Vivaldi : « Apri le luci e mira »


Catone in Utica d’Antonio Vivaldi  (reconstitution Alessandro Ciccolini)
Act I Scene 9 – Aria « Apri le luci e mira » (Cesare)

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Orchestre : Il Complesso Barocco
chef d’Orchestre : Alan Curtis
soprano : Roberta Mameli 
(glané sur YouTube)

    Cato in Utica  » est un opéra créé par Antonio Vivaldi à partir d’un livret que le poète et dramaturge Pietro Metastatio avait écrit et sur lequel plusieurs compositeurs avaient mis en musique, parmi eux un certain Léonard de Vinci. Il a été joué une première fois en mars 1737 au Théâtre philharmonique de Vérone où il a connu un très grand succès. L’intrigue se déroule dans la Rome antique et met en scène Cato, un sénateur qui s’est rebellé contre Jules César et à l’opposé de la fin tragique écrite par Metastio qui dans son livret l’avait fait se suicider se réconciliera avec l’empereur.  L’acte I avait été perdu a été reconstitué, ou plutôt recréé par le musicologue Alessandro Ciccolini, à partir d’airs et le matériaux tirés de l’œuvre de Vivaldi. L’éblouissant aria « Apri le luci e mira (cesare) » présenté ci-avant fait partie de cette reconstitution.


Ne pas oublier…


Leur histoire, notre histoire.

« Ceux qui oublient le passé se condamnent à le revivre. »

George Santayana, écrivain
et philosophe espagnol.

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Novembre 1973, révolte des étudiants de l’Université polytechnique d’Athènes

     Novembre 1973, voilà six années que la Grèce vit sous le joug de la dictature d’une brochette de colonels d’extrême droite soutenue activement par les États-Unis, obnubilés par la « menace communiste ». Des milliers d’opposants de gauche, mais aussi des libéraux et des défenseurs des droits de l’homme sont persécutés, placés en résidences surveillées ou déportés dans sur des îles désertes de la mer Égée où beaucoup seront torturés. Le 14 novembre les étudiants de l’Université polytechnique d’Athènes décident d’occuper leur université et improvisent une radio libre qui lancent des appels à la résistance à la population. Le 16 novembre, 150.000 personnes défilent contre la dictature. Le lendemain, l’armée prend l’université d’assaut : un char en force l’entrée écrasant au passage plusieurs étudiants. Postés à l’extérieur des snippers visent les occupants. On ne connaîtra jamais le nombre des victimes : on estime le nombre des morts de 39 à plus de 80 et les blessés par milliers.
        Ces événements enclencheront le processus de résistance qui aboutira à la chute de la dictature et l’avènement de la démocratie moins d’une année plus tard, le 23 juillet 1974.


« O Antonis »

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« O Antonis », Musique de Mikis Theodorakis du film  » Z  » (réalisateur Costa-Gravas)

        Quatre années plus tôt, en 1969,  le cinéaste franco-grec Costa-Gavras avait réalisé le film « Z », inspiré du roman de l’écrivain Vassilis Vassilikos qui faisait référence à l’assassinat de Grigóris Lambrákis, député grec charismatique de la Gauche démocratique unie (EDA),  un parti d’opposition initié par le parti communiste alors interdit. Présenté dans un premier temps comme les conséquences d’un « accident de la circulation », l’enquête menée par un juge impartial fait apparaître bientôt que le député a été volontairement agressé par deux motocyclistes appartenant à l’extrême droite ayant des liens avec certains milieux de la gendarmerie et de la police. L’indignation est alors forte en Grèce et lors des élections de février 1964, l’opposition l’emporte avec 50 % des voix pour le parti du centre et 11 % pour l’E.D.A. C’est le développement de ce processus démocratique qui sera interrompu par le coup d’État des colonels du 21 avril 1967.

« O Antonis » interprétée par Maria Farantouri
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Mikis Theodorákis et les Jeunesses Lambrakis

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      Peu après la mort de Lambrákis, le musicien militant  d’extrême gauche et ancien résistant Mikis Theodorákis fonde un mouvement de jeunes, la Jeunesse Démocratique Lambrakis qui regroupera bientôt plus de 50.000 adhérents et mènera de manière conjointe lutte politique et action culturelle avec la création de 200 centres culturels dans le pays. Mikis Theodorákis sera élu député tout en poursuivant son métier de musicien composant de multiples chef-d’œuvres à partir d’œuvres littéraires grecques. Après le coup d’état du 21 avril 1967 qui interdit sa musique, il entre dans la clandestinité pour poursuivre l’action politique mais est arrêté et emprisonné quelques mois plus tard. Affaibli et malade des séquelles de ses emprisonnements précédents, Il sera finalement libéré à la suite d’une campagne internationale et se réfugiera en France


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Marina, un poème d’Odysséas Elýtis mis en musique par Mikis Theodorakis


Parthenis

collage d’Odysséas Elýtis

Marina (Μαρίνα)

Apporte-moi verveine, menthe            Δώσε μου δυόσμο να μυρίσω,
et basilic, pour les sentir                        Λουίζα και βασιλικό
Que je t’embrasse et que je sente         Μαζί μ’αυτά να σε φιλήσω,
monter en moi les souvenirs                και τι να πρωτοθυμηθώ

La fontaine avec ses colombes             Τη βρύση με τα περιστέρια,
des Archanges l’épée qui luit                των αρχαγγέλων το σπαθί
Le jardin, étoiles qui tombent              Το περιβόλι με τ’ αστέρια,        
ou bien la profondeur du puits            και το πηγάδι το βαθύ

La nuit où nous suivions les rues       Τις νύχτες που σε σεργιανούσα,
menant à l’autre bout des cieux          στην άλλη άκρη τ’ ουρανού
Toi, montée là-haut, devenue              Και ν’ ανεβαίνεις σε θωρούσα,
sœur des étoiles sous mes yeux          σαν αδελφή του αυγερινού

Marìna mon étoile verte                       Μαρίνα πράσινο μου αστέρι
Marìna Vénus ma clarté                        Μαρίνα φως του αυγερινού
Ma colombe d’île déserte                      Μαρίνα μου άγριο περιστέρι
Marìna lys de mes étés                          Και κρίνο του καλοκαιριού

poème d’Odysséas Elýtis

Traduction de Michel Vokovitch
in Anthologie de la poésie grecque contemporaine,
Gallimard, 2000.

Poème magnifiquement mis en musique par Mikis Theodorakis et interprétée par la chanteuse Maria Farantouri.

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Kathleen Ferrier, la cantatrice à la « voix mêlée de couleur grise »


article publié une première fois le 28 novembre 2014

Kathleen Ferrier (1912-1953)Kathleen Ferrier (1912-1953)

      Kathleen Mary Ferrier était une extraordinaire contralto anglaise qui avait acquis une renommée internationale grâce à la scène, aux concerts et à ses enregistrements. Son répertoire s’étendait de la chanson folklorique et de la ballade populaire aux œuvres classiques de Bach, de Brahms, de Mahler et d’Elgar. Sa mort, le 8 octobre 1953, causée au sommet de sa gloire par un cancer, a consterné le monde de la musique et le grand public, qui ne connaissait pas la nature de la maladie. Voici ce qu’en disait l’artiste photographe Isabelle Françaix, dans une présentation de la chanteuse :

   « Kathleen Ferrier, dont la brève carrière a suffi cependant à marquer profondément les âmes, dont la voix pure, lumineuse et ample rayonne aujourd’hui encore sur ceux qui la découvrent, dont la « présence » bouleversante est plus forte encore que le tragique souvenir de son « destin d’artiste » brisé par un cancer décelé trop tard. »

Parmi les âmes marquées profondément par cette présence exceptionnelle figurent celles de deux hommes de lettres : le poète Yves Bonnefoy qui lui consacra un poème cinq années après sa mort en 1958 et un jeune auteur de 22 ans, Benoît Mailliet Le Penven qui écrivit en 1997 « la voix de Kathleen Ferrier » un livre qui est un véritable essai amoureux pour celle qu’il avait découvert à l’âge de 15 ans en l’écoutant interpréter Mahler et Brahms :

    « Cette découverte fut un choc véritablement physique (frissons par vagues, souffle coupé, yeux brûlants). Je voyais poindre déjà le sens renouvelé du beau, de la pure émotion esthétique. Le chant grégorien, le Clavier bien tempéré, les Variations Goldberg et l’Art de la fugue, les chorals de Buxtehude… tel avait été l’univers musical de mon enfance, qui avait eu cette clarté égale, harmonieuse et méditative que prend la lumière d’une après-midi d’été dans une église romane du Val-de-Loire : la voix de Kathleen Ferrier en modifiait soudain la perspective et la profondeur, y apportant une luminosité nouvelle en même temps qu’une sorte de ténèbres. » et encore : « Je crois aux rencontres, aux intercesseurs : Kathleen Ferrier fut pour moi l’un et l’autre. Après cette rencontre, je m’attachai à mieux connaître l’être dont la voix avait chanté en moi comme un appel de l’autre rive. »

Kathleen Ferrier – « Ich bin der Welt abhanden gekommen » (Mahler: Rückert-Lieder n°3) – Bruno Walter – Wienr Philharmoniker.


Les Rückert-Lieder sont cinq chants pour voix et orchestre composés par Gustav Mahler en 1901 et 1902. Ils furent créés à Vienne en 1905. Les poèmes sont extraits d’œuvres de Friedrich Rückert.

Les cinq chants sont (par ordre chronologique de composition) :

  1. Blicke mir nicht in die Lieder
  2. Ich atmet’ einen linden Duft
  3. Ich bin der Welt abhanden gekommen
  4. Um Mitternacht
  5. Liebst du um Schönheit

Ich bin der Welt abhanden gekommen (chant 3), Pureté et transcendance.

   Nous avons trouvé sur un site consacré à Malher  (c’est ICI) une présentation lumineuse  de cette musique de Malher et l’admirable lied de Ruckert en allemand et dans sa traduction française. Nous vous les livrons tels quels :

     «  Selon les termes de John Williamson, ce poème est une « peinture étonnamment épurée d’une paix transcendante ». Et c’est bien sur la transcendance de ce monde isolé, paisible et solitaire, inoffensif et tranquille, que Mahler insiste avec une musique extrêmement méditative, bouleversante d’émotions, douée d’une portée quasi métaphysique. La description de cette dimension extra-ordinaire d’un paradis littéralement coupé du monde se fond tout naturellement dans cette suite de sons majestueusement assemblée par le génie créatif de Mahler ; Mahler fait bien plus que transposer des mots en sons, car il y intègre une amplification épique des émotions que délivre le texte de Rückert, surtout dans la partie finale du chant, où « la vision tout entière doit être résumée dans une libération émotionnelle sous les mots « In meinem Lieben », chantés pianissimo : un sommet d’intensité retenue » (Williamson). Là où l’émotion est à son comble se trouve pourtant à mon avis sur la note instable, fragile et très aigüe et surtout très inattendue jouée pianissimo tout à la fin. Cette note surgit de façon extraordinaire, très doucement, et crée la surprise car on se demande vraiment comment une retenue musicale aussi magique est possible. Cette note trouve pourtant sa place dans la suite logique de la mélodie développée par Mahler, mais on se demande vraiment comment il est possible de l’atteindre tellement elle constitue un sommet émotionnel des plus éloignés… »

Ich bin der Welt abhangen gekommen,             Me voilà coupé du monde
mir der ich sonst viele Zeit verdorben,           dans lequel je n’ai que trop perdu mon temps;
sie hat so lange nichts von mir vernommen,   il n’a depuis longtemps rien entendu de moi,
sie mag wohl glauben, ich sei gestorben !        il peut bien croire que je suis mort !

Es ist mir auch gar nichts daran gelegen,        Et peu importe, à vrai dire,
ob sie mich für gestorben hält,                          si je passe pour mort à ses yeux.
ich kann auch gar nichts sagen dagegen,        Et je n’ai rien à y redire,
denn wirklich bin ich gestorben der Welt.      car il est vrai que je suis mort au monde.

Ich bin gestorben dem Weltgetümmel,            Je suis mort au monde et à son tumulte
und ruh in einem stillen Gebiet.                       et je repose dans un coin tranquille.
Ich leb allein in meinem Himmel                     Je vis solitaire dans mon ciel,
in meinem Lieben, in meinem Lied                 dans mon amour, dans mon chant.


Kathleen Ferrier -  (1912-1953)

A la voix de Kathleen Ferrier, poème d’Yves Bonnefoy

Yves Bonnefoy (1923)

Toute douceur toute ironie se rassemblaient
Pour un adieu de cristal et de brume,
Les coups profonds du fer faisaient presque silence,
La lumière du glaive s’était voilée.

Je célèbre la voix mêlée de couleur grise
Qui hésite aux lointains du chant qui s’est perdu
Comme si au delà de toute forme pure
Tremblât un autre chant et le seul absolu.

Ô lumière et néant de lumière, ô larmes
Souriantes plus haut que l’angoisse ou l’espoir,
Ô cygne, lieu réel dans l’irréelle eau sombre,
Ô source, quand ce fut profondément le soir !

Il semble que tu connaisses les deux rives,
L’extrême joie et l’extrême douleur.
Là-bas, parmi ces roseaux gris dans la lumière,
Il semble que tu puises de l’éternel.

Yves Bonnefoy, extrait de Hier régnant désert, Mercure de de France 1959, c1958.


   Vincent Vivès dans un chapitre de son Essai-commentaire sur « Poèmes » d’Yves Bonnefoy (Folio-Gallimard, 2010) a analysé ce poème dédié par celui-ci à la cantatrice (Une voix : Kathleen Ferrier, p. 138)

Vincent Vivès

« Coprésence des mots et du corps, la voix est de nature dialectique. Cette nature essentiellement dialectique de la voix, le poète la nomme ironie. Ironie est à prendre ici au sens fort que les romantiques lui donnaient, de Schlegel à Baudelaire : conscience écartelée dans les contraires. Ainsi est le poème « la voix de Kathleene Ferrier », voix où « toute douceur toute ironie se rassemblaient » (Hier, p.159). Voix « mêlée de couleur grise », c’est-à-dire où le blanc et le noir s’interpénètrent, mais aussi lieu de compénétration de la couleur et du timbre. Voix qui connait « les deux rives » que sont « L’extrême joie et l’extrême douleur ». La voix-cri de Douve n’engageait rien qu’elle-même et se refermait sans avoir touché rien d’autre que l’inanité de toute parole. La voix éthique délaisse l’allégorie stérile et s’incarne dans la personne de la contralto anglaise morte prématurément d’un cancer en 1953 (date, rappelons-le de la publication de Douve). La célèbre cantatrice s’était fait connaître dans une trop courte carrière en interprétant Gluck (Orphée et Eurydice) et Gustav Mahler (Kindertotenlieder, Das Lied der Erde). Il est fort intéressant de comprendre comment la voix de Kathleen Ferrier est caractérisée dans le poème qui lui est dédié : Yves Bonnefoy en effet y indique une esthétique ainsi qu’une éthique qui font fi de la transposition d’art. (…) L’univers musical d’Yves Bonnefoy est fondé sur l’intensité révélée par le rythme et le timbre. Ce sont deux éléments que nous retrouvons dans le poème. Mais chose surprenante au premier abord si l’on se réfère à l’objet qu’est la voix (et particulièrement dans le contexte du chant lyrique de tradition savante), le poète ne s’arrête à aucun moment sur la tessiture de la voix. Rythme et timbre sont pour lui pertinents, mais non la hauteur (quoique l’on puise dire que le timbre lui-même varie en fonction de la hauteur de la note sur laquelle un son est émis). Le timbre est en effet amplement caractérisé (« cristal » et « brume », « voilée », « couleur grise ») au détriment de l’ambigus et de la tessiture spécifiques des contraltos (célébrées depuis l’époque romantique pour leurs voix ambiguës, androgynes – qui avaient remplacé celles des castrats – et leur puissance d’expressivité atteinte dans les notes les plus graves de l’organe féminin). Yves Bonnefoy choisit de privilégier l’un des aspects de la voix, le timbre, dans la mesure où ce dernier fait toujours entendre dans son sillage le langage, lui-même défini comme « un ici qui respire et expire l’ailleurs, méduse aux dimensions d’une mer qui serait le monde » (La longue chaîne de l’ancre) La voix est présence intérieure, s’incarnant tout à la fois et indifféremment dans le grain d’une émission, dans les timbres et le rythme de la matière allitérative du langage.»         –   Vincent Vivès


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Mémoire du Caucase : le duduk, âme de l’Arménie éternelle


Le souffle d’une douce brise…

Capture d’écran 2019-02-05 à 16.36.43.pngMusique d’Arménie Vol. 3 par Gevorg Dabagian (The Orchard Music)

     Vous qui êtes pressé, avare de votre temps qui comptez et recomptez les minutes et les secondes de peur d’en laisser échapper quelques unes,  passez votre chemin… Seuls ceux qui sont prêts à s’abandonner, toutes affaires cessantes, au sortilège de cette musique lancinante sont les bienvenus. Qu’ils se retirent un moment du monde présent, du lieu où ils se trouvent, qu’ils ferment les yeux et laissent leur âme prendre son envol en direction des hauts sommets du Caucase et les steppes de l’Eurasie où se dressent les ruines solitaires des belles églises de pierres. Ce n’est pas une musique de joie, c’est une musique de communion et de recueillement dans laquelle les sonorités du duduk, cette flûte au son si particulier qui a accompagné de tous temps l’histoire du pays, évoque les soupirs, les plaintes, les gémissements du million de pauvres hères extirpés de leurs maisons sous les coups de la soldatesque turque, séparés de leurs êtres chers et pour ceux qui n’étaient pas tués sur place après avoir été torturés ou violés, jetés sur les routes en directions du désert où la plupart mourront d’épuisement ou de la suite des mauvais traitements. De temps à autre, dans cette musique, une tonalité et un rythme enjoué retentissent, rappelant les moments heureux de l’Arménie d’autrefois, sources d’espoir pour l’Arménie d’aujourd’hui et les millions d’arméniens de la diaspora arménienne disséminée à travers le monde.
  


Ombre et lumière : Angélique Ionatos chantant un poème d’Odysseus Elytis.


     « En général, les occidentaux situent le mystère dans l’obscurité. En Grèce, le mystère se passe en pleine lumière.         C’est cette surexposition de lumière qui crée le mystère. »               
Angélique Ionatos citant Elytis.

     ionatos.jpg   Angélique Ionatos

      Titre extrait de l’album « O Hélios O Héliatoras » paru sur le label « Arc en Ciel » en 1983 Angélique Ionatos : chant, guitare Sur un poème de Odysseus Elytis.


Odysseus Elytis (1911-1996).jpg    Odysseus Elytis (1911-1996)

     Traduction des paroles de la chanson « Omorphi ke paraxeni patrida » , d’après le poème de Odysseus Elytis, prix Nobel de littérature en 1979.

Belle mais étrange patrie

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Belle mais étrange patrie
Que celle qui m’a été donnée

Elle jette les filets pour prendre des poissons
Et c’est des oiseaux qu’elle attrape
Elle construit des bateaux sur terre
Et des jardins sur l’eau

Belle mais étrange patrie
Que celle qui m’a été donnée

Elle menace de prendre une pierre
Elle renonce
Elle fait mine de la creuser
Et des miracles naissent

Belle mais étrange patrie
Que celle qui m’a été donnée

Avec une petite barque
Elle atteint des océans
Elle cherche la révolte
Et s’offre des tyrans

Belle mais étrange patrie…


Όμορφη και παράξενη πατρίδα

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Όμορφη και παράξενη πατρίδα 
ω σαν αυτή που μου ‘λαχε δεν είδα 

Ρίχνει να πιάσει ψάρια πιάνει φτερωτά 
στήνει στην γη καράβι κήπο στα νερά 
κλαίει φιλεί το χώμα ξενιτεύεται 
μένει στους πέντε δρόμους αντρειεύεται 

Όμορφη και παράξενη πατρίδα 
ω σαν αυτή που μου ‘λαχε δεν είδα 

Κάνει να πάρει πέτρα την επαρατά 
κάνει να τη σκαλίσει βγάνει θάματα 
μπαίνει σ’ ένα βαρκάκι πιάνει ωκεανούς 
ξεσηκωμούς γυρεύει θέλει τύρρανους 

Όμορφη και παράξενη πατρίδα 
ω σαν αυτή που μου ‘λαχε δεν είδα


A beautiful and strange country

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A beautiful and strange country
like the one that luck gave me, I ‘ve never seen

He throws the net to catch fish. he catches birds,
he sets a boat on the ground, a garden in the water,
he cries, kisses the dirt, migrates,
ends up by himself, he becomes a man

A beautiful and strange country
like the one that luck gave me, I ‘ve never seen

He tries to grab a stone, he throws it away
he tries to poke in it, he makes miracles
he takes a little boat, he reaches the oceans
he asks for a revolution, he asks for tyrants

A beautiful and strange country
like the one that luck gave me, I ‘ve never seen

***


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