Ombre et lumière : Angélique Ionatos chantant un poème d’Odysseus Elytis.


     « En général, les occidentaux situent le mystère dans l’obscurité. En Grèce, le mystère se passe en pleine lumière.         C’est cette surexposition de lumière qui crée le mystère. »               
Angélique Ionatos citant Elytis.

     ionatos.jpg   Angélique Ionatos

      Titre extrait de l’album « O Hélios O Héliatoras » paru sur le label « Arc en Ciel » en 1983 Angélique Ionatos : chant, guitare Sur un poème de Odysseus Elytis.


Odysseus Elytis (1911-1996).jpg    Odysseus Elytis (1911-1996)

     Traduction des paroles de la chanson « Omorphi ke paraxeni patrida » , d’après le poème de Odysseus Elytis, prix Nobel de littérature en 1979.

Belle mais étrange patrie

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Belle mais étrange patrie
Que celle qui m’a été donnée

Elle jette les filets pour prendre des poissons
Et c’est des oiseaux qu’elle attrape
Elle construit des bateaux sur terre
Et des jardins sur l’eau

Belle mais étrange patrie
Que celle qui m’a été donnée

Elle menace de prendre une pierre
Elle renonce
Elle fait mine de la creuser
Et des miracles naissent

Belle mais étrange patrie
Que celle qui m’a été donnée

Avec une petite barque
Elle atteint des océans
Elle cherche la révolte
Et s’offre des tyrans

Belle mais étrange patrie…


Όμορφη και παράξενη πατρίδα

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Όμορφη και παράξενη πατρίδα 
ω σαν αυτή που μου ‘λαχε δεν είδα 

Ρίχνει να πιάσει ψάρια πιάνει φτερωτά 
στήνει στην γη καράβι κήπο στα νερά 
κλαίει φιλεί το χώμα ξενιτεύεται 
μένει στους πέντε δρόμους αντρειεύεται 

Όμορφη και παράξενη πατρίδα 
ω σαν αυτή που μου ‘λαχε δεν είδα 

Κάνει να πάρει πέτρα την επαρατά 
κάνει να τη σκαλίσει βγάνει θάματα 
μπαίνει σ’ ένα βαρκάκι πιάνει ωκεανούς 
ξεσηκωμούς γυρεύει θέλει τύρρανους 

Όμορφη και παράξενη πατρίδα 
ω σαν αυτή που μου ‘λαχε δεν είδα


A beautiful and strange country

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A beautiful and strange country
like the one that luck gave me, I ‘ve never seen

He throws the net to catch fish. he catches birds,
he sets a boat on the ground, a garden in the water,
he cries, kisses the dirt, migrates,
ends up by himself, he becomes a man

A beautiful and strange country
like the one that luck gave me, I ‘ve never seen

He tries to grab a stone, he throws it away
he tries to poke in it, he makes miracles
he takes a little boat, he reaches the oceans
he asks for a revolution, he asks for tyrants

A beautiful and strange country
like the one that luck gave me, I ‘ve never seen

***


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The little girl & the whistlin’ Train


The Inspector Cluzo – Little Girl & The Whistlin’ Train
(album We the People of the Soil, 2018)

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Vu du train – Photos « destructurées » prises avec mon IPhone le 10 février 2015 depuis le train Montréal-New-York vers 13 h 43

Little Girl & The Whistlin’ Train

Little girl wants to look around                      It won’t be easy
Little girl just hears a sound                            Going back to old days
Today is a day of the whistling train             You got to remember
Today is a day of the blowing rain                  I just want a ticket to pass around

Last day hanging around                                   No more memories
Last day touching the ground                          From your old own town             
Today is a day                                                       It won’t be easy
Today of the whistling sound                          To hear your whistling sound

It won’t be easy                                                    Today is a day of the whistling train
Going back to old days                                       Today is a day of the blowing rain
You got to remember                                         A one way train ticket
I just want a ticket to pass around                 A one way life ticket

No more memories                                             Making on your own
From your old own town                                   You got to move on
It won’t be easy                                                     Surely you get along
To hear your whistling sound                          Little girl.

Last day hanging around                                  Little Girl & The Whistlin’ Train
Last day here on the ground                            The Inspector Cluzo
Today is a day                                                       album We the People of the Soil
Today of the whistling sound                           2018

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Amtracks Horns

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1 mn 27 d’ambiance ferroviaire américaine


photos Enki – États-Unis – février 2015

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En remontant le filet : une bonne pêche, le blog En-Quêtes


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Le Blog En-Quêtes, les objectifs

« Sous l’exergue de l’auteur latin, les rédacteurs d’En-Quêtes se proposent d’offrir une approche originale et personnelle du savoir :

  • originale dans la mesure où les disciplines les plus variées sont représentées, des sciences « dures » et expérimentales (mathématiques, biologie, physique) aux sciences sociales (histoire, sociologie) en passant par la philosophie ou les arts (la liste n’est pas exhaustive !) afin d’offrir une vision ouverte de la culture générale, 
  • personnelle par le fait même que chaque rédacteur choisit l’angle de vue sous lequel il souhaite traiter son sujet – selon la passion et/ou la spécialité qui l’animent. 

L’ambition est de faire découvrir à ses lecteurs un grand nombre de sujets distincts sans se limiter aux seules généralités mais en essayant de donner du sens et des explications à chaque thème abordé. Cette ambition s’accompagne chez les rédacteurs d’un souci de clarté et de pédagogie afin que chaque article allie les exigences de la rigueur scientifique et de l’intelligibilité. »

(Extrait de la page de présentation du Blog)

Pour accéder à la page accueil du blog, c’est ICI.

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    La présentation est sobre, très claire et la recherche des archives est facilitée par le classement en 12 thèmes aisément accessibles. Il suffit de cliquer dans l’image attribuée à l’un des thèmes pour voir apparaître l’ensemble des articles qui lui sont consacrés.

Pour accéder à la page archive présentée ci-dessus, c’est ICI.

Bonne lecture…


Vertiges et révélations


William Blake - l'Ancien des Jours traçant le cercle du monde (1794) William Blake – l’Ancien des Jours traçant le cercle du monde (1794)

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      Parmi les thèmes les plus traités dans ce blog, celui portant sur le phénomène de « révélation » est l’un des plus importants et des plus fréquemment nommé. la rubrique ABCDaire qui recense et classe par ordre alphabétique les articles de ce blog (cliquer sur le tableau des thèmes présenté sous la photo d’en-tête) indique que 14 articles ont déjà été à ce jour consacrés à ce thème ou ont à voir avec lui  :

Révélation (apparition, rencontre, découverte, dévoilement, éclairement, illumination, irradiation, surgissement, épiphanie, divination, initiation, conversion, ravissement, envoûtement, enchantement, magie, sortilège, saisissement, rapt, captation, possession, emportement, ébranlement, vertige, extase, sentiment océanique).

L’appel du vide ou du néant

La conversion religieuse

la puissance magique de l’art

L’émergence soudaine du Cosmos

Le vertige métaphysique ou anthropologique.

Le vertige amoureux, le coup de foudre.

Voir aussi le thème Vertigo et ses annexes dans le tableau des thèmes.

Et aussi quelques morceaux musicaux et chantés qui me transportent et m’envoûtent…

  • « Vide cor meum » de Patrick Cassidy inspirée par la Vita Nuova de Dante.
  • L’adagio de la Symphonie n°5 de Gustav Mahler sous la direction d’Herbert von Karajan.
  • « Ich bin der Welt abhanden gekommen » (Me voilà coupé du Monde) de Mahler
  • « Du bist die Ruh » de Schubert chanté par Dietrich Fischer-Dieskau : « Une peinture étonnamment épurée d’une paix transcendantale ».
  • « La chanson de Solweig » d’Edvard Grieg interprétée par Anna Netrebko et le groupe électro Schiller.
  • « L’Adieu » (final du chant de la Terre) de Mahler interprété par Kathleen Ferrier sous la direction de Bruno Walter.

orantsReprésentations de l’Orant : à gauche gravure anthropomorphique de Los Barruecos en Espagne – au milieu, peinture rupestre del Pla de Petracos en Espagne (- 8.000 ans) – à droite, l’Orante sur une fresque de la catacombe de Priscille à Rome (IVe siècle). (images tirées d’un article de ce blog sur le peintre Hodler, c’est ICI)

Qu’est-ce qu’une révélation ?

     Selon la définition du philologue allemand Walter F. Otto, la « révélation » (Offenbarung) désigne chez l’être humain le phénomène « d’ouverture venant d’en haut, du surhumain sur l’homme; une ouverture qu’avec la meilleure volonté du monde il est incapable de se donner, qu’il ne peut que recevoir de la parole d’une autorité, avec gratitude et docilité ». Se penchant sur les liens profonds qui unissent la révélation et le mythe, Walter Otto poursuit en affirmant que celui-ci « n’est pas le résultat d’une réflexion, vu que la vérité qu’il contient et qu’il est n’a pas été conclue au terme d’une démarche de la pensée, une seule possibilité demeure : loin d’être saisi et appréhendé par l’homme, le mythe, à l’inverse, a saisi et appréhendé (voir ébranlé) l’homme lui-même (ce qu’atteste l’attitude immédiatement active (…) qui en résulte). La vérité ne devient donc pas manifeste à l’homme à la suite de ses propres investigations, elle ne peut se révéler qu’elle-même. » (Essai sur le mythe, p.55)

      Tout semble dit dans ce texte. La « révélation », ce sentiment puissant qui vous « appréhende » et vous « ébranle » ne provient pas, selon ce penseur de votre for intérieur, ou tout au moins, n’est pas contrôlé par vous. Tout au contraire, il s’impose à vous, venant d’en haut, ce qui signifie qu’il vous est imposé avec autorité par une entité supérieure à laquelle vous ne pouvez qu’obéir avec gratitude et docilité… C’est donc à un ravissement auquel nous avons à faire. La révélation agit comme le ferait un charme par un effet d’un sortilège qui annihile la volonté de celui qui en est frappé. On retrouve là tous les attributs du sacré tels qu’il a été défini par le compatriote homonyme de Walter Otto, le théologien Rudolf Otto dans son essai Das heilige (le Sacré) et vulgarisé plus tard par l’historien des religions roumain Mircea Eliade : Le sacré ne se contrôle pas, il se « manifeste » et s’impose à nous par un acte mystérieux transmettant quelque chose de « Tout autre » étranger à notre monde… Ajoutons que l’adhésion n’est pas toujours docile comme nous le présente Walter F. Otto qui faisait plutôt référence dans ses écrits à la conversion religieuse, n’oublions pas que le mot ravissement  issu du latin rapereentraîner avec soi », « enlever de force ») possède le double sens de « adhésion par subjugation » et d’ « enlèvement par la force ». La révélation peut aussi se manifester avec violence sous l’effet d’un choc déstabilisateur qui diminue les facultés de défenses du sujet.

Le 6 avril 1637, Coup de foudre de Pétrarque pour Laure de NovesLe 6 avril 1637, Coup de foudre de Pétrarque pour Laure de Noves

Le Caravage - Conversion de Paul de Tarse sur le chemin de Damlas, vers 1600.jpgLe Caravage – Conversion de Paul de Tarse sur le chemin de Damas, vers 1600

William Blake - The Great Red Dragon and the Woman Clothed in SunWilliam Blake – Le Dragon rouge et l’homme solaire, vers 1803

      Dans les articles qui suivront nous poursuivrons la réflexion commencée avec nos articles précédents sur la relation intrinsèque qui semble unir le phénomène de révélation — qu’elle soit artistique (expérience du «sublime», inspiration), sensuelle (coup de foudre) ou spirituelle (conversion) — avec les concepts de profane et de sacré et sur le rapport qui unit le sacré et le religieux. Doit-on considérer que le sacré est toujours de nature religieuse ou peut-on envisager la forme paradoxale d’un sacré qui serait de nature « laïque » ? Une réponse positive à cette question aurait pour effet de le réintégrer dans la dimension du profane… Pour tenter de répondre à ces questions, nous étudierons chez divers penseurs et artistes qui ont déclarés avoir vécu l’expérience de révélation le contenu qu’ils donnaient à ce phénomène et comment ils expliquaient son apparition.

      Peut-être avez-vous vous-mêmes fait l’expérience d’une révélation que vous voudrez nous faire partager…


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Manset : « Animal on est mal » (1968)


     Chanson produite par Gérard Manset en 1968, elle sortira de nouveau en 2011, interprétée par dEUS, un groupe de rock belge expérimental originaire d’Anvers formé en 1991. Clip  monté par Obok Manitoba.

Animal

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Animal, on est mal
On a le dos couvert d’écailles
On sent la paille
Dans la faille
Et quand on ouvre la porte
Un armée de cloportes
Vous repousse en criant
« Ici, pas de serpent! »

Animal, on est mal.
Animal, on est mal.
Animal, on est mal.

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On a deux cornes placées
Sur le devant du nez.
On s’abaisse.
On s’affaisse.
On a la queue qui frise.
On a la peau épaisse.
On a la peau grise
Et quand on veut sortir
Avec une demoiselle,
On l’invite à dîner.
Quand elle vous voit,
Que dit-elle ?
Il ne vous manque qu’une bosse.
Vade retro, rhinocéros! »

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Animal, on est mal
Animal, on est mal
Animal, on est mal

On assiste à l’opération de la girafe.
La voilà qui se retrouve le cou plein d’agrafes.
Elle appelle au secours
On veut lui mettre un pantalon
Mais il est trop court

Animal, on…

Gérard Manset


 

Ils ont dit… (5)


Sigmund Freud (1856-1939)    Heinrich Heine (1797-1856) peint par Moritz Daniel

Il faudrait savoir….

        « Les philosophes n’ont jamais fait que boucher les trous de l’univers avec les lambeaux de leur robe de chambre »

Freud, cité par Roland Jaccard dans La tentation nihiliste – 1ère édit. 1989.


       « Avec son bonnet de nuits et des lambeaux de sa robe de chambre, le philosophe bouche les trous de l’édifice universel »

Heinrich Heine


   Après vérification, il semble bien qu’il faille attribuer à Heinrich Heine (1797-1856), la paternité de cette citation. En effet, Freud la présente lui-même comme une citation du poète allemand dans un passage des Nouvelles conférences sur la psychanalyse qu’il a prononcées au cours des années 1915-1917 à l’Université de Vienne :

   « La philosophie ne s’oppose pas à la science ; se comportant elle-même comme une science, elle en emprunte aussi parfois les méthodes, mais s’en éloigne en se cramponnant à des chimères, en prétendant offrir un tableau cohérent et sans lacunes de l’univers, prétention dont tout nouveau progrès de la connaissance nous permet de constater l’inanité. Au point de vue de la méthode, la philosophie s’égare en surestimant la valeur cognitive de nos opérations logiques et en admettant la réalité d’autres sources de la connaissance, telles que, par exemple, l’intuition. Assez souvent, l’on approuve la boutade du poète (Henri Heine) qui a dit en parlant du philosophe : « Avec ses bonnets de nuit et des lambeaux de sa robe de chambre, il bouche les trous de l’édifice universel ». Mais la philosophie n’exerce aucune influence sur la masse et n’intéresse qu’un nombre infime de personnes, même parmi celles qui forment le petit clan des intellectuels.

Sigmund Freud, Nouvelle conférence sur la psychanalyse, Paris, Gallimard, 1936.


     En fait, il s’agit plus d’une imprécision de Roland Jacquard qu’une erreur puisque celui-ci rectifiera le tir dans son ouvrage Freud, jugements et témoignages publié en 2006 :

    « Incontestablement, le « Surmoi » de Freud était un « Surmoi » scientifique, hyperfocal et positiviste. Grosso modo, d’ailleurs, son œuvre peut-être qualifiée de  « scientifique » — tant par la rigueur de ses observations qui la légitiment que par la cohérence de l’appareil théorique qui la fonde — d’« hyperfocale » — par la primauté qu’elle accorde à la sexualité génitale — et de « positiviste » — par sa croyance implicite en le bienfaits d’une dictature de la raison et sa méfiance devant toute spéculation philosophique. Freud approuve la boutade de H. Heine qui, en parlant du philosophe, dit : « Avec ses bonnets de nuit et des lambeaux de sa robe de chambre, il bouche les trous de l’édifice universel ». 

Roland Jaccard, Freud, Jugements et témoignages – PUF, 2006.