la réincarnation de la Viking Lagherta


Lathgertha_by_Morris_Meredith_Williams.png

Lagertha – lithographie par Morris Meredith Williams (1913)

Capture d_écran 2018-08-14 à 08.48.53

     Douze siècles plus tard, réincarnation de Lagertha, épouse du Viking Ragnar Lodbrok (qui a inspiré la série Vikings en Katheryn Winnick, actrice canadienne…

Capture d’écran 2017-05-31 à 14.18.51.png


Sibelius – Symphonie n°7 – Karajan


Si vous aimez la musique nordique et les aurores boréales et disposez de 22 mn…
Si vous ne disposez pas de tout ce temps (c’est dommage, attention à l’infarctus…) le poème symphonique qui suit (en bas de page) est plus court

Une co-production de Sibelius et du whisky (selon l’aveu même du compositeur)
Sans doute pour mieux résister au grand froid nordique…


Un compositeur taillé dans le granit

Capture d’écran 2017-10-04 à 14.26.32.png


En plus court et avec des vues magnifiques de la nature finlandaise : Finlandia

Pour en savoir plus le poème symphonique Finlandia, c’est  ICI


 

illustres illustrateurs : illustrations de contes pour enfants et de légendes nordiques par le norvégien Erik Werenskiold


Erik_WerenskioldErik Werenskiold

Erik Theodor Werenskiold (1855-1938) est un peintre et dessinateur norvégien très connu pour ses magnifiques illustrations de contes et de légendes nordiques. 


Fairy Tales from the Far North de Peter Christen Asbjörnsen traduits en anglais par H. L. Braekstdt et  illustrés par Erik Werenskiold – publiés en 1897

Erik Werenskiold - Illustration-page40-Sagobok_för_barnErik Werenskiold – conte The Queen at the Bottom of the Sea : « The man rushed out the house, and the herrings and the broth came pouring out after him like a stream »

Erik Werenskiold - Illustration-page76-Sagobok_för_barn_djvu.jpgErik Werenskiold – conte The Hare who had been married : « Hurrah ! Shouted the hare, as he jumped and skipped along »

Erik Werenskiold - conte Ashiepattle who ate with the troll for a wager .pngErik Werenskiold – conte Ashiepattle who ate with the troll for a wager  : « If you don’t quiet », shouted the lad to the troll  « I’ll squeeze you just as I squeeze the water out of the stone »

Erik Werenskiold - conte The Golden Bird - Ha, Ha, Ha ! The trolls laughed and held on to one another.pngErik Werenskiold – conte The Golden Bird – « Ha, Ha, Ha ! The trolls laughed and held on to one another »

Erik Werenskiold - Illustration-page78-Sagobok_för_barn_djvuErik Werenskiold – conte The sSquire’s Bride

Erik Werenskiold - Illustration-page81-Sagobok_för_barn_djvuErik Werenskiold – conte The Squire’s Bride : « The boy rode home on the bay mare at full galop »

Erik Werenskiold - Illustration-page82-Sagobok_för_barn_djvuErik Werenskiold – conte The Squire’s Bride : « Some pulled at the Bead and the fore legs of the mare and others pushed behind »

Erik Werenskiold - Illustration-page84-Sagobok_för_barn_djvuErik Werenskiold – conte The Squire’s Bride : « The door opened and the squire’s bride entered the parlour »

Erik Werenskiold - Illustration-page110-Sagobok_för_barn_djvuErik Werenskiold – illustration conte pour enfant, page 110

Erik Werenskiold - Illustration-page114-Sagobok_för_barn_djvuErik Werenskiold – conte Squire Peter :  « They then came a great big drove of horses »

Erik Werenskiold - conte Ashiepattle and His Goodly crew – To the end of the world in less than five minutes

Erik Werenskiold – conte Ashiepattle and His Goodly crew :  « To the end of the world in less than five minutes »

Erik Werenskiold - conte The Twelve Wild Ducks  She was on the moor gathering cotton-grass.pngErik Werenskiold – conte The Twelve Wild Ducks : « She was on the moor gathering cotton-grass »

Erik Werenskiold - conte The Bear and the Fox - What nice thing have you got there ? asked the fox. Pork, said the bearErik Werenskiold – conte The Bear and the Fox – « What nice thing have you got there ? » asked the fox. « Pork », said the bear 


Pour lire le livre en entier (en anglais), c’est ICI

Articles liés

  • Alexander Goudie (1933-2004), peintre figuratif écossais, portraitiste et illustrateur de poèmes et de livres – illustrations du poème de Robert Burns,  Tam o ‘Shanter.

aurore boréale

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Harald Viggo greve Moltke ( Danish, 1871-1960), Northern Lights Over An Island, 1899

Harald Viggo greve Moltke – Northern Lights Over An Island, 1899

Harald Viggo greve Moltke (1871-1960)

Harald Viggo greve Moltke ( Danish, 1871-1960)

Visage de lune…
C’est normal à force de scruter et peindre les aurores boréales…

Harald Viggo greve Moltke ( Danish, 1871-1960), Northern Lights as seen from Iceland Island, 1899

Harald Viggo greve Moltke – Northern Lights as seen from Iceland Island, 1899

Harald Viggo greve Moltke – Northern Lights in Finland

Harald Viggo greve Moltke – Northern Lights in Finland

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

poésie et illustrateurs du romantisme allemand : Der Erlköning de Goethe (le roi des aulnes), 1782.

–––– Erlkönig ou Ellerkonge ? –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Le terme allemand de Erlkönig « le roi des aulnes » serait une erreur de traduction remontant au XVIIIe siècle du danois Ellerkonge ou Elverkonge « le roi des Elfes ». Dans les légendes et les littératures scandinaves et germaniques, il existe une créature féminine séduisante mais maléfique, la Ellerkongens datter « la fille du roi des Elfes » ou ellerkone « femelle elfe » dotée d’une beauté remarquable mais qui entraîne les humains vers le mal et la mort. Cette créature n’est en fait qu’une variante de l’archétype européen commun de la Sirène ou de la fée. Certains rattachent cette créature à l’ancienne déesse grecque de la mort Alphito (la déesse blanche) et même à Lilith , la divinité d’origine assyro-babylonienne sortie des eaux, qui aurait été la première femme d’Adam et serait devenue par la suite un démon.

HerderLe premier à avoir introduit le personnage de la Ellerkongens datter dans la littérature allemande est l’écrivain Johann Gottfried von Herder dans  Erlkönigs Tochter, une ballade publiée en 1778 et qui conte l’histoire d’un cavalier, Sir Oluf, chevauchant vers sa bien-aimée pour l »épouser mais qui est détourné de son but par la musique des Elfes. Une Elfe vierge, la fille du roi, l’invite à danser et lui offre ne nombreuses richesses. Fidèle à sa promise, il refuse ses avances et sera frappé par la jeune elfe et s’effondre à terre. Sa bien-aimée le trouveras le lendemain, jour prévu pour le mariage, mort, enveloppé dans son manteau écarlate. On ne sait pas si le changement, par von Herder, du nom Ellerkonge « le roi des Elfes » en Erlkönig « le roi des aulnes » est le résultat d’une erreur ou d’un choix délibéré pour privilégier la forme « démon des bois » du père de la jeune démone. Il n’est pas étonnant que les Scandinaves, peuples de la mer, aient choisi la sirène comme personnage emblématique; l’Allemagne, pays à l’imaginaire marqué par la mythologie des forêts profondes trouvait dans le personnage de la fille du roi des bois une figure plus adaptée à sa spécificité.

Herr Oluf reitet spät und weit,
Zu bieten auf seine Hochzeitsleut;

Da tanzen die Elfen auf grünem Land,
Erlkönigs Tochter reicht ihm die Hand.

« Willkommen, Herr Oluf! Was eilst von hier?
Tritt her in den Reihen und tanz mit mir. »

« Ich darf nicht tanzen, nicht tanzen ich mag,
Frühmorgen ist mein Hochzeittag. »

« Hör an, Herr Oluf, tritt tanzen mit mir,
Zwei güldne Sporne schenk ich dir.

Ein Hemd von Seide so weiß und fein,
Meine Mutter bleicht’s mit Mondenschein. »

« Ich darf nicht tanzen, nicht tanzen ich mag,
Frühmorgen ist mein Hochzeitstag. »

« Hör an, Herr Oluf, tritt tanzen mit mir,
Einen Haufen Goldes schenk ich dir. »

« Einen Haufen Goldes nähm ich wohl;
Doch tanzen ich nicht darf noch soll. »

« Und willt, Herr Oluf, nicht tanzen mit mir,
Soll Seuch und Krankheit folgen dir. »

Sie tät einen Schalg ihm auf sein Herz,
Noch nimmer fühlt er solchen Schmerz.

Sie hob ihn bleichend auf sein Pferd.
« Reit heim nun zu deine’m Fräulein wert. »

Und als er kam vor Hauses Tür,
Seine Mutter zitternd stand dafür.

« Hör an, mein Sohn, sag an mir gleich,
Wie ist dein’ Farbe blaß und bleich? »

« Und sollt sie nicht sein blaß und bleich,
Ich traf in Erlenkönigs Reich. »

« Hör an, mein Sohn, so lieb und traut,
Was soll ich nun sagen deiner Braut? »

« Sagt ihr, ich sei im Wald zur Stund,
Zu proben da mein Pferd und Hund. »

Frühmorgen und als es Tag kaum war,
Da kam die Braut mit der Hochzeitschar.

« Sie schenkten Met, sie schenkten Wein;
Wo ist Herr Oluf, der Bräutigam mein? »

« Herr Oluf, er ritt in Wald zur Stund,
Er probt allda sein Pferd und Hund. »

Die Braut hob auf den Scharlach rot,
Da lag Herr Oluf, und er war tot.

–––– le Erlkönig de Gœthe ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––————–––––––––––––

Johann_Wolfgang_von_GoetheDans son poème écrit en 1782 quatre années après la parution du poème de Von Herder, Gœthe prend de grandes libertés avec le fond traditionnel de la légende : il conserve l’appellation Erlkönig ou Erlenköning « roi des aulnes » choisi par Von Herder plutôt que celle d’origine de  « roi des elfes » mais le personnage principal n’est plus la fille du roi mais le roi lui-même, ses filles ne jouant plus qu’un rôle secondaire. Enfin, la victime n’est plus un adulte du sexe opposé mais un enfant, ce faisant, Gœthe a privilégié la représentation des forces de mort de la tradition germanique.

C’est dans la forêt mystérieuse là où, la nuit, les arbres s’anthropomorphisent parfois en formes étranges et menaçantes, que se déroule l’histoire décrite par le poème.

Pour Thérèse Delpech (L’homme sans passé : Freud et la tragédie historique) le maintien de l’appellation de Erlkönig par Goethe ne résulterait pas d’une méprise mais aurait été effectuée de manière consciente. Lilith , la divinité primitive d’origine assyro-babylonienne sortie des eaux qui pourrait être le modèle des Elfes maléfiques car dans la Bible elle dévore les enfants par jalousie car elle perdu les siens. lui était familière puisque il l’avait évoqué dans Faust lorsque Méphisto « dans un texte qui rappelle le Roi des Aulnes, recommande à Faust de se méfier de Lilith car elle enlève les jeunes gens avec sa longue chevelure ».

goethe_erlkonig

'Erlkönig' byF. Jung. Wia-Künstlerkarten-Verlag, Postcard, 1920

‘Erlkönig’ byF. Jung.
Wia-Künstlerkarten-Verlag, Postcard, 1920

'Wer reitet so spät durch Nacht und Wind Mit Noten'. Eckart-Verlag, Wien, VIII., Fuhrmannsgasse 18

‘Wer reitet so spät durch Nacht und Wind Mit Noten’.
Eckart-Verlag, Wien, VIII., Fuhrmannsgasse 18

Der Erlkonig, Julius von Klever, autour de 1887

Der Erlkonig, Julius Sergius von Klever, autour de 1887.

RTEmagicC_Erlkoenig_Bodenstedt__600x859_.jpg

Friedrich Bodenstedt, 1877

Erlkoenig_Bodenstedt_Ausschnitt__350x595_

Erlkoenig_Neureuther_Ausschnitt_1__600x311_

Erlkoenig, illustration de Moritz von Schwind, 1917Der Erlkoenig, illustrations de Moritz Ludwig von Schwind, 1917 – Osterreichische Galerie Belvedere, Vienne

Erlkoenig_Schwind_Schroll__688x500_

0_481cd_3c0e20e4_L

Der Erkönig, Ludwig Ferdinand Schnorr von Carosfeld, vers 1833

Bernhard Neher [1806-1886]: Erlkönig, 1846

Bernhard Neher [1806-1886]: Erlkönig, 1846

Erlkoenig, illustration de Albert Sterner, vers 1910

Der Erlkoenig, illustration de Albert Sterner, vers 1910

resized_image2_9af8c2678484b606e909181c3401bc97

Edmund_Br_ning_1865_Todesdatum_unbekannt_._Verso_Signet_ASB_A._Saia_Berlin_._Serie_54._Postkarte

Edmund Brüning (1865-?), postcard, n.d.

Erlkönig, Gustav Heinrich Naeke, 1827-1834

Erlkönig, Gustav Heinrich Naeke, 1827-1834

Georg Wigand 1876. Erlkönig illustration de Hermann Plüddemann [1809-1868]

Georg Wigand 1876. Erlkönig illustration de Hermann Plüddemann [1809-1868]

      Erkönig                                                                                  Le roi des aulnes

Wer reitet so spät                                                                 Quel est ce chevalier qui file si tard
durch Nacht und Wind ?
                                                    dans la nuit et le vent ?
Es ist der Vater mit seinem Kind.                                      C’est le père avec son enfant ;
Er hat den Knaben wohl in dem Arm,                               Il serre le petit garçon dans son bras,
Er fasst ihn sicher, er hält ihn warm.                                Il le serre bien , il lui tient chaud.

Mein Sohn, was birgst du so bang                                 « Mon fils, pourquoi caches-tu avec
dein Gesicht ?                                                                        tant d’effroi ton visage ?
— Siehst Vater, du den Erlkönig nicht !
                      — Père, ne vois-tu pas le Roi des Aulnes ?
    Den Erlenkönig mit Kron’ und Schweif ?                      Le Roi des Aulnes avec sa traîne et sa couronne ?
— Mein Sohn, es ist ein Nebelstreif.                            — Mon fils, c’est un banc de brouillard.

— Du liebes Kind, komm geh’ mit mir !
                      — Cher enfant, viens, pars avec moi !
    Gar schöne Spiele, spiel ich mit dir,
                              Je jouerai à de très beaux jeux avec toi,
    Manch bunte Blumen sind an dem Strand,
                  Il y a de nombreuses fleurs de toutes les couleurs                                                                                                        sur le rivage,
    Meine Mutter hat manch gülden Gewand.“                 Et ma mère possède de nombreux habits d’or.

— Mein Vater, mein Vater, und hörest du nicht,
        — Mon père, mon père, et n’entends-tu pas
    Was Erlenkönig mir leise verspricht ?
                           Ce que le Roi des Aulnes me promet à voix basse ?
— Sei ruhig, bleibe ruhig, mein Kind,
                          — Sois calme, reste calme, mon enfant !
     In dürren Blättern säuselt der Wind.                             C’est le vent qui murmure dans les feuilles mortes.

— Willst feiner Knabe du mit mir geh’n ?
                    — Veux-tu, gentil garçon, venir avec moi ?
     Meine Töchter sollen dich warten schön,
                       Mes filles s’occuperont bien de toi
     Meine Töchter führen den nächtlichen Reihn,
             Mes filles mèneront la ronde toute la nuit,
     Und wiegen und tanzen und singen dich ein.“            Elles te berceront de leurs chants et leurs danses

— Mein Vater, mein Vater, und siehst du nicht dort
  — Mon père, mon père, et ne vois-tu pas là-bas
    Erlkönigs Töchter am düsteren Ort ?                           Les filles du Roi des Aulnes dans ce lieu sombre ?
— Mein Sohn, mein Sohn, ich seh’ es genau,
               — Mon fils, mon fils, je vois bien :
    Es scheinen die alten Weiden so grau. –                         Ce sont les vieux saules qui paraissent si gris.

— Ich liebe dich, mich reizt deine schöne Gestalt,
      — Je t’aime, ton joli visage me charme,
    Und bist du nicht willig, so brauch ich Gewalt !           Et si tu ne veux pas, j’utiliserai la force.
—Mein Vater, mein Vater, jetzt fasst er mich an,
      — Mon père, mon père, maintenant il m’empoigne !
     Erlkönig hat mir ein Leids getan.                                   Le Roi des Aulnes m’a fait mal ! »

Dem Vater grauset’s, er reitet geschwind,
                        Le père frissonne d’horreur, il galope à vive allure,
Er hält in Armen das ächzende Kind,
                                Il tient dans ses bras l’enfant gémissant,
Erreicht den Hof mit Mühe und Not,
                                 Il arrive à grand-peine à son port ;
In seinen Armen das Kind war tot.                                     Dans ses bras l’enfant était mort.

    Texte original                                                                       adaptation par Charles Nodier

Erlkoenig_Peschel__732x500_Erlkoenig, détail d’une fresque de Carl Gottlieb Peschel, 1840

Erlkoenig, détail d'une fresque de Crl Gottlieb Peschel

Erlkoenig, illustration du lieder de Schuber par Ernst Kutzer, 1914

Erlkönig, illustration du lieder de Schuber par Ernst Kutzer, 1914

Carl Gustav Carus (1789-1869): 'Der Erlkönig'

Carl Gustav Carus (1789-1869): ‘Der Erlkönig’

elf-king-2

Erlkönig, Brüder Kohn, Vienne

Erlkoenig_Klever_TSN_309__772x500_

Die Gartenlaube, illustration du livre édité par Ernst Keil en 1872Die Gartenlaube, illustration du livre édité par Ernst Keil en 1872

Erlkoenig, Eugen Neureuther, 1855

Erlkoenig, 1855,  Eugen Neureuther (1806-1882)

Erlkoenig_Neureuther_Ausschnitt_1__600x311_

Kirchbach_100_Erlkoenig__2_

Erlkoenig, Schwind  - Otto Weigmann, 1906

Erlkoenig, Schwind, Otto Weigmann, 1906

'Erlkönig' byF. Jung. Wia-Künstlerkarten-Verlag, Postcard, 1920

‘Erlkönig’ byF. Jung.
Wia-Künstlerkarten-Verlag, Postcard, 1920

‘Wer reitet so spät durch Nacht und Wind Mit Noten’.
Eckart-Verlag, Wien, VIII., Fuhrmannsgasse 18

°°°

–––– Der Erlkönig, lied de Schubert –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Franz+SchubertLe lied Der Erlkönig fut composé un après-midi d’automne de 1813 par Schubert âgé à peine de 16 ans. Il ne sera toutefois édité que huit années plus tard, en 1821, après avoir été remanié. C’est le baryton Johann Michael Vogl qui l’interprètera de manière triomphale pour la première fois le 7 mars 1821. 

Von_der_Ballade_Erlk_nig_1815_Text_Johann_Wolfgang_von_Goethe_Franz_Schuberts_1797_Wien_1828_1821

°°°

Transcription pour piano seul

Der Erlkönig interprété par Jessye Norman

Der Erlkönig interprété par Thomas Quasthoff

Et en français par Georges Thill. Dommage ! J’aimais beaucoup cette version de ce ténor français né en 1897 à Paris qui avait été l’élève du célèbre De Lucia à Naples, spécialiste du Bel canto avant de rejoindre en 1924 l’Opéra de Paris et devenir pour un temps le maître incontesté de l’opéra français. Pour l’écouter vous reporter directement sur le site YouTube par ce lien : Erlkonig (Schubert ) – George Thill et al – YouTube

°°°

–––– autres versions françaises du poème de Goethe ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Adaptation du poème par Jacques Porchat (1861)

Qui chevauche si tard à travers la nuit et le vent ?
C’est le père avec son enfant.
Il porte l’enfant dans ses bras,
Il le tient ferme, il le réchauffe.

« Mon fils, pourquoi cette peur, pourquoi te cacher ainsi le visage ?
Père, ne vois-tu pas le roi des Aulnes,
Le roi des Aulnes, avec sa couronne et ses longs cheveux ?
— Mon fils, c’est un brouillard qui traîne.

— Viens, cher enfant, viens avec moi !
Nous jouerons ensemble à de si jolis jeux !
Maintes fleurs émaillées brillent sur la rive ;
Ma mère a maintes robes d’or.

— Mon père, mon père, et tu n’entends pas
Ce que le roi des Aulnes doucement me promet ?
— Sois tranquille, reste tranquille, mon enfant :
C’est le vent qui murmure dans les feuilles sèches.

— Gentil enfant, veux-tu me suivre ?
Mes filles auront grand soin de toi ;
Mes filles mènent la danse nocturne.
Elles te berceront, elles t’endormiront, à leur danse, à leur chant.

— Mon père, mon père, et ne vois-tu pas là-bas
Les filles du roi des aulnes à cette place sombre ?
— Mon fils, mon fils, je le vois bien :
Ce sont les vieux saules qui paraissent grisâtres.

— Je t’aime, ta beauté me charme,
Et, si tu ne veux pas céder, j’userai de violence.
— Mon père, mon père, voilà qu’il me saisit !
Le roi des aulnes m’a fait mal ! »

Le père frémit, il presse son cheval,
Il tient dans ses bras l’enfant qui gémit ;
Il arrive à sa maison avec peine, avec angoisse :
L’enfant dans ses bras était mort.

                         °°°

Et de Jean Malaplate tirée du livre Ballades et autres poèmes aux Editions Aubier, Domaine Allemand billingue.
Qui passe à cheval, dans la nuit, le vent,
Si tard? C’est le père avec son enfant.
Il serre son fils dans son grand manteau,
Pour le protéger, pour lui tenir chaud.
 
-As-tu peur mon fils? Pourquoi te cacher?
-Le Roi des Aulnes, là, le vois-tu s’approcher?
Le Roi, sa couronne, et sa traîne aussi!
-C’est la brume, enfant, qui se tord ainsi.
 
-Viens, mon bel enfant, suis-moi, si tu veux,
Je sais tant de jeux, de jeux merveilleux!
Mille belles fleurs croissent sur nos bords,
Ma mère a pour toi des vêtements d’or!
 
-Mon père, oh, mon père, tu n’entends donc pas
Tout ce que le roi me promet tout bas?
-Calme-toi, mon fils, sois tranquille, enfant :
Dans les feuilles mortes murmure le vent.
 
-Viens, mon beau garçon, suis-moi loin, bien loin,
Mes filles de toi sauront prendre soin,
Mes filles, la nuit, qui dansent en rond,
Pour toi chanteront et t’endormiront.
 
 -Mon père, mon père, là tu dois les voir,
Les filles du roi, dans ce coin tout noir!
Je vois bien, ce sont seulement, mon fils
Les ombres que font les vieux saules gris.
 
-Je t’aime, ta beauté me donne envie de toi,
Viens, où je te prends de force avec moi!
-Mon père, il m’a saisi, oh! mon père, il me prend!
Le roi des Aulnes m’a fait du mal à présent.
 
Le père presse alors son cheval; il frémit,
Il étreint dans ses bras le garçon qui gémit,
Parvient au logis, d’un ultime effort;
L’enfant dans ses bras… l’enfant était mort.
°°°

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––– 

le roi des aulnes par René Baumer

le roi des aulnes par René Baumer

Philippe Martineau a réalisé une version très libre du poème de Gœthe

Alors que la nuit tombe et que l’ombre s’étend
un cavalier s’arrête au milieu de l’aulnaie.
De près, on voit que c’est un père et son enfant
et qu’au fond de leurs yeux une inquiétude naît.

Pourquoi, mon fils, te masques-tu soudain la face ?
― Père, ne vois-tu pas qu’une forme s’exhume
et que c’est le Roi des Aulnes prêt à la chasse ?
― Allons, mon fils, il n’y a là que de la brume.

― Bel enfant, dit le maître des lieux, rejoins-moi ;
sous mon règne on ne fait que des jeux et des rêves…
― Père, n’entends-tu pas ce que souffle le roi ?
― Allons, mon fils, ce n’est que le vent qui se lève.

― Bel enfant, mes deux filles sont tristes sans toi
et de leurs longs cheveux sans attendre t’effleurent…
― Père, je sens déjà les deux filles du roi !
― Allons, mon fils, tu ne sens là qu’un saule en pleur.

Alors que le vent souffle de plus en plus fort
et que l’enfant sanglote au milieu de la nuit,
le cavalier repart sans attendre l’aurore,
sans se soucier de voir où cela le conduit.

Bel enfant, rejoins-nous ! il est temps de conclure.
― Père ! on s’agrippe à moi ; vite, cravache encore !
Mais le père, alarmé, a beau presser l’allure
et s’enfuir au galop, le bel enfant est mort.

Le cavalier s’en veut d’être le survivant,
tout en creusant l’écart entre l’aulnaie et lui.
De loin, on ne voit plus qu’il ‘treint son enfant
et qu’au fond de ses yeux plus grand-chose ne luit.


Le Roi des Aulnes (Traduction de M. Boens)

Qui galope si tard au vent du soir?
Un père et son fils au désespoir,
Il tient le petit bien dans ses bras,
Serré contre lui, pour qu’il n’ait froid.

Mon fils, d’où vient cette peur qui te glace?
Père, as-tu vu, surgir juste en face,
Le Roi des Aulnes, en grand costume?
Mon fils, ce n’est qu’un trait de brume.

Ô doux enfant, viens avec moi!
Jouons à des jeux, moi seul avec toi,
Viens cueillir ces lys près de l’eau qui dort,
Pour ces fleurs ma mère offrira des habits d’or.

Mon père, mon père, n’entends-tu donc pas,
Ce que ce seigneur me promet tout bas?
Mon garçon, reste sage, bien sage,
Ce n’est que le vent dans le feuillage.

Veux-tu, bel enfant, me suivre là-bas?
Mes filles devraient t’attendre déjà,
Mes filles sauront grâce à leur chant divin,
Te bercer et danser la ronde sans fin.

Mon père, mon père, ne peux-tu donc voir
Les princesses du roi dans le noir?
Mon fils, mon fils, je crois voir aussi,
Là se balancer de vieux saules gris.

Je t’aime tant, séduit par ta douce innocence,
Mais si tu ne me suis, je ferai violence.
Mon père, mon père, voilà qu’il m’étreint!
Ce méchant roi m’a fait mal pour rien!

Au triple galop, le cœur frémissant,
Tenant du petiot le corps gémissant,
Le père arrive à bout d’effort,
Mais entre ses bras l’enfant est mort.

––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Le Roi des Aulnes (Traduction de M. Edouard Bouscatel )

Sinistre est la nuit, furieux le vent,
et le coursier vole et fuit haletant,
tel qu’un fantôme du noir royaume;
il passe emportant le père et l’enfant.
Mon fils, mon fils, tu frissonnes; le froid te glace!
Mon père, mon père, je le vois face à face!
Le roi des Aulnes, ce sombre vieillard.
Mon fils, ce n’est qu’un jeu du brouillard.
Viens, mon enfant, reprends courage,
viens, viens, j’ai semé des fleurs sur le rivage.
A toi jouets, perles, beaux habits d’or.
Viens, viens, enfant, à toi mon trésor!
Mon père, mon père, hélas! N’entends tu pas?
C’est lui, c’est lui qui me parle tout bas?
Non mon fils, je n’entends d’autre voix
que celle du vent soufflant dans le bois.
Veux-tu, bel enfant, veux-tu suivre mes pas?
Mes filles resplendissantes, éblouissantes et caressantes,
viendront te bercer, t’enlacer de leurs bras,
tu partageras leurs joyeux ébats.
Mon père, mon père, vois tu de leurs yeux
jaillir ces éclairs et ces sombres feux?
Mon fils, je vois sur les pins tremblants
la lune qui sort des nuages blancs.
Je t’aime! Et pour toi j’ai franchi l’espace.
Oh! Viens, à tout prix tu seras à moi!
Mon père, mon père, son souffle est de glace!
Son baiser tue, et je meurs d’effroi!
Et l’enfant haletant râle avec effort…
le père frémit, lui parle, le caresse…
il arrive. Affreuse détresse!
Entre ses bras l’enfant est mort.

Cette version est chantée par Gilles-Claude Thériault

°°°

–––– Le roi des aulnes vu par André Tournier –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Michel TournierMichel Tournier, né à paris en 1924, a obtenu le Grand Prix du Roman de l’Académie française pour Vendredi ou les limbes du pacifique et le prix Goncourt pour le roi des Aulnes. Il a été élu membre de l’Académie Goncourt en 1972.

Le seul titre du Roi des Aulnes est un appel à la mythologie germanique, à ses symboles profonds. Mais le roman rejoint aussi un mythe plus universel, celui de l’ogre.
Une enfance frustrée de tendresse, une adolescence humiliée, un métier qu’il juge au-dessous de lui-même ont contribué à faire d’Abel Tiffauges l’ennemi de la société et des hommes qui l’incarnent. Mais un épisode de sa vie d’écolier lui a donné la conviction qu’il existe une secrète complicité entre le cours des choses et son destin personnel : parce qu’il devait ce matin-là comparaître devant le conseil de discipline, il a fait des vœux pour que le collège soit détruit par un incendie. Or tandis que dans les cas ordinaires ce genre de prière demeure sans effet, cette fois l’incendie libérateur a eu lieu.
Il y a en Tiffauges du mage et de l’ogre, le premier guidant et secourant le second. C’est ainsi qu’une affaire de viol menaçant de l’envoyer au bagne, la mobilisation de 1939 lui vaut un non-lieu : l’école a encore brûlé !
Fait prisonnier en 1940, il est acheminé en Prusse-Orientale. Mais alors que ses compagnons sont accablés par cette plaine infinie et désolée, Tiffauges y voit la terre magique qu’il attendait, et il trouve une étrange libération dans sa captivité.
Deux ogres majeurs règnent déjà sur ces forêts et sur ses marécages : Göring, l’Ogre de Rominten, grand tueur de cerfs et mangeur de venaison, et Hitler, l’Ogre de Rastenburg, qui pétrit sa chair à canon avec les enfants allemands. Tiffauges devient l’Ogre de Kaltenborn, une ancienne forteresse teutonique où sont sélectionnés et dressés les jeunes garçons appelés à devenir la fine fleur du IIIe Reich. (…)
       (Philippe de Monès : postface de l’édition de 1975, Edition Gallimard – collection Follio du Roi des Aulnes.)

Qui chevauche si tard dans la nuit et le vent?
C’est le père et son enfant .
Il serre le jeune garçon dans ses bras,
Il le tient au chaud, il le protège .
– Mon fils, pourquoi caches-tu peureusement ton visage?
– Mon père, ne vois-tu pas le roi des aulnes?
Le roi des aulnes avec sa couronne et sa traîne?
– Mon fils, c’est un traînée de brume.
– Cher enfant, viens, partons ensemble !
Je jouerai tant de jolis jeux avec toi !
Tant de fleurs émaillent le rivage !
Ma mère a de beaux vêtements d’or.
– Mon père, mon père, mais n’entends-tu pas,
Ce que le roi des aulnes me promet tout bas?
– Du calme, rassure-toi, mon enfant,
C’est le bruit du vent dans les feuilles sèches.
 – Veux, fin jeune garçon, -tu venir avec moi?
Mes filles s’occuperont de toi gentiment.
Ce sont elles qui mènent la ronde nocturne,
Elles te berceront par leurs danses et leurs chants.
– Mon père, mon père, ne vois-tu pas là-bas,
Danser dans l’ombre les filles du roi des aulnes?
– Mon fils, mon fils, je vois bien en effet,
Ces ombres grises ce sont de vieux saules.
– Je t’aime, ton beau corps me tente,
Si tu n’es pas consentant, je te fais violence !
– Père, père, voilà qu’il me prend !
Le roi des aulnes m’a fait mal !
Le père frissonne, il presse son cheval,
Il serre sur la poitrine l’enfant qui gémit.
À grand-peine, il arrive à la ferme.
Dans ses bras, l’enfant était mort.

(Dans : “Le roi des Aulnes”, roman de Michel Tournier, Folio pages 583-4)

Michel Tournier a donné quelques précisions sur cette version du Roi des Aulnes :

«La passion pédophile du roi des aulnes est certes amoureuse, charnelle même. Il s’en faut qu’elle soit pédérastique, bien qu’il s’agisse en l’occurrence d’un jeune garçon (mais c’était également à des jeunes garçons qu’en avait l’ogre de Perrault, et, s’il égorge finalement des filles, ce sont les siennes, et c’est par l’effet d’une terrible méprise). Le vers de la ballade le plus ambigu et le plus difficile à traduire est évidemment le fameux : “Ich liebe dich. Mich reizt deine schöne Gestalt.” que l’on affadit traditionnellement en traduisant : “Je t’aime. Ton doux visage me charme.” Alors qu’un mot à mot autoriserait : “Je t’aime. Ton beau corps m’excite.” Car en effet “exciter” est proposé dans tous les dictionnaires comme le premier équivalent français de “reizen”. Mais ce serait à coup sûr outrer l’intention de Goethe. C’est pourquoi dans ma traduction, je propose pour ce vers : “Je t’aime. Ton beau corps me tente.” dont la gourmandise permet toutes les interprétations sans en imposer aucune.» (“Le vent Paraclet”, chapitre sur le roman “Le roi des aulnes”, p.119-120). 

André Durand, dans sa présentation de l’œuvre de Gœthe (Le Comptoir littéraire, voir ICI) ajoute que Michel Tournier a également mieux rendu, dans sa traduction, par «traîne» et «traînée» (à comparer avec «banc de brume»), l’effet obtenu par Goethe par la présence à la rime des deux mots «Schweif» et «Nebelstreif».


 

Poésie du septentrion : Tomas Tranströmer (I)

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

nord = septentrion
du latin Septentrio de septem (« sept ») et trio (« bœuf de labour »).
Les romains déterminaient le nord grâce à la position d’une constellation d’étoiles dans laquelle ils percevaient sept bœufs tirant une charrue.

Yggdrasil

––– Mythologie nordique ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Plus qu’en tout autre haut lieu, c’est au pied de l’if sacré Ygdrasil, l’arbre de vie, qu’Odhinn s’en va quérir le Grand Secret.  Le voici arrêté devant la fontaine de Mimir, qui se trouve sous la racine s’étendant vers Jotunheim, le monde des géants.  Celui qui boit son breuvage acquiert la sagesse absolue.  Même le plus grand des dieux peut avoir soif de cette onde à l’extraordinaire pouvoir.
Le bord de son grand chapeau sombre rabattu sur le visage, enveloppé dans sa longue houppelande, Odhinn, déguisé en simple voyageur, demande à boire l’eau de la fon­taine de Mimir.
La fontaine sacrée se trouve sous la garde d’une Vala, une prophétesse, qui reconnaît tout de suite Odhinn-Alfadir, le Père-de-Tout.

–      Que voudrais-tu me demander, Odhinn ? Je sais tout
–      Puis-je boire une gorgée de cette eau ?
–      Oui, si tu sais m’en payer le prix.

Que peut coûter la sagesse ? Elle ne se paye ni en or ni en sang.  Le Grand Voyageur comprend qu’il n’est pas trop pour l’acquérir que de faire le don d’un de ses yeux.  C’est en acceptant de devenir borgne qu’il parviendra à être un véritable voyant.  Le regard lucide sur le monde et la vie s’achète a ce prix.  Dorénavant, sa prunelle unique n’en aura que plus d’acuité – et aussi plus de tristesse son orbite vide.
Car Odin voit le destin dans toute sa tragédie.  Il sait que nul ne peut y échapper, qu’il soit géant ou nain, homme ou dieu.  Tout est décidé et pourtant il faut faire face et se battre jusqu’au bout.  L’honneur est d’affronter le sort funeste et la lutte finale dont nul ne sort vainqueur.
Désormais, après avoir offert un de ses yeux à la fontaine de Mimir, Odhinn sera borgne.  Mais par cette mutilation volontaire, il aura acquis la connaissance absolue.
L’oeil que le dieu Odhinn laisse en gage dans la fontaine de Mimir n’est autre que le soleil.  Chaque soir, il s’enfonce dans l’onde de la source, comme l’astre du jour dans les flots de l’océan.  Il y voit alors les secrets de l’abîme.
Et chaque matin, la Vala boit l’hydromel brun de l’aurore, dont la couleur évoque l’ambre sacré des côtes nordiques et dont le pouvoir lui donne le don de prophétie.
Auprès de la fontaine sacrée, sous l’une des trois racines de l’if sacré Yggdrasil, se trouve la tête momifiée du dieu ase de l’intelligence Mimir, qui fut naguère assassiné par les Vanes, lors de la grande guerre entre les deux races divines.  Odin vient souvent converser avec cette tête enchantée, dont la bouche profère toujours des conseils judicieux.
Ce qu’enseigne la sagesse de Mimir, c’est que la vie ne vaut que par la mémoire du passé et l’espérance du futur.  Tout s’enchaîne, les saisons et les joies, les légendes et les peines.  Et les héros d’autrefois, qui ont rejoint Odin en sa demeure du Valhalla, annoncent les héros de demain.
Mimir se souvient.  Et se souvenir c’est créer. Du fond de la fontaine, l’oeil d’Odin regarde le monde, renouvelé à chaque aurore par ce soleil surgi de l’eau sacrée, cet oeil-soleil qui ne quittera plus le monde jusqu’au crépus­cule.  Il ne disparaît au cours de la nuit, comme au long de l’hiver, que pour mieux renaître à chaque aube et à chaque printemps.

Tomas Tranströmer

–––– Tomas Tranströmer –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

  »  La nuit à trois heures de l’après-midi en hiver : ça n’est pas vraiment adapté aux exigences du corps et de l’esprit humains. La solitude, dans le noir et le silence d’une nuit de 18 heures… c’est ça aussi la Suède ! Des chandeliers sont allumés à toutes les fenêtres. C’est un don de clarté fait aux voisins et aux passants pour lutter contre l’angoisse, contre cette inhospitalité fondamentale de la nature quand tout devient noir. Dans ce contexte, la solidarité est indispensable à la survie, mentale tout autant que physique. Mais elle justifie le contrôle des uns sur les autres et suscite d’autres angoisses, crée d’autres difficultés pour survivre en faisant respecter sa singularité. Dans ce pays extrêmement développé, chacun garde une maison à la campagne, une simple cahute parfois, pour passer les longues journées d’été au plus près des forêts, des lacs, de la mer. Eprouver « cette sensation d’être « là et nulle part ailleurs » qu’il [faut] conserver, comme lorsqu’on porte un vase rempli jusqu’à ras bord et qu’on ne doit rien renverser. »

Tomas Tranströmer, Baltiques I, trad. du suédois par Jacques Outin, Poésie/Gallimard, No 397, 2004

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Voyez cet arbre gris. Le ciel a pénétré
par ses fibres jusque dans le sol –
il ne reste qu’un nuage ridé quand
la terre a fini de boire. L’espace dérobé
se tord dans les tresses des racines, s’entortille
en verdure. – De courts instants
de liberté viennent éclore dans nos corps, tourbillonnent
dans le sang des Parques et plus loin encore.

Tomas Tranströmer, Baltique, éditions poésie / Gallimard, page 3

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

A deux heures du matin : clair de lune. Le train s’est arrêté
au milieu de la plaine. Au loin, les points de lumière d’une ville
qui scintillent froidement aux confins du regard.

C’est comme quand un homme va si loin dans le rêve
qu’il n’arrive à se souvenir qu’il y a demeuré
lorsqu’il retourne dans sa chambre.

Et comme quand quelqu’un va si loin dans la maladie
que l’essence des jours se mue en étincelles, essaim
insignifiant et froid aux confins du regard.

Le train est parfaitement immobile.
Deux heures : un clair de lune intense. Et de rares étoiles.


Tomas Tranströmer, Baltique, éditions poésie / Gallimard, 2004, p. 65

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Sur une saillie rocheuse                                              På en klippavsats
on voit la fissure du mur des trolls.                            syns sprickan i trollväggen.
Le rêve, un iceberg.                                                    Drömmen ett isberg.

Les pensées sont à l’arrêt                                           Tankar står stilla
comme les carreaux de faïence                                  som mosaikplattorna
de la cour du palais.                                                    i palatsgården.

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Les géants affaiblis sont si enchevêtrés
que rien ne parvient à tomber.
Le bouleau brisé pourrit là,
au garde-à-vous, comme un dogme.

Je remonte du fond de la forêt.
La lumière renaît entre les troncs
La pluie s’abat sur mes toitures.
Je suis la gouttière des impressions.

L’air s’adoucit à l’orée du bois –
De grands sapins, détournés et obscurs,
dont le muffle s’est enfoui dans l’humus de la terre,
lapent l’ombre de la pluie.

Dans la forêt, p.87.

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Madrigal

J’ai hérité d’une sombre forêt où je me rend rarement. Mais un jour, les morts et les vivants changeront de place. Alors la forêt se mettra en marche. Nous ne sommes pas sans espoirs. Les plus grands crimes restent inexpliqués, malgré l’action de toutes les polices. Il y a également, quelque part dans notre vie, un immense amour qui reste inexpliqué. J’ai hérité d’une sombre forêt, mais je vais aujourd’hui dans une autre forêt tout baignée de lumière. Tout ce qui vit, chante, remue, rampe et frétille ! C’est le printemps et l’air est énivrant. Je suis diplomé de l’université de l’oubli et j’ai les mains aussi vides qu’une chemise sur une corde à linge.

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Là-bas sur le terrain vague, non loin des immeubles,
il y a depuis des mois déjà un journal oublié, truffé d’évènements.
Il vieillit durant les nuits et les jours de soleil et de pluie
en passe de se muer en plante, en chou pommé, de s’unir à la terre.
Comme un souvenir qui peu à peu en nous se transforme.

A propos de l’histoire V, p.128.

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Ingmar Bergman - le septième sceau

Il arrive au milieu de la vie
que la mort vienne prendre nos mesures.
Cette visite s’oublie et la vie continue.
Mais le costume se coud à notre insu.

      Sombres cartes postales II, p.256

°°°

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

596445-gf

°°°

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Bibliographie & documentation

Le critique d’art et écrivain Renaud Ego a dans le volume poésie / Gallimard a écrit en post-face une brillante étude intitulée « Le parti pris des situations de Tomas Tranströmer » :

« En 1926, Werner Heisenberg a défini sous le titre de « Principe d’incertitude » un théorème majeur de la physique quantique : en substance, il expliquait qu’on ne peut connaître simultanément la position et la trajectoire d’une particule ; en effet, pour mesurer la position d’une particule, il faut l’éclairer, et ce faisant, l’énergie même infime dégagée par les photons lumineux modifie sa trajectoire. La portée de ce théorème est immense, car il démontre que l’observation crée la réalité. […] Ce « flou quantique » – que l’on nommerait mieux, appliqué à la réalité macroscopique, « incertitude mentale » -, Tomas Tranströmer en a l’intuition lorsqu’il se décrit lui-même en 1989, soit à cinquante-huit ans, comme « Un espace de temps / de quelques minutes de long / de cinquante-huit ans de large ». […] Mais il tire aussi les conséquences de cette incertitude : si le réel surgit seulement dans le miroir d’une subjectivité qui se métamorphose elle-même, alors le monde objectif cesse. Seules demeurent possibles des situations transitoires, celles où la rencontre instantanée de l’être avec le monde redéfinit toujours les conditions de leur dialogue. »
Il se produit ainsi sans cesse une « métamorphose dont le poème est la forme », chaque poème exprimant des circonstances précises, forcément instables, dans lesquelles, à un moment donné, une rencontre entre l’homme et son environnement a lieu.

Tranströmer, langage au-delà du langage , article de Laurent Margantin sur Remue.net
.  La note de lecture d’Hervé Martin sur Incertain Regard à propos de Baltiques
.  A propos des oeuvres complètes sur le matricule des anges, note de lecture de Marc Blanchet
.  La fiche du poète sur le printemps des poètes
.  Une note de lecture dans Poezibao
Tomas Tranströmer – « Les souvenirs m’observent  « Le blog de la Quinzaine Littéraire, article de Marie Etienne.

°°°

Pour ceux qui veulent lire d’autres poèmes de Tomas Tranströmer sur ce blog, c’est ICI.

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––