Le meilleur des mondes arrive… Préparez-vous !


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    Êtes-vous prêts à recevoir ce qui va suivre ? Un libraire à qui je parlais du livre d’où est tiré l’extrait présenté ci-après m’a déclaré n’avoir pu le terminer, ne pouvant supporter le pessimisme noir qui s’en dégageait. Effectivement, ce n’est pas seulement Billancourt que ce livre va désespérer, ni même le XVIe arrondissement, mais l’humanité toute entière, à l’exception des laudateurs de la culture geek, des grands capitaines de l’industrie numérique,  de certains politiques et des militaires qui verront sans doute là (et qui voient déjà) l’opportunité d’étendre leur pouvoir sur les corps et les esprits. Ce texte pose le problème de la liberté humaine dans son essence même puisqu’il aboutit à nier son existence dans la mesure où sommes serions totalement privés de libre arbitre. Nous croyons pouvoir raisonner et décider de nos choix en pleine liberté alors que notre cerveau n’est qu’un champs de bataille où, à tout moment, sous l’action de stimulis extérieurs et d’exigences organiques, prolifèrent, se confrontent et se combinent des milliers, voire des millions d’algorithmes biologiques forgés par notre histoire propre mais aussi par l’espèce humaine toute entière. Bref, pour toutes nos pensées et toutes nos actions, nous serions prédéterminés. Révoltés par cette idée, vous allez alors décider de tenter d’échapper à ce déterminisme en vous y opposant par tous les moyens mais c’est un combat perdu d’avance car même les formes que prendra cette opposition ne peuvent échapper à ces algorithmes. Cela vous choque ? Mais pourtant cela n’est rien comparé à ce que nous promettent les apprentis sorciers qui travaillent aujourd’hui à la maîtrise de de cette science des algorithmes et accumulent patiemment les milliards de données qui nous sont attachées. Elucubrations ? Mais ne voyons-nous pas déjà poindre le monde orwellien qui nous est promis… Vous voulez un exemple ? Prenons le cas de la médecine, dans laquelle des sociétés américaines comme Google et Apple investissent actuellement des milliards de dollars, finançant des programmes de recherches et rachetant des entreprises spécialisées. D’autres sociétés, américaines elles aussi, investissent dans le décryptage du génome humain. Leur but ultime ? Amasser le maximum de données concernant notre vie : notre ADN et celui de nos parents, nos comportements (centres d’intérêt, occupations, emploi du temps, bilan santé, etc), données qui, mises à jour quotidiennement par le fichage dont nous sommes déjà l’objet, sont destinées à être croisées avec l’ensemble des données scientifiques et statistiques disponibles dans le but ultime, grâce à l’utilisation d’algorithmes spécifiques, d’établir des diagnostics, nous soigner en définissant les traitements les plus adaptés, nous opérer (c’est déjà le cas pour les opérations du cerveau ou de l’œil) et même faire de la médecine prédictive. Ces algorithmes vous permettront de vivre mieux et plus longtemps grâce à des actions préventives.  Plus besoin de médecins, ni de chirurgiens, les algorithmes et les machines vous soigneront avec un taux de réussite nettement supérieurs à ceux de la médecine traditionnelle. Voici ce que prédisait il y a peu de temps le chirurgien-urologue spécialiste du transhumanisme Laurent Alexandre : « Il y a un risque très sérieux que, dans quinze ans à peine, nous soyons tous soignés grâce à des algorithmes développés par quelques grands groupes américains, capables de croiser les données génétiques du malade avec l’ensemble des connaissances scientifiques disponibles. Ce sont ces algorithmes qui feront les diagnostics et préconiseront les traitements. » Pourquoi hésiterions-nous s’il y va de notre santé, de notre durée de vie et de son confort et de celle de nos proches ? De la même manière que nous sommes prêts à dévoiler nos secrets les plus intimes à notre médecin ou à notre psychiatre, il est prévisible que nous n’hésiterons pas longtemps à nous livrer corps et âmes à ces entités abstraites que sont ces sociétés pour qui nous ne sommes pas des individus mais de simples données et qui, de ce fait, ne peuvent éprouver aucun sentiment à notre égard, empathie ou hostilité… En êtes-vous sûr ? Un traitement, pour être efficace, doit être accepté par le patient qui doit se trouver dans de bonnes disposition mentales. N’ayez crainte, Google aura tout prévu, un dispositif d’accompagnement psychologique parfaitement adapté à votre personnalité défini par un algorithme vous conseillera ou même vous prendra en charge à l’hôpital ou à votre domicile dés le début du traitement : rythme de vie, loisir, choix des lectures et des films à regarder, visites, etc. Vous n’aurez à vous occuper de rien, vous serez comme un nourrisson dans les mains les attentionnées et les plus sûres, celle de Maman Google… Évidemment, il y a un risque, c’est que Maman Google, propriétaire de vos données, se transforme en mère indigne ou en marâtre et les cèdent dans un but commercial à des entreprises qui seraient intéressées pour leurs besoins commerciaux propres ou, beaucoup plus grave, à vos employeurs potentiels qui trouveront un intérêt certain à ne pas investir sur un employé qui, pour des raisons génétiques, présente une forte probabilité de développer un cancer avant l’âge de quarante ans ou dont le profil psychologique le rendrait, selon leur point de vue, inapte à l’emploi à pourvoir…


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 Grand Algo

    Maintenant, projetons nous encore plus loin et imaginons que l’ensemble des données physiques, sociales et personnelles qui auront été réunies au niveau mondial ainsi que tous les algorithmes qui conditionneront la marche du monde soient réunis et croisés au sein d’un gigantesque système informatique qui en effectuera la synthèse. Avec un tel système, on peut penser que la marche du monde pourrait être optimisée et même faire l’objet de prédictions. Désignons ce système sous l’appellation de Grand Algo. C’est à lui que nous ferons appel pour déterminer nos règles de vie et définir ce qui sera le mieux pour nous. Nous pourrions même obtenir des prédictions sur notre avenir. Dans le passé,  le monde a déjà connu des entités omniscientes qui contrôlaient la vie des hommes, leur avenir et rendait de ce fait inutile l’exercice de leur libre arbitre, les hommes leurs avaient donné un nom, celui de divinités

      Je pense pour ma part ne jamais voir ce meilleur des mondes…
      Bon courage !

Enki sigle


Le sens de la vie vu par Yuval Noah Harari

    Nous voyons donc que le moi est aussi un récit imaginaire, tout comme les nations, les dieux et l’argent. Chacun de nous a en lui un système raffiné qui se débarrasse de la plupart des expériences pour ne garder que quelques morceaux choisis, les mêle à des bribes de films que nous avons vus, de romans que nous avons lus, de discours que nous avons entendus, de rêvasseries que nous avons goûtées puis, à partir de ce fatras, tisse une histoire apparemment cohérente sur qui je suis, d’où je viens et où je vais. Cette histoire me dit ce que je dois aimer, qui haïr et que faire de moi-même. Cette histoire peut même me pousser à à sacrifier ma vie, si l’intrigue l’exige. Chacun son genre. les uns vivent une tragédie, les autres habitent un drame religieux qui n’en finit pas; certains abordent la vie comme si c’était un film d’action, et pas mal se conduisent comme dans une comédie. mais à l’arrivée, ce ne sont que des histoires.

     Quel est alors le sens de la vie ? Pour le libéralisme, nous ne devons pas espérer qu’une entité extérieure nous fournisse un sens tout prêt. Chacun — électeur, acheteur et spectateur — devrait plutôt se servir de son libre arbitre pour créer du sens — pour sa vie, mais aussi pour l’univers entier.
     Les sciences de la vie sapent cependant le libéralisme en soutenant que l’individu libre n’est qu’une fiction concoctée par un assemblage d’algorithmes biochimiques. À chaque instant, le mécanismes biochimiques du cerveau créent un flash d’expérience qui disparaît aussitôt. D’autres flashes apparaissent et disparaissent en un rapide enchaînement. Ces expériences instantanées ne s’ajoutent pas pour former une essence durable. Le moi narrateur essaie d’imprimer un ordre à ce chaos en tissant une histoire interminable, où chaque expérience de ce gente a sa place, et a donc un sens durable. Si convaincante et tentante qu’elle puisse être, cependant, cette histoire est une fiction. Les croisés du Moyen Âge pensaient que Dieu et le ciel donnaient du sens à leur vie. Tous sont pareillement dans l’illusion. (…)

    Toutefois, dés lors que les situations scientifiques hérétiques se traduiront en technologie du quotidien, en activités de routine et en structures économiques, il deviendra de plus en plus difficile de continuer ce double jeu, et nous — ou nos héritiers — auront probablement d’un nouveau package de croyances religieuses et d’institutions politiques. À l’aube du troisième millénaire, ce n’est pas l’idée philosophique selon laquelle « il n’y a pas d’individus libres » qui menace le libéralisme, mais des technologies concrètes. Nous allons bientôt être inondés d’appareils, d’outils et de structures extrêmement utiles qui ne laissent aucune place au libre arbitre des individus. la démocratie, le marché et les droits de l’homme y survivront-ils ?

Yuval Noah Harari, Hom deus. Une brève histoire de l’avenir. Chap. Le sens de la vie –Edit. Albin Michel, pp.325-327


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Histoire vraie : Petit Algo

      En rapport avec ce propos, j’ai  une anecdote personnelle à vous conter. C’était à la fin des années quatre-vingt (la préhistoire pour certains) et j’avais décroché une étude d’urbanisme pour la réalisation d’un lotissement communal sous la condition de maîtriser les données financières de sa réalisation car la commune en serait le maître d’ouvrage. Sans réfléchir, confiant dans mes capacités qu’à l’époque j’estimais illimitées, j’avais accepté, sachant à peine ce qu’était un taux d’intérêt. Le contrat en poche, j’avais filé directement à la principale librairie de ma ville pour faire l’acquisition de cinq à six ouvrages imposants et particulièrement rébarbatifs traitant des mathématiques financières. Après une semaine, à l’aide de tables trigonométriques, je savais calculer  le montant des remboursements mensuels d’un prêt en fonction du taux choisi et du nombre d’années de remboursement et, dans ce remboursement, la part relevant des intérêts et du capital. Mieux, j’avais appris à maîtriser les conséquences d’un différé d’amortissement. Je pensais être tiré d’affaire mais ce n’était que le début d’un abominable cauchemar. Pour mettre en forme les nombreuses simulations que je devais réaliser et calculer dans l’objectif de choisir le meilleur montage financier, je devais inscrire dans de multiples tableaux en deux dimensions de nombreuses données et variables (coût d’acquisition du terrain et des travaux, prix de vente, date de vente, apport initial, montant de l’emprunt, taux de l’emprunt, durée de l’emprunt, choix ou non d’un amortissement) et réaliser le calcul d’ensemble à l’aide d’une simple calculette manuelle (les ordinateurs grand public venaient à peine d’apparaître). Les tableaux sur lesquels le travaillais étaient composé d’environ 30 colonnes et vingt-cinq lignes et  comportaient donc 750 cellules qui devaient toutes être remplies à la main en fonction des variables choisies qui résultaient, elles d’un calcul préalablement effectué; il fallait ensuite établir de manière manuelle à l’aide de ma calculette la somme des valeurs des cellules de chaque colonne et de chaque lignes, soit 55 additions au total, et vérifier que les totaux des colonnes et des lignes étaient bien identiques, objectif qui malheureusement, avec un calcul manuel quand bien même accompagné d’un effort soutenu d’attention, n’était atteint que dans la moitié des cas. Il fallait alors recommencer l’ensemble des calculs pour découvrir l’erreur. Cette torture récurrente, car c’en était une, subie pour chacune des simulations, semblable au supplice de la goutte d’eau, me faisait perdre un temps précieux et m’exaspérait… Je devenais fou !

    Ayant parlé de ce problème à un ami informaticien, celui ci me déclara disposer d’une solution. Il s’apprêtait en effet à ouvrir dans ma ville la première boutique de vente d’ordinateurs personnels, en l’occurrence les tous-premiers macintosh 128K (128 K de mémoire vive). Avec l’ordinateur étaient fournies 3 disquettes porteuses de logiciels sommaires : une disquette de jeux, une disquette avec un logiciel de traitement de texte , MacWrite, je crois, et enfin une disquette avec un tableur du nom de Multiplan. Mon ami me fit avec ce logiciel une démonstration rapide, me montrant comment monter un tableau, introduire les données et lancer les fonctions de calculs qui, à ma grande surprise, donnèrent un résultat instantané. Je fis immédiatement l’acquisition de l’un de ces appareils et fébrilement, tard dans la nuit, élaborait mon tableau aux 750 cellules, entrait l’ensemble des données, appliquait à chaque colonne et chaque ligne la fonction de calcul adéquate et, ce travail réalisé, donnait l’ordre d’effectuer les calculs en appuyant de manière théâtrale sur la touche de commande : en moins d’une seconde les résultats s’affichèrent aux extrémités des lignes et des colonnes indiquant un résultat identique. Ce moment fut pour moi celui d’une révélation de nature religieuse, une hiérophanie au sens de « manifestation du sacré » telle qu’elle a été définie par Mircea Eliade. Transporté de stupéfaction et de bonheur je m’agenouillais, plein d’admiration et de reconnaissance, au pied de cette vulgaire boite faite de plastique et de circuits intégrés tel un sauvage au pied de son dieu totem et me prosternais devant lui. Voilà, comment un athée, rationaliste pur et dur, sous l’action impulsive d’algorithmes biologiques venus du fond des âges et inscrits de manière indélébile dans son cerveau, face à un événement de nature extraordinaire, retrouvait spontanément les automatismes de pensée et de comportement de l’espèce au mépris de toute rationalité…

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le projet de directive sur le droit d’auteur de la communauté européenne


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Jeter le bébé avec l’eau du bain…

     En septembre 2016, la commission européenne a présenté une proposition de « directive sur le droit d’auteur dans le marché unique numérique ». Partant d’un bon sentiment, les promoteurs de cette directive déclarent vouloir protéger les auteurs contre les piratages de leurs œuvres et bloquer les contenus violents, racistes et pornographiques. Pour atteindre cet objectif, la loi qui serait issue de l’application de cette directive obligerait les « plateformes en ligne » à renforcer leur rôle de police privée afin de filtrer de manière automatique l’ensemble des contenus téléversés en ligne par l’intermédiaire d’outils capable d’identifier et de bloquer les textes, images, chansons et autres œuvres audiovisuelles avant qu’elles ne soient délivrées à l’internaute.

      Cette directive mettrait à bas l’actuelle directive 2000/31/CE sur le commerce électronique, dont les articles 12 à 15 ont permis jusqu’à aujourd’hui de dégager les obstacles juridiques qui pouvaient se dresser au développement des services en ligne, grâce à un régime de responsabilité dérogatoire. En effet, les plateformes intermédiaires font aujourd’hui office de « simple transport » de données et sont censées ne pas intervenir dans la sélection ou la création du contenu hébergé, bénéficiant ainsi d’un régime d’immunité pour l’utilisation faite de leurs services par leurs clients. Cette « immunité » étant relative et donc ambiguë dans la mesure où les hébergeurs doivent intervenir « promptement » pour retirer ou empêcher l’accès à un contenu illicite signalé et mettre en place dans certaines circonstances des « mesures préventives » pour empêcher des violations de droits et les excès.

    Deux systèmes s’opposent : le système « notice and take down » qui conditionne le retrait d’un contenu à la suite d’une notification, ce qui permettrait aux petits utilisateurs du NET qui s’en servent dans un but non lucratif et en particulier la plupart des blogs d’échapper aux contraintes de la directive et le système « notice and stay down » qui imposerait le filtrage préalable systématique et automatique des contenus. Il est évident que dans ce dernier cas, ces blogs et le présent blog en premier lieu ne pourraient plus mettre en ligne des images, des chansons et même des textes qui auraient été préalablement désignés comme étant à protéger… Ce serait par exemple le cas d’une représentation d’un tableau ou de n’importe quelle illustration dont les droits sont détenus par un musée ou un propriétaire privé. On assisterait alors à un appauvrissement de la blogosphère et à un changement de paradigme pour le NET qui deviendrait moins convivial, moins documenté et beaucoup plus normé.

      Ce serait dommage… et dommageable.

 


 

Éloge de la paresse


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« Je veux rendre toute puissante l’influence du clergé, parce que je compte sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend à l’homme qu’il est ici pour souffrir et non cette autre philosophie qui dit au contraire à l’homme : jouis. »  –   Adolphe Thiers, le pourfendeur de la commune de Paris cité par Paul Lafargue dans Le droit à la paresse.

     Ah ! Décrocher… lever le pied, se mettre en vacance du monde, de ses contraintes et sollicitations. Se laisser choir de tout son poids sur un large et moelleux canapé et s’y installer confortablement en compagnie d’un bon livre sous la protection d’une épaisse couverture dont les dimensions sont suffisamment vastes pour qu’elle vous couvre totalement et vous mettre ainsi à l’abri des courants d’air froids  et pernicieux de l’hiver. Ne négligez pas la qualité et les dimensions de la couverture car celle-ci sera dans ce cas bien plus qu’une couverture, elle jouera le rôle d’une armure qui vous isolera et vous protégera des atteintes du monde et sous laquelle vous pourriez, en cas de nécessité — je ne l’ai jamais fait, mais pourquoi pas —, disparaître et hiberner à la manière d’une marmotte ou d’un ours, à condition bien sûr d’avoir préalablement pris la précaution d’amasser, à portée de main, quelques boissons et provisions conséquentes comme le fait l’acteur Philippe Noiret dans le film d’Yves Robert, Alexandre le bienheureux… J’insiste une nouvelle fois sur les dimensions importantes que doit posséder cette couverture car je ne connais rien de pire, alors que l’on est confortablement et chaudement installé et que l’on s’apprête à reprendre la lecture de son ouvrage, de ressentir soudainement une désagréable et insupportable sensation de froidure sur l’un de vos pieds. Une couverture trop petite, c’est le point faible de votre armure par lequel la lance ennemie frayera son chemin jusqu’à votre cœur, c’est le talon d’Achille de votre protection qui permettra aux colonnes infernales envoyées par le monde extérieur de vous atteindre à nouveau.

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Philippe Noiret dans le film  « Alexandre le bienheureux« , 1968

    J’ai parlé d’un canapé et non d’un lit car à mon sens, le lit, avec sa vaste étendue informelle sans repères où l’on finit par se perdre, n’offre pas le caractère d’intimité que permet le canapé. De plus le lit est parfois partagé et l’espace qu’il offre fait alors l’objet d’une lutte âpre et sans merci pour sa possession. La frontière invisible censée marquer les limites de l’espace vital de l’un et de l’autre étant trop souvent transgressée. Et puis, « l’autre », ne fait-il pas partie du « monde » dont on a parfois besoin de se soustraire ? Comment peux-t-on éprouver dans ces conditions la sérénité nécessaire à un paisible retrait ? Non, le canapé est, pour atteindre cet objectif, idéal, surtout s’il est à rebords à crosses car on peut s’y allonger confortablement et, moyennant quelques coussins de compléments, faire reposer sa tête et les extrémités de ses jambes sur les crosses. Si par le plus grand des bonheur, le matelas de votre canapé est souple et moelleux, vous pourrez, avec le temps, le façonner à votre morphologie comme l’escargot le fait avec sa coquille, le risque étant, en cas de trop grand confort, d’en faire comme l’escargot votre habitat permanent. De limace, vous serez devenu escargot. Soit ! quelle différence ?

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                     President Obama, « Couch Commander »     

   Oui, je sais, il est mal vu de passer le plus clair de son temps sur un canapé, la paresse n’a-t-elle pas été classée parmi les sept péchés capitaux ? Les paresseux sont accusés de ne rien produire et de vivre en parasites au dépens du reste de la société. Pire, ils sont accusés de sottise car ils renoncent à faire fructifier ce qu’ils possèdent déjà… Cela est peut-être vrai dans le cas de riches rentiers oisifs mais je répondrais que ce jugement ne peut en aucun cas être généralisé et ne s’applique aucunement à mon cas personnel, car pour ce qui me concerne, le fait d’être paresseux et d’être de surcroît un tantinet procrastinateur exige en contrepartie que je sois hautement productif dans mon travail en dépensant beaucoup d’énergie pour réaliser en un minimum de temps (et le plus souvent au dernier moment), ce que la plupart des gens réalisent sur une longue période… Il y aurait beaucoup à dire sur la finalité du travail. Dans une journée de travail, quelle est la part du travail réellement positif qui apporte quelque chose de concret à la société après avoir soustrait la part qui alimente les profits improductifs de la finance spéculative, la part de travail dont les conséquences sont catastrophiques pour l’intégrité écologique de la planète, la part de travail qui concerne la fabrication de produits inutiles ou dont l’obsolescence programmée réduit la durée de vie. Ces parts de travail négatif n’apportent rien à la société, lui sont au contraire nuisibles et ont pour conséquence le gaspillage d’un temps de vie précieux préjudiciable à ceux qui travaillent. Durant mes délicieux moments de « paresse », je lis, je médite, je dors, je rêve, je ne pense à rien, je « fait le néant » dans ma tête (d’où vient le mot fainéant), j’imagine, je désire, je savoure, je projette, je compare, je décide, je regrette… Bref, je suis en dialogue avec moi-même et avec le monde justement parce que j’ai pu m’extraire de son flux impétueux qui d’ordinaire nous submerge et nous entraîne…

Enki sigle


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                      Simpson’s couch (le canapé des Simpsons)

USA : les canapés de l’horreur :

P.S. :  Attention toutefois à ne pas rester trop longtemps allongé dans la même position. Il existe un roman dont je n’ai pas retrouvé le nom dans lequel le personnage principal finit par fusionner avec son canapé. Elucubration d’auteur, me direz-vous… Eh bien, détrompez-vous, une nouvelle fois la réalité a rejoint la fiction, cela est effectivement arrivé à une américaine obèse du nom de Gayle laverne Grinds qui, après avoir passé six longues années sur son canapé sans jamais en bouger, a vu sa peau fusionner avec le tissu de celui-cI. Elle est décédée en 2004 aux urgences alors que les chirurgiens tentaient de la décoller. La même mésaventure est arrivée à un homme de l’Ohio après deux années d’immobilité dans son fauteuil. Les secours ont dû percer un mur de façade pour pouvoir l’extraire de sa maison avec son fauteuil…

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articles, vidéos et ouvrages liés

  • « Alexandre le bienheureux« , film d’Yves Robert avec Philippe Noiret.
  • President Obama, « Couch Commander », video
  • Le droit à la paresse de l’intellectuel et militant socialiste Paul Lafargue (éditeur Henry Oriol, 1883) pp. 5-54 par WIKISOURCE.
  • Oblomov, roman de l’écrivain russe Ivan Gotcharov, publié en 1859 – Version abrégée publiée par WIKISOURCE, trad. Piotre Artamoff, édit. Didier et Cie, 1877.

 

Sète, de l’île singulière à l’île au singulier pluriel


Sète (anciennement Cette) : l’île singulière

Plan de la ville et du port de Cette en 1774 selon J. Jefferys

Plan de la ville et du port de Cette en 1774 selon J. Jefferys

Le port de Sète en 1845

Le port de Sète, le long du canal Royal, en 1845

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Vue d’ensemble du port de Sète aujourd’hui avec le cordon du Lido en haut à gauche, l’étend de Thau en arrière plan et le mont Saint-Clair qui domine la ville et le canal Royal qui relie la mer à l’étang de Thau.


Sète, l’île au singulier pluriel – photos Enki

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Le port de Sète vu du Mont Saint-Clair

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Sète, le port industriel

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Communication…

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Le canal Royal

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le cordon sablonneux du Lido entre étang de Thau et Méditerranée qui relie l’île  au cap d’Agde


Géométries amoureuses

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Pour agrandir l’une des photos, cliquer dessus. Les photos ensuite défilent


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C’est toi ? Gens de Sète


Gribouillage et embrouilles (déformations causées par mon IPhone en folie…)


le peintre Daniel Garber – Nostalgie de l’ancienne Amérique rurale


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Daniel Garber – In the Springtime, 1958

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Daniel Garber (1880-1958)     Daniel Garber (1880-1958) est un peintre américain né dans l’Indiana qui, après avoir voyagé et étudié deux années en Europe notamment à Paris où il s’intégra à l’American Artists Association et exposa à deux reprises, s’est ensuite installé en Pennsylvanie où il effectuera toute sa carrière de peintre indépendant et de professeur d’art à l’Académie des Beaux-Arts. Résidant en bordure de la rivière Delawarre près de New Hope, un gros village faisant partie des Bucks County*, ces comtés de Pennsylvanie qui avaient conservé le charme suranné de la vieille Angleterre et qui avaient attirés de nombreux artistes qui s’étaient établis près de New Hope donnant naissance à une colonie où prédominaient les peintres impressionnistes, la New Hope Artist Colony, dont faisait partie Garber. Son thème de prédilection était la peinture de paysage qu’il réalisait le plus souvent en plein air. Si son style était fortement influencé par l’impressionnisme qu’il avait étudié en Europe, il était également empreint d’un certain académisme sur le plan du dessin et de la composition. Il avait l’habitude de noter méticuleusement les points de vue d’où il peignait ses paysages, c’est ainsi que pour le tableau « In the Springtime » présenté ci-dessus, il avait écrit : « peint à partir de Lower Road de Lambertville à Princeton. En regardant en direction de L’Est, le matin  ». Ce tableau sera le dernier signé et daté de Garber qui devait mourir un peu plus tard après son exécution. L’artiste y applique un type de composition expérimenté à la fin de sa vie et qui consistait à diminuer ou même supprimer la vision du ciel en remontant la ligne d’horizon vers le haut du tableau afin de donner plus d’importance à la partie terrestre du paysage. C’est une scène typique de la vie rurale américaine de la côte Est de l’époque qui est représentée, on y voit au premier plan un fermier venant de terminer le labour manuel d’une parcelle et contemplant fièrement le résultat de son labeur. La lumière qui illumine les maisons et les arbres est celle d’un milieu ou d’une fin de matinée et projette des ombres marquées sur les éléments du paysage et le sol. La chemise blanche et le manche de la pelle fortement éclairées du personnage tranchent avec la partie ombrée de son corps et attire le regard. On distingue en moyen plan une femme se déplaçant sur un chemin voisin et en arrière plan une femme accaparée à faire sécher son linge. C’est un sujet pictural qui aurait pu être tout aussi bien traité à la manière naïve par ses compatriotes Grant Wood et Thomas Hart Benton, marquant ainsi le lien de parenté qui unit ces trois peintres qui portent témoignage de la ruralité américaine de la période de l’entre-deux guerres.

 * Le nom des Bucks County est dérivé de Buckinghamshire, le comté d’Angleterre d’où était originaire la famille Penn, celle du fondateur de la Pennsylvanie

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De gauche à droite  :     peintures de  Grant Wood  –  The Birthplace of Herbert 
Hoover, West Branch, Iowa, 1931 et Thomas Hart Benton – Chilmark Hoy, 1951

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De gauche à droite  :    Civita Castellana (1826-1827)  et Champ de blé dans le Morvan (1842) de Jean-Baptiste Corot

Self Portrait 1911    La comparaison de ces deux tableaux de Grant Wood et Thomas Hart Benton avec les tableaux de Daniel Garber présentés sur cette page permet de bien comprendre ce qui les relie et ce qui les sépare. Ce qui les relie, c’est la représentation détaillée du monde rural américain de la côte Est de l’entre-deux-guerres, monde encore très proche de son modèle européen avec ses petites parcelles, ces bosquets et ses haies. Ce qui les sépare, c’est le style de représentation qui poursuit des buts très différents. le style de Grant Wood est un style très appliqué, très léché qui soigne la représentation de chaque élément du paysage de manière autonome et qui aboutit au résultat que le tableau achevé ressemble à une maquette fidèle à la réalité matérielle et physique mais omet de transmettre les sentiments et les sensations que l’on éprouve à la vue du paysage réel. Thomas Hart Benton a choisi lui de transmettre la signification cachée du paysage en forçant le trait pour exprimer les lignes de force qui le structurent et l’animent. Les pentes sont accentuées, les courbes renforcées, les contrastes de lumières et de couleurs accusées et les meules de foin disposées dans les champs sont représentées telles des vagues agitant violemment la surface d’un océan. Tout cela dans le but de créer une atmosphère dramatique et de tension. Quand à Daniel Garber, j’ai eu la surprise, en découvrant ses tableaux, de revivre les sensations que j’éprouvais adolescent dans le paysage des Boucles de la Seine, en Normandie, où je passais mes vacances : la vision éthérée des falaises de Quarry dominant la rivière Delaware, c’est exactement celle que j’avais des falaises calcaires de la rive droite de la Seine dans les petits matin brumeux. Celle des barques amarrées au pied des grands arbres, c’est exactement l’image que j’avais conservé dans ma mémoire de l’embarcadère situé sur la rive d’un petit bras de la Seine en face de l’île longue qui le séparait du bras principal. J’ai retrouvé également les ambiances bleutées délicates des soirées d’été, la légèreté des feuillages blonds inondés de lumière, les violents contrastes d’ombre et de lumière des chauds après-midis écrasés de soleil et les puissantes teintes fauves automnales. Daniel Garber est un sorcier qui a su capter les sentiments délicats attachés à des instants fugaces et les emprisonner dans ses toiles pour nous permettre de les remémorer. Ses pinceaux fonctionnent comme des baguettes magiques. Certains le rattachent au courant impressionniste façon A.M. Whistler, d’autres à un réalisme teinté de romantisme et effectivement, cette capacité de sa peinture de pouvoir susciter les émotions chez ceux qui la contemple est une qualité toute romantique mais sa technique de juxtaposer des petites touches de couleur est elle, impressionniste.  Pour ma part j’ai noté de très fortes correspondances avec Jean-Baptiste Corot, l’inventeur des paysages baignés de lumière que l’on présente au choix comme le dernier des néoclassiques ou le premier des impressionnistes. Disons alors pour conclure que Daniel Garber était un peintre qui avait réussi à concilier la vision romantique du monde avec une technique héritée à la fois du néoclassicisme et de l’impressionnisme…

Enki sigle


Quelques autres tableaux de Daniel Garber parmi mes préférés

Daniel Garber - The Oriole,
Daniel Garber – The Oriole Meditation, 1925

Tanis, 1915, by Daniel Garber - July27_garber
Daniel Garber – Tanis, 1915

Mending, 1918Daniel Garber – Mending, 1918

Gathering Grapes - Daniel Garber 1909
Daniel Garber – gathering Grapes, 1909


antidote

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À l’origine de la courbe…

caricature.jpegQuelles magnifiques chutes de reins ! N’est-ce pas ?

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Power stations par Michael Kenna, 1984-2003 & Lucien Clergue, photographes

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De la démocratie en Amérique…

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un David contre les Goliath de la finance américaine

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Lawrence Lessig

     Professeur de droit et d’éthique au Harvard Law School, Lawrence Lessig est un juriste américain de notoriété internationale et un fin constitutionnaliste qui a été le conseiller de Barack Obama en 2008. Il aurait pu être juge à la Cour suprême mais a décidé de se rebeller contre le système. Dés 2007, il s’est engagé dans une dénonciation du pouvoir des lobbys à Washington, en particulier pendant les campagnes électorales, qui mine la démocratie américaine. Il est l’auteur en 2000 d’un article qui fait référence dans le milieu technocritique, Code is law, dans lequel il dénonce le cyberespace comme constituant une menace pour les libertés. Il a lancé en 1914 un mouvement, la New Hampshire Rebellion, organisateur d’une marche citoyenne qui a parcouru à pied les routes de cet Etat-clé afin de mobiliser ses habitants dans le processus électoral et contre la corruption endémique du personnel politique américain au coeur de la campagne présidentielle de 2016 dans le but d’obtenir un amendement de la Constitution qui réforme le système de financement des campagnes électorales. (crédits Wikipedia et Le Monde).

Documentaire de Flore Vasseur sur Arte (émissions TED Stories)

Extrait de la déclaration de Lawrence Lessig :

       « la corruption dont je parle est parfaitement légale. C’est la corruption des fondements de cette république. Les fondateurs nous ont légués ce qu’ils appelaient une république. par république ils entendaient une  démocratie représentative. Une  démocratie représentative, comme le dit Madison dans « Le Fédéraliste », doit posséder une branche qui ne dépend que du peuple. Les candidats du Congrès et les membres du Congrès consacrent entre 30% et 70 % de  leur temps à la collecte de fonds pour être réélus au Congrés. On peut se demander en quoi cela les affecte. Voilà des personnes qui passent leur temps au téléphone avec des gens qu’ils n’ont jamais rencontrés et qui représente 1 % de la population. En se comportant ainsi, ces politiciens ont développés un sixième sens, une vigilance permanente à ce que leurs actions n’entravent pas la collecte de fonds. Cette corruption pathologique détruit la démocratie. car dans ce système, dont les membres sont tributaires d’une minorité pour leur élection une infime part de la population, une infime partie d’entre nous peut bloquer toute réforme. »

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sur les routes du New Hampshire – illustration Christophe Merlin

Flore Vasseur

     Née à Annecy en 1973, Flore Vasseur se présente elle-même comme une grande fan du professeur de Harvard pour lequel elle avait déjà réalisée une interview pour le journal Le Monde début 2014 suivi d’un reportage sur XXI en juin de la même année. Elle travaille en partenariat avec Arte pour la réalisation d’émission sur les conférences TED à New York appelées TED Stories. La vidéo présentée ci-dessus est l’une de ces émissions présentées dans une version courte de 25 mn sur ARTE en mars 2015 et qui a fait l’objet d’une version rallongée de 52 mn ultérieurement.

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