Adieu, ma belle planète bleue…


Adieu, ma belle planète bleue…

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     Sécheresses prolongées, fonte des glaciers et de la banquise, inondations cataclysmiques à répétition, incendies dévastateurs…  Voilà le montage que tous ces événements m’ont inspirés à partir du dessin de Banksy, la petite fille au ballon rouge en forme de cœur peint sur un mur de Londres…
   Aurons-nous le courage de changer radicalement notre mode de vie et lutter pour imposer les solutions nécessaires au complexe socio-économique qui nous conditionne et nous dirige ?
     J’avoue être gagné parfois par le pessimisme…

Enki sigle

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Le Démon, conte poétique oriental de Mikhaïl Lermontov et ses illustrateurs (1ère partie)


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Mikhaïl Lermontov (1814-1841)

« II se venge du monde, parce qu’il n’est pas de ce monde; il se venge des hommes, parce qu’il n’est pas tout à fait un homme… Les bêtes distinguent l’odeur humaine. Ainsi, les hommes sentaient en Lermontov une odeur qui le dénonçait comme étant d’une autre race. »          V.Méréjkovsky

Le « poète du Caucase ».

      Mikhaïl  Iourievitch Lermontov, poète, peintre, romancier et dramaturge , est considéré comme le représentant le plus brillant du romantisme russe. Sa mère, issue de la grande aristocratie russe, meurt alors qu’il n’a que deux ans et il est alors élevé par sa grand-mère maternelle, une femme dure, autoritaire et possessive, qui veut l’éloigner de son père, un militaire désargenté au tempérament instable et alcoolique qu’elle menace de déshériter. L’enfant souffrira beaucoup de cette dissension familiale qui marquera son caractère de manière indélébile. Son père décédera à son tour alors qu’il n’a que sept ans et sa grand-mère va alors prendre totalement en main son éducation l’entourant de précepteurs qui lui apprendront l’anglais, l’allemand et le français et l’initieront à l’histoire, la littérature et les arts. À l’âge de 17 ans, il commence ses études à l’Université de Moscou mais les interrompt brutalement pour rejoindre l’école des Cadets de Saint-Petersbourg où il a suivi sa grand-mère. Il en sortira officier du régiment des hussards de la Garde et va dés lors mener une vie mondaine et dissolue grâce à l’argent que lui dispense sa grand-mère. Dans le même temps, il s’essaie à la poésie, lit beaucoup, Pouchkine, Byron, Schiller et Victor Hugo et s’intéresse aux luttes sociales qui sont nombreuses dans ce pays arriéré qu’est alors la Russie. Ses prises de position feront qu’il sera arrêté en 1837 et éloigné un temps dans le Caucase comme officier des dragons; c’est là qu’il poursuivra l’écriture de ses deux chef-d’œuvre : le conte poétique oriental le Démon qu’il avait débité à l’âge de 14 ans et son roman psychologique Un héros de notre temps où le personnage principal Petchorine envoyé dans le Caucase pour combattre les tribus tchétchènes révoltées lui ressemble à s’y méprendre et dans lequel il va décrirez le mal de vivre de la jeunesse russe de son époque. Revenu rapidement à Moscou grâce à l’entremise de sa grand-mère il se consacre deux années à la littérature et achèvera son roman Un héros de notre temps qui sera publié en 1840 et connaîtra un succès immédiat. Renvoyé de nouveau dans le Caucase en 1841 suite à un duel avec le fils de l’ambassadeur de France, il y combattra avec bravoure une révolte des Tchètchènes mais y trouvera la mort lors d’un duel à l’âge de 28 ans   –   (source Wikipedia)

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Ilya Nikolaevich Zankovsky - chaîne de montagnes enneigés.jpgIlya Nikolaevich Zankovsky – chaîne de montagnes enneigées

     Mikhaïl  Lermontov a découvert le Caucase très jeune à l’occasion de plusieurs séjours (1818, 1820 et 1825) aux eaux de Piatigorsk, une station thermale fréquentée par l’aristocratie russe où sa grand-mère, Elisabeth Aleksiéevna, l’emmenait pour soigner  sa santé délicate et d’où il pouvait percevoir dans les lointains la silhouettre immaculée du mont ….. Il y retournera à plusieurs reprises, après sa disgrâce par le Tsar de 1837, sous l’uniforme militaire et y trouvera la mort en 1841 à l’âge de 28 ans, non pas au cours d’un combat contre les insurgés mais de la même manière que Pouchkine et quatre année après ce dernier lors d’un duel. La légende romantique raconte que le combat se déroula sous un orage dantesque et que les duellistes avaient choisi de le mener au bord d’un précipice. À l’instar de d’autres grands écrivains russes comme Pouchkine et Tolstoï et des peintres comme Zankovsky, Lermontov a été fasciné par le Caucase, la grandeur et la magnificence de ses paysages, la richesse de ses cultures et la fierté ombrageuse de ses habitants qu’il décrira avec respect, la beauté farouche de ses femmes au point qu’il surnommera cette région la « patrie de son âme ». Voici l’ode qu’il écrira à l’occasion de son arrivée comme officier des dragons en 1837 :

     « Salut, Caucase au front blanchi ! Je ne suis pas un étranger dans tes domaines. Déjà, au temps de ma jeunesse, tu m’as accoutumé à tes solitudes. Et depuis lors combien de fois en rêve n’ai-je pas franchi tes sommets, attiré par les splendides espaces de l’Orient ! 0 libre terre de montagnes, tu es sauvage ; mais que tu es belle ! Tes hauteurs escarpées semblent des autels, et quand les nuages le soir volent de loin sur tes cimes, tantôt c’est comme une vapeur bleue qui t’enveloppe, tantôt on dirait des ailes flexibles qui se balancent au-dessus de ta tête, tantôt on croit voir passer des ombres ou se dresser des fantômes, de ces fantômes qui apparaissent dans les songes… cependant que la lune brille solitaire dans les bleus espaces du ciel. Combien j’aimais, ô Caucase, et tes belles filles sauvages, et les mœurs guerrières de tes fils, et au-dessus de tes sommets les profondeurs transparentes de l’azur, et la voix terrible, la voix toujours nouvelle de la tempête, soit qu’elle mugisse sur tes hauteurs, soit qu’elle gronde au fond de tes abîmes, — une clameur éveillant au loin une clameur, comme le cri des sentinelles au sein de la nuit ! »

ILYA NIKOLAEVITCH ZANKOVSKY (1832-1919) - Mount Kazbek.jpgIlya Nikolaevich Zankovsky  –  Le Mont Kazbek. Ce mont est cité par Lermontov dés les premières lignes du poème (§ III)

   Débuté en 1828 alors que Lermontov n’avait que 14 ans, le Démon connaîtra de nombreuses refontes jusqu’à son achèvement en 1834 mais il ne sera publié en Russie que quatre années plus tard en 1838 de manière édulcorée pour ne pas s’attirer les foudres de la censure tsariste et finalement dans sa version originale qu’en 1860, 19 années après la mort de l’auteur. Dans sa toute première version, le conte décrivait la rivalité d’un démon et d’un ange amoureux d’une religieuse. Dans la seconde version, le démon tuait l’ange-gardien de la jeune femme pour assouvir sa haine. L’action se situait alors en Espagne mais le premier séjour de quelques mois qu’il a passé dans l’armée en 1837 au Caucase vont profondément marquer le poète qui dés son retour à Saint-Pétersbourg réécrira le conte et le dramatisera en le situant dans la nature grandiose, sauvage et pleine de mystère de cette région des confins de la Russie.

ilya-zankovsky - Gorges du Darial.pngIlya Nikolaevich Zankovsky – les Gorges du Darial citées par Lermontov dés les premières lignes du poème (§ III)

     Nourri durant ses séjours au Caucase des légendes géorgiennes, fasciné par la beauté sublime des paysages montagneux, Lermontov va transporter son démon dans ces lieux qui l’inspire. Mais dans ses bagages, le poète a emmené avec lui ses déceptions face à l’inertie de la société russe de l’époque, étouffée par un pouvoir absolu archaïque et étroit, son ressentiment de n’avoir pas pu faire reconnaître son talent et le mal-de-vivre qui en découle. À la différence des démons brossés par l’occident qui ne se posent pas de problèmes de conscience et dont la raison d’être est la réalisation du mal, le démon de Lermontov, à l’instar du poète lui-même, souffre de mélancolie et d’ennui et regrette le temps d’avant sa chute.  Ce n’est finalement que pour échapper à ce mal-être qu’il se livre au mal. C’est la vision de la belle Tamara, une jeune princesse géorgienne promise à un prochain mariage dansant avec ses compagnes qui brise la fatalité de sa condition d’être déchu et maudit. Le Génie du mal se transforme alors en amoureux transi et sur l’injonction de sa belle finit par abjurer son appartenance au mal :

O Thamara, je jure par toi,
Par ta sainteté, par ta foi,
L’haleine de ta bouche pure,
Les vagues de ta chevelure,
Tes premières larmes, et par
L’éclair de ton dernier regard ;
Par mon bonheur, par ta souffrance,
Je jure enfin par mon amour
Que j’ai renoncé pour toujours
À mon orgueil, à ma vengeance.
Je ne sèmerai plus jamais
Le venin de la flatterie.
J’apprendrai comme on aime et prie ;
Avec le Ciel je veux la paix !
Je veux croire au bien ; vois, j’efface
D’une larme de repentir
Sur mon front foudroyé, la trace
Du feu céleste. Mais aime-moi ».
« Je te donnerai tout,
tout ce qui est sur terre, aime-moi ».


émon volant Aquarelle noirele vol du Démon vu par le peintre Mikhaïl Vroubel


Le Démon, conte poétique

PREMIERE PARTIE

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I.  Un ange déchu, un démon plein de chagrin, volait au-dessus de notre terre pécheresse. Les souvenirs de jours meilleurs se pressaient en foule devant lui, de ces jours où, pur chérubin, il brillait au séjour de la lumière ; où les comètes errantes aimaient à échanger avec lui de bienveillants et gracieux sourires ; où, au milieu des ténèbres éternelles, avide de savoir, il suivait, à travers les espaces, les caravanes nomades des astres abandonnés ; où enfin, heureux premier-né de la création, il croyait et aimait ; il ne connaissait alors ni le mal ni le doute ; et une monotone et longue série, de siècles inféconds n’avaient point encore troublé sa raison… Et encore, encore il se souvenait !… Mais il n’était plus assez puissant pour se souvenir de tout.

Démon en vol :  en haut à gauche, de Zichy Mihaly et ci-dessous de Mikhaïl Vroubel


II.  Depuis longtemps réprouvé, il errait dans les solitudes du monde sans trouver un asile. Et cependant les siècles succédaient aux siècles, les instants aux instants. Lui, dominant le misérable genre humain, semait le mal sans plaisir et nulle part ne rencontrait de résistance à ses habiles séductions. Aussi le mal l’ennuyait…

Михаил Врубел – демонът на живописта

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III.  Bientôt le banni céleste se mit à voler au-dessus du Caucase. Au-dessous de lui, les neiges éternelles du Kazbek scintillaient comme les facettes d’un diamant ; plus bas, dans une obscurité profonde, se tordait le sinueux Darial, semblable aux replis tortueux d’un reptile. Puis le Terek, bondissant comme un lion à la crinière épaisse et hérissée, remplissait l’air de ses rugissements ; les bêtes de la montagne, les oiseaux décrivant leurs orbes dans les hauteurs azurées écoutaient le bruit de ses eaux ; des nuages dorés, venus de lointaines régions méridionales, accompagnaient sa course vers le nord et les masses rocheuses, plongées dans un mystérieux sommeil, inclinaient leurs têtes sur lui et couronnaient les nombreux méandres de ses ondes

Démon en vol : ci-dessus à gauche, illustration de Zichy Mihaly et ci-dessous aquarelle de Mikhaïl  Lermontov

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La tête de démon sur fond de montagnes. Aquarelle dorée - Голова Демона на фоне гор. Золотая акварель.jpg

Tête du démon avec en arrière plan le mont Kazbek par Mikhaïl Vroubel

Pour écouter le poème en russe ou interrompre, cliquer sur la flèche

   Assises sur le roc, les tours des châteaux semblaient regarder à travers les vapeurs et veiller aux portes du Caucase comme des sentinelles géantes placées sous les armes. Toute la création divine était aux alentours, sauvage et imposante ; mais l’ange, plein d’orgueil, embrassa d’un regard dédaigneux l’œuvre de son Dieu et aucune de toutes ces beautés ne vint se refléter sur sa figure hautaine. 

Demon observant par Mikhaïl Vroubel

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IV.  Puis le tableau changea ; une nature pleine de vie s’épanouit à ses regards ; les luxuriantes vallées de la Géorgie se déroulèrent au loin comme un magique tapis. Terre heureuse et florissante !… Les silhouettes des ruines, les ruisseaux à l’eau rapide et murmurante et au fond parsemé de cailloux aux mille couleurs ; les buissons de roses sur lesquels les rossignols à la voix douce, chantent la plaintive beauté que rêva leur amour ; les ombrages des platanes touffus, entremêlés de lierre abondant ; les grottes où les timides chevreuils se réfugient aux jours brûlants ; l’éclat, le mouvement, le murmure des feuilles ; le bruit sonore de mille voix ; l’haleine parfumée de mille plantes ; la voluptueuse ardeur du milieu du jour ; les nuits toujours humides d’une rosée odorante ; les étoiles du ciel, brillantes comme le regard et les yeux des jeunes Géorgiennes. Mais hormis une froide jalousie, cette nature splendide n’éveilla dans l’âme insensible du proscrit, ni nouveau sentiment, ni nouvelle aspiration et tout ce qu’il voyait devant lui, il le méprisait et le détestait.


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V.  Cette grande demeure, ce palais spacieux, le vieux Gudal aux cheveux blancs les a bâtis pour lui. Ils ont coûté bien des larmes, bien des fatigues aux esclaves soumis depuis longtemps à ses ordres. Au lever du jour, les ombres de ses murailles s’allongent sur les pentes des montagnes voisines. Des marches creusées dans le roc conduisent de la tour, placée à l’un des angles, au bord de la rivière. C’est en suivant cette rampe sinueuse, que la jeune princesse Tamara va puiser de l’eau à l’Arachva[4].

Tamara descendant au bord de l’Arachva – illustration de Frances Robson


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les Gorges du Darial, aquarelle de Lermontov

VI.  Toujours silencieuse, la sombre demeure, du haut des rochers escarpés, semble contempler les vallées. Mais en ce jour un grand festin a été servi dans ses murs ; la zournarésonne et le vin coule à flot. Gudal marie sa fille ; toute la famille a été conviée au banquet. Sur la terrasse couverte de tapis, la fiancée est assise parmi ses compagnes et les heures s’écoulent oisivement pour elle au milieu des jeux et des chants. Déjà le disque du soleil s’est caché derrière les montagnes lointaines. Les jeunes filles chantent en battant la mesure avec leurs mains et la jeune fiancée prend son bouben[6]. Tout à coup, le balançant d’une main au dessus de sa tête et plus rapide qu’un oiseau, elle s’élance : tantôt elle s’arrête et regarde autour d’elle et son œil humide scintille à travers ses cils jaloux ; tantôt elle joue gracieusement de la prunelle sous ses noirs sourcils ; puis, légère, se penche vivement et tandis que son petit pied adorable semble nager dans l’air, elle sourit avec une gaîté enfantine. Les rayons tremblants de la lune se jouant parfois tout doucement à travers une atmosphère humide, peuvent à peine être comparés à ce sourire animé comme la vie, comme la jeunesse.


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VII.  J’en jure par l’astre des nuits, par les rayons du soleil levant ou couchant ! jamais monarque de la Perse dorée, jamais roi de la terre ne posa ses lèvres sur de pareils yeux. Jamais la fontaine jaillissante du harem, aux jours les plus brûlants ne lava de sa rosée perlée une semblable taille. Jamais la main d’un mortel couvrant de caresses un corps bien-aimé ne déroula une aussi belle chevelure. Depuis le jour où l’homme perdit le paradis, je le jure, jamais semblable beauté n’est éclose sous le soleil du midi.


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Danseuses sur un toit, aquarelle de Mikhaïl  Lermontov

VIII.  Pour la dernière fois, elle a dansé !… Hélas ! Demain l’attendent, elle l’héritière de Gudal, l’enfant gâtée de la liberté, le triste sort de l’esclave, une famille étrangère, une patrie inconnue. Et déjà des doutes mystérieux assombrissaient la sérénité de son visage. Mais il y avait tant de grâce harmonieuse dans sa démarche, tant d’expression et de naïve simplicité dans tous ses mouvements, que si le démon dans son vol l’eût regardée en ce moment, il se fut rappelé ses anciens frères célestes ; il se serait doucement détourné et aurait soupiré.


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Mikhaïl Vroubel – Le démon découvrant Tamara

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IX.    Et le démon la vit !… Et à l’instant même il ressentit dans tout son être une agitation étrange. Une bienfaisante harmonie vibra dans la solitude de son âme muette, et de nouveau il put comprendre cette divine merveille d’amour de douceur et d’incomparable beauté. Longtemps il admira cette tendre image et les rêves d’un bonheur évanoui se déroulèrent encore devant lui, comme une longue chaîne ou comme les groupes d’étoiles au firmament. Cloué par une force invisible, il fit connaissance avec une nouvelle tristesse et soudain le sentiment fit résonner en lui sa puissante voix d’autrefois. Était-ce un symptôme de régénération ? au fond de son âme, il ne pouvait trouver des paroles de perfide séduction. Devait-il oublier ? Mais Dieu lui refusa l’oubli et du reste, il ne l’eût point accepté !

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X.  Le jour est à son déclin, et sur un superbe coursier, brisé de fatigue, le fiancé se hâte avec impatience vers le festin nuptial. Déjà il a atteint les vertes rives du limpide Arachva, et péniblement, pas à pas, courbée sous la lourde charge des présents, une longue file de chameaux s’avance et couvre au loin les détours nombreux du chemin. On entend le bruit de leurs clochettes !…

Le roi de Cinodal lui-même conduit la riche caravane. Une ceinture serre sa taille svelte ; la garniture de son sabre et de son poignard brillent au soleil ; il porte sur ses épaules un fusil à la batterie reluisante et le vent joue avec les manches de son manteau, bordé tout autour de riches galons. À la selle et à la bride pendent des houppes de soie brodées aux mille couleurs, sous lui piaffe un fringant coursier à la robe dorée et sans prix ; il est déjà tout blanc d’écume ; c’est un enfant de Karabak[7] ; il dresse l’oreille et, plein de frayeur, souffle avec force ; puis, du haut des rochers, regarde avec ombrage les flots de la rivière à l’écume jaillissante. Le chemin que suit le rivage est étroit et dangereux ; à gauche le rocher ; à droite le lit profond de la rivière furieuse. Il est déjà tard. Sur les sommets couverts de neige le jour s’éteint et l’obscurité se fait !… La caravane hâta le pas.


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XI.  À ce point de la route s’élève une chapelle. Là, depuis de longues années, repose en Dieu, un prince inconnu, qu’une main vengeresse immola et ce lieu est devenu depuis l’objet d’un culte. Le voyageur qui court au combat ou va à la fête, vient en tout temps prononcer dans la chapelle une fervente prière, et cette prière le protège contre le poignard musulman. Mais le jeune fiancé dédaigna la coutume de ses aïeux, et un esprit méchant le troubla avec une perfide vision. Au milieu des ombres de la nuit, il s’imaginait couvrir de baisers ardents les lèvres de sa jeune fiancée. Tout à coup dans l’obscurité, en avant de lui, deux hommes paraissent ; puis d’autres encore ; un coup de feu retentit ; qu’arrive-t-il ? Le prince intrépide se dresse sur ses étriers bruyants, enfonce son bonnet sur ses sourcils ; puis, sans articuler un mot, saisit d’une main la crosse de son fusil turc, fouette son cheval et comme un aigle fond en avant. Un second coup de feu retentit, puis un cri sauvage et un gémissement étouffé résonnent dans la profondeur de la vallée. Le combat n’a pas duré longtemps ; les timides Géorgiens ont fui de tous côtés.


XII.  Tout s’est apaisé. Pressés en foule, les chameaux regardent avec frayeur les cadavres des cavaliers et l’on entend parfois tinter leurs clochettes. La riche caravane est dépouillée et déjà les oiseaux nocturnes volent autour des corps des chrétiens. Hélas ! ils n’auront pas la sépulture paisible qui les attendait sous les dalles du monastère, où furent enterrées les dépouilles de leurs pères. Leurs mères et leurs sœurs, couvertes de longs voiles, ne viendront pas des pays lointains prier et sangloter tristement sur leurs tombes ! sous le rocher qui borde le chemin, seule, une main pieuse élèvera une croix en leur mémoire ; le lierre printanier l’entourera en grandissant de son réseau d’émeraudes comme une douce caresse ; et le pèlerin fatigué par une marche longue et pénible ne manquera jamais de se détourner de sa route pour venir se reposer à l’ombre du signe divin !…


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XIII.  Un cheval plus rapide qu’un daim précipite sa course, souffle bruyamment et semble voler au combat. Tantôt il recule subitement après un bond et prête l’oreille au moindre souffle en dilatant ses larges naseaux : tantôt il frappe vivement le sol avec les clous de ses fers bruyants, secoue sa crinière éparse et repart follement en avant. Son cavalier silencieux chancelle à chaque pas sur les arçons et laisse pencher sa tête sur l’encolure. Déjà il a abandonné les rênes et ses pieds se sont enfoncés dans les étriers, la housse est sillonnée de larges taches de sang ! Ô vaillant coursier ! Rapide comme la flèche ! tu as emporté ton maître du combat. Mais la balle ennemie d’un Circassien l’a frappé dans l’ombre.


XIV.  Toute la famille de Gudal pleure, se lamente et une grande foule s’attroupe dans la cour. Quel est ce cheval emporté qui vient de s’abattre ? quel est ce cadavre étendu sur le seuil de la porte ? quel est ce cavalier sans vie ? Les plis de son front basané ont conservé la trace d’une alarme guerrière ; ses armes et ses vêtements sont souillés de sang ; dans une dernière étreinte nerveuse sa main s’est raidie sur la crinière. Ô fiancée ! Ton regard n’a pas attendu longtemps ton jeune promis ! Il a tenu sa parole de prince et il est accouru au festin nuptial ! Mais, hélas ! Jamais plus il ne remontera sur son rapide coursier.

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°°°

XV.  La colère divine a fondu comme la foudre au milieu de cette famille qui ne connaissait point encore le malheur. La pauvre Tamara s’est jetée sur sa couche en sanglotant, ses larmes coulent avec abondance, et son sein gonflé se soulève péniblement !…

                                   

Tout à coup au-dessus d’elle une voix surnaturelle se fait entendre :

Regarder les démons   « Ne pleure pas enfant, ne pleure pas en vain ; tes larmes ne peuvent tomber sur ce cadavre muet comme une rosée vivifiante ; les larmes ne peuvent que ternir le regard limpide des jeunes filles et creuser leurs joues. Il est bien loin déjà ; il ne connaîtra point ta douleur et ne pourra l’apprécier ; la lumière céleste réjouit maintenant ses yeux qui n’ont plus rien de ce monde et il n’entend plus que les concerts du paradis. Que sont les rêves insignifiants de la vie, et les gémissements et les larmes d’une pauvre fille, pour un hôte des cieux ? Rien. Non ! le sort d’une créature mortelle, crois-moi, mon ange terrestre, ne vaut pas un seul instant de ta chère tristesse. À travers les océans éthérés sans gouvernail et sans voiles, les chœurs des astres brillants voguent doucement au milieu des vapeurs ; dans les espaces infinis des cieux, les groupes floconneux des nuages impalpables passent sans laisser de trace ; l’heure de la séparation, l’heure du retour, n’ont pour eux ni joie ni tristesse ; pour eux l’avenir est vide de désirs et le passé sans regret. En ce jour d’affreux malheurs souviens-toi d’eux, bannis toute pensée terrestre, et comme eux, écarte de toi tout souci : dès que la nuit enveloppera de son ombre les sommets du Caucase ; dès que sous la puissance d’une voix magique, le monde charmé se taira ; dès que la brise du soir agitera sur les rochers l’herbe fanée, que les petits oiseaux cachés sous elle sautilleront plus gaiement dans l’ombre, et que sous les branches de la vigne la fleur des nuits s’épanouira pour boire avidement la rosée céleste ; dès que la lune argentée montera lentement derrière la montagne et jettera sur toi ses regards indiscrets, je volerai aussitôt vers toi, je serai ton hôte jusqu’au jour et sur tes paupières aux cils soyeux je ferai éclore des songes d’or. »


XVI.  La voix se tut ; et dans le lointain les sons s’éteignirent doucement l’un après l’autre. Tamara se lève en sursaut et regarde autour d’elle. Une agitation indicible fait battre son cœur. C’est de la douleur, de l’effroi, un élan d’enthousiasme ; — rien ne peut être comparé à cela. Tous les sentiments fermentent en elle, l’âme a brisé ses liens ; le feu court dans ses veines. Cette voix nouvelle et admirable semble encore résonner auprès d’elle. Vers le matin seulement le sommeil désiré vint fermer ses yeux fatigués.


Mais alors son esprit fut agité par un rêve étrange et prophétique : un nouveau venu sombre et silencieux, resplendissant d’une beauté immortelle, se penchait vers son chevet et son regard se fixait sur elle avec un tel amour, une telle tristesse, qu’il semblait avoir pitié d’elle. Ce n’était point un ange des cieux, ni son divin gardien ; l’auréole aux rayons lumineux ne se mêlait point aux boucles de sa chevelure ; ce n’était point l’esprit méchant de l’enfer ni un martyr du vice. Oh non ! Il avait la douce clarté d’un beau soir, qui n’est ni le jour ni la nuit, ni les ténèbres ni la lumière !…

Le Démon de Mikhaïl Lermontov – Fin de la 1ère partie

à suivre…


Video d’animation qui s’inspire des illustrations de Mikhaïl Vroubel réalisée sur une très belle musique du talentueux compositeur de musique de film Hans Zimmer (Bande originale du film Anges & Démons)


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Illustres illustrateurs : Léon Bakst – costumes & mouvements de danseurs


Leon Bakst.pngLéon Bakst (1866-1924) – autoportrait de 1893

     Lev Samoïlovitch Rosenberg, dit Léon Bakst est un peintre, décorateur et costumier d’origine juive né à Hrodna, une ville de Biélorussie située près de la frontière polonaise. Après ses études à l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg, il voyage en Italie, Allemagne et en France où il complète sa formation artistique et travaille chez le peintre finlandais suédophone Albert Edelfelt entre 1893 et 1896. De retour en Russie, il fonde en 1898 avec Serge Diaghilev, le créateur de la compagnie d’opéra et de ballets des Ballets russes, et le peintre décorateur Alexandre Benois le mouvement Le Monde de l’Art (Mir Iskusstva) proche de l’Art nouveau et du symbolisme avant de revenir à Paris en 1910 où il travaillera jusqu’à sa mort survenue en 1924. Surfant sur la vague de l’orientalisme alors à la mode avec ses décors et ses costumes somptueux et colorés qui mettaient en valeur de manière sensuelle les corps et les mouvements des danseurs, il aura révolutionné l’art du décor et des costumes et aura influencé la mode de son époque.  (crédit Wikipedia)

    Parmi sa riche palette de costumes et de décors de scène nous avons choisi aujourd’hui de présenter ses dessins de danseurs en mouvement. Vous allez en prendre plein les yeux..


Cléopâtre, 1909

Ida Rubinstein dans Cléopâtre.jpg    Ballet présenté pour la première fois en 1908 à Saint-Pétersbourg avec une mise en scène de Fokine puis en 1909 à Paris au Théâtre du Châtelet pour la saison d’ouverture des Ballets russes, produits par Serge Diaghilev avec comme interprète du rôle principal la danseuse. Les costumes et décors créés par Bakst seront détruits par un incendie en 1917 et Diaghilev confiera leur reconstitution au couple DelaunaySonia Delaunay s’occupera des costumes et Robert, des décors.

     Bakst – Costume de Cléopâtre pour Ida Rubinstein, 1909


L’oiseau de feu, 1910

Ballet en deux tableau inspiré d’un conte national russe créé à l’Opéra de Paris en 1910 par les Ballets russes de Diaghilev sur une musique d’Igor Stravinsky et une chorégraphie de Michel Fokine sous la direction de Gabriel Poerné.

Léon_Bakst_001.jpgBakst – projet de costume pour l’Oiseau de feu


Shéhérazade, 1910

     Ballet créé en 1910 par les Ballets russes à l’Opéra de Paris sur une chorégraphie de Michel Fokine à partir d’un poème symphonique de Nikolaï Rimski-Korsakov et d’un conte oriental tiré des Mille et Une Nuits, avec comme chef d’orchestre Nicolas Tcherepine. Les rôles principaux de la sultane Zobeïde et de son esclave sont tenus par Ida Rubinstein et Nijinsky. Les décors et les costumes sont de Léon Bakst

Bakst – Shéhérazade et son esclave préféré


Narcisse, 1911

     Poème mythologique en 1 acte créé au Théâtre de Monte-Carlo à Monaco en 1911 puis produit au Théâtre du Châtelet à Paris. Chorégraphie de Michel Fokine, dansé par les Ballets russes, musique de Nicolas Tcherepnine, costumes de Léon Bakst avec Vaslav Nijinsky.

166153_57389Bakst – projet de costume pour Narcisse

Bakst – costumes pour Narcisse : en haut Les Bacchantes, en bas Narcisse


La Péri ou La Fleur d’immortalité, 1912

      Poème dansé par les Ballets russes sur un tableau composé par Paul Dukas et dédié à la ballerine Nathalie Trouhanova qui jouait le rôle de la Péri, Nijinsky  jouant le rôle d’Iskender. la chorégraphie était assurée par Ivan Clustine. L’argument met en scène un homme, Iskender (forme orientale du nom d’Alexandre le Grand), qui part à la recherche de l’immortalité et rencontre une péri tenant entre ses mains la Fleur d’immortalitéLa péri dans la mythologie iranienne est un génie féminin ailé, équivalent à nos fées.

La_Peri_(Dukas)_by_L._Bakst_01.jpgBakst – Esquisse de 1911 du costume de la Peri. Son œuvre que je préfère…


L’Après-midi d’un faune, 1912

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Ballet en 1 acte de Vaslav Nijinsky créé par les Ballets russes de Serge Diaghilev au théâtre du Châtelet à Paris en 1912 sur la musique du Prélude à l’après-midi d’un faune composée par Claude Debussy à partir du poème de Stéphane Mallarmé L’Après-midi d’un faune. Ce ballet est la première chorégraphie de Nijinsky, dont il est aussi l’interprète principal. Il s’y impose d’emblée comme un chorégraphe original, soulignant l’animalité et la sensualité du faune par le costume et le maquillage. Jouant avec les angles, les profils et les déplacements latéraux, Nijinsky y abandonne la danse académique au profit du geste stylisé (Wikipedia). Le ballet fera scandale, le collant tacheté de Nijinsky ne cachant rien des formes du danseur

Bakst - Apres midi d un faune.jpgBakst – maquette pour Nijinski, 1912


La Belle Excentrique, 1921

    Suite de danse pour petit orchestre composée par Erik Satie et créée au Théâtre du Colisée à Paris, le 14 juin 1921 pour répondre à une commande de la danseuse d’avant-garde Élise Toulemont dite Caryathis qui donnait début des années 1920 des soirées orgiaques à son domicile parisien, certains comme l’hyper-moraliste Satie, avaient l’habitude d’y assister avec une fascination voyeuriste. Elle épousera plus tard l’écrivain Marcel Jouhandeau.

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   Bakst – Projet d’affiche pour le ballet La Belle Excentrique.
Le costume sera finalement créé par Jean Cocteau


Et pour finir, une représentation de danseuse très sensuelle pour laquelle je n’ai pu retrouver la référence du ballet pour lequel elle était destinée.

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     En dehors des costumes et décors de théâtre, Bakst était un portraitiste renommé. En 1918, Diaghilev lui préférera Sonia Delaunay pour une nouvelle version de Cléopâtre. Sa carrière prendra dés lors un nouveau cours en tant que conseiller de la danse à l’Opéra de Paris et exercera une grande influence sur la mode. Jean Cocteau dira de lui à ce sujet  : « Les femmes élégantes subirent le joug de Bakst. Les corsets, les guirlandes, les manches à gigot, les diadèmes, les tulles, les bourrelets de cheveux, les chignons disparurent et laissèrent place aux turbans, aux aigrettes, aux tuniques persanes, aux jugulaires de perles, à tout un terrible attirail des «Milles et Une Nuits ».

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À bientôt…


Motifs & trames : Japon, le thème de la vague


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Katsushika Hokusai – la Grande Vague de Kanagawa, 1829-1832

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Katsushika Hokusai – View Of The Naruto Whirlpools At Awa

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Katsushika Hokusai – Feminine Wave


Alphabets et graphies

Monde méditerranéen

    Dans Les structures anthropologiques de l’imaginaire, Gilbert Durand s’appuyant sur les données d’un essai publié en 1943 (Léïa, « La symbolique des contes de fées » ) fait référence au glyphe représentatif de l’eau, la ligne ondulée ou brisée, qui serait universel et dont la prononciation « m » serait universellement attachée à ce glyphe et aurait donné les lettres de l’alphabet « n », « m » ou « w » (m inversé).


     Le hiéroglyphe égyptien pour la représentation de l’eau a la forme d’une ligne brisée régulière. L’équivalent en langage hiéroglyphique de l’ondulation de l’eau est la lettre « n », « m ». 
               Capture d’écran 2018-04-15 à 04.36.14.pngCapture d’écran 2018-04-15 à 04.37.53.pngCapture d’écran 2018-04-15 à 04.38.41.png

Capture d’écran 2018-04-15 à 23.29.16.pngEvolution du glyphe de l’eau égyptien jusqu’à son aboutissement au M latin 


Chine et Japon

   Le caractère japonais d’origine pour représenter l’eau est identique au caractère chinois (shui) qui faisait référence lui aussi à l’onde d’un cours d’eau avec un trait central  qui figurait un filet d’eau (racine primitive qui apparait dans  ou ) mais apparemment un cours d’eau agité projetant éclaboussures ou sujet à tourbillons. le caractère final avec les quatre traits latéraux qui représentent des tourbillons et expriment la vitesse de l’écoulement exprime cette origine (voir la video explicative, c’est ICI). Cette caractéristique qui distingue les caractères chinois des caractères d’origine méditerranéenne ancêtres de notre alphabet latin est peut-être la conséquence des conditions géographiques des contrées d’origine où sont nés ces premiers alphabets (zones de plaine pour la vallée utile du Nil ou de montagnes pour la Chine).

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origine et évolution du caractère chinois

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origine et variation du caractère japonais

       Il semble que les peintres et illustrateurs japonais qui utilisent également le glyphe de la ligne ondulée ou courbe pour représenter l’élément aquatique aient tenu,  comme le montre les représentations graphiques qui vont suivre, à l’instar de la graphie de leur caractère, à faire figurer le tourbillon, les éclaboussures ou l’écume des vagues qui accompagnent le mouvement de l’eau.

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« Pot-pourri » d’illustrations japonaises de vagues   –   cliquer sur la vignette pour agrandir l’image.


Exemples d’utilisation

    Nous n’avons trouvé qu’un seul kimono dont le tissu utilise le thème de la vague. Il s’agit d’une estampe du peintre Utagawa Fusatane (1850-1899) faisant partie d’un triptyque sur le thème des plantes d’automne.

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Quand les murs se souviennent et parlent…


Le portugais Alexandro Farto dit « Vhils » fait parler les murs.

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street art gp13 vhilsAlexandro Farto dit « Vhils » est un artiste de rue portugais qui use d’une technique toute particulière. Plutôt que de tagguer  ou d’appliquer des couches de peinture sur les murs, il gratte leur surface, les travaille au burin ou au marteau-piqueur. Le résultat est que les figures créées n’ont plus l’aspect artificiel qu’elles arborent habituellement lorsqu’elle sont « plaquées » sur leurs supports mais qu’au contraire, elles donnent l’apparence « d’appartenir » de manière intrinsèque aux murs qui les portent, dévoilant les couches successives de matériaux qui les constituent et parfois même leur structure interne. Évidemment, ce travail ne peut être réalisé que sur des bâtiments en mauvais état ou des ruines, accompagnant ainsi de manière aléatoire, imprécise et intemporelle, à la façon d’un tatouage, la lente dégradation de l’épiderme de leurs murs.

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illustre illustrateur : Anatol Kovarsky ou quand le crayon devient subtil…


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Anatol Kovarsky (1919-2016)

       » Nous sommes dans les eaux japonaises, c’est sûr !  » Toute la subtilité du dessinateur Anatol Kovarski est résumée dans ce dessin de 1959 faisant référence au célèbre tableau de Kurosawa, paru dans The New Yorker dont il était un des dessinateur attitré. J’adore aussi le dessin qui montre un poisson sauter dans un aquarium voisin parce que le prix affiché est plus élevé et celui du centaure poursuivi par un lion qui se fouette l’arrière-train pour aller plus vite… La plupart de ses dessins n’avaient pas besoin de légende, ils étaient suffisamment expressifs par eux-mêmes et Kovarski créait ainsi les conditions d’une relation de connivence entre lui et les lecteurs qui en avaient saisi la subtilité.

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Une jeunesse tumultueuse : De Moscou à Paris

      Anatol Kovarski est né à Moscou en 1919 dans une famille juive aisée. Son père est musicien et sa mère chanteuse. La famille fuira la tourmente révolutionnaire peu après et s’installera à Varsovie. Très jeune, Anatol montrera des dispositions pour le dessin et à 9 ans il dessinera son premier dessin politique. Envoyé à Vienne par son père par son père pour étudier l’économie, il ne tarda pas à reporter toute son attention sur l’art et la famille ayant gagné Paris, il décide de s’inscrire  en 1937 à l’École des Beaux-Arts dans l’atelier de Charles Guérin tout en suivant parallèlement les cours du peintre cubiste André Lhote. Il a alors 18 ans mais ses études artistiques seront interrompues par l’invasion allemande et ne en 1941, ayant gagné Casablanca, il parvient à monter à bord du dernier navire acceptant de transporter des réfugiés juifs aux États-Unis. C’est lors d’une escale à Cuba qu’il apprend l’entrée en guerre des États-Unis suite à l’attaque de Pearl Harbor. Parvenu à New York après un long détour à travers le Midwest, il choisit de s’enrôler dans l’armée américaine qui l’enverra en Europe en tant que topographe aérien et traducteur. Il est également durant son incorporation dessinateur pour les publications Yank, Stars and Stripes et Army Talks.
      Entrant à Paris le jour même de sa libération, il y retrouve ses parents et sa sœur qui avaient miraculeusement survécu, il restera en France jusqu’en 1946 croquant des descriptions humoristiques des expériences vécues par les GI américains à Paris. Ces dessins illustreront le livre écrit par son ami Herbert E. French en 1945 : « My Yankee Paris ». 


Arrières-pensées

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Kovarsky – In the Ring

Un russe à New York

Capture d_écran 2018-02-23 à 07.17.14   À son retour aux États-Unis en 1947, Kovarsky reprend ses études artistiques à l’Université Columbia et à l’Art Student League. En même temps, il commence à publier des dessins humoristiques pour Reader’s Scope sous le nom d’Akov. D’autres publications vont faire appel à lui. Le premier dessin publié dans The New Yorker dont il deviendra l’un des dessinateurs attitrés au rythme d’une production de 2 dessins par mois, date du 1er mars 1947 et il représente une scène de musée autour d’une sculpture de Moore (voir dessin ci-dessous). Cette collaboration pour laquelle le dessinateur aura produit près de 300 dessins et 50 couvertures se poursuivra jusqu’en 1969. En 1954, il se marie avec l’actrice Lucille Patton (voir photo ci contre prise vers 1960) qui l’accompagnera toute sa vie et avec qui il aura une fille, Gina. Durant la période d’après-guerre, Kovarski a mené de front une carrière de dessinateur et de peintre, sa femme Lucille déclare que son studio installé dans le bas Manhattan était divisé en deux parties, l’une réservée au dessin et l’autre à la peinture. Un livre de dessin, « Kovarsky’s World », sera publié par Knopf en 1956, curieusement ce sera le seul ouvrage paru sur le travail de ce dessinateur. Il aura néanmoins réalisé les illustrations de plusieurs ouvrages (Cycles in your Life et here Was a Young Lady Named Alice) et dessiné les décors pour la pièce jouée à Broadway The Owl and the Pussycat.  

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le premier dessin de Korvarski pour The New Yorker, 1947


les peintres et leurs modèles

   Ses années de formation artistiques seront matière à de nombreux dessins savoureux sur le thème du peintre et des ses obsessions ou du peintre et son modèle.

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Au musée..

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« Faites bien attention. C’est fragile ! »


Leda et le(s) cygne(s)

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Par quel signe, vais-je reconnaître mon cygne ? *

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Fais lui signe , pendant que tu y es… *

 * légendes Enki


Les cartes de vœux de Noël

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le saint-bernard porteur de soupe

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passage réservé aux rennes

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Au temps jadis

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« Non, non et non ! Septembre n’a que trente jours »


D’autres scènes…

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Kovarsky à New York à l’âge de 94 ans, trois ans avant sa mort, en 2013