Meraviglia – Doulce France : poème « L’amour de moy » (XIVe siècle)


Au sommet du sublime….

   À la lecture du titre de cette délicieuse chanson tirée d’un poème du XIVe siècle français dont l’auteur est inconnu, une précision s’impose; il ne faut pas voir là je ne sais quel thème égocentrique du type « l’amour de moi-même » mais une référence à « mon amour », c’est à dire à celle (ou celui) qui est l’objet de mon amour. Parmi les très nombreuses interprétations de cette mélodie, les plus réussies me semblent celles qui utilisent l’arrangement pour chœur élaboré par le tandem composé des chefs d’orchestre américains Alice Parker et Robert Shaw. De nombreux chanteurs ont interprété en solo cette chanson dont Nana Mouskouri et Jacques Douai

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L’Amour de moy…

L’amour de moy s’y est enclose
Dedans un joli jardinet
Où croît la rose et le muguet
Et aussi fait la passerose

Ce jardin est bel et plaisant
Il est garni de toutes flours
On y prend son ébattement
Autant la nuit comme le jour

Hélas ! Il n’est si douce chose
Que de ce doux rossignolet
Qui chante au soir, au matinet
Quand il est las, il se repose

Je la vis l’autre jour, cueillir
La violette en un vert pré
La plus belle qu’oncques je vis
Et la plus plaisante à mon gré

Je la regardai une pose
Elle était blanche comme lait
Et douce comme un agnelet
Et vermeillette comme rose

L’amour de moy s’y est enclose
Dedans un joli jardinet
Où croît la rose et le muguet
Et aussi fait la passerose.

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« Dialogue de l’arbre » de Paul Valéry


Poème en prose de Paul Valéry dit, mis en musique et illustré par Léa Ciari

    Ce poème de Paul Valéry interprété et mis en musique magnifiquement par Léa Ciari est extrait d’un livre que l’on considère comme l’un des plus beaux jamais écrit à la gloire de l’arbre, « Dialogue de l’Arbre« , écrit en 1943, sous l’Occupation. Voici comment Paul Valéry présente le 25 octobre 1943 ce poème en prose rythmée : « Une certaine circonstance — un hasard, puisque le hasard est à la mode — m’ayant fait revenir, il y a quelque temps, aux Bucoliques de Virgile, (que je n’avais pas revues, je l’avoue, depuis bien des années), ce retour au collège m’a inspiré d’écrire, comme un devoir d’écolier, la fantaisie en forme de dialogue pastoral dont je vous lirai quelque partie. Des discours, plus ou moins poétiques, consacrés à la gloire d’un Arbre, s’échangent entre un Tityre et un Lucrèce, dont j’ai pris les noms sans les consulter.» C’est donc en référence aux Bucoliques de Virgile que Valéry, par l’intermédiaire d’un dialogue deux personnages, Lucrèce et Tityre, écrit ce texte poétique et exalté sur l’arbre qui est une invitation à une méditation sur la biologie, la plante et ses types. La partie du dialogue dite par Léa Ciari est celle de la troisième réplique de Tityre aux propos de Lucrèce (4ème ligne).


Paul Valéry (1871-1945)
Paul Valéry (1871-1945)

« Dialogue de l’Arbre » de Paul Valéry (extrait)

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Camille Josso – .De rerum Natura de Lucrèce, 1950


Léa Ciari

     Léa Ciari est une artiste aux talents multiples puisqu’elle s’intéresse à la peinture, la photographie, la poésie, la musique et la lecture musicale de poésie qu’elle pratique dans la région de Montpellier au sein de « la Lyre de paille », une association qui s’est donné pour mission de « faire découvrir à un large public la poésie par la lecture avec comme support la musique, les arts plastiques et le multimédia. » Il est déjà téméraire de vouloir adjoindre à un texte poétique au statut iconique une voix, vouloir y ajouter une musique est encore plus risqué. N’est pas Léo Ferré qui veut…  Léa Ciari a réussi le tour de force de fondre sa voix et sa musique dans l’intimité profonde du poème et de l’arbre. Bravo !

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Marges

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la famille Simpson au jardin

marge : nom possédant plusieurs significations. En dehors du surnom Marge donnée à Marjorie Simpson née Bouvier et épouse de l’inénarrable Homer Simpson de la série télévisée d’animation déjantée Les Simpson que j’adore et qui, on va le voir, n’est pas si éloignée par son esprit du propos que je vais développer, deux de ces significations m’intéressent : 

  • en gestion de projet, la marge représente la possibilité de retarder une tâche sans retarder le projet. Objectif souvent recherché mais rarement atteint qui résume l’histoire de ma vie…
  • En géographie, la marge est un type d’espace qui se démarque plutôt par défaut du système territorial auquel elle appartient. C’est un lieu ou un espace de liberté qui se situe en dehors de la normalité et du conventionnel.

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        En promenant ma chienne Gracie à travers les champs qui subsistent encore autour de chez moi en bordure des zones pavillonnaires (Pour combien de temps ?), je passe souvent à proximité d’un potager comme je les aime : clôture dépareillée faite de bric et de broc où les potelets de bois sont coiffés de boîtes de conserves rouillées, serres improvisées bancales au parois faites de feuilles de plastique rafistolées, appenti de bois bâti de guingois avec des matériaux de récupération, vieux fûts métalliques et bidons plastiques entassés au petit bonheur la chance. Tout cet univers semble avoir la phobie des lignes droites, verticales et horizontales et le culte de l’oblique. Autour de ces installations, une végétation luxuriante semble avoir pris le pli de cet exercice de liberté débridée qu’elle contemplait autour d’elle : arbres fruitiers, groupes de petits arbustes à baies, colonnes et pyramides de légumineuses,  rangées de poireaux, de salades et massifs de fleurs ornementales se succèdent dans un désordre apparent. Bref, un espace de liberté absolue totalement affranchi des canons de l’ordonnancement et de la beauté formatée et de la distinction entre le « propre » et le « sale ». Certes, ce lieu « jure » avec l’alignement des maisons aux jardins savamment organisés et bien entretenus de la route voisine mais c’est justement ce contraste que je trouve intéressant. Quelqu’un a décidé que lorsqu’il pénétrerait dans ce lieu, il déposerait à son entrée discipline, préjugés, conformisme et contraintes sociales et permettrait à sa personnalité profonde de s’exprimer en toute liberté. Je n’ai jusqu’à ce jour encore jamais vu le jardinier de  lieu improbable, je me plais à imaginer que c’est un misanthrope bourru au visage envahi par une barbe envahissante et indisciplinée à l’image des plantes de son jardin à moins que ce soit un gnome mélancolique et irascible venu de la forêt voisine mais peut-être est-il simplement l’un des habitants de ces maisons voisines proprettes dont le jardin est si bien tenu…

      Ces lieux « en marge » dans nos paysages et dans nos villes comme l’étaient les jardins ouvriers sont de plus en plus rares, ils disparaissent  peu à peu sous la pression du désir de rentabilisation de l’espace et du conformisme social. Les lieux singuliers rentrent ainsi « dans le rang » pour se tenir « au garde-à-vous » dans le paysage. L’année dernière, une des dernières allées rurales conduisant au lac, d’autant plus précieuse qu’elle était peut-être la dernière sur les rives du lac, a été calibrée et bordée on ne sait trop pourquoi de bordurettes de bois traité et sa partie terminale qui rejoignait le lac, aménagée par une allée de bois décollée du sol formant ponton… Cet aménagement qui a coûté une fortune ne sert strictement à rien sinon peut-être à avoir satisfait l’égo d’aménageurs qui auront pu imprimer leur volonté et leur marque à une Nature qu’ils jugeaient sans doute insuffisamment artialisée* et trop « naturelle ». Désormais, lorsqu’on emprunte cette voie, on ne perçoit plus l’image d’un vestige de ruralité (qui n’était aucunement artificiel car l’allée était empruntée par les troupeaux du centre d’élevage tout proche) mais d’une opération de « valorisation de l’environnement naturel et de qualification urbanistique pour l’accès au plus grand nombre dans un but ludique ».

La messe est dite…

Amen !

     L’ironie de l’histoire est qu’après avoir détruit ces authentiques lieux marginaux, certains bons esprits veulent les reconstituer de manière artificielle comme un « décor ». C’est ainsi qu’en Suisse, à Lausanne, au milieu d’un parc de style anglais méticuleusement entretenu, on a reconstitué un potager sauvage et désordonné avec des aménagements faits de bric et de broc. On imagine la torture infligée aux jardiniers patentés qui ont du se faire violence pour agir contre leurs principes d’organisation et de rangement et leur culte d’une apparence lissée et transparente…

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Ma chienne Gracie toute décontenancée sur le ponton terminal de notre ancienne allée rurale

 * artialisation :  L’artialisation (Néologisme issu des écrits de Montaigne) est un concept philosophique, désignant l’intervention de l’art dans la transformation de la nature. Le philosophe Alain Roger a clairement défini, expliqué et illustré cette nouvelle notion philosophique dans son ouvrage intitulé, Le court Traité du paysage (1997). (crédit Wikiversité)

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Le platane de Barrès ou l’arbre de M. Taine

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Un platane à Paris – Jardin de Bagatelle

       Dans le roman de Maurice Barrès Les Déracinés paru en 1897, le jeune Lorrain Rœmerspacher, l’un des sept jeunes Nancéiens installés à Paris, vient d’écrire un article remarqué sur l’œuvre d’Hippolyte Taine, Les Origines de la France contemporaine. Le grand homme (dans le roman, personne réelle mêlée à des personnages inventés), touché par la pertinence de son propos, lui accorde une visite et le conduit au square des Invalides où il lui désigne un platane avec lequel il entretien une relation toute particulière puisqu’il en a fait à la fois un ami et un modèle : celui d’une vie qui, puisant son énergie dans les profondeurs de la terre qui l’a vu naître, obéit aux lois de son développement naturel, tirant sa force même et son harmonie intérieure de «l’acceptation des nécessités de la vie».

°°°

Maurice Barrès, Les déracinés – Extrait

 hippolyte-taine-1828-1893    Ils étaient arrivés devant le square des Invalides ; M. Taine s’arrêta, mit ses lunettes et, de son honnête parapluie, il indiquait au jeune homme un arbre assez vigoureux, un platane, exactement celui qui se trouve dans la pelouse à la hauteur du trentième barreau de la grille compté depuis l’esplanade. Oui, de son parapluie mal roulé de bourgeois négligent, il désignait le bel être luisant de pluie, inondé de lumière par les destins alternés d’une dernière journée d’avril.

    « Combien je l’aime, cet arbre ! Voyez le grain serré de son tronc, ses nœuds vigoureux ! Je ne me lasse pas de l’admirer et de le comprendre. Pendant les mois que je passe à Paris, puisqu’il me faut un but de promenade, c’est lui que j’ai adopté. Par tous les temps, chaque jour, je le visite. Il sera l’ami et le conseiller de mes dernières années… Il me parle de tout ce que j’ai aimé : les roches pyrénéennes, les chênes d’Italie, les peintres vénitiens. Il m’eût réconcilié avec la vie, si les hommes n’ajoutaient pas aux dures nécessités de leur condition tant d’allégresse dans la méchanceté.
     Sentez-vous sa biographie ? Je la distingue dans son ensemble puissant et dans chacun de ses détails qui s’engendrent. Cet arbre est l’image expressive d’une belle existence. Il ignore l’immobilité. Sa jeune force créatrice dès le début lui fixait sa destinée, et sans cesse elle se meut en lui, Puis-je dire que c’est sa force propre ? Non pas, c’est l’éternelle unité, l’éternelle énigme qui se manifeste dans chaque forme. Ce fut d’abord sous le sol, dans la douce humidité, dans la nuit souterraine, que le germe devint digne de la lumière. Et la lumière alors a permis que la frêle tige se développât, se fortifiât d’états en états. Il n’était pas besoin qu’un maître du dehors intervînt. Le platane allégrement étageait ses membres, élançait ses branches, disposait ses feuilles d’année en année jusqu’à sa perfection. Voyez qu’il est d’une santé pure ! Nulle prévalence de son tronc, de ses branches, de ses feuilles ; il est une fédération bruissante. Lui-même il est sa loi et il l’épanouit… Quelle bonne leçon de rhétorique ; et non seulement de l’art du lettré, mais aussi quel guide pour penser ! Lui, le bel objet, ne nous fait pas voir une symétrie à la française mais la logique d’une âme vivante et ses engendrements. Au terme d’une vie où j’ai tant aimé la logique, il me marque ce que j’eus peut-être de systématique et qui n’exprimait pas toujours ma décision propre, mais une influence extérieure. En éthique surtout je le tiens pour mon maître. Regardez-le bien. Il a eu ses empêchements, lui aussi ; voyez comme il était gêné par les ombres des bâtiments : il a fui vers la droite, s’est orienté vers la liberté, a développé fortement ses branches en éventail sur l’avenue. Cette masse puissante de verdure obéit à une raison secrète, à la plus sublime philosophie, qui est l’acceptation des nécessités de la vie. Sans se renier, sans s’abandonner, il a tiré des conditions fournies par la réalité le meilleur parti, le plus utile. Depuis les plus grandes branches jusqu’aux plus petites radicelles, tout entier il a opéré le même mouvement… Et maintenant, cet arbre qui, chaque jour avec confiance, accroissait le trésor de ses énergies, il va disparaître parce qu’il a atteint sa perfection. L’activité de la nature, sans cesser de soutenir l’espèce, ne veut pas en faire davantage pour cet individu. Mon beau platane aura vécu. Sa destinée est ainsi bornée par les mêmes lois, qui, ayant assuré sa naissance, amèneront sa mort. Il n’est pas né en un jour, il ne disparaîtra pas non plus en un instant… Déjà en moi des parties se défont et bientôt je m’évanouirai ; ma génération m’accompagnera, et puis un peu plus tard viendra votre tour et celui de vos camarades…»

    M. Taine, quand il était heureux d’une idée, d’un développement d’idées surtout, avait pour conclure un sourire extrêmement doux qui plissait ses paupières et jouait autour des lèvres sans presque remuer les joues. Il regarda un instant avec cette bienveillance son compagnon. […]
     Les paroles de M. Taine, en ce jeune homme qui a des loisirs, épuiseront peu à peu leurs conséquences. Immédiatement ce qu’il entrevoit, c’est la position humble et dépendante de l’individu dans le temps et dans l’espace, dans la collectivité et dans la suite des êtres. Chacun s’efforce de jouer son petit rôle et s’agite comme frissonne cliaque feuille du platane; mais il serait agréable et noble, d’une noblesse et d’un agrément divins, que les feuilles comprissent leur dépendance du platane et comment sa destinée favorise et limite, produit et englobe leurs destinées particulières. Si les hommes connaissaient la force qui sommeillait dans le premier germe et qui successivement les fait apparaître identiques à leurs prédécesseurs et à ceux qui viendront, s’ils pouvaient se confier les lois du vent qui les arrachera de la branche nourricière pour les disperser, quelle conversation d’amour vaudrait l’échange et la contemplation de ces vérités?… D’avoir approché, à côté de M. Taine, en union avec M. Taine, et d’un cœur modeste mais ému, ces problèmes de l’universel et de l’unité, naît pour Rœmerspacher un contentement joyeux et d’une qualité apaisante et religieuse. Il voudrait être relié avec tous ses semblables, leur communiquer et s’approprier dans l’allégresse, cette curiosité que ne peuvent manquer d’inspirer les lois de la nature, et en même temps cette soumission à laquelle elles ont droit.

Maurice Barrès, « Les Déracinés », dans Romans et voyages, tome I, Robert Laffont, collection Bouquins, 1994, p. 596-597.

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Platane d’Orient (Platanus orientalis) planté par Buffon en 1785 au Jardin des plantes à Paris.

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      Dans une étude comparative entre entre le platane de Taine dans Les Déracinés de Barrès et le marronnier de Sartre dans La Nausée, l’universitaire Philippe Zard  présente le platane, à l’époque où Barrès écrit son roman, comme se situant au « croisement d’une symbolique archétype (l’arbre étant le symbole par excellence) et d’une détermination historique et politique ». L’arbre est d’abord symbole de vie et métaphore organiciste par sa « logique d’âme vivante et de ses engendrements » qui répète le cycle de la naissance, de la vie et de la mort et par ses capacités de lutte et d’adaptation aux contraintes du milieu qui le font obéir à « une raison secrète, à la plus sublime philosophie, qui est l’acceptation des nécessités de la vie ». En même temps, pour l’idéologie conservatrice et nationaliste, l’arbre, avec sa sève et ses racines s’enfonçant profondément dans la terre nourricière est une métaphore du sang et des liens qui unissent l’homme à sa terre natale. La symbolique de l’arbre s’étend à la société toute entière : il s’apparente alors à une « fédération bruissante » dont « l’éternelle unité, l’éternelle énigme […] se manifeste dans chaque forme ». Dans son roman, Barrès fait jouer à Taine un rôle de sage et de conseiller pour le jeune déraciné Rœmerspacher qui a du quitter sa patrie soumise au joug prussien en lui offrant l’exemple de l’arbre capable de s’épanouir de manière harmonieuse jusqu’à la perfection et d’accomplir avant de mourir son devoir de renouvellement et perpétuation de l’espèce. Ainsi, comme « symbole individuel, l’arbre renvoie implicitement à une pensée du collectif (et) peut devenir la représentation par excellence du corps de la nation ».

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Transcender la réalité

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Les beaux jours d’automne – Un hommage au parc du château d’Hohenheim

      Pour ceux pour qui la prise de vue n’est pas aboutissement mais un point de départ pour l’inconnu et le rêve. Pour ceux qui refusent que la ligne du temps s’interrompt brutalement mais qui veulent poursuivre le voyage non plus sur la voie étroite jusque là empruntée mais en se projetant dans toutes les directions de l’espace et du temps dans une totale liberté. C’est ce que réalise Laura du côté de Stuttgart avec imagination et talent en retravaillant les épreuves de ses prises de vue. Avec elle, la réalité se transcende et un coin banal de forêt devient un Nemeton mystérieux ou une forêt enchantée. Un retour au pictorialisme en quelque sorte qui utiliserait et mettrait à profit toutes les possibilités nouvelles qu’offrent les techniques modernes numériques de retouche d’images. Je vous invite à découvrir son blog, il en vaut la peine :  Laura’s Blog, c’est  ICI   (c’est en allemand).

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détail   (cadrage réalisé par Enki)

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« Out of control »

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Maîtrisez vos pulsions !

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Soyez prudents dans vos choix de plantes d’intérieur et n’abusez pas des engrais végétaux…

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Le Paradis décrit par Victor Hugo ou quand l’écrit l’emporte sur la peinture…

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Lucas Cranach l’Ancien – Adam et Ève, 1526

Les différentes représentations du Paradis

Paradis : (Xe siècle) Du latin ecclésiastique paradisius « Jardin, Paradis, jardin d’éden » issu du grec ancien παράδεισος = parádeisos  « enclos pour animaux », le terme fut utilisé lors de la traduction de la bible en grec pour désigner l’Eden. Le mot était lui-même issu de *pairiḍaēza signifiant « jardin, enclos, espace clos, enceinte noble, verger clôturé ou terrain de chasse » et issu de la langue avestique, une ancienne langue indo-iranienne utilisée dans l’Avesta, l’ancien livre sacré des iraniens zoroastrien. Le mot est composé de pairi « autour » et de daēza « mur » et a été transmis en Grèce par l’intermédiaire du persan pardêz.  À noter également la proximité  de ce mot avec l’hébreu « פרדס »(qui se prononce «pardes» comme son équivalent en chaldéen)Un paradis, ce n’était donc dans les temps anciens, qu’un jardin clos, espace privilégié par la flore, la faune et l’eau qu’il renfermait et protégeait, un lieu idéal pour les hommes du désert compte tenu de sa rareté. Ce mot apparaît plusieurs fois dans la Bible hébraïque avec le sens de jardin, verger, parc.

Jardin d’Eden : Le jardin d’Éden (hébreu גן עדן, jardin des délices) (arabe عَدْن, جَنَّة عَدْن, عدن, jardin des délices) est le nom du jardin merveilleux où la genèse (chapitres 2 et 3) situe l’histoire d’Adam et Ève. Il est souvent comparé au Paradis. Le mot Éden proviendrait du terme edinu « plainesteppe » appartenant à une langue sémitique, l’akkadien, fortement influencé par l’ancien sumérien, et qui était parlée du début du IIe jusqu’au Ier millénaire avant J.C. en Mésopotamie.

Jardin des HespéridesSelon une version de la mythologie grecque, les trois nymphes du couchant, filles d’Atlas et d’Hespéris, «l’heure du soir» qui représente l’Occident, le Couchant personnifié s’appellent les Hespérides (en grec ancien Ἑσπερίδες / Hesperídes. Elles résidaient dans un verger fabuleux, le fameux jardin des Hespérides, situé à la limite occidentale du monde (rives de l’Espagne ou du Maroc) et avaient la garde d’un pommier sacré, cadeau de Gaïa à Hera, qui produisait des fruits d’or destinés à Hera mais qu’elles chapardaient sans scrupules. Hera le fit donc garder par un dragon à cent têtes, Nérée. Le onzième des travaux d’Héraclès lui imposait de rapporter des fruits de cet arbre, il y parviendra grâce à l’aide de Nérée et d’Atlas. Les historiens se querellent sur la nature des fruits de l’arbre sacré; pour certains les fruits seraient des oranges, pour d’autres des coings.

L’Île de la nymphe Calypso : La nymphe, reine de l’île d’Ogygie, la presqu’île de Ceuta en face de Gibraltar, Calypso (Gr. Καλυψώ; Lat. Calypso), qui était la fille d’Atlas tomba amoureuse d‘Ulysse qui venait de faire naufrage. Elle s’efforça vainement durant sept années de lui faire oublier sa patrie et son épouse dans sa grotte enchantée, entourée de bois de peupliers et de cyprès et décorée de vignes et lui offrit l’immortalité mais le héros  qui s’ennuyait ferme préféra quitter ce paradis et retrouver sa vie passée.

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Babur (le fondateur de l’Empire moghol en Inde au XVIe siècle) supervisant la construction d’un jardin

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Le texte magnifique de Victor Hugo décrivant le paradis ( La Légende des Siècles)

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Hieronymus Bosch – le Jardin des délices, entre 1480 et 1505

Première série – D’Ève à Jésus
I

L’aurore apparaissait ; quelle aurore ? Un abîme
D’éblouissement, vaste, insondable, sublime ;
Une ardente lueur de paix et de bonté.
C’était aux premiers temps du globe ; et la clarté
Brillait sereine au front du ciel inaccessible,
Étant tout ce que Dieu peut avoir de visible ;
Tout s’illuminait, l’ombre et le brouillard obscur ;
Des avalanches d’or s’écroulaient dans l’azur ;

Le jour en flamme, au fond de la terre ravie,
Embrasait les lointains splendides de la vie ;
Les horizons pleins d’ombre et de rocs chevelus,
Et d’arbres effrayants que l’homme ne voit plus,
Luisaient comme le songe et comme le vertige,
Dans une profondeur d’éclair et de prodige ;
L’Éden pudique et nu s’éveillait mollement ;
Les oiseaux gazouillaient un hymne si charmant,
Si frais, si gracieux, si suave et si tendre,
Que les anges distraits se penchaient pour l’entendre ;
Le seul rugissement du tigre était plus doux ;
Les halliers où l’agneau paissait avec les loups,
Les mers où l’hydre aimait l’alcyon, et les plaines
Où les ours et les daims confondaient leurs haleines,
Hésitaient, dans le chœur des concerts infinis,
Entre le cri de l’antre et la chanson des nids.
La prière semblait à la clarté mêlée ;
Et sur cette nature encore immaculée
Qui du verbe éternel avait gardé l’accent,
Sur ce monde céleste, angélique, innocent,
Le matin, murmurant une sainte parole,
Souriait, et l’aurore était une auréole.
Tout avait la figure intègre du bonheur ;
Pas de bouche d’où vînt un souffle empoisonneur ;
Pas un être qui n’eût sa majesté première ;
Tout ce que l’infini peut jeter de lumière
Éclatait pêle-mêle à la fois dans les airs ;
Le vent jouait avec cette gerbe d’éclairs

Dans le tourbillon libre et fuyant des nuées ;
L’enfer balbutiait quelques vagues huées
Qui s’évanouissaient dans le grand cri joyeux
Des eaux, des monts, des bois, de la terre et des cieux !
Les vents et les rayons semaient de tels délires
Que les forêts vibraient comme de grandes lyres ;
De l’ombre à la clarté, de la base au sommet,
Une fraternité vénérable germait ;
L’astre était sans orgueil et le ver sans envie ;
On s’adorait d’un bout à l’autre de la vie ;
Une harmonie égale à la clarté, versant
Une extase divine au globe adolescent,
Semblait sortir du cœur mystérieux du monde ;
L’herbe en était émue, et le nuage, et l’onde,
Et même le rocher qui songe et qui se tait ;
L’arbre, tout pénétré de lumière, chantait ;
Chaque fleur, échangeant son souffle et sa pensée
Avec le ciel serein d’où tombe la rosée,
Recevait une perle et donnait un parfum ;
L’Être resplendissait, Un dans Tout, Tout dans Un ;
Le paradis brillait sous les sombres ramures
De la vie ivre d’ombre et pleine de murmures,
Et la lumière était faite de vérité ;
Et tout avait la grâce, ayant la pureté ;
Tout était flamme, hymen, bonheur, douceur, clémence,
Tant ces immenses jours avaient une aube immense !

Herri met de Bles - Le Paradis, entre 1541 et 1550

Herri met de Bles – Le Paradis, entre 1541 et 1550

Lucas Cranach l'Ancien - Le Jardin d'Eden, XVIe siècle

Lucas Cranach l’Ancien – Le Jardin d’Eden, XVIe siècle

II

Ineffable lever du premier rayon d’or !
Du jour éclairant tout sans rien savoir encor !
Ô Matin des matins ! amour ! joie effrénée
De commencer le temps, l’heure, le mois, l’année !
Ouverture du monde ! instant prodigieux !
La nuit se dissolvait dans les énormes cieux
Où rien ne tremble, où rien ne pleure, où rien ne souffre ;
Autant que le chaos la lumière était gouffre ;
Dieu se manifestait dans sa calme grandeur,
Certitude pour l’âme et pour les yeux splendeur ;
De faîte en faîte, au ciel et sur terre, et dans toutes
Les épaisseurs de l’être aux innombrables voûtes,
On voyait l’évidence adorable éclater ;
Le monde s’ébauchait ; tout semblait méditer ;
Les types primitifs, offrant dans leur mélange
Presque la brute informe et rude et presque l’ange,
Surgissaient, orageux, gigantesques, touffus ;
On sentait tressaillir sous leurs groupes confus
La terre, inépuisable et suprême matrice ;
La création sainte, à son tour créatrice,
Modelait vaguement des aspects merveilleux,
Faisait sortir l’essaim des êtres fabuleux

Tantôt des bois, tantôt des mers, tantôt des nues,
Et proposait à Dieu des formes inconnues
Que le temps, moissonneur pensif, plus tard changea ;
On sentait sourdre, et vivre, et végéter déjà
Tous les arbres futurs, pins, érables, yeuses,
Dans des verdissements de feuilles monstrueuses ;
Une sorte de vie excessive gonflait
La mamelle du monde au mystérieux lait ;
Tout semblait presque hors de la mesure éclore ;
Comme si la nature, en étant proche encore,
Eût pris, pour ses essais sur la terre et les eaux,
Une difformité splendide au noir chaos.

Les divins paradis, pleins d’une étrange sève,
Semblent au fond des temps reluire dans le rêve,
Et, pour nos yeux obscurs, sans idéal, sans foi,
Leur extase aujourd’hui serait presque l’effroi ;
Mais qu’importe à l’abîme, à l’âme universelle
Qui dépense un soleil au lieu d’une étincelle,
Et qui, pour y pouvoir poser l’ange azuré,
Fait croître jusqu’aux cieux l’Éden démesuré !

Jours inouïs ! le bien, le beau, le vrai, le juste,
Coulaient dans le torrent, frissonnaient dans l’arbuste ;
L’aquilon louait Dieu de sagesse vêtu ;
L’arbre était bon ; la fleur était une vertu ;

C’est trop peu d’être blanc, le lis était candide ;
Rien n’avait de souillure et rien n’avait de ride ;
Jours purs ! rien ne saignait sous l’ongle et sous la dent ;
La bête heureuse était l’innocence rôdant ;
Le mal n’avait encor rien mis de son mystère
Dans le serpent, dans l’aigle altier, dans la panthère ;
Le précipice ouvert dans l’animal sacré
N’avait pas d’ombre, étant jusqu’au fond éclairé ;
La montagne était jeune et la vague était vierge ;
Le globe, hors des mers dont le flot le submerge,
Sortait beau, magnifique, aimant, fier, triomphant,
Et rien n’était petit quoique tout fût enfant ;
La terre avait, parmi ses hymnes d’innocence,
Un étourdissement de sève et de croissance ;
L’instinct fécond faisait rêver l’instinct vivant ;
Et, répandu partout, sur les eaux, dans le vent,
L’amour épars flottait comme un parfum s’exhale ;
La nature riait, naïve et colossale ;
L’espace vagissait ainsi qu’un nouveau-né.
L’aube était le regard du soleil étonné.

The garden of Eden with the fall of man, by Jan Brueghel de Elder and Peter Paul Rubens

Pierre Paul Rubens et Jan Brueghel l’Ancien – Le Jardin d’Eden et la chute de l’homme, vers 1615

III

Or, ce jour-là, c’était le plus beau qu’eût encore
Versé sur l’univers la radieuse aurore ;

Le même séraphique et saint frémissement
Unissait l’algue à l’onde et l’être à l’élément ;
L’éther plus pur luisait dans les cieux plus sublimes ;
Les souffles abondaient plus profonds sur les cimes ;
Les feuillages avaient de plus doux mouvements ;
Et les rayons tombaient caressants et charmants
Sur un frais vallon vert, où, débordant d’extase,
Adorant ce grand ciel que la lumière embrase,
Heureux d’être, joyeux d’aimer, ivres de voir,
Dans l’ombre, au bord d’un lac, vertigineux miroir,
Étaient assis, les pieds effleurés par la lame,
Le premier homme auprès de la première femme.

L’époux priait, ayant l’épouse à son côté.

°°°Jan Bruegel l'Ancien - Ulysse et Calypso, 1616

Jan Bruegel l’Ancien – Ulysse et Calypso, 1616

Marc Chagall - Adam et Ève chassés du paradios, 1961

Marc Chagall – Adam et Ève chassés du paradis, 1961

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