Les célébrités et leur chien : Gainsbourg et Nana


La Belle et la Bête (propos de Serge Gainsbourg lui-même)

photos by Andrew Birkin

Serge Gainsbourg et son bull-terrier, Nana – photo prise en 1977 par le frère de Jane, Andrew Birkin.

     Dans les années 70-80, le bull-terrier était peu connu en France. Il n’y avait à cette époque pas plus d’une quinzaine de chiens de cette race dans le pays et Serge Gainsbourg, croisant un jour un homme accompagné de l’un d’entre eux aurait alors déclaré : « Quand j’aurai un jardin, j’aurai un chien de cette race ». Sans doute l’homme aux oreilles de choux qui se trouvait très laid avait-il vu dans cet animal au physique  si décrié un compagnon d’infortune et l’occasion d’une provocation. Il devra attendre son installation avec Jane Birkin dans le petit hôtel particulier de la rue de Verneuil, dans le septième arrondissement de Paris pour réaliser son vœux. Ce sera Jane qui lui offrira Nana pour son anniversaire. 
     Gainsbourg était très attaché à Nana, ce chien « pas comme les autres » : « Les hommes non seulement sont racistes envers leurs semblables, mais ils sont aussi racistes envers les chiens. Les femmes ont souvent un mouvement de recul face à Nana, parce que ce n’est pas le chien qu’elles ont l’habitude de voir ». Il entretenait avec Nana, une relation vraie et affectueuse, exempte d’artifices et de faux-semblants dans laquelle il pouvait être enfin lui-même sans être obligé de jouer le personnage blasé, misanthrope et cynique qu’il s’efforçait habituellement de paraître. Un jour en Espagne, Nana s’enfuit de l’hôtel où il logeait et Gainsbourg en fut malade : « Je n’ai jamais été aussi malheureux que depuis la disparition de mon père ». C’est à l’occasion d’un appel lancé lors d’une émission de la télévision espagnole que le chanteur retrouvera sa chienne. La mort de Nana en juillet 1978 va le faire pleurer comme un enfant et il ira jusqu’à s’endormir sur le coussin de l’animal. L’auteur de la biographie Gainsbourg (éditions J.C. Lattès), Yves Salgues, rapporte qu’il aurait déclaré : « Appelez-moi un menuisier. Qu’on lui fasse un cercueil dans le meilleur bois blanc et qu’on y grave le nom de Nana Gainsbourg sur une plaque de cuivre. » et dans une chanson écrite en 1980, Des laids et des laids il évoquera de nouveau Nana : « C’est moi qui buvais et c’est elle qui, d’avoir bu mes paroles, est morte d’une cirrhose ».

On dit que les chiens et leurs maîtres finissent par se ressembler. Dans certaines de ces photos,
je trouve effectivement une ressemblance troublante entre Gainsbourg et Nana…
Mis à part les oreilles, celles de Gainsbourg sont beaucoup plus jolies !

     En regardant ces photos, me sont remontées à la mémoire deux scènes filmées dans lesquelles Gainsbourg avait mis en avant ses enfants, ce qui est un euphémisme pour dire qu’il les avait «exhibé» en public tout en prétendant qu’il les aimait tendrement et passionnément. La première de ces deux scènes est tirée du clip accompagnant son interprétation de la chanson Lemon Incest, réalisé en 1984 ou 1985, au moment où on le voit torse nu au lit serrant contre lui Charlotte alors âgée de 12 ans et elle-même peu vêtue. La seconde qui a lieu 3 années plus tard est celle où, déjà fortement diminué,  il fait venir sur la scène du Zénith Lulu âgé de 2 ans, le fils qu’il a eu avec bambou, apparemment totalement déboussolé. Comment, en regardant sur les photos présentées ci-dessus et sur la vidéo qui suit, sa chienne Nana avec sa petite taille, son aspect glabre, sa face innocente, touchante et muette et son état de totale dépendance par rapport à son maître, ne pas penser à un jeune enfant. Les relations qu’il entretient avec ses enfants et Nana sont significatives : amour, tendresse, fierté, exhibitionnisme et provocation. En proie à ses difficultés relationnelles, il était incapable, tant pour ses enfants que pour son chien, de respecter leur identité propre et de les protéger, il les entraînait avec lui pour le meilleur et pour le pire dans le maelström souvent glauque de sa gloire et de ses dérives. Triste…

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Interview de Gainsbourg avec sa chienne Nana réalisé en 1976


Meraviglia

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Les chevaux de la Basilique Saint-Marc à Venise

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    Les chevaux de cuivre coulé de la Basilique Saint-Marc de Venise faisaient partie d’un quadrige qui ornait autrefois l’hippodrome de Constantinople. Ils pourraient dater du IVe siècle av. JC et avoir été réalisés par le sculpteur grec Lysippe. Ils ont été enlevés par les Vénitiens en 1204 à l’occasion du sac de la ville par les Croisés de la IVe croisade. En 1797, au cours de la 1ère campagne d’Italie, Bonaparte, anticipant son vol  quelques années plus tard du quadrige de la Porte de Brandebourg à Berlin, les fait transporter à Paris où ils sont installés sur les grilles des Tuileries puis, après sa construction, sur l’arc de triomphe du Carrousel. Rendus à Venise à la suite du Congrés de Vienne, ils ont été remplacés par des copies.

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meraviglia

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The call of the wild

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Frontispice de L’Appel de la Forêt (The Call of the Wild) de Jack London, 1903
illustrateur Charles Livingstone Bull
« And beyond that fire… Buck could see many gleaming coals, two by two, always two by two.»

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l’Aurore Boréale de L’Appel de la Forêt (The Call of the Wild) de Jack London, 1903
illustration de Charles Livingstone Bull

Jack Mondon

      L’Appel de la forêt ou L’Appel sauvage (titre original : The Call of the Wild) est un roman de Jack London publié en 1903 aux Etats-Unis et en 1908 en France. Il relate l’histoire d’un chien domestique, vendu à la suite d’un concours de circonstance comme chien de traîneau à l’époque de la Ruée vers l’or et qui revient à ses instincts naturels lorsqu’il est confronté aux pièges et à la rudesse du territoire du Yukon. Jack London avait participé en 1897 à la Ruée vers l’or de la Klondike River au Canada à l’ouest du Yukon mais atteint du scorbut, il avait du être rapatrié. Cette expérience du Grand Nord canadien l’incita à se consacrer à l’écriture.

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Un passage d’Ulysse de James Joyce où il est question d’ivrognes et d’un Irish Red Setter dog

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Trois générations de Joyces, Joyce avec Giogio et Stephen jounat avec Schiap, le chien, cadreau de Scxhiaparelli, Paris, 1938

James Joyce avec son fils Giorgio, la femme  de celui-ci, Helen Fleischmann et son petit-fils Stephen jouant avec Schiap, le chien, offert par la styliste Elsa Schiaparelli, dans le jardin de la villa de Giorgio à Paris en 1938 – cliché Gisèle Freund

« L’ennui c’est que le public va demander et trouver une morale dans mon livre, ou pire il le prendra pour une chose sérieuse, et sur mon honneur de gentleman, il n’y a pas un seul mot sérieux dedans. »       James Joyce

 °°°

James Joyce - Ulysse     L’extrait qui suit est tiré du chapitre XII intitulé Les Cyclopes du roman Ulysse de James Joyce paru partiellement dans un premier temps sous forme de  feuilleton de 1918 à 1920 dans le magazine américain Little Review et s’attira à cette occasion les foudres de la « New York Societry for the Suppression of Vice » qui en fit interdire la publication pour cause d’obscénité jusqu’en 1931. Sa première publication aura finalement lieu en 1922 à Paris. Le roman relate une journée ordinaire dans la ville de Dublin de deux personnages, Leopold Bloom, un juif irlandais, et Stephen Dedalus. Il est divisé en dix-huit chapitres ou épisodes, chacun d’eux correspondant à des situations décrites dans l’Odyssée d’Homère et vécues par Ulysse. A la plupart de ces épisodes sont également attachés une couleur, un organe du corps humain, un art et un symbole. De plus Joyce s’ingénie à inventer, pour chacun des épisodes, une construction et un style littéraire spécifique, ceci de manière très libre en s’affranchissant des règles du langage et de la véracité des faits évoqués, la narration qui en découle apparaît comme l’expression du flux de pensée des personnages présenté tel qu’il se présente, de manière brute et.  Dans l’extrait choisi qui appartient au chapitre XII faisant référence à l’épisode du Cyclope Poliphème de l’Odyssée qui a emprisonné dans une grotte Ulysse et ses hommes, il est 17 h et Bloom a rendez-vous dans une taverne avec un homme qui n’est pas encore arrivé, Martin Cunningham. Survient un personnage bourru surnommé dans le livre Le Citoyen qui s’avère être un nationaliste irlandais irascible et xénophobe accompagné d’un chien tout aussi bourru que lui répondant au nom de Garryowen. Le ton monte entre Bloom et le Citoyen et la scène se termine par la poursuite de Bloom par le citoyen ulcéré qui lance son chien sur lui… 

Dans ce chapitre, les scènes décrites font référence aux thèmes structurants suivants :

lieu :  une taverne du nom de Donohoe’s dans Little Green street qui représente l’antre du Cyclope.
Moment : 17 heures (l’ensemble du roman se déroule dans une période comprise entre 8 h du matin et 3 heures du matin)
Organe : les muscles qui représentent la force brutale et la violence.
Couleur : le vert, symbole de l’Irlande et du nationalisme irlandais.
Science, Art :  chirurgie, politique.
Technique utilisée : gigantisme, exagération, surenchère. Par le choix de la taverne où sont rassemblés une assemblée d’ivrognes de Dublin, vulgaires, grossiers, pleins de préjugés et violents qui s’expriment librement sans la censure de la morale, de la raison et des règles du langage, Joyce s’attaque au comportement excessif et porté à la surenchère qui était celui des nationalistes irlandais de l’époque et  jette les bases d’un nouveau style littéraire, celui de la fusion entre le verbe et la chair.
Symbole : nation, état, religion, idéalisme, Sinn Fein, fanatisme, collectivité, violence
Sens : Terreur et atteinte à l’individu. Les excès d’une idéologie totalitaire et des comportements stéréotypés et conditionnés par les préjugés s’attaquent au fondement même de l’individu, à savoir ses différences (Bloom d’origine juive).
Personnages évoqués : Prométhée, Polyphème le Cyclope représenté par le Citoyen, ce nationaliste irlandais excessif et violent, Ulysse représenté par Bloom qui comme Ulysse qui dévoila sa véritable identité au Cyclope au moment de fuir sa prison dévoile au citoyen sa judéité. 

°°°

Polyphene

Extrait du chapitre XII – le Cyclope – traduction de Jacques Aubert – collection folio (Gallimard)

 James Joyce    A propos de la nouvelle Irlande il devrait commencer par se payer un nouveau chien. Cet animal galeux et boufferont qui passe son temps à renifler et à éternuer partout dans tous les coins et qui gratte ses croûtes et le voilà qui va tourner autour de Bob Doran qui régalait Alf d’un demi et qui se met  à le lécher pour essayer d’obtenir quelque chose. Et ça manque pas. Bob Doran se met à faire le con avec lui :
     – Donne la patte ! Donne la papatte,, chienchien ! Mon bon chien. Donne la patte, là, c’est bien ! Donne la papatte !
     Et merde ! Foutre de patte qu’il voulait patoche et Alf qui essayait de l’empêcher de dégringoler de ce foutu tabouret sur ce foutu clébard et l’autre qui n’arrêtait pas de radoter sur le dressage par la douceur, un chien de race, un chien bien intelligent : je t’en foutrais, moi. Le voilà qui se met à gratter les vieilles miettes de biscuits dans le fond de la boîte de chez Jacob qu’il avait demandé à Terry d’apporter. Putain il a gobé tout ça comme une vieille paire de bottes et il  tirait un bout de langue long d’un mètre pour en redemander. C’est tout juste s’il n’a pas bouffé la boîte et le reste, ce sacré goulupatte de bâtard.

     Talking about new Ireland he ought to go and get a new dog so he ought. Mangy ravenous brute sniffing and sneezing all round the place and scratching his scabs. And round he goes to Bob Doran that was standing Alf a half one sucking up for what he could get. So of course Bob Doran starts doing the bloody fool with him:
    —Give us the paw! Give the paw, doggy! Good old doggy! Give the paw here! Give us the paw!
     Arrah, bloody end to the paw he’d paw and Alf trying to keep him from tumbling off the bloody stool atop of the bloody old dog and he talking all kinds of drivel about training by kindness and thoroughbred dog and intelligent dog: give you the bloody pip. Then he starts scraping a few bits of old biscuit out of the bottom of a Jacobs’ tin he told Terry to bring. Gob, he golloped it down like old boots and his tongue hanging out of him a yard long for more. Near ate the tin and all, hungry bloody mongrel.

                              (…)
     Alors et ainsi de suite, comme je disais, le vieux chien quand il voit que la boîte elle est vide il se met à renifler la souris autour de Joe et de moi. Je te le dresserais, moi, par la douceur, si c’était mon chien. Lui donnerais un de ces bons coups de pieds bien placés de temps en temps, là où ça le rendrait pas aveugle.
     – La trouille qu’il te morde ? fait le citoyen en ricanant.
     – Non, je fais. Mais il pourrait prendre ma jambe pour un réverbère.
     – Qu’est-ce qui t’arrive, Garry ? il lui fait.
      Et il se met à le tirer à l’agacer et à lui parler en irlandais et le vieux tueur à gronder et à faire sa partie comme dans un duo d’opéra. Un concert pareil j’avais jamais entendu qu’ils faisaient tous les deux. Quelqu’un qui aurait rien de mieux à faire il devrait écrire une lettre pro bono publico aux journaux pour qu’on oblige à mettre une muselière à un chien de sa race. Grondant, grognant et ses yeux injectés de sang tellement il avait le gosier sec et l’hydrophobe qui lui dégoulinait de la gueule.

     So howandever, as I was saying, the old dog seeing the tin was empty starts mousing around by Joe and me. I’d train him by kindness, so I would, if he was my dog. Give him a rousing fine kick now and again where it wouldn’t blind him.
     —Afraid he’ll bite you? says the citizen, jeering.
     —No, says I. But he might take my leg for a lamppost.
So he calls the old dog over.
     —What’s on you, Garry? says he.
     Then he starts hauling and mauling and talking to him in Irish and the old towser growling, letting on to answer, like a duet in the opera. Such growling you never heard as they let off between them. Someone that has nothing better to do ought to write a letter pro bono publico to the papers about the muzzling order for a dog the like of that. Growling and grousing and his eye all bloodshot from the drouth is in it and the hydrophobia dropping out of his jaws.

irish red setter

irish red setter

     Tous ceux qu’intéresse la transmission de la culture humaine aux animaux inférieurs (et il sont légion) se doivent de ne pas ignorer les extraordinaires manifestations de cynanthropie du célèbre setter irlandais chien-loup à poil rouge anciennement connu sous le sobriquet de Garryowen et récemment rebaptisé par tout un cercle d’amis et de connaissances Owen Garry. Ces manifestations, résultats d’années de dressage par la douceur et d’un régime soigneusement étudié, comprennent entre autres démonstrations, la déclamation poétique. Celui qui est actuellement notre plus grand spécialiste de phonétique (nous ne dirons pas son nom, même sous la torture !) n’a pas ménagé ses efforts et ses recherches pour gloser et comparer les vers déclamés et leur a trouvé une ressemblance frappante (c’est nous qui le soulignons) avec les poèmes de nos anciens bardes celtes. Nous ne parlons pas tant ici de ces délicieuses romances qu’un auteur qui se dissimule derrière le charmant pseudonyme de Douce Petite Branche a rendues familières au monde des amateurs de livres mais bien plutôt (ainsi que le souligne un  intervenant déconadologue dans une discussion passionnante publiée dans un journal du soir) de la note plus âpre et plus personnelle que l’on trouve dans les effusions  satiriques d’un Raftery ou d’un Donald MacConsidine pour ne rien dire d’un poète lyrique encore plus moderne qui retient en ce moment l’attention du public. Nous joignons ci-dessous un exemple, transposé en anglais par un éminent universitaire dont nous ne pouvons dévoiler l’identité  pour le moment, mais nous sommes sûrs que nos lecteurs verront dans les références topographiques plus qu’une simple  indication. La prosodie de l’original canin, qui n’est pas sans rappeler la difficulté des règles allitérations et isosyllabiques de l’engin gallois, est infiniment plus complexe mais nous pensons que nos lecteurs seront da’ccord pour trouver que l’esprit du texte a été bien rendu. Peut-être faudrait-il ajouter que lies effets se trouvent notablement accrus si l’on récite les vers d’OIwen relativement lentement et indistinctement afin de suggérer une rancune contenue.

Que la malédiction soit sur toi
Barney Kierman, qu’elle soit sur toi sept fois
Etre sans loi qui me mets aux abois
sans une gorgée d’eau pour me donner la foi
tant et si bien que j’en ai mal au foie
Qu’après Lowry je ferai n’importe quoi
L’ami Lowry du musichall le roi
Afin qu’il me recueille sous son toit.

    Alors il a dit à Terry d’apporter de l’eau pour le chien et il l’a lapée bon Dieu, on aurait pu l’entendre un kilomètre à la ronde. Et Joe lui demandé au citoyen s’il revoulait quelque chose.
     – Je remettrais bien ça, a chara, mon bon, pour me prouver qu’il n’y a pas de mal.
     Bon Dieu il n’est pas aussi couillon qu’il en a l’air. Se culant d’un pub à l’autre, à toi l’honneur, avec le cabot du vieux Giltrap et s’en mettant plein le cornet aux frais des contribuables et des grands électeurs. La fête pour l’homme et la bête.

     All those who are interested in the spread of human culture among the lower animals (and their name is legion) should make a point of not missing the really marvellous exhibition of cynanthropy given by the famous old Irish red setter wolfdog formerly known by the sobriquet of Garryowen and recently rechristened by his large circle of friends and acquaintances Owen Garry. The exhibition, which is the result of years of training by kindness and a carefully thoughtout dietary system, comprises, among other achievements, the recitation of verse. Our greatest living phonetic expert (wild horses shall not drag it from us!) has left no stone unturned in his efforts to delucidate and compare the verse recited and has found it bears a striking resemblance (the italics are ours) to the ranns of ancient Celtic bards. We are not speaking so much of those delightful lovesongs with which the writer who conceals his identity under the graceful pseudonym of the Little Sweet Branch has familiarised the bookloving world but rather (as a contributor D. O. C. points out in an interesting communication published by an evening contemporary) of the harsher and more personal note which is found in the satirical effusions of the famous Raftery and of Donal MacConsidine to say nothing of a more modern lyrist at present very much in the public eye. We subjoin a specimen which has been rendered into English by an eminent scholar whose name for the moment we are not at liberty to disclose though we believe that our readers will find the topical allusion rather more than an indication. The metrical system of the canine original, which recalls the intricate alliterative and isosyllabic rules of the Welsh englyn, is infinitely more complicated but we believe our readers will agree that the spirit has been well caught. Perhaps it should be added that the effect is greatly increased if Owen’s verse be spoken somewhat slowly and indistinctly in a tone suggestive of suppressed rancour.

The curse of my curses
Seven days every day
And seven dry Thursdays
On you, Barney Kiernan,
Has no sup of water
To cool my courage,
And my guts red roaring
After Lowry’s lights.

    So he told Terry to bring some water for the dog and, gob, you could hear him lapping it up a mile off. And Joe asked him would he have another.
    —I will, says he, a chara, to show there’s no ill feeling.
Gob, he’s not as green as he’s cabbagelooking. Arsing around from one pub to another, leaving it to your own honour, with old Giltrap’s dog and getting fed up by the ratepayers and corporators. Entertainment for man and beast. 

     (…)

     – Les étrangers, s’exclame le citoyen. C’est notre faute. Nous les avons laissé entrer. Nous les avons fait venir. La jeune femme adultère et son amant ont fait venir chez nous les pilleurs saxons.
     – Jugement provisoire, dit J.J.
Et Bloom fait celui qui s’intéresse passionnément à des riens, une toile d’araignée dans le recoin derrière le tonneau, et le citoyen qui lui tire une de ces tronches avec le vieux clef à ses pieds qui regarde partout qui il pourrait bien mordre et quand.

    —The strangers, says the citizen. Our own fault. We let them come in. We brought them in. The adulteress and her paramour brought the Saxon robbers here.
     —Decree nisi, says J. J.
   And Bloom letting on to be awfully deeply interested in nothing, a spider’s web in the corner behind the barrel, and the citizen scowling after him and the old dog at his feet looking up to know who to bite and when.

    (…)

Quand Bloom provoque le Citoyen en déclarant que Jésus était juif…

    – Mendelssohn était juif et Karl Marx et Mercadante et Spinoza. Et le sauveur était juif et son père était juif. Votre Dieu.
     – Il n’avait pas de père, dit Martin. Ça suffit maintenant. En avant.
     – Le Dieu de qui ? demande le citoyen.
     – OK, son oncle était juif, alors il dit. Votre Dieu était juif. Le Christ était juif comme moi.
     Putain, le citoyen a fait un de ces plongeons dans sa boutique.
     – Bon dieu, il fait, je lui éclaterai la tête à ce putain de juif pour prononcer le saint nom. Bon dieu je le crucifierai, il verra. Passe-moi la boîte à biscuits là.
     – Arête ! Arrête ! fait Joe.
   Un rassemblement nombreux et sympathique d’amis et de relations venus de la métropole et du Grand Dublin s’était donné rendez-vous par milliers pour dire adieu à Nagyasàgos tram Lipoti Virag, ancien collaborateur de MM. Alexander Thom, imprimeurs de Sa Majesté, à l’occasion de son départ pour les lointaine contrées de Szàzharminczbrojùgulyàs-Dugulàs (Prairie du Murmure des Eaux). La cérémonie qui se déroula avec beaucoup d’éclat fut empreinte de la plus touchante cordialité. Le rouleau enluminé d’un antique parchemin irlandais, œuvre d’artistes irlandais, fut offert au distingué phénoménologue au nom d’une partie importante de l’assemblée et fut accompagné d’un présent, une cassette d’argent ouvragée avec goût dans le vieux style ornemental celtique, œuvre qui est tout à l’honneur de ses exécuteurs. MM Jacob abus Jacob. L’invité d’honneur reçut une ovation chaleureuse et bon nombre des assistants furent visiblement émus quand l’orchestre distingué des cornemuses irlandaises fit entendre les célèbres accents de Reviens à Erin, immédiatement suivis par La Marche de Rakoczy. Des barils de goudrons et d’autres feux de joie furent allumés le long des côtes des quatre mers sur les sommets des collines de Howth, de Three Rock Mountain, de la Sugarloaf, du Bray Head, des Monts Mourne, des Galtees, des pitons de d’Ox, de Donegal et de Sperrin, des Nagles et des Bographs, des collines du Connemara, des M’Gillicuddy’s reeks, du mont Aughty, du mont Bernagh et du mont Bloom. Au milieu des acclamations qui ébranlaient la voûte céleste, et auxquelles répondaient en écho les acclamations d’un important rassemblement de partisans sur les crêtes lointaines de Cambrie et de Calédonie, le gigantesque bateau de plaisance quitta lentement la rive, salué par un dernier tribut floral offert par les représentantes du beau sexe présentes en grand nombre, tandis que, comme il descendait la rivière, escorté par une flottille de barges, les drapeaux du Ballast Office et de la Douane furent abaissés en signe d’adieu comme le furent tous ceux de la station électrique de la pigeon House et du phare de Poolbeg. Visszontlàtàsra, kedvés baràtom ! Visszontlàtàsra ! Loin des yeux mais près du cœur.

And says he:
     —Mendelssohn was a jew and Karl Marx and Mercadante and Spinoza. And the Saviour was a jew and his father was a jew. Your God.
     —He had no father, says Martin. That’ll do now. Drive ahead.
     —Whose God? says the citizen.
   —Well, his uncle was a jew, says he. Your God was a jew. Christ was a jew like me.
Gob, the citizen made a plunge back into the shop.
   —By Jesus, says he, I’ll brain that bloody jewman for using the holy name.
By Jesus, I’ll crucify him so I will. Give us that biscuitbox here.
     —Stop! Stop! says Joe.
     A large and appreciative gathering of friends and acquaintances from the metropolis and greater Dublin assembled in their thousands to bid farewell to Nagyasagos uram Lipoti Virag, late of Messrs Alexander Thom’s, printers to His Majesty, on the occasion of his departure for the distant clime of Szazharminczbrojugulyas-Dugulas (Meadow of Murmuring Waters). The ceremony which went off with great éclat was characterised by the most affecting cordiality. An illuminated scroll of ancient Irish vellum, the work of Irish artists, was presented to the distinguished phenomenologist on behalf of a large section of the community and was accompanied by the gift of a silver casket, tastefully executed in the style of ancient Celtic ornament, a work which reflects every credit on the makers, Messrs Jacob agus Jacob. The departing guest was the recipient of a hearty ovation, many of those who were present being visibly moved when the select orchestra of Irish pipes struck up the wellknown strains of Come back to Erin, followed immediately by Rakoczsy’s March. Tarbarrels and bonfires were lighted along the coastline of the four seas on the summits of the Hill of Howth, Three Rock Mountain, Sugarloaf, Bray Head, the mountains of Mourne, the Galtees, the Ox and Donegal and Sperrin peaks, the Nagles and the Bograghs, the Connemara hills, the reeks of M Gillicuddy, Slieve Aughty, Slieve Bernagh and Slieve Bloom. Amid cheers that rent the welkin, responded to by answering cheers from a big muster of henchmen on the distant Cambrian and Caledonian hills, the mastodontic pleasureship slowly moved away saluted by a final floral tribute from the representatives of the fair sex who were present in large numbers while, as it proceeded down the river, escorted by a flotilla of barges, the flags of the Ballast office and Custom House were dipped in salute as were also those of the electrical power station at the Pigeonhouse and the Poolbeg Light. Visszontlátásra, kedves baráton! Visszontlátásra! Gone but not forgotten.

(…)

acteurs rejouant une scène de «Ulysse», le 16 juin 2000 à Dublin, à l'occasion du «Bloomsday». photo REUTERS/Ferran Paredes

acteurs rejouant une scène de «Ulysse», le 16 juin 2000 à Dublin, à l’occasion du «Bloomsday». photo REUTERS/Ferran Paredes.
     « Bloomsday » est une fête irlandaise qui se tient chaque 16 juin (à Dublin notamment) et qui a pour objet de célébrer la vie de l’écrivain James Joyce. Ce n’est donc pas la date de décès de Joyce qui est célébrée le jour du Bloomsday, mais bien la date du jour pendant lequel se déroulent les événements fictifs relatés dans Ulysse. Les admirateurs de James Joyce se vêtent des habits du début du XXe siècle, et parcourent la ville en citant des passages de l’œuvre.

 (…)

  Putain, même le diable n’aurait pas pu l’empêcher de saisir la boîte en fer-blanc et de sortir avec le petit Alf cramponné à son coude et de crier comme un cochon qu’on égorge, c’était mieux que mieux que n’importe quel drame merdique au Queen’s Theatre.
     – Où est-ce qu’il est que je l’étripe !
     Ned et J.J. étaient pliés en deux de rire.
     – Tonnerre, je dis, je vais arriver juste avant la fin de la messe.
     mais coup de chance, le cocher avait tourné la tête du canasson dans l’autre direction et en route.
     – Attendez, citoyen, fait Joe. Pas çà.
     Putain, il a allongé le bras, pris de l’élan et clan, à toute volée. C’est une bénédiction qu’il avait le soleil dans l’œil sinon il l’aurait étendu. Putain c’est tout juste s’il l’a pas envoyé bouler dans le comté de Longford. Le canasson il a eu une de ces peurs et le vieux bâtard qui courait après la voiture à un train d’enfer et toute la populace qui criait et riait et la vieille boîtes en fer-blanc qui dégringolait la rue en tintinnabulant.
     Les effets de la catastrophes furent instantanés et terrifiants. L’observatoire de Dunsink enregistra onze oscillations en tout, toutes d’intensité cinq sur l’échelle de Mercalli, et pareille secousse sismique ne s’était pas produite dans notre île depuis le tremblement de terre de 1534, l’année de la rébellion de Thomas le Soyeux. L’épicentre semble en avoir été cette partie de la métropole qui constitue la circonscription de Inn’s Quay et la paroisse de Saint Michan sur une surface de quarante et une âcres, deux vergées et une perche ou cinq mètres carrés. Toutes les résidences aristocratiques situées dans le voisinage du Palais de justice furent détruites et ce noble édifice lui-même, où d’importants débats juridiques se déroulaient au moment de la catastrophe, n’est plus à proprement parler qu’un tas de ruines  sous lesquelles il est à craindre  que tous les occupants n’est été enterrés vivants. Selon les témoins oculaires, il apparaît que les ondes sismiques  furent accompagnées par une violente perturbation atmosphérique à caractère cyclonique. Un article de chapellerie qu’on a reconnu depuis pour avoir appartenu au très estimé greffier de la couronne et de la justice de paix, M. George Fottrell, et un parapluie de soie à manche d’or où étaient gravés les initiales, l’écusson, les armes et l’adresse de l’érudit et vénérable président des assises trimestrielles sir Frederick Falkiner, président du tribunal correctionnel de Dublin, ont été découverts pare les équipes de secours dans des endroits reculés de l’île, respectivement le premier sur la troisième crête basaltique de la chaussée des géants, le second enlisé d’un pied trois pouces dans la grève sablonneuse de la baie d’Holeopen près du vieux cap de Kinsale. D’autres témoins oculaires assurent qu’ils ont aperçu une énorme boule incandescente qui trouait l’atmosphère à une vitesse terrifiante selon une trajectoire sud-ouest-ouest. Un feu d’artifice de messages de condoléances et de sympathie arriva de tous les points des différents continents et le souverain pontife dans sa grande bonté a daigné ordonné qu’une misa pro defunctis extraordinaire soit célébrées simultanément par les desservants de toutes les églises cathédrales de tous les diocèses épiscopaux relevant de l’autorité spirituelle du Saint-Siège, à l’intention des âmes de ces fidèles défunts qui, d’une façon si soudaine, ont été enlevés à notre affection. Le travail de sauvetage, l’enlèvement des débris, restes humains etc. ont été confiés à MM. Michael Meade et fils, 159 Great Brunswick street, et à MM T.C. Martin, 77, 78, 79 et 80 North Wall, secondés par les officiers et soldats d’infanterie légère du régiment du Duc de Cornouailles sous le haut commandement de Son Altesse Royale, contre-amiral, le très honorable sir Hercule Hannibal Habeas Corpus Anderson, Chevalier de l’ordre de la Jarretière, chevalier de l’ordre de Saint Patrick, chevalier de l’ordre du Chardon, conseiller privé, commandeur de l’ordre du Bain, député, juge de paix, diplômé de la faculté de médecine, décoré de l’Ordre pour Services distingués, chevalier de Sodome, maître des Chasses, membre de l’Académie Royale d’Irlande, licencié en droit, docteur en musicologie, administrateur des Bonnes œuvres, membre du Trinity College de Dublin, membre de l’Université Royale d’Irlande, membre du Collège Royal de Médecine d’Irlande et membre du Collège Royal de Chirurgie d’Irlande.
     Vous n’avez jamais vu une chose pareille de toute votre vie bordel,. Putain, si il y avait eu ce billet de loterie sur le coin de la poire il se serait rappelé la coupe d’or un bout de temps mais putain le citoyen il aurait été coffré pour coups et violences et Joe pour complicité active. Le cocher lui a sauvé la vie en foutant le camps comme un dieu il a fait pour Moïse. Hein ? Ah, bon dieu c’est sûr. Et l’autre il a continué à lâcher toute une bordée d’injures.
     – Je l’ai tué, il fait, oui ou merde ?
     Et il crie à son sale clebs :
     – Mords-le, Garry ! Mords-le mon chien !
     La dernière chose qu’on a vue c’est la foutue carriole qui tournait le coin avec dedans cette vieille tête de mouton qui gesticulait et le sale cabot qui courait après toutes oreilles dehors, il n’était pas loin le con de l’étriper et de le détripailler. Cent contre cinq ! Bon dieu il en a eu pour son argent je vous dis que ça.
     Or voici qu’une grande lumière descendit sur eux et ils virent le char où Il se terni debout qui montait aux cieux. Et ils Le virent dans le char, revêtu de la gloire de cette lumière, et il devint brillant comme le soleil, beau comme la lune et si terrible que dans leur crainte ils n’osaient plus lever les yeux vers Lui. Et une voix qui venait du ciel appela : Elie ! Elie ! Et ils répondirent dans un grand cri : Abba ! Adonai ! Et voici qu’ils Le virent, Lui, Lui en personne, ben Bloom Elie, au milieu d’une nuée d’anges, monter en gloire vers la lumière à un angle de quarante-cinq degrés au-dessus du pub Donohoe, little Green street, comme par un bon coup de pelle.

    Gob, the devil wouldn’t stop him till he got hold of the bloody tin anyhow and out with him and little Alf hanging on to his elbow and he shouting like a stuck pig, as good as any bloody play in the Queen’s royal theatre :
    —Where is he till I murder him?
     And Ned and J. J. paralysed with the laughing.
    —Bloody wars, says I, I’ll be in for the last gospel.
     But as luck would have it the jarvey got the nag’s head round the other way and off with him.
    —Hold on, citizen, says Joe. Stop!
     Begob he drew his hand and made a swipe and let fly. Mercy of God the sun was in his eyes or he’d have left him for dead. Gob, he near sent it into the county Longford. The bloody nag took fright and the old mongrel after the car like bloody hell and all the populace shouting and laughing and the old tinbox clattering along the street.
     The catastrophe was terrific and instantaneous in its effect. The observatory of Dunsink registered in all eleven shocks, all of the fifth grade of Mercalli’s scale, and there is no record extant of a similar seismic disturbance in our island since the earthquake of 1534, the year of the rebellion of Silken Thomas. The epicentre appears to have been that part of the metropolis which constitutes the Inn’s Quay ward and parish of Saint Michan covering a surface of fortyone acres, two roods and one square pole or perch. All the lordly residences in the vicinity of the palace of justice were demolished and that noble edifice itself, in which at the time of the catastrophe important legal debates were in progress, is literally a mass of ruins beneath which it is to be feared all the occupants have been buried alive. From the reports of eyewitnesses it transpires that the seismic waves were accompanied by a violent atmospheric perturbation of cyclonic character. An article of headgear since ascertained to belong to the much respected clerk of the crown and peace Mr George Fottrell and a silk umbrella with gold handle with the engraved initials, crest, coat of arms and house number of the erudite and worshipful chairman of quarter sessions sir Frederick Falkiner, recorder of Dublin, have been discovered by search parties in remote parts of the island respectively, the former on the third basaltic ridge of the giant’s causeway, the latter embedded to the extent of one foot three inches in the sandy beach of Holeopen bay near the old head of Kinsale. Other eyewitnesses depose that they observed an incandescent object of enormous proportions hurtling through the atmosphere at a terrifying velocity in a trajectory directed southwest by west. Messages of condolence and sympathy are being hourly received from all parts of the different continents and the sovereign pontiff has been graciously pleased to decree that a special missa pro defunctis shall be celebrated simultaneously by the ordinaries of each and every cathedral church of all the episcopal dioceses subject to the spiritual authority of the Holy See in suffrage of the souls of those faithful departed who have been so unexpectedly called away from our midst. The work of salvage, removal of débris, human remains etc has been entrusted to Messrs Michael Meade and Son, 159 Great Brunswick street, and Messrs T. and C. Martin, 77, 78, 79 and 80 North Wall, assisted by the men and officers of the Duke of Cornwall’s light infantry under the general supervision of H. R. H., rear admiral, the right honourable sir Hercules Hannibal Habeas Corpus Anderson, K. G., K. P., K. T., P. C., K. C. B., M. P, J. P., M. B., D. S. O., S. O. D., M. F. H., M. R. I. A., B. L., Mus. Doc., P. L. G., F. T. C. D., F. R. U. I., F. R. C. P. I. and F. R. C. S. I.
     You never saw the like of it in all your born puff. Gob, if he got that lottery ticket on the side of his poll he’d remember the gold cup, he would so, but begob the citizen would have been lagged for assault and battery and Joe for aiding and abetting. The jarvey saved his life by furious driving as sure as God made Moses. What? O, Jesus, he did. And he let a volley of oaths after him.
      —Did I kill him, says he, or what?
      And he shouting to the bloody dog:
      —After him, Garry! After him, boy!
     And the last we saw was the bloody car rounding the corner and old sheepsface on it gesticulating and the bloody mongrel after it with his lugs back for all he was bloody well worth to tear him limb from limb. Hundred to five! Jesus, he took the value of it out of him, I promise you.
     When, lo, there came about them all a great brightness and they beheld the chariot wherein He stood ascend to heaven. And they beheld Him in the chariot, clothed upon in the glory of the brightness, having raiment as of the sun, fair as the moon and terrible that for awe they durst not look upon Him. And there came a voice out of heaven, calling: Elijah! Elijah! And He answered with a main cry: Abba! Adonai! And they beheld Him even Him, ben Bloom Elijah, amid clouds of angels ascend to the glory of the brightness at an angle of fortyfive degrees over Donohoe’s in Little Green street like a shot off a shovel.

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Marylin Monroe plongée dans la lecture d'Ulysse de James Joyce

Marylin Monroe plongée dans la lecture d’Ulysse de James Joyce.

Apparemment, Marylin a réussi ce que je n’ai jamais pu faire, terminer la lecture de cet énorme pavé de 1.157 pages et juste au moment où le photographe la figeait pour la postérité.

 

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Etudes et sites consacrés à Ulysse de James Joyce :

      • Ulysse de James Joyce par Michel Chassaing (67 pages) : c’est ICI ou encore  ICI.
      • Joyce, de nouveau par Philippe Sollers : c’est ICI
      • Non, « Ulysse » de Joyce n’est ni long ni ennuyeux par Pierre Ancery : c’est ICI

Ulysse par Guillaume Gallienne

      • émission de France Inter du 9 juillet 2012 sur Ulysse de James Joyce, présenté par Philippe Sollers – lecture  Guillaume Galliennne,    49 minutes d’écoute, c’est ICI :  http://www.franceinter.fr/player/export-reecouter?content=0   – Une partie du texte du chapitre XII d’où sont tiré les extraits présentés ci-dessus est lue par Guillaume Gallienne à la 24ème minute 39 secondes de l’enregistrement.
      • émission de France Inter du 6 juillet 2012 sur l’Ulysse d’Homère  – lecture d’extraits du texte par Guillaume Galliennne,    52 minutes d’écoute, c’est ICI : http://www.franceinter.fr/player/export-reecouter?content=0

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de Gracie à l’écrivain japonais Dazai Osamu (I)…

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    Quand ma chienne Gracie ouvre sa gueule et découvre ses crocs impressionnants, je ne manque pas de penser avec effroi aux dégâts qu’occasionneraient sur l’un de mes bras ou l’une de mes jambes ses morsures.
   Le bouvier bernois est considéré comme un chien inoffensif et très doux et effectivement Gracie n’a jamais mordu personne, même dans les comportements agressifs qu’elle manifeste parfois auprès des étrangers s’approchant de la maison en se plantant pattes tendues devant l’intrus et en aboyant avec force. Lorsque, excitée par le jeu, elle saisit avec sa gueule la nourriture que vous tenez dans votre main, il arrive qu’elle vous mordille par accident mais ce n’est jamais très grave. Lorsque les jeunes enfants, inconscients de la brutalité de leurs jeux, exagèrent, elle se contente de changer de place sans manifester la moindre hostilité à leur égard.
     Et il vaut mieux que ce soit ainsi… J’ai relevé sur Internet que la pression exercée par la mâchoire d’un bouvier bernois peut atteindre plus de150 kg au cm2 (contre 65 kg pour un chien de taille moyenne). Rappelons que la pression exercée par la mâchoire d’un humain n’est que de 15 à 20 Kg et qu’il suffit d’une pression de 2 kg/cm2 pour briser un doigt et de 150 kg pour briser un bras.

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––– l’écrivain Dazai Ozamu et la gente canine : peur, morsure, haine, lâcheté et réconciliation – 

Dazai Osamu (1909-1948)°°°
      En relisant dernièrement le livre de l’auteur japonais Dazai Osamu, « Cent vues du mont Fuji » sur lequel j’ai déjà écrit par le passé un article (c’est ICI). Je suis retombé sur le passage hilarant qu’il consacre aux rapports complexes qu’il entretient avec la gent canine. Tout compte fait, Dazai Ozamu entretient avec celle-ci le même type de rapports qu’il entretient avec l’espèce humaine : incompréhension, haine, agressivité, complaisance, culpabilité, fausse indifférence. Le tout, raconté dans sa verve inimitable mélodramatique, ironique et pessimiste.

Lion-chien japonais

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     Le chien (extrait)
                                                                                                                      Pour Ima Uhei

   Avec les chiens, je suis sûr que d’une chose : sûr qu’un jour, je me ferais mordre. C’est ce qui m’attend. J’en ai la certitude. Je suis moi-même étonné d’avoir pu, jusqu’à présent, échapper à cette fatalité. Sache-le bien lecteur : c’est une bête féroce que le chien. Quand j’entends dire que certains chiens ont su faire tomber à la renverse des chevaux, ou parfois même se mesurer victorieusement à des lions, je réponds, en hochant gravement la tête que cela ne m’étonne pas. Il suffit d’observer leurs crocs acérés : ce n’est pas rien ! Regardez-les : ils font les innocents, affectent la modestie, vont fureter çà et là dans les poubelles; mais en fait, ce sont des bêtes féroces et capables de faire tomber un cheval. A tout instant, un chien peut être pris d’une rage soudaine et dévoiler sa vraie nature; mais on ne sait jamais à quel moment cela se produira. Il faut donc le tenir solidement enchaîné, sans relâcher son attention ne fut-ce qu’une seconde.
    D’ordinaire, son maître – tout simplement parce qu’il nourrit cette bête effrayante en lui faisant chaque jour l’aumône d’un peu de nourriture – lui accorde une confiance aveugle et spontanée : toutou, toutou ! Il l’appelle avec une joie insouciante, fait de ce chien un membre de sa famille à part entière et rit aux éclats en voyant le petit de trois ans lui tirer les oreilles – spectacle qui donne le frisson et l’envie de fermer les yeux ! Que se passerait-il si le chien se mettait à l’improviste à mordre l’enfant en aboyant ? On ne saurait être trop vigilant. Rien ne dit, d’ailleurs, qu’un chien ne puisse pas mordre son maître. (L’idée que jamais un chien ne puisse s’en prendre à qui le nourrit n’est qu’une superstition dangereuse et ridicule. Avec les crocs effrayants dont il est pourvu, le chien est fait pour mordre. Il est scientifiquement impossible d’affirmer qu’un chien ne mordra pas.) Comment peut-on laisser un tel monstre en liberté dans les rues ?

Crouching shi shi

    J’ai d’ailleurs un ami qui, l’an dernier, à l’automne a été victime de l’une de ces bêtes. Le pauvre ! Il se promenait innocemment, les mains dans le poches, lorsqu’il a aperçu un chien assis en travers de son chemin. Mon ami est passé à côté de lui comme si de rien n’était. La bête lui a jeté un regard mauvais; il n’en a pas moins poursuivi son chemin et l’a dépassée. Et c’est à ce moment là que, d’un coup, et avec un aboiement, le chien est venu le mordre à la jambe droite. Lamentable accident ! Et tout cela en l’espace d’une seconde…
    Mon ami d’abord stupéfait, a versé des larmes de colère. lorsqu’il m’a raconté cette histoire, je n’ai pas été surpris; je me suis contenté de hocher gravement la tête. Quand un évènement de ce genre se produit, que peut-on faire ? Rien.
    Avec sa jambe blessée, mon ami s’est traîné jusqu’à l’hôpital où il a reçu des soins. Il a dû ensuite y retourner pendant trois semaines : oui ! vingt et un jours ! Même quand la plaie était cicatrisée, on craignait qu’il ne soit porteur d’un terrible virus – celui de la rage : il a donc du se soumettre quotidiennement à des injections préventives. Engager des négociations avec le maître de ce chien, ou faire quelque chose du même genre, c’eût été trop pour quelqu’un d’aussi timoré que lui. Il s’est contenté de pousser des soupirs de résignation en déplorant sa malchance. De plus le traitement n’étant pas gratuit, loin de là, et mon ami – je regrette pour lui d’avoir à le dire – n’avait pas d’argent à gaspiller ainsi : il a fallu qu’à grand-peine il racle tous ses fonds de tiroirs. Pour une catastrophe, c’était vraiment une catastrophe.
    Et s’il avait eu le malheur d’oublier, ne fût-ce qu’une fois, son injection quotidienne ? Il aurait souffert d’hydrophobie, de fièvre, d’hallucinations; il aurait pris le faciès d’un chien et se serait mis à marcher à quatre pattes en aboyant ! Maladie terrifiante ! Quand il était encore en traitement, imagine-t-on l’état de peur, d’angoisse, dans lequel il pouvait vivre ? Endurant comme il est, il a encaissé le choc; sans faiblir, il est allé à l’hôpital pour ses piqures pendant trois fois sept : vingt et un jours d’affilée ! Et il a maintenant repris énergiquement toutes ses activités. Mais si moi, j’avais été à sa place, j’aurais tout fait pour ne pas laisser vivre ce chien. Je suis trois à quatre fois plus vindicatif que la moyenne des humains et, quand je me venge, cinq ou six fois plus violent : ce chien-là, je n’aurais pas attendu longtemps pour lui briser le crâne en morceaux et lui arracher les yeux – que j’aurais mâchés rageusement et recraché ensuite ! Et si cela n’avait pas suffi à me calmer, j’aurais empoisonné tous les chiens du voisinage.
   Vous ne faites rien, absolument rien, et voilà qu’avec un aboiement, on vient vous mordre la jambe ! C’est une façon d’agir qui est contraire à tous les usages : un acte de violence gratuite. Oh, bien sûr, on peut toujours alléguer de la stupidité de l’animal; ce comportement reste tout-de même inexcusable. On se laisse apitoyer par ces « pauvres bêtes » et on leur passe tout : impardonnable faiblesse ! Il faut les punir ! Et les punir sans pitié !
    A l’automne dernier donc, lorsque j’ai entendu ce qui était arrivé à mon ami, l’exécration que je vouais déjà aux chiens a été portée à son paroxysme : c’est devenu une haine dévorante, pareille à une flamme aux reflets bleus.

à suivre…

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–––– Shishi et chiens lIons ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

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Japon : shishi ou chien-lion

   Shishi (ou Jishi) est traduit par « lion » ou « chien-lion » mais il peut également se référer à un cerf ou un chien qui possède des propriétés magiques et le pouvoir de repousser les mauvais esprits. Une paire de shishi monte traditionnellement la garde devant les portes des sanctuaires shintoïstes et temples bouddhistes japonais.

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Gracie et les enfants…

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Gracie (IMG_4174) - photo Enki

Gracie (IMG_4174) – photo Enki

   Assis sur la terrasse du chalet de l’Aulp, je donne des ordres à Gracie : « Gracie! Comme here! Sit down! » Je lui parle parfois en anglais, non pas par snobisme mais parce que Gracie a été élevée juste après sa naissance par une famille où l’on parlait anglais et que sa famille d’accueil est également bilingue. L’anglais est en quelque sorte, si je peux m’exprimer ainsi, sa « langue maternelle »...
   A côté de nous une petite fille âgée d’à peine  cinq à six ans parait fascinée par Gracie et la voit obéir à mon ordre. Elle n’a évidemment rien compris à ce que je disais. Elle me regarde, interrogative, et me demande : « Tu lui a parlé en langage chien ? » 

    A une table voisine de la mienne, un petite fille encore plus jeune fixe intensément Gracie. Elle a l’air vivement intéressée. Elle est apparemment en compagnie de ses grands-parents qui la surveille de près. Elle manifeste tant d’intérêt que je lui demande si elle souhaite caresser Gracie. Sans attendre sa réponse, son grand-père s’interpose : – Oh non ! surtout pas ! elle a une terreur panique des chiens … – Il ne m’avait pourtant pas semblé que la petite fille était traumatisée. Tant pis …

   Un peu plus tard, un jeune garçon à peine plus âgé me demande si il peut la caresser. Je lui réponds par l’affirmative. Il me confie que sa famille avait, il y a encore quelques mois, elle aussi, un bouvier bernois mais que celui-ci était mort de maladie. Il a l’air tout triste. Je lui demande alors quel était le nom de son chien – Walter ! me réponds t’il vivement – Je lui indique alors que ma chienne s’appelle Gracie – Il me demande alors candidement pourquoi elle ne s’appelle pas Walter – Je tente de lui expliquer que chaque chien doit avoir un nom particulier, tout comme les humains, mais il insiste, Gracie doit s’appeler Walter ! Pour lui un bouvier bernois ne peut s’appeler que Walter… Pour ne pas le décevoir, je lui réponds que je vais y réfléchir…

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Gœthe : Faust, l’apparition de Méphistophélès ou la métamorphose du barbet…

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Johann Wolfgang von Gœthe (1749-1832) par Delacroix

Johann Wolfgang von Gœthe (1749-1832) par Delacroix

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Méphistophélès par Eugène Delacroix

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   Le Faust de Goethe est une pièce de théâtre considérée comme l’une des œuvres majeures du Sturm und Drang, ce mouvement allemand précurseur du romantisme qui exaltait les sentiments du cœur et les passions humaines ainsi que les rapports exaltés avec la nature. Gœthe y aura travaillé durant une grande partie de sa vie écrivant sur le tard un Faust II qui ne sera publié qu’après sa mort. La version définitive du Faust I dont il est question dans cet article a été publiée en 1808.
   La pièce s’inspire de légendes nées en Europe centrale qui font référence à un personnage ayant réellement existé, un alchimiste allemand du nom de Faustus qui aurait vendu son âme au diable en échange de la connaissance et de certains pouvoirs et qui avait connu une fin tragique. Le premier texte qui décrit le docteur Faust est le Volksbuch, un récit dont l’auteur nous est inconnu, publié pour la première fois à Francfort en 1587 mais qui fera l’objet, par la suite, de nombreuses rééditions dans toute l’Europe. Ce récit est tiré des volksbücher, ces récits populaires très répandus en Allemagne au XVIe siècle où il était question de magie et de pactes passés avec les puissances infernales. Ces thèmes sont apparus très tôt dans la littérature européenne puisque déjà, aux IVe, VIe et XIIIe siècle, des œuvres le mettaient en scène (histoires de Cyprien d’Antioche, de Helladius et de Théophile) et sont revenus par la suite de manière récurrente .
    Plus tard, en Angleterre élisabéthaine, le dramaturge Christopher Marlowe avait tiré de la légende, en 1592, une pièce de  théâtre intitulée The Tragical History of Doctor Faustus dans laquelle le docteur Faust apparaît plus intéressé par le pouvoir et le plaisir que par la connaissance et dont le personnage féminin, la belle Hélène, est présentée non comme une victime innocente bafouée mais comme une succube. Le Faust de Marlowe sera à l’origine de tous les Faust dramatisés de la légende et ceux en particulier mis en scène en Allemagne dans les théâtres de foire et de marionnettes, le Puppenspiel. Au XVIIIe siècle, avec l’Aufklarung qui proclame le triomphe de la raison, on voit philosophes et théologiens s’insurger et condamner toute forme d’irrationnel, de merveilleux et de magie; la figure de Faust devient alors celle du magicien condamné et damné mais apparaît aussi comme bien installée dans l’imaginaire populaire.
   C’est Gotthold Ephraim Lessing qui, en Allemagne vers 1759, va dévêtir Faust de ses oripeaux de magicien et redonner à sa figure son contenu tragique d’homme prométhéen qui aspire à la connaissance absolue et s’oppose en cela à la société et à la religion mais ce drame n’est qu’une ébauche de ce que l’auteur projetait d’écrire et il faudra attendre les stürmer (du nom de l’ouvrage Sturm und Drang de Klinger, paru en 1776) pour la figure moderne de Faust prenne son envol. Ces jeunes écrivains exaltés remettent en cause les valeurs et les certitudes  jusque là défendues par leur siècle notamment la toute-puissance de la raison qu’il juge réductrice, la notion d’un dieu juste et sa conséquence, l’ordre moral qui régit la société et opprime les individus. Ils exaltent la nature, les grandes passions individuelles et le génie personnel. Parmi eux, certains, tels le jeune Goethe, Maler Müller, R.M. Lenz et Klinger s’intéresseront à la figure de Faust mais c’est Gœthe, après de longs tâtonnements qui avec son œuvre magistrale publiée en 1808 portera la figure de Faust à la hauteur d’un symbole et d’un mythe universel.

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Faust (Gœthe), Faust, Vagner et le barbet

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Faust (Gœthe), Faust, Vagner et le caniche par Paul Mila, 1835

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Faust (Gœthe), Faust, Vagner et le caniche par Friedrich Gustav Schlick, 1847-1850

Delacroix - Faust (Gœthe), Faust, Vagner et le barbet

Faust (Gœthe), Faust, Vagner et le barbet par Delacroix

FAUST.

   (…) Deux ames, hélas ! se partagent mon sein, et chacune d’elles veut se séparer de l’autre ; l’une, ardente d’amour, s’attache au monde par le moyen des organes du corps ; un mouvement convulsif entraîne l’autre loin des ténèbres, vers les hautes demeures de nos aïeux ! Ô si, dans l’air il y a des esprits qui planent entre la terre et le ciel, qu’ils descendent de leurs nuages dorés, et me conduisent à une vie plus nouvelle et plus variée ! Oui, si je possédais un manteau magique, et qu’il pût me transporter vers des régions étrangères, je ne m’en déferais point pour les habits les plus précieux, pas même pour le manteau d’un roi.

VAGNER.

    N’appelez pas cette troupe bien connue qui s’étend nomme la tempête autour de la vaste atmosphère, et qui de tous côtés prépare à l’homme une infinité de dangers. La bande des esprits venus du Nord aiguise contre vous des langues à triple dard. Celle qui vient de l’Est dessèche vos poumons et s’en nourrit. Si ce sont les déserts du Midi qui les envoient, ils entassent autour de votre tête flamme sur flamme, et l’Ouest en vomit un essaim qui vous rafraîchit d’abord, et finit par dévorer, autour de vous, vos champs et moissons. Enclins à causer du dommage, ils écoutent volontiers votre appel, ils vous obéissent même, parce qu’ils aiment à vous tromper ; ils s’annoncent comme envoyés du ciel, et quand ils mentent, c’est avec une voix angélique. Retirons-nous donc ! Le monde se couvre déjà de ténèbres, l’air se rafraîchit, le brouillard tombe ! C’est au soir qu’on apprécie surtout l’agrément du logis. Mais, qu’avez-vous à vous arrêter ? Que considérez-vous là avec tant d’attention ? Qui peut donc vous étonner ainsi dans le crépuscule ?

FAUST.

    Vois-tu ce chien noir errer au travers des blés et des chaumes?

VAGNER.

    Je le vois depuis long-tems, il ne me semble offrir rien d’extraordinaire.

FAUST.

    Considère-le bien; pour qui prends-tu cet animal ?

VAGNER.

    Pour un barbet, qui cherche à sa manière la trace de son maître.

FAUST.

    Remarques-tu comme il tourne en spirales, en s’approchant de nous de plus en plus ? Et si je ne me trompe, il traîne derrière ses pas une trace de feu.

VAGNER.

     Je ne vois rien qu’un barbet noir ; il se peut bien qu’un éblouissement abuse vos yeux.

FAUST.

     Il me semble qu’il tire à nos pieds des lacets magiques, comme pour nous attacher.

VAGNER.

     Je le vois incertain et craintif sauter autour de nous, parce qu’au lieu de son maître, il trouve deux inconnus.

FAUST.

    Le cercle se rétrécit, déjà il est proche.

VAGNER.

     Tu vois ! ce n’est là qu’un chien et non un fantôme. Il grogne et semble dans l’incertitude ; il se met sur le ventre, agite sa queue, toutes manières de chien.

FAUST.

    Accompagne-nous ; viens ici.

VAGNER.

    C’est une folle espèce de barbet. Tu t’arrêtes, il t’attends ; tu lui parles, il s’élance à toi ; perds quelque chose, il le rapportera, et sautera dans l’eau après ta canne.

FAUST.

     Tu as bien raison, je ne remarque en lui nulle trace d’esprit, et tout est éducation.

VAGNER.

    Le chien, quand il est bien élevé, est digne de l’affection du sage lui-même. Oui, il mérite bien tes bontés. C’est l’écolier le plus assidu des étudians.

(Ils rentrent par la porte de la ville.)

CABINET D’ETUDE

FAUST, entrant avec le barbet.

     J’ai quitté les champs et les prairies qu’une nuit profonde, environne. Je sens une religieuse horreur éveiller, par des pressentimens, la meilleure de mes deux ames. Les grossières sensations s’ endorment avec leur activité orageuse ; je suis animé d’un ardent amour des hommes et l’amour de Dieu me ravit aussi. Sois tranquille, barbet ; ne cours pas çà et là auprès de la porte ; qu’y flaires-tu ? Va te coucher derrière le poële ; je te donnerai mon meilleur coussin ; puisque là-bas sur le chemin de la montagne, tu nous as récréés par tes tours et par tes sauts, aie soin que je trouve en toi maintenant un hôte parfaitement paisible.

     Ah ! dès que notre cellule étroite s’éclaire de la lampe bienfaisante, la lumière pénètre aussi dans notre sein, dans notre cœur qui se connaît lui-même. La raison recommence à parler, et l’espérance à luire ; on se baigne au ruisseau de la vie, à la source d’où elle jaillit.

     Ne grogne point, barbet ! Les hurlemens d’un animal ne peuvent s’accorder avec les divins accens qui remplissent mon ame entière. Nous sommes accoutumés à ce que les hommes déprécient ce qu’ils ne peuvent comprendre, à ce que le bon et le beau, qui souvent leur sont nuisibles, les fassent murmurer ; mais faut-il que le chien grogne à leur exemple ?…. Hélas ! je sens déjà qu’avec la meilleure volonté, la satisfaction ne peut plus jaillir de mon cœur. Mais pourquoi le fleuve doit-il si tôt tarir, et nous replonger dans notre soif éternelle ? J’en ai trop fait l’expérience ! Cette misère va cependant se terminer bientôt ; nous apprenons à estimer ce qui s’élève au-dessus des choses de la terre, nous aspirons à une révélation, qui nulle part ne brille d’un éclat plus pur et plus beau que dans le Nouveau-Testament. J’ai envie d’ouvrir le texte, et me livrant une fois à des sentimens sincères, de traduire le saint original dans la langue allemande qui m’est si chère.

    (Il ouvre un volume et s’apprête.)

     Il est écrit : Au commencement était la parole !

     Ici je m’arrête déjà ! Qui me soutiendra plus loin ? Il m’est impossible d’estimer assez ce mot, la parole ; il faut que je le traduise autrement, si l’esprit daigne m’éclairer. Il est écrit : Au commencement était la volonté !Réfléchissons bien cette première ligne, et que la plume ne se hâte pas trop ! Est-ce bien la volonté qui crée et conserve tout ? Il devrait y avoir : Au commencement était la force ! Cependant tout en écrivant ceci, quelque chose dit que je ne dois pas m’arrêter à ce sens. L’esprit me secourt enfin ! Je suis tout à coup inspiré et j’écris consolé :  Au commencement était l’action !

     S’il faut que je partage la chambre avec toi, barbet, laisse-là tes hurlemens et tes cris ! Je ne puis souffrir près de moi un compagnon si bruyant : il faut que l’un de nous deux quitte la chambre ! C’est malgré moi que je viole les droits de l’hospitalité ; le porte est ouverte et tu as le champ libre. Mais que vois-je ? Cela est-il naturel ? Est-ce une ombre, est-ce une réalité ? Comme mon barbet vient de se gonfler ! Il se lève avec effort, ce n’est plus une forme de chien. Quel spectre ai-je introduit chez moi ? Il a déjà l’air d’un hippopotame, avec ses yeux de feu et son effroyable mâchoire. Oh ! je serai ton maître ! Pour une bête aussi infernale, la clef de Salomon m’est nécessaire.

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Friedrich August Moritz Retzsch-beschwoerung des pudels im studierzimmer, 1816

le caniche dans le cabinet de Faust par Friedrich August Moritz Retzsch, 1816

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Faust de Gœthe, Méphistophélès en chien - illustration de Johann Heinrich Ramberg

Faust de Gœthe, Méphistophélès en chien – illustration de Johann Heinrich Ramberg

ESPRITS, dans la rue.

Par un puissant sortilège,
Ici l’un de nous est pris
Comme un vieux renard au piège :
Restez-là, restez, esprits ! —
Mais faisons un peu silence ;
Balançons-nous, balançons
Nos ailes d’or en cadence,
Et nous le délivrerons !
Il est là ! C’est notre frère,
Volons à son secours !
Car il employa toujours
Tous ses efforts à nous plaire.

FAUST.

D’abord, pour aborder le monstre, j’emploierai la conjuration des quatre.

Que la Salamandre s’enflamme !
Que 1’Ondin se replie !
Que le Sylphe s’évanouisse !
Que le Lutin travaille !

     Qui ne connaîtrait pas les élémens, leur force et leurs propriétés, ne se rendrait jamais maître des esprits.

Vole en flammes, Salamandre !
Coulez ensemble en murmurant, Ondins !
Brille en éclatant météore, Sylphe !
Apporte-moi tes secours domestiques,
Incubus ! incubus !
Viens ici, et ferme la marche !

     Aucun des quatre n’existe dans cet animal. Il reste immobile, et grince des dents devant moi ; je ne lui ai fait encore aucun mal. Tu vas m’entendre employer de plus fortes conjurations. 

    Es-tu, mon ami, un échappé de l’enfer ? alors regarde ce signe ; les noires phalanges se courbent devant lui.

     Déjà il se gonfle, ses crins sont hérissés !

     Être maudit ! peux-tu le lire, celui qui jamais ne fut créé, l’inexprimable, adoré par tout le ciel, et criminellement transpercé ?

     Relégué derrière le poële, il s’enfle comme un éléphant, il remplit déjà tout l’espace, et va se résoudre en vapeur. Ne monte pas au moins jusqu’à la voûte ! Viens plutôt te coucher aux pieds de ton maître. Tu vois que je ne menace pas en vain. Je suis prêt à te roussir avec le feu sacré. N’attends pas la lumière au triple éclat ! N’attends pas la plus puissante de mes conjurations !

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Faust de Gœthe, Méphistophélès offrant son aide à Faust par Delacroix

Faust de Gœthe, Méphistophélès offrant son aide à Faust par Delacroix

MEPHISTOPHELES entre pendant que le nuage tombe, et sort de derrière le poêle, en habit d’étudiant.

     D’où vient ce vacarme ? Qu’est-ce qu’il y a pour le service de Monsieur ?

FAUST.

     C’était donc là le contenu du barbet ? Un écolier ambulant.

MÉPHISTOPHÉLÈS.

     Je salue le savant docteur : Vous m’avez bien fait suer.

FAUST.

    Quel est ton nom ?

MÉPHISTOPHÉLÈS.

     La demande me paraît bien frivole, pour quelqu’un qui a tant de mépris pour les mots ; qui toujours s’écarte des apparences, et regarde surtout le fond des êtres.

FAUST.

     Chez vous autres, messieurs, on doit pouvoir aisément deviner votre nature d’après vos noms, et c’est ce qu’on fait connaître clairement en vous appelant ennemis de Dieu, séducteurs, menteurs. Eh bien ! qui donc es-tu ?

MÉPHISTOPHÉLÈS.

     Une partie de cette force qui tantôt veut le mal, et tantôt fait le bien.

FAUST.

     Que signifie cette énigme ?

MÉPHISTOPHÉLÈS.

    Je suis l’Esprit qui toujours nie ; et c’est avec justice : car tout ce qui existe est digne d’être détruit ; il serait donc mieux que rien n’existât. Ainsi, tout ce que vous nommez péché, destruction, bref, ce qu’on entend par mal ; voilà mon élément.

FAUST.

    Tu te nommes partie, et te voilà en entier devant moi.

MÉPHISTOPHÉLÈS.

     Je te dis la modeste vérité. Si l’homme, ce petit monde de folie, se regarde ordinairement comme formant un entier, je suis, moi, une partie de la partie qui existait au commencement de tout, une partie. de cette obscurité qui donna naissance à la lumière, la lumière orgueilleuse, qui maintenant dispute à sa mère, la nuit, son rang antique et l’espace qu’elle occupait ; ce qui ne lui réussit guère pourtant, car malgré ses efforts elle ne peut que ramper à la surface des corps qui l’arrêtent ; elle jaillit de la matière, elle l’embellit, mais un corps suffit pour enchaîner sa marche. Je puis donc espérer qu’elle ne sera plus de longue durée, ou qu’elle s’anéantira avec les corps eux-mêmes.

FAUST.

     Maintenant, je connais tes honorables fonctions ; tu ne peux anéantir la masse, et tu te rattrapes sur les détails.

MÉPHISTOPHÉLÈS.

     Et franchement, je n’ai point fait grand ouvrage : ce qui s’oppose au néant, le quelque chose, ce monde matériel, quoi que j’aie entrepris jusqu’ici ; je n’ai pu encore l’entr’ouvrir ; et j’ai en vain déchaîné contre lui, flots, tempêtes, tremblemens, incendies ; la mer et la terre sont demeurées tranquilles. Nous n’avons rien à gagner sur cette maudite semence, matière des animaux et des hommes. Combien n’en ai-je pas déjà enterré ! Et toujours circule un sang frais et nouveau. Voilà la marche des choses ; c’est à en devenir fou. Mille germes s’élancent de l’air, de l’eau, comme de la terre, dans le sec, l’humide, le froid, le chaud. Si je ne m’étais pas réservé le feu, je n’aurais rien pour ma part.

FAUST.

     Ainsi tu opposes au mouvement éternel, à la puissance secourable qui crée, la main froide du démon, qui se roidit en vain avec malice ! Quelle autre chose cherches-tu à entreprendre, étonnant fils du chaos !

MÉPHISTOPHÉLÈS.

     Nous nous en occuperons à loisir la prochaine fois ! Oserais-je bien cette fois m’éloigner ?

FAUST.

    Je ne vois pas pourquoi tu me le demandes. J’ai maintenant appris à te connaître ; visite-moi désormais quand tu voudras : voici la fenêtre, la porte, et même la cheminée à choisir.

MÉPHISTOPHÉLÈS.

     Je l’avouerai ! un petit obstacle m’empêche de sortir : le pied magique sur votre seuil.

FAUST.

     Le pentagramme te met en peine ? Hé ! dis-moi, fils de l’enfer, si cela te conjure, comment es-tu entré ici ? Comment un tel esprit s’est-il laissé attraper ainsi ?

MÉPHISTOPHÉLÈS.

     Considère-le bien : il est mal posé ; l’angle tourné vers la porte est, comme tu vois, un peu ouvert.

FAUST.

Le hasard s’est bien rencontré ! Et tu serais donc mon prisonnier ? C’est un heureux accident !

MÉPHISTOPHÉLÈS.

     Le barbet, lorsqu’il entra, ne fit attention à rien ; du dehors la chose paraissait toute autre, et maintenant le diable ne peut plus sortir.

FAUST.

     Mais pourquoi ne sors-tu pas par la fenêtre ?

MÉPHISTOPHÉLÈS.

     C’est une loi des diables et des revenans, qu’ils doivent sortir par où ils sont entrés. Le premier acte est libre en nous ; nous sommes esclaves du second.

FAUST.

     L’enfer même a donc ses lois ? C’est fort bien ainsi, un pacte fait avec vous, messieurs , serait fidèlement observé.

MÉPHISTOPHÉLÈS.

     Ce qu’on te promet, tu peux en jouir entièrement ; il ne t’en sera rien retenu. Ce n’est pas cependant si peu de chose que tu crois, mais une autre fois nous en reparlerons. Cependant je te prie et te reprie de me laisser partir cette fois-ci.

FAUST.

     Reste donc encore un instant, pour me dire ma bonne aventure.

MÉPHISTOPHÉLÈS.

     Eh bien ! lâche-moi toujours ! Je reviendrai bientôt ; et tu pourras me faire les demandes à loisir.

FAUST.

     Je n’ai point cherché à te surprendre, tu es venu toi-même t’enlacer dans le piège. Que celui qui tient le diable le tienne bien ; il ne le reprendra pas de si tôt.

MÉPHISTOPHÉLÈS.

     Si cela te plaît, je suis prêt aussi à rester ici pour te tenir compagnie ; avec la condition cependant de te faire par mon art passer dignement le tems.

FAUST.

     Je vois avec plaisir que cela te convient ; mais il faut que ton art soit divertissant.

MÉPHISTOPHÉLÈS.

     Ton esprit, mon ami, va gagner davantage dans cette heure seulement que dans l’uniformité d’une année entière. Ce que te chantent les esprits subtils, les belles images qu’ils apportent, ne sont pas une vaine magie. Ton odorat se délectera ainsi que ton palais, et ton cœur sera transporté. De vains préparatifs ne sont point nécessaires, nous voici rassemblés, commencez !

ESPRITS.

Disparaissez bien vite
Arceaux noirs et poudreux,
Et que l’azur des cieux
Un instant vous visite !

Des nuages épais
Percez, percez les voiles,
Scintillantes étoiles,
Par vos tendres reflets.
Ah ! déjà ces murs sombres
Ont semblé s’agiter,
Et vers les cieux monter
Comme de vaines ombres.
De sites, de passans,
La campagne se couvre,
Et notre œil y découvre
Des fleurs, des bois, des champs,
Et d’épaisses feuillées
Où les tendres amans
Promènent leurs pensées.

Mais plus loin sont couverts
Les longs rameaux des treilles,
De bourgeons, pampres verts,
Et de grappes vermeilles ;
Sous de vastes pressoirs
Elles roulent ensuite,
Et le vin à flots noirs,
Bientôt s’en précipite.
Le lac étend ses flots
À l’entour des montagnes,

Dans les vastes campagnes,
Il serpente en ruisseaux.
Partout, l’oiseau timide,
Cherchant l’ombre et le frais,
S’enfuit d’un vol rapide
Au milieu des marais,
Vers la retraite obscure
De ces nombreux îlots,
Dont la tendre verdure
S’agite sur les flots.
Là, de chants d’allégresse
La rive retentit ;
D’autres chœurs, là, sans cesse,
La danse nous ravit :
Les uns gaîment s’avancent
Autour des coteaux verts,
De plus hardis s’élancent
Au sein des flots amers :
Tous, pour goûter la vie,
Tous cherchent dans les cieux
Une étoile chérie,
Qui s’alluma pour eux.

MÉPHISTOPHÉLÈS.

     Il dort : c’est bien, jeunes esprits de l’air ! Vous l’avez fidèlement enchanté ! C’est un concert que je vous redois. Tu n’es pas encore homme à bien tenir le diable ! Fascinez-le par de doux prestiges, plongez-le dans une mer d’illusions. Cependant, pour détruire le charme de ce seuil, j’ai besoin de la dent d’un rat….. Je n’aurai pas long-tems à conjurer, en voici un qui trotte par-là et qui m’entendra bien vite.

     Le seigneur des rats et des souris, des mouches, des grenouilles, des punaises, des poux, t’ordonne de venir ici, et de ronger ce seuil comme s’il était frotté d’huile. — Ah ! te voilà déjà tout en l’air ! Allons, vite à l’ouvrage ! La pointe qui m’a arrêté, elle est là sur le bord… encore un morceau, c’est fait !

FAUST, se réveillant.

     Suis-je donc trompé cette fois encore ? Toute cette foule d’esprits a-t-elle déjà disparu ? Serait-ce un songe qui m’a présenté le diable ?…. Et n’est-ce qu’un barbet qui a sauté après moi ?

Méphistophélès par DelacroixMéphistophélès par Delacroix

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illustres illustrateurs : Jeanne Mammen, période Weimar (1914-1933)

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Jeanne Mammen en 1975Jeanne Mammen en 1975

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     Jeanne Mammen (1890-1976) est une peintre et dessinatrice allemande. Ses œuvres s’inscrivent dans les courants de la Nouvelle Objectivité et du symbolisme.

     Née à Berlin, Jeanne Mammen grandit à Paris, où son père Gustav Oskar Mammen  s’était installé avec sa famille quand elle avait cinq ans après qu’il eut acquis une usine de soufflage du verre. La famille s’installe à Passy, dans une villa confortable dotée d’un jardin idyllique. Jeanne fréquente le lycée Molière et s’imprègne de culture française. Dés l’âge de 13 ans, elle dévore les oeuvres de la littérature française contemporaine et s’intéresse aux Beaux-Arts. Elle est particulièrement attirée par la littérature visionnaire de son époque et le livre de Flaubert « La Tentation de saint Antoine » sera l’une de ses lectures favorites. Mais c’est le dessin et la peinture qui l’intéresse. Avec sa sœur aînée, Marie-Louise, elle étudie, dés l’âge de 16 ans, la peinture à l’Académie Julian, un cours privé réputé et poursuit sa formation en 1908 et 1909 à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles, les écoles d’art française de l’époque n’accueillant pas les femmes. Cette formation se poursuivra également à Rome, à la Scuola Libera Academica de la Villa Medici, jusqu’en 1911.
     De retour à Paris, elle participe au Salon des indépendants de 1912 et à celui de Bruxelles l’année suivante. Ses premiers travaux, d’inspiration symboliste, un mouvement alors important de la scène artistique franco-belge, incluent des aquarelles liées à des œuvres littéraires, par exemple la Tentation de saint Antoine de Gustave Flaubert.

     Mais cette vie insouciante et sans ombrage se terminera brutalement en 1914 avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale qui contraint la famille à fuir la France in extremis en prenant le dernier train pour la Hollande, son père étant considéré par la France comme ressortissant ennemi. Tous les biens de la famille ont été saisis à Paris et Jeanne Mammen se retrouve sans ressources en 1916 à Berlin, sa ville natale qui lui est totalement étrangère et où elle doit subvenir à ses besoins. C’est un choc pour cette jeune femme de 25 ans qui a vécu jusque là dans l’insouciance dans un milieu aisé et cultivé. Elle sera choquée par l’ambiance de la capitale allemande où règne un mélange de mégalomanie wilhelminienne, de discipline et de soumission prussienne et un provincialisme étriqué.

   Pour gagner sa vie, elle va utiliser tout naturellement les capacités artistiques acquises lors de sa formation en France et en Belgique et choisit l’illustration. Son style apparaît alors influencé par Toulouse-Lautrec et contraste avec le style graphique alors sobre et sérieux du Berlin de la guerre. Les débuts seront difficiles mais elle finit par décrocher en 1917 une première commande pour des illustrations dans un magazine. Elle travaille également comme dessinatrice de mode et collabore à des journaux. En 1919, elle s’installe avec sa sœur dans un atelier-appartement du Kurfürstendamm, où elle restera jusqu’à sa mort, en 1975.

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L’Alexanderplatz en 1920

Images du Berlin d’avant-guerre : Berlin Before The War – YouTube

Berlin 1920 - Romanisches Café à Berlin

1920 : Flipper au Romanisches Café, lieu de rendez-vous de l’avant-garde berlinoise

spipBerlin des années 20 : le danseur et comédien Valeska Gert révolutionne la danse moderne

Jeanne Mammen - Valeska Gert - vers 1929

la même Valeska Gert peint par Jeanne Mammen vers 1929

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la danseuse Anita Berber

Tiller girls à Berlin - 1920

les Tiller girls à Berlin – 1920

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le cabaret Weisse Maus (la souris blanche) ouvert en 1919 et où se produisait la danseuse nue Anita Berber et ses girls. Les clients pouvaient s’y rendre incognito en portant des masques noirs ou blancs.

07_Mammen_CarnivalinBerlinJeanne Mammen – Carnaval à Berlin

cd118459624c14fdf23983225f1863a9Jeanne Mammen, 1920 – Noctambules

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Jeanne Mammen, 1925 – Au club lesbien Monbijou

le cabaret Le Jockey Bar à Berlin

le cabaret Le Jockey Bar à Berlin, ouvert en 1930 et fréquenté par Erich Kästner, Klaus and Erika Mann, Alfred Kerr, Gustaf Gründgens, Jean Cocteau, Andre Gide, Ernest Hemingway et Marlene Dietrich.

cabaret Eldorado après sa fermeture par les nazis

le cabaret Eldorado dans les années 20 et après sa fermeture par les nazis en 1933. le cabaret était un haut-lieu du milieu homosexuel et travesti et était fréquenté par la haute société berlinoise, les visiteurs étrangers et l’intelligentsia provinciale de passage à Berlin. Il comptait parmi ses habitués Margo Lion, Marlène Dietrich, Claire Waldoff ou la danseuse Anita Berber.

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A l’Eldorado

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Jeanne Mammen, 1926 – Au bar (les filles de l’armée du salut) 

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Marlène Dietrich, au piano F. Holländer.

On ne nous a pas demandé
Lorsque nous n’avions pas de visage
Si nous voulions vivre ou non
Maintenant, je vais seule à travers une grande ville
et je ne sais pas si elle m’aime
Je regarde dans les pièces, par les portes et les fenêtres
Et j’attends, et j’attends
Quelque chose.
Si je devais me souhaiter quelque chose
Je serais bien embarrassée
Car ce que je devrais souhaiter
Serait-ce un temps meilleur ou pire
Si je devais me souhaiter quelque chose
Je souhaiterais être un peu heureuse
Car si j’étais trop heureuse
J’aurais une nostalgie pour la tristesse. »

Marlène DIETRICH.
(Chanson composée par F. Holländer
pendant le tournage de l’Ange Bleu )

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Tauentzienstrasse – Berlin

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Prostituées à Berlin dans les années vingt

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Jeanne Mammen, 1920 : prostituées

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Das Lila Lied était l’hymne des milieux homosexuels de Berlin dans les années 20. Il existait alors une cinquantaine de clubs exclusivement réservés aux femmes

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Jeanne Mammen, vers 1926. Photo Archiv Förderverein der Jeanne-Mammen-Stiftung eV

Jeanne Mammen en 1926

       Sa carrière commerciale commence vraiment en 1920, année à laquelle elle réalise des affiches de films et des couvertures de magazines. Son côté cosmopolite la met en contact avec le milieu de la fête et de la nuit où se côtoient bourgeois, mondaines et demi-mondaines, lesbiennes. Au lendemain de la guerre, la métropole berlinoise est saisie d’un bouillonnement culturel et d’une frénésie de vie et de plaisirs comme si il lui fallait rattraper les années perdues. Les illustrations de Jeanne Mammen, très réalistes, parfois satiriques, constituent une chronique et une critique sociale de la métropole moderne en dépeignant des types humains placés dans toutes sortes de situations, elles évoquent aussi la relation entre les sexes et les ambiguïtés de la « femme nouvelle » dans ses rôles sociaux contradictoires.

     Les années 1920 qui correspondent à une courte période de reprise économique et de stabilité en Allemagne sous la direction du chancelier Stresemann sont des années de renaissance culturelle et de mutation de la condition féminine avec l’extension des droits politiques des femmes (droit de vote en 1919), l’arrivée massive sur le marché du travail de jeunes femmes en majorité célibataire et leur visibilité nouvelle dans les domaines culturels et sociaux; c’est l’époque où apparaissent les « garçonnes », les « flappers » aux cheveux coupés au carré façon Mel Brook influencés par l’«American way of life» qui donne alors le ton, Les gays et les lesbiennes osent se montrer au grand jour et se rencontrent dans des lieux, clubs, bars, cabarets, qui leur sont dédiés. La période d’hyperinflation de 1923 va favoriser le développement de ces clubs et de ces bars, les spéculateurs y dépensant sans compter leurs profits avant qu’ils ne soient dévalués par l’inflation. En même temps la drogue fait son apparition et la prostitution fait des ravages, cocaïne, morphine et opium se vendent à chaque coin de rue et on estime à 120.000 le nombre de femmes de tous âge qui se prostituent à Berlin. Voilà le monde dans lequel évolue Jeanne Mammen et dont elle témoigne sans concession et avec précision dans ses illustrations. En 1927 ses peintures et dessins remplissent les couvertures et les pages d’une multitude de journaux, magazines et revues satiriques comme «Jugend»« Die Dame », « Die Schöne Frau »« Der Junggeselle »« Simplicissimus »« Uhu » et «Ulk». Son travail est  loué par l’écrivain et critique d’art Kurt Tucholsky, elle bénéficie d’une réputation d’illustratrice exceptionnelle et est considérée comme l’égale d’artistes reconnus de la période Weimar tels que George GroszOtto DixRudolf SchlichterRudolf Wilke ou Karl Arnold qui critiquaient eux-aussi la société berlinoise, mais dans un style plus mordant et agressif. Le style de Jeanne Mammen est moins percutant, plus proche de l’expression graphique d’un Théophile Steinlen ou d’un Toulouse-Lautrec, un effet sans doute de sa formation parisienne. les illustrations et les dessins de Jeanne Mammen montrent sans anémosité et ne condamnent pas.

     Sa première exposition à la galerie Gurlitt en 1930 signe sa reconnaissance sur la scène artistique berlinoise.  Elle crée des lithographies, en particulier le cycle « Les Chansons de Bilitis », un hommage à l’amour lesbien illustrant des poèmes de Pierre Louÿs. En 1931, elle réalise des illustrations pour les deux tomes d l’ouvrage « histoire morale de l’après-guerre » du sexologue Magnus Hirschfeld, défenseur de la cause homosexuelle et de celui du sociologue Curt Moreck, « Guide du Berlin interdit » pour lequel elle reproduit des scènes de club de femmes, de club de gays et travestis.

     Préoccupée par l’imminence du danger fasciste, Jeanne Mammen avait, au début des années 30,  rejoint les communistes. En 1932, elle se rend avec le peintre Hans Uhlmann à Moscou où elle sera collaborera au «journal allemand du centre de Moscou».
     En 1933, cependant, l’arrivée au pouvoir des nazis met un terme à sa reconnaissance publique. Ses représentations, celles des femmes en particulier, sont critiquées. Après sa participation à l’exposition de printemps du «Verein der Künstlerinnen zu Berlin» [Association des artistes féminins de Berlin] les premières attaques diffamatoires paraissent dans la presse nazie, dénonçant sa manière de représentation et les motifs représentés et les sujets comme étant juif. Les lithographies pour Les Chansons de Bilitis sont interdits de publication. Se refusant de collaborer, et, privée de ses sources de revenus dans les journaux, elle se réfugiera comme d’autres intellectuels hostile au régime dans « l’Innere Emigration » (émigration intérieure) selon l’expression de Frank Thiess pour qualifier les intellectuels allemands qui ont pris leur distance avec le régime nazi sans s’y opposer ouvertement. À cette époque, ses peintures deviennent plus abstraites et sont influencées par Picasso; elle s’oppose en cela au régime nazi qui considère l’art abstrait comme dégénéré. Elle a continué à produire durant toute la guerre un travail de manière solitaire et a survécu en vendant des magazines et des gravures à des antiquaires qu’elle transportait dans une charrette dans les rues de Berlin

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 ▶ Berlin – Metropolis of Vice: Part 1 – YouTube   (en anglais)

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Jeanne Mammen, Ursa Major, la Grande Ourse, 1920Jeanne Mammen, Ursa Major, la Grande Ourse, 1920

Jeanne Mammen - la femme au chat - 1920

Jeanne Mammen – la femme au chat – 1920

Jeanne Mammen, dans le café, 1920

Jeanne Mammen, dans le café, 1920

Jeanne Mammen - la Garçonne - 1927

Jeanne Mammen  –  Sie repräsentiert (Faschingsszene) –  (1927-1928).

La garçonne nous provoque en nous fixant droit dans les yeux; chapeau haut de forme sur la tête, cigarette au coin de sa bouche, une jeune femme à la remorque. « En représentation » est le titre sous lequel cette aquarelle par Jeanne Mammen est publié dans Simplicissimus en 1928. Cette héroïne androgyne semble en effet représenter un «nouveau type de femme », si bien que cette image est souvent utilisée pour illustrer le «décadente Berlin » des années de Weimar. Les aquarelles et les dessins de ce typei, publié en Simplicissimus, Jugend, ou Ulk , apportent à Jeanne Mammen une grande renommée en tant que chroniqueuse de la vie citadine de Berlin. « Gracieuses et austères», voilà comment Kurt Tucholsky décrit ses personnages féminins en 1930. Les illustrations de Mammen doivent leur succès au fait que ses divas et les filles de cabaret sont représentées sans animosité et trouvent ainsi grâce devant les hommes et les femmes.

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Jeanne Mammen, 1928 – Jeunes femmes d’une revue

Jeanne Mammen, A Kranzler de 1929

Jeanne Mammen, A Kranzler de 1929

Jeanne Mammen - Scène de rue à Berlin - vers 1929 - aquarelle et encre

Jeanne Mammen – Scène de rue à Berlin – vers 1929 – aquarelle et encre

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Jeanne Mammen (Allemagne, 1890-1970) - THe Redhead - 1930

Jeanne Mammen (Allemagne, 1890-1970) – La rousse – 1928/1930 – aquarelle et crayon sur papier

Jeanne Mammen, Untitled, c. 1930

Jeanne Mammen, vers 1930

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Jeanne Mammen, 1930 – Au balcon

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Jeanne Mammen, vers 1930-1932 – Femme et jeune fille. On trouvait à l’époque à Berlin des prostituées mère-fille opérant en tandem.

Jeanne Mammen - Brüderstraße ("Zimmer frei")

Jeanne Mammen – Brüderstraße (« Zimmer frei »)

Jeanne Mammen - Auto-portrait - 1932

Jeanne Mammen – Auto-portrait – 1932

Jeanne Mammen - Portrait de Max Delbrück - vers 1937

Jeanne Mammen – Portrait de Max Delbrück – vers 1937 (période abstraite)

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Pour visualiser la première période créatrice parisienne et belge de Jeanne Mammen, la période symboliste, c’est ICI :

Jeanne Mammen - »Tod« (»Hl. Antonius«)

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Regards croisés : animaux énigmatiques

une inquiétante observation, Gracie au lac d'Annecy, novembre 2012

une inquiétante observation … Gracie au lac d’Annecy, novembre 2012

1994 - Alex Colville - Prêtre et chien

1994 – Alex Colville – Prêtre et Chien

1999 - Alex Colville - Dog in Car

1999 – Alex Colville – Dog in Car

Photo extrait du film Roma de Roberto Fellini (1972)

Photos extraites du film Roma de Federico Fellini (1972)

Photo extrait du film Roma de Fellini (1972)

Photo extrait du film Roma de Fellini (1972)

1954 - Alex Colville - Horse and Train

1954 – Alex Colville – Horse and Train

En découvrant le tableau « Dog in car » de Colville, m’est venue immédiatement à l’esprit l’épisode des deux chiens, l’un prolétaire, l’autre nanti, de la fameuse scène du trafic routier sous la pluie sur l’autoroute du film Roma de Fellini. Je ne résiste pas au désir de vous montrer la scène complète que je considère pour ma part comme une des plus belles scènes de l’histoire du cinéma. En quelques minutes, Fellini présente en accéléré l’histoire de l’Italie avec ses problèmes, ses espoirs, ses dangers… les spots du cheval perdu dans la nuée des voitures qui me ramène à Colville avec son tableau « Cheval contre train », des chars menaçants sous la pluie qui ramènent aux années de plomb, des bâches volantes dans le vent qui font penser aux voiles noires de la mort, de l’accident, de la manifestation, des automobilistes enfermés dans leur bulles indifférents à ce qui les entoure, et le blocage final du trafic qui vient mourir ironiquement au pied du Colisée antique…  Sublime, Maestro !

il traffico di Roma visto da Federico Fellini (YouTube)

–––– Alex Colville : l’art de l’énigme  ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Prenez un peu de Wyeth, rajouter un peu de Grant Wood plus quelques pincées de Balthus, de Chirico et de Hooper. Mélanger le tout, faite reposer : vous obtenez du Colville. Colville est né en 1920 à Toronto mais passera une partie de sa jeunesse en Nouvelle-Ecosse et dans le Nouveau-Brunswick où il obtiendra en 1942 un baccalauréat en art.

Alex Coville en 1945Il s’engage dans l’armée canadienne dans le programme d’artiste de guerre. Il sera présent au débarquement de Juno Beach en Normandie et lors de la délivrance du camp de Bergen-Belsen. A la fin de la guerre, il retourne au Nouveau-Brunswick où il enseignera à l’Université jusqu’en 1963. Il pourra alors se consacrer exclusivement à sa passion de la peinture. En 1973, il retourne vivre en Nouvelle-Ecosse. Après avoir commencé sa carrière en peignant des scènes de guerre, Colville entame en 1950 une évolution de son style et de la manière de représenter ses thèmes artistiques. Il affectionne toujours de traiter les thèmes tirés de son environnement immédiat : famille, animaux de compagnie, paysages familiers, mais en imprimant à ses tableaux un caractère étrange, énigmatique, parfois dérangeant et menaçant. Sa technique de peinture n’a pas cessé d’évoluer depuis ses débuts : de la peinture à l’huile de ses débuts, il est passé à la détrempe, aux résines synthétiques puis aux polymères à l’acrylique. Ses tableaux sont construits de manière laborieuse à partir de modèles géométriques très étudiés et sa production est faible (3 ou 4 œuvres par an).

Nous présentons quelques unes de ses toiles mettant en scène des animaux dans des situations étranges ou énigmatiques.

1999 - Alex Colville -Study for  "Dog in Car"1999 – Alex Colville -Study for « Dog in car »

1991 - Alex Colville - Dog and Groom

1991 – Alex Colville – Dog and Groom

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1952 – Alex Colville – Child and dog

1958 - Alex Colville - Hound in Field

1958 – Alex Colville – Hound in Field

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1976 – Alex Colville – Dog and Bridge

1979 – Alex Colville – Swimming dog and Canoë

gracie faisant trempette dans le lac d'Annecy - novembre 2012

Gracie faisant trempette dans le lac d’Annecy – novembre 2012

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