1.000.000 !!!

 


 

    Non, ce n’est pas le montant de la somme en euros ou en dollars que j’ai gagné au loto mais le nombre de vues atteint par ce blog aujourd’hui 5 octobre 2017 après cinq années d’existence…

    Si vous souhaitez prendre connaissance du texte que j’ai rédigé à cette occasion et si vous voulez découvrir le visage jusque là caché d’ENKI, c’est   ICI   (rubrique « À propos » )

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Poésie – Carnets d’un toqué, André Biély

 


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André Biely (1880-1934)

Mon moi visible est miroir des pulsions,
Diamant taillé par un fantôme
En réfractions entrecroisées :
Scintillant, je me reflète en vous
Comme, inondé d’un trop-plein de destin. (Premier rendez-vous).

     Je n’écrirais rien sur la biographie d’André Biély, de son vrai nom Boris Nikolaïevitch Bougaïev, cet écrivain russe génial, halucciné et prolifique et injustement méconnu qui a révolutionné l’usage de la langue russe en littérature et l’a aidé à entrer dans la modernité. Pour en savoir plus sur sa vie et son œuvre je vous demande de vous reporter au site de poésie « Esprits nomades » qui comme d’habitude a réalisé une monographie très complète et bien documentée sur cet auteur. Je me bornerais à présenter des extraits significatifs de quelques uns de ses écrits.

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Il crut trop à l’éclat de l’or
et périt des flèches solaires.
Sa pensée mesura les siècles
Mais vivre sa vie – il ne sut.  
(Biély, aux Amis)


Poème

(…) « elle a brûlé mon corps ; et mon corps s’est embrasé ;
il est devenu la brillante torche des passions les plus viles ;
et puis il s’est consumé ; à l’endroit où l’homme avait vécu,
il n’est resté qu’une pincée de cendres froides ;
le vent a soufflé : la cendre s’est envolée, s’est dispersée dans l’air.
L’homme n’est plus. »

« Carnets d’un toqué » d’Andréï Biély.


  Mon poème préféré dont je ne peux présenter, vu sa longueur, qu’un court extrait. Présenté un peu plus long sur le site « Esprits nomades« 

Premier rendez-vous (Extrait)

(…)
Mais l’hiver au hurlement de rue…
Silhouette au pied rapide,
S’arrachant aux semelles, l’obscurité
Grandit et chagrine enténèbre
Les immeubles aux flancs blancs ;
Il semblerait que des lémures,
Que les mimes muets de l’hiver
Élaborent des tours, mirés
En paroles écloses :
Toi et nous !
Je vais, docile et déprimé,
Tel un sosie à quatre pieds :
L’esprit biptère se fige en étoile ;
Et l’amas encroûté gèle ;
Givrant et scintillant,
jouant en essaims cristallins,
je verserai du miroir de ma face
Des lys de reflets croisés,
Et sous le masque, criblé de péchés,
je hérisserai ma honte sans issue,
Pour que surgisse de la vie, obscur,
Un temple fou et dépourvu de sens…
(…)

Traduction Christine Zeytounian-Beloüs, copyright édition Anatolia


enterrement en Russie

Oh non ! Ne dites pas que je suis un dérangé ! Laissez-moi bouleverser mes changements jusqu’à l’authenticité ! Laissez-moi la mortelle, la souffrante personne de Biély reposer dans l’éternel repos ; et avant sa mort, écrire son testament, raconter le transport de son Moi en lui-même par une personne morte… (Lettre de Biély)

Requiem – V

On emporte les couronnes.                   Des chevaux piaffent :
On soulève le cercueil.                           Voici les gendarmes.
— Cela, je le sais,
Sans le demander.                                    On chante,
                                                                        Je ne sais quel chant.
Par dessus les têtes
Bercé, je flotte…                                         Je regrette,
On m’emporte.                                           Je regrette,
                                                                        Je regrette,
Là-bas, où la rangée des noirs              La terre.
Cyprès se dresse,
Sous les genièvres je pourrirai.           On chante et l’on chante ;
                                                                       Et, la messe finie,
De ma demeure                                         Vers la dernière
On m’emporte.                                          Demeure, on me conduit.

Un enfant passe                                        Quelqu’un chuchote vaguement :
Et me voyant s’effare.                            Du ciel, l’empire
                                                                       N’est plus à conquérir.
La foule s’arrête.
Le bedeau                                                   C’est elle qui me le chuchote
Titube avec l’icône en tête.                   La pâle, pâle, pâle mort.

Le catafalque flambe, décor                Puis tombent sur ma jaune face
D’argent et d’or.                                       Des taches.

D’eau bénite on me mouille,                Et des fleurs,
et d’encens on m’empeste,                   On en jette…
Cercueil ou maison                                 Et les lèvres,
— tout est prison. 
                                                                       Elles prient…
                                                                       Et les cierges,
                                                                       Ils s’éteignent…

« Requiem » (Панихида), 1907 – V – André Biely – Traduction de J. Chuzewille, Anthologie des poètes russes, Paris, Crès & Cie, 1914.


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Je tisse et fais voler sur mon sentier céleste 
avec ma vaporeuse pourpre
monde après monde, siècle après siècle. (Premier rendez-vous)

Extraits de « Pétersbourg » (1916-1922), roman

       « Sa crise aiguë de folie apparaissait sous un jour nouveau. Il avait maintenant conscience d’être vraiment fou. Sa folie était comme le compte rendu que ses organes sensoriels délabrés faisaient à son moi conscient. Chichnarfné n’était qu’un anagramme mental. Ce n’était pas Chichnarfné qui le poursuivait et le persécutait, mais ses propres organes qui pourchassaient son moi. L’alcool et l’insomnie rongeaient sa complexion corporelle. Le corps était lié aux espaces. Et quand le corps avait commencé à se désagréger, les espaces s’étaient fissurés. Dans les fissures, entre les sensations, les bacilles s’étaient infiltrés; et les espaces s’étaient mis à grouiller de spectres…Qui était « Chichnarfné« ? C’était l’envers d’un rêve abracadabrant, l’envers d’Enfranchiche; c’était un cauchemar né de la vodka. Ainsi Enfranchiche et Chichnarfné n’étaient que deux étapes dans l’étyhlisme. »


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Se perdre dans le cosmos

« Imaginez qu’on vous attache par le milieu du corps à un câble, que l’on fasse tourner ce câble à une vitesse vertigineuse; vous tournerez en cercles de plus en plus vastes, dessinant une spirale dans l’espace, la tête en bas, de plus en plus vite. Et vous volerez dans les immensités cosmiques, vainqueur des espaces, devenu vous-même espace.
Vous serez emporté par cet ouragan, quand votre corps, comme un lest inutile, sera rejeté. »


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    Incroyable description phénoménologique de la ville de Saint-Petersbourg, à la fois littéraire et technique. Biély parvient à mettre à jour et à nous présenter de manière extrêmement vivante la structure urbanistique cachée d’une ville et les principes idéologiques qui ont guidé son développement dans l’histoire, ceci à travers le vécu d’un personnage politique important, le sénateur Apollon Apollonovitch dont les sentiments et les pensées trahissent ses préjugés et son idéologie. N’oublions pas qu’en plus d’être un grand poète, Biély était également féru de mathématiques, sciences naturelles, philosophie, musique et dessin. La dernière phrase du texte qui dévoile les pensées régulatrices destructrices du sénateur m’a fait penser à la politique du baron Haussmann sous le second Empire dont l’un des objectifs en perçant les grandes avenues dans la chair vivante du vieux Paris populaire était de pouvoir faire intervenir la troupe et tirer au canon lors des insurrections. Ce procédé littéraire qui consiste à mêler description technique d’une ville et états d’âme du  narrateur m’a fait également penser à la description de Nantes par Julien Gracq dans « La Forme d’une ville » (1985).


Carrés, parallélépipèdes, cubes.

 « À l’endroit où se balançait seulement une humidité grise, on vit s’efforcer d’apparaître, opaque, puis descendre du ciel sur la terre, sale et noirâtre, la cathédrale Saint-Isaac ; s’efforça d’apparaître et apparut enfin le monument équestre de l’empereur Nicolas 1er ; au pied de sa statue, surgit du brouillard le bonnet poilu d’un grenadier impérial.
    Le coupé volait vers la Perspective Nevski.
   Apollon Apollonovitch Abléoukhov était bercé sur les coussins de satin ; quatre parois perpendiculaires l’isolaient de la fange de la voie publique ; elles le séparaient aussi des gens et des couvertures rouges et humides de ces misérables revues dont les premiers vendeurs étaient postés à ce carrefour.
     La régularité et la symétrie calmèrent les nerfs du sénateur, qu’avaient excités le dérangement de sa vie domestique et la rotation à vide de nos rouages gouvernementaux.
     Simplicité et harmonie marquaient son goût.
   Plus que tout, il aimait cette perspective rectiligne ; elle évoquait pour lui l’écoulement du temps entre deux points de l’existence.
    Les maisons, tels des cubes, s’y fondaient en une fuite rectiligne à cinq étages ; cette ligne se distinguait de celle de l’existence, où ce qui n’était que le point milieu de l’ascension pour le dignitaire portant croix diamantée en sautoir, avait été pour tant d’autres le point final à leur carrière.
   L’inspiration venait au sénateur quand le cube bien laqué de son coupé traversait la ligne de la Nevski : défilait la numération des maisons, se mouvait la circulation ; là-bas, loin, bien loin, par temps clair, on voyait étinceler la flèche dorée de l’Amirauté, les nuages, le rayon pourpre du couchant ; là-bas, par temps de brume, on ne distinguait plus rien, plus personne.
    Or, là-bas, ce n’était que lignes : la Néva, les Îles. Probablement, en ces temps lointains où se levaient des marais moussus les hautes toitures, les mâts, les flèches des clochers perçant de leur dentelure la moisissure verdâtre du brouillard, depuis les espaces de plomb, depuis les mers baltes et allemandes, sur sa voilure d’ombre cingla vers Pétersbourg le Hollandais Volant, afin d’ériger ici le mirage de ses possessions brumeuses et de baptiser îles la vague des nuages qui accouraient, menaçants.
    Apollon Apollonovitch Abléoukhov n’aimait pas les îles ; la population y est manufacturière, grossière ; le grouillant essaim humain s’y écoule chaque matin vers les fabriques hérissées de cheminées ; les habitants des Îles entrent pourtant dans les statistiques de l’Empire ; même eux sont recensés. 
    Apollon Apollonovitch ne voulait pas penser plus loin ; les Îles, les écraser ! Se les assujettir par le métal d’un énorme pont, les transpercer des traits de profondes perspectives !»

Andréi Biély, Pétersbourg [1916-1922], roman, Éditions L’Âge d’Homme, 1967

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Faisons semblant d’y croire encore un peu…


Ami, ne désespère pas !

Jean-Roger Caussimon – Le jour viendra


91101     Jean-Roger Caussimon, auteur-compositeur-interprètre français est né en juillet 1918 à Paris, c’est un « môme de la permission », son père médecin étant engagé du côté de Verdun à ce moment-là. Bientôt la famille s’installe à Bordeaux, ville où il grandit et fait ses études d’abord au lycée Montaigne puis au lycée François Villon. Son intérêt pour la poésie date de son adolescence et il ira jusqu’à prendre des cours de diction pour pouvoir dire les poèmes sans son accent bordelais. Il obtiendra ainsi un premier prix au conservatoire d’art dramatique. Un drame le marquera à jamais, le suicide de sa mère Yvonne lorsqu’il a 18 ans. Devenu en 1937 comédien professionnel à Bordeaux, il «monte » à Paris en 1938 où il est remarqué par Louis Jouvet mais mobilisé la même année, il est envoyé dans les Ardennes, puis dans les Vosges où il sera fait prisonnier en 1940 par les allemands et envoyé dans un stalag en Silésie. Durant sa captivité, il écrira des poèmes ainsi qu’une pièce. Libéré pour raisons médicales en 1942, il rentre à Paris et entame une carrière de cabarettiste, passant au Lapin Agile et aux Trois Baudets. C’est dans les cabarets qu’il commencera à s’intéresser à la chanson et rencontrera Léo Ferré dont il deviendra le parolier privilégié et l’ami. Parallèlement, il entame une carrière prolifique d’acteur de cinéma, de théâtre et de télévision. L’année 1967 marque un tournant dans sa carrière : Pierre Barouh, le jeune créateur du label indépendant Saravah, parvient à vaincre ses réticences à interpréter ses chansons. Le premier album, enregistré en six jours et publié en 1970, obtient le Grand Prix de l’académie Charles-Cros. Débute alors une carrière de chanteur qu’il mènera jusqu’à sa mort en 1985, victime d’un cancer au poumon. (crédit Wikipedia)


La jeune fille de l’étranger – Un poème de Schiller


Das Mädchen aus der Fremde

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In einem Tal bei armen Hirten
Erschien mit jedem jungen Jahr,
Sobald die ersten Lerchen schwirrten,
Ein Mädchen, schön und wunderbar.

Sie war nicht in dem Tal geboren,
Man wußte nicht, woher sie kam,
Und schnell war ihre Spur verloren,
Sobald das Mädchen Abschied nahm.

Beseligend war ihre Nähe,
Und alle Herzen wurden weit,
Doch eine Würde, eine Höhe
Entfernte die Vertraulichkeit.

Sie brachte Blumen mit und Früchte,
Gereift auf einer andern Flur,
In einem andern Sonnenlichte,
In einer glücklichern Natur.

Und teilte jedem eine Gabe,
Dem Früchte, jenem Blumen aus,
Der Jüngling und der Greis am Stabe,
Ein jeder ging beschenkt nach Haus.

Willkommen waren alle Gäste,
Doch nahte sich ein liebend Paar,
Dem reichte sie der Gaben beste,
Der Blumen allerschönste dar.

Friedrich Schiller


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°°°

La jeune fille étrangère

 Dans la vallée, parmi de pauvres bergers, aussitôt que les premières alouettes chantaient, on voyait apparaître une belle et admirable jeune fille.

     Elle n’était pas née dans ce vallon : on ne savait d’où elle venait, et dès qu’elle s’éloignait on perdait sa trace. Près d’elle on se sentait heureux, tous les cœurs se dilataient ; cependant sa dignité majestueuse éloignait toute familiarité. Elle apportait des fleurs, des fruits nés dans une autre contrée, éclos sous un autre soleil, au milieu d’une terre meilleure.

    Elle distribuait à tous ses présents, à l’un des fruits, à l’autre des fleurs ; le jeune homme et le vieillard la quittaient enrichis de ses dons.

     Tous ceux qui arrivaient à elle étaient les bien venus ; mais s’il se présentait un couple d’amants, elle gardait pour eux ses présents les plus précieux, ses fleurs les plus belles. 

Traduction Xavier Marmier, 1854 


La fille d’un pays étranger

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Dans une vallée, chez de pauvres bergers,
Apparaissait à chaque nouvelle année,
Dès que voletaient les premières alouettes,
Une belle et merveilleuse jeune fille.

Elle n’était pas née dans la vallée,
On ne savait pas d’où elle venait
Et on perdait vite ses traces,
Dès que la jeune fille prenait congé.

Elle était d’heureuse compagnie
Et tous les coeurs s’ouvraient à elle
Pourtant sa dignité, sa grandeur
Eloignaient la familiarité.

Elle apportait des fleurs et des fruits,
Mûris dans une autre campagne,
Sous un autre soleil,
Dans une nature plus heureuse.

Elle partageait ses dons avec chacun
A celui-là des fruits, à celui-ci des fleurs,
L’adolescent et le vieillard avec sa canne,
Tout un chacun rentrait à la maison avec un cadeau.

Tous les hôtes étaient les bienvenus,
Alors un couple d’amoureux s’approcha,
A qui elle remit le plus beau cadeau,
La plus belle de toutes les fleurs.

Traducteur inconnu


Pour en savoir plus


 

Das lachen der Hannah Arendt (le rire de Hannah Arendt)


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     Volker März est un artiste allemand né en 1957 qui combine de manière provocante plusieurs formes artistiques telles la sculpture, la peinture, la photographie, le texte, le cinéma et la musique  dans ses productions et ses performances. Depuis 1986, il a créé de nombreuses œuvres portant sur des personnalités telles que Friedrich Nietzsche , Giordano Bruno , Martin Heidegger , Heinrich von Kleist , Marquis de Sade , Georges Bataille , Peter Sloterdijk , Franz Kafka , Walter Benjamin , Hans Henny Jahnn , Rolf Dieter Brinkmann , Joseph Beuys , Pina Bausch et Hannah Arendt .

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     Dans le cadre de son programme de promotion des Arts et de la culture de Basse-Saxe, Volker März a été invité à créer une œuvre, « das lachen der Hannah Arendt » ( le Rire de Hannah Arendt ). Le spectacle  a été créé à partir d’une photographie de Hannah Arend riant dénichée à New York. Le clip présente des extraits de cette performance.


Toujours au sujet du rire d’Hannah

   Le chanteur bilingue Reinhardt Mey que j’ai souvent écouté à ses débuts a composé une chanson sur le thème de Das lachen der Hannah. Cette chanson intitulée Wenn Hannah lacht ! figure dans son album M. Lee sorti en 2016 mais je en sais pas si cette chanson est en rapport avec Hannah Arendt.

Von der Terrasse der Ferienwohnung nebenan dringen Stimmen durch die Hecke zu mir herüber.
Neugierig wie ich bin geh ich schon mal näher ran, doch die Hecke ist dicht, man sieht nicht hinüber.
Aus Gesprächsfetzen hör’ ich raus, sie sind zu dritt, ich denk mal, Eltern mit Tochter und ich erfahre,
sie sind aus dem Rheinland und ganz schnell krieg ich mit, dass die Tochter gerne lacht, ich schätze zwanzig Jahre.
Nach ‘ner Weile weiß ich schon, dass sie Hannah heißt, und ‘nen feinen, überirdischen Humor beweist,
ich weiß nicht wie sie aussieht, ich weiß nicht was sie macht, ich weiß nur, die Sonne geht auf, wenn Hannah lacht !

Wenn Hannah lacht ! Wenn Hannah lacht! Wenn Hannah lacht !

Reinhardt Mey

°°°

De la terrasse de l’appartement voisin, les voix traversent la haie et me parlent.
Curieux comme je suis, je veux me rapprocher, mais la haie est compacte, on ne voit rien
Je ne perçois que des bribes de conversations. Ils sont trois, je pense… Les parents avec leur fille et je comprends
Qu’ils sont de Rhénanie et très rapidement je m’aperçois que la fille aime rire, je lui donne vingt ans.
Au bout d’un moment, je sais qu’elle s’appelle Hannah, et à la fin, que son humour est hors du commun
Je ne sais pas à quoi elle ressemble, je ne sais pas ce qu’elle fait, je sais juste que le soleil apparaît quand Hannah éclate de rire !

Quand  Hannah éclate de rire ! Quand  Hannah éclate de rire ! Quand  Hannah éclate de rire !

Traduction (approximative) Enki : (toute aide est bien venue…)


 

Brrrr… Petit refroidissement bienvenu en cette période de canicule : Song of Cold Genius (Purcell) par Andreas Scholl


Henry Purcell (1659-95) – King Arthur, Z 628
Act III. – The Frost Scene – Song of Cold Genius interprété par le contreténor allemand Andreas Scholl

 Song of Cold Genius

What power art thou ?
Who from below
Hast made me rise ?
Unwillingly and slow
From beds of everlasting snow !

See’st thou not how stiff
And wondrous old?
Far unfit to bear the bitter cold…

I can scarcely move
Or draw my breath
I can scarcely move
Or draw my breath

Let me, let me
Let me, let me
Freeze again…

Let me, let me
Freeze again to death !


     King Arthur, sous-titré The British Worthy, est un semi-opéra*  en cinq actes sur un livret de John Dryfen et une musique d’Henry Purcell. Il fut donné pour la première fois en mai ou juin 1691 au Théâtre de Dorset garden de Londres. Dans ce semi-opéra qui raconte la quête du roi Arthur pour retrouver sa fiancée, la princesse Emmeline, enlevée par le roi Oswald, les principaux personnages ne chantent pas mais sont présentés par les personnages secondaires. 
    L’aria présentée ci-dessus what power art thou (Acte III scène 2) chantée par le Génie du froid est particulièrement célèbre, elle est également connue sous le nom de Frost scene ou Song of Cold Genius. Elle a été utilisée par la réalisatrice Ariane Mnouchkine pour illustrer la mort de Molière dans le film qu’elle a consacré à cet auteur. Sa reprise par chanteur allemand Klaus Nomi sous le titre The Cold Song en 1982 a été particulièrement remarquée.

 * Un semiopéra (mask en anglais) est un genre musical lyrique baroque spécifiquement anglais du XVII e siècle. Les théâtres londoniens furent fermés entre 1642 et 1660 du fait de la guerre civile.


Pour faire le portrait d’un oiseau…


poème de Jacques Prévert – Un conseil, suivez bien la recette !

Pour faire le portrait d’un oiseau

Peindre d’abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d’utile
pour l’oiseau

Placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
se cacher derrière l’arbre
sans rien dire
sans bouger…

Parfois l’oiseau arrive vite
mais il peut aussi bien mettre de longues années
avant de se décider

Ne pas se décourager
attendre
attendre s’il le faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l’arrivée
de l’oiseau n’ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau

Quand l’oiseau arrive
s’il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l’oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis
effacer un à un les barreaux
et ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l’oiseau
faire ensuite le portrait de l’arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l’oiseau
peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l’herbe dans la chaleur de l’été
et puis attendre que l’oiseau se décide à chanter

Si l’oiseau ne chante pas
c’est mauvais signe
mais s’il chante c’est bon signe
signe que vous pouvez signer
alors vous arrachez tout doucement
une des plumes de l’oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

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Zut ! J’ai du ne pas suivre tout à fait la recette…