« Deirdre of Sorrows » ou la malédiction d’être trop belle…


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      Deirdre ou Derdriu, dont le nom signifie « Douleur », est une jeune fille à la beauté tragique de la mythologie irlandaise. Sa légende appartient au Cycle d’Ulster, elle est décrite dans le récit en prose Longes mac nUislenn (l’Exil des fils d’Usnech).

    Fille du barde Fedelmid, qui vit à la cour du roi Conchobar Mac Nessa, sa naissance a été entourée de faits étranges. Lors d’un festin, tous les guerriers ont entendu un cri déchirant qui les a fait se précipiter en armes : c’était le bébé encore dans le ventre de sa mère qui l’avait poussé. Le druide Cathbad prophétise l’arrivée d’une adorable fillette dont l’éclatante beauté provoquera des flots de sang. Tous veulent alors tuer l’enfant mais le roi Conchobar s’y oppose car il compte l’épouser quand elle aura grandi. Devenue aussi belle que le druide Cathbad l’avait annoncé, sa préférence va se porter sur le beau Noise, le neveu du roi. sachant qu’elle est promise à son oncle, celui-ci repousse d’abord ses avances mais la belle lui jette alors un sort (geis) qui l’oblige à l’enlever. Aidé de ses deux frères, Noise s’enfuit avec sa belle au royaume d’Alba (ancien nom celtique de l’Ecosse). Ils vivent de la chasse, à l’écart dans une forêt puis se placent sous la protection du roi du pays. L’intendant du royaume remarque la beauté de Deirdre et son roi le charge de lui faire la cour en secret, en son nom. Deirdre se plaît au jeu jusqu’à ce qu’elle découvre que le roi va faire assassiner son époux. Nouvelle fuite, nouvelle errance.

      Entretemps, le roi Conchobar a envoyé Fergus à la recherche de Deirdre, Noise et ses frères, mais leur roman d’amour a ému le cœur de beaucoup d’Irlandais. Seuls la ruse et le pouvoir magique du druide Cathbad va lui permettre de triompher. il parvient à faire revenir les exilés sous la promesse du pardon du roi mais c’est un piège. Le roi rompt sa promesse, fait tuer Noise et ses frères et jouit de sa promise, pendant un an. Au bout de cette année, il la donne au bourreau de Noise, Eogan Duntracht. C’en est trop pour Deirdre, et elle se jette dans le vide alors que le char l’emmene auprès de son nouveau mari.

     Un pin poussa sur chacune des tombes de Noise et de Deirdre et les deux arbres finirent par s’entremêler pour n’en former qu’un.

Crédit Wikipedia


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Patrick Cassidy – Deirdre of the Sorrows, 1998 – 45 mn

Détail des morceaux joués. si vous cliquez sur l’en-tête, vous êtes renvoyés sur le site YouTube original.

00:00 1 – Cía Deilm Dremun Derdrethar (What Is That Violent Noise That Resounds – Quel est ce bruit violent qui résonne ?)
07:13 2 – A Dherdriu, Maindéra Mar (O Deirdre, You Will Destroy Much – Oh Deirdre, tu vas semer la désolation !)
13:10 3 – Noísi Mac Uisnig (Naoise Son of Uisnech, Noise, fils d’Uisnecht)
19:27 4 – Loingas Mac n-Uisnich (The Exile of the Sons of Uisnech – L’exil des fils d’Uisnecht)
25:01 5 – Forruích Frinn Fergus Find (Against Us Transgressed Fair Fergus – Contre nous a trahi Fergus)
30:39 6 – Ná Bris Andiu Mo Chride (Do Not Break This Day, My Heart – Ne brise pas ce jour mon cœur)
34:34 7 – Aided Mac nUislenn ocus Derdrenn (The Violent Death of the Sons of Uisnech and of Deirdre – La mort violente des fils d’Uisnecht)
39:19 8 – Dr. John Hart, Bishop of Achonry Dr. John Art, Evêque d’Achorny
42:49 9 – Kitty Magennis
45:52 10 – Brian Maguire
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Le monde à travers un miroir : The lady of Shallot

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William Holman Hunt et Edward Robert Hugues - The lady of Shalott, 1905.jpg

William Holman Hunt – Lady of Shalott, 1905

The mirror crack’d from side to side;
“The curse is come upon me”
cried The Lady of Shalott.

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    Imaginez une jeune fille prisonnière d’une tour à qui il est interdit tout contact avec le monde extérieur. La seule connaissance qui lui est permise du monde lui est donnée par le reflet d’un miroir qu’elle s’attache à représenter pour le préserver en tissant une tapisserie… Belle métaphore de tous ceux qui n’ont du monde que la connaissance transmise par leur télévision ou leur smartphone… La belle se désespérait de ne jamais connaître le sentiment que ressentaient les couples d’amoureux qu’elle observait au loin jusqu’au jour où elle s’éprit du  chevalier Lancelot dont elle avait aperçu le reflet dans son miroir. Elle se mit à l’épier et fut pour cela frappée d’une malédiction. Embarquée dans un bateau à la proue duquel figurait la mention « la Dame de Shalott » dans le but de rejoindre la cour du roi Arthur à Camelot où se trouvait l’objet de son amour, elle fut retrouvée par les Dames et les chevaliers de la Cour parmi lesquels figurait Lancelot, morte de froid  enroulée dans la tapisserie qu’elle avait tissée.

« Et dans les eaux sombres de la rivière
Tel un prophète téméraire en transe,
Réalisant toute son infortune —
C’est avec une figure terne
Qu’elle regarda Camelot.

Et lorsque le jour déclina,
Desserrant la chaîne, elle s’allongeait ;
Le courant au loin l’emportait,
La Dame de Shallot… »

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 Sur le poème The Lady of Shalott écrit en 1842 par le poète romantique anglais Alfred Tennyson, la chanteuse canadienne Loreena Mckennitt en a tiré une chanson magnifique (Album The Visit, 1991)

Loreena McKennitt - The Visit
Loreena Mckennitt – The Visit

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L’Enfant volé (Stolen Child) – Loreena McKennitt

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Loreena McKennith

Loreena McKennitt

     Loreena Isabel Irene McKennitt, née le 17 février 1957  près de Winnipeg dans la province canadienne du Manitoba dans une famille d’ascendance irlandaise et écossaise est une chanteuse et musicienne qui puise son inspiration dans la culture celtique. Depuis son premier album Elemental paru en 1985 d’où est tiré le morceau Stolen Child qui suit qui est un poème de Yeats qu’elle a mis en musique, elle a connu un succès international.

La chute de Glencar, Comté de Leitrim mentionné dans le poème

La chute de Glencar dans le Comté de Leitrim, mentionnée dans le poème de Yeats

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W. B. Yeats (1865-1939)

W. B. Yeats (1865-1939)

The Stolen Child (l’enfant volé) est un poème de l’irlandais William Butler Yeats, composé en 1886. Il figure dans le recueil The Wanderings of Oisin and Other Poems (1889) (les Errances d’Ossian et autres poèmes). The stolen childévoque l’enlèvement d’un enfant par les fées, un thème classique du moyen-âge et de l’Irlande. Chaque strophe se termine invariablement par les mêmes vers « Come away, O human child! To the waters and the wild (…) »,

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The Stolen Child – W. B. Yeats, 1886

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Where dips the rocky highland
Of Sleuth Wood in the lake,
There lies a leafy island
Where flapping herons wake
The drowsy water rats;
There we’ve hid our faery vats,
Full of berries
And of reddest stolen cherries.
Come away, O human child!
To the waters and the wild
With a faery, hand in hand.
For the world’s more full of weeping

than you can understand.

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Where the wave of moonlight glosses
The dim gray sands with light,
Far off by furthest Rosses
We foot it all the night,
Weaving olden dances
Mingling hands and mingling glances
Till the moon has taken flight;
To and fro we leap
And chase the frothy bubbles,
While the world is full of troubles
And is anxious in its sleep.
Come away, O human child!
To the waters and the wild
With a faery, hand in hand,
For the world’s more full of weeping

than you can understand.

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Where the wandering water gushes
From the hills above Glen-Car,
In pools among the rushes
That scarce could bathe a star,
We seek for slumbering trout
And whispering in their ears
Give them unquiet dreams;
Leaning softly out
From ferns that drop their tears
Over the young streams.
Come away, O human child!
To the waters and the wild
With a faery, hand in hand,
For the world’s more full of weeping

than you can understand.

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Away with us he’s going,
The solemn-eyed:
He’ll hear no more the lowing
Of the calves on the warm hillside
Or the kettle on the hob
Sing peace into his breast,
Or see the brown mice bob
Round and round the oatmeal chest
For he comes, the human child
To the waters and the wild
With a faery, hand in hand
From a world more full of weeping

than he can understand

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Ängsälvor (Elfes dans un pré) par Nils Blommér, 1850.

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L’enfant volé

Là où les hautes terres rocheuses
de la forêt de Sleuth (1) s’enfoncent dans le lac,
Là git une île feuillue
Où les hérons battant de l’aile éveillent
Les rats d’eau qui somnolent;
Là nous cachons nos cuves du peuple des fées,
Pleines de baies
Et des plus rouges des cerises volées.
Va-t-en vers nous, O enfant humain !
Vers l’eau et la nature sauvage
Avec une fée, main dans la main.
Car il y a plus de pleurs en ce monde que tu ne peux le comprendre.

Là où des vagues de lumière lunaire font briller
Le sable terne
Là-bas au plus loin des lointains des Rosses (2)
Nous le piétinons toute la nuit,
Tissant des danses anciennes
Mélangeant nos mains et nos regards
Jusqu’à ce que la lune s’élève;
De-ci, de-là nous sautillons
Et chassons les bulles d’écume,
Pendant que le monde plein de soucis
Dort d’un sommeil anxieux.
Va-t-en vers nous, O enfant humain !
Vers l’eau et la nature sauvage
Avec une fée, main dans la main.
Car il y a plus de pleurs en ce monde que tu ne peux le comprendre.

La où l’eau errante jaillit
Des collines au dessus de la vallée de Car,
Dans des mares parmi les roseaux
Dans lesquelles pourrait à peine se baigner une étoile,
Nous pourchassons la truite somnolente
Et chuchotant à ses oreilles
Nous lui donnons des rêves inquiets;
Doucement penchées depuis
Des fougères dont les larmes gouttent
Dans de jeunes ruisseaux.
Va-t-en vers nous, O enfant humain !
Vers l’eau et la nature sauvage
Avec une fée, main dans la main.
Car il y a plus de pleurs en ce monde que tu ne peux le comprendre

Au loin, avec nous, il va,
Celui aux yeux solennels
Il n’entendra plus jamais le meuglement
Du veau sur les tièdes coteaux
Ou la bouilloire sur la cuisinière
Chanter paisiblement dans sa poitrine
Plus jamais il ne verra la souris brune remuer sa petite tête
En tournicotant autour du coffre d’avoine.
Car il vient, l’enfant humain !
Vers l’eau et la nature sauvage
Avec une fée, main dans la main.
Depuis un monde qui contient plus de pleurs qu’il ne peux le comprendre

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Une très belle représentation du poème de Yeats sur YouTube

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      En 1988, Trois années après le lancement de la version de Loreena Mc Kennitt, le groupe The Waterboys composait Fisherman’s Blues, un album hybride, relevant à la fois du rock, de la musique country et de la musique « celtique » dans lequel figurait The Stolen Child. La mise en musique du poème de Yeats est très réussie, grâce à un parlé-chanté qui conserve le mystère des couplets, seul le refrain est chanté.

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Eleanor Plunkett de Turlough O’Carolan interprété par Gilles Servat et Clannad

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Gilles Servat

Gilles Servat (1945)

     Gilles Servat est un auteur-compositeur-interprète français, ardent défenseur de la culture bretonne armoricaine et d’expression bretonne et française. C’est aussi un poète, dont le début de carrière a été marqué par la chanson La Blanche Hermine qui est devenue un symbole dans la Bretagne armoricaine. Auteur d’une discographie importante, il a fait partie des artistes qui ont participé à l’Héritage des Celtes de Dan Ar Braz. C’est aussi un romancier qui sait faire revivre l’épopée celte et la réalité de la Bretagne armoricaine. Il est né dans les Pyrénées, d’un père d’origine nantaise et d’une mère originaire du Croisic, presqu’île bretonnante proche de Saint-Nazaire. Son arrière-grand-père ariégois était montreur d’ours.

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–––– le morceau Eleanor de l’album L’Albatros Fou (1991) –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

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    La musique de « Eleanor » a été créée par le harpiste irlandais Turlough O’Carolan (1670-1738). Le morceau interprété par Gilles Servat fait partie de l’album « L’Albatros fou » qui est son le douzième album studio, paru en 1991 chez Keltia Musique. Cet album a été composé et interprété en collaboration avec Triskell, groupe de musique celtique. 

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–––– Origine du morceau Eleanor : le fameux harpiste irlandais O’Carolan (1670-1738) ––––––––––

    Le harpiste irlandais Turlough O’Carolan (Toirdhealbhach Ó Cearbhalláin en gaélique) a vécu en Irlande de 1670 à 173). Il a composé au cours de sa carrière au moins 220 airs, dont beaucoup sont encore joués aujourd’hui. Son œuvre constitue la collection la plus complète de musique issue des plus anciennes traditions harpistes. Employé à l’âge de 14 ans dans la famille McDermott Roe et montrant déjà des talents de poète, le jeune homme fut pris en charge par Mme McDermott qui s’attacha à lui donner une éducation. À 18 ans, il devient aveugle après avoir contracté la variole et malgré son handicap, il entame une carrière de harpiste itinérant, métier qu’il exerçera durant 50 années jusqu’en 1738 où sentant ses jours finir, il choisira de revenir dans la maison de ses premiers maîtres, les McDermott Roe, pour y mourir. En égard à la popularité du mort, la veillée funèbre dura 4 jours. Carolan était un homme réputé joyeux et sociable, aimant les blagues et le backgammon. Comme beaucoup de harpistes, il aimait boire et était colérique. Il se maria avec Mary Maguire, s’établit dans une ferme près de Mohill (comté de Leitrim) et eut avec elle 6 filles et un garçon. On sait peu de chose sur eux. Après sa mort, son fils publia ses œuvres à Dublin en 1747 puis s’établit à Londres comme professeur de harpe. Une section non datée et non titrée de 23 de ses œuvres est conservée à la National Library d’Irlande. Elle est connue sous le nom de « Compositions de Carolan » ou encore « Extrait Carolan-Delaney« .

portrait de Turlough Carolan, 1844

portrait de Turlough Carolan, 1844

     Carolan a composé la musique et la poésie pour certaines des plus grandes familles du pays. Parmi les noms de ceux pour qui il a composé figurent de grandes familles protestantes comme les Coote, Cooper, Crofton, Brabazon, Pratt, O’Hara, Irwin, Betagh, Stafford et Blayney mais il a également composé pour des familles catholiques connues. Étonnamment, Carolan n’a jamais été considéré en Irlande comme un artiste de haut niveau. Sa renommée venait de son don pour la composition musicale et la poésie et dans ses créations, il commençait toujours par composer la mélodie à laquelle il ajoutait par la suite les paroles. Cette manière de faire était à l’opposé de la pratique traditionnelle irlandaise. Bien que la musique a toujours été tenu en haute estime, avant Carolan, la poésie avait toujours la priorité. Au temps de Carolan, l’Irlande connaissait trois traditions musicales – la musique d’art, la musique populaire folklorique, et la tradition de la Harpe. La tradition de la harpe a servi de lien entre l’art et la musique populaire folklorique et a été le principal vecteur de la tradition orale. Carolan a eu le génie de créer un style unique en combinant ces formes d’art, puis en y ajoutant des éléments inspirés par la musique italienne qui était alors à la mode en Irlande. Il était un grand admirateur de Vivaldi et Corelli qu’il avait découvert dans les maisons de ses clients irlandais nobles, et cette admiration se reflète dans la construction et les formes de beaucoup de ses morceaux mélodique. 

     Son poème à la louange de Eleanor Plunkett de Robertstown est en fait un hommage rendu à la lignée renommée des Plunkett d’Ardamagh. Il le considère comme «un ghaoil ​​na bhfear éachtach O Ardamacha Breige » – (un récit des exploits réalisés par les hommes de Ardamagh de Bregia). Eleanor Plunkett de Robertstown du comté de Meath, aurait été la dernière survivante de sa famille. Elle était probablement liée à Christopher Plunkett, dont le nom apparaît dans l’enquête civile menée dans le comté de Meath en 1655 dans laquelle il est considéré comme un « papiste irlandais », et le propriétaire de l’ancien château de Castle Cam dans Ardamagh. . Selon la légende, 30 membres de la famille Plunkett qui s’étaient retranchés dans le château de Castle Cam auraient été « détruits par l’eau bouillante » (O’Sullivan, vol 2, p. 95). L’historien estime que cette histoire aurait été exagérée. Toutefois, il est probable qu’Eleanor Plunkett était la seule survivante de sa famille comme le souligne les deux premières lignes d’un document de l’époque, « Bien qu’il ne survit dans ce pays seulement vous de votre parenté. » Les Plunkett, comme beaucoup d’autres familles catholiques, avaient été dépossédés de leurs terres au moment de l’invasion anglaise de l’Irlande menée par Cromwell.

    Il existe de très nombreuses interprétation de ce morceau de Carolan. Parmi celles que je préfère figure l’interprétation du groupe irlandais Clannad présentée ci après.

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Poésie : Yeats en quête de son Hélène de Troie…

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William Butler Yeats by John Singer Sargent (1908)

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Au bas des jardins de saules

Au bas des jardins de saules je t’ai rencontrée, mon amour,
Tu passais les jardins de saules d’un pied qui est comme neige.
Tu me dis de prendre l’amour simplement, ainsi que poussent les feuilles,
Mais moi j’étais jeune et fou et n’ai pas voulu te comprendre.

Dans un champ près de la rivière nous nous sommes tenus, mon amour,
Et sur mon épaule penchée tu posas ta main qui est comme neige.
Tu me dis de prendre la vie simplement, comme l’herbe pousse sur la levée,
Mais moi j’étais jeune et fou et depuis lors je te pleure.

(dans la Croisée des chemins (1889) –Traduction de Yves Bonnefoy)

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Down by the salley gardens

Down by the salley gardens my love and I did meet;
She passed the salley gardens with little snow-white feet.
She bid me take love easy, as the leaves grow on the tree;
But I, being young and foolish, with her would not agree.

In a field by the river my love and I did stand,
And on my leaning shoulder she laid her snow-white hand.
She bid me take life easy, as the grass grows on the weirs;
But I was young and foolish, and now am full of tears.

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Origine du poème
   Down by the Salley Gardens ( irlandais : Gort na Sailean) est un poème que Yeats a publié dans Les « errances de Oisin » et d’autres poèmes en 1889. Le poète a indiqué dans une note que ce poème constituait «une tentative pour reconstituer une vieille chanson de trois lignes énoncée de manière imparfaite par une vieille paysanne du village de Ballisodare qui les chante souvent à elle-même. « . Cette «vieille chanson » était peut-être la ballade intitulée The Rambling Boys of Pleasure  qui contient un verset proche du premier verset du poème de Yeats.
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Je n’ai pu choisir entre l’interprétation de Maura O’Connell avec Karen Matheson et celle de Loreena McKennit (You Tube) … A vous de faire votre choix.
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« Silly like us » : histrionisme et historicité de W. B. Yeats (par Daniel Jean, Etudes anglaises 2007/4)
    Le jardin des saules est un jardin d’Éden où la consommation du fruit défendu est impossible, malgré les encouragements malicieux d’Ève. Le saule, dans sa forme «  », permet de rappeler « silly ». La sottise inhérente à la jeunesse est thématisée de façon explicite (« I was young and foolish ») sous la forme d’un rendez-vous amoureux raté, raté non pas du fait des dérobades de la jeune fille, mais du fait de l’immaturité de son prétendant. Le poème est en effet l’humiliant récit d’une impuissance, celle de l’innocent qui, malgré les encouragements de sa bien-aimée (« take love easy ») ne parvient pas à surmonter sa maladresse, et se montre incapable d’imposer « a sally », comme le laisse entendre l’homophonie salley / sally (« a thrust forward »), et ne peut verser, en fin de compte, que des larmes. L’entame, « down », est donc représentative du mouvement général du poème, poème de l’abaissement et de la mélancolie, qui trouve dans le saule pleureur le très visuel symbole de la flaccidité sexuelle de « Silly Willie », comme plus tard dans le poème de 1909, « The Withering Boughs » (« The boughs have withered because I have told them my dreams »).<
    Ces premiers chants yeatsiens de l’innocence, caractéristiques des débuts, correspondent à une incapacité à passer à l’acte, sexuellement et historiquement, une incapacité à précipiter l’événement pour devenir acteur de l’histoire.

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Dante Gabriel Rossetti - La Belle Dame sans Mercy,1848

Dante Gabriel Rossetti – La Belle Dame sans Mercy,1848

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Il voudrait avoir les voiles du ciel

Si j’avais les voiles brodés des cieux
Ouvrés de lumières d’or et d’argent
Les voiles bleus, diaphanes et sombres
De la nuit, de la lumière et de la pénombre
J’étendrais ces voiles sous tes pieds :
Mais je suis pauvre et je n’ai que mes rêves ;
J’ai étendu mes rêves sous tes pieds ;
Marche doucement car tu marches sur mes rêves.

(Le vent dans les roseaux (1899) – traduction Jacqueline Genet)

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He wishes for the cloths of Heaven

Had I the heaven’s embroidered cloths,
Enwrought with golden and silver light,
The blue and the dim and the dark cloths
Of night and light and the half-light,
I would spread the cloths under your feet:
But I, being poor, have only my dreams
I have spread my dreams under your feet;
Tread softly because you tread on my dreams.

 

    « Aedh wishes for the cloths of Heaven » a été publié par Yeats en 1899 dans son troisième volume de la poésie, « du vent dans les roseaux ». L’orateur du poème est Aedh, dont le nom est le même que celui d’un Dieu celtique de la mort, l’un des enfants de Lir.
     Yeats semble avoir utilisé ce personnage dans certaines de ses histoires et le décrit comme le feu qui se reflète dans l’eau. Il apparaît dans l’œuvre de Yeats aux côtés de deux autres personnages archétypaux de mythe du poète: Michael Robartes et Red Hanrahan. Les trois sont collectivement connus comme les principes de l’esprit. Robartes représente la puissance de la connaissance et Hanrahan le romantisme primaire. Quand à l’Aedh, il est pâle, languissant, et sous l’emprise de « 
la belle dame sans merci », en référence au poème de John Keats; « Aedh » a été souvent remplacé dans les anthologies de poèmes de Yeats par un plus générique  » il « .

 

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Arc-en-ciel au-dessus le la colline mythique de KnocknareaArc-en-ciel au-dessus le la colline mythique de Knocknarea

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L’appel des Sidhe

La cohorte chevauche du Knocknarea
A la tombe de Clooth-na-Bare,
Caoilte secouant sa chevelure de flammes,
Et Niamh appelant : Là-bas, viens t’en là-bas,
Vide ton cœur de son rêve mortel.
Les vents s’éveillent, les feuilles tournoient,
Nos joues sont pâles, notre chevelure dénouée,
Notre poitrine palpite, nos yeux rayonnent,
Nos bras appellent, nos lèvres s’entrouvrent ;
Et s’il en est un qui contemple notre troupe impétueuse,
Nous nous plaçons entre lui et l’acte de sa main,
Nous nous plaçons entre lui et l’espoir de son cœur.
La cohorte se précipite entre la nuit et le jour,
Et où y a-t-il espoir ou acte aussi beau ?
Caoilte secouant sa chevelure de flammes
Et Niamh appelant : Là-bas, viens t’en là-bas.

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The Hosting of the sidhe

The host is riding from Knocknarea
And over the grave of Clooth-na-Bare;
Caoilte tossing his burning hair,
And Niamh calling Away, come away:
Empty your heart of its mortal dream.
The winds awaken, the leaves whirl round,
Our cheeks are pale, our hair is unbound,
Our breasts are heaving, our eyes are agleam,
Our arms are waving, our lips are apart;
And if any gaze on our rushing band,
We come between him and the deed of his hand,
We come between him and the hope of his heart.
The host is rushing ‘twixt night and day,
And where is there hope or deed as fair?
Caoilte tossing his burning hair,
And Niamh calling Away, come away.

Eclairage :
Ce poème est incompréhensible si on ne le relie pas à certains thèmes de la mythologie irlandaise notamment ceux qui ont trait aux Sidhe

Knocknarea : ( irlandais : Cnoc na Riabh) est une grande colline à l’ouest de Sligo, ville dans le comté de Sligo , en République d’Irlande. Avec ses 327 m de hauteur, elle est très visible du paysage environnant de la péninsule de Cúil Irra entre les baies de Sligo et BallysadareKnocknarea est une anglicisation d’un nom irlandais. L‘étymologie du nom est contestée. La base de données des Noms de lieux de l’Irlande explique le toponyme par le nom irlandais Cnoc na Riabh qui signifie « colline des bandes ». Cependant, PW Joyce préférait pour sa part, l’interprétation Cnoc na Riaghadh« colline des exécutions ». Certains ont suggéré également  Cnoc na Riogha, «  colline des rois » ainsi que Cnoc na Ré« colline de la lune ».  A son sommet se dresse un grand monticule de pierres sèches (cairn) réputé recouvrir l’entrée d’un tombeau néolithique Il mesure environ 55 mètres de large et 10 mètres de hauteur, ce qui en fait l’un des plus grands cairns connus en Irlande. En anglais, il est connu sous les noms de Medb Cairn, le tombeau de Medb, mamelon de Medb ou la tombe de Medb (parfois le nom Medb est anglicisé en Maeve). Il date d’environ 3.000 ans avant J.C., Meabh est une figure de la mythologie irlandaise. Toute la zone autour de la baie de Sligo est riche en vestiges préhistoriques, en monuments semblables et en sites naturels aux formes expressives.

Clooth-na-Bare : Voudrait dire la vieille femme de Bare, mais ce mot serait en fait une corruption de Cailleac Bare, la vieille femme Bare, qui, sous les noms de Bare, Berah, Beri, Verah, Dera et Dhira, apparait dans les légendes irlandaises en beaucoup de lieux. Près de la colline de Knocknarea, les gens du pays disent qu’une grande reine de la Sidhe de l’ouest du nom de Maeve est enterrée sous le cairn situé au sommet. Clooth-na-nu qui souhaitait mettre fin à ses jours, recherchait partout dans le monde, un lac assez profond pour y noyer sa vie de fée, dont elle avait fini par se lasser, en bondissant de colline en colline; elle a fini par le trouver au sommet de la montagne d’oiseau, à Sligo. Les divinités de l’ancienne Irlande sont connues sous les noms aussi variés que  Tuatha Dé Danann, gens de la déesse DanuSidhe (de Aes Sidhe ou Sluagh Sidhe) et créatures des tertres. Les Sidhe  sont également liés au vent en Irlandee t voyagent dans le vent tourbillonnant. Au au Moyen Age, on pensait que les vents étaient générés par la danse des filles de Hérodiade; cette dernière avait sans doute pris la place d’une vieille déesse. En Irlande, lorsque les gens de la campagne voyaient les feuilles tourbillonnent sur le chemin, ils se signaient car ils pensaient qu’un Sidhe passait par là. 

Caoilte (prononcer : Kweelteh). Il était un guerrier celtique mythique qui vivait au  IIIe siècle après J.C. sous le nom de impers Rónáin Caílte , qui était un membre de la Fianna et neveu de Fionn mac Cumhaill. Selon la légende, il a vécu assez longtemps pour être baptisé par Saint-Patrick. Ses formes anglicisées sont Kielty, Kealty, Keelty, Keilty, Kelty, Kilty, et Quilty (avec ou sans O ‘ou Mc ou Mac) en anglais. Les variantes les plus courantes sont Kielty et Quilty James Joyce (1882-1941) dans le chapitre douze de son chef-d’œuvre, Ulysse, (1922) présente « La tribu de Caolte » comme l’une des douze tribus d’Irlande dans un parallèle biblique avec les douze tribus d’Israël.

Oisin and NiamhOisin and Niamh

Niamh est une figure mythique irlandaise, elle est la fille de Manannàn mac Lir, le dieu de la mer. Son nom signifie « brillant ».  Elle règne sur Tir na nÓg, l’autre monde, lieu magique hors du temps et de l’espace où règne l’immortalité. Elle traverse la mer de l’Ouest sur le fabuleux cheval Enbarr, et demande à Fionn mac Cumhail si son fils Oisín peut la rejoindre à Tír na nÓg. les versions anglicisées et phonétiques de son nom sont Niav Neve, Neave, Neeve et Nieve

 
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L’os de lièvre

Albrechtb Durer - jeune lièvre, 1502

Je voudrais pouvoir lancer un navire sur les eaux
Sur lesquelles plus d’un roi s’en est allé
Et plus d’une fille de roi,
Et aborder près des arbres magnifiques et de la pelouse
Là où l’on joue du pipeau, où l’on danse,
Et apprendre que le meilleur
Est de changer d’amour avec chaque nouvelle danse
Et de rendre baiser pour baiser.

Je voudrais trouver au bord de ces eaux
Un os de lièvre plat et mince
Rendu plus mince encore par le va-et-vient des eaux,
Et le percer avec une vrille pour regarder au travers
Le vieux monde amer où l’on se marie dans les églises,
Et me moquer par-dessus les eaux limpides
De tous ceux qui se marient dans les églises,
A travers un os de lièvre mince et blanc.

(Les cygnes sauvages à Coole, 1917 – traduction Jean-Yves Masson)

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The collar-bone of a hare

Would I could cast a sail on the water
Where many a king has gone
And many a king’s daughter,
And alight at the comely trees and the lawn,
The playing upon pipes and the dancing,
And learn that the best thing is
To change my loves while dancing
And pay but a kiss for a kiss.

I would fine by the edge of that water
The collar-bone of a hare
Worn thin by the lapping of a water,
And pierce it through with a gimlet and stare
At the old bitter world where they marry in churches,
And laugh over the untroubled water
At all who marry in churches,
Through the white thin bone of a hare.

éclairage
Une légende celtique raconte qu’à travers le trou percé dans un os de lièvre, on peut contempler le royaume des Fées. Yeats inverse le phénomène et à travers le trou percé veut voir le monde réel à partir du royaume des Fées… Ce poème a été inspiré à Yeats par l’histoire de « The three O’Byrnes and the Evil Fairies » qu’il raconte dans the Celtic Twilight. Un paysan, dit-il, trouva « sur l’herbe le tibia d’un lièvre. Il le ramassa, il était percé ». En regardant par le trou, il découvrit un trésor enfoui sous ses pieds… Le lièvre est un animal magique par excellence, « compagnon des clairs de lune de l’imaginaire », il hante mythologies et folklores, associé à la divinité de la Terre-Mère, il est en général symbole du renouvellement de la vie. Yeats l’a utiliser à plusieurs reprises pour représenter la femme poursuivie par l’homme ou la meute; « Two Songs of a Fool »  représente Iseult Gonne sous l’aspect du lièvre menacé par les chiens.  (la poétique de W.B. Yeats par Jacqueline Genet)

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Une méditation en temps de guerre

D’un seul élancement dans mes artères
Comme j’étais assis sur cette pierre grise
Sous le vieil arbre brisé par le vent,
J’appris que l’Un seul est vivant,
Et l’humanité un fantasme sans vie.

(Michael Robartes et la danseuse, 1921 – traduction Jean-Yves Masson)

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A meditation in time of war

For one throb of the artery,
While on that old grey stone I sat
Under the old wind-broken tree,
I knew that One is animate,
Mankind inanimate phantasy.

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