Au commencement était l’axe de symétrie…


Architecture parfaite

 « L’architecture est le jeu savant, correct et magnifique des
    volumes assemblés sous la lumière. »     Le Corbusier

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Walter Crane – The Renaissance of Venus (détail), 1877


Regards croisés : déconstruction


Déconstruction – photo Enki, 1er août 2017 à 14h 07

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Tullio Crali, ÒPlongŽe sur la villeÓ, 1939

   À Sète, dans une belle propriété du Mont Saint-Clair entourée de pins et dominant la Méditerranée, j’ai pénétré dans une vieille serre délabrée aux vitres brisées. L’idée m’est venue de photographier de manière erratique le jardin à travers les vitres en jouant comme il m’arrive souvent avec la fonction photo panoramique de mon Iphone. Le résultat est une vision éclatée et déformée de l’ossature métallique de la serre et du jardin qui l’entoure. Immédiatement, une image me vient à l’esprit, celle du tableau futuriste réalisé par le peintre italien Tullio Crali en 1939 : « Plongée sur la ville« . Ce peintre avait découvert l’aviation en 1928 et s’était aussitôt enthousiasmé pour cette activité qui allait dés lors influencer sa production artistique. En 1929, il adhère au mouvement futuriste créé par Marinetti et inaugure l’aéropeinture avec le Manifeste de l’aéropeinture rédigé par Marinetti, Balla, Prampolini, Depero, Dottori, Cappa, Colombo, Sansoni et Somenzi, publié dans l’article Perspectives de vol dans lequel est affirmé que « les perspectives changeantes du vol constituent une réalité absolument nouvelle et qui n’a rien en commun avec la réalité traditionnellement constituée par les perspectives terrestres » et que « dépeindre depuis en haut cette nouvelle réalité impose un mépris profond pour le détail et une nécessité de tout synthétiser et transfigurer »  –  (crédit Wikipedia)


La serre de la propriété merveilleuse

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Un poème de métal et de verre patiné par le temps


L’univers fantastique par la déconstruction


Horst P. Horst (1906-1999) : Odalisques


Horst P. Horst (1906-1999)
Horst P. Horst (1906-1999)

Photographe de studio fortement influencé par la sculpture grecque, il aimait préparer minutieusement ses prises de vue, souvent mises en scène de manière théâtrale en combinant des éclairages dramatiques et soignant les détails. Ses clichés ont donné une image de la femme pleine de sensibilité et de grâce. « il photographiait les femmes comme des déesses : inaccessibles et d’un calme Olympien ».

La série des odalisques

    Cette série réalisée en 1943 s’inspire des tableaux orientalistes qui de Ingres à Matisse ont nourri au XIXe siècle les fantasmes des mâles européens. Les poses, savamment étudiées et composées ne sont pas naturelles et apparaissent plus  « picturales » que « photographiques». Les clairs obscurs violemment contrastés laissent parfois le visage du modèle dans l’ombre. C’est un reproche qui avait été porté à Horst à ses débuts. Une odalisque était une esclave qui était au service du harem. Certaines pouvaient néanmoins atteindre le statut de concubine ou de favorite dans les sérails ottomans, Le mot vient du turc odalik, qui signifie « femme de chambre », de oda, « chambre ».

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Horst P. Horst – Odalisque I, New York 1943

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Horst P. Horst – Odalisque II, 1943

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Horst P. Horst – Odalisque III, New York 1943

Horst P. Horst - Odalisque IV, 1943

Horst P. Horst – Odalisque IV, 1943   –    Par rapport au cliché de l’Odalisque I, la main posée à la base du sein ajoute à la sensualité de la scène. Le choix d’un format du cadrage qui affirme l’horizontalité et d’une saillie plus souple et moins heurtée de la hanche renforce l’expression de relâchement des courbes du corps et accentue l’effet d’alanguissement de la pose.


     Horst P. Horst de son vrai nom Horst Paul Albert Bormann est un photographe de mode américain d’origine allemande. Né en 1906 à Weißenfels dans le land de Saxe-Anhalt, il commence à étudier l’art à Hambourg avant de suivre à Paris une formation avec Le Corbusier. C’est à Paris qu’il rencontre le baron George Hoyningen-Huene, photographe de mode de talent qui a fui la révolution russe et exerce le poste de chef de la photographie pour le magazine Vogue Paris. Il deviendra son modèle attitré et son amant et sera initié par lui à la photographie à laquelle il va désormais se consacrer. En 1931, ses clichés sont publiés par l’édition française de Vogue et en 1932 par l’édition américaine. En 1935, il remplace George Hoyningen-Huene à Vogue après le départ de celui-ci cher Harper’s Bazaar. C’est à cette époque qu’il réalise une série « test » de photographies du mannequin d’origine suédoise Lisa Fonssagrives. Lorsque la guerre éclate en Europe, il s’installe aux États-Unis dont il obtiendra la nationalité en 1943.   (crédit Wikipedia)


« Trouver l’objet même qui se fait contempler sans fin » – L’Esclave : un conte sensuel de Paul Valéry


Paul Valéry (1871-1945)

   Sète, « l’île singulière » donnerait-elle naissance à des êtres singuliers ? C’est en visitant le musée Paul Valéry, bâti au-dessus du cimetière marin que le poète a immortalisé dans l’un de ses poèmes et où il est enterré que j’ai découvert avec stupéfaction et enthousiasme en lisant son essai la Jeune Parque la singularité poétique de cet auteur complexe et exigeant que j’avais jusque là à peine lu (poèmes Le cimetière marin et quelques autres). L’extrait présenté ci après du conte L’Esclave, inachevé comme le sont plusieurs des écrits de la Jeune Parque, aborde avec sensualité plusieurs des thèmes favoris de l’auteur : les caractères de la nymphe Calypso et de Narcisse, l’amour passion et la fonction et le pouvoir de la parole.


Jean-Auguste-Dominique Ingres, The Grand Odalisque, 1814,

Jean-Auguste-Dominique Ingres – La Grande Odalisque, 1814

L’esclave (La Jeune Parque), extrait.

     J’étais esclave, et le plus heureux des philosophes. On m’avait pris sur la mer, ivre de vent, de fatigue et de veilles; ivre de vide, sourd, et les membres rompus de coups par les bonds et par les écarts innombrables du navire, qui me rendait de tout son poids les durs transports d’une tempête interminable. Je fus recueilli et remis à terre. À peine sur la rive, ceux qui m’ont sauvé m’ont lié sur-le-champ pour être vendu. Mais la reine de leur pays, sur la rumeur qui vint jusqu’à elle que j’étais de Byzance, et le disciple des disciples de Métrodore, m’ayant longuement considéré, me retint pour soi seule. Elle fit mettre à mon col une petite chaine d’or que j’ai sucée bien des fois et mordue. Bientôt je pus douter si j’étais esclave de son sceptre, ou la chose (le captif) de ses regards absolus et des ses membres éclatants. Je ne songeais plus à ma patrie. Lorsqu’un homme intérieur trouve dans le monde sensible l’objet même qui se fait contempler sans fin, il se détache aisément de son histoire antérieure. Mes jours nouveaux croissaient et se multipliaient comme des plantes épaisses, entre ma mémoire et mon cœur.

     La bizarre souveraine n’était jamais lasse de m’entendre. Elle m’ordonnait de parler de toutes choses. Je m’asseyais sur mes talons, sous la domination de son visage. Cette femme couchée était d’une forme longue qui s’allongeait comme une presqu’île jusqu’aux pieds merveilleusement clairs et colorés (coquillages) qui l’achevaient. Parfois je ne savais plus ce que je disais, à cause de ces extrémités délicates. Elle aimait que je me perdisse devant elle dans les raisonnements de mes démons que je faisais battre sur mes lèvres. Ses yeux obscurs buvaient ma bouche fabuleuse, et il arrivait que la sienne tout à coup s’abattît sur le plus beau de mon discours. Elle m’enjoignait sous peine de la vie de ne jamais converser qu’avec soi seule. Même l’idée de mon passé la tourmentait. Elle ne pouvait imaginer sans amertume que j’eusse vécu avant de la connaître. Il lui était odieux de penser que j’eusse montré jadis les éléments de la logique aux Amazones, et enseigné le principes de la lyre aux jeunes oisifs de Phocée. Elle me fit battre de verges pour lui avoir confié avec une certaines complaisance quelques chose de ces époques de ma vie. Ensuite elle baisa mes plaies en murmurant : « J’attacherais ces maux cuisants à tes bons souvenirs »

Paul Valéry, conte L’Esclave – Histoires brisées – La Jeune Parque, édit. nef poésie Gallimard – pp.78-80


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