Ils ont dit – Marcel Jousse sur le mimisme de l’enfance


Eloge du mimisme par Marcel Jousse 

     « Nous passons quelquefois nos loisirs à lire des romans, le plus beau roman que nous puissions lire, c’est de regarder un enfant, encore plus que de l’écouter. faire dire ou faire mimer à l’enfant une des innombrables expériences de sa jeune vie, pas de joie plus fine et plus scientifique pour l’étude de l’esprit humain ! Vous avez dans l’enfant une intelligence qui n’a pas encore été contaminée par notre afflux d’algèbre et de livrisme. Rien de plus fin, de plus frais, de plus spontané.  […]  Toute cette souplesse enfantine, toute cette finesse d’intussusception * passera très vite avec notre façon de congeler l’enfant sur les bancs de l’école qui l’empêche de penser. Vous avez énormément d’enfants qui n’arrivent pas à écrire et nous les classerons parmi les anormaux alors qu’ils se seraient épanouis normalement à même les choses.

       […]  L’enfant arrive en classe à 8 heures jusqu’à onze heures, et de une heure jusqu’à six heures, et cela pendant des années et des années ! Cette petite chose si souple et si vivante que je vous montrais allant attraper des sauterelles, des grenouilles, des hannetons, des mouches, mais il ne trouve même plus de mouches ! il n’y en a plus, tout a été parfaitement désinfecté ! Il n’y a plus de sauterelles, il n’y a plus de grenouilles, il n’y a plus rien, rien… Alors quand le petit enfant n’a pas remué, on lui donne la croix d’honneur et on consent à l’envoyer voir des marionnettes. mais c’est insignifiant à côté de ce que devrait être cette anthropologie pédagogique pour laquelle je me bats toujours et qui reste à faire.
     Cette anthropologie pédagogique devrait être basée sur le mimisme * de l’enfant : être capable de laisser un enfant au milieu des choses réelles et le regarder mimer toutes choses en le guidant et en l’instruisant de manière scientifique.

      Ce mimisme global nous donne véritablement la science. Qu’est-ce que la science ? C’est la décomposition de chacun des objets de l’univers dans ses gestes, soit caractéristiques, soit transitoires. ce n’est que cela. Prenez la chimie, prenez la physique, l’histoire naturelle. mais dans vos classes, vous prenez tout cela, vous jetez des noms qui sont de purs « flutus vocis » *, qui souvent ne correspondent plus avec la caractéristiques de l’objet. Et puis, vous jetez là-dessus ce que vous appelez les « qualités » qui sont purement des gestes ! Tel animal de tel nom fait ceci, fait cela, fait son nid comme cela, allaite ses petits comme cela et mange comme cela. Seulement on n’a jamais vu l’animal, on n’a jamais regardé comment il mangeait, ni comment il s’y prenait pour allaiter ses petits. on lit des livres, on n’apprend pas sur le réel. Ce sont simplement des pages qu’on tourne et qu’on tourne.

       J’aimerais mieux qu’un enfant ne sache que les lois de dix animaux et les sache bien, en les ayant apprises en face du réel, au lieu de pouvoir réciter tout un bouquin d’histoire naturelle qui est simplement un défilé de phrases sans contact aucun avec les choses.
     C’est seulement dans ce retour vers le rejeu complet, que nous pourrons saisir la vraie psychologie et la vraie pédagogie humaine.»

Marcel Jousse : L’analyse cinématographique du mimisme  –5ème cours (Ecole d’Anthropologie, année 1932-1933)


* intussusception : en physiologie, mode d’accroissement des organismes et des cellules vivantes par la pénétration et l’incorporation de matériaux et d’éléments nutritifs empruntés au monde extérieur.

* mimisme : fait de reproduire spontanément les sons, les mouvements, les gestes. Pour Marcel Jousse, le mimisme est à l’origine de tous les processus de formation de la parole, de la pensée, de l’action logique dans les divers lieu ethniques. 

* flutus vocis : Expression qui littéralement signifie: « un souffle de voix ». Elle est composée des substantifs flatus qui veut dire souffle, respiration, haleine et vox (génitif vocis) = voix. On emploie cette expression pour tourner en dérision un propos sans importance. Seul le souffle est perceptible, les mots étant sans grand intérêt pour celui qui les entend et qui les écoute à peine.


Un anthropologue du geste, Marcel Jousse (1886-1961)

Marcel Jousse      Jésuite et anthropologue, le Père Marcel JOUSSE s’est intéressé à l’importance du geste dans le langage humain et a étudié le style oral, le rythme et le geste. Son premier ouvrage publié en 1925, Le style oral rythmique et mnémotechnique chez les Verbo-moteurs, considère déjà le langage comme un geste global du corps devenu geste laryngo-buccal –un geste de la bouche et de la gorge humaines. Il est né à Beaumont-sur-Sarthe dans un milieu de paysans illettrés journaliers. Sa mère récitait, en les rythmant et en les balançant, des traditions orales. La prise de conscience de ce bercement maternel initia l’enfant aux mécanismes anthropologiques repérables principalement dans les milieux où domine le style oral. Il fera de brillantes études classiques et commençera, à l’âge de douze ans, l’étude de l’araméen et de l’hébreu pour connaître la langue parlée par Jésus. Ordonné prêtre en 1912, il entre dans la Compagnie de Jésus en 1913, puis fait la guerre comme officier d’artillerie. En 1918, il est envoyé comme instructeur aux États-Unis et séjourne dans les réserves des Indiens, dont il étudie les expressions gestuelles. De retour à Paris, il entreprend des études de phonétique, de psychologie normale et pathologique et d’ethnologie, avec les maîtres de l’époque : Jean-Pierre Rousselot, Pierre Janet, Georges Dumas, Marcel Mauss et Lucien Lévy-Brühl. Il poursuit en même temps ses recherches sur les mécanismes anthropologiques fondamentaux. En 1924, il publie dans les Archives de philosophie un mémoire qui le rend célèbre : « Le style oral rythmique et mnémotechnique chez les verbo-moteurs ». Cette synthèse de ses observations et de celles de nombreux chercheurs définit une approche nouvelle qui fera l’objet de son enseignement pendant vingt-cinq ans, l’« anthropologie du geste ». De 1932 à 1950, il enseigne à l’École d’anthropologie de Paris et, en même temps, à l’École pratique des hautes études (1933-1945). Il donne aussi, de 1932 à 1956, des cours libres à la Sorbonne et dirige, de 1932 à 1940, le Laboratoire de rythmo-pédagogie de Paris. (crédit Encyclopédie Universalis)


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« Les connaître est mourir »


À propos d’un poème de Rilke traduit par Philippe Jaccottet.

« Les connaître est mourir »
       Papyrus Prisse. Sentences de Ptah-hotep
       vers 2000 av.J.-C.

Rainer_Maria_Rilke,_1900

« Les connaître est mourir » Mourir
de l’ineffable fleur  du sourire. Mourir
de leurs légères mains. Mourir
des femmes.

Que chante le jeune homme les mortelles
Quand elles passent très haut dans l’espace
de son cœur. Du fond de sa poitrine qui mûrit,
qu’il les chante :
inaccessibles ! Ah, les étrangères !
Au-dessus des sommets
de son cœur elles paraissent, et versent
de la nuit (une autre, plus suave) dans la vallée
déserte de ses bras. Le vent
de leur lever froisse les feuilles de son corps. Et ses torrents
brillent au loin.

Mais que l’homme,
plus secoué, se taise. Lui
qui erra la nuit, loin des sentiers,
dans les montagnes de son cœur
Comme se tait le vieux marin,
et les terreurs franchies
jouent en lui comme en de troublantes cages.

Paris, juillet 1914                            Philippe Jaccottet


    J’ai pu retrouver la version allemande d’origine de ce poème dans un ouvrage allemand, Sämtliche Geditchte.

« Man muss sterben weil man sie kennt »
     (« Papyrus Prisse », Aus den sprüchen des Ptah-hotep,
     Handschrift um 2000 v.Ch.)

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« Man muss sterben weil man sie kennt. » Sterben
an der unsäglichen Blüte des Lächelns. Sterben
an ihren leichten Händen. Sterben
an Frauen.

Singe der Jüngling die tödlichen,
wenn sie ihm hoch durch den Herzraum
wandeln. aus seiner blühenden Brust
sing er sie an :
unerreichbare ! Ach, wie sie fremd sind.
über den Gipfeln
seines Gefühls gehn sie hervor und ergiedssen
süss verwandelte Nacht ins verlassene
Tal seiner Arm, Es rauscht
Wind ihres Aufgangs im Laub seines Leibes. Es
glänzen
seine Bäche dahin.

Aber der Mann
schweige erschütter. er, der
pfadlos die Nacht im Gebirg
seiner Gefühle geirrt hat :
schweige
Wie der seemann schweigt, der ältere,
und die bestandenne
Schrecken spielen in ihm wie in zitternden
Käfigen.


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      Ce poème qui à mon sens approche le sublime fait partie d’un recueil de poèmes de Rainer Maria Rilke traduits par Philippe Jaccottet intitulé Exposé sur les montagnes du cœur publié cette année par l’éditeur Fata Morgana. Dans sa courte préface, Philippe Jaccottet précise que ces poèmes avaient été choisis par lui en 1972 et alors réunis sous le titre de Poèmes épars 1906-1926. Il ajoutait que la plupart des poèmes de ce recueil apparaissaient comme marqués par « la grâce de la plus aérienne et la plus fraîche expression ». L’expression est particulièrement bien choisie pour rendre compte du poème métaphorique ci-dessus présenté dans lequel la Femme apparait sous la forme d’une entité aérienne et inaccessible. Le jeune homme qui les désire est assimilé à la Terre, avec ses montagnes qui expriment les élans du cœur et ses vallées qui sont autant de bras ouverts qui ne rencontrent malheureusement que le vide ou bien encore à un arbre secoué par le souffle de leur passage lointain. Ce n’est plus par son chant captivant à l’instar des sirènes, ni par son regard pétrifiant comme le faisait la Méduse que la Femme attise le désir, c’est par la fleur ineffable d’un sourire interprété comme la promesse d’un absolu qui embrase et consume mais qu’on atteint jamais. C’est en cela que ce désir d’absolu est mortel et que doit se comprendre le titre du poème « Les connaître est mourir », en allemand « Man muss sterben weil man sie kennt » (littéralement « Les hommes doivent mourir lorsqu’ils les connaissent »). Vouloir connaître l’absolu, c’est vouloir vivre à l’instar des Dieux. Dans la Grèce antique, cette prétention était l’une des formes de l’hubris (démesure, orgueil) qui constituait un crime parce qu’elle remettait en cause l’ordre cosmique et était  pour ce fait souvent punie de mort.

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« Rose, oh pure contradiction, désir de n’être le sommeil de personne sous tant de paupières. » *

 * Épitaphe que Rilke avait composée pour lui-même que l’on peut lire sur l’un des murs de l’église de Rarogne où il est enterré.


Rilke, les femmes, les fleurs.

     Il est connu que nombre d’amoureux transis qui considèrent la femme comme une entité inaccessible et dangereuse sont les artisans de leur propre malheur. En plaçant la femme sur un piédestal et en l’idéalisant, ils se la rendent inaccessible. Ils le font parce qu’ils manquent de confiance en eux-mêmes et en ont peur ou bien par égoïsme parce qu’ils ne veulent pas aliéner leur liberté. D’autres, chez les artistes, les écrivains et les poètes, ont ressenti le besoin de sacraliser la femme pour lui faire jouer un rôle de médiation avec le monde. C’était le cas des surréalistes avec leurs « muses ». Rilke qui était un grand séducteur et multipliait les conquêtes sans jamais s’y attacher se rattacherait sans doute à ces deux derniers cas : sacraliser la femme et préserver sa liberté. C’est ce que le poète et critique littéraire Jean-Michel Maulpoix a appelé « L’amour de loin ». Pour Rilke, la création exigeait une totale liberté et une solitude absolue ce qui ne l’empêchait pas de porter son dévolu sur des femmes qui lui apportaient énormément sur les plans intellectuel et matériel. Cela avait été le cas avec Lou Andrea Salomé (de 1897 à 1901) qui restera son amie et sa confidente jusqu’à la fin de sa vie, la sculptrice Clara Westhoff (qu’il épousera en 1901 et abandonnera avec sa fille Ruth une année plus tard ), la peintre Paula Becker, la princesse Marie de la Tour et Taxis qui deviendra son mécène et l’hébergera à Duino (de 1910 à 1920), Benvenuta (la musicienne Maria von Hattingberg avec laquelle il entretiendra une correspondance et aura une liaison), la peintre Lou Albert-Lasard (de 1914 à 1916), Merline (Baladine Klossowska, la mère de Balthus, de 1919 à sa mort survenue en 1926).

Quelques unes des femmes qui ont comptées pour lui    

   Pour illustrer cet « amour de loin », on lira avec profit la nombreuse correspondance qu’il a échangé durant toute sa vie avec ces femmes :

    « Les êtres qui s’aiment ainsi appellent sur eux des dangers infinis, mais ils sont à l’abri des risques médiocres qui ont fait s’effilocher, s’effriter tant de grands commencements de passion. Comme ils ne cessent de rêver l’un pour l’autre et d’attendre l’un de l’autre l’illimité, aucun des deux ne peut léser l’autre en le bornant; au contraire, ils ne cessent de produire l’un pour l’autre de l’espace, de l’étendue, de la liberté […]. »  Lettre à Elisabeth Schenk.

   « Il y a un seul tort mortel que nous pourrions nous faire, c’est de nous attacher l’un à l’autre, même pour un instant. S’il est vrai que je suis capable de vous porter du secours, ce n’est pas en m’épuisant que vous en recevez. Combien ma vie ces derniers jours aurait été autre, si vous vous étiez engagée à protéger ma solitude, dont j’avais tant besoin. Je pars distrait, fatigué de reproches envers moi-même. Est-ce juste ? Et comme est-ce que je vous laisse- ? Croyez-moi, l’influence et le réconfort que mon âme pourrait transmettre à la vôtre, ne dépendent point du temps que nous passons ensemble ni de la force avec laquelle nous nous retenons: c’est un fluide auquel il faut laisser toute liberté pour qu’il puisse agir. »  Lettres à une amie vénitienne (Mimi Romanelli)


La Belle circassienne de la dernière heure

imet Eloui Bey, la Belle circassienne.png

     La légende veut que c’est en cueillant des roses pour la jeune, belle et riche égyptienne de vingt trois ans,  Nimet Eloui Bey, qu’il avait rencontré à l’hôtel Savoy de Lausanne à l’automne 1926 qu’il se serait écorché le doigt sur une épine et aurait contracté à cette occasion un empoisonnement du sang qui l’aurait mené à la mort quelques semaines plus tard. La coïncidence est trop belle car dans cet événement, la rose-fleur apparaît dans toute sa contradiction « rilkéenne » : symbole de beauté et de pureté, elle est en même temps symbole de mort. Dans le poème « Les connaître est mourir », c’est sous la forme d’un sourire-fleur qu’elle se manifeste et apporte la mort. Dans l’épitaphe prémonitoire de l’église de Rarogne, la rose est devenue un sommeil, un sommeil de personne, c’est-à-dire comme le souligne le professeur Christoph Kœnig, le sommeil d’une « personne éteinte ».

°°°

Gravure de Gérard de Palézieux, Les Roses, Gonin 1989.jpg

Contre qui, rose,
avez-vous adopté
ces épines?
Votre joie trop fine
vous a-t-elle forcée
de devenir cette chose
armée ?
Mais de qui vous protège
cette arme exagérée ?
Combien d’ennemis vous ai-je
enlevés
qui ne la craignent point ?
Au contraire, d’été en automne, vous blessez les soins
qu’on vous donne.

Rilke, poèmes écrits en français

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Nimet Eloui Bey et Nefertiti (bas-relief d’Amara)

      Autre coïncidence troublante, celle qui relie Nimet Eloui Bey, la jeune égyptienne a qui était destinée les roses mortelles qui auraient entraîné la mort du poète et qui seront déposées après sa mort sur son cercueil puis sur sa tombe, et le texte ancien  à l’origine du poème « Les connaître est mourir » qui est placé en exergue : 

Papyrus Prisse. Sentences de Ptah-hotep
vers 2000 av.J.-C.

Capture d’écran 2018-09-28 à 22.35.03.pngillustration d’Emile Prisse d’Avennes

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   Aucune note informative sur les rapports qui pouvaient exister entre le poème et ce papyrus ne figurant dans le recueil édité par Fata Morgana, la curiosité s’est emparée de moi et j’ai aussitôt entamé des recherches sur les origines de ce papyrus et sur son contenu.  J’ai ainsi appris qu’il formait à l’origine un imposant rouleau de 7 m de long parfaitement conservé et que son texte était écrit en hiératique*. Son découvreur était un égyptologue Emile Prisse d’Avennes, qui l’avait acheté au Caire à un fellah vers 1941-1842. Il était considéré comme le texte le plus ancien qui nous soit parvenu. Ramené en France en mai 1844 et offert à la Bibliothèque royale (aujourd’hui BNF), il avait été découpé selon le souhait du donateur en 12 sections de différentes longueurs et avait attiré par la richesse de son contenu l’intérêt des égyptologues du monde entier qui s’attacheront dans les années qui suivront à le traduire. 

* version cursive et simplifiée de l’écriture hiéroglyphique

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écriture hiératique : Premières lignes de l’Enseignement de Ptah-hotep du Papyrus Prisse

Capture d’écran 2018-09-28 à 22.39.09.pngPapyrus Prisse : document Bibliothèque de France

    Son ancienneté (1.800 ans avant J.-C.) en fait l’un des plus anciens manuscrits découvert à ce jour d’où son appellation de « plus vieux livre du monde ». c’est un livre de sagesse dans lequel un vizir vieillissant du nom de Ptah-hotep  (« Ptah est en paix » ) prodigue des conseils à son fils appelé à lui succéder. Si le sens général du texte est bien compris, les nombreux traducteurs qui s’y sont intéressés jusqu’à aujourd’hui aboutissent à des divergences parfois importantes au niveau du détail. Les parties du texte qui nous intéresse et qui auraient pu influencer Rilke pour la rédaction de son poème sont les quatre maximes (sur un total de 45) qui ont trait à la femme et en particulier la maxime 17 qui fait clairement référence au thème de la mort traité par le poème. Rilke a écrit son poème à Paris en 1914. Le papyrus a été amené à Paris en mai 1844 et entre cette date et la date de réalisation du poème, il s’est écoulé 70 années au cours desquelles, j’ai pu établir que cinq tentatives de traductions avaient été tentées :

Dr. J. Heath (1856, traduction fantaisiste), François Chabas (« Le plus ancien livre du monde », 1858), Franz Joseph Lauth (en latin, 1869), Philippe Virey (Études sur le papyrus Prisse, Le livre de Kaqimna et les leçons de Ptah-Hotep, 1887), Gustave Jéquier (le Papyrus Prisse et ses variantes, 1911).

   La traduction la plus tardive et la plus proche de la date de rédaction de son poème par Rilke est donc celle réalisée en 1911 par l’éminent archéologue et égyptologue suisse Gustave Jéquier dans son ouvrage le Papyrus Prisse et ses variantes (édit. P. Geuthner). Je n’ai malheureusement pas encore pu accéder à cette traduction et en particulier celle de la maxime 17 qui aurait pu éveiller l’intérêt du poète autrichien. C’est donc d’autres variantes de traductions que je présente ci-après, celle, ancienne, d’un traducteur inconnu et celle, récente, d’un égyptologue français, Bernard Mathieu (2013). 


Du danger de la séduction (maxime 17)

Variante 1 (traducteur inconnu)

Nefu and Khenetemsetju 2
Si tu désires faire durer l’amitié,
dans une demeure où tu as tes entrées,
comme maître, comme frère ou comme ami,
ou en tout lieu où tu as tes entrées,
garde-toi de t’approcher des femmes.
Ce n’est pas bon là où le fait se produit.
La vue n’est jamais assez aiguisée lorsqu’elle les repère.
Des milliers d’hommes se sont détournés de ce qui leur est profitable.
Un court instant de plaisir, semblable à un rêve,
et le mort t’atteindra pour les avoirs connues.

C’est une mauvaise maxime que : «lance un trait contre l’adversaire» ;
quand on s’apprête à agir ainsi, que le cœur écarte cette intention.
Quant à celui qui échoue continuellement en les convoitant,
aucun de ses dessins ne réussira.

Variante 2 (B. Mathieu, CNRS, 2013) :
°°°
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Si tu désires faire durer l’amitié,
à l’intérieur d’une maison que tu fréquentes
en qualité de maître, frère ou ami,
à quelque endroit où tu aies accès,
garde-toi d’approcher des femmes :
rien d’heureux ne peut résulter de leur commerce.
On perd la lucidité à les observer :
une foule d’hommes sont ainsi écartés * de leur intérêt.
Un bref instant, comparable à un rêve,
on gagne la mort à vouloir à le connaître.
C’est une vile maxime que “Tire l’Adversaire !” *,
on évitera de l’appliquer quand la conscience y répugne ;
celui qui échappe à la convoitise en ce domaine,
n’obtient-il pas le succès en toute entreprise 
°°°
***
*  « écarté » comme les vantaux d’une porte
* le verbe égyptien signifie à la fois « harponner, transpercer (d’une flèche) » et « éjaculer (voir le français argotique « tirer (un coup) » qui possède également ce sens).
***
L’Enseignement de Ptah-hotep rédigé par Nico (Egyptos.Net,  c’est ICI )
L’Enseignement de Ptah-hotep rédigé par Bernard Mathieu (CNRS,  c’est ICI )

Nefertiti-corps-LouvreNéfertiti – Musée du Louvre

     Ces deux traductions sont éloquentes, elles font clairement allusion au danger mortel que les hommes courent à fréquenter certaines femmes, en l’occurrence les femmes des hommes avec lesquels ils entretiennent des relations privilégiées ou particulières : relations de vassalité, familiales ou d’amitié…

    Certes, Rilke, dans son poème ne fait pas référence à ce type de situations adultérines. En tant que poète idéaliste en quête d’absolu, les femmes auxquelles il fait allusion ne peuvent être que magnifiées et inaccessibles (« elles passent très haut dans le ciel […] au dessus des sommets »), sortant de l’ordinaire, et mystérieuses parce que différentesAh ! les étrangères ! »), De leur hauteur, ce ne sont pas des flux de lumière qu’elles projettent sur les vallées désertes aux bras ouverts vides de leur absence mais une douce et envahissante obscurité nocturne qu’elles versent tel un fluide apaisant (« et versent de la nuit (une autre, plus suave) dans la vallée déserte de ses bras ».

    Leur lever et leur départ secouent violemment la vallée à la façon d’une bourrasque qui froisse les feuilles d’un arbre (« Le vent de leur lever froisse les feuilles de son corps »). Elles ont disparues mais il ne reste plus à l’homme qui les désiraient, plus secoué encore que le paysage, qu’à errer et se taire, plein du souvenir des angoisses vécues dont il ne peut se délivrer que par la mort (« et les terreurs franchies jouent en lui comme en de troublantes cages ». Prend alors tout son sens, le vers premier : « Les connaître est mourir ».

     Faut-il voir dans ces entités féminines qui passent loin au-dessus des sommets du cœur en déversant sur la Terre l’eau ténébreuse et suave de la nuit l’image de la déesse égyptienne Nout, déesse du ciel et de la nuit, garante de l’ordre cosmique dont le corps se déploie, comme on peut le voir sur les sarcophages égyptiens, au-dessus de la Terre pour la protéger. Son rire est le tonnerre et ses larmes la pluie. Les extrémités de ses quatre membres, à l’endroit où ils touchent la Terre forment les quatre points cardinaux. Le soir, sa bouche avale le soleil qui va traverser son corps durant la nuit et qu’elle fait renaître au matin en l’expulsant par son vagin. De la même manière, les étoiles traversent son corps pendant le jour.  À ce titre, Nout incarne la mort et la résurrection et est maîtresse de la mort et de la vie.

Enki sigle

déesse Atoun.pngDétail du papyrus de Nespakashouty – Musée du Louvre
La déesse-Ciel Nout s’étire comme une voûte au-dessus de son frère époux, le dieu-Terre Geb. Dans l’espace les séparant navigue la barque solaire. 


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visages


Rainer Maria Rilke (1875-1926)Rainer Maria Rilke (1875-1926)

      Le roman Les cahiers de Malte Laurids Brigge du poète autrichien Rainer Maria Rilke, commence par la description sans concessions et presque surréaliste, d’une ville, Paris, que l’auteur connait bien puisqu’il y a séjourné plusieurs années de sa vie. Dans le roman, c’est le personnage principal, le jeune Malte, qui décrit de cette manière cette ville dans laquelle il vient de s’installer après avoir subi un bouleversement intérieur qui a totalement modifié la manière dont il percevait habituellement les choses en les lui faisant ressentir de manière plus intense : « J’apprends à voir. Je ne sais pas pourquoi, tout pénètre en moi plus profondément, et ne demeure pas où, jusqu’ici, cela prenait toujours fin. J’ai un intérieur que j’ignorais. Tout y va désormais. Je ne sais pas ce qui s’y passe ». S’arrêter et s’appesantir sur les faits quotidiens, même les plus anodins, là où le regard ne faisait jusque là que glisser, obligent à faire travailler l’imagination, cette « folle du logis » qui vous entraîne, lorsque l’on est poète, par le biais des analogies et des métaphores à des interprétations d’apparence délirante. C’était déjà le cas dans un paragraphe précédent du livre où le fait pour le personnage de laisser la fenêtre de sa chambre ouverte sur la rue, lui donnait l’impression que les tramways roulaient en sonnant à travers celle-ci et que les automobiles lui passaient sur le corps… Dans le paragraphe qui suit c’est la nouveauté du regard que porte désormais le poète sur les visages arborés par la foule qui lui fait assimiler ces visages à des masques interchangeables. Ce qui nous surprend dans cette description métaphorique c’est que malgré la fausseté de son interprétation, elle exprime parfaitement la réalité des choses, à savoir que nos visages ne sont jamais les mêmes mais varient selon nos états d’âme et se modifient sous l’usure du temps.

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Un nouveau regard sur les visages

      L’ai-je déjà dit ! J’apprends à voir. Oui, je commence. Cela va encore mal. Mais je veux employer mon temps.
    Je songe par exemple que jamais encore je n’avais pris conscience du nombre de visages qu’il y a. Il y a beaucoup de gens, mais encore plus de visages, car chacun en a plusieurs. Voici des gens qui portent un visage pendant des années. Il s’use naturellement, se salit, éclate, se ride, s’élargit comme des gants qu’on a portés en voyage. Ce sont des gens simples, économes ; ils n’en changent pas, ils ne le font même pas nettoyer. Il leur suffit, disent-ils, et qui leur prouvera le contraire ? Sans doute, puisqu’ils ont plusieurs visages, peut-on se demander ce qu’ils font des autres. Ils les conservent. Leurs enfants les porteront. Il arrive aussi que leurs chiens les mettent. Pourquoi pas ? Un visage est un visage.
    D’autres gens changent de visage avec une rapidité inquiétante. Ils essaient l’un après l’autre, et les usent. Il leur semble qu’ils doivent en avoir pour toujours, mais ils ont à peine atteint la quarantaine que voici déjà le dernier. Cette découverte comporte, bien entendu, son tragique. Ils ne sont pas habitués à ménager des visages ; le dernier est usé après huit jours, troué par endroits, mince comme du papier, et puis, peu à peu, apparaît alors la doublure, le non-visage, et ils sortent avec lui.

Rainer Maria Rilke, Les cahiers de Malte Laurids Brigge ( Die Aufzeichnungen des Malte Laurids Brigge) – Trad. Maurice Betz – Edit. du Seuil, 1966, pp.13-14.


Ego dominus tuus


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Odilon Redon – Dante et Béatrice, 1914

Je suis ton maître…

     « Après que furent passées neuf années juste depuis la première apparition de cette charmante femme et le dernier jour, je la rencontrai vêtue de blanc, entre deux dames plus âgées. Comme elle passait dans une rue, elle jeta les yeux du côté où je me trouvais, craintif, et, avec une courtoisie infinie, dont elle est aujourd’hui récompensée dans l’autre vie, elle me salua si gracieusement qu’il me sembla avoir atteint l’extrémité de la Béatitude. L’heure où m’arriva ce doux salut était précisément la neuvième de ce jour. Et comme c’était la première fois que sa voix parvenait à mes oreilles, je fus pris d’une telle douceur que je me sentis comme ivre, et je me séparai aussitôt de la foule.

Vide cor meum (Lis dans mon cœur) est une chanson du compositeur irlandais Patrick Cassidy créée en 2001 inspirée par la Vita Nuova de Dante et plus précisément du sonnet « A ciascun’alma pressa » dans le chapitre 3 –  Interprété ici par le Chœur Libera.

      Rentré dans ma chambre solitaire, je me mis à penser à elle et à sa courtoisie, et en y pensant je tombai dans un doux sommeil où m’apparut une vision merveilleuse.
    Il me semblait voir dans ma chambre un petit nuage couleur de feu dans lequel je distinguais la figure d’un personnage inquiétant pour qui le regardait ; et il montrait lui-même une joie extraordinaire, et il disait beaucoup de choses dont je ne comprenais qu’une partie, où je distinguais seulement : « Ego dominus tuus. » Il me semblait voir dans ses bras une personne endormie, nue, sauf quelle était légèrement recouverte d’un drap de couleur rouge. Et en regardant attentivement, je connus que c’était la dame du salut, celle qui avait daigné me saluer le jour d’avant. Et il me semblait qu’il tenait dans une de ses mains une chose qui brûlait, et qu’il me disait: « Vide cor tuum. » Et quand il fut resté là un peu de temps, il me semblait qu’il réveillait celle qui dormait, et il s’y prenait de telle manière qu’il lui faisait manger cette chose qui brûlait dans sa main, et qu’elle mangeait en hésitant. Après cela, sa joie ne tardait pas à se convertir en des larmes amères ; et, prenant cette femme dans ses bras, il me semblait qu’il s’en allait avec elle vers le ciel. »

Dante Aligheri, Vita Nuova, sonnet « A ciascun’alma pressa », chap.3.


Motifs & trames : Japon, le thème de la vague


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Katsushika Hokusai – la Grande Vague de Kanagawa, 1829-1832

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Katsushika Hokusai – View Of The Naruto Whirlpools At Awa

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Katsushika Hokusai – Feminine Wave


Alphabets et graphies

Monde méditerranéen

    Dans Les structures anthropologiques de l’imaginaire, Gilbert Durand s’appuyant sur les données d’un essai publié en 1943 (Léïa, « La symbolique des contes de fées » ) fait référence au glyphe représentatif de l’eau, la ligne ondulée ou brisée, qui serait universel et dont la prononciation « m » serait universellement attachée à ce glyphe et aurait donné les lettres de l’alphabet « n », « m » ou « w » (m inversé).


     Le hiéroglyphe égyptien pour la représentation de l’eau a la forme d’une ligne brisée régulière. L’équivalent en langage hiéroglyphique de l’ondulation de l’eau est la lettre « n », « m ». 
               Capture d’écran 2018-04-15 à 04.36.14.pngCapture d’écran 2018-04-15 à 04.37.53.pngCapture d’écran 2018-04-15 à 04.38.41.png

Capture d’écran 2018-04-15 à 23.29.16.pngEvolution du glyphe de l’eau égyptien jusqu’à son aboutissement au M latin 


Chine et Japon

   Le caractère japonais d’origine pour représenter l’eau est identique au caractère chinois (shui) qui faisait référence lui aussi à l’onde d’un cours d’eau avec un trait central  qui figurait un filet d’eau (racine primitive qui apparait dans  ou ) mais apparemment un cours d’eau agité projetant éclaboussures ou sujet à tourbillons. le caractère final avec les quatre traits latéraux qui représentent des tourbillons et expriment la vitesse de l’écoulement exprime cette origine (voir la video explicative, c’est ICI). Cette caractéristique qui distingue les caractères chinois des caractères d’origine méditerranéenne ancêtres de notre alphabet latin est peut-être la conséquence des conditions géographiques des contrées d’origine où sont nés ces premiers alphabets (zones de plaine pour la vallée utile du Nil ou de montagnes pour la Chine).

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origine et évolution du caractère chinois

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origine et variation du caractère japonais

       Il semble que les peintres et illustrateurs japonais qui utilisent également le glyphe de la ligne ondulée ou courbe pour représenter l’élément aquatique aient tenu,  comme le montre les représentations graphiques qui vont suivre, à l’instar de la graphie de leur caractère, à faire figurer le tourbillon, les éclaboussures ou l’écume des vagues qui accompagnent le mouvement de l’eau.

Enki sigle


« Pot-pourri » d’illustrations japonaises de vagues   –   cliquer sur la vignette pour agrandir l’image.


Exemples d’utilisation

    Nous n’avons trouvé qu’un seul kimono dont le tissu utilise le thème de la vague. Il s’agit d’une estampe du peintre Utagawa Fusatane (1850-1899) faisant partie d’un triptyque sur le thème des plantes d’automne.

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Ballade des menus propos


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François Villon (1431- ? )

Ballade des menus propos (1458)

Je connois bien mouches en lait,
Je connois à la robe l’homme,
Je connois le beau temps du laid,
Je connois au pommier la pomme,
Je connois l’arbre à voir la gomme,
Je connois quand tout est de mêmes,
Je connois qui besogne ou chomme,
Je connois tout, fors que moi-mêmes.

Je connois pourpoint au collet,
Je connois le moine à la gonne,
Je connois le maître au valet,
Je connois au voile la nonne,
Je connois quand pipeur jargonne,
Je connois fous nourris de crèmes,
Je connois le vin à la tonne,
Je connois tout, fors que moi-mêmes.

Je connois cheval et mulet,
Je connois leur charge et leur somme,
Je connois Biatris et Belet,
Je connois jet qui nombre et somme,
Je connois vision et somme,
Je connois la faute des Boemes,
Je connois le pouvoir de Rome,
Je connois tout, fors que moi-mêmes.

Prince, je connois tout en somme,
Je connois coulourés et blêmes,
Je connois mort qui tout consomme,
Je connois tout, fors que moi-mêmes.

***

le poème chanté par Monique Morelli


Poète farceur ou poète maudit ?

03f/21/prst/15458/04    François de Montcorbier dit Villon est un poète français de la fin du Moyen Âge qui a connu une célébrité immédiate avec Le Lais ou Petit Testament, un long poème de jeunesse. Issu d’une famille pauvre et orphelin de père très jeune, il fut élevé par le chanoine de Saint-Benoît-le-Bestourné, maître Guillaume de Villon, son « !plus que père », dont il prit le nom pour lui rendre hommageÉcolier de l’Université et reçu bachelier en 1449, il devint licencié puis maître ès arts à Paris en 1452 à 21 ans, il va alors mener une vie joyeuse d’étudiant indiscipliné au Quartier Latin. À 24 ans, il tue un prêtre dans une rixe et doit s’enfuir de Paris. Amnistié, il doit de nouveau s’exiler un an plus tard après le cambriolage du collège de Navarre. Accueilli à la cour de Charles d’Orléans, il échoue à y mener une carrière. Il entame alors une vie d’errance et de misère sur les routes.  Emprisonné à Meung-sur-Loire puis libéré à l’avènement de Louis XI, il revient à Paris après six ans d’absence. De nouveau arrêté dans une rixe, il est condamné en 1462 à être pendu. Après appel, le jugement est modifié, et il sera banni pour dix ans de la ville. Il a alors 31 ans et on va perdre totalement sa trace. Le Lais  et le Testament, son œuvre maîtresse, seront édités plus tard en 1489.  (source Wikipedia).


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