Erika Pluhar – Hotel zur Einsamkeit, 1976


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   Chère Erika Pluhar, actrice et chanteuse autrichienne, vamp et femme fatale à ses débuts, devenue l’une des égéries des années soixante dix lorsqu’elle soutenait la révolution des œillets du Portugal et chantait de sa voix suave les chansons de Wolf Bierman, ce chanteur contestataire d’Allemagne de l’Est écartelé entre sa foi dans l’idéal communiste et la réalité tragique de ce qu’était alors la RDA et dont le moindre défaut est d’avoir eu comme belle-fille la chanteuse punk Nina Hagen. C’est aujourd’hui devenue une vieille dame de plus de quatre-vingt années, encore vive et alerte. La chanson d’Erika Pluhar  que j’ai choisi de vous présenter est Hotel zur Einsamkeit (Hôtel sur solitude), une interprétation de 1976 de la chanson française Hôtel des voyageurs crée en 1972 par le compositeur français Jacques Datin pour Serge Reggiani.

Hotel zur Einsamkeit

Auf den Stühlen welken unsere Kleider
Und der Morgen, dieser Ehrabschneider
Steht vor dem Fenster wie ein Baum
Und füllt mit Vogellärm den Raum
Die frischen Narben deiner Haut
Sind Schatten die die Sonne baut

Du träumst deinen Traum noch zu Ende
Mir zittert schon die Hand
Oh wie du lügst, wenn du schläfst
Geliebter, du mein Feind

Hotel zur Einsamkeit, Zimmer mit Bad
Blick auf den Park, und jede Nacht
Herr Sowieso, der seine Polonaise spielt
Hotel zur Einsamkeit, hier war es früher
Einmal schön, ich hasse die Erinnerung und den Selbstbetrug

Ein paar Mücken stoßen an die Decke. Plötzlich friert
Mich so, dass ich erschrecke. Die Worte möchte ich zurück,
Von gestern Abend, Stück für Stück, als ich dich bat
Nicht fortzugehen, jetzt, jetzt schäm’ ich mich so für
Mein Flehen.

Ich kann auch ohne dich leben, ich weiß bloß noch
Nicht wie. Mit der Zeit wird es sich geben
Glaub’ mir, Geliebter mein Feind

Hotel zur Einsamkeit, Zimmer mit Bad, Blick auf den Park,
Und jede Nacht Herr Sowieso, der seine Polonaise spielt
Hotel zur Einsamkeit, mein Gott, es ist wirklich wahr
Es ist das letzte Atemholen vor der Gleichgültigkeit

Die Komödie bricht hier ab. Die Helden bleiben beieinander
Und man applaudiert nicht. Ein lächerliches Wunder, so wie
Die Schauspieler nach Hause gehen, obwohl sie gerade eben
Gestorben sind
Ich bin deine Gewohnheit, bald wirst du meine Gewohnheit
Sein. Wenn ich die Koffer packe, wirst du mir auftragen
Auch deine Hemden hineinzugeben. Nie
Nie werden wir uns auf einem Bahnsteig trennen,
Einfach in verschiedene Züge einsteigen, wir sind erbärmlich
Mein Geliebter, mein Feind

Hotel zur Einsamkeit, Zimmer mit Bad, Blick auf den Park, es
Ist doch alles nicht mehr wahr, ich lieb’ dich nicht
Ich lieb’ dich doch, was ist denn noch wahr
Hotel zur Einsamkeit, Zimmer mit Bad, Block auf den Park
Und jede Nacht Herr sowieso, der seine Polonaise spielt.

Musique :  Jacques Datin


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  • And the damage is done…


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    Damage

    I found the way
    By the sound of your voice
    So many things to say
    But these are only words
    Now I’ve only words
    Once there was a choice

    Did I give you much?
    Well, you gave me things
    You gave me stars to hold
    Songs to sing

    I only want to be loved

    And I hurt and I hurt
    And the damage is done
    You gave me songs to sing
    Shadow and sun
    Earthbound, starblind
    Tied to someone

    Why didn’t I stay?
    Why couldn’t I?
    So many lives to cross
    Well, I just had to leave
    There goes everything
    Everything

    Can I meet you there?
    God knows the place
    And I’ll touch your hand
    Kiss your face

    We only want to be loved
    We only want to be loved

    I only want to be loved
    And I hurt and I hurt
    And the damage is done
    You gave me songs to sing
    Shadow and sun
    Earthbound, starblind
    Tied to someone

    ***


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         La magnifique chanson Damage interprétée par le duo de musiciens hors pair David Sylvian et Robert Fripp fait partie de l’album Live éponyme paru en 1994 qui avait été enregistré par les deux musiciens lors du dernier concert donné lors leur tournée commune de 1993 et mixé par Fripp. Il a été réédité de manière heureuse en 2001 avec une qualité de son nettement améliorée par David Sylvian (Label Virgin). 


    Pourquoi les femmes sont-elles devenues méchantes ou le désespoir du bourdon…


       Eh oui, cher Gérard, va falloir que tu te fasse une raison ! Ça ne sera jamais plus comme avant. Le grand coït poétique et romantique en plein vol est passé de mode… Au grand dam des bourdons, les Reines sont devenues terre-à-terre et se contentent souvent de n’être que des butineuses…

    Gérard Manset (album À bord du Blossom, 2018)

    Pourquoi les femmes

    Pourquoi les femmes sont-elles devenues méchantes ?
    C’est qu’à la fois les hommes se sont tus.
    C’est bien la poésie qu’on tue
    Sur une route en pente.
    Mais nous voulions déjà des chemins inconnus
    De ces brûlures possibles que l’on touche à mains nues.
    La main serrée
    De tout ce qui entre nos bras devait être serré,
    Serré, serré, serré, serré…

    Nous pouvions à l’époque croiser des ingénues
    Dont les cheveux au vent et dont les genoux riaient de ces désordres.
    De ces jeux, de ces lèvres fallait m’en remettre.
    Pourquoi les femmes sont-elles devenues méchantes ?
    C’est qu’autour d’elles personne ne s’en soucie.
    Ou bien tout le monde fait comme si,
    Oublie ces entrejambes si gentiment
    Serrés, serrés…

    Alors l’enfant leur dit de ne pas s’égarer.
    Chaque chose a sa loi.
    La moindre abeille se doit à son bourdon
    Comme l’aiguille tourne à la montre du temps.
    Que l’été, le printemps,
    Que l’hiver, que l’hiver
    De son œil de verre voit la même saison,
    Attend floraison comme la mer son…
    Mésange s’envolait pour construire sa maison
    Pour construire…

    Pourquoi les femmes sont-elles devenues cruelles ?
    Comment cette brassée d’orties finira t’elle ?
    Qui pique, envahit tout,
    Qu’aucun produit ne tue.
    Dis-moi petit enfant qui passe le comprends-tu ?
    Pourquoi de cet ancien sourire au monde
    Faire la grimace ?

    Tandis que de partout les poings se serrent, se serrent, se serrent,
    Alors l’enfant répond : en la nature l’abeille respecte le bourdon.
    Les abeilles font de même
    Et tous les cigalons
    Jusqu’au petit garçon qui vient dire à sa mère :
    Ce que tu fais est mal !
    Mon père n’est pas un animal.
    L’équilibre s’installe sur notre tartine
    Comme un peu de miel
    Que les jours t’illuminent.

    Pourquoi les femmes sont-elles devenues méchantes ?
    Et l’on découvre un homme seul sur un banc.
    Il n’a pour tout refuge que son caban.
    On lui jette des miettes, détourne le regard.
    Se souvient-il de ce qu’il fut dans un lointain passé
    Touché, connu ?
    Le monde a des paradis antiques.
    Les amours évoluent.
    Que de ses deux paumes,
    Il maintenait serrées, serrées, il maintenait…

    Avec le maître nous apprenions
    À user du bonheur,
    Quand quelqu’un dans la classe a demandé :
    Pourquoi les femmes sont-elles devenues dévergondées ?
    Qu’à la fois les hommes se sont tus ?
    Et puis ce maître que nous adorions
    A dû s’agenouiller, a dû s’agenouiller…
    Dans la cour, dans la cour au-delà du préau

    Agonisait le dernier marronnier
    Que les cimes fendre, fendre, que les cimes défendre.

    Il a bien sûr fallu que je m’étende
    Tout bourdonnait dans mes oreilles et j’ai fermé les yeux…
    Pourquoi avant était-ce à ce point merveilleux ?
    Les femmes, il fallait encercler
    Comme ces petits poissons dans dans l’eau de nos petits filets,
    Les ramener vers le bord, auxquels nous parlions.
    Que dissimulait l’arrière, que dissimulait l’arrière d’un galion
    La foule ou d’autres choses…
    Mais tout était doux, tout était rose.
    Pourquoi les femmes sont devenues tout autre chose ?
    Et qu’avec elles le reste s’est asséché
    Dans le fond de nos verres, dans le fond de nos verres…

    Pourquoi les femmes sont devenues d’autres choses ?
    Tout autre chose… D’autres choses…

    ***

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    L’univers… Thèmes et citations – I) Introduction


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    Pause then : and for a moment here respire…
    Where am I ?
    Where is earth ?
    Nay, where art thou.
    O Sun ? …
    On Nature’s Alpes I stand
    And see a thousand firmaments beneath !

    Edward Young. Nights, IX.

          Lorsque l’homme prend la peine de se libérer de l’emprise qu’exerce sur ses pensées les contraintes de la vie quotidienne et se tourne vers l‘espace infini du cosmos, il est le plus souvent sujet au vertige. Je ne parle pas de la réflexion purement théorique que l’on peut mener de chez soi et qui fait suite à la vision d’une belle image ou à la lecture d’un livre mais du sentiment que l’on a de grandes chances d’éprouver à la façon du poète romantique anglais ci-dessus cité Edward Young lorsque l’on se retrouve en pleine nature, dans la fraîcheur de la nuit, et qu’on lève les yeux vers l’incandescence lointaine de la voûte étoilée. C’est ce sentiment de vertige que j’ai souvent ressenti dans ma jeunesse en montagne lorsqu’à la veille de la course nous contemplions le ciel nocturne lors de nos marches d’approche dans un profond silence tout juste brisé par le chuintement si caractéristique des cristaux de neige que nos pas brisaient ou bien, beaucoup plus tard, lorsque toute la famille roulait en fin de nuit sur des routes sinueuses pour atteindre le sommet d’une montagne juste avant l’orée du jour afin que les enfants à demi endormis puissent contempler la magie de la levée de l’astre solaire.

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          Comment d’autre part ne pas être déstabilisé lorsque l’on pense aux milliards de mondes dont le nôtre ne constitue qu’une particule infime qui s’éloignent les uns des autres dans une fuite éperdue à une vitesse supérieure de celle de la lumière. Ce sentiment déstabilisant que nous appelons vertige naît de la confrontation brutale entre l’insignifiance apparente de notre condition humaine et le caractère démesuré et infini de l’univers. Cette confrontation est violente car elle prend la forme d’une révélation qui nous bouleverse et nous met en état de sidération. Il n’est pas anodin que ce terme, issu du latin sidus, astre, était autrefois un terme médical qui s’appliquait comme l’indique le Littré à « l’état d’anéantissement subit […] qui semblent frapper les organes avec la promptitude de l’éclair ou de la foudre, comme l’apoplexie ; état autrefois attribué à l’influence malfaisante des astres. »

          Voici quelques citations de grands hommes en relation avec ce sentiment.


    «  J’eus le vertige et je pleurai car mes yeux avaient vu cet
    objet secret et conjectural dont les hommes usurpent le nom,
    mais qu’aucun homme n’a regardé : l’inconcevable univers. »
                                            Jorge Luis Borges, L’Aleph (1949)


    « O Nuit ! que ton langage est sublime pour moi,
    Lorsque, seul et pensif, aussi calme que toi,
    Contemplant les soleils dont ta robe est parée,
    J’erre et médite en paix sous ton ombre sacrée. » 
                                           Camille Flammarion

    « Quand, le jour, le zénith et le lointain
    S’écoulent, bleus, dans l’infini,
    Quand, la nuit, le poids écrasant des astres
    Clôt la voûte céleste
    Au vert, à la multitude des couleurs, 
    Un cœur pur puise sa force.
    Et aussi bien le haut que le bas
    Enrichissent le noble esprit. »
                                  Goethe, <« Génie planant », cité par Pierre Hadot.


    « Le ciel, les nuages, les étoiles, les « soirs du monde », comme je me disais à moi-même, me fascinaient. Mettant le dis sur l’appui de la fenêtre, je regardais vers le ciel la nuit, en ayant l’impression de me plonger dans l’immensité étoilée.» 
    Pierre Hadot, La Philosophie comme manière de vivre.


    Des flottes de Soleils peut-être à pleines voiles
    Viennent en ce moment…
    Peut-être allons-nous voir brusquement apparaître
    Des astres effarés
    Surgissant, clairs flambeaux, feux purs, rouges fournaises
    Ou triomphes du Noir le plus noir.
                                         Victor Hugo, A la fenêtre pendant la nuit


    Car enfin, qu’est-ce qu’un homme dans la nature ?
    Un néant à l’égard de l’infini,
    un tout à l’égard du néant,
    un milieu entre rien et tout
                                        Blaise Pascal


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    Wenceslas Hollar – Le Chaos initial.

    « Donc, au commencement, fut Chaos, et puis la Terre au vaste sein et le Tartare sombre dans les profondeurs de la vaste terre, et puis Amour, le plus beau des immortels, qui baigne de sa langueur et les dieux et les hommes, dompte les cœurs et triomphe des plus sages vouloirs. De Chaos naquirent l’Érèbe et la sombre Nuit. De la Nuit, l’Éther et le Jour naquirent, fruits des amours avec l’Érèbe. À son tour, Gaïa engendra d’abord son égal en grandeur, le Ciel étoilé qui devait la couvrir de sa voûte étoilée et servir de demeure éternelle aux Dieux bienheureux. Puis elle engendra les hautes Montagnes, retraites des divines nymphes cachées dans leurs vallées heureuses. Sans l’aide d’Amour, elle produisit la Mer au sein stérile, aux flots furieux qui s’agitent. »

    Hesiode, Théogonie

    Le leg invisible du passé.

         Une réflexion sur les rapports complexes et variés qu’entretient l’homme moderne avec l’Univers ne peut faire l’économie d’une analyse des formes anciennes par lesquelles sont passées ces relations et en particulier des cosmogonies véhiculées par les mythologies et légendes propres aux différentes cultures.  Il ne s’agit pas là de décrire le détail de ces différentes mythologies mais de comprendre l’esprit qui a prévalu à leur établissement chez les hommes de l’orée des civilisations. À mon sens, la présentation la plus claire à ce sujet est celle qu’a établi le chercheur Georges Gusdorf en 1953 dans le premier chapitre de son essai Mythe et métaphysique qui traite de « la conscience mythique comme structure de l’Être dans le monde« . Comprendre les mythes pour ce chercheur nécessite de se replacer dans les conditions premières qui ont accompagné l’éveil chez l’homme de la conscience, c’est-à-dire au cours de la longue période au qui a accompagné le processus d’humanisation. L’auteur insiste sur le fait qu’il n’y avait pas à ce moment, comme c’est le cas chez l’homme moderne, deux manières d’appréhender le monde, l’une « réelle et objective » et l’autre « mythique et subjective ».  Cette différenciation est apparue beaucoup plus tard. Les événements retranscrits par les mythes qui nous apparaissent aujourd’hui comme des récits fabuleux rendaient compte pour les hommes anciens de la réalité pure, telle qu’ils la ressentaient et la vivaient. Plus qu’une histoire élaborée par la conscience, une théorie ou une doctrine, le mythe apparait pour reprendre les termes même de Gusdorf, comme « une saisie spontanée des choses, des êtres et de soi, conduites et attitudes, insertion de l’homme dans la réalité. » et, pour bien nous faire comprendre le phénomène, il cite l’exemple du Canaque qui, lorsqu’il désire un objet, dit : « cet objet me tire » de la même manière que l’enfant qui vient de heurter une table dit « cette table m’a fait mal ». Pour asseoir son propos, Gusdorf cite l’anthropologue missionnaire Maurice Leenhardt : « le mythe est senti et vécu avant d’être intelligé et formulé. Il est la la parole, la figure, le geste, qui circonscrit l’événement au cœur de l’homme, émotif comme un enfant, avant que d’être fixé »; ce faisant le mythe était vécu comme une forme de communion avec le monde. Pour les premiers hommes, les éléments qui constituaient la nature leurs apparaissaient comme des entités vivantes du même type que leur nature propre et le monde constituait une totalité dans laquelle ils se sentaient totalement intégrés dans une unité ontologique. Les croyances qui ont précédé l’élaboration des mythes avaient les formes utilisées spontanément par la mentalité primitive pour « adhérer » au monde et reconstituer ainsi l’unité perdue, conséquence de l’humanisation. Ce n’est que beaucoup plus tard sous l’influence des connaissances et des techniques qu’est apparu dans l’esprit de l’homme le phénomène de dissociation du monde : « L’homme moderne évolué est l’héritier d’une longue tradition qui a désintégré pour connaître ». Un autre ethnologue, Max Müller, a décrit ces phénomènes de dissociation puis de restructuration qui ont façonné les mythes à partir du ressenti initial et de l’émotion qui l’accompagnait  : « on a souvent eu grand tord de le regarder (le mythe) comme un système, un ensemble ordonné, organisé, construit de toutes pièces sur un plan préconçu, alors qu’il n’est qu’un concours d’atomes, un agrégat de concepts qui s’étaient choqués en tout sens avant de cristalliser sous une forme quelque peu harmonique ». Ainsi, le mythe, forme abâtardie par le temps d’une croyance originelle de fusion avec le monde, ne doit pas être pris à la lettre et il faut s’attacher à découvrir les pulsions et les croyances originelles qui ont été à l’origine de sa formation. C’est ce que nous allons essayer de faire dans les chapitres suivants en tentant d’extraire, pour reprendre les termes de Max Müller, les concepts originels de l’agrégat fabulatoire dans lequel ils sont enfouis. Nous illustrerons notre propos par des citations d’hommes de lettres, d’artistes, de philosophes et de scientifiques sur le thème de l’Univers.

    Enki sigle


    Mémoire du Caucase : le duduk, âme de l’Arménie éternelle


    Le souffle d’une douce brise…

    Capture d’écran 2019-02-05 à 16.36.43.pngMusique d’Arménie Vol. 3 par Gevorg Dabagian (The Orchard Music)

         Vous qui êtes pressé, avare de votre temps qui comptez et recomptez les minutes et les secondes de peur d’en laisser échapper quelques unes,  passez votre chemin… Seuls ceux qui sont prêts à s’abandonner, toutes affaires cessantes, au sortilège de cette musique lancinante sont les bienvenus. Qu’ils se retirent un moment du monde présent, du lieu où ils se trouvent, qu’ils ferment les yeux et laissent leur âme prendre son envol en direction des hauts sommets du Caucase et les steppes de l’Eurasie où se dressent les ruines solitaires des belles églises de pierres. Ce n’est pas une musique de joie, c’est une musique de communion et de recueillement dans laquelle les sonorités du duduk, cette flûte au son si particulier qui a accompagné de tous temps l’histoire du pays, évoque les soupirs, les plaintes, les gémissements du million de pauvres hères extirpés de leurs maisons sous les coups de la soldatesque turque, séparés de leurs êtres chers et pour ceux qui n’étaient pas tués sur place après avoir été torturés ou violés, jetés sur les routes en directions du désert où la plupart mourront d’épuisement ou de la suite des mauvais traitements. De temps à autre, dans cette musique, une tonalité et un rythme enjoué retentissent, rappelant les moments heureux de l’Arménie d’autrefois, sources d’espoir pour l’Arménie d’aujourd’hui et les millions d’arméniens de la diaspora arménienne disséminée à travers le monde.
      


    Adieu, ma belle planète bleue…


    Adieu, ma belle planète bleue…

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         Sécheresses prolongées, fonte des glaciers et de la banquise, inondations cataclysmiques à répétition, incendies dévastateurs…  Voilà le montage que tous ces événements m’ont inspirés à partir du dessin de Banksy, la petite fille au ballon rouge en forme de cœur peint sur un mur de Londres…
       Aurons-nous le courage de changer radicalement notre mode de vie et lutter pour imposer les solutions nécessaires au complexe socio-économique qui nous conditionne et nous dirige ?
         J’avoue être gagné parfois par le pessimisme…

    Enki sigle

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    années quatre-vingt : chanter contre la guerre


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    Bansky – La petite fille au ballon (Londres, 2002)

         À l’heure où Donald Trump, hôte de la Maison Blanche, a menacé de se dégager du traité INF sur le contrôle des forces nucléaires à portée limitée signé en 1987 entre Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev alors qu’il dirigeait encore l’URSS,  il est utile de rappeler la période 1982-1987 qui avait vu se lever des centaines de milliers de manifestants en Europe contre l’implantation sur le territoire européen de missiles Pershings. Une chanson, « 99 Luftballons » (99 ballons ), interprétée par une jeune allemande du nom de Nena avait à l’époque cristallisé le sentiment d’inquiétude et de révolte de la jeunesse face au risque de cataclysme nucléaire.

         En 1982, un mur sépare depuis plus de 20 ans les secteurs occidentaux de Berlin de l’Allemagne de l’est qui est alors dirigée par un régime communiste rendant le passage entre les deux côtés de la frontière presque impossible. De nombreux habitants d’Allemagne de l’est paieront de leur vie leur tentative de passer à Berlin Ouest, alors vitrine de l’Occident. Nous sommes en pleine guerre froide et  les deux blocs se livrent à une course aux armements de grande ampleur. C’est dans ce contexte que les soviétiques décident d’installer sur leur territoire des missiles SS-20 à moyenne portée de 500 à 5.000 km qui, par la proximité de leurs cibles, offrent à l’URSS un avantage stratégique puisqu’ils lui permettent de disposer des avantages d’une frappe rapide et d’un effet de surprise. En réponse, l’OTAN, sous la houlette des États-Unis alors présidés par Donald Reagan prévoient d’installer en République fédérale d’Allemagne des missiles Pershings II. L’Europe apparait alors comme un champ de bataille nucléaire potentiel où l’URSS et les États-Unis s’affronteraient.

    Préparation d'un tir d'essai de missiles Pershing II (Mc Gregor Range, 1er déc. 1987)

    Préparation d’un tir d’essai de missiles Pershing II (Mc Gregor Range, 1er déc. 1987)

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        De grandes manifestations ont alors cours dans toute l’Europe de l’ouest et surtout en Allemagne, pays sur le territoire duquel seront implantés la plupart des missiles Pershings,  contre cette politique du pire. Près de 750.000 opposants manifesteront dans ce pays au cours de la campagne pacifiste organisée  lors du week-end pascal du 1er au 4 avril 1983. Deux slogans opposés datant de cette époque jettent un éclairage sur la complexité du problème :

    • « Plutôt rouge que mort » (scandés par certains manifestants)
    • « le pacifisme est à l’Ouest et les euromissiles sont à l’Est » (François Mitterrand)

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    manifestation autour de la base aérienne américaine de Rhein main contre l’installation des Pershing II en Europe le 12 décembre 1982


    « Un simple ballon pourrait provoquer une guerre à cause d’un gros malentendu »

        C’est en cette même année 1982 que les Rolling Stones dans le cadre d’une tournée européenne donnent un concert au Waldbühne (le Théâtre de la Forêt) de Berlin-Ouest. À la fin du spectacle, Mick Jagger lance des milliers de ballons gonflés à l’hélium dans le but de les envoyer vers Berlin-Est. Dans la foule venue assister au concert, se trouve un jeune musicien allemand d’une trentaine d’année, Carlo Karges, qui vient tout juste de constituer un groupe de musique pop-rock avec trois autres musiciens et une chanteuse du nom de Gabriele Nena Kerner et dont le groupe a utilisé pour son appellation son prénom, « Nena ». Le lâcher de ballons de Mick Jagger donne une idée à Carlo Karges : il imagine que dans le contexte d’hystérie guerrière qui est celui de l’époque, les radars soviétiques interprètent le passage des ballons sur leur espace aérien comme une attaque de missiles et répliquent immédiatement, l’apocalypse tant craint serait alors déclenchée par suite d’une mauvaise interprétation. Une chanson va naître de cette réflexion, 99 Luftballons, qui mobilise le groupe. Nena Kerner dira plus tard que lorsqu’elle avait lu pour la première fois les paroles de la chanson écrites par Karges, elle en avait eu «la chair de poule». C’est le claviériste du groupe, Jörn-Uwe Fahrenkrog-Petersen, qui a écrit la musique.

        Malheureusement, ce scénario qui nous apparaît aujourd’hui comme hautement improbable a failli se réaliser quatorze fois entre 1956 et 1962 entre les États-Unis et l’Union Soviétique par suite de fausses alertes, d’erreurs humaines ou de bogs informatiques. Rappelons pour illustrer la légèreté de certains responsables politiques ou militaires, le cas des deux Présidents des États-Unis Bill Clinton et Jimmy Carter qui avaient pour le premier égaré sa carte personnelle contenant les codes nucléaires durant plusieurs mois et pour le second oublié dans l’une des poches de son costume envoyé au pressing…

         Le groupe Nena avait déjà connu un grand succès dans les pays germanophones avec son premier single « Nur Geträumt » mais avec la chanson  99 Luftballons le groupe va connaître un succès international, devenant même numéro 1 dans plusieurs pays, alors même qu’il était chanté en allemand. La plupart des fans non germanophone de cette chanson ignoraient le contenu du texte mais étaient sensible à la mélodie et au si particulier timbre de la voie de Nena Kerner. De plus, le fait que le texte était en allemand, une langue que l’on avait guère l’habitude d’entendre à la radio, imprimait à la chanson une tonalité exotique. Ce n’est qu’en Angleterre que la chanson a été interprétée en anglais et a alors culminée un moment au hit parade. 

    Écrit par Carlo Karges, musique de Jörn-Uwe Fahrenkrog-Petersen , Kevin McAlea, et chanté par Gabriele Nena Kerner

    99 Luftballons, 1983

    Hast du etwas Zeit für mich                      Si tu m’accordes un peu de temps
    Dann singe ich ein Lied für dich              Alors je te chanterais une chanson
    Von 99 Luftballons                                      Sur 99 ballons
    Auf ihrem Weg zum Horizont                  En route pour l’horizon
    Denkst du vielleicht grad an mich          Si peut-être tu penses à moi
    Dann singe ich ein Lied für dich             Alors je te chanterais une chanson
    Von 99 Luftballons                                      Sur 99 ballons
    Und, dass so was von so was kommt      Et comment cela a pu arriver à cause de cette chose

    99 Luftballons                                              99 ballons
    Auf ihrem Weg zum Horizont                  En route vers ton horizon
    Hielt man für UFOs aus dem All              On les prenait pour des ovnis venant de l’espace
    Darum schickte ein General                     C’est pour cela qu’un général a envoyé
    Eine Fliegerstaffel hinterher                    Une escadrille d’avions à leur trousse
    Alarm zu geben, wenn’s so wär               C’était pour donner l’alarme qu’il a fait ça
    Dabei waren dort am Horizont                Et pourtant, il n’y avait à l’horizon
    Nur 99 Luftballons                                      que 99 ballons

    99 Düsenflieger                                           99 pilotes d’avions à réaction
    Jeder war ein großer Krieger                   Chacun d’entre eux était un grand guerrier
    Hielten sich für Captain Kirk                   Chacun se prenait pour le capitaine Kirk
    Es gab ein großes Feuerwerk                  Cela a donné un grand feu d’artifice
    Die Nachbarn haben nichts gerafft        Les voisins n’ont rien compris
    Und fühlten sich gleich angemacht        Et se sont sentis tout de suite provoqués
    Dabei schoss man am Horizont               Et pourtant on avait tiré à l’horizon
    Auf 99 Luftballons                                      que sur 99 ballons

    99 Kriegsminister                                       99 ministres de la guerre
    Streichholz und Benzinkanister              avec allumettes et jerricans d’essence
    Hielten sich für schlaue Leute                 Se prenaient pour des gens malins
    Witterten schon fette Beute                     Ils flairaient un gros butin
    Riefen : Krieg und wollten Macht           Ils criaient : la guerre et voulaient le pouvoir
    Mann, wer hätte das gedacht                  Mais qui aurait pu penser
    Dass es einmal soweit kommt                 Qu’on en arrive un jour à cela
    Wegen 99 Luftballons                               Tout cela à cause de 99 ballons

    Neun und neunzig jahre Krieg                99 années de guerre
    Liessen keinen platz für Sieger               N’avaient même pas laissés de place pour les vainqueurs
    Kriegsminister gibt’s nicht mehr            Des ministres de la guerre, il n’y en avait plus
    Und auch keine Düsenflieger                  Et aussi plus d’avions à réaction
    Heute zieh ich meine Runden                 Aujourd’hui je fais mes rondes
    Seh’ die welt in Trümmern liegen           Je vois que le monde est en ruine
    Hab’ ‘nen Luftballon gefunden                J’ai trouvé un ballon
    Denk’ an dich und lass’ ihn fliegen         Je pense à toi et je le laisse s’envoler


    99 Red Balloons par le groupe américain  Sleeping At last

         J’aime bien également la reprise récente en anglais du groupe de rock américain  Sleeping At last formé en 1998 dans l’Illinois aux États-Unis à l’initiative du multi-instrumentiste Ryan O’Neal qui l’a inclue dans son album Covers en 2014.

    Ryan O'Neal.png

    99 Red Balloons

    You and I in a little toy shop
    Buy a bag of balloons with the money we’ve got
    Set them free at the break of dawn
    ‘Til one by one, they were gone
    Back at base, bugs in the software
    Flash the message, « Something’s out there »
    Floating in the summer sky
    99 red balloons go by

    99 red balloons floating in the summer sky
    Panic bells, it’s red alert
    There’s something here from somewhere else
    The war machine, it springs to life
    Opens up one eager eye
    Focusing it on the sky
    As 99 red balloons go by

    99 Decision Street, 99 ministers meet
    To worry, worry, super-scurry
    Call out the troops now in a hurry
    This is what we’ve waited for
    This is it boys, this is war
    The president is on the line
    As 99 red balloons go by

    99 red balloons go by
    As 99 red balloons go by
    99 dreams I have had
    In every one a red balloon
    It’s all over and I’m standin’ pretty
    In this dust that was a city
    If I could find one souvenir
    Just to prove the world was here…
    Here it is, a red balloon
    And I think of you and let it go


    Sting 1985.jpg

    Sting Russians, 1985

         Trois années après la sortie de 99 Luftballons, c’est le chanteur britannique Sting qui sortait une chanson intitulée Russians qui dénonçait les dangers de l’équilibre de la terreur entre les États-Unis et l’URSS. La chanson qui reprend le thème musical Romance de la Romance d’un morceau de la suite orchestrale de Prokofiev, Lieutenant Kijé, a connu un énorme succès. 

    M. Kroutchev a dit : « Nous vous enterrerrons » /  « Je ne partage pas ce point de vue.« 
    M. Reagan dit :  « Nous vous protégerons / Je ne partage pas ce point de vue.« 

    Et pour ceux qui voudraient écouter le thème Romance de Prokofiev qui a inspiré Sting (5 mn)