaud, musicien ; James Thierrée, danseur, chorégraphe ; Mélanie Thierry, actrice ; Danièle Thompson, cinéaste ; Melita Toscan du Plantier, attachée de presse ; Jean-Louis Trintignant, acteur ; John Turturro, acteur ; Hélène Tysman, pianiste ; Pierre Vanhove, physicien ; Karin Viard, actrice ; Polydoros Vogiatzis, acteur ; Rufus Wainwright, chanteur ; Régis Wargnier, cinéaste ; Jacques Weber, acteur ; Wim Wenders, cinéaste ; Sonia Wieder-Atherton, musicienne ; Bob Wilson, metteur en scène ; Lambert Wilson, acteur ; Jia Zhang-ke, cinéaste ; Elsa Zylberstein, actrice


De la poule au singe et du singe à l’homme : théorie du bouc émissaire par Boris Cyrulnik.


De l’utilité d’un bouc émissaire en société…

    En appoint à la théorie que René Girard a forgé sur l’origine et la fonction du bouc émissaire (voir l’article lié en fin de texte), j’ai trouvé dans le livre de Boris Cyrulnik, Mémoire de singe et paroles d’homme, quelques pages tout à fait éclairantes sur le sujet. La pratique chez les hommes du détournement de la violence du groupe sur un « bouc émissaire » innocent, considérée souvent comme culturelle alors qu’elle est courante parmi les animaux, serait-elle innée et donc inscrite dans nos gênes ?

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Relevé sur Internet : « j’ai un souci avec l’une de mes poules. Elle est harcelée par les autres, qui tentent de la faire fuir, la pique. Même le coq la mord. Je l’ai isolé 10 jours car elle a été malade (je l’ai retrouvé amorphe dans un coin un matin), elle est de nouveau en pleine forme, le traitement est fini, j’ai tenté de la remettre avec les autres. Et là, rebelote, les autres se sont mises à l’attaquer de nouveau. Du coup, ma poule s’est « vengée » directement en suivant et attaquant mes deux jeunes poulettes soie (qui sont super calmes et qu’aucune autre poule importune) de 4 mois. »


Les textes de Boris Cyrulnik

De la poule…

       Il y a toujours dans un poulailler un individu brimé, battu, plumé, chassé des bons endroits. Cette poule se développe mal, sans cesse agressée, mal nourrie, mal apaisée, elle maigrit, épuise ses glandes surrénales et en cas d’épidémie résiste mal à l’infection. Les autres poules en revanche se portent bien et le groupe paisiblement se coordonne. Mais lorsqu’un expérimentateur enlève cette poule émissaire, les combats hiérarchiques reprennent, les blessures abîment plusieurs individus, le poids moyens des viscères s’abaisse, les surrénales se vident et c’est le groupe tout entier qui devient sensible aux infections, jusqu’au jour où un autre individu prendra cette fonction de poule émissaire et endurera tous les maux du groupe. Alors, le reste du poulailler pourra reprendre sa croissance euphorique.

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Au singe…

    D. Ploog [Un neuro-éthologue] raconte la rencontre et la hiérarchisation de deux groupes de saïmiris, petits singes tropicaux à longue queue prenante. D’abord, ils déchargent une intense agressivité collective. Les femelles de haut rang crient, se menacent et se mordent. Les mâles se défient en violents duels. Finalement un des deux groupes se retire dans un coin et cède le terrain. Alors, dans le groupe des vaincus on assiste à des modifications de structures sociales. Les mâles se disputent et établissent entre eux une nouvelle hiérarchie. Puis ils désignent parmi les mâles subordonnés celui qui servira de souffre-douleur. Le groupe des vaincus concentre son agressivité sur ce bouc émissaire qui rapidement va maigrir, altérer son état général, souffrir de ses blessures et parfois en mourir. Mais par ce stratagème, les autres mâles du groupe vont pouvoir apaiser leur tension, décharger leur agressivité qu’ils n’osaient pas orienter sur les vainqueurs et se sentir de nouveau dominants par rapport à ce singe bouc émissaire dominé. leur moral remonte, le groupe vaincu s’apaise et la sexualité va reprendre.
     Désormais en paix, les deux groupes augmentent leurs contacts sociaux et progressivement fusionnent. L’agression contre le singe bouc émissaire va s’éteindre puisqu’elle n’a plus de raison d’être.

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À l’homme …

      Les pressions d’environnement participent à la constitution des gestes aussi sûrement que nos pulsions biologiques. Lorsqu’on observe en milieu spontané la manière dont les enfants préverbaux se rencontrent dans leur groupe, on se rend compte qu’à ce stade de leur formation le problème qu’ils doivent résoudre en priorité est celui du couple d’opposés agression-apaisement. […] L’agression vient le plus souvent des congénères, lors de la lutte pour un objet stimulant ou un lieu privilégié. […] Certains enfants dominés recherchent la compagnie de leaders apaisants dont ils reçoivent des caresses et des offrandes. En revanche, ils reçoivent aussi l’agression de dominants-agressifs. Ils cherchent alors à rediriger, à orienter l’agression sur un autre enfant. Si bien que ces enfants dominés, peu gestuels, parviennent quand même par cette politique gestuelle de séduction et de détournement de l’agressivité à s’intégrer dans leur groupe. […]

     À la moindre régression quotidienne, à la moindre frayeur, fatigue ou tension, l’étrangeté de l’Autre nous apparaît aussitôt. En cas de difficulté supplémentaire, le groupe va trouver qu’il n’a rien de commun avec cet étrange étranger. En cas de trop vives angoisses l’apaisement du groupe va retrouver ses défenses archaïques : c’est l’Autre étranger qui est coupable de nos angoisses et de nous maux. Les humains retrouvent alors le terrible bénéfice du bouc émissaire.

      Puisque nous vivons en groupes, il faut bien qu’à l’origine nous ayons orienté notre agressivité sur un Autre, il faut bien que notre cohésion se constitue au prix du meurtre d’un Autre. Dés l’instant où l’adversaire est désigné, le groupe, apaisé, assure sa cohésion. Tout groupe est donc coupable d’un pêché originel sans lequel il n’aurait pu se fonder. Il va falloir expier, payer notre faute, sacrifier un membre du groupe, ou une part de nous-mêmes.

Boris Cyrulnik, Mémoire de singe et paroles d’homme – édit. Fayard/Pluriel – 2010 – p.262 à 265.


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« Deirdre of Sorrows » ou la malédiction d’être trop belle…


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      Deirdre ou Derdriu, dont le nom signifie « Douleur », est une jeune fille à la beauté tragique de la mythologie irlandaise. Sa légende appartient au Cycle d’Ulster, elle est décrite dans le récit en prose Longes mac nUislenn (l’Exil des fils d’Usnech).

    Fille du barde Fedelmid, qui vit à la cour du roi Conchobar Mac Nessa, sa naissance a été entourée de faits étranges. Lors d’un festin, tous les guerriers ont entendu un cri déchirant qui les a fait se précipiter en armes : c’était le bébé encore dans le ventre de sa mère qui l’avait poussé. Le druide Cathbad prophétise l’arrivée d’une adorable fillette dont l’éclatante beauté provoquera des flots de sang. Tous veulent alors tuer l’enfant mais le roi Conchobar s’y oppose car il compte l’épouser quand elle aura grandi. Devenue aussi belle que le druide Cathbad l’avait annoncé, sa préférence va se porter sur le beau Noise, le neveu du roi. sachant qu’elle est promise à son oncle, celui-ci repousse d’abord ses avances mais la belle lui jette alors un sort (geis) qui l’oblige à l’enlever. Aidé de ses deux frères, Noise s’enfuit avec sa belle au royaume d’Alba (ancien nom celtique de l’Ecosse). Ils vivent de la chasse, à l’écart dans une forêt puis se placent sous la protection du roi du pays. L’intendant du royaume remarque la beauté de Deirdre et son roi le charge de lui faire la cour en secret, en son nom. Deirdre se plaît au jeu jusqu’à ce qu’elle découvre que le roi va faire assassiner son époux. Nouvelle fuite, nouvelle errance.

      Entretemps, le roi Conchobar a envoyé Fergus à la recherche de Deirdre, Noise et ses frères, mais leur roman d’amour a ému le cœur de beaucoup d’Irlandais. Seuls la ruse et le pouvoir magique du druide Cathbad va lui permettre de triompher. il parvient à faire revenir les exilés sous la promesse du pardon du roi mais c’est un piège. Le roi rompt sa promesse, fait tuer Noise et ses frères et jouit de sa promise, pendant un an. Au bout de cette année, il la donne au bourreau de Noise, Eogan Duntracht. C’en est trop pour Deirdre, et elle se jette dans le vide alors que le char l’emmene auprès de son nouveau mari.

     Un pin poussa sur chacune des tombes de Noise et de Deirdre et les deux arbres finirent par s’entremêler pour n’en former qu’un.

Crédit Wikipedia


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Patrick Cassidy – Deirdre of the Sorrows, 1998 – 45 mn

Détail des morceaux joués. si vous cliquez sur l’en-tête, vous êtes renvoyés sur le site YouTube original.

00:00 1 – Cía Deilm Dremun Derdrethar (What Is That Violent Noise That Resounds – Quel est ce bruit violent qui résonne ?)
07:13 2 – A Dherdriu, Maindéra Mar (O Deirdre, You Will Destroy Much – Oh Deirdre, tu vas semer la désolation !)
13:10 3 – Noísi Mac Uisnig (Naoise Son of Uisnech, Noise, fils d’Uisnecht)
19:27 4 – Loingas Mac n-Uisnich (The Exile of the Sons of Uisnech – L’exil des fils d’Uisnecht)
25:01 5 – Forruích Frinn Fergus Find (Against Us Transgressed Fair Fergus – Contre nous a trahi Fergus)
30:39 6 – Ná Bris Andiu Mo Chride (Do Not Break This Day, My Heart – Ne brise pas ce jour mon cœur)
34:34 7 – Aided Mac nUislenn ocus Derdrenn (The Violent Death of the Sons of Uisnech and of Deirdre – La mort violente des fils d’Uisnecht)
39:19 8 – Dr. John Hart, Bishop of Achonry Dr. John Art, Evêque d’Achorny
42:49 9 – Kitty Magennis
45:52 10 – Brian Maguire
°°°

Ils ont dit : Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra…


Friedrich Nietzsche : Prologue de Ainsi parlait Zarathoustra (1883-1885) lu par Micheal Londsdale.

Caspar Friedrich - Au-dessus de la Mer de Nuages, 1818
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illustrations : Le voyageur au-dessus des nuages, G. Friedrich (1818) & la grande foule, A. Saura (1963)


Le paradis a existé (pour les hommes…)


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Pierre Clastres (1934-1977)

     Pierre Clastres est un anthropologue et ethnologue français connu pour ses travaux d’anthropologie politique, ses convictions et son engagement libertaire et sa monographie des indiens Guayaki du Paraguay. Sa principale thèse est que les sociétés primitives ne sont pas des sociétés qui n’auraient pas encore découvert le pouvoir et l’État, mais au contraire des sociétés construites pour éviter que l’État n’apparaisse. Pierre Clastres a effectué de nombreux travaux de terrain de 1963 à 1974 en Amérique latine chez les  indiens Guayaki du Paraguay, les Guaranis, les Chulupi et les Yanomami. En 1974 il devient chercheur au  CNRS et publie son œuvre la plus connue, La Société contre l’ÉtatCritique du structuralisme, en conflit direct avec Claude Levi-Strauss, dont il dénonce notamment la vision de la guerre comme échec de l’échange, il quitte le laboratoire d’anthropologie sociale et devient directeur d’études à la cinquième section de L’École pratique des hautes études. Il meurt en 1977 à 43 ans dans un accident de la route, laissant son œuvre inachevée et éparpillée. (crédit Wikipedia)


Le paradis des hommes

       «  C’est ce qui frappa, sans ambiguïté, les premiers observateurs européens des Indiens du Brésil. Grande était leur réprobation à constater que des gaillards pleins de santé préféraient s’attifer comme des femmes de peintures et de plumes au lieu de transpirer sur leurs jardins. Gens donc qui ignoraient délibérément qu’il faut gagner son pain à la sueur de son front. C’en était trop, et cela ne dura pas : on mit rapidement les Indiens au travail, et ils en périrent. Deux axiomes en effet paraissent guider la marche de la civilisation occidentale, dés son aurore : le premier pose que la vraie société se déploie à l’ombre protectrice de l’État; le second énonce un impératif catégorique : il faut travailler.

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      Les Indiens ne consacraient effectivement que peu de temps à ce que l’on appelle le travail. Et ils ne mourraient pas de faim néanmoins. Les chroniques de l’époque sont unanimes à décrire la belle apparence des adultes, la bonne santé de nombreux enfants, l’abondance et la variété des ressources alimentaires. Par conséquent, l’économie de subsistance qui était celle des tribus indiennes n’impliquait nullement la recherche angoissée, à temps complet, de la nourriture. Donc une économie de subsistance est compatible avec une considérable limitation du temps consacré aux activités productives. Soit le cas des tribus sud-américaines d’agriculteurs, les Tupi-Guarani par exemple, dont la fainéantise irritait tant les Français et les Portugais. La vie économique de ces Indiens se fondait principalement sur l’agriculture, accessoirement sur la chasse, la pêche et la collecte. Un même jardin était utilisé pendant quatre à six années consécutives. Après quoi on l’abandonnait, en raison de l’épuisement du sol ou, plus vraisemblablement, de l’invasion de l’espace dégagé par une végétation parasitaire difficile à éliminer. Le gros du travail, effectué par les hommes, consistait à défricher, à la hache de pierre et par le feu, la superficie nécessaire. Cette tâche, accomplie à la fin de la saison des pluies, mobilisait les hommes pendant un ou deux mois. Presque tout le reste du processus agricole — planter, sarcler, récolter — conformément à la division sexuelle du travail, était pris en charge par les femmes. Il en résulte donc cette conclusion joyeuse : les hommes, c’est-à-dire la moitié de la population, travaillaient environ deux mois tous les quatre ans ! Quant au reste du temps, ils le vouaient à des occupations éprouvées non comme peine mais comme plaisir : chasse, pêche ; fêtes et beuveries ; à satisfaire enfin leur goût passionné pour la guerre. »

Pierre Clastres, la société contre l’Etat, 1974. p.165

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Articles liés

  • L’anomalie sauvage par Ivan Segré, 2017 – compte-rendu du livre de Christian Ferrié consacré à Pierre Clastres, le Mouvement inconscient du politique.
  • La Guerre Noire, l’extermination des aborigènes de Tasmanie par Runoko Rashidi (site Monde-histoire-culture générale)

Genre : à l’origine de la domination masculine, de la « valence différentielle des sexes » selon Françoise Héritier à la « domination masculine » selon Pierre Bourdieu


Françoise Héritier : sur quoi repose la hiérarchie entre les sexes ?

      C’est en 1981, dans son ouvrage intitulé L’exercice de la parenté que l’anthropologue Françoise Héritier fait pour la première fois référence au concept de « Valence différentielle des sexes« . Rappelons qu’en chimie on nomme « valence » la mesure des propriétés de substitution, saturation ou combinaison de molécules qui ont la faculté de s’assembler pour composer un élément plus ou moins complexe. Rapporté au domaine psycho-social comme métaphore, cette notion désigne ce qui, chez les individus, fait attraction ou répulsion pour un objet, un sujet, une situation : « Telle une molécule, chacune de nous évolue avec des caractéristiques et des points de vue qui le disposent à ressentir des émotions positives ou négatives dans tel ou tel contexte et à se ressentir en plus ou moins grande capacité à établir des interactions favorables et à trouver une place satisfaisante dans un environnement donné. » (Programme Eve)

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Homme Samo se livrant à une pratique rituelle

Françoise Héritier      Appliquant la méthode structuraliste, Françoise Héritier a découvert au cours de ses recherches sur le terrain et en particulier chez l’ethnie Samo du Burkina Fasso qu’il existe dans toutes les sociétés humaines qu’elle a observée une asymétrie dans le rapport entre germains du sexe opposé, c’est ainsi que le rapport frère/sœur se révèle différent du rapport sœur/frère. Cette différence est flagrante dans le cas des rapports aîné-cadet dans la fratrie quand ils concernent la sœur (aînée) à l’égard de son frère (cadet) : « On ne trouve aucun système de parenté qui, dans sa logique interne, dans le détail de ses règles d’engendrement, de ses dérivations, aboutirait à ce qu’on puisse établir qu’un rapport qui va des femmes aux hommes, des sœurs aux frères, serait traduisible dans un rapport où les femmes seraient aînées et où elles appartiendraient à la génération supérieure ». pour Françoise Héritier, cette « Valence différentielle des sexes »  semble inscrite dans le système de pensée de la différence qui découle de l’observation première de la différence des corps masculin et féminin et qui établit une classification hiérarchique sur le modèle du classement des catégories cognitives telles que gauche/droite, haut/bas, sec/humide, grand/petit, etc… C’est ainsi qu’hommes et femmes partagent des catégories « orientées » pour penser le monde. Or les valeurs masculines sont valorisées et les féminines dévalorisées. Ainsi en Europe, la passivité, assimilée à de la faiblesse, serait féminine tandis que l’activité, associée à la maîtrise du monde, serait masculine. Ce rapport émanerait de la volonté de contrôle de la reproduction de la part des hommes, qui ne peuvent pas faire eux-mêmes leurs fils. Les hommes se sont appropriés et ont réparti les femmes entre eux en disposant de leur corps et en les astreignant à la fonction reproductrice. La chercheuse Agnès Fine  en tire la conclusion suivante :

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     « Il y a là, à mes yeux, une découverte majeure, un peu accablante, celle de l’universalité de ce que l’auteur appelle « la valence différentielle » des sexes. […] C’est ainsi qu’hommes et femmes partagent des catégories « orientées » pour penser le monde. Comment expliquer cette universelle valence différentielle des sexes ? L’hypothèse de Françoise Héritier est qu’il s’agit sans doute là d’une volonté de contrôle de la reproduction de la part de ceux qui ne disposent pas de ce pouvoir si particulier. […]. La manière de penser les rapports entre les sexes est liée à la manière de penser la cosmologie et le monde surnaturel. Incontestablement, la démonstration séduit par sa rigueur logique et la clarté de la langue. Ce livre est une avancée considérable de la réflexion anthropologique sur la hiérarchie entre les sexes. »

Agnès Fine, au sujet de Françoise Héritier (Clio)– Opus cité


« Les hommes et les femmes seront égaux un jour, peut-être …»

     Cette phrase qui traduit un certain scepticisme, Françoise Héritier l’a prononcé dans un entretien accordé à la revue Sciences et Avenir :

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     « Selon les experts du Bureau international du travail (BIT), au rythme où les choses changent en Europe, il faudrait attendre 500 ans pour parvenir à une réelle égalité de salaire, de carrière, etc. Alors imaginez le temps nécessaire pour qu’elle s’installe dans tous les domaines ! Lorsque j’en parle – cela effraie les auditeurs –, je dis que dans quelques millénaires il y aura une égalité parfaite pour hommes et femmes dans le monde entier. Peut-être ! Il faut de la volonté et du temps parce qu’il est plus facile de transmettre ce qui vous a été transmis, que de se remettre en question et changer notre mode d’éducation. Par exemple, nous pensons agir rationnellement en disant aux enfants que  » papa a déposé une graine dans le ventre de maman « . Or, cette explication renvoie à des croyances archaïques, théorisées par Aristote, qui ont toujours cours dans les sociétés dites primitives et que l’on retrouve dans les ouvrages de médecine du XIXe siècle : la mère n’est soit qu’un matériau, soit qu’un réceptacle. L’étincelle, le germe, ce qui apporte la vie, l’identité humaine, l’esprit, l’intelligence et même parfois la religion ou la croyance, tout est contenu dans le sperme !  »

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         Femme Samo allaitant ses jumeaux

    Pour Agnès Fine, cette vision structuraliste du rapport entre le féminin et le masculin pose un problème majeur, celui du rapport entre structure et histoire.  Si la hiérarchie entre les sexes est inscrite dans les outils conceptuels et les catégories cognitives qui structurent l’esprit humain et s’expriment par l’intermédiaire de l’inconscient, de quelle manière sera-t-il possible de faire évoluer cette situation ? Même si Françoise Héritier reconnait que des changements positifs ont eu lieu dans la société occidentale concernant le rapport hommes/femmes depuis le siècle dernier, elle manifeste un certains scepticisme sur la possibilité d’une véritable égalité entre les deux sexes car sa vision structuraliste de l’organisation des société l’incline à penser que les sociétés ne peuvent être construites autrement que sur « cet ensemble d’armatures étroitement soudées les unes aux autres que sont la prohibition de l’inceste, la répartition sexuelle des tâches, une forme légale ou reconnue d’union stable et la valence différentielle des sexes ». C’est ainsi que les progrès effectués sur le plan de l’égalité sont contrecarrés selon elle par l’invention toujours renouvelée des domaines réservés masculins qui reproduit la différence hiérarchique.


Une analyse différente : la domination masculine selon Pierre Bourdieu

Pierre Bourdieu    Françoise Héritier avait forgé ses concepts dans l’étude de la société Samo du Burkina Fasso, Pierre Bourdieu les forgera à partir de sa première étude d’ethnologue dans l’étude de la société kabyle.  Plutôt que « Valence différentielle des sexes » et soucieux d’intégrer à la réflexion le jeu des agents sociaux et de l’histoire, il préfèrera parler des structures de « domination masculine » qui sont certes largement intériorisées de manière inconsciente et partagées par les femmes mais qui se trouvent être « le produit d’un travail incessant (donc historique) de reproduction auquel contribuent des agents singuliers (dont les hommes avec des armes comme la violence physique et la violence symbolique) et des institutions, familles, Église, État, École » (La domination masculine, 1998). Cette action sociale permanente liée au sexe produite par nos structures cognitives et perpétue la domination masculine au travail, à la maison, à l’école et dans tous les domaines de la vie quotidienne a été nommée par les féministes et les sociologues américains doing gender. Pour Pierre Bourdieu le doing gender est une vision du monde sexuée qui s’inscrit dans nos habitus.

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                Famille Kabyle, vers 1890

      L’habitus est un concept sur lequel le sociologue allemand Norbert Elias avait travaillé en 1939 en travaillant sur le prestige qui résultait sur les stratégies d’adoption des habitus caractéristiques de la classe sociale supérieure et que Bourdieu a repris et développé dans les années 2000 et qui se défini comme une règle acquise dont les fondements conscients et inconscients sont partagés par un groupe et qui structure de manière rigide les comportements dans le temps et l’espace. Les variations de l’habitus ne sont tolérées par le groupe que si elles s’effectuent dans l’application de codes connus et partagés, compris et acceptés, sous peine d’être considérées comme des déviances. Ce faisant, il rejoignait les thèses de C. Levi-Strauss concernant les systèmes d’organisation sociales selon lesquelles la diffusion de pratiques sociales nouvelles s’effectue dans le cadre d’une sélection rigoureuse imposée par le groupe. Pour Bourdieu, la société kabyle traditionnelle avec ses hommes actifs et ses femmes passives, son opposition entre les vertus féminines de pudeur, d’attente et de soumission et les valeurs masculines d’honneur et de domination est un bon exemple de société forgée par l’habitus.

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     « (l’habitus) : une loi immanente, déposée en chaque agent par la prime éducation, qui est la condition non seulement de la concertation des pratiques mais aussi des pratiques de concertation, puisque les redressements et les ajustements consciemment opérés par les agents eux-mêmes supposent la maîtrise d’un code commun et que les entreprises de mobilisation collective ne peuvent réussir sans un minimum de concordance entre l’habitus des agents mobilisateurs (e. g. prophète, chef de parti, etc.) et les dispositions de ceux dont ils s’efforcent d’exprimer les aspirations. »  (Bourdieu, 2000)
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Photo : guerrier kabyle


Le concept de « violence symbolique » faite aux femmes.

    Dans son ouvrage La domination masculine, Pierre Bourdieu a travaillé sur les processus de fonctionnement et de reproduction de la domination des hommes sur les femmes. C’est par l’instauration dans l’organisation sociale de deux classes d’habitus différentes qui conduisent à classer les choses et les pratiques sociales en référence à l’opposition entre féminin et masculin que s’organisent et se perpétuent les mécanismes de domination et d’exploitation. Dans les sociétés patriarcales la domination masculine a, par la différentiation sexuelle du travail, la structuration de l’espace autour d’une opposition public/privé, produit un ordre social qui sera intériorisé par les bénéficiaires et leur victimes et reproduit par ce que le chercheur qualifie de technique de dressage.  Par l’éducation, les institutions (famille, Eglise, Etat), les rituels sociaux et familiaux et la pression permanente du groupe, le corps humain est dressé pour imposer et conditionner l’expression de la personne dans le cadre de l’habitus. Sa gestuelle est organisée en langage et les techniques du corps vont dépendre de la place qu’occupe la personne dans le groupe et s’exprimer en conséquence.
   Dans ces conditions, les femmes qui auront intériorisé cette structuration du rapport entre les sexes ne disposeront pour réagir contre cette injustice qui leur est imposée que des armes fournies par la ruse, le mensonge, la passivité et l’intuition, propriétés que l’homme a considéré comme négatives et inhérentes à leur nature féminine. Le rapport domination sur le dominé est ainsi justifié par la référence à un principe naturel. Pour Bourdieu, les femmes ont dans le passé intégré mentalement cette domination  masculine et ont en quelque sorte « consenti » à son exercice et sa perpétuation. C’est à ce niveau que se situe la « violence symbolique » faite aux femmes que le chercheur assimile à une « magie » : 

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      « C’est ainsi que, pour le sociologue français, la violence symbolique qu’il identifie comme étant une “ magie ”, est consentie par la femme et confère à l’homme une supériorité qui offre à cette femme, par ricochet, une “ valorisation ”. L’objétisation des femmes participerait, au sein de l’économie des biens symboliques, à la perpétuation ou à l’augmentation du capital symbolique de l’homme et au renforcement de la différenciation sexuelle. Il insiste sur la femme comme être humain perçu par autrui : elle est définie par la perception qu’autrui a de ce corps féminin et qu’il lui renvoie.
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    C’est un des facteurs de la dépendance symbolique des femmes au pouvoir des hommes, lesquels ont pour objet, selon Bourdieu, de “ placer (les femmes) dans un état permanent d’insécurité corporelle ou, mieux, de dépendance symbolique : elles existent d’ailleurs par et pour le regard des autres, c’est-à-dire en tant qu’objets accueillants, attrayants, disponibles. On attend d’elles qu’elles soient “ féminines ”, c’est-à-dire souriantes, sympathiques, attentionnées, soumises, discrètes, retenues, voire effacées. Et la prétendue “ féminité ” n’est souvent pas autre chose qu’une forme de complaisance à l’égard des attentes masculines, réelles ou supposées, notamment en matière d’agrandissement de l’ego.

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      En conséquence, le rapport de dépendance à l’égard des autres (et pas seulement des hommes) tend à devenir constitutif de leur être ”. Ce désir d’attirer et de plaire qu’il désigne par “ hétéronomie ”, selon lui, dicté par les normes établies par autrui et par la société, suppose l’intervention permanente d’un tiers (individuel et collectif) qui façonne les actions corporelles féminines, en vue d’un bénéfice apporté par les hommes. Ceci suppose qu’une femme ne peut avoir de goûts propres et qu’elle ne peut “ se faire belle ” pour son plaisir et pour elle-même. Nous ne pouvons ici adhérer à l’idée qu’une femme ne puisse être indépendante dans ses choix et que chacune de ses actions puisse être “ téléguidée” par autrui, tout en étant conscients qu’il existe malheureusement des femmes dont la liberté (de choix, de mouvements, d’expression… ) est restreinte et placée sous l’autorité masculine. »

Thèse.univv-lyon2-Bardelot, La domination masculine intériorisée pour Bourdieu, opus cité.


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      Ces deux ouvrages de Françoise Héritier (L’exercice de la parenté , 1981) et de Pierre Bourdieu (La domination masculine, 1982) ont d’emblée suscité un tollé de critiques chez les féministes. L’ouvrage de Françoise Héritier semblait expliquer sinon justifier la domination masculine par des données anthropologiques et les doutes qu’elle émettait sur la possibilité de sortir de cette situation semblait aller dans le sens de cette interprétation. L’ouvrage de Pierre Bourdieu faisait le même constat que Françoise Héritier de l’action des structures mentales (habitus) dans la perpétuation de la domination masculine mais en plaçant ce processus dans une perspective historique, il ouvrait la voie à une possibilité de remise en cause et d’évolution des rapports entre les sexes mais c’est le concept de « violence symbolique » qui serait intériorisé par les femmes pour expliquer l’effet de domination dont elles sont victimes qui a fait polémique, les féministes niant tout « consentement » même inconscient et préférant expliquer la domination masculine par l’exercice d’une « violence physique ».

à suivre…


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