« Push the Sky Away » par Nick Cave et The Bad Seeds


Repousser le ciel

« Push The Sky Away »

I was ridin’, I was ridin’, oh
The sun, the sun, the sun was rising from the fields

I got a feeling I just can’t shake
I got a feeling that just won’t go away
You’ve gotta just keep on pushing and, keep on pushing and
Push the sky away

And if your friends think that you should do it different
And if they think that you should do it the same
You’ve gotta just keep on pushing and, keep on pushing and
Push the sky away

And if you feel you got everything you came for
If you got everything and you don’t want no more
You’ve gotta just keep on pushing and, keep on pushing and
Push the sky away

And some people say it’s just rock and roll
Oh but it gets you right down to your soul
You’ve gotta just keep on pushing and, keep on pushing and
Push the sky away

You’ve gotta just keep on pushing and, keep on pushing and
Push the sky away

You’ve gotta just keep on pushing and, keep on pushing and
Push the sky away

°°°

L’album et la photo de la pochette

   Push the Sky Away est le 15e album studio du groupe australien Nick Cave and the Bad Seeds sorti le 18 février 2013. Il a été enregistré aux studios La Fabrique de Saint-Rémy de Provenceet a été produit par Nick Launay. Il s’agit du premier album enregistré sans Mick Harvey qui a quitté le groupe en janvier 2009. La pochette de l’album montre Cave illuminant son épouse, Susie Bick, debout et entièrement nue. La photo a été prise dans la propre chambre de Nick Cave sans rapport avec l’album par la photographe Dominique Issermann, une amie du couple. La photographe était venue chez eux pour prendre des photos de Susie Bick, mannequin, pour un magazine de mode. Nick cave est entré dans la pièce où les deux femmes travaillaient au moment où Susie Bick venait d’enlever une cape avec laquelle elle posait ; elle était nue. Isserman a alors demandé à Nick Cave d’ouvrir la fenêtre, sa femme a été éblouie par la lumière et a penché la tête, et la photographe a photographié la scène par réflexe. Susie Bick et Dominique Issermann ont ensuite repris leur travail. Ce n’est que par la suite que la photographe a revu cette photo, l’a trouvée « incroyable » et l’a montrée à Nick Cave qui a décidé d’en faire la pochette du disque. (Crédit Wikipedia)

Liste des titres de l’album « Push the Sky away »

  •  1.     We No Who U R       ****                       6.     We Real Cool                      ***
  •  2.     Wide Lovely Eyes    ***                        7.     Finishing Jubilee Street    ****
  •  3.     Water’s Edge            *****                     8.     Higgs Boson Blues             ****
  •  4.     Jubilee Street            ***                        9.     Push the Sky Away          *****
  •  5.     Mermaids                 *****                         (chanson présentée dans cet article)

     L’édition Deluxe de l’album comprend 2 autres titres en bonus :

  • 10.     Needle Boy              ***                         11.     Lightning Bolls                 ****

Eve chassée du paradis

   Lorsque j’ai visualisé pour la première fois cette pochette de disque, j’ai pensé immédiatement à la scène « Adam et Ève chassés du Paradis » que le peintre de la Renaissance italienne Masaccio a peint entre 1435 et 1458 pour la Chapelle Brancacchi de l’église Santa Maria del Carmine à Florence. Ce qui est troublant dans cette photo spontanée prise par la photographe Dominique Issermann et donc aucunement préparée, c’est que « l’Adam » Nick Cage semble avoir pris la place de l’archange Michel, chef de la milice céleste qui contrôle les entrées et sorties du paradis et de l’Enfer, et paraît expulser sa propre épouse « Ève », Susie Bick ; le bras tendu pour ouvrir le rideau afin de faire entrer la lumière (divine ?) semble indiquer à la jeune femme la direction de la sortie du Paradis. Le titre de l’album serait-il en rapport avec cette photo ?

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Masaccio – Adam et Ève chassés du Jardin d’Éden avant et après restauration


Deux chansons poignantes de Nick Cave, artiste australien vivant à Brighton (GB)


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« Skeleton Tree »

Sunday morning, skeleton tree
Oh, nothing is for free
In the window, a candle
Well, maybe you can see
Fallen leaves thrown across the sky
A jittery TV
Glowing white like fire
Nothing is for free
I called out, I called out
Right across the sea
But the echo comes back in, dear
And nothing is for free

Sunday morning, skeleton tree
Pressed against the sky
The jittery TV
Glowing white like fire
And I called out, I called out
Right across the sea
I called out, I called out
That nothing is for free

And it’s alright now
And it’s alright now
And it’s alright now

         


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    Nicholas Edward Cave, dit Nick Cave, né le 22 septembre 1957 à Warracknabeal (Australie) est un artiste pluridisciplinaire australien, chanteur, auteur, compositeur, écrivain, poète, scénariste et occasionnellement acteur. Il a acquis sa notoriété avec le groupe Nick Cave and the Bad Seeds où il exprime sa fascination pour la musique populaire américaine et ses racines notamment le blues. Marié à l’actrice et mannequin anglaise Susie Bick, il réside à Brighton en Angleterre. (crédit Wikipedia)
    L’album Skeleton Tree d’où est tiré la chanson présentée ci-dessus a été produit après la mort de son fils Arthur, 15 ans, l’un de ses jumeaux, tombé de la falaise d’Ovingdean Gap près de Brighton après avoir expérimenté pour la première fois du L.S.D. (Se reporter à ce sujet à l’excellent article de Télérama du 12/09/2016, : c’est ICI). La seconde chanson (et première chanson sur l’album), Jesus alone, présentée ci-après, a pour premiers mots : « Tu es tombé du ciel, pour t’écraser dans un champ… »

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« Jesus Alone »

You fell from the sky
Crash landed in a field
Near the river Adur
Flowers spring from the ground
Lambs burst from the wombs of their mothers
In a hole beneath the bridge
She convalesce, she fashioned masks of clay and twigs
You cried beneath the dripping trees
Ghost song lodged in the throat of a mermaidWith my voice
I am calling youYou’re a young man waking
Covered in blood that is not yours
You’re a woman in a yellow dress
Surrounded by a charm of hummingbirds
You’re a young girl full of forbidden energy
Flickering in the gloom
You’re a drug addict lying on your back
In a Tijuana hotel roomWith my voice
I am calling you
With my voice
I am calling youYou’re an African doctor harvesting tear ducts
You believe in God, but you get no special dispensation for this belief now
You’re an old man sitting by a fire, hear the mist rolling off the sea
You’re a distant memory in the mind of your creator, don’t you see?With my voice
I am calling you
With my voice
I am calling youLet us sit together until the moment comes

With my voice
I am calling you

Let us sit together in the dark until the moment comes

With my voice
I am calling you
With my voice
I am calling you
With my voice
I am calling you
With my voice
I am calling you


« Where Have All the Flowers Gone ? » (Où vont les fleurs ?) interprétée par Marlene Dietrich – chanson de l’opposition à la guerre du Vietnam


     Émouvante et merveilleuse Marlene Dietrich qui a eu le courage de s’opposer à ce qu’était devenu son pays et de choisir un exil de résistance et de combat.

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Marlene Dietrich – « Où vont les fleurs ?« , 1962

    « Où vont les fleurs ? » est une reprise en français (texte de R. Rouzaud et de F. Lemarque) de « Where Have All the Flowers Gone ? », une chanson composée et écrite en 1955 par Pete Seeger, le barde de la musique folk américaine, à partir de Koloda Douda, une comptine russe appartenant au folklore cosaque, bâtie sur une suite de questions et de réponses, qu’il avait découvert en lisant le roman de Cholokov, le Don paisible.

А иде ж гуси?
В камыш ушли.
А иде ж камыш?
Девки выжали.
А иде ж девки?
Девки замуж ушли.
А иде ж казаки?
На войну пошли

Et où sont les oies ?
Parties dans les joncs.
Et où sont les joncs ?
Les filles les ont coupés.
Et où sont les filles ?
Mariées avec leurs hommes.
Et où sont leurs Cosaques ?
Partis à la guerre.

      Remisée au placard durant plusieurs années, la chanson est redécouverte en 1960 par le chanteur et musicien folkloriste Joe Hickerson qui complète le texte de Seeger et en fait l’hymne pacifiste universel interprétée par de nombreux artistes de par le monde qu’elle est devenue aujourd’hui. C’est en juillet 1962 que Marlene Dietrich sort une première version en français en disque 45 tours puis une version en allemand, « Sag mir, wo die Blumen sind », en octobre de la même année, lors d’un gala de l’UNICEF à Dusseldorf (texte de Max Colpet). Pete Seeger déclarait que cette version allemande « sonne mieux que la mienne anglaise ». Pour ma part, après avoir écouté de nombreuses versions en français (Francis Lemarque, Dalida), en anglais (Pete Seeger, Joe Hickerson, Peter, Paul and Mary, Joan Baez) et en allemand (Marlene Dietrich, Nana Mouskouri, Hildegard Knef). Je trouve que ce sont les interprétations en français et en allemand de Marlene Dietrich qui, par la fragilité, la suavité et la douceur de sa voix empreinte d’une profonde nostalgie, les dépassent de très loin. La chanson débute et se termine par un chuchotement à notre oreille et, lorsqu’il est question des soldats morts au combat, empreinte une tonalité semblable à un sanglot. Même les maladresses de son interprétation ajoutent un sentiment de vérité et de sincérité qui tranche avec les interprétations désincarnées des chanteurs trop professionnels. Une interprétation qui me donne la chair de poule… Cette chanson a été très utilisée par les opposants à la guerre du Vietnam. Elle a été classée en 2010 par le magazine britannique New Statesman comme l’une des « 20 plus grandes chansons politiques » de tous les temps…              (crédit Wikipedia)

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    À combien de manifestations contre la guerre menée par les USA avons nous participé durant cette période et combien de pétitions avons nous fait signé avant de les remettre à l’ambassade américaine. Il existait alors un sentiment d’injustice, d’indignation et de révolte qui faisait comme la jeune fille de la photo suivante l’a plus tard déclaré que nous nous sentions viscéralement contraints de réagir. Cela était lié à l’état d’innocence qui  était alors le nôtre. Les temps ont bien changés, nous sommes devenus résignés et fatalistes. Combien de manifestants seraient présents aujourd’hui pour manifester contre les guerres au Moyen-Orient ? Il est vrai que sur le plan idéologique, tout, depuis,  s’est brouillé…


la jeune fille à la fleur – Manifestation du 21 octobre 1967 à Washington - photo Marc Riboud
  – Manifestation du 21 octobre 1967 à Washington – photo Marc Riboud.
°°°
« Je ne me rappelle pas comment j’ai entendu parler de la manifestation au Pentagone, mais je savais que c’était une chose à laquelle je devais participer. Je me devais de dénoncer cette horrible guerre ».             Jan Rose Kasmir, 17 ans à l’époque.
Lyrics, paroles
°°°
Where have all the flowers gone ?                        Où vont les fleurs ?
 °°°
Where have all the flowers gone ?                  Qui peut dire où vont les fleurs
Long time passing                                                 du temps qui passe ?
Where have all the flowers gone ?                  Qui peut dire où sont les fleurs
Long time ago                                                         du temps passé ?
Where have all the flowers gone ?                  Quand à la saison jolie,
Young girls picked them every one                 les jeunes filles les ont cueillies,
When will they ever learn ?                              Quand saurons-nous un jour,
When will they ever learn ?                              Quand saurons-nous un jour ?
 °°°
Where have all the young girls gone ?           Qui peut dire où vont les filles
Long time passing                                                du temps qui passe ?
Where have all the young girls gone ?           Qui peut dire où sont les filles
Long time ago                                                         du temps qui passé ?
Where have all the young girls gone ?           Quand va le temps des chansons, 
Gone to young men every one                          se sont données aux garçons,
When will they ever learn ?                              Quand saurons-nous un jour,
When will they ever learn ?                              Quand saurons-nous un jour ?
°°°
Where have all the young men gone ?           Mais où vont tous les soldats
Long time passing                                                 du temps qui passe ?
Where have all the young men gone ?           Mais où sont tous les soldats
Long time ago                                                        du temps passé ?
Where have all the young men gone ?           Sont tombés dans les combats, 
They are all in uniform                                      et couchés dessous leur proie,
When will they ever learn ?                             Quand saurons-nous un jour,
When will they ever learn ?                             Quand saurons-nous un jour ?
 °°°
Where have all the soldiers gone ?                Il est fait de tant de croix, 
Long time passing                                                le temps qui passe,
Where have all the soldiers gone ?                Il est fait de tant de croix,
Long time ago                                                       le temps passé ?
Where…                                                                  Pauvres tombes de l’oubli,
                                                                                                     les fleurs les ont envahies,
                                                                                  Quand saurons-nous un jour,
                                                                                  Quand saurons-nous un jour ?
 °°°
     Qui peut dire où vont les fleurs
     du temps qui passe ?
     Qui peut dire où sont les fleurs
     du temps passé ?
     Quand à la saison jolie,
     les jeunes filles les ont cueillies
     Quand saurons-nous un jour,
     quand saurons-nous… jamais ?

°°°

   Et maintenant la version en anglais : « Where Have All the Flowers Gone ? » qui me semble malheureusement assez plate au niveau de l’interprétation sans que je sache si cette impression est produite par la structure de la langue anglaise qui se prêterait moins à l’expression de sentiments romantiques ou par le manque de conviction de la chanteuse…


 « Sag Mir Wo Die Blumen Sind »

     L’interprétation en allemand est aussi magnifique mais, consonances de la langue allemande obligent, moins intimiste et moins fluide que l’interprétation française. Dans cette version chaque mot, chaque syllabe se singularise tel un papillon qui se dégagerait de l’essaim qu’est le texte et viendrait se poser avec une infinie délicatesse tout près de notre oreille.
    Quelle chance, en tant qu’européen, de pouvoir disposer d’une culture à multiples facettes qui tel un diamant taillé permet de capter toutes les lumières, les synthétiser et les diffuser dans toutes les directions…

Sag mir wo die Blumen sind,                         Sag wo die Soldaten sind
wo sind sie geblieben                                      wo sind sie geblieben?
Sag mir wo die Blumen sind,                         Sag wo die Soldaten sind,
was ist geschehen ?                                          was ist geschehen ?
Sag mir wo die Blumen sind,                         Sag wo die Soldaten sind,
Mädchen pflückten sie geschwind               über Gräben weht der Wind
Wann wird man je verstehen,                       Wann wird man je verstehen ?
wann wird man je verstehen ?                     Wann wird man je verstehen ?

Sag mir wo die Mädchen sind,                      Sag mir wo die Gräber sind,
wo sind sie geblieben ?                                   wo sind sie geblieben ?
Sag mir wo die Mädchen sind,                      Sag mir wo die Gräber sind,
was ist geschehen ?                                         was ist geschehen ?
Sag mir wo die Mädchen sind,                      Sag mir wo die Gräber sind,
Männer nahmen sie geschwind                    Blumen wehen im Sommerwind
Wann wird man je verstehen ?                     Wann wird man je verstehen ?
Wann wird man je verstehen ?                     Wann wird man je verstehen ?

Sag mir wo die Männer sind                         Sag mir wo die Blumen sind,
wo sind sie geblieben ?                                   wo sind sie geblieben ?
Sag mir wo die Männer sind,                         Sag mir wo die Blumen sind,
was ist geschehen ?                                          was ist geschehen ?
Sag mir wo die Männer sind,                         Sag mir wo die Blumen sind,
zogen fort, der Krieg beginnt,                        Mädchen pflückten sie geschwind
Wann wird man je verstehen ?                     Wann wird man je verstehen ?
Wann wird man je verstehen ?                     Wann wird man je verstehen ?


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Transcendance


Franz Schubert : Messe No. 6 en E-Flat Major D. 950 – IIIème Credo : Et in carnatus est

« Et incarnates est » du Credo (III) de la Messe No 6  de Schubert in E flat major, D.950.
Claudio Abbado dirige l’Orchestra Mozart – Chœur Arnold Schoenberg, dir. par Erwin Ortner.
Solistes : Rachel Harnisch, Javier Camarena et Paolo Fanale. Festival de Salzbourg, 2012.

Schubert °°°
  La messe n°6 in E-Flat Major D.950 a été composée par Franz Schubert avant 1828, elle a été composée pour répondre à une commande de Michael Leitermayer, maître de chœur de l’église de la sainte Trinité (Alserkirche) à Alsergrund, un district de Vienne mais elle ne sera exécutée dans cette église qu’en 1829, une année après la mort de Schubert. Elle est considérée comme l’une de ses messes les plus réussies.

La messe dure environ une heure et se compose de six mouvements :

  1.  » Kyrie  » Andante con moto, quasi Allegretto , E-flat major, 3/4
  2.  » Gloria  » Allegro moderato e maestoso , B-flat major, common time
  3.  » Credo  » Moderato , E-flat major, alla breve  —   » Et incarnatus est … » Andante , A-flat major, 12/8 et    » Et resurrexit … » Moderato , E-flat major, cut common time
  4.  » Sanctus  » Adagio , E-flat major, 12/8
  5.  » Benedictus  » Andante , A-flat major, alla breve
  6.  » Agnus Dei  » Andante con moto , C minor, 3/4

C’est la sublime partie « Et incarnatus est » du IIIe mouvement Credo qui est présentée ici (durée 4 mn 37 de bonheur intense). Dommage, l’interruption est un peu brutale, comme si on avait coupé brusquement le son. Ce qui doit avoir été effectivement le cas…


Enfance : ravissement


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Julia Margaret Cameron – I wait, 1872 (photo recadrée)

Ravissement d’une âme d’enfant

     — Non, pour la musique, je ne dirais pas que j’ai éprouvé, jadis, quand j’étais enfant, un coup de foudre. Ça n’a pas été non plus une vocation. Ç’a été plus terrible et j’étais encore beaucoup trop petite pour que ce soit une vocation. C’est très proche d’une sensation de vertige panique. Mon père était musicien —  et pourtant cela ne concernait pas mon père. C’était comme dans l’angoisse. On a l’impression d’être engloutie par un tourbillon d’émotions dont on ne resurgira pas. On ne remontera pas. On coule. Il n’y a plus de bord. on ne retrouvera plus l’équilibre. Cela arrive quand on est très amoureuse. Pour moi c’est la définition. Sentez-vous ce vertige ? C’est le signe. L’abîme est là et il s’ouvre vraiment et il aspire vraiment. J’ai connu cette sensation totale, qui fait tomber corps et âme, une seule fois. J’étais vraiment petite. Je ne savais pas encore lire.

      Nous, les deux enfants, nous n’avions pas le droit de monter à l’étage de mon grand-père. […]
      Je fonce dans l’escalier, je fonce sur le parquet noir du couloir, je ne sais plus quel est le motif, je ne sais plus quel peut bien être le défi, j’ouvre la porte. Ils étaient tous les quatre en train de jouer. Cela faisait un bruit si intense. Plus fort que l’océan. Je n’avais jamais rien entendu d’aussi fort. Chacun avait son lampadaire auprès de lui. Chacun avait son pupitre en bois devant lui. Mon grand-père avait le visage couché sur son violon. Il était le plus vieux des quatre et il tenait les yeux fermés. Mon père  — qui avait tous les dons  — était capable de jouer n’importe quel instrument. Il devait tenir la partie d’alto. Personne ne m’avait entendue entrer. Ils jouaient quelque chose d’incroyablement rapide. Ils jouaient une œuvre bouleversante. Je pense maintenant que c’était du Schubert.

     Une jeune femme très belle, au violon, les yeux grands ouverts, face à moi, ne me voyait pas. Elle me souriait mais elle ne me voyait pas.
    C’était une tristesse trop grande, vertigineuse, qui ne cessait pas, qui même s’accroissait.
    Tristesse trop grande même s’il n’y a jamais de tristesse trop grande pour les petits. Les petits connaissent les terreurs qui sont les premières, les terreurs princeps, celles qui sont sans référence dans l’expérience, qui plus jamais ne se retrouvent sur leur chemin. Les pires. Les tristesses abyssales.
     Je restai assise par terre, le dos contre la porte. Toute la surface de ma peau était couverte de grains de poule. Tous mes petits poils à peine poussés d’enfant étaient hérissés. Je tremblais. Ce n’était pas du bonheur ou du malheur. Ce n’était pas psychologique. Je ne sais pas de quoi mon corps tremblait. je les ai écoutés jusqu’au bout. Quand tout a été fini, pendant qu’ils rangeaient leurs instruments dans les boîtes noires, je suis allée demander à mon grand-père  — lui parlant tout bas dans son oreille — si je pouvais venir les autres fois où ils joueraient.

     —  Si tu restes assise dans un coin bien sage comme tu l’as fait aujourd’hui, bien sûr, Éliane.

Pascal Quignard, Villa Amalia – édit. folio Gallimard, pp. 169 à171


Franz Schubert String Quartet : La Mort et la jeune fille, Second mouvement

     Une musique à la fois rapide, bouleversante et triste de Franz Schubert jouée par un quartet, je n’ai pas trouvé mieux que la Mort et la Jeune fille (Der Tod und das Mädchen) dans son deuxième mouvement…


Purcell : une comète dans la galaxie baroque


Henry Purcell (1659-1695) peint par John Closterman

Henry Purcell (1659-1695) peint par John Closterman

     O Solitude (Z. 406) est une chanson du compositeur baroque anglais Henry Purcell pour voix de soprano ou contretenor accompagnée par un ostino* de basse et un continuo*. Composée en 1684-1685 sur un texte de la poétesse anglaise Katherine Philips traduit et adapté d’une élégie originale du poète français Marc-Antoine Girard de Saint-Amant. Le chef d’orchestre britannique Robert King le considère comme l’un des chefs-d’œuvre de la musique vocale de Purcell. La musique, en do mineur, est fondée sur un ostino de basse de 12 notes répété 28 fois, procédé qui était très utilisé par les compositeurs anglais de l’époque. Purcell lui-même l’avait déjà utilisé dans l’introduction orchestrale de son anthem In thee, O Lord, do I put my trust (Z. 16). L’interprète est le contreténor britannique Alfred Deller.

      Henry Purcell aurait commencé à composer à l’âge de 10 ans. Il est un des maîtres de la musique baroque anglaise. D’abord influencé par des éléments des styles baroques français et italien, il a par la suite développé un style anglais original. Il produisit des œuvres pour le théâtre et fut organiste de l’abbaye de Westminster en 1680 et un peu plus tard de la Chapelle Royale composant des œuvres de musique sacrée. Il est mort trop tôt, au sommet de son art, à l’âge de 36 ans, victime sans doute de la tuberculose.

Crédit Wikipedia

 * ostinato L’ostinato est un procédé de composition musicale consistant à répéter obstinément une formule rythmique, mélodique ou harmonique accompagnant de manière immuable les différents éléments thématiques durant tout le morceau.
* continuo : en musique baroque, le continuo ou basse continue est une technique d’improvisation d’une partie à partir d’une base chiffrée. Les instruments utilisés pour réaliser cette partie forment le continuo.


 » O Solitude « , Texte de Katherine Philips

O Solitude, texte de Katherine Philips


 » O Solitude « , Texte de Saint-Amand en français moderne transcrit par François de Malherbe.

O Solitude, texte de Saint-Amand en français moderne


In thee, O Lord, do I put my trust

     Cet hymne a été composé par Purcell vers 1682 au moment où le musicien composait la plupart de ses hymnes avec un accompagnement de cordes. On y retrouve le thème musical qui sera réutilisé par le musicien deux à trois années plus tard pour l’hymne « O Solitude« .


Dieu est fumeur de havanes…


Serge Gainsbourg et Catherine Deneuve

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     Serge était vraiment un copain, pas un ami – un copain ! D’ailleurs, il me disait que je me comportais comme un garçon. Le soir, je l’accompagnais, on est beaucoup sortis ensemble à une époque où il avait une vie très difficile. Je rigolais beaucoup avec lui, il était très drôle, mais évidemment, voir un homme et une femme, Catherine Deneuve et Serge Gainsbourg sortir, presque tous les soirs, cela fait parler. Il y a toujours cette ambiguïté : moi-même, je verrais un homme et une femme sortir une, deux, trois fois ensemble, à la fin je me dirais : tiens ? Mais nos relations étaient celles de copains.

    Il ne détestait pas donner l’apparence d’une ambiguïté dans une relation avec une femme, même s’il ne la touchait pas. C’est la faiblesse de beaucoup d’hommes. Quand on leur dit : « Alors, dis donc, il paraît que »… Eh bien, ils ne démentent pas ! Les hommes ne démentent pas par vanité. […] Serge, ça le flattait de laisser planer autour de lui que toutes les femmes qui l’approchaient, il les tombait.

     C’est un homme qui a eu un mal fou à se remettre de son physique, mais aussi de son échec en tant que peintre. Ce ratage, sa laideur physique sont les deux éléments qui l’ont poussé à rechercher autre chose, et ces deux ratages ont créé une provocation qui l’a amené à construire un autre univers, à une forme de génie. Et puis je trouve qu’il avait un charme fou !

Interview de Catherine Deneuve dans Paris Match, 1997