crépuscule des dieux


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    Ce lundi soir, vers 19h 30 en promenant ma chienne Gracie sur les bords du lac d’Annecy.
    À contempler en écoutant le sublime et poignant «Ich bin der Welt abhanden gekommen»
    de Malher chanté par Fischer-Dieskau – C’est juste après :  7 minutes d’intense bonheur…

Pour plus, c’est  ICI

 


 

le photographe autrichien Heinrich Kühn (1866-1944), pictorialiste génial


Quand la photographie cherchait à imiter la peinture

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Heinrich Kühn – Miss Mary et Lotte sur la crête de la colline, vers 1910

Claude Monet - Femme avec son parasol, Mme Monet et son fils, 1875 (Google Art Project).jpg

   C’est en 1886 que Claude Monet a peint son célèbre tableau « Femme à l’ombrelle« , soit un quart de siècle avant la naissance du pictorialisme. Les pictorialistes, comme Heinrich Kühn souhaitaient élever leur art au niveau de la peinture mais dans un premier temps, ils se sont contenté d’imiter, avec talent pour certains, les grands peintres. Il s’agissait, en travaillant sur le cadrage, l’angle de la prise de vue, la couleur, en recherchant un certain flou et en retouchant les épreuves d’approcher les « effets visuels » spécifiques au dessin, à la gravure ou à la peinture à l’huile. Ce n’est que dans un second temps que la photographie s’affranchira de la copie servile de la peinture et s’attachera à définir un mode d’expression qui lui soit propre.

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Heinrich Kühn – Windblow, 1911 – Photogravure sur papier japonais

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Heinrich Kühn (1866-1944) randonneurs dans la descente, vers 1914 – autochrome

   S’il est un domaine où la photographie peut l’emporter sur la peinture, c’est bien celui de la captation du mouvement. Le plus souvent les peintres impressionnistes se sont attachés à saisir le motif dans sa fugacité et pour cela rendre la variation de couleur ou de lumière des éléments dans les scènes d’extérieurs qu’ils représentaient à l’aide de touches de couleur vibrantes dont le but n’était pas de représenter précisément les phénomènes mais de donner au spectateur « l’impression » sensible de ces phénomènes. La représentation des variations et mouvements élémentaires des éléments de la nature, feuillage, eau, nuages, sous l’action du vent ou de la lumière leur suffisait pleinement et ils  n’étaient guère intéressés à la représentation du mouvement des êtres comme avant eux la peinture historique d’essence romantique avait pu le faire. Ce sont les photographes qui ont investi le champ de la représentation du mouvement grâce aux moyens techniques que leur offrait leur art. Il convient de signaler que les photographies ainsi réalisées sont souvent des « divines surprises », la rapidité du mouvement exécuté ne permettant pas au photographe de savoir à l’avance quelle séquence de ce mouvement sera capturé par la prise de vue.

Heinrich Kühn (1866-1944) - Im Winde (la brise), vers 1915.png
Heinrich Kühn – Im Winde (la brise) , 1915

Heinrich Kühn, On the Hillside (Study in Values), gum bichromate print
Heinrich Kühn – sur la pente de la colline

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   Une jeune femme représentée en pleine nature en robe blanche. Claude Monet a choisi de la représenter assise, figée dans un cadre dans lequel de nombreux éléments mis en valeur par la couleur ou la luminosité annonce le printemps : fleurs de couleur jaune vif au premier plan, taches de lumière en arrière plan. Des reflets de lumière animent la robe. Bien que la jeune femme paraisse immobile, le tableau n’en est pas pour autant statique, il « vibre ». Heinrich Kühn n’a pas choisi de faire poser son modèle ; dans ces conditions de prises de vue, la photo aurait été plate et sans intérêt,  il a choisi de la surprendre en pleine action de la cueillette d’une fleur.


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Heinrich Kühn (1866-1944) – autoportrait en autochrome, 1907

     On peut dire que Heinrich Kühn était né sous une bonne étoile : héritier dès son jeune âge d’une grande fortune, il décide alors d’arrêter ses études de médecine pour se consacrer à ce qu’il aime le plus,  la photographie. Il s’inscrit au « Wiener Camera Club » fondé en 1891 où il rencontrera deux autres photographes de talent Hugo Henneberg et Hans Watzek avec qui il fondera le « Trifolium » qui participera au grand mouvement artistique de la Sécession viennoise. Ce mouvement de portée internationale les mettra en contact avec deux associations d’avant-garde, le « Linked Ring » de Londres et le « Photo Club de Paris. » La grande ambition d‘Heinrich Kühn est celle partagée alors par de nombreux photographes de par le monde qui est d’élever la photographie, alors dévaluée dés son apparition comme un simple procédé technique de reproduction, au statut de medium artistique, à l’instar de la peinture. Il faut « dépasser la simple imitation mécanique et stricte de la nature pour ériger la photographie en un art autonome et distinct des Beaux-Arts traditionnels ». Dés lors, les photographes qui se réfèrent à ce courant de pensée vont tenter de rivaliser avec la peinture. Comme disait Kühn, « L’appareil mécanique n’a pas d’autre importance pour le photographe que par exemple le pinceau pour le peintre ». Ce mouvement né à la fin du XIXe siècle va porter un nom en 1886 né du titre d’un article manifeste écrit en Angleterre par le photographe et écrivain Peter Henry Emerson : the pictorial art qui sera repris en France pour sous l’appellation pictorialismeHeinrich Kühn sera l’un des représentants les plus éminents de ce mouvement pour l’Autriche. Sa spécialité était de rechercher pour ses clichés des effets de flou, de couleur et des angles remarquables de prises de vue en s’inspirant pour cela de certaines œuvres de grands peintres de l’impressionnisme comme Claude Monet et Auguste Renoir. Il a été également très influencés par les photographes d’avant-garde Alfred Stieglitz et Edward Steichen. il expérimentera avec enthousiasme les nouvelles techniques d’impression photographique, particulièrement la gomme bichromate, la platinotypie, la gommogravure, la photypie, le tirage et report à l’huile ou encore les autochromes, premier procédé photographique en couleur inventé par les frères Lumière.  (source : Wikipedia et divers)

Frank Eugene, Alfred Stieglitz, Heinrich Kühn et Edward Steichen regardent une œuvre d´Eugene (vers 1907) recadrée.png
Quatre représentants éminents du pictorialisme réunis vers 1907 : à gauche le germano-américain Frank Eugene, Alfred Stieglitz, Heinrich Kühn et Edward Steichen examinant une œuvre d´Eugene.


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le peintre américain Ed Mell – les grands moyens dans la peinture


Ed Mell

        Dans l’une de ses interview, le peintre américain Ed Mell annonce la couleur : « J’ai choisi de représenter la Nature, mais parfois je pousse cette représentation un peu plus loin. Vouloir exprimer sa réalité doit avoir beaucoup plus d’impact qu’une simple représentation photographique, pour cela j’aime pousser un peu plus moins et mettre en valeur certains traits marquants de la Nature dans la vie réelle ». Pour cela il va s’attacher à simplifier et épurer les sujets qu’il peint et les mettre en valeur par le traitement des couleurs pour leur faire exprimer l’essentiel ou l’un de leur trait particulier qu’il a souhaité distinguer et mettre en valeur. Le résultat est une transformation formelle complète du sujet au caractère spectaculaire. Dans les nombreux paysages représentés (Ed Mell vit en Arizona), les montagnes voient leur formes simplifiées, à la façon des représentations des peintres cubistes et le tranchant de leurs arêtes est renforcé, ce qui a valu aux USA la qualification de son style comme « angulaire ».  Un ciel d’orage devient une structure géométrique où les nuages et la foudre sont représentés de la même manière structurée et fractale que les montagnes. C’était déjà le mode de représentation adopté par certains membres du groupe canadien des « Sept », en particulier Lawren Harris qui ramenait les montagnes qu’il peignait à des formes géométriques simples. Même traitement pour ses nombreuses représentations de fleurs dont les pétales sont perçues comme des éclats de vitraux et qui font parfois penser au travail de Olivia O’Keffe. Les couleurs sont vives, parfois criardes et le plus souvent contrastées. « Les contrastes donnent de la vie aux choses », dit Mell. « Par exemple, si vous faites une fleur jaune et que vous placez un fond violet sombre, ce qui est le contraire sur la roue de couleur, cette couleur va rendre le jaune plus vivant que toute autre couleur. De plus, le jaune va compter comme une lumière et Illuminer la fleur. Donc, vous avez deux choses à faire pour créer une lueur. » On retrouve ce procédé dans plusieurs de ses paysages où les ciels présentent des contrastes de violets profonds et de jaune moutarde : « Je ne me souviens pas avoir jamais vu un ciel violet comme ça, mais encore une fois, vous avez ce violet contre le jaune et c’est cela qui fait que ça marche. » Faut-il voir dans ce style un peu accrocheur, un souvenir de la période new-yorkaise d’illustrateur en publicité de Ed Mell ? Pour ma part, je dois dire que si je trouve un grand intérêt à la contemplation de beaucoup de ses tableaux, je ne suis pas totalement emballé. Ce n’est pas la déconstruction/reconstruction de type cubiste ou fractale des sujets qui me gêne et que je trouve tout au contraire très intéressante, mais la trop grande agressivité des couleurs dont il abuse et dont le violent impact sur l’œil nuit à la perception sereine du tableau. Comment dit-on, en langue de bois, lorsque le travail d’un artiste tout à la fois nous intéresse et nous plonge dans l’expectative ? À oui !  — « Un travail qui ne laisse pas indifférent »

Enki sigle


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Ed Mell – Eye of storm

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Ed Mell – Canyon Strike

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Ed Mell – Desert Drama et sans titre

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Ed Mell – Storm Elements et Canyon Light and rain

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Ed Mell – Flame Sky Lake Powell, 1990

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Veils of Time 27.5 x 68 Giclée Artist Proof, Very Limited $3,000.00

Ed Mell – Veils of Time

     J’apprécie beaucoup ces deux tableaux surréalistes dans lesquels on ne perçoit aucune différence de traitement entre les masses des montagnes et celles des nuages qui semblent ainsi solidifiées et portées par les piliers de pluie ou de foudre.

Ed Mell - Storm's Downpour

Ed Mell – Storm’s Downpour

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Ed Mell – Towering Clouds

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Dusk Rose by Ed Mell

Ed Mell – Dusk Rose

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La représentation géométrique du jaillissement des pétales fait songer à la structure cristalline de certains minéraux


Voir Sedona dans l’Arizona à travers avec les yeux de Ed Mell – courte video

     Une très courte video montrant la région de Sedona, petite ville de l’Arizona, dont les paysages ont souvent été représentés par le peintre Ed Mell. Né à Phoenix en  1942, il a fait ses études au Art Center College of Design de Los Angeles, puis s’est installé un moment à New York où il a travaillé comme illustrateur en publicité. Ayant passé deux étés à travailler sur la Réserve indienne Hopi en Arizona, il s’est pris de passion pour la représentation des grandioses paysages de cet État. Cette passion l’a incité à retourner vivre en 1973 à Phœnix. L’attraction principale de Sedona réside en ses paysages de formations de grès rouge, les « roches rouges de Sedona » dont la tonalité varie de l’orange brillant au rouge profond entre le lever et le coucher du soleil. L’aspect spectaculaire du site a été choisi par Hollywood pour le tournage de plusieurs westerns. Sedona est considérée comme une « capitale du New Age » aux États-Unis depuis que certains adeptes de ce mouvement pensent avoir découvert« vortex spirituels » dans la zone des canyons de Bell Rock, de Cathedral Rock et de Boynton Canyon.  Une industrie touristique spécialisée pour les adeptes de ce courant spirituel s’est développée dans la seconde moitié du XXe siècle. Ses promoteurs organisent régulièrement des «  convergences harmoniques ».


le peintre Daniel Garber – Nostalgie de l’ancienne Amérique rurale


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Daniel Garber – In the Springtime, 1958

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Daniel Garber (1880-1958)     Daniel Garber (1880-1958) est un peintre américain né dans l’Indiana qui, après avoir voyagé et étudié deux années en Europe notamment à Paris où il s’intégra à l’American Artists Association et exposa à deux reprises, s’est ensuite installé en Pennsylvanie où il effectuera toute sa carrière de peintre indépendant et de professeur d’art à l’Académie des Beaux-Arts. Résidant en bordure de la rivière Delawarre près de New Hope, un gros village faisant partie des Bucks County*, ces comtés de Pennsylvanie qui avaient conservé le charme suranné de la vieille Angleterre et qui avaient attirés de nombreux artistes qui s’étaient établis près de New Hope donnant naissance à une colonie où prédominaient les peintres impressionnistes, la New Hope Artist Colony, dont faisait partie Garber. Son thème de prédilection était la peinture de paysage qu’il réalisait le plus souvent en plein air. Si son style était fortement influencé par l’impressionnisme qu’il avait étudié en Europe, il était également empreint d’un certain académisme sur le plan du dessin et de la composition. Il avait l’habitude de noter méticuleusement les points de vue d’où il peignait ses paysages, c’est ainsi que pour le tableau « In the Springtime » présenté ci-dessus, il avait écrit : « peint à partir de Lower Road de Lambertville à Princeton. En regardant en direction de L’Est, le matin  ». Ce tableau sera le dernier signé et daté de Garber qui devait mourir un peu plus tard après son exécution. L’artiste y applique un type de composition expérimenté à la fin de sa vie et qui consistait à diminuer ou même supprimer la vision du ciel en remontant la ligne d’horizon vers le haut du tableau afin de donner plus d’importance à la partie terrestre du paysage. C’est une scène typique de la vie rurale américaine de la côte Est de l’époque qui est représentée, on y voit au premier plan un fermier venant de terminer le labour manuel d’une parcelle et contemplant fièrement le résultat de son labeur. La lumière qui illumine les maisons et les arbres est celle d’un milieu ou d’une fin de matinée et projette des ombres marquées sur les éléments du paysage et le sol. La chemise blanche et le manche de la pelle fortement éclairées du personnage tranchent avec la partie ombrée de son corps et attire le regard. On distingue en moyen plan une femme se déplaçant sur un chemin voisin et en arrière plan une femme accaparée à faire sécher son linge. C’est un sujet pictural qui aurait pu être tout aussi bien traité à la manière naïve par ses compatriotes Grant Wood et Thomas Hart Benton, marquant ainsi le lien de parenté qui unit ces trois peintres qui portent témoignage de la ruralité américaine de la période de l’entre-deux guerres.

 * Le nom des Bucks County est dérivé de Buckinghamshire, le comté d’Angleterre d’où était originaire la famille Penn, celle du fondateur de la Pennsylvanie

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De gauche à droite  :     peintures de  Grant Wood  –  The Birthplace of Herbert 
Hoover, West Branch, Iowa, 1931 et Thomas Hart Benton – Chilmark Hoy, 1951

Jean-Baptiste_Camille_Corot_-_Civita_Castellana.jpg     Champs-Morvan-detail

De gauche à droite  :    Civita Castellana (1826-1827)  et Champ de blé dans le Morvan (1842) de Jean-Baptiste Corot

Self Portrait 1911    La comparaison de ces deux tableaux de Grant Wood et Thomas Hart Benton avec les tableaux de Daniel Garber présentés sur cette page permet de bien comprendre ce qui les relie et ce qui les sépare. Ce qui les relie, c’est la représentation détaillée du monde rural américain de la côte Est de l’entre-deux-guerres, monde encore très proche de son modèle européen avec ses petites parcelles, ces bosquets et ses haies. Ce qui les sépare, c’est le style de représentation qui poursuit des buts très différents. le style de Grant Wood est un style très appliqué, très léché qui soigne la représentation de chaque élément du paysage de manière autonome et qui aboutit au résultat que le tableau achevé ressemble à une maquette fidèle à la réalité matérielle et physique mais omet de transmettre les sentiments et les sensations que l’on éprouve à la vue du paysage réel. Thomas Hart Benton a choisi lui de transmettre la signification cachée du paysage en forçant le trait pour exprimer les lignes de force qui le structurent et l’animent. Les pentes sont accentuées, les courbes renforcées, les contrastes de lumières et de couleurs accusées et les meules de foin disposées dans les champs sont représentées telles des vagues agitant violemment la surface d’un océan. Tout cela dans le but de créer une atmosphère dramatique et de tension. Quand à Daniel Garber, j’ai eu la surprise, en découvrant ses tableaux, de revivre les sensations que j’éprouvais adolescent dans le paysage des Boucles de la Seine, en Normandie, où je passais mes vacances : la vision éthérée des falaises de Quarry dominant la rivière Delaware, c’est exactement celle que j’avais des falaises calcaires de la rive droite de la Seine dans les petits matin brumeux. Celle des barques amarrées au pied des grands arbres, c’est exactement l’image que j’avais conservé dans ma mémoire de l’embarcadère situé sur la rive d’un petit bras de la Seine en face de l’île longue qui le séparait du bras principal. J’ai retrouvé également les ambiances bleutées délicates des soirées d’été, la légèreté des feuillages blonds inondés de lumière, les violents contrastes d’ombre et de lumière des chauds après-midis écrasés de soleil et les puissantes teintes fauves automnales. Daniel Garber est un sorcier qui a su capter les sentiments délicats attachés à des instants fugaces et les emprisonner dans ses toiles pour nous permettre de les remémorer. Ses pinceaux fonctionnent comme des baguettes magiques. Certains le rattachent au courant impressionniste façon A.M. Whistler, d’autres à un réalisme teinté de romantisme et effectivement, cette capacité de sa peinture de pouvoir susciter les émotions chez ceux qui la contemple est une qualité toute romantique mais sa technique de juxtaposer des petites touches de couleur est elle, impressionniste.  Pour ma part j’ai noté de très fortes correspondances avec Jean-Baptiste Corot, l’inventeur des paysages baignés de lumière que l’on présente au choix comme le dernier des néoclassiques ou le premier des impressionnistes. Disons alors pour conclure que Daniel Garber était un peintre qui avait réussi à concilier la vision romantique du monde avec une technique héritée à la fois du néoclassicisme et de l’impressionnisme…

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Quelques autres tableaux de Daniel Garber parmi mes préférés

Daniel Garber - The Oriole,
Daniel Garber – The Oriole Meditation, 1925

Tanis, 1915, by Daniel Garber - July27_garber
Daniel Garber – Tanis, 1915

Mending, 1918Daniel Garber – Mending, 1918

Gathering Grapes - Daniel Garber 1909
Daniel Garber – gathering Grapes, 1909


Marylin, encore et toujours…


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Marylin Monroe photographiée par Richard C. Miller en 1946
« Belle comme une vierge en assomption »

     Vous voyez Marylin à l’horizontale étendue sur le dos à la surface de l’eau ? Pour ma part je la vois s’élever verticalement dans les airs au-dessus de nos têtes en direction du ciel telle une vierge ascensionnelle des tableaux de Reni, Poussin, Prudhon ou Le Brun… Il ne lui manque qu’une cohorte d’anges, d’angelots et de cupidons se pressant autour d’elle pour l’accompagner et la célébrer. Comparer Marylin à la vierge en Assomption vous semble iconoclaste, voire même blasphématoire ? Tant pis…  

                      Enki

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Charles Le Brun – L’Assomption de la Vierge, XVIIe siècle

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      En mars et avril 1946, Marylin qui n’est encore que Norma Jean Dougherty pose en maillot de bain rayé rouge et blanc sur la plage et dans une piscine de l’hôtel Sheraton sur Wilshire Boulevard à Los Angeles, sous l’objectif du photographe Richard C. Miller. Elle a vingt ans et les photos seront publiées dans le magazine True Romance. Le photographe écrira à son sujet : « Elle était mignonne et avait fait déjà fait la couverture de plusieurs publications (…) sur la plage, une foule qui comprenait beaucoup d’hommes s’est rassemblée pendant la prise de vues (…)  Elle était très belle, très douce. Elle est venue dîner à la maison. C’était une fille agréable, conviviale puis elle est allé travailler pour les studios et est devenue Marylin Monroe. »

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Regards croisés : le déjeuner des canotiers selon Pierre-Auguste Renoir et Neil Folberg


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Pierre-Auguste Renoir -Le déjeuner des canotiers, 1880-1881 – Google Art Project.

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Neil Folberg – After Luncheon of the Boating Party by Renoir, 2003

      Comparaison intéressante à mener sur ces deux versions du Déjeuner sur l’herbe réalisées à plus d’un siècle de distance. Plus que l’apparence des personnages et leur pose qui ne sont pas identiques, c’est la différence de lecture entre une peinture et une photographie qui pose problème. Commençons par la photo de Neil Folberg : la scène représentée montre de ce qui s’est passé à un instant T, or à un instant T, il est impossible que les poses et les expressions de 15 personnes soient toutes parfaites, c’est-à-dire intéressantes à regarder pour le spectateur. Sur l’ensemble de la photographie on relève seulement 2 ou 3 poses vraiment dignes d’intérêt : la jeune femme déhanchée au centre de la photo qui s’appui sur un pilier, le grand type baraqué souriant debout sur la gauche et la jeune femme assise à table dont la tête est penchée sur le côté. Tous les autres personnages ont une attitude banale. C’est que dans une scène de genre, à la différence d’un paysage, le photographe est prisonnier du moment où il appuie sur le déclencheur et ne peut planifier et contrôler de manière totale le résultat futur de son cliché. De plus, prisonnier des contraintes de la profondeur de champs, le photographe ne peut moduler la précision de certains détails de sa représentation. À l’inverse,  en prenant le temps qu’il faut, le peintre a tout le loisir de soigner chaque détail, d’en privilégier certains et même, s’il le souhaite, de les modifier de fond en comble pour aboutir au résultat souhaité. Chaque pose, chaque visage, chaque expression, chaque vêtement, chaque détail du tableau peut être traité comme un tableau à lui tout seul et toucher à l’excellence de la représentation. Voilà pourquoi on peut rester une heure entière devant le tableau de Renoir exposé à la Phillips Collection à Washington à passer d’une figure à une autre et pas plus de 5 minutes devant la photographie de la même scène réalisée par Neil Folberg.
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Le déjeuner des canotiers de Renoir, détails

       Lorsque l’on s’attarde sur chacun des visages des 14 personnages peints par Renoir, on est admiratif de la justesse avec laquelle le peintre a réussi à rendre les pensées et les états d’âmes de chacun d’entre eux : regard évasif vers les lointains du grand gaillard qui semble perdu dans ses pensées (il s’agit Hippolyte Alphonse Fournaise, le fils du propriétaire de l’auberge), moue aguicheuse de la jeune femme à son chiot (il s’agit de l’épouse de Renoir, Aline Charigot), regard distrait du jeune homme à canotier assis à califourchon sur une chaise (il s’agit de Gustave Caillebotte, le peinte canotier richissime, mécène des impressionnistes), regard intéressé du jeune homme penché au dessus de la jeune femme engagée dans une conversation (il s’agit de Maggiolo, le directeur du journal Le Triboulet et de l’actrice Ellen André), regard insistant empreint de gourmandise (si ce n’est de lubricité) de l’homme qui enserre la taille de la jeune femme qui porte la main à ses oreilles comme si elle ne voulait pas entendre les paroles qui lui étaient adressées (il s’agit du journaliste Paul Lhote avec son pince-nez et de l’actrice Jeanne Samary de la Comédie française; avec eux le personnage à chapeau melon est Eugène-Pierre Lestringuez, un ami de Renoir), regard intéressé et pose un tantinet lascive de la jeune femme appuyé sur le pilier qui écoute un homme assis qui lui fait face (il s’agit d’Alphonsine Fournaise, la fille du propriétaire de l’auberge et du baron Raoul Barbier, cavalier émérite et amateur notoire de jolies femmes), regard pensif et un peu perdu de la jeune femme buvant son verre (il s’agit du modèle Angèle). Le personnage en arrière plan à chapeau haut de forme qui discute avec un jeune homme à calot est Charles Ephrussi, héritier richissime, collectionneur et mécène et éditeur de la gazette des Beaux-arts. Son interlocuteur est le poète Jules Laforgue qui est alors son secrétaire. Renoir se serait peint lui-même dans le tableau, il serait le personnage représenté de profil à droite du modèle Angèle.


Ma belle décrépitude

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Bouquet d’automne

      Sommes invités à passer une soirée chez des amis — S’y rendre avec une petite attention — Un petit quelque chose qui sort de l’ordinaire et surprend agréablement — Mais quoi ? une bonne bouteille ? Des fleurs en faisant un saut rapide chez le fleuriste ? Certainement pas ! M’imaginer chez le fleuriste à choisir entre les sempiternelles roses, anémones, asters et cyclamen produits à la chaîne dans des serres aseptisées, parfaitement calibrés et aux couleurs totalement identiques qu’on encadre à la fin par une brassée de fougères « pour faire champêtre » me donne le tournis… Le reste de l’année, je construis moi-même mes bouquets avec les fleurs du jardin mais nous sommes en automne et les fleurs, quand il en reste, sont toutes décrépies, et le feuillage aussi est décrépi — Mais figurez-vous que le décrépi, moi, j’aime çà — Je trouve çà charmant le décrépi ! — Connaissez-vous le wabi-sabi ? — Au Japon, le wabi-sabi c’est le charme esthétique qui naît du vieillissement des choses, de la beauté née de l’acceptation du réel dans sa totalité en intégrant ses imperfections : un vieux chalet de montagne au bois brûlé par le soleil et rainuré par la pluie qui à pris naturellement une belle patine brune, c’est wabi-sabi, un chalet moderne fait de lames de bois calibrées et vernies, ce n’est pas wabi-sabi… Un bol en terre cuite tourné à la main aux formes imparfaites, c’est wabi-sabi et un bol manufacturé ne l’est pas…

    Alors vite, je déniche un sécateur et je pars à l’assaut du jardin — Le secret d’un beau bouquet, en-dehors de la variété et de la complémentarité de ses fleurs et feuillages, c’est la structure… Un bouquet doit être structuré — Mais c’est quoi être structuré pour un bouquet ? — Être structuré, c’est être agencé selon un certain ordre, selon une organisation qui est source d’harmonie — Si vous n’avez pas naturellement l’esprit esthético-géométrique, il suffit de regarder autour de vous et de vous inspirer de choses qui vous semblent harmonieuses — Vous ne voulez pas en faire votre métier… Alors, inutile de vouloir comprendre et tout maîtriser, contentez-vous de copier ou de vous en inspirer — Pour ma part, j’ai décidé de m’inspirer d’un feu d’artifice… Le corps du bouquet sera traité comme une explosion d’où jailliront dans toutes les directions des éléments de couleurs aux formes variées et de cette masse explosive, des fusées s’élèveront vers le ciel avant d’exploser elles-aussi mais de manière moins ostentatoire…

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Mon bouquet mis en valeur par un magnifique vase que possédaient mes amis – photo Enki

Les ingrédients ?

      Branches feuillues vert claires et odorantes de la variété « Sundance » du Choisya ternata (oranger du Mexique) — Les feuilles spectaculaires et les fleurs séchées rouge-brun de l’Hydrangea Quercifolia (hortensia à feuilles de chêne) — Pour étoffer le corps du bouquet répartir des tiges de bambous Phyllostachys auréosulcata (bambous panachés à feuilles jaunes striées de vert)  et Sasa tesselletabambous à longues et larges feuilles) — Ajouter quelques tiges fleuries séchées de sédum de couleur brune et de physalis vermillon (amour en cage) qui attireront irrésistiblement le regard — Enfin, pour terminer, faire jaillir du corps du bouquet de grandes tiges de bambous Phyllostachys auréosulcata et Sasa tesselleta entre lesquelles vous aurez inséré quelques tiges surmontées de plumeaux bruns de Miscanthis sinensis ‘Zebrinus‘, une graminées panachée.

     Prévoir 20 mn de cueillette, 10 mn de coupe et de mise en place et le tour est joué… Comme le bon vin, plus le bouquet vieilli, et plus il fait de l’effet…  À vos sécateurs ! Et si vous n’avez pas de jardin, n’allez pas tailler vos plantes dans les parcs publics, allez en forêt, vous trouverez des végétaux ressemblants à baies rouges qui conviendront tout aussi bien…

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       Voici un bouquet du même type que j’avais réalisé un mois auparavant, les grandes feuilles exotiques du haut sont celles de branches de magnolia tripetala (magnolia à feuilles de bananier) et celles du bas des feuilles de figuier.

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« Morning in November » – George Clausen, 1922

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Exactement le temps d’aujourd’hui, lundi 7 novembre. Il n’y a que le décor qui diffère.

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George Clausen – Morning in November, 1922

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