une anse en Bretagne…


 

Musique  : Yann Tiersen – Porz Goret

    Dans son livret EUSA (nom breton de l’île d’Ouessant) sorti en 2016, Yann Tiersen a enregistré tous ses morceaux en pleine nature dans cette île où il a choisit de vivre depuis plusieurs années, choisissant pour chacun d’entre eux un site particulier dont il porte le nom. Le site où avait été enregistré la musique présentée ci-dessus s’appelle Porz-Goret et est situé à la pointe sud-ouest de l’île.


Un peu de toponymie

Ne voyez pas dans le nom de lieu Porz Goret un quelconque « port aux cochons« . Porz en breton signifie grève (souvent dans une petite anse), mais de manière plus générale, il signifie un endroit dégagé et peut être employé pour qualifier une cour (surtout la murée), la porte (monumentale) d’une ville ou un port.
Porz n’est pas d’origine celtique, il a été emprunté au latin portus apparenté à portare (transporter), porta (ouverture, porte) par sa racine per (à travers) dont est issu le grec poros (passage) dont le sens étymologique est « passage vers la mer ». Francis Gourvil dans ses Noms de famille breton d’origine toponymique indique que le toponyme pors s’appliquait parfois à d’anciens manoirs, il faisait dans ce cas référence à son sens de « porte monumentale » ou de « cour close » issues du latin porta. Dans les cas où ce toponyme s’applique aux ports naturels ou aux anses (comme le gallois porth), c’est du latin portus qu’il tire son origine.


Quand au goret, c’est le nom que l’on donnait aux filets que l’on étalait sur la plage à marée basse après les avoirs lestés de cailloux pour qu’ils ne soient pas emportés par la marée. Des flotteurs permettaient de les fixer à la verticale pour pouvoir emprisonner les poissons qui remontaient avec le flux .
J’ai trouvé dans un dictionnaire breton-français le mot gored qui signifie pêcherie avec barrage en rivière ou dans une anse. Francis Gourvil dans ses Noms de famille breton d’origine toponymique indique que le toponyme Gorret est une forme mutée de Kored, mot qui désignait autrefois les barrages de rivières ou d’estuaires destinés à la capture du poisson. On trouve en gallois son équivalent cored. Je n’ai trouvé aucune indication sur son étymologie.


Regards croisés : deux photos de la danseuse Alexandra Beller et le tableau « Deux femmes courant sur la plage » de Picasso


Ivresse de l’âme et des corps

Irving Penn
Irving Penn – la danseuse Alexandra Beller (série Dancer), 1999

    Cette photo du célèbre photographe américain Irving Penn (1917-2009) a été prise en 1999 et représente Alexandra Beller, une danseuse qui faisait alors partie de la troupe Dance Company du danseur et chorégraphe newyorkais Bill T. Jones. Cette photo m’a irrésistiblement fait penser au célèbre tableau Deux femmes courant sur la plage peint par Picasso en 1922 lors de son premier séjour en Bretagne à Dinard où son épouse du moment, Olga, l’avait entraîné pour les vacances d’été. Même grâce et impression de légèreté dégagés par les personnages malgré leur morphologie enveloppée, même expression de mouvement intense dans la fixation de l’instant. Par leur élan et leur course effrénée, leurs bras dressés vers le ciel qui semblent battre l’air à la façon d’ailes, ces femmes semblent vouloir échapper à la gravitation terrestre et être prêtes à s’envoler.

Pablo PICASSO - deux femmes courant sur la plage
Pablo Picasso – Deux femmes courant sur la plage, 1922

Capture d’écran 2018-03-09 à 07.51.16.png     C’est un état extatique de totale liberté, d’abandon et de projection de soi que ces images décrivent, un état de transe dans lequel les corps peuvent impunément exulter et s’exposer. Les têtes violemment rejetées en arrière et tournées vers le ciel qui seront désormais un des thèmes graphiques récurrents du peintre rappellent les photographies et illustrations montrant les convulsions des patientes qualifiées d’hystériques du XIXe siècle. Ce tableau aura un grand retentissement étant en phase avec « l’air du temps », celui des débuts de l’émancipation des femmes, de la vogue des bains de mer et de la libération des corps. La seconde photo présentée ci-dessous de la danseuse Alexandra Beller, plus académique, ne semble pas être être d’Irving Penn; je l’ai néanmoins publiée car elle rappelle  la posture de la femme en premier plan du tableau de Picasso. Irving Penn et Alexandra Beller se sont-ils inspirés des tableaux de Picasso pour réaliser ces clichés ? Picasso s’est-il inspiré des photos et illustrations d’hystériques du XIXe siècle pour composer son tableau ? On ne le saura sans doute jamais mais on ne peut être qu’admiratif devant le génie du peintre d’avoir été capable, à partir des scènes certainement très sages visualisées sur les plages de l’époque (voir photo ci-dessous), d’anticiper par l’imagination les mouvements exacerbés des personnages de son tableau, mouvements qui ne pourront être corroborés par la photographie que plusieurs décennies plus tard. Cette capacité que possède l’artiste de génie de découvrir et montrer les ressorts cachés des passions et actions humaines en les exaltant et les poussant à leurs limites les plus extrêmes ne traduit-elle pas une des fonctions essentielles de l’art qui est celle du dévoilement et de la révélation de ce qui est caché ou nié.

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Alexandra Beller – photographe inconnu

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Sur une plage américaine de l’époque


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Xian he, la Grue Fée

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                        Grus japonensis – Grues de Manchourie ou grues à couronne rouge
       Ce magnifique oiseau que l’on trouve dans le Sud-Est de la Russie (en Sibérie), en Mongolie, au Nord-Est de la Chine, en Corée et au Japon est une espèce menacée. En 2016, on ne comptait plus que 1830 individus adultes alors qu’ils étaient 12.000 en 1953. Avec une taille approchant 1,60 m, une envergure de 2,40 m et un poids de 7,5 kg, c’est l’un des plus grands oiseaux du monde. En Chine, une légende selon laquelle les immortels et les défunts voyagent à dos de grue lui a donnée son nom actuel de xian he, c’est-à-dire la grue fée.


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     Le projet Nowhere, «Nulle part» a été créé par le performeur et chorégraphe Dimitris Papaioannou en 2009 pour inaugurer la scène principale rénovée du Théâtre National de Grèce à Athènes. La courte scène présentée ci-dessus, avec la puissance et la grâce de corps multiples évoluant dans l’espace et semblant se fondre en un corps unique est d’une  grande simplicité plastique et d’une singulière beauté. Elle est dédiée à la mémoire de la grande danseuse, chorégraphe et pionnière de la danse contemporaine Pina Bausch

Pour voir d’autres vidéos de Papaioannou, visitez le site :  https://vimeo.com/95867341


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Ernest Louis Lessieux – autochrome – la danseuse Tatiana sur une plage, 1907

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Françaises à la plage, 1920


Metropolis de Fritz lang : inoubliable Brigitte Helm – III) le visage de la succube

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     Rotwang, l’inventeur génial et fou, a créé une créature artificielle, un robot, qui a l’apparence de Maria et qu’il veut utiliser pour créer le chaos parmi les habitants de la ville basse. Après avoir jeté le trouble parmi les habitants de la Ville Haute par une danse lascive, cette créature se rend effectivement à un réunion des travailleurs et cherche à les manipuler. Traitée de sorcière par les travailleurs, elle sera livrée au bûcher. Pour une actrice débutante âgée de seulement 19 ans, la performance de Brigitte Helm est remarquable. C’est dans ces scènes qu’elle s’est révélée une grande interprète.

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     L’idée de Fritz Lang de la fermeture de l’œil gauche du robot signe de l’imperfection de la machine qui veut imiter l’homme est géniale. Elle fait intervenir un élément d’étrangeté que l’on va retrouver tout le long du film et qui permet de distinguer la fausse Maria de la vraie.

L’harangue aux travailleurs

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la mise au bûcher

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« Die Grosse Babylone » ou la danse de la succube

 Rotwang a convié les hommes de la Ville-haute à assister à une « danse érotique ».
C’est le robot-Maria qui exécute la danse

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