Prudence


Prudence est mère de sûreté

Eisenbrandt_coffin - Conception à partir de 1843 pour un cercueil de préservation de la vie - complet avec des trous de respiration et couvercle facile à ouvrir - à utiliser dans le cas des morts douteux .jpg

      Imaginez … Vous êtes mort… Enfin tous les vivants le croient ! Vous êtes plongé dans un profond sommeil ou dans une sorte de coma, votre respiration s’est considérablement réduite au point qu’elle n’est plus perceptible et votre pouls semble interrompu… Un médecin négligent ou pressé a officialisé votre passage dans l’au-delà et vous a rayé d’un trait de plume du nombre des vivants. Quand à votre famille et vos proches, ils en sont déjà à supputer leur part d’héritage et échafaudent des projets d’avenir. Si l’un d’entre eux vous entendait soudainement cogner contre les parois de votre cercueil, il n’est pas sûr qu’il viendrait à votre secours, calfeutrant les interstices pour vous condamner à l’asphyxie ou vous achevant à coup de chandelier ou de marteau… On n’est jamais trop prudent et M. Henry Eisenbrandt de Baltimore dans le Maryland l’avait bien compris qui vous proposait un « Life – Preserving coffin », c’est à dire un cercueil de survie qui vous garanti, si par malchance vous vous trouviez dans cette très fâcheuse situation, de pouvoir respirer grâce à une ouverture grillagée prévue à ce effet et d’ouvrir le couvercle par l’intermédiaire d’un ingénieux système de déblocage de la serrure commandé de l’intérieur. Aujourd’hui, vous aurez la possibilité de vous faire enterrer avec votre portable à condition que vous ayez pris la précaution de le charger suffisamment ou de disposer de batteries de rechange…


 

le style Louis XIV – I) le mobilier (hors les sièges)


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Hyacinthe Rigaud – Portrait de Louis XIV en costume de sacre, 1701

« L’art décoratif n’est pas seulement une dégradation des formes et des couleurs, il est aussi une histoire de la dégradation des matériaux : si la décoration du roi Soleil était « d’or pur, d’ébène, d’ivoire et de diamants » pour « épater » les « tyrans et leurs ambassadeurs », les imitateurs courtisans, princes et hobereaux utiliseront l’or demi-vierge et le faux marbre »  Yannis Tsiomis, Le Corbusier, L’Art décoratif d’aujourd’hui et « la loi du ripolin »

     L’art décoratif du règne de Louis XIV se devait participer par son luxe, son faste et ses dispositions stylistiques à la démonstration de puissance et de grandeur voulue par le monarque absolutiste qui gouvernait la France. C’est ainsi que la décoration intérieure se caractérisait par une rigidité classique et solennelle que renforçait l’utilisation de la symétrie, un sur-dimensionnement du mobilier et une exposition ostentatoire du luxe et du faste dans le but d’impressionner le visiteur. On a commencé par dorer les meubles de bois et à incurver les profils et les appuis et on a poursuivi par la mise en place de marqueteries complexes de bois rares, de métaux précieux et d’écailles. Enfin on garnira les pièces de structures de revêtements sculptés en bronzes dorés pour les renforcer et les mettres en valeur. Le style du mobilier et de la décoration intérieure va ainsi s’écarter de la rigueur architecturale et de ses principes de cohérence de la partie avec le tout et se développer de manière autonome et débridée.  Son inspiration était celle de l’Italie et de la Rome et la Grèce antiques. Sous l’impulsion du talentueux ébéniste royal, André-Charles Boulle (1642-1732), maître incontesté dans l’agencement et la pose des riches ornements de placages et d’incrustations d’écailles ou de métal (étain, laiton) et de l’incorporation d’éléments décoratifs en bronze doré, l’ébénisterie française devint la première d’Europe. Parmi les principaux concurrents de Boulle on comptait l’ébéniste Nicolas Sageot (1666-1731) qui s’inspirait pour ses motifs décoratifs de l’œuvre de Jean Berain, Dessinateur des Menus Plaisirs du Roi, et Antoine-Robert Gaudreaus, principal fournisseur du Garde-Meuble de la Couronne entre 1726 et 1746 qui réalisait lui aussi ses meubles d’après des dessins d’ornemanistes et travaillait principalement la ciselure du bronze. Il devait délaisser plus tard la marqueterie d’écaille au profit du placage de bois rares et utiliser le bois de violette dans ses œuvres (célèbres pièces que sont la commode de la chambre du roi et le médailler du cabinet intérieur du roi à Versailles.)

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Château de Versailles sous Louis XIV

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Vue du Plafond de la galerie des Glaces de Versailles par Charles Le Brun


Bureaux et tables

Bureaux plats

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André-Charles Boulle : ci-dessus, bureau plat réalisé vers 1715 pour le prince de Condé. Bâti de chêne, placage d’ébène, marqueterie de laiton et d’écaille, bronze doré, cuir. (Musée du Louvre). Ci-dessous, bureau plat en chêne et noyer avec placage écaille, ébène, laiton, ornements en bronze doré  dans les angles représentant des têtes de femmes, dimensions 198 x 93 cm (exposé au château de Vaux-le-Vicomte). 

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Détail du bureau plat du château de Chantilly présenté ci-dessus


Maurice Quentin de La Tour - Portrait en pied de la marquise de Pompadour

Maurice Quentin de La Tour – Portrait en pied de la marquise de Pompadour assise à uns table de milieu aux pieds entourés de garniture de bronze Boulle.

Tables de milieu

    La table de milieu est le nom que l’on donnait à la table de la salle à manger. Elle repose sur quatre pieds, sur fûts ou sur montants latéraux en forme de lyre, en as de coupe ou en éventail. Elle pouvait être massive comme les grandes table renaissances ou légères comme les tables de salon. Une table de milieu dont le piètement assez haut en fait un meuble d’appui est une table haute à ne pas confondre avec le guéridon ou la sellette qui sont de faible largeur.

Table de milieu en bois sculpté et doré. Époque Louis XIV – ceinture de quatre-feuilles dans des croisillons, partie centrale ajourée de rinceaux feuillagés, acanthe. Mascarons casqués à la façon des bronzes d’André Charles Boulle à chaque angle à la partie supérieure des pieds tronconiques avec balustres à feuillage, fleuris, lambrequins, godrons et rosaces. Entretoise de liaison des pieds à ressaut et feuillage. plateau de marbre Sarrancolin à triple gorge . (crédit Eloge de l’Art par Alain Truong)

table en marbre de rapport de la galerie d'Apollon.

Grande table de milieu Louis XIV en marbre de la galerie d’Apollon au Louvre.

Michel Barthélemy Ollivier - Souper du prince Louis François de Conti au palais du Temple, 1766

Michel Barthélemy Ollivier – Souper du prince Louis François de Conti au palais du Temple, 1766


Tables consoles

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Tables consoles, époque Louis XIV – ci-dessous, table aux pieds de bois richement sculptés et dorés surmontés d’un plateau de marbre livrée pour les vestibules du château de Marly, 1683.

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Jean-Marc Nattier - Louise-Elisabeth de France, infante d'Espagne, puis duchesse de Parme en habit de cour (1727-1759), 1761

Jean-Marc Nattier –  Louise-Elisabeth de France, infante d’Espagne, puis duchesse de Parme en habit de cour devant une table console en pieds de bois sculptés et dorés, 1761

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Table réalisée par Boulle entre 1670-1680 avec marqueterie de bois variés incrustés d’éléments en étain, laiton, corne et écailles de tortue.


le bureau dit « Mazarin »

Bureau_MazarinfrontLe bureau dit « Mazarin » résulte d’une évolution du cabinet traditionnel. Celui présenté ci-dessous est divisé en trois parties et repose sur huit pieds reliés quatre à quatre par une entretoise en X. Chaque ensemble de pieds supportent trois tiroirs. La partie centrale est en retrait pour pouvoir placer les jambes.

Niclas Sageot - Bureau à caissons

Bureau à caissons en marqueterie Boulle en contre partie attribué à Nicolas Sageot. Il ouvre à 6 tiroirs en caissons sur 3 rangs séparés par des traverses et un tiroir en ceinture surmontant un vantail en retrait. Il repose sur 8 pieds réunis quatre à quatre par deux entretoises en X. Les montants à pans en décrochement. Le plateau marqueté est cerné d’une lingotière en bronze ciselé et doré à décor de palmettes et feuilles d’acanthe.

Bureau à caissons en marqueterie Boulle en contre partie. Attribué à Nicolas Sageot (1666-1731). Epoque Louis XIV


Bureaux « brisés » (un bureau est dit « brisé » lorsque le plateau s’ouvre en interrompant le décor)

Alexandre-Jean Oppenordt (1639-1715), hollandais naturalisé français en 1679, ébéniste ordinaire du roi en 1684 - bureau brisé (un bureau est dit « brisé » lorsque le plateau

    Alexandre-Jean Oppenordt (1639-1715), hollandais naturalisé français en 1679, ébéniste ordinaire du roi en 1684 – bureau brisé en marqueterie d’écaille et de cuivre qui faisait partie d’une paire de deux bureaux identiques destinés au petit cabinet du roi, 1685.

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    Les artisans hollandais étaient nombreux dans les ateliers de menuiserie. Ils logeaient au Louvre et étaient dénommés « menuisier en ébène, faiseur de cabinets du Roi ». C’est en Hollande et dans les pays germaniques qu’était née la technique de précision qui consistait à rapporter sur la structure porteuse du bâti réalisée en bois courant en sapin, chêne ou châtaignier un habillage fait de panneaux en bois précieux plaqués. Ce bois rapporté était souvent de l’ébène, importé d’Afrique et connu en Europe depuis le XIIe siècle, que l’on avait réussi à travailler en feuilles minces au XVIIe siècle. (voir ce cabinet en ébène réalisé par l’ébéniste allemand Georg Jungmair vers1600-1610). C’est parce que l’essence la plus souvent utilisée était l’ébène que l’on appelé ce nouveau métier, ébénisterie.. Jusque là, les métiers du bois se répartissaient en deux corporations, celle des charpentiers, pour le gros-œuvre, et celle des menuisiers pour les objets plus petits (meubles, huisserie, parquet, etc…). En 1743 fut créée à Paris une nouvelle corporation, celle des ébénistes qui regroupait en 1789, 1.142 membres, principalement concentrée au faubourg Saint-Antoine.

Le bureau brisé semi ouvert et l’un des motifs de Jean Bérain qui aurait pu inspirer l’ébéniste

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cabinets

louvre-cabinet en ébène du milieu du XVIIe siècle

Le début du XVIIe siècle est capital dans l’histoire du mobilier français puisqu’apparaît une nouvelle technique d’origine germanique, l’ébénisterie. Ce procédé consiste à dissimuler le bâti de menuiserie d’un meuble exécuté en sapin ou en chêne, au moyen d’un placage de bois plus précieux, à l’origine l’ébène, d’où le nom d’ébénisterie. Le cabinet d’ébène est un meuble typique du XVIIe siècle parisien. Ce type de meuble est toujours de grande dimension, très architecturé et repose sur un haut support indépendant et assorti. Le cabinet du Louvre date du milieu du XVIIe siècle et présente un décor abondant obtenu dans l’ébène. Le grand bas-relief du vantail de gauche représente Horatius Coclès défendant l’entrée du pont Sublicius à Rome, contre l’armée du roi Porsenna. Sur le vantail de droite, le bas-relief met en scène les compagnons d’Horatius Coclès en train de couper le pont. Aux angles supérieurs se trouvent deux niches abritant des statuettes en ronde-bosse représentant Mars et Minerve, divinités guerrières en lien avec le sujet des vantaux. Le cabinet du Louvre fait partie de la série la plus luxueuse de ce type de cabinets en ébène. A l’intérieur, ce meuble présente des petites niches et une multitude de tiroirs séparés par des colonnettes de corail d’une grande préciosité. Ce petit monde s’ouvre comme un décor de théâtre. (Crédit musée du Louvre, Parcours Arts décoratifs)

Cabinet sur piétement d'une paire. Paris vers 1690-1710. A.-C Boulle, ébéniste et bronzier. Bâti de chêne, bois résineux et noyer, placage d'ébène, marqueterie d'écaille, de lai

Boulle, vers 1690-1710 – Cabinet sur piétement d’une paire. Bâti de chêne, bois résineux et noyer, placage d’ébène, marqueterie d’écaille, de laiton et d’étain, bronze doré. Musée du Louvre

Boulle, vers 1690-1710 – cabinet sur piètement Bâti de chêne, bois résineux et noyer, placage d’ébène, marqueterie d’écaille et de corne teintée, de laiton et d’étain, bronze doré (Musée du Louvre)


armoires & bibliothèques

armoire à 2 corps, 1617 (musée du Louvre)     L’armoire à un seul corps et à deux portes est un meuble novateur au début du XVIIIe siècle. Jusque là, comme le montre la photographie de gauche qui représente une armoire réalisée en 1617, les armoires étaient bâties à deux corps et à quatre portes. Sous le règne de Louis XIV, Boulle devint un spécialiste incontesté de la fabrication des armoires à un seul corps et à deux portes qu’il élevait au rang de véritables œuvres d’art grâce à ces incorporation de panneaux de marqueterie et d’éléments en bronze doré.

Armoire dite « aux perroquets » à décor de marqueterie florale de bois polychrome sur fond d’écaille réalisée par Boulle entre 1680-1700 qui met en œuvre les trois techniques utilisés par l’ébéniste : marqueterie florale de bois polychrome, marqueterie de métal et utilisation du bronze doré. (musée du Louvre)

Armoire dite « aux perroquets » : panneau latéral représentant un perroquet et panneau floral de l’une des portes.

Deux armoires dont deux bibliothèques (celles du centre et de droite) de la fin du XVIIe siècle (Louis XIV/Régence) attribuée à Nicolas Sageot (1666-1731)


Commodes

André-Charles Boulle - commode forme tombeau dite Mazarine

    André-Charles Boulle – commode forme tombeau dite Mazarine, bâti de chêne, placage d’ébène avec marqueterie d’écailles de tortue et incrustations de laiton, adjonction d’éléments de renforcement décoratifs en bronze doré, plateau de marbre marbre griotte, 1708-1709 – Cette commode fait partie d’une paire commandée à la fin du règne de Louis XIV pour sa chambre au Grand Trianon. Ces pièces sont les seuls meubles conservés qui ont été assurément réalisées pour le Roi par le célèbre ébéniste André-Charles Boulle. Leur forme étrange, qui évoque un coffre glissé sous une table en fait les prototypes d’un meuble qui se développera au 18e siècle : la commode.
Par ailleurs, le profil des tiroirs, l’un convexe, l’autre concave, qui atteste de la maîtrise de la technique du placage, anonce le style rocaille qui fera sien ce jeu de courbes et de contrecourbes. Toutefois elles sont encore marquées par le goût du règne de Louis XIV pour les matériaux riches et les forts contrastes de couleurs : rinceaux dorés de laiton, brun sombre de l’écaille de tortue, or des puissantes figures ailées de bronze, rouge de la tablette de marbre griotte.  (crédit Château de Versailles).

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Antoine-Robert Gaudreaus, ébéniste du Garde-Meuble de la Couronne (vers 1682-1746) – Commode à deux tiroirs sans traverse et à encoignures latérales fermées par des vantaux, plateau en marbre, panneaux de laque japonaise et vernis parisien, 1744.  La laque japonaise est rare à cette époque. Celle de la commode provient d’un paravent à six feuilles conservé dans la collection de Louis XIV et que le Garde-Meuble fournit au marchand-mercier Thomas-Joachim Hébert, l’un des rares à savoir amincir les panneaux pour les utiliser sur des meubles galbés. On sait qu’avec les vestiges de ce paravent, Gaudreaus réalisa la commode de Louis XV, mais aussi deux encoignures pour l’appartement de la reine et un grand bureau pour le cabinet de travail du roi. Les bronzes dorés dessinent trois cartouches en façade, le plus extérieur se compose de feuilles de roseau, l’autre, intérieur, entremêle feuilles et joncs, le troisième, en bas, se referme sur une feuille d’acanthe. De longues chutes enfin ornent les pieds. Entre ces bronzes alternent des zones de laque noire du Japon à décor polychrome et or de fleurs et de fruits, et des zones en vernis de Paris imitant la laque. On sait que pour le travail du vernis, Hébert était notamment en relation avec les Martin. (Crédit Société des Amis du Louvre)

commode double à armoires d'encoignure, Bâti en chêne et résineux, placage de palissandre et noyer ondé, bronze doré, marbre de Rance, vers 1725

Commode double à armoires d’encoignure, Bâti en chêne et résineux, placage de palissandre et noyer ondé, bronze doré, marbre de Rance, vers 1725 – Cette commode, destinée à une chambre de parade, est extraordinaire à plus d’un titre. Sa taille imposante en fait sans doute la plus grande commode du XVIIIe siècle français : elle mesure près de trois mètres de long, alors qu’une commode de belle qualité dépasse rarement la moitié ! Son plateau de marbre de Rance, d’une seule pièce, est à lui seul un tour de force ; sa découpe puissamment moulurée suit le mouvement en arbalète de la façade qui se poursuit sur les côtés. Le meuble ne repose que sur quatre pieds, crânement campés dans des sabots de bronze doré à pattes d’ours, dont les griffes s’étalent largement sur le sol ! Sa structure n’est pas moins exceptionnelle : le bâti de cette « commode double » comporte quatre tiroirs répartis sur deux rangs, séparés par un trumeau central, et encadrés aux deux extrémités de deux petites « armoires d’encoignure » ouvrant à un battant. créateurs pressentis : Charles Cressent (1685-1767) ou Antoine-Robert Gaudreaus (v. 1682-1746) – (crédit Musée des Arts décoratifs)

Commode de Louis XIV à Trianon André-Charles Boulle - Bâti de résineux, placage d'ébène, marqueterie d'écaille et de laiton, bronze doré, margre griotte, Paris, 1708 (Versailles)


instruments de musiques
clavecin

clavecin décoré par Claude Audran II, mécanisme de Ruckers

Clavecin décoré par Claude Audran III, mécanisme de Ruckers


Le lit

    Le lit est un meuble de grand prix au XVIIe siècle, décrit avec précision dans les inventaires. Louis XIII en possédait un avec du damas violet et orné de larges broderies d’or, Richelieu en avait un recouvert de satin blanc et de broderies d’or et Mazarin en détenait plusieurs. Le lit était transporté lors des déplacements, il suivait son propriétaire, démonté et rangé dans des malles en cuir. Souvent monumental, il était placé dans un angle de la chambre. L’espace entre le lit et le mur était appelé la « ruelle » et servait de lieu de réunion privée puisqu’il était d’usage de recevoir chez soi, allongé sur son lit.  (crédit Louvre)

à gauche : lit à la française à courtines (tentures), du château d’Effiat (musée du Louvre), époque LOUIS XIII – début de Louis XIV . On retrouve la structure cubique à la française des lits Louis XIII avec 4 quenouilles surmontées d’un « ciel de lit » également appelée « impériale ». Cette structure se maintiendra jusqu’à la fin du XVIIe siècle. À droite, exemple de « lit à la duchesse » apparu à la fin du XVIIe siècle qui est un grand lit d’apparat sans quenouilles surmonté d’un dais rectangulaire fixé au chevet de tête appelé le ciel qui couvre l’ensemble de la couche. Des lambrequins de tissus brodés cachent sa structure et il est parfois orné de beaux panaches qui adoucissent les angles ou d’un fronton. On ajoute ensuite des rideaux ou courtines qui tombent du ciel de lit.

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Château de Versailles – le lit de Louis XIV


Motifs des décors

la redécouverte des fresques antiques

    Les artistes de la  Renaissance s’étaient passionnés pour la redécouverte des vestiges de l’antiquité et en particulier des décors qui figuraient sur le fresques des intérieurs antiques romains mis à jour lors de fouilles. Ces décors complexes qui se composent d’architectures fantastiques, de paysages, de mises en scène de personnages d’allures parfois mi-humaines, mi-animales, d’entrelacs de feuillages et de fleurs qui s’enroulent sur elles-mêmes seront appelés « grotesques ».  Ils influenceront l’art décoratif jusqu’au début du XIXe siècle.

Antonio Tempesta - Florence, plafond du 1er corridor de la Galerie des Offices, entre 1579 et 1581

Antonio Tempesta – Florence, plafond du 1er corridor de la Galerie des Offices, entre 1579 et 1581


Jean Berain (1637-1711), Une vie dédiée à l’ornement

Gravure de Jean Bérain père

Gravure de Jean Berain pour un habit créé par lui

Jean Berain.jpg   Successeur de Charles Le Brun comme premier décorateur à la cour de Louis XIV pour laquelle il dessinait les décors d’opéra, des fêtes et manifestations diverses, les habits, les motifs de tapisserie, de lambris et de plafonds, les pièces d’orfèvrerie et même les vaisseaux de la flotte royale, Jean Berain, aquarelliste, dessinateur, graveur, décorateur de théâtre, fut l’un des plus grands ornemaniste de son temps, renouvelant l’art des grotesques et des arabesques jusqu’à lui basé principalement sur la représentation de la feuille d’acanthe par la promotion d’un style plus léger d’entrelacs, de festons et de singeries. La diffusion de ses oeuvres par la gravure et les estampes lui assura une renommée internationale, notamment à la cour de Suède (crédit Catherine Auguste)

Les grandes feuilles d’acanthe, qui dans les premiers projets de Berain (1667) jouaient encore un rôle important, furent plus tard supplantées en grande partie par d’autres éléments décoratifs, notamment un jeu de bandes. Cette estampe mettant en scène des jeux et des singeries reste en dépit de la petitesse des personnages, d’une grande clarté dans sa composition. Ici Berain se rapproche de la tradition des arabesques de la renaissance italienne par sa composition. Ses estampes ont été éditées à des dates variables en France mais plutôt tardivement dans la vie de l’artiste (la grande majorité de l’œuvre est publiée vers 1690 et surtout vers 1703-1710). Plus important peut-être encore pour leur diffusion est le fait qu’elles aient été copiées à Augsbourg et aux Pays-Bas (crédit Catherine Auguste).

Jean Berrain, planche gravée, modèle d_éléments décoratifs pour meubles Boulle

Jean Berrain, planche gravée, modèle d’éléments décoratifs pour meubles Boulle

Estampe de Berain

Dessin par Jean Bérain – Bibliothèque nationale

Jean Berain : Poupe du vaisseau Soleil Royal (1670) et proue du vaisseau Le Volontairellon


Claude III Audran (1658-1734), la légéreté et la finesse

    Peintre du roi et conservateur du Palais du Luxembourg, il s’est spécialisé dans les décorations murales et a créé des tapisseries et des panneaux décoratifs d’un style léger… Il participa en 1700-1701 au décor de la Ménagerie de Versailles et à la chapelle de Versailles, ainsi qu’aux châteaux de Fontainebleau, d’Anet, de Meudon, aux Invalides et aux Gobelins. En 1704, il décore le nouvel appartement de la duchesse du Maine à Sceaux et en 1709, exécute un décor de singeries pour le roi Louis XIV au château de Marly. Ce décor, aujourd’hui détruit, est connu par des dessins préparatoires. Beaucoup de ces travaux décoratifs ont été détruits. Mais, heureusement, bon nombre de tapisseries pour lesquelles il donna des cartons ont été conservées. Par ailleurs, le collectionneur suédois Cronstedt acheta, à la mort d’Audran, son fond d’atelier, soit plus de 2 000 dessins. Ils appartiennent aujourd’hui aux collections du Nationalmuseum de Stockholm. Audran eut comme collaborateurs de ses grands décors, les plus grands artistes confirmés de son époque comme son ami le peintre animalier Jean-Baptiste Oury ou encore Lagillière et Desportes. Il employa, à ses débuts, Watteau qu’il fit travailler comme apprenti. L’artiste s’est imposé comme le propagateur des décors arabesques remis à la mode par Jean Berain, mais sa manière était « un peu différente de celle de M. Berain ; elle est plus délicate et plus svelte » précise l’envoyé de Suède en France, D. Cronström.  (crédit Wikipedia)

Claude Autran III - Arabesque sur fond or, vers 1700

Claude Autran III – Arabesque sur fond or, vers 1700

Claude III Audran - ensemble de 6 panneaux allégoriques sur le thème des 12 mois grotesques, de Claude Audran III, copie des panneaux pour la tenture réalisée pour Meudon

Claude III Audran – ensemble de 6 panneaux allégoriques sur le thème des 12 mois grotesques, copie des panneaux pour la tenture réalisée pour Meudon


Wabi-Sabi

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Japon - Wabi-Sabi

Qu’est-ce que le Wabi-Sabi ?      c’est  ICI

Japon,  Wabi-Sabi

Japon, Wabi-Sabi

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Peter Behrens (1868-1940), pionnier de l’architecture moderne et du design – (I) 1885-1907 : années de formation

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Peter Behrens (1868-1940) - portrait par Max Liebermann, 1923

Peter Behrens (1868-1940) – portrait par Max Liebermann, 1923

    Peter Behrens, né le 14 avril 1868 à Hambourg et mort le 27 février 1940 à Berlin était un artiste visionnaire qui réunissait les talents les plus divers. Tout à la fois architecte, peintre, graveur, designer et typographe. Il passait allègrement d’une discipline à l’autre : de la peinture à l’architecture en passant par la conception graphique et le dessin d’appareils ménagers ou de meubles et la création de polices d’écriture. Il contribué de manière importante au développement de l’Architecture moderne en Allemagne et a été le premier designer industriel en étant l’ inventeur du design d’entreprise (Corporate Design) par son travail au sein de l’entreprise AEG avant la Première Guerre Mondiale. Cofondateur de la Deutscher Werkbund, il a participé à tous les mouvements d’avant-garde dans les domaines de l’art, de l’artisanat et de la production industrielle.

Peter Behrens (1868-1940) - portrait par Max Liebermann

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–––– période 1885-1899 : le Jugendstil et la Sécession de Munich –––––––––––––––––––––––––––––––––

jungend, Munich    Après avoir étudié la peinture à l’Académie préscolaire de Karlsruhe et suivi les cours de l’École des beaux-arts à Hambourg, Behrens part à Munich en 1890 où il travaille comme peintre et artiste graphique, il y rejoint le mouvement Jugendstil , une variante munichoise du modern style, et produit alors des gravures sur bois, des illustrations en couleurs, des dessins pour les métiers du livre et des objets selon le style en vogue produit par ce mouvement. En avril 1892, plus de 100 artistes créent la Sécession de Munich (Verein bildender Künstler Münchens e. V. Secession), parmi eux figure Peter Behrens en compagnie de Franz von Stuck, Max Liebermann et Lovis Corinth. Il s’agissait pour tous ces artistes de rejeter l’historicisme, le style officiel «du temps de la fondation» ( Gründerzeitstil) qui s’était développé au cours de la fondation du second empire (Reich) en 1871 qu’on estimait alors lourd, trop baroque et démodé. Le moment était venu de trouver un nouveau style. et créer du neuf. La Sécession de Munich poursuivra son activité jusqu’à sa dissolution par les nazis en 1938, durant leur « purification culturelle ».  Un peu plus tard, en pleine période de la renaissance des Arts and Crafts en Allemagne, Behrens uni ses forces avec Hermann Obrist, Août Endell, Bruno Paul, Richard Riemerschmid et Bernhard Pankok pour fonder en 1898, toujours à Munich, les Ateliers réunis pour l’art dans l’artisanat (Vereinigte Werkstätten für Kunst und Handwerk) afin de produire des objets utilitaires façonnés à la main, mouvement qui exercera une influence considérable sur al suite du design germanique. Tous ces mouvements étaient fédérés autour de la revue Jugend créé en 1896 par l’éditeur munichois Georg Hirth. 

Peter Behrens - Der Kuss, 1898

Peter Behrens – Der Kuss, 1898

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–––– période 1899-1907 : la colonie de la Mathildenhöhe à Darmstadt ––––––––––––––––––––––––––––

Mathildenhöhe à Darmstadt

Mathildenhöhe à Darmstadt

Mathildenhöhe : le credo de Joseph maria Olbrich :
« Nous devons construire une ville, une ville complète ! Quelque chose de plus petit ne servirait à rien ! Le gouvernement devrait nous donner […] un champ, et il nous appartient de créer un monde. Construire une seule maison ne signifierait rien. Comment pourrait-elle être belle si une maison laide est construite à ses côtés ? À quoi serviraient trois, cinq, voire dix belles maisons […] si les fauteuils qui sont placés à l’intérieur sont laids ou les plaques ne sont pas beaux ? Non – il nous faut un grand champ, un vaste domaine vide ; et nous pourrons montrer ce que nous pouvons faire. De la conception générale jusqu’au dernier détail, tout sera régi par le même esprit, les rues et les jardins, les palais et les maisons, les tables et les fauteuils , les lampes et les cuillères exprimeront tous la même sensibilité, et au milieu de tout cela, comme un temple dans une rainure sacré, sera bâti une maison de travail, l’atelier de deux artistes et un atelier d’artisans […] » (Joseph Maria Olbrich, cité dans: Hermann Bahr, ». Ein Dokument deutscher Kunst « , dans Bildung Essais , Leipzig 1900, p. 45 .) 

    Au cours du XIXe siècle, l’art décoratif était devenu une branche économique importante en Allemagne. Le Grand-Duc de la Hesse Ernst Ludwig, petit-fils de la reine Victoria, avait passé beaucoup de temps en Angleterre où il avait apprécié les écrits de Morris et Ruskin et l’essor des Arts and Crafts. Dans son Nouveau Palais érigé à Darmstadt, il avait d’ailleurs engagé deux artistes de ce mouvement pour décorer des chambres. Son projet était de profiter de la vogue de l’art décoratif pour développer l’industrie régionale et en même temps de faire de Darmstadt un centre culturel important. C’est ainsi qu’en automne 1899, il réunit sept artistes reconnus dans les domaines de l’architecture, de l’art décoratif, de la sculpture et de la peinture et fonda une colonie d’artistes sur la Mathildenhöhe (colline de Mathilde), un parc situé non loin du centre ville. Peter Behrens et l’autrichien Joseph Maria Olbrich, cofondateur de la Sécession viennoise, figuraient parmi ces artistes. la colonie devint un champ d’expérimentation sensationnel en matière d’innovations artistiques, à travers lesquelles les jeunes artistes s’efforçaient de concrétiser leur idéal de fusion entre l’art et la vie. Leur intention était de révolutionner l’architecture et la décoration d’intérieur afin de créer une nouvelle culture qui serait l’expression de la vie moderne Les efforts du Grand-Duc étaient secondés à Darmstadt par l’éditeur-mécène Alexander Koch dont les revues d’art Innendekoration (La décoration intérieure) et Deutsche Kunst und Dekoration (L’art et la décoration allemands) devinrent des porte-voix importants du nouveau style. La première exposition de la colonie d’artistes avait lieu en 1901 sur la Mathildenhöhe. Les membres de la colonie, dont Peter Behrens, avaient construit un bâtiment d’exposition et neuf maisons du style Art Nouveau et du Jugenstil allemand, entièrement meublées et décorées afin de donner l’exemple comment construire et habiter de façon moderne. Les sept artistes invités ont reçu une bourse de 7 ans. Cet exposition était un grand succès international même si ici et là on critiquait certaines formes trop bizarres. Ainsi Darmstadt, avec Nancy, Paris, Vienne et Glasgow, était devenu un centre de l’Art Nouveau européen, et trois autres expositions en 1904, 1908 et 1914 faisant sensation avaient lieu. En 1902, le duc de Saxe-Weimar s’inspirera de la démarche du Grand-Duc de la Hesse en invitant Henry Van de Velde à ouvrir une Ecole des arts.

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la maison de Behrens à Mathildenhöhe

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Peter Behrens - chaise, vers 1902

mobilier de la maison Berhens à Mathildenhöhe et objets conçus par Behrens

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–––– période 1903-1907 : enseignement à Dusseldorf, premières commandes en architecture  ––––

    En 1902, Berhens commençait à se sentir à l’étroit à Mathildenhöhe où l’architecte Olbrich monopolisait la conception de la plupart des constructions principales et des dissensions étaient apparues entre les artistes de la colonie. Le poste de directeur de la Kunstgewerbeschule (école des arts appliqués) de Dusseldorf était vacant, Bahrens y postula. C’est grâce à l’architecte Hermann Muthesius, fonctionnaire d’état qui rentrait d’un séjour à Londres où il avait été attaché culturel, qu’il obtint le poste. Mathesius voulait réformer les écoles d’art et de design allemandes en s’inspirant de ce qu’il avait appris en Angleterre. A peine installé à Dusseldorf, Behrens effectua en juin 1902 un voyage d’étude en Angleterre et en Ecosse qui lui fit une grande impression : « Ce voyage m’a permis d’approfondir et de renforcer mes notions sur la culture moderne, que j’honorerai jusqu’à la fin de mes jours » (lettre à Muthesius du 9 août).
   Behrens s’entourera à Dusseldorf de jeunes artistes et architectes de talents engagés dans le courant moderniste qui exercèrent une influence notable sur son propre travail. C’est le cas notamment de Rudolf Bosselt, sculpteur de la colonie de Darmstadt, Fritz Ehmcke, graphiste berlinois, Max Benirschke, décorateur d’intérieur viennois, Joseph Bruckmüller, peintre viennois et surtout J.L. M. Lauweriks, architecte hollandais qui exercera une grande influence sur sa pratique architecturale. Sous sa direction des réformes fondamentales changeront le visage de cette école. 

Réalisations architecturales entre 1904 et 1907

. 1904 : Garten und Kunstausstellung à Düsseldorf et restaurant Jungbrunnen
. été 1904 : séjour en Italie, à Rome et Pompéi pour étudier les antiquités.
. 1905 : lieu de conférence pour le Folkwang musuem  à Hagen en Westphalie
. 1905 : salon et mobilier de la maison Schede sur la Ruhr près de Hagen.
. 1905 : salle de lecture de la bibliothèque de Düsseldorf
. 1905 : bâtiments de la Nordwestdeutsche Kunstausstellung (exposition d’art du nord-ouest de l’Allemagne) à    Oldenburg.
. 1905 : chambre à coucher et salon pour exposition organisée par les magasins Wertheim à Berlin
. 1905 : aménagement de l’exposition de peintures Deutsche Jahrhundertausstellung du Musée national de            Berlin.
. 1905-1906 : maison Obenhauer à St-Johann-Saarbrücken
. 1906 : salle de concerts de l’exposition Deutsche Kunstgewerbeausstellung de Dresde
. 1906 : salle de concerts La Tonhaus pour l’exposition artistique du parc floral de Cologne.
. 1906-1907 : crématoire de Delstern en Prusse
. 1906-1907 : atelier pour la société Josef Klein à Hagen
. 1906 : projets non réalisés d’un temple protestant à Hagen et des grands magasins Warenhaus Leonard Tietz    à  Düsseldorf.
. fin 1906-1907 : salle d’Exposition Internationale de l’Art de Mennheim.

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Peter Behrens, Crematorium in Hagen-Delstern, Germany

Peter Behrens, fenêtre du crématorium de Hagen-Delstern, Germany

Crédit photographique : livre d’Alan Windsor « Peter Behrens, architecte et designer » – Pierre Mardaga, Editeur à Bruxelles, 1981

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imaginaire de la montagne : une photo de Charlotte Perriand

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Charlotte Perriand en montagne en 1930

   J’adore cette photo de Charlotte Perriand bien que ce soit l’une des seules où on ne la voit pas sourire. elle symbolise pour moi la joie de vivre et exprime l’exaltation et le désir puissant de communion avec le cosmos tout entier qu’induisent chez l’être humain les paysages de haute montagne.
   J’ai appris l’existence de Charlotte Perriand à l’occasion d’études sur l’œuvre de Le Corbusier et en particulier sur le mobilier qui accompagnait son architecture (voir l’article de ce blog consacré à ce sujet, c’est ICI). J’appréciais beaucoup son travail et son ouverture d’esprit mais j’ignorais alors qu’elle était très engagée politiquement au parti communiste* et qu’elle pratiquait de manière assidue la randonnée en montagne. C’est la lecture d’une note de présentation du journal La Croix écrite par la journaliste Cécile Jaurès d’une exposition tenue en août et septembre 2011 au Musée des Beaux-Arts de la ville de Paris qui m’a fait connaître cette part de sa personnalité. Je vous reproduit ci-après cette note accompagnée de quelques photos glanées sur Internet.

* Où elle restera jusqu’à la signature du pacte germano-soviétique. Elle a par ailleurs été membre fondatrice en 1930 de l’Union des Artistes Modernes qui prône une vision moderne et revalorisée des arts décoratifs et a adhéré à la même époque à  l’Association des Ecrivains et Artistes Révolutionnaires fondée par Paul Vaillant-Couturier, voyagé en URSS et soutenu activement le Front populaire en France en 1936.

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Charlotte Perriand

   Au Petit Palais, à Paris, une exposition met en lumière le rôle de la photographie dans l’œuvre de la collaboratrice de Le Corbusier, décédée il y a douze ans.
   Un parcours éclaté dans plusieurs salles du musée, qui révèle les mille et une facettes de l’architecte : femme engagée, créatrice aux intuitions brillantes, amoureuse de la nature…

   Torse nu, tournant le dos au photographe pour embrasser du regard un magnifique panorama de montagne, Charlotte Perriand étire les bras vers le ciel. Une posture conquérante, libre, à l’image de sa personnalité audacieuse.
   Cette photographie, prise en 1930 lors d’une des randonnées à skis qu’elle affectionnait, résume le propos de l’exposition que lui consacre le Petit Palais, à Paris.

UNE PASSION POUR LA PHOTOGRAPHIE

   Six ans après la rétrospective organisée par le Centre Georges-Pompidou, il s’agit de dévoiler le versant intime de la créatrice, de plonger dans les arcanes de son œuvre à travers une facette méconnue : sa passion pour la photographie.
   « Utilisant son Rolleiflex 6×6 comme un carnet de notes, Charlotte Perriand se servit de ses innombrables clichés comme d’un laboratoire de formes, un réservoir à idées, mais aussi comme d’un outil de création, intégrant notamment des photographies à ses décorations d’intérieur », explique Jacques Barsac, commissaire de l’exposition et grand spécialiste de son œuvre (1).
    En compagnie de son épouse Pernette Perriand-Barsac, la fille de Charlotte, il a exploré les archives personnelles de l’architecte, pendant plus de trois ans, afin de mettre au jour ces correspondances secrètes à travers 430 photos et 70 meubles.
    Ici, une lampe pivotante inspirée d’une bôme de bateau, là une chaise longue basculante dont la structure métallique évoque celle d’un pont transbordeur photographié à Marseille. Plus loin, une arête de poisson a donné naissance à une banquette baptisée Méandre et un portique japonais s’est transformé en bureau.

TRÉSORS NATURELS

    « Curieuse et douée d’une grande joie de vivre, elle me conseillait souvent d’avoir l’œil en éventail, de prêter attention à tout objet, du plus humble au plus remarquable, du plus petit au plus grand », se souvient Pernette Perriand-Barsac, qui a travaillé à ses côtés pendant près de vingt ans.
    Fascinée, comme son patron Le Corbusier, par la « machine » et les produits industriels jusqu’au choc de la crise de 1929, Charlotte Perriand se passionnera pour les objets trouvés dans la nature.
    Troquant son collier fabriqué avec des roulements à billes contre une parure de coquillages, elle ramasse ses trésors naturels au fil de ses promenades en forêt ou sur les plages normandes, en compagnie de l’architecte Pierre Jeanneret, cousin de Le Corbusier.
    Galets, morceaux de bois, chaussures roulées par la mer… elle hisse au rang d’œuvres d’art ces sculptures poétiques, réinterprétant à sa manière le ready-made de Duchamp.

MILITANTE COMMUNISTE

   Si la nature nourrit l’imaginaire de Charlotte Perriand, ses clichés témoignent de son intérêt pour l’homme : portraits d’anonymes, paysans aux visages burinés, ouvriers en pleine sieste.
  Militante communiste jusqu’au pacte germano-soviétique, cette fille d’artisans accompagnera l’arrivée au pouvoir du Front populaire par d’ambitieux photomontages qui glorifient la politique agricole ou dénoncent la grande misère à Paris.
   Ne considérant pas la pauvreté et l’ignorance comme des fatalités, elle suggère la création de « maisons de la culture » (réunissant théâtre, bibliothèque, studio de radio et de télévision !) et propose de transformer les quais de Seine en zone de loisirs et de sport.

Visionnaire, dans tous les domaines.

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à lire : Charlotte Perriand et la photographie. L’œil en éventail de Jacques Barzac – Ed. 5 continents, 367 p.

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Charlotte Perriand en compagnie de Le Corbusier et son premier mari Percy Scholefield en 1927Charlotte Perriand en compagnie de Le Corbusier et son premier mari Percy Scholefield en 1927

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Charlotte Perriand et Alfred Roth, Paris 1927

Charlotte Perriand et Alfred Roth, Paris 1927

Charlotte Perriang sur la chaise longue qu'elle a crée avec Le Corbusier et Pierre Jeanneret, 1929

Charlotte Perriand sur la chaise longue qu’elle a crée avec Le Corbusier et Pierre Jeanneret, 1929

Charlotte Perriand devant la Mer de Glace à Chamonix en 1927

Devant la Mer de Glace à Chamonix en 1927

Charlotte Perriand au-dessus de Bonneval-sur-Arc, 1928

Au-dessus de Bonneval-sur-Arc, 1928

Charlotte Perriand en montagne en 1928

En montagne en 1928

Charlotte Perriand après la construction du bivouac Schelter au Mont Joly

Charlotte Perriand après la construction du bivouac Schelter au Mont Joly

Charlotte Perriand après la construction du bivouac Schelter au Mont Joly

Charlotte Perriand devant sa maiosn "Case a La Loti" au Plan d'Osier en 1939

Devant sa maison « Case a La Loti » au Plan d’Osier en 1939

Charlotte Perriand au Mont Zao au Japon en 1941

Au Mont Zao au Japon en 1941 où elle s’était rendue en 1940, invitée par le ministère impérial du Commerce en tant que « conseillère de l’art industriel ». Elle a passé toute la durée de la guerre en Extrême-Orient (Indochine, Japon).

Charlotte Perriand, vers 1934  pensive, à la fenêtre… vers 1934

Charlotte Perriand (1903-1999)

Charlotte Perriand (1903-1999)

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Charlotte Perriand : Carnet de montagne

Fille de savoyard, Charlotte Perriand aura entretenu un rapport passionné et aventurier avec la montagne. Elle publiera un petit recueil intitulé « Carnet de Montagne » (Edition Maison des Jeux Olympiques d’Hiver). Ce recueil présente également des éléments de mobilier et de décoration qu’elle réalisa pour la station des Arcs entre 1967 et 1986, station dont elle assurait alors la coordination.

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Sites consacrés à Charlotte Perriand et à son œuvre sur le NET :

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design du mobilier : le tabouret « papillon » du japonais Sori Yanagi en 1956

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Butterfly Stool - Sori yanagi (japanese, born tokyo 1915) - 1956

« Butterfly » Stool – Sori Yanagi (Japanese, born Tokyo 1915) – The Metropolitan Museum of Art

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Manufacturer Tendo Co., Ltd.  –  Date : 1956
Medium : Rosewood, stainless steel
Dimensions :  H. 15-1/4, W. 16-5/8, D. 12 inches (38.7 x 42.4 x 30.5 cm.)

Description : (by The Metropolitan Museum of Art)
Ease of travel in the jet age encouraged a growing fusion of cultural influences after World War II. Although Yanagi’s stool was designed and manufactured in Japan, it employs Western form (the stool) and material (bentwood). Its calligraphic elegance, however, suggests a distinctly Asian sensibility despite the rarity of such seating furniture in traditional Japanese culture. The stool is made from two curving and inverted L-shaped rosewood sections, each forming one leg and half of the seat. A metal rod midway between the legs serves as a stretcher and holds the stool together.

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design du mobilier : la chaise Barcelone de Mies van der Rohe et Lily Reich (1929)

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Mies van der Rohe et Lily ReichMies van der Rohe et Lily Reich

     En 1929, Mies van der Rohe est chargé par le gouvernement allemand de réaliser le pavillon allemand de l’exposition universelle de Barcelone. Il propose alors un bâtiment révolutionnaire pour son époque et visionnaire qui influençera profondément l’évolution de l’architecture moderne. De forme très simple, il développe sur un socle maçonné situé à une hauteur de 1,6 m du sol naturel un ensemble composé de deux parallélépipèdes et d’une cour centrale comportant un bassin, l’ensemble de ses éléments étant reliés par de long murs de clôture horizontaux. la toiture composée d’une dalle de béton horizontale repose soit sur ces murs soit sur une série de piliers. Cette structure a permis à Mies van der Rohe d’organiser l’espace intérieur de manière très libre en s’affranchissant des contraintes induites par les structures traditionnelles.

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Mies van der Rohe – pavillon allemand de l’exposition universelle de Barcelone en 1929

La chaise Barcelona

Mies van der Rohe pensait que le mobilier qui accompagnerait son architecture devait être parfaitement adapté à celle-ci et la compléter aussi, dés les plans du bâtiment terminé, s’attacha t’il avec sa partenaire Lily Reich à le dessiner. C’est de ce travail que naquit la célèbre chauffeuse Barcelona qui, après plus de trois quart de siècle plus tard n’a rien perdue de sa modernité et qui est considérée comme l’un des plus beau meuble du XXe siècle.

Mies van de Rohe - la chaise barcelona - 1929

     « Une chaise est un objet très difficile à faire. Tous ceux qui ont déjà essayé d’en faire le savent. Il y a une infinité de possibilités et beaucoup de problèmes – la chaise doit être légère, elle doit être solide, elle doit être confortable. C’est pratiquement plus facile de construire un gratte-ciel qu’une chaise. »           Mies van der Rohe.

     On a supposé que la chaise Barcelona de Mies Van Der Rohe s’inspirerait des chaises antiques en forme de X et en particulier de la chaise pliante des pharaons et du tabouret en forme de croix des romains.

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chaise Cantilever (porte-à-faux) MR20 Mies van der Rohe 1927

    En comparaison avec des chaises précédentes dessinées par Mies van der Rohe, la chaise Barcelona étonnait les visiteurs de l’exposition de Barcelone de 1929 par la simplicité de sa structure, ses proportions généreuses, son élégance et la mise en valeur de matériaux nobles à la fois modernes et traditionnels comme l’acier chromé et le cuir naturel en peau de porc. Le cuir était  traité de manière molletonnée à rayure et teinté couleur. On ne connaissait pas encore à l’époque l’acier inoxydable et la technique des soudures invisibles et les différentes parties de la structure métallique ont dû être boulonnées ensemble.
Mies effectua quelques modification dans les années cinquante, trois années après la mort de Lilly Reich : il remplaça l’acier chromé par de l’acier inoxydable ce qui permet à la structure d’être maintenant fabriquée à partir d’une seule pièce de métal et de supprimer les boulons originels.

     L’artiste et essayiste canadien René Viau dans un article intitulé « Mies van der Rohe entre deux chaises » montre bien l’ambiguïté attachée au siège Barcelona. Alors que l’architecte, dans le cadre du Bauhaus, militait pour la transformation du cadre de vie en promouvant des objets ou du mobilier produits industriellement en série à des prix très bas pour les rendre accessibles au plus grand nombre, il réalise paradoxalement pour le pavillon allemand de Barcelone un objet de luxe qui ne peut être fabriqué que de manière artisanale et nécessite un temps de fabrication très important, d’où son prix élevé. Il est vrai que ce siège avait été créé pour servir de trône au souverains d’Espagne lors de la visite du pavillon allemand. Ironiquement, ceux-ci passèrent devant le siège sans s’en servir. Aujourd’hui ce siège est devenu une icone du design contemporain et n’a pas pris une ride depuis sa création, il y a 82 ans. Mies van der Rohe a depuis signé un contrat d’exclusivité pour sa fabrication avec la société Knoll.

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