Performance – la rivière dans le ciel…


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   Imaginez être sur les rives d’une rivière couleur d’argent au flux mouvant et bondissant toute en courbes et en méandres. L’une de ces rivières que l’on rencontre aux pieds des montagnes, traversant des prairies verdoyantes, assagie d’avoir quitté les trop fortes pentes mais qui porte encore en elle la force et le vertige accumulés au cours ses descentes rapides au travers des enrochements et le souvenir enivrant des remous et des projections d’écume. Mais cette rivière ne se trouve pas au pied des montagnes, ne traverse pas une prairie  verdoyante, elle se trouve en plein cœur d’une grande ville américaine. Maintenant imaginez cette portion de rivière, ce flux argenté tout en courbes et en méandres s’arracher soudainement du sol, s’élever lentement au-dessus de vous tel un ruban léger et évanescent, changer de forme au gré du vent et devenir une vague volante lumineuse et transparente chargée d’écume, une onde liquide mouvante, un nuage chargé de milliers de gouttelettes d’eau lumineuses évoluant dans le ciel ou bien encore le mur d’eau d’une cascade.

    Ce rêve, car c’en est un, Patrick Shearn, un artiste américain créateur du studio Poetic Kinetics l’a réalisé à Pershing Square, une place de Los Angeles. Cette performance était éphémère et n’a duré que deux semaines au cours de l’été 2016. On imagine quelles ambiances fantastiques pourraient être crées par l’utilisation à grande échelle de cette technique qui se résume en toute simplicité à la mise sous tension de câbles métalliques et de filets porteurs de milliers de filaments de polyester argenté flottants au gré du vent.


 

illustre illustrateur : Anatol Kovarsky ou quand le crayon devient subtil…


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Anatol Kovarsky (1919-2016)

       » Nous sommes dans les eaux japonaises, c’est sûr !  » Toute la subtilité du dessinateur Anatol Kovarski est résumée dans ce dessin de 1959 faisant référence au célèbre tableau de Kurosawa, paru dans The New Yorker dont il était un des dessinateur attitré. J’adore aussi le dessin qui montre un poisson sauter dans un aquarium voisin parce que le prix affiché est plus élevé et celui du centaure poursuivi par un lion qui se fouette l’arrière-train pour aller plus vite… La plupart de ses dessins n’avaient pas besoin de légende, ils étaient suffisamment expressifs par eux-mêmes et Kovarski créait ainsi les conditions d’une relation de connivence entre lui et les lecteurs qui en avaient saisi la subtilité.

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Une jeunesse tumultueuse : De Moscou à Paris

      Anatol Kovarski est né à Moscou en 1919 dans une famille juive aisée. Son père est musicien et sa mère chanteuse. La famille fuira la tourmente révolutionnaire peu après et s’installera à Varsovie. Très jeune, Anatol montrera des dispositions pour le dessin et à 9 ans il dessinera son premier dessin politique. Envoyé à Vienne par son père par son père pour étudier l’économie, il ne tarda pas à reporter toute son attention sur l’art et la famille ayant gagné Paris, il décide de s’inscrire  en 1937 à l’École des Beaux-Arts dans l’atelier de Charles Guérin tout en suivant parallèlement les cours du peintre cubiste André Lhote. Il a alors 18 ans mais ses études artistiques seront interrompues par l’invasion allemande et ne en 1941, ayant gagné Casablanca, il parvient à monter à bord du dernier navire acceptant de transporter des réfugiés juifs aux États-Unis. C’est lors d’une escale à Cuba qu’il apprend l’entrée en guerre des États-Unis suite à l’attaque de Pearl Harbor. Parvenu à New York après un long détour à travers le Midwest, il choisit de s’enrôler dans l’armée américaine qui l’enverra en Europe en tant que topographe aérien et traducteur. Il est également durant son incorporation dessinateur pour les publications Yank, Stars and Stripes et Army Talks.
      Entrant à Paris le jour même de sa libération, il y retrouve ses parents et sa sœur qui avaient miraculeusement survécu, il restera en France jusqu’en 1946 croquant des descriptions humoristiques des expériences vécues par les GI américains à Paris. Ces dessins illustreront le livre écrit par son ami Herbert E. French en 1945 : « My Yankee Paris ». 


Arrières-pensées

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Kovarsky – In the Ring

Un russe à New York

Capture d_écran 2018-02-23 à 07.17.14   À son retour aux États-Unis en 1947, Kovarsky reprend ses études artistiques à l’Université Columbia et à l’Art Student League. En même temps, il commence à publier des dessins humoristiques pour Reader’s Scope sous le nom d’Akov. D’autres publications vont faire appel à lui. Le premier dessin publié dans The New Yorker dont il deviendra l’un des dessinateurs attitrés au rythme d’une production de 2 dessins par mois, date du 1er mars 1947 et il représente une scène de musée autour d’une sculpture de Moore (voir dessin ci-dessous). Cette collaboration pour laquelle le dessinateur aura produit près de 300 dessins et 50 couvertures se poursuivra jusqu’en 1969. En 1954, il se marie avec l’actrice Lucille Patton (voir photo ci contre prise vers 1960) qui l’accompagnera toute sa vie et avec qui il aura une fille, Gina. Durant la période d’après-guerre, Kovarski a mené de front une carrière de dessinateur et de peintre, sa femme Lucille déclare que son studio installé dans le bas Manhattan était divisé en deux parties, l’une réservée au dessin et l’autre à la peinture. Un livre de dessin, « Kovarsky’s World », sera publié par Knopf en 1956, curieusement ce sera le seul ouvrage paru sur le travail de ce dessinateur. Il aura néanmoins réalisé les illustrations de plusieurs ouvrages (Cycles in your Life et here Was a Young Lady Named Alice) et dessiné les décors pour la pièce jouée à Broadway The Owl and the Pussycat.  

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le premier dessin de Korvarski pour The New Yorker, 1947


les peintres et leurs modèles

   Ses années de formation artistiques seront matière à de nombreux dessins savoureux sur le thème du peintre et des ses obsessions ou du peintre et son modèle.

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Au musée..

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« Faites bien attention. C’est fragile ! »


Leda et le(s) cygne(s)

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Par quel signe, vais-je reconnaître mon cygne ? *

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Fais lui signe , pendant que tu y es… *

 * légendes Enki


Les cartes de vœux de Noël

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le saint-bernard porteur de soupe

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passage réservé aux rennes

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Au temps jadis

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« Non, non et non ! Septembre n’a que trente jours »


D’autres scènes…

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Kovarsky à New York à l’âge de 94 ans, trois ans avant sa mort, en 2013


 

Le meilleur des mondes arrive… Préparez-vous !


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    Êtes-vous prêts à recevoir ce qui va suivre ? Un libraire à qui je parlais du livre d’où est tiré l’extrait présenté ci-après m’a déclaré n’avoir pu le terminer, ne pouvant supporter le pessimisme noir qui s’en dégageait. Effectivement, ce n’est pas seulement Billancourt que ce livre va désespérer, ni même le XVIe arrondissement, mais l’humanité toute entière, à l’exception des laudateurs de la culture geek, des grands capitaines de l’industrie numérique,  de certains politiques et des militaires qui verront sans doute là (et qui voient déjà) l’opportunité d’étendre leur pouvoir sur les corps et les esprits. Ce texte pose le problème de la liberté humaine dans son essence même puisqu’il aboutit à nier son existence dans la mesure où sommes serions totalement privés de libre arbitre. Nous croyons pouvoir raisonner et décider de nos choix en pleine liberté alors que notre cerveau n’est qu’un champs de bataille où, à tout moment, sous l’action de stimulis extérieurs et d’exigences organiques, prolifèrent, se confrontent et se combinent des milliers, voire des millions d’algorithmes biologiques forgés par notre histoire propre mais aussi par l’espèce humaine toute entière. Bref, pour toutes nos pensées et toutes nos actions, nous serions prédéterminés. Révoltés par cette idée, vous allez alors décider de tenter d’échapper à ce déterminisme en vous y opposant par tous les moyens mais c’est un combat perdu d’avance car même les formes que prendra cette opposition ne peuvent échapper à ces algorithmes. Cela vous choque ? Mais pourtant cela n’est rien comparé à ce que nous promettent les apprentis sorciers qui travaillent aujourd’hui à la maîtrise de de cette science des algorithmes et accumulent patiemment les milliards de données qui nous sont attachées. Elucubrations ? Mais ne voyons-nous pas déjà poindre le monde orwellien qui nous est promis… Vous voulez un exemple ? Prenons le cas de la médecine, dans laquelle des sociétés américaines comme Google et Apple investissent actuellement des milliards de dollars, finançant des programmes de recherches et rachetant des entreprises spécialisées. D’autres sociétés, américaines elles aussi, investissent dans le décryptage du génome humain. Leur but ultime ? Amasser le maximum de données concernant notre vie : notre ADN et celui de nos parents, nos comportements (centres d’intérêt, occupations, emploi du temps, bilan santé, etc), données qui, mises à jour quotidiennement par le fichage dont nous sommes déjà l’objet, sont destinées à être croisées avec l’ensemble des données scientifiques et statistiques disponibles dans le but ultime, grâce à l’utilisation d’algorithmes spécifiques, d’établir des diagnostics, nous soigner en définissant les traitements les plus adaptés, nous opérer (c’est déjà le cas pour les opérations du cerveau ou de l’œil) et même faire de la médecine prédictive. Ces algorithmes vous permettront de vivre mieux et plus longtemps grâce à des actions préventives.  Plus besoin de médecins, ni de chirurgiens, les algorithmes et les machines vous soigneront avec un taux de réussite nettement supérieurs à ceux de la médecine traditionnelle. Voici ce que prédisait il y a peu de temps le chirurgien-urologue spécialiste du transhumanisme Laurent Alexandre : « Il y a un risque très sérieux que, dans quinze ans à peine, nous soyons tous soignés grâce à des algorithmes développés par quelques grands groupes américains, capables de croiser les données génétiques du malade avec l’ensemble des connaissances scientifiques disponibles. Ce sont ces algorithmes qui feront les diagnostics et préconiseront les traitements. » Pourquoi hésiterions-nous s’il y va de notre santé, de notre durée de vie et de son confort et de celle de nos proches ? De la même manière que nous sommes prêts à dévoiler nos secrets les plus intimes à notre médecin ou à notre psychiatre, il est prévisible que nous n’hésiterons pas longtemps à nous livrer corps et âmes à ces entités abstraites que sont ces sociétés pour qui nous ne sommes pas des individus mais de simples données et qui, de ce fait, ne peuvent éprouver aucun sentiment à notre égard, empathie ou hostilité… En êtes-vous sûr ? Un traitement, pour être efficace, doit être accepté par le patient qui doit se trouver dans de bonnes disposition mentales. N’ayez crainte, Google aura tout prévu, un dispositif d’accompagnement psychologique parfaitement adapté à votre personnalité défini par un algorithme vous conseillera ou même vous prendra en charge à l’hôpital ou à votre domicile dés le début du traitement : rythme de vie, loisir, choix des lectures et des films à regarder, visites, etc. Vous n’aurez à vous occuper de rien, vous serez comme un nourrisson dans les mains les attentionnées et les plus sûres, celle de Maman Google… Évidemment, il y a un risque, c’est que Maman Google, propriétaire de vos données, se transforme en mère indigne ou en marâtre et les cèdent dans un but commercial à des entreprises qui seraient intéressées pour leurs besoins commerciaux propres ou, beaucoup plus grave, à vos employeurs potentiels qui trouveront un intérêt certain à ne pas investir sur un employé qui, pour des raisons génétiques, présente une forte probabilité de développer un cancer avant l’âge de quarante ans ou dont le profil psychologique le rendrait, selon leur point de vue, inapte à l’emploi à pourvoir…


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 Grand Algo

    Maintenant, projetons nous encore plus loin et imaginons que l’ensemble des données physiques, sociales et personnelles qui auront été réunies au niveau mondial ainsi que tous les algorithmes qui conditionneront la marche du monde soient réunis et croisés au sein d’un gigantesque système informatique qui en effectuera la synthèse. Avec un tel système, on peut penser que la marche du monde pourrait être optimisée et même faire l’objet de prédictions. Désignons ce système sous l’appellation de Grand Algo. C’est à lui que nous ferons appel pour déterminer nos règles de vie et définir ce qui sera le mieux pour nous. Nous pourrions même obtenir des prédictions sur notre avenir. Dans le passé,  le monde a déjà connu des entités omniscientes qui contrôlaient la vie des hommes, leur avenir et rendait de ce fait inutile l’exercice de leur libre arbitre, les hommes leurs avaient donné un nom, celui de divinités

      Je pense pour ma part ne jamais voir ce meilleur des mondes…
      Bon courage !

Enki sigle


Le sens de la vie vu par Yuval Noah Harari

    Nous voyons donc que le moi est aussi un récit imaginaire, tout comme les nations, les dieux et l’argent. Chacun de nous a en lui un système raffiné qui se débarrasse de la plupart des expériences pour ne garder que quelques morceaux choisis, les mêle à des bribes de films que nous avons vus, de romans que nous avons lus, de discours que nous avons entendus, de rêvasseries que nous avons goûtées puis, à partir de ce fatras, tisse une histoire apparemment cohérente sur qui je suis, d’où je viens et où je vais. Cette histoire me dit ce que je dois aimer, qui haïr et que faire de moi-même. Cette histoire peut même me pousser à à sacrifier ma vie, si l’intrigue l’exige. Chacun son genre. les uns vivent une tragédie, les autres habitent un drame religieux qui n’en finit pas; certains abordent la vie comme si c’était un film d’action, et pas mal se conduisent comme dans une comédie. mais à l’arrivée, ce ne sont que des histoires.

     Quel est alors le sens de la vie ? Pour le libéralisme, nous ne devons pas espérer qu’une entité extérieure nous fournisse un sens tout prêt. Chacun — électeur, acheteur et spectateur — devrait plutôt se servir de son libre arbitre pour créer du sens — pour sa vie, mais aussi pour l’univers entier.
     Les sciences de la vie sapent cependant le libéralisme en soutenant que l’individu libre n’est qu’une fiction concoctée par un assemblage d’algorithmes biochimiques. À chaque instant, le mécanismes biochimiques du cerveau créent un flash d’expérience qui disparaît aussitôt. D’autres flashes apparaissent et disparaissent en un rapide enchaînement. Ces expériences instantanées ne s’ajoutent pas pour former une essence durable. Le moi narrateur essaie d’imprimer un ordre à ce chaos en tissant une histoire interminable, où chaque expérience de ce gente a sa place, et a donc un sens durable. Si convaincante et tentante qu’elle puisse être, cependant, cette histoire est une fiction. Les croisés du Moyen Âge pensaient que Dieu et le ciel donnaient du sens à leur vie. Tous sont pareillement dans l’illusion. (…)

    Toutefois, dés lors que les situations scientifiques hérétiques se traduiront en technologie du quotidien, en activités de routine et en structures économiques, il deviendra de plus en plus difficile de continuer ce double jeu, et nous — ou nos héritiers — auront probablement d’un nouveau package de croyances religieuses et d’institutions politiques. À l’aube du troisième millénaire, ce n’est pas l’idée philosophique selon laquelle « il n’y a pas d’individus libres » qui menace le libéralisme, mais des technologies concrètes. Nous allons bientôt être inondés d’appareils, d’outils et de structures extrêmement utiles qui ne laissent aucune place au libre arbitre des individus. la démocratie, le marché et les droits de l’homme y survivront-ils ?

Yuval Noah Harari, Hom deus. Une brève histoire de l’avenir. Chap. Le sens de la vie –Edit. Albin Michel, pp.325-327


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le macintosh 128K

Histoire vraie : Petit Algo

      En rapport avec ce propos, j’ai  une anecdote personnelle à vous conter. C’était à la fin des années quatre-vingt (la préhistoire pour certains) et j’avais décroché une étude d’urbanisme pour la réalisation d’un lotissement communal sous la condition de maîtriser les données financières de sa réalisation car la commune en serait le maître d’ouvrage. Sans réfléchir, confiant dans mes capacités qu’à l’époque j’estimais illimitées, j’avais accepté, sachant à peine ce qu’était un taux d’intérêt. Le contrat en poche, j’avais filé directement à la principale librairie de ma ville pour faire l’acquisition de cinq à six ouvrages imposants et particulièrement rébarbatifs traitant des mathématiques financières. Après une semaine, à l’aide de tables trigonométriques, je savais calculer  le montant des remboursements mensuels d’un prêt en fonction du taux choisi et du nombre d’années de remboursement et, dans ce remboursement, la part relevant des intérêts et du capital. Mieux, j’avais appris à maîtriser les conséquences d’un différé d’amortissement. Je pensais être tiré d’affaire mais ce n’était que le début d’un abominable cauchemar. Pour mettre en forme les nombreuses simulations que je devais réaliser et calculer dans l’objectif de choisir le meilleur montage financier, je devais inscrire dans de multiples tableaux en deux dimensions de nombreuses données et variables (coût d’acquisition du terrain et des travaux, prix de vente, date de vente, apport initial, montant de l’emprunt, taux de l’emprunt, durée de l’emprunt, choix ou non d’un amortissement) et réaliser le calcul d’ensemble à l’aide d’une simple calculette manuelle (les ordinateurs grand public venaient à peine d’apparaître). Les tableaux sur lesquels le travaillais étaient composé d’environ 30 colonnes et vingt-cinq lignes et  comportaient donc 750 cellules qui devaient toutes être remplies à la main en fonction des variables choisies qui résultaient, elles d’un calcul préalablement effectué; il fallait ensuite établir de manière manuelle à l’aide de ma calculette la somme des valeurs des cellules de chaque colonne et de chaque lignes, soit 55 additions au total, et vérifier que les totaux des colonnes et des lignes étaient bien identiques, objectif qui malheureusement, avec un calcul manuel quand bien même accompagné d’un effort soutenu d’attention, n’était atteint que dans la moitié des cas. Il fallait alors recommencer l’ensemble des calculs pour découvrir l’erreur. Cette torture récurrente, car c’en était une, subie pour chacune des simulations, semblable au supplice de la goutte d’eau, me faisait perdre un temps précieux et m’exaspérait… Je devenais fou !

    Ayant parlé de ce problème à un ami informaticien, celui ci me déclara disposer d’une solution. Il s’apprêtait en effet à ouvrir dans ma ville la première boutique de vente d’ordinateurs personnels, en l’occurrence les tous-premiers macintosh 128K (128 K de mémoire vive). Avec l’ordinateur étaient fournies 3 disquettes porteuses de logiciels sommaires : une disquette de jeux, une disquette avec un logiciel de traitement de texte , MacWrite, je crois, et enfin une disquette avec un tableur du nom de Multiplan. Mon ami me fit avec ce logiciel une démonstration rapide, me montrant comment monter un tableau, introduire les données et lancer les fonctions de calculs qui, à ma grande surprise, donnèrent un résultat instantané. Je fis immédiatement l’acquisition de l’un de ces appareils et fébrilement, tard dans la nuit, élaborait mon tableau aux 750 cellules, entrait l’ensemble des données, appliquait à chaque colonne et chaque ligne la fonction de calcul adéquate et, ce travail réalisé, donnait l’ordre d’effectuer les calculs en appuyant de manière théâtrale sur la touche de commande : en moins d’une seconde les résultats s’affichèrent aux extrémités des lignes et des colonnes indiquant un résultat identique. Ce moment fut pour moi celui d’une révélation de nature religieuse, une hiérophanie au sens de « manifestation du sacré » telle qu’elle a été définie par Mircea Eliade. Transporté de stupéfaction et de bonheur je m’agenouillais, plein d’admiration et de reconnaissance, au pied de cette vulgaire boite faite de plastique et de circuits intégrés tel un sauvage au pied de son dieu totem et me prosternais devant lui. Voilà, comment un athée, rationaliste pur et dur, sous l’action impulsive d’algorithmes biologiques venus du fond des âges et inscrits de manière indélébile dans son cerveau, face à un événement de nature extraordinaire, retrouvait spontanément les automatismes de pensée et de comportement de l’espèce au mépris de toute rationalité…

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Ils ont dit… (3)


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Paradoxe

 

     « (…) aujourd’hui encore, quand ils prêtent serment, les présidents américains posent la main sur une Bible. De même, dans bien des pays à travers le monde, dont les États-Unis et le Royaume-Uni, les témoins, à la cour, posent la main sur une Bible en jurant de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité. Il est paradoxal qu’ils jurent de dire la vérité sur un livre débordant de fictions, de mythes et d’erreurs  »

Yuval Noah Harai, Hom deus, Une brève histoire de l’avenir
Edit. Albin Michel, 2017


Ils ont dit… (2)


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Terrorisme

     « Les terroristes sont pareils à une mouche qui essaierait de détruire un magasin de porcelaine. Elle est trop faible pour bouger ne serait-ce qu’une tasse à thé. Elle trouve un éléphant, se glisse dans son oreille et se met à vrombir. L’éléphant enrage de peur et de colère, et détruit le magasin de porcelaine. C’est ce qui s’est produit au Moyen–Orient au cours de la dernière décennie. Les islamistes n’auraient jamais pu renverser Saddam Hussein par eux-mêmes. Ils ont préférés faire enrager les États-Unis grâce aux attentats du 11 Septembre, et les États-Unis ont détruit le magasin de porcelaine du Moyen-Orient à leur place. Et les voici qui prospèrent dans les décombres. »

Yuval Noah Harai, Hom deus, Une brève histoire de l’avenir
Edit. Albin Michel, 2017


Dessins d’architectes : les villas « Nids d’aigles » de Frank Lloyd Wright (1867-1959)


Frank Lloyd Wright (1867-1959)

Frank Lloyd Wright (1867-1959)


Les villas « Nids d’aigles »

Perspective and partial plan for the Lodge Type Cabin, the Lake Tahoe Summer Colony, by Frank Lloyd Wright [1923]

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Perspective for the Wigwam Cabin, the Lake Tahoe Summer Colony. Office of Frank Lloyd Wright. Graphite and colored pencil on tracing paper, ca. 1923.png    Perspective and partial plan for the Shore Type Cabin, the Lake Tahoe Summer Colony. Office of Frank Lloyd Wright. Graphite and colored pencil on tracing paper, ca. 1923..png


San Marcos in the Desert - Frank Lloyd

F.L.W. – San Marcos in the Desert, 1828-1829

Cundey2-The first drawing is found in Wright in Hollywood by Robert L Sweeney (MIT Press, 1994) the second appears in a 2004 Pomegranate calendar,

F.L.W. – Sahuaro House, a desert house (une part du projet de l’Hôtel san Marcos), 1828-1929.
Le projet fut abandonné suite la Grande Dépression de 1929


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F.L.W – Morris Residence, Seacliff, étudié en 1937 (projet non réalisé)

F.L.W - Morris Residence, Seacliff, étudié en 1937 (infographie récente)   flwhouse

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Une variante établie par Wright pour la maison Morris


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a Country Dwelling for Mr and Mrs Herbert F Johnson, windy point Racine, Wisconsin, 1937

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F.L.W. – la Maison sur la Cascade, Pensylvanie, 1936-39


Perspective drawing. Unbuilt. Wright Smith House. Piedmont Pins, California, 1939. Usonian Style. Frank Lloyd Wright

F.L.W – Wright Smith House, Piedmont Pins, Californie, 1939 (projet non réalisé)


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F.L.W – Dessins et maquettes pour la maison « Eagle Feather » (Plume d’aigle), 1940

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     Un jaillissement fait de pierres du désert et de bois sur une falaise dominant la côte de Malibu en direction de laquelle le balcon s’élance qui était destiné au cinéaste Arch Oboler qui partageait avec Wright un même sens de l’humour. Harcelant Wright au sujet des plans qu’il lui avait promis : « Toujours en attente des plans que vous avez promis il y a trois semaines. Devons-nous planifier une maison sur la falaise ou au paradis ?« , il se vit répondre : « J’étais occupé à vous éviter de vivre en Enfer. Prêt pour que l’entrepreneur y vienne aussi, F.L.I.W. » Malgré l’empressement d’Oboleril a seulement réussi à construire, une année plus tard, une petite résidence pour les invités et de retraite pour sa femme Eleanor (voir le projet suivant), et la Maison de la Porte, qui finit par devenir une maison à part entière.


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F.L.W. – Arch Oboler Guest House (Eleanor’s Retreat), project, Malibu, California, Perspective, 1941

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