Elles ont dit…


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La Tribune dans Le Monde des 100 (Extraits)

     « Nous sommes conscientes que la personne humaine n’est pas monolithe : une femme peut, dans la même journée, diriger une équipe professionnelle et jouir d’être l’objet sexuel d’un homme, sans être une « salope » ni une vile complice du patriarcat. Elle peut veiller à ce que son salaire soit égal à celui d’un homme, mais ne pas se sentir traumatisée à jamais par un frotteur dans le métro, même si cela est considéré comme un délit. Elle peut même l’envisager comme l’expression d’une grande misère sexuelle, voire comme un non-événement. (…)
     Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste. (…) 
     Encore un effort, enchaîne le texte, et deux adultes qui auront envie de coucher ensemble devront au préalable cocher via une « appli » de leur téléphone un document dans lequel les pratiques qu’ils acceptent et celles qu’ils refusent seront dûment listées. (…) « cette fièvre à envoyer les +porcs+ à l’abattoir, loin d’aider les femmes à s’autonomiser, sert en réalité les intérêts des ennemis de la liberté sexuelle, des extrémistes religieux, des pires réactionnaires et de ceux qui estiment (…) que les femmes sont des êtres à part, des enfants à visage d’adulte, réclamant d’être protégées (…)
     En tant que femmes, nous ne nous reconnaissons pas dans ce féminisme qui, au-delà de la dénonciation des abus de pouvoir, prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité.   
    Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle. Nous sommes aujourd’hui suffisamment averties pour admettre que la pulsion sexuelle est par nature offensive et sauvage, mais nous sommes aussi suffisamment clairvoyantes pour ne pas confondre drague maladroite et agression sexuelle (…) 
   Une légitime prise de conscience des violences sexuelles exercées sur les femmes, notamment dans le cadre professionnel, cette libération de la parole se retourne aujourd’hui en son contraire: on nous intime de parler comme il faut, de taire ce qui fâche, et celles qui refusent de se plier à de telles injonctions sont regardées comme des traîtresses, des complices ! ». 

Manifeste d’un collectif de 100 femmes dénonçant une « vague purificatoire » dans le journal Le Monde du 9 janvier.

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Inénarrable Sophie de Menthon :
« Alors j’étais en train de réfléchir et je me disais qu’au fond que si mon mari
ne m’avait pas un peu harcelée, peut-être que je ne l’aurais pas épousé…»


dessin de Plantu

La riposte : « #Metoo, c’était bien, mais… » (extrait)

   « On risquerait d’aller trop loin. » Dès que l’égalité avance, même d’un demi-millimètre, de bonnes âmes nous alertent immédiatement sur le fait qu’on risquerait de tomber dans l’excès. L’excès, nous sommes en plein dedans. C’est celui du monde dans lequel nous vivons. En France, chaque jour, des centaines de milliers de femmes sont victimes de harcèlement. Des dizaines de milliers d’agressions sexuelles. Et des centaines de viols. Chaque jour. La caricature, elle est là. (…)
   « C’est du puritanisme. » Faire passer les féministes pour des coincées, voire des mal-baisées : l’originalité des signataires de la tribune est… déconcertante. Les violences pèsent sur les femmes. Toutes. Elles pèsent sur nos esprits, nos corps, nos plaisirs et nos sexualités. Comment imaginer un seul instant une société libérée, dans laquelle les femmes disposent librement et pleinement de leur corps et de leur sexualité lorsque plus d’une sur deux déclare avoir déjà subi des violences sexuelles ? (…)
    « On ne peut plus draguer. » Les signataires de la tribune mélangent délibérément un rapport de séduction, basé sur le respect et le plaisir, avec une violence. Tout mélanger, c’est bien pratique. Cela permet de tout mettre dans le même sac. Au fond, si le harcèlement ou l’agression sont de « la drague lourde », c’est que ce n’est pas si grave. Les signataires se trompent. Ce n’est pas une différence de degré entre la drague et le harcèlement mais une différence de nature. Les violences ne sont pas de la « séduction augmentée ». D’un côté, on considère l’autre comme son égal.e, en respectant ses désirs, quels qu’ils soient. De l’autre, comme un objet à disposition, sans faire aucun cas de ses propres désirs ou de son consentement.      
       Les porcs et leurs allié.e.s s’inquiètent ? C’est normal. Leur vieux monde est en train de disparaître. Très lentement – trop lentement – mais inexorablement. Quelques réminiscences poussiéreuses n’y changeront rien, même publiées dans Le Monde.

Réponse de la militante féministe Caroline De Haas cosignée par une trentaine de militants féministes.

      « Les signataires de la tribune du Monde sont pour la plupart des récidivistes en matière de défense de pédocriminels ou d’apologie du viol. Elles utilisent une nouvelle fois leur visibilité médiatique pour banaliser les violences sexuelles. Elles méprisent de fait les millions de femmes qui subissent ou ont subi ces violences. »

Caroline De Haas à Franceinfo

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Golden Globes : les actrices primées pour la série Big little lies en robes noires.
Honni soit qui mal y pense…


Ils ont dit… (9)


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Imagination et sublimation

     « On a reconnu que le royaume de l’imagination était une « réserve », organisée lors du passage douloureusement ressenti du principe de plaisir au principe de réalité , afin de permettre un substitut à la satisfaction instinctive à laquelle il fallait renoncer dans la vie réelle. L’artiste, comme le névropathe, s’était retiré loin de la réalité insatisfaisante dans ce monde imaginaire, mais à l’inverse du névropathe il s’entendait à trouver le chemin du retour et à reprendre pied dans la réalité. Ses créations, les oeuvres d’art, étaient les satisfactions imaginaires de désirs inconscients, tout comme les rêves, avec lesquels elles avaient d’ailleurs en commun le caractère d’être un compromis, car elles aussi devaient éviter le conflit à découvert avec les puissances de refoulement. Mais à l’inverse des productions asociales narcissiques du rêve, elles pouvaient compter sur la sympathie des autres hommes, étant capables d’éveiller et de satisfaire chez eux les mêmes inconscientes aspirations du désir. De plus elles se servaient, comme « prime de séduction », du plaisir attaché à la perception de la beauté de la forme. Ce que la psychanalyse pouvait faire, c’était — d’après les rapports réciproques des impressions vitales, des vicissitudes fortuites et des oeuvres de l’artiste — reconstruire sa constitution et les aspirations instinctives en lui agissantes, c’est-à-dire ce qu’il présentait d’éternellement humain. »

FreudMa vie et la Psychanalyse, éd. Gallimard, « Idées », pp. 80-81, cité par Frédéric Laupies dans Leçon philosophique sur l’imagination, PUF.


l’animal, un être privé de monde ?


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L’animalité vue par Heidegger

Heidegger     Dans son essai L’animal que je ne suis plus publié en 2011, le philosophe Étienne Bimbenet expose la façon basée sur l’utilisation de la phénomènologie dont Heidegger procéda dans l’un de ses cours professé en 1929-1930 (Concepts fondamentaux de la métaphysique), en s’appuyant sur les travaux antérieurs de Uexküll, à l’examen comparatif de l’homme et l’animal. Il s’agit pour la réflexion de ne pas se laisser enfermer dans le carcan étroit de l’analyse scientifique mais de réintégrer la dimension vivante et sensible de la relation qui unit l’homme à l’animal dans le monde.

Quelques idées-forces structurent cette réflexion :

  • la pierre est « sans monde » (weltlos) car ne possédant pas de système perceptif, elle le peut ressentir les actions de son environnement.
  • l’animal est « pauvre en monde » (weltarm) car même s’il est en relation avec le monde, il est « privé » de la compréhension de ce monde parce qu’il n’en perçoit jamais qu’une version tronquée et appauvrie, celle qui convient à la satisfaction de ses besoins définis par le « cercle » de ses pulsions spécifiques, configuré ou relativisé par les caractéristiques constitutives de son espèce. Ce monde, propre à l’animal, cet espace dans lequel les pulsions peuvent s’exercer, Heidegger l’appellera Umwelt : le monde qui « entoure le vivant », qui l’ « encercle » dans des limites étroites ou bien encore Umgebung, « milieu environnemental ». Cette espace est à considérer comme une « zone de dé-inhibition » dans laquelle l’animal peut décharger ses pulsions et entrer ainsi en relation avec l’étant dans un état d’hébétude ou d’ « accaparement » (Benommenheit) qui constitue l’essence même de l’animalité (Joël Balazut citant Françoise Dastur). 

« La pulsion est une poussée interne de l’organisme, qui pousse l’individu à rechercher satisfaction. C’est une structure d’ouverture — raison pour laquelle au fond le comportement est possible pour l’animal. Cependant la pulsion est toujours pulsion de quelque chose, non pas une ouverture générale. L’accaparement est déjà là : l’animal est emporté par ce système pulsionnel. Il est doublement pris, à la fois par son milieu (qui ne peut jamais être modifié, sauf à mettre en péril l’espèce elle-même) et par ses pulsions. Prison externe et interne, qui fait qu’il n’y a pas d’ouverture au monde. Cet accaparement est quasiment une forme d’hébétude : fascination de l’animal par ses pulsions et par son milieu. Il est dans un état d’hypnose, de conscience hébétée perpétuelle (là où l’hébétude humaine est, le plus souvent, temporaire, comme lors du flottement de la conscience au réveil). L’animal ne peut pas se tenir, il est tenu par. » (Bruce Bégout)

Ce monde, propre à l’animal, ce « milieu de comportement », Heidegger l’appellera Umwelt : le monde qui « entoure le vivant », qui l’ « encercle » dans des limites étroites ou encore Umgebung, « milieu environnemental ». Dans ces circonstances « Le comportement de l’animal n’est jamais une perception de quelque chose en tant que quelque chose ».L’animal vit d’une vie pleine et massive et coïncide dans son être par l’accaparement qui le prive du besoin de parler. Ce qui manque aux animaux, ce n’est pas tant la capacité phonique d’articulation que la façon d’être à distance de soi, de s’absenter, propre à l’existant que possède l’homme en tant que « configurateur de monde ». (Simone Manon, Vivre et Exister.)

« Si plantes et animaux sont privés de langage, c’est parce qu’ils sont emprisonnés chacun dans leur univers environnant sans être jamais situés dans l’éclaircie de l’Être. Or seule cette éclaircie est monde. Mais s’ils sont suspendus sans monde dans leur leur univers environnant, ce n’est pas parce que le langage leur est refusé.»  (Heidegger, Lettre sur l’humanisme)

  • l’homme est « configurateur de monde » (der Mensch ist weltbildend). Françoise Dastur dans son essai Heidegger et la question anthropologique a interprété cette formule en référence au pouvoir de schématisation propre à l’homme qui s’enracine dans l’imagination, pouvoir de configuration ontologique qui serait refusé à l’animal :

« L’Être de l’homme est (…) essentiellement compris, au cours de cette période où Heidegger tente encore de porter à son achèvement la problématique développée dans Être et Temps, à partir de la notion de Bildung, qui signifie indissolublement en allemand à la fois la capacité de donner forme, de configurer, et la formation de l’homme au sens de l’éducation et de la culture. C’est donc en cette capacité de donner forme que réside la différence de l’homme à l’égard de l’animal. »

Gracie
Ma chienne Gracie, privée du monde ?


Relation ambiguë entre l’homme et l’animal

Capture d’écran 2017-12-12 à 14.05.09.png    Etienne Bimbenet relève une ambiguïté dans les  relations qu’entretient l’homme avec l’animal. D’un côté l’homme « accompagne » l’animal en faisant de celui-ci un compagnon, projetant spontanément sur lui de manière anthropomorphique une vision et une pensée sensible et  humaine et de l’autre, en s’appuyant sur les données scientifiques de la biologie et de l’éthologie, pose un regard analytique froid et distant sur l’animal, l’ « excluant » et le « privant »du monde au sens défini par Heidegger.

    Etienne Bimbenet se propose de renverser la méditation heideggérienne en faisant démarrer la réflexion à la naissance de l’homme, c’est-à-dire au moment où les ancêtres de l’homme étaient eux-mêmes des animaux « privés de monde ». Alors que le penseur allemand faisait démarrer sa réflexion à partir du concept de « privation du monde », le philosophe français se propose lui, de l’axer sur le concept  d’ « invention du monde » qui a anticipé ou accompagné l’hominisation.

à suivre….


articles liés :


Bouée de sauvetage : « Till the End of the World » (I’ll Love You)


Nick Cave and the Bad Seeds
(I’ll Love You) Till the End of the World – un parfum de Leonard Cohen…
A song from the soundtrack to the film by Wim Wenders

Bouée de sauvetage

    Foutez le monde en l’air, détruisez la planète, noyez-la sous des millions de tonnes d’ordures, empoisonnez l’air, traquez le dernier requin, la dernière baleine, le dernier éléphant et le dernier rhinocéros, Menez la guerre chimique contre les papillons, les abeilles et les oiseaux, stérilisez la terre et la mer, détruisez l’humus et remplacez le plancton par du plastique, gavez vos gosses et vous avec, de nourriture Frankenstein, hypothéquez leur avenir par des injections massives de produits de synthèse, de nanoparticules, de particules radioactives, de métaux lourds, d’hormones variées et de perturbateurs endocriniens, détruisez-vous les uns les autres sous des tonnes de bombes, à la ceinture d’explosifs, au sabre, au canif, avalez la terre toute entière avec votre grande gueule et votre absence totale de goût, enivrez-vous, hantez les quartiers minables peuplés de cafards, les bas-fonds aux rues jonchées de tessons de bouteilles et de vomissures, gueulez après votre chien, votre femme ou vos gosses, cognez-les pour libérer votre frustration et votre colère et soudain vous voilà redevenu ridiculement un petit enfant qui prie, non pas un Dieu en lequel il ne croit plus, mais simplement pour pouvoir se blottir l’espace d’un instant contre le sein d’une madone charnelle aux yeux anthracite ou azurés comme le ciel, aux longs cheveux bouclés noirs comme le charbon ou immaculés comme la neige…

     Hypocrite et pathétique…

Enki sigle 

Notre Dame de Grasse - Musée des Augustins de Toulouse, vers 1460-1480

Till the End of the World (1991)

It was a miracle I even got out of Longwood alive,
this town full of men with big mouths and no guts;
I mean if you can just picture it,
the whole third floor of the hotel gutted by the blast
and the street below showered in shards of broken glass,

and all the drunks pouring out of the dance halls
staring up at the smoke and the flames ;
and the blind pencil seller waving his stick
shouting for his dog that lay dead on the side of the road ;
and me, if you can believe this,
at the wheel of the of the car
closing my eyes and actually praying ;
not to God above but to you, saying :

Help me, girl ; help me, girl
I’ll love you till the end of the world
With your eyes black as coal
and your long dark curls

Some things we plan,
we sit and we invent and we plot and cook up ;
others are works of inspiration, of poetry ;
and it was this genius hand that pushed me up the hotel stairs
to say my last goodbye
to a hair as white as snow and of pale blue eyes
[saying :]
I gotta go ; I gotta go,
the bomb in the bread basket are ready to blow

in this town of men with big mouths and no guts,
the pencil seller’s dog, spooked by the explosion,
leaping under my wheels as I careered out of Longwood
on my way to you waiting in your dress,
in your dress of blue

I said:
Thank you, girl; thank you, girl
I’ll love you till the end of the world
with your eyes black as coal
and your long, dark curls

and with the horses prancing through the fields,
with my knife in my jeans and the rain on the shield ;
I sang a song for the glory of the beauty of you
waiting for me
in your dress of blue

Thank you, girl. Thank you, girl
I’ll love you till the end of the world
with your eyes black as coal
and your long, dark curls
°°°


 

Conduites à risques : la parabole du corbeau charognard


l’Aventureux et l’Aventurier

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     Je roule sur une voie de contournement de l’agglomération. Cette voie est très encombrée en début et fin de journée aux heures d’entrée et de sortie des entreprises et des bureaux mais à cette heure de la journée la circulation est fluide, les véhicules sont espacés d’une quinzaine de mètres environ et roulent à une vitesse rapide. Soudain, dans le champ de vision de mon pare-brise, je vois un corbeau s’envoler du bas-côté de la voie juste après le passage du véhicule qui me précédait, se poser sur la route, donner quelques coups de bec nerveux sur ce qui semble être la dépouille d’un petit animal sur le sol avant de s’envoler précipitamment pour échapper à mes roues. La scène n’a duré que deux à trois secondes. Jetant un coup d’œil dans mon rétroviseur, je vois le volatile répéter la même scène avant d’échapper de justesse au véhicule qui me suit.
       Depuis combien de temps se livrait-il à ce jeu macabre dans l’entre-deux qui sépare le plaisir et la mort ? J’imaginais la torture mentale subie par cet animal tiraillé entre le désir irrépressible d’apaiser sa faim ou de goûter à ce succulent festin qui lui fait prendre tous les risques et son réflexe de survie qui lui ordonnait de s’échapper au plus vite. Une becquetée de plus, une mauvaise appréciation de la vitesse du véhicule qui se précipitait sur lui et c’était la mort assurée : « S’il vous plait, encore un instant, Monsieur le bourreau… ». Cela m’a rappelé l’histoire de Blanquette, la chèvre de Monsieur Seguin citée par Alphonse Daudet dans les Lettres de mon moulin dont l’un des passages m’avait particulièrement ému lorsque j’étais enfant. C’était celui dans lequel l’auteur décrivait la petite chèvre se battre courageusement contre le loup durant une grande partie de la nuit — bien que n’ayant aucune illusion sur la fin du combat — pour pouvoir bénéficier encore un peu, avant de mourir, du plaisir de déguster ces succulents brins d’herbe tendre qu’elle était venue chercher dans la montagne :  « Ah ! la brave chevrette, comme elle y allait de bon cœur ! Plus de dix fois, je ne mens pas, (…), elle força le loup à reculer pour reprendre haleine. Pendant ces trêves d’une minute, la gourmande cueillait en hâte encore un brin de sa chère herbe ; puis elle retournait au combat, la bouche pleine… Cela dura toute la nuit. »

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     Cette histoire m’a fait penser à certaines conduites à risques sportives ou comportementales prisées par certains jeunes qui les mènent à approcher la mort au plus près. Dans l’Aventure, le Sérieux et l’Ennui, Vladimir Jankélévitch distingue, dans la pratique de l’Aventure, le profil de l’Aventureux de celui de l’Aventurier. L’Aventureux est celui qui s’engage dans l’Aventure sans idée préconçue ni calcul et qui de ce fait accepte le surgissement de l’inattendu et toutes ses conséquences. Son engagement dans l’Aventure est donc radical puisqu’il peut conduire au bouleversement complet de son existence. Au contraire de l’Aventureux, l’Aventurier est un calculateur, il poursuit un but qui se situe certes à la marge de la société mais qui s’insère dans un cadre bien délimité. Pour lui l’Aventure est un fond de commerce qu’il exploite de manière rationnelle et qui de ce fait doit, autant que faire se peut, éviter l’inattendu. Dans cet ordre d’idées, si Blanquette, la chèvre de Monsieur Seguin, par son comportement impulsif et non rationnel qui lui fait préférer la vie sauvage à la vie sécurisée mais ennuyeuse de la domesticité, est sans conteste une Aventureuse, le corbeau charognard qui prend des risques savamment calculés n’est lui qu’un Aventurier opportuniste. On retrouve cette dichotomie dans les conduites à risques. Certaines apparaissent « sous contrôle », même si ce contrôle n’est que relatif car le propre de tout jeu digne de ce nom est de laisser une part ne serait-elle que minime au hasard et à l’impondérable qui est la mort, d’autres sont totalement incontrôlées et voient de ce fait le risque de leur pratique fortement augmenté.

Enki sigle

 


La femme est l’avenir de l’homme…


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Chassé croisé

   La femme est l’avenir de l’homme *
—   Et l’avenir de la femme, c’est quoi, alors ?
—   L’homme, sans doute… 
—   Ah ! c’est un chassé croisé, alors ! Voilà pourquoi, ils ne font                          jamais que se croiser…

Enki sigle

 * titre d’une chanson de Jean Ferrat inspirée d’un vers d’Aragon « L’avenir de l’homme est la femme»

 


 

Du bist die Ruh – Schubert


« Du bist die Ruhe » (Tu es le calme) de Franz Schubert interprété par le bariton Dietrich Fischer-Dieskau : enregistrement de 1965

***

You are peace,                         Du bist die Ruh,                        Tu es le calme
The mild peace,                       Der Friede mild,                       La douce paix
You are longing                       Die Sehnsucht du                     Tu es désir nostalgique,
And what stills it.                    Und was sie stillt.                    Et ce qui l’apaise

I consecrate to you                 Ich weihe dir                             Je te consacre
Full of pleasure and pain      [ Voll ] Lust ind Schmerz       Mon œil et mon cœur
As a dwelling here                 Zur Wohnung hier                  Remplis de désir et de douleur
My eyes and heart.                Mein Aug ind Herz                   Pour que tu en fasses ta demeure

Come live with me,                [ Kehr win bei mir ]                 Entre chez moi
And close                                 Und schließe du                        Et tout doucement
quietly behind you                [ Still hinter dir                         Derrière toi,
the gates.                                 Die Pforten zu ]                         Ferme les portes à clé

Drive other pain                    Treib andern Schmerz            Chasse toute autre douleur 
Out of this breast                   Aus dieser Brust !                     De cette poitrine !
May my heart be full            Voll sei dies Herz                       Que ce cœur soit plein
With your pleasure.              Von deiner Lust.                        De ton désir.

The tabernacle of my eyes   Dies Augenzelt                           Cet œil
by your radiance                   Von deinem Glanz                     Eclairé par ton seul éclat,
alone is illumined,                 Allein erhellt,                            Oh, remplis le
O fill it completely !               O füll es ganz !                           Entièrement !

***

     Et le même air enregistré lors d’un récital donné au festival d’Edimbourg en 1949 par la cantatrice anglaise trop tôt disparue Kathleen FerrierBruno Walter au piano.