l’animal, un être privé de monde ?


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L’animalité vue par Heidegger

Heidegger     Dans son essai L’animal que je ne suis plus publié en 2011, le philosophe Étienne Bimbenet expose la façon basée sur l’utilisation de la phénomènologie dont Heidegger procéda dans l’un de ses cours professé en 1929-1930 (Concepts fondamentaux de la métaphysique), en s’appuyant sur les travaux antérieurs de Uexküll, à l’examen comparatif de l’homme et l’animal. Il s’agit pour la réflexion de ne pas se laisser enfermer dans le carcan étroit de l’analyse scientifique mais de réintégrer la dimension vivante et sensible de la relation qui unit l’homme à l’animal dans le monde.

Quelques idées-forces structurent cette réflexion :

  • la pierre est « sans monde » (weltlos) car ne possédant pas de système perceptif, elle le peut ressentir les actions de son environnement.
  • l’animal est « pauvre en monde » (weltarm) car même s’il est en relation avec le monde, il est « privé » de la compréhension de ce monde parce qu’il n’en perçoit jamais qu’une version tronquée et appauvrie, celle qui convient à la satisfaction de ses besoins définis par le « cercle » de ses pulsions spécifiques, configuré ou relativisé par les caractéristiques constitutives de son espèce. Ce monde, propre à l’animal, cet espace dans lequel les pulsions peuvent s’exercer, Heidegger l’appellera Umwelt : le monde qui « entoure le vivant », qui l’ « encercle » dans des limites étroites ou bien encore Umgebung, « milieu environnemental ». Cette espace est à considérer comme une « zone de dé-inhibition » dans laquelle l’animal peut décharger ses pulsions et entrer ainsi en relation avec l’étant dans un état d’hébétude ou d’ « accaparement » (Benommenheit) qui constitue l’essence même de l’animalité (Joël Balazut citant Françoise Dastur). 

« La pulsion est une poussée interne de l’organisme, qui pousse l’individu à rechercher satisfaction. C’est une structure d’ouverture — raison pour laquelle au fond le comportement est possible pour l’animal. Cependant la pulsion est toujours pulsion de quelque chose, non pas une ouverture générale. L’accaparement est déjà là : l’animal est emporté par ce système pulsionnel. Il est doublement pris, à la fois par son milieu (qui ne peut jamais être modifié, sauf à mettre en péril l’espèce elle-même) et par ses pulsions. Prison externe et interne, qui fait qu’il n’y a pas d’ouverture au monde. Cet accaparement est quasiment une forme d’hébétude : fascination de l’animal par ses pulsions et par son milieu. Il est dans un état d’hypnose, de conscience hébétée perpétuelle (là où l’hébétude humaine est, le plus souvent, temporaire, comme lors du flottement de la conscience au réveil). L’animal ne peut pas se tenir, il est tenu par. » (Bruce Bégout)

Ce monde, propre à l’animal, ce « milieu de comportement », Heidegger l’appellera Umwelt : le monde qui « entoure le vivant », qui l’ « encercle » dans des limites étroites ou encore Umgebung, « milieu environnemental ». Dans ces circonstances « Le comportement de l’animal n’est jamais une perception de quelque chose en tant que quelque chose ».L’animal vit d’une vie pleine et massive et coïncide dans son être par l’accaparement qui le prive du besoin de parler. Ce qui manque aux animaux, ce n’est pas tant la capacité phonique d’articulation que la façon d’être à distance de soi, de s’absenter, propre à l’existant que possède l’homme en tant que « configurateur de monde ». (Simone Manon, Vivre et Exister.)

« Si plantes et animaux sont privés de langage, c’est parce qu’ils sont emprisonnés chacun dans leur univers environnant sans être jamais situés dans l’éclaircie de l’Être. Or seule cette éclaircie est monde. Mais s’ils sont suspendus sans monde dans leur leur univers environnant, ce n’est pas parce que le langage leur est refusé.»  (Heidegger, Lettre sur l’humanisme)

  • l’homme est « configurateur de monde » (der Mensch ist weltbildend). Françoise Dastur dans son essai Heidegger et la question anthropologique a interprété cette formule en référence au pouvoir de schématisation propre à l’homme qui s’enracine dans l’imagination, pouvoir de configuration ontologique qui serait refusé à l’animal :

« L’Être de l’homme est (…) essentiellement compris, au cours de cette période où Heidegger tente encore de porter à son achèvement la problématique développée dans Être et Temps, à partir de la notion de Bildung, qui signifie indissolublement en allemand à la fois la capacité de donner forme, de configurer, et la formation de l’homme au sens de l’éducation et de la culture. C’est donc en cette capacité de donner forme que réside la différence de l’homme à l’égard de l’animal. »

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Ma chienne Gracie, privée du monde ?


Relation ambiguë entre l’homme et l’animal

Capture d’écran 2017-12-12 à 14.05.09.png    Etienne Bimbenet relève une ambiguïté dans les  relations qu’entretient l’homme avec l’animal. D’un côté l’homme « accompagne » l’animal en faisant de celui-ci un compagnon, projetant spontanément sur lui de manière anthropomorphique une vision et une pensée sensible et  humaine et de l’autre, en s’appuyant sur les données scientifiques de la biologie et de l’éthologie, pose un regard analytique froid et distant sur l’animal, l’ « excluant » et le « privant »du monde au sens défini par Heidegger.

    Etienne Bimbenet se propose de renverser la méditation heideggérienne en faisant démarrer la réflexion à la naissance de l’homme, c’est-à-dire au moment où les ancêtres de l’homme étaient eux-mêmes des animaux « privés de monde ». Alors que le penseur allemand faisait démarrer sa réflexion à partir du concept de « privation du monde », le philosophe français se propose lui, de l’axer sur le concept  d’ « invention du monde » qui a anticipé ou accompagné l’hominisation.

à suivre….


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Regards croisés : l’attrait du vide


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 Hannaka – Landscape, 2014                     

Vertige

       Il existe dans toute vie et particulièrement à son aurore un instant qui décide de tout. Cet instant est difficile à retrouver; il est enseveli sous l’accumulation des minutes qui sont passées par millions par-dessus lui et dont le néant effraie. Cet instant n’est pas toujours un éclair. Il peut durer tout l’espace de l’enfance ou de la jeunesse et colorer d’une irisation particulière les années en apparences les plus banales. la révélation d’un être peut être progressive. Certains enfants sont si ensevelis en eux-mêmes que l’aube ne paraît jamais se lever sur eux, et l’on est surpris de les voir se dresser comme Lazare, secouant leur linceul qui n’était que des langes. C’est ce qui m’est arrivé : mon premier souvenir de confusion, de rêve diffus s’étendant sur des années. On n’a pas eu besoin de me parler de la vanité du monde : j’en ai senti mieux que cela, la vacuité.
     Je n’ai pas connu d’instant privilégié à partir duquel mon être aurait pris un sens, un de ces instants auxquels par la suite j’aurais rapporté ce qui m’avait été révélé à moi-même. Mais dés l’enfance j’ai connu beaucoup d’états singuliers qui n’étaient, pour aucun d’entre eux, des prémonitions mais des monitions. Dans chacun, il me semblait (car peut-on employer d’autre mot que celui-là) toucher quelque chose situé en dehors du temps. Ma grande affaire aurait dû être de me demander ce que signifiaient exactement ces contacts, d’opérer une liaison entre eux, bref de faire comme tous les hommes qui veulent se rendre compte de ce qui se passe en eux et le confronter avec le monde, transformer mes intuitions en système  —  un système assez souple pour ne pas stériliser ces intuitions. Mais au contraire j’ai laissé ces fleurs se faner l’une après l’autre. J’ai couru de l’une à l’autre — dans des voyages qui n’avaient guère d’autre but.

    Quel âge avais-je ? Six ou sept ans, je crois. Allongé à l’ombre d’un tilleul, contemplant un ciel sans nuages, j’ai vu ce ciel basculer et s’engloutir dans le vide : ç’a été ma première impression du néant, et d’autant plus vive qu’elle succédait à celle d’une existence riche et pleine. depuis, j’ai cherché pourquoi l’un pouvait succéder à l’autre, et, par suite d’une méprise commune à tous ceux qui cherchent avec leur intelligence au lieu de chercher avec leur corps et leur âme, j’ai pensé qu’il s’agissait de ce que les philosophes appellent « le problème du mal ». Or, c’était bien plus profond, et bien plus grave. je n’avais pas devant moi une faille mais une lacune. Dans ce trou béant, tout, absolument tout, risquait de s’engloutir. De cette date commença pour moi une rumination sur le peu de réalité des choses. Je ne devrais pas dire « de cette date » puisque je suis convaincu que les évènements de notre vie — en tout cas les évènements intérieurs  —  ne sont que les révélations successives du plus profond de nous-mêmes. Alors les questions de date importent peu. J’étais un de ces hommes prédestinés à se demander pourquoi ils vivaient plutôt qu’à vivre. En tout cas, à vivre plutôt en marge.

Jean Grenier, Les Îles – collection L’Imaginaire, Gallimard (1959) – pp.23-25

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 Hannaka – Coulures, 2016                     

Entends-tu dans la forêt son cœur se battre
Parfois mes yeux dans le ciel se noient
Et le ciel et la terre tournoient
Comme un manège s’emballant,
la terre se fond dans le ciel à l’envers
Et nous suivons ce mouvement incessant,
Essayant en vain d’attraper des chimères

Hannaka


Ils ont dit…


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Création

      La nature et les modalités de notre production culturelle, ainsi que la façon dont nous réagissons aux phénomènes culturels reposent sur l’artifice de nos souvenirs imparfaits — eux-mêmes manipulés par les sentiments.

Antonio Damasio, L’Ordre étrange des choses, la vie, les sentiments et la fabrique de la culture – édit. Odile Jacob, 2017


Connaissance intime & active de la Nature chez les peuples premiers


    Dans La pensée sauvage, Claude Lévi-Strauss, pour illustrer les connaissances intimes qu’ont de la nature et du monde physique qui les entoure les hommes des sociétés «premières», cite quelques exemples transmis par des ethnologues de terrain de la nature et de l’étendue de ce type de connaissances. 

     Le récit qui suit a été relaté par l’ethnologue américain Harold Conlin, également linguiste et botaniste, dans sa thèse sur une tribu de l’île de Mindoro au sud des Philippines, les Hanunóo, qui pratiquent dans la forêt vierge une culture nomade. (The Relation of Hanunóo Culture to the Plant World – Yale, 1954.)

Firing (Avril) - Cet agriculteur de montagne se déplace à travers un chemin de feu de protection avec une torche de bambou séchées craqué.

      « (…) sous une pluie légère, Langba et moi quittâmes Parina en direction de Binli… A Arasaas, Langba me demanda de découper plusieurs bandes d’écorce, de 10 x 50 cm, de l’arbre anapal kilala (Albizia procera) pour nous préserver des sangsues. En frottant avec la face interne de l’écorce nos chevilles et nos jambes, déjà mouillées par la végétation dégouttante de pluie, on produisait une mousse rose qui était un excellent répulsif. Sur le sentier, près d’Aypud, Langba s’arrêta soudain, enfonça prestement son bâton en bordure du sentier, et déracina une petite herbe, tawag kügun buladlad (Buchnera urticifolia), qui, me dit-il, lui servirait d’appât… pour un piège à sanglera. Quelques instants plus tard, et nous marchions vite, il fit un arrêt semblable pour déraciner une petite orchidée terrestre (très difficile à repérer sous la végétation qui la couvrait) appelée liyamliyam (Epipogum roseum), plante employée pour combattre magiquement les insectes parasites des cultures. A Binli, Langba eut soin de ne pas abîmer sa cueillette, en fouillant dans sa sacoche de palmes tressées pour trouver du apug, chaux éteinte, et du tabaku (Nicotinia tabacum), qu’il voulait offrir aux gens de Binli en échange d’autres ingrédients à chiquer. Après une discussion sur les mérites respectifs des variétés locales de bétel-poivre (Piper betle), Langba obtint la permission de couper des boutures de patates douces (Ipomoea battais) appartenant à deux formes végétatives différentes et distinguées comme kamuti inaswang et kamuti lupaw… Et dans le carré de canote, nous coupâmes 25 boutures (longues d’environ 75 cm) de chaque variété, consistant en l’extrémité de la tige, et nous les enveloppâmes soigneusement dans le grandes feuilles fraiches du saging saba cultivé (Musa sapientum compressa) pour qu’ils gardent leur humidité jusqu’à leur arrivée chez Langba. En route nous mâchâmes des tiges de tubu minima, sorte de canne à sucre (saccharum catechu), et, une autre fois, pour cueillir et manger les fruits, semblables à des cerises sauvages, de quelques buissons de bugnay (Antidesma brunis). Nous atteignîmes le Mararim vers le milieu de l’après-midi, et, tout au long de notre marche, la plus grande partie du temps avait passé en discussions sur les changements de la végétation au cours des dernières dizaines d’années.» (Conklin I, pp.  15-17.)

     Outre les usages des plantes et les relations sociales qui se tissent autour de ces usages, Harold Conklin décrivit dans sa thèse 1.500 termes de catégories employées couramment pour les végétaux par les Hanunóo. Elle permettent l’identification des plantes et décrivent leurs parties constitutives et leurs propriétés. Il accordait aux Hanunóo une double crédibilité scientifique, de systématiciens et de de botanistes. En dehors de leur intérêt pour les plantes. Ils classaient également les animaux (oiseaux,  serpents, poissons), et groupaient en 108 catégories des milliers d’insectes. L’acquisition d’un tel savoir était acquis très tôt, puisqu’une petite fille de 7 ans fut capable, à partir des planches illustrées d’un ouvrage sur les plantes utiles des Philippines, de donner pour chaque plante la désignation hanunóo correspondante ou de déclarer qu’elle n’avait pas vu cette plante auparavant, identifiant ainsi correctement 51 plantes sur 75, avec seulement deux erreurs. (d’après Marie Roué, Ethnoécologue).
      Pour Levi-Strauss, ce classement des éléments naturels de leur environnement, (plantes, animaux, etc…) traduit une exigence d’ordre de la pensée dite primitive. Chaque chose sacrée doit être à sa place et c’est justement le fait qu’elle est à sa place qu’elle peut être considérée comme sacrée. L’introduction du désordre dans l’ordre considéré comme naturel des choses risque de détruire l’ordre entier de l’univers d’où le caractère obligatoire et sans alternative du mythe qui s’impose à l’ensemble des membres de la communauté.

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Tout se joue dans l’enfance ?


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    On parle souvent du Big Bang des origines de l’univers, mais pas si souvent du Big Bang que représente la fabrication du cerveau : 100 milliards de neurones se forment et se connectent. Il y a à peu près autant de neurones dans le cerveau que d’étoiles dans la Voie lactée.


     Seize jours après la fécondation, le cerveau est déjà né. Au départ, c’est une forme floue faites de cellules indifférenciées. Quatorze jours après la conception, trois couches de cellules sont déjà formées. La couche supérieure, l’épiblaste, va devenir le système nerveux et la peau. La couche inférieure, l’hypoblaste, correspondra aux organes internes, comme les intestins. Entre les deux, le mésoderme apparaît, une couche à partir de laquelle se forment les os et les muscles. L’embryon s’organise aussi selon un axe « tête-queue », le long d’une ligne primitive : la notochorde. C’est une structure cellulaire flexible, en forme de tige. La notochorde fonctionne comme un chef d’orchestre, transmettant des ordres aux cellules. C’est autour de cet axe, avec une tête et une queue, que l’organisme se structure. Ce processus, la gastrulation, peut être considéré comme l’événement le plus important de la vie. S’il n’avait pas lieu, notre organisme serait comme celui d’un ver.

La fabrication du cerveau par Hugo Lagerkrantz sur le site Sciences Humaine (sept.2010)


    Un article très intéressant portant sur la « synaptogenèse » du cerveau du jeune enfant trouvé dans le magazine L’uniscope du campus de l’Université de Lausanne (UNIL) – N° 621 de mars 2017. La chercheuse Claudia Bagni travaille sur les protéines qui jouent un rôle dans le processus d’élaboration du cerveau et dont le manque ou la détérioration peut être la cause de certains handicaps intellectuels chez l’enfant.

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Rappel : définitions

    La synaptogenèse est la formation des synapses qui sont des connections entre deux cellules nerveuses ou neurones. Bien qu’elle se produise tout au long de la durée de vie d’une personne saine, une explosion de la formation des synapses se produit au cours du développement précoce du cerveau.
  La synapse est l’endroit de connexion de deux neurones. Il s’agit d’une structure histologique où l’axone d’un neurone s’articule avec les dendrites d’un autre neurone. La transmission de l’influx nerveux de l’axone aux dentrites se fait grâce à l’intermédiaire d’un médiateur chimique (noradrénaline ou acétylcholine) .

Un procédé technique a permis de représenter la façon dont les neurones sont connectés entre eux entre eux. On voit par exemple comment ce neurone en rouge est connecté à cet autre neurone en vert (schémas 1 & 2). En s’approchant encore un peu, on distingue parfaitement l’espace entre les deux neurones : une fente qu’on appelle la synapse (schémas 2 & 4). Pour transmettre ses informations, le neurone situé avant la synapse libère des composés chimiques, ces petites boules blanches appelées neuro-transmetteurs (schéma 5), ils sont acheminées à travers la synapse vers le neurone situé après. C’est par ces échanges permanents entre neuro-transmetteurs que se transmettent toutes les informations entre les neurones de notre cerveau.  (crédit La Fabrique de cerveau – ARTE, Documentaire de Cécile Denjean, 2017)

 


Retour à la synaptogénèse

    « la synaptogénèse est un processus qui concerne la partie la plus élémentaire de la construction du système nerveux, c’est-à-dire le câblage. Sur ces câblages de base, l’interaction avec l’environnement va broder des variations extraordinaires qui concernent non seulement le nombre de cellules qui survivront, le nombre de synapses qui survivront entre ces cellules mais encore le niveau d’activité de ces synapses. On sait en particulier que les phénomènes d’apprentissage ne jouent pas tant au niveau de la modification des circuits que de la modification d’efficacité des circuits. Et cela, c’est toute l’importance de l’environnement, de ce que Jean Pierre Changeux appelle l’épigénétique, comparé à la génétique. Et ceci est une autre histoire. . .»

     « Il doit (…) y avoir des mécanismes de reconnaissance assez généraux entre catégories cellulaires et ensuite l’établissement de la fonction fait que chaque cellule va s’individualiser et va devenir véritablement différente de sa voisine. La synaptogénèse est très largement sous la dépendance du programme génétique intrinsèque à la cellule . Et ceci nécessite une quantité d’information génétique relativement faible puisque chaque cellule ou chaque catégorie cellulaire est dépositaire d’une petite fraction du message et la combinaison dans le temps et dans l’espace de ces informations extrêmement parcellaires conduit à la formation des réseaux nerveux à condition que tout se passe normalement dans le temps et dans l’espace c’est-à-dire d’abord que la prolifération ne soit pas modifiée. On sait que les mutations qui perturbent la prolifération cellulaire entrainent des malformations considérables du cerveau, des mutations qui perturbent la migration entraînent des modifications un peu moins importantes. Et finalement, les mutations qui perturbent la reconnaissance intra-cellulaire entraînent des malformations beaucoup plus faibles. Mais à chacune de ces étapes, la perturbation des mécanismes, soit dans le temps, soit dans l’espace entrainera une désorganisation de l’ensemble. Désorganisation qui est assez difficile à analyser lorsqu’il s’agit effectivement de lésions limitées. On peut faire l’hypothèse que cela corresponde, dans certains cas, à ce que les américains appellent «Minimal Brain Dysfunction», c’est-à-dire des enfants qui ne se comportent pas tout à fait normalement, qui ont des petits troubles soit moteurs, soit sensoriels, des problèmes scolaires. C’est une hypothèse raisonnable mais impossible à tester actuellement. »

Alain Privat (Laboratoire de Neurobiologie du développement de Montpellier)


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Human connectome project

 


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La fabrique du cerveau – ARTE
Documentaire de Cécile Denjean, 2017 – 53 mn

     « Dans les laboratoires du monde entier, la course au cerveau artificiel a déjà commencé. Enquête sur ceux qui tentent de transformer l’homme en être digital afin de le libérer de la vieillesse et de la mort.
Capture d_écran 2017-10-22 à 03.00.18       La science-fiction a inventé depuis longtemps des robots « plus humains que l’humain », mais ce fantasme n’a jamais été plus près d’advenir. Aujourd’hui, des neuroscientifiques et des roboticiens se sont donné pour objectif de créer un cerveau artificiel capable de dupliquer le nôtre. Leur but : extraire l’ensemble des informations « programmées » dans notre cerveau pour les télécharger dans une machine qui nous remplacera et vivra éternellement. Rêve ou cauchemar ? Du Japon aux États-Unis, pionniers en la matière, Cécile Denjean (« Le ventre, notre deuxième cerveau ») enquête aux frontières de la science et de la fiction, sur des recherches aux moyens démesurés. Éternité digitale La « brain race » (« course au cerveau ») a aujourd’hui remplacé la « space race » (« course spatiale »). Après le séquençage du génome, la cartographie complète des connexions neuronales humaines, le Connectome, constitue le nouvel horizon de nombreuses recherches en cours. Cette « carte » du cerveau, récemment esquissée, comporte encore beaucoup de zones inexplorées. Pourra-t-on un jour « télécharger » les données d’une conscience individuelle comme on installe un logiciel ? Les enjeux diffèrent considérablement selon les acteurs. Dans le cas de grands projets scientifiques financés par les gouvernements, il s’agit de mieux comprendre le cerveau. Pour les transhumanistes, le but avoué est d’atteindre l’immortalité. Quant à l’empire Google, qui s’y intéresse également de près, il ambitionne de créer une intelligence capable d’apprendre et d’interagir avec le monde. Cette quête insensée, si elle aboutit un jour, offrira-t-elle l’éternité digitale à quelques milliardaires ? Donnera-t-elle naissance à une intelligence artificielle mondiale et désincarnée ?  »  

À voir absolument pour comprendre où l’on 
nous mène sans nous demander notre avis…  


Transcender l’humain

Transcender : du latin transcendere de scando « monter » avec le préfixe trans-.
1) Faire dépasser à quelque chose ou quelqu’un ses limites habituelles, normales.
(Religion) L’essence de Dieu est inconnaissable, non seulement pour nous, mais en soi, parce qu’elle transcende toute catégorie, parce que Dieu est superessentiel.  (Louis Rougier, Histoire d’une faillite philosophique: la Scolastique, 1966)   –  (Wictionnaire)


Pour en savoir plus


Ils ont dit…


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le dôme du Panthéon

Sommes nous légitimes ?

     « Nous mourrons un jour, et c’est là notre chance. La plupart des gens ne mourront jamais dans la mesure où ils ne naîtront jamais. Les êtres hypothétiques qui auraient pu tenir ma place dans le monde mais qui, dans la réalité, ne verront jamais le jour, excèdent les grains de sable de l’Arabie. Assurément, ces fantômes incluent des poètes qui surpassent Keats, des scientifiques qui surpassent Newton. Nous le savons parce que le nombre d’individus potentiels postulé par notre ADN excède infiniment le nombre des vivants. En dépit de ces probabilités époustouflantes, ce sont deux êtres banals, vous et moi, qui vivent ici…»

Richard Dawkins, Les Mystères de l’arc-en ciel, 1998

      Et l’auteur, dans son ouvrage « Pour en finir avec Dieu » paru huit années plus tard de revenir sur sa citation et d’écrire : « Nous, le petit nombre des privilégiés, qui avons gagné contre toute attente à la loterie de la naissance, comment osons-nous nous plaindre de notre retour inévitable à cet état antérieur d’où l’immense majorité des êtres potentiels ne sont jamais sortis ? ». Par ces deux citations, l’éminent biologiste, éthologiste et académicien britannique Richard Dawkins, athéiste et rationaliste convaincu semble établir une hiérarchie entre les « Grands Hommes » qui sont des êtres d’exception et les « êtres banals » dont vous et moi faisons partie et parmi lesquels, par fausse modestie, il se place. Ce faisant, et cela paraît surprenant pour un scientifique et un penseur d’un tel niveau, défenseur de la théorie de l’évolution, il semble oublier le fait que l’un des moteurs de l’évolution est la capacité des faibles à s’adapter à leur milieu et par là-même faire progresser la complexité de la vie et la résilience de leur espèce. Cette adaptation résulte rarement d’une capacité intellectuelle supérieure mais de mutations dues à des accidents génétiques et au hasard. Nos lointains ancêtres, les primates qui ont quitté en Afrique les forêts protectrices pour la savane pleine de dangers ne l’ont pas fait de manière volontaire mais parce que ces forêts s’étaient raréfiées par suite de changements climatiques de grande ampleur et ne pouvaient plus subvenir à leurs besoins. Seuls les plus forts des primates ont pu rester dans les forêts restantes en chassant leurs congénères les plus faibles. Ceux qui sont resté n’ont pas eu besoin d’évoluer puisque leur nature était déjà parfaitement adaptée à leur environnement mais parmi ceux qui ont été chassés, seuls ceux qui ont pu développer, le temps aidant, des dispositions anatomiques et cognitives supplémentaires ont pu survivre, maîtriser leur nouvel environnement et faire ainsi réaliser à l’espèce humaine un bond qualitatif d’une ampleur considérable. L’évolution ne favorise pas les êtres d’exception par rapport aux êtres banals. on peut même considérer qu’elle une prime aux êtres les plus faibles dans la mesure où ceux-ci sont les plus aptes à mettre à profit pour leur survie les mutations produites par le hasard.

Newton par Gotlib
Newton vue par Gotlib

     D’autre part, Richard Dawkins néglige le fait que parmi les « êtres banals », beaucoup auraient pu devenir des Keats et des Newton, si les conditions sociales dans lesquelles ils avaient vécus et les évènements auxquels ils avaient été confrontés, même les plus anodins, avaient été différents. Newton, n’a t-il pas eu la révélation de la théorie de la gravitation universelle en regardant une pomme tomber dans son verger, un soir au clair de lune ? Archimède, son fameux théorème, en jouant dans sa baignoire, Alexander Fleming, sa découverte de la pénicilline par négligence pour ne pas avoir nettoyé son laboratoire avant de partir en vacances. Combien d’individus « banals » étaient des êtres d’exception en puissance ? Alors n’établissons pas de critères de légitimité ou d’illégitimité pour le fait d’être sur terre et d’exister. L’humanité est indivisible, elle forme un Tout, pour le meilleur et pour le pire…

Enki sigle