Retour sur Notre-dame


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      Débat surréaliste sur LCI hier soir autour de David Pujadas sur le thème «Du bien pour un mal». Finalement la destruction de Notre-Dame aurait ceci de bénéfique qu’elle aurait servi de révélateur à des vérités jusque là cachées qui font beaucoup de bien à entendre… Il est bien connu en psychologie que le déni est l’un des moyens choisi de manière inconsciente par les personnes victimes d’un traumatisme pour échapper à la dureté de leur situation. Parmi ces « divines surprises » révélées par ce drame figurent en premier lieu les sentiments d’affliction et la solidarité affichée par la communauté internationale, interprétées par Pujadas et certains de ses invités comme la reconnaissance de l’universalité de la France et le signe que nous sommes finalement toujours un grand pays capable de faire vibrer le cœur de la Planète et ces messieurs de se réjouir avec fierté des déclarations de Trump déclarant que Notre-Dame était « l’un des grands trésors du monde » oubliant que la veille il donnait des conseils à ces stupides français qui n’avaient même pas pensé à utiliser des Canadairs… D’autres invités voyaient dans la douleur et le recueillement silencieux des foules massées devant le monument le signe que la France était toujours un pays profondément attaché au christianisme alors même que les deux tiers des français ne s’identifient à aucune religion et que 40 % d’entre eux se considèrent comme athées. On se console comme on peut…

 Rédemption

        La compassion aujourd’hui manifestée par le monde n’a rien à voir avec la grandeur de la France. Les gens se sentent touchés, voilà tout, comme ils ont été touchés par la chute des Tours du World Trade Center même s’ils n’étaient pas d’accord avec la politique américaine, par la destruction de Palmyre ou des Bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan. Ils se mettent à notre place, imaginant ce qu’ils ressentiraient si un lieu ou un monument de leur ville ou de leur pays qu’ils chérissaient connaîssait un sort analogue. En ce qui concerne Notre-Dame, l’émotion a été décuplée par le fait qu’elle était un monument emblématique de l’Occident dont l’image a été reproduite dans le monde entier à des milliards d’exemplaires que ce soit en peinture, en photographies dans les magazines ou au cinéma et à la télévision et qu’elle recevait 14 millions de visiteurs chaque année. Alors, soyons humbles et n’essayons pas d’échapper à notre responsabilité en nous gargarisant de je ne sais quel amour ou admiration que manifesterait le monde à notre égard. Nous avons failli de manière inexcusable (voir notre article précédent) et ne cherchons pas à échapper à nos responsabilités. Il faudra pour cela que l’on boive la coupe jusqu’à la lie. La seule manière de sortir de cette situation est de retrousser nos manches et d’engager toutes nos forces et notre intelligence pour reconstruire le plus vite possible ce joyau en ajoutant à ce qui nous avait été légué les siècles passés quelque chose de plus qui serait le génie de notre modernité. C’est par de tels actes que nous réparerons nos erreurs et pourrons mériter vraiment la considération du monde et peut-être même son admiration.

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La Forêt

De l’audace et encore de l’audace…

  À ce propos, le débat en cours sur la nature de la reconstruction, entre une reconstruction « à l’identique » et une reconstruction « évolutive » qui ferait appel à des techniques contemporaines me semble être un faux débat. Il convient simplement d’appliquer à la reconstruction de Notre-Dame le même esprit synthétique qui avait prévalu lors de son élaboration qui s’était déroulé sur plusieurs siècles, celui du pragmatisme et de l’imagination dans le choix des techniques de constructions, de la recherche de l’élévation, de la légèreté et de la transparence obtenue par l’économie de la matière et enfin de la recherche de l’unité et de l’harmonie dans le rapport qui existe entre le détail et le tout. C’est l’application de ces principes qui avait fait que Notre-Dame était un chef-d’œuvre de perfection et ce sont ces principes qu’il faut continuer à mettre en application pour la reconstitution de la toiture, de la flèche et de la voûte. Une cathédrale gothique comporte un espace caché situé entre la voûte de pierre et la toiture proprement dite à forte pente. Cet espace est occupé par la charpente qui, compte tenu de la dimension des bâtiments et des efforts gigantesques à soutenir, se devait d’être massive et sophistiquée. De là l’impressionnante et magnifique charpente de Notre-dame à laquelle on avait donné le nom de « Forêt ». On aurait pu ajouter  à ce nom l’adjectif de « sacré » car les nombreux chênes que l’on avait abattus pour pouvoir réaliser cette charpente étaient pour la plupart des arbres centenaires qui s’étaient nourris de la terre de l’île de France et avaient été témoins de plusieurs siècles de son histoire. La « Forêt » des combles de Notre-Dame se rattachait ainsi aux « Nemeton » gaulois, ces bois sacrés des ancêtres païens de ses bâtisseurs. N’en déplaise aux forestiers français qui ont proposé de fournir les chênes qui seraient nécessaires à la reconstruction à l’identique de la charpente de Notre-dame, une telle reconstitution serait absurde. De la même manière que les bâtisseurs du XIIe et du XIIIe siècles avaient utilisés avec intelligence et imagination les matériaux et les techniques que leur offrait leur époque, il faut que la reconstruction de la toiture de Notre-Dame fasse appel aux techniques les plus avancées qu’offre la nôtre. C’est à bon escient que j’ai employé le mot toiture et non pas charpente, car si les techniques anciennes imposaient de dissocier la couverture de son support constitué par la charpente, les techniques modernes permettent de synthétiser les deux fonctions. Le choix d’une telle structure qui pourrait être du type nervuré ou arborescent à inventer ferait l’objet d’une recherche approfondie qui devrait être menée, sinon avec la même foi religieuse, mais tout au moins avec le même enthousiasme que celui qui habitait les bâtisseurs de cathédrales et les faisait se dépasser.

Le défi à relever

     Le monde entier a été ému par la destruction de Notre-Dame et est prêt à apporter son aide, pourquoi ne pas le mettre alors à contribution en organisant un vaste concours d’idées auprès des ingénieurs, des architectes et des artistes du monde entier pour définir l’œuvre d’art ultime emblématique de notre époque qui viendrait s’inscrire dans la cathédrale tel un joyau dans son écrin. La reconstruction de la cathédrale deviendrait alors une affaire mondiale qui mobiliserait des centaines d’équipes et nul doute que cette consultation rencontrerait tant au niveau de la participation que des appels de fonds, un immense succès. Cette structure extraordinaire à inventer resterait visible à travers les ouvertures de la voûte créées par l’incendie et qui seraient conservées. Elles porteraient ainsi témoignage de cet événement terrible et rappellerait à l’homme la fragilité de sa présence sur terre et de ses réalisations mais aussi la force de sa volonté et de sa capacité à se transcender et créer le beau et le sublime. On me critiquera sans doute de vouloir conserver les stigmates de ces blessures infligées à la cathédrale mais cet événement à bouleversé nos vies et sera, je l’espère, le déclencheur d’une prise de conscience ; dans ces conditions pourquoi faudrait-il le faire disparaître et jeter sur lui le voile de l’oubli ? La religion catholique elle-même n’a t’elle pas bâtie toute une exégèse sur les stigmates du Christ et ceux-ci ne sont-ils pas abondamment représentés dans toute l’iconographie religieuse ?

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Andrea Mantegna – Lamentation sur le Christ mort, 1480
Le peintre a représenté les plaies du Christ suite à la crucifixion

       Comme il a été cité plus haut, l’un des principes fondamentaux qui animaient l’esprit des bâtisseurs de cathédrales était la recherche absolue de l’élévation, celle de l’élévation vers le ciel qui était une élévation vers Dieu. C’est la raison pour laquelle la construction devait être la plus légère possible et que la matière devait être réduite au maximum jusqu’à se confondre avec les lignes de force de la structure qui prenaient alors la forme de nervures. La conservation et la mise en valeur des ouvertures de la voûte ajoutera au sentiment d’élévation que l’on ressentait lorsqu’on levait les yeux vers la nef par la vision supplémentaire d’une partie de l’espace des combles et de la structure nervurée de la nouvelle charpente. On retrouverait ainsi dans un but d’unité les principes fondamentaux qui avaient prévalus à la construction de la cathédrale. Le fait que les phases de réflexion et de réalisation seraient ouvertes à tous ceux qui dans le monde éprouvent un attachement à Notre-Dame et auraient fait leur le combat engagé pour sa renaissance ferait que le défi à relever ne serait plus alors spécifiquement français mais deviendrait mondial par l’appropriation par le monde entier de ce monument emblématique. Ce serait cela la véritable universalité que nous, Français, pourrions alors revendiquer et non pas une universalité chauvine et rétrécie, dépassée parce que vide de sens dans le monde d’aujourd’hui.

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Quand l’Enfer se confond avec le ciel…


Relevé depuis sur les médias :

  •  17 avril : Le gouvernement va organiser un concours d’architecte pour la reconstruction de la flèche mais pourquoi limiter l’objet du concours à la flèche et ne pas y intégrer la charpente, la toiture et la voûte . D’autre part pourquoi ne pas dissocier la phase  » proposition d’idées » de la phase « conception-réalisation ». Dans un premier temps, le concours d’idée serait ouvert à l’ensemble du public et la phase conception-réalisation serait réservée aux hommes de l’art dans des équipes pluridisciplinaires étendues.
  • 18 avril : Des architectes de Dijon se sont posé le même problème que moi mais vont encore plus loin dans la transgression : organiser un concours international qui ne serait pas limité à la flèche et pour leur part proposent de réaliser une promenade panoramique sur la voûte qui permettrait aux visiteurs de contempler Paris à travers une toiture vitrée. Ce qui me gêne dans cette proposition ce n’est pas tant la « transgression architecturale » que le fait qu’à cette occasion on change totalement de paradigme sur le plan fonctionnel. La Cathédrale ne serait plus dans ce cas le lieu de recueillement et de contemplation intime qu’elle avait été jusque là mais, avec une part d’elle-même vouée à être un déambulatoire à touristes visible de l’extérieur, aurait son image totalement dénaturée. Ce genre de proposition qui privilégie le « Grand geste architectural » au détriment de la fonction réelle du bâtiment est totalement contre-productif. Par son caractère excessif et profanateur vis-à-vis de la sacralité du lieu, il apporte de l’eau au moulin de ceux qui s’accrochent à une action purement reproductrice du bâtiment contre ceux qui proposent de s’ouvrir à une réflexion sur le plan technique en ne s’interdisant pas le choix de matériaux contemporains et de techniques modernes pour sa rénovation.

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Le projet des architectes de Dijon. Combien paraît pathétique la présence de la Croix sur le parcours à touristes…


Salade russe : quand un illustre illustrateur rencontre un écrivain aventurier : Alexandre Alexeïeff et Joseph Kessel


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Joseph Kessel (1898-1979) 

Les Nuits de Sibérie de Joseph Kessel

   Fils de parents juifs ayant fui la Russie pour la France, Joseph Kessel, le futur compositeur avec son neveu Maurice Druon en mai 1943 à Londres du Chant des Partisans et futur journaliste émérite et académicien français, est né en 1898 en Argentine où son père, après avoir passé son doctorat à Montpellier, avait obtenu un poste pour 3 années. À son retour en Europe la famille rejoint la famille de sa grand-mère maternelle à Orenbourg au bord du fleuve Oural où elle restera 3 années avant de revenir s’installer définitivement en France, à Nice, en 1908. En 1914 et 1915 il est à Paris où il fréquente le Lycée Louis-Le-Grand puis la Sorbonne. Il obtient sa licence de lettres classiques mais décide d’entamer des études d’acteur au Conservatoire d’Art Dramatique qui le conduisent sur les planches au Théâtre de l’Odéon. Entre temps, il s’est frotté au journalisme en tant que rédacteur au Journal des Débats. Mais en 1916, il a alors 18 ans, il décide de s’engager comme volontaire dans l’armée française où il va servir courageusement dans l’aviation au sein de la fameuse escadrille S.39 qui lui fera découvrir le goût du risque et de l’aventure. En 1918, la France décide d’envoyer un corps expéditionnaire en Sibérie pour aider les Russes Blancs en lutte contre les Bolcheviques qui ont abandonné la lutte contre l’Allemagne après le traité de Brest-Litvosk, permettant ainsi à ce pays de concentrer ses  forces sur le front de l’ouest. Parlant russe et cédant à l’appel de l’aventure,  Joseph Kessel se porte volontaire. L’ironie veut que son unité embarque à Brest le 11 novembre 1918 sur un navire américain, le jour même de l’armistice avec l’Allemagne, mais pour des considérations de politique extérieure, la lutte contre le bolchévisme, l’expédition est maintenue. Commence alors pour son escadrille un long voyage de traversée de l’Atlantique, des Etats-Unis et du Pacifique pour rejoindre Vladivostok ( « Le Seigneur de l’Orient » en russe) en proie à la guerre civile. À son arrivée à l’hiver 1909 dans le grand port des confins de l’Empire russe, plongé dans « la stupeur et la suffocation », il se retrouve plongé dans un gigantesque chaos où s’affrontent les russes blancs et rouges et des troupes de bandits incontrôlables sous l’œil impassibles des troupes de quatre pays alliés : américaines, françaises, britanniques et japonaises, ces dernières ayant la maîtrise du port. Il ne combattra pas et à titre d’aventure, sa connaissance de la langue russe lui fera occuper le poste de chef de gare de la grande ville. De ce séjour où alterneront errance dans la ville et dérives nocturnes noyées dans la vodka, naîtront plusieurs nouvelles réunies en 1922 dans un premier recueil, La Steppe rouge, puis en 1928 un roman, Les nuits de Sibérie qui décrit la nuit sibérienne dans laquelle s’agitent des personnages interlopes hauts en couleurs et une foule hétéroclite de réfugiés sans abri : soldats de toutes nations, réfugiés russes fuyant la guerre civile, travailleurs annamites, prisonniers allemands, turcs, hongrois, roumains, légionnaires tchécoslovaques, bulgares, polonais, lettons, cavaliers hindous et brigands de grands chemins avec comme personnages principaux Lena, une pauvre femme russe qui lutte désespérément pour survivre et le redoutable cosaque Semenof et sa troupe, personnages ambigües qui s’opposent aux « rouges » en faisant régner la terreur et qu’on hésite à classer dans les héros ou les bandits. Le roman prend la forme d’un récit, celui d’un aviateur français qui dans un bar raconte à un ami ses nuits passées dans cette ville, « étalage de détresse » où défile « cette misère en marche ».

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Le port of Vladivostok durant l’intervention internationale en Russie vers 1918-1919  –  American Naval Institute Photo Archive


Images de l’expédition de 1919 en Extrême Orient russe


L’édition spéciale des « nuits de Sibérie » illustrée par  Alexandre Alexeïeff.3332_10620052_1   

capture d_écran 2019-01-26 à 06.41.18   Les nuits de Sibérie seront éditées par Ernest Flammarion en 1928 soit près d’une dizaine d’années après l’expérience vécue par Joseph Kessel à Vladivostok en 1919. Une édition originale de ce roman illustrée de six belles eaux-fortes rehaussées d’aquatinte et d’une vignette de couverture réalisées par l’un de ses compatriotes lui aussi réfugié en France, Alexandre Alexeïeff, a été également publiée à 750 exemplaires sur papier vélin de Rives. Ce sont ces illustrations que je vous présente aujourd’hui.

    Le style très particulier d’Alexeïeff basé sur l’utilisation de dégradés qui vont du noir au blanc rappelant les anciennes gravures. Il est intéressant de constater que ces six gravures sont antérieures à sa rencontre en 1930 avec Claire Parker, une riche étudiante en art américaine qu’il a rencontré à Paris et qui deviendra sa seconde épouse et avec laquelle il mettra au points la technique inventée par celle-ci de l’écran d’épingles, un écran composé de centaines de milliers de petits tubes blancs maintenus par pression à l’intérieur d’un cadre comportant des épingles noires qui affleurent à sa surface. En étant plus ou moins enfoncées et éclairées latéralement, elles permettent de créer des ombres portées sur la surface blanche de l’écran. Cette trame d’épingles, par effet de gris optique, peut ainsi créer une gamme de dégradés du blanc au noir, donnant à l’image animée l’aspect d’une gravure à l’aquatinte ou à la manière noire (source Wikipedia).

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Extrait des Nuits de de Sibérie

    UN JOUR que dans un petit bar, tout de laque et de silence, nous nous entretenions à mi-voix de nos voyages, mon ami le pilote Estienne parla ainsi :

    « Vladivostok est une ville que les grands vagabonds traversent souvent, mais où ils ne s’arrêtent guère. Par quoi les retiendrait-elle ? Une fois que, venant du Japon, on a découvert sa rade, ornée de collines doucement ondulées, que l’on a admiré le travail du brise-glaces, monstre maladroit qui effondre la carapace du gel dans un sillon d’eau vierge et sombre, Vladivostok n’a plus d’attraits.
    Le Pacifique y vient mourir sous un ciel si brumeux que l’on croit avec peine que le même océan berce Honolulu de vagues de corail et d’or. La ville est terne, sale, toute en longueur, étirée selon une rue interminable et boueuse, la Svetlanskaïa, d’où partent, en maigre éventail, des impasses et des culs-de-sac. Des immeubles sans style, construits vers la fin du siècle dernier, d’immenses casernes, sont flanqués d’un quartier japonais sans grâce et d’un quartier chinois sans mystère avec des maisons d’amour navrantes. Sur tout cela tantôt une misère mesquine, tantôt un laborieux mauvais goût.

     Comme tu le vois, c’est un de ces nœuds inévitables qu’imposent les longs itinéraires et que l’on ne songe qu’à quitter au plus vite. Or, le hasard voulut m’y laisser deux mois. Je faisais partie d’une escadrille expédiée de France quelques jours avant l’armistice et qui, après une folle traversée de l’Amérique, venait échouer par la force de l’inertie en un point du globe où elle n’avait plus rien à faire.
     L’aventure pourtant ne me déplaisait point. J’avais mon plein de cocktails, de palaces, de flirts, et j’ai un goût secret pour les villes militaires, sans ressources apparentes. La monotonie y donne aux habitudes le goût et l’exigence des vices.
      De plus, nous étions seulement à la fin de l’hiver 1919. Le bolchevisme n’avait pas mis encore de rubans roses. La mode était loin de se faire recevoir aux dîners des ambassadeurs du Kremlin. Nous ne savions rien de la Russie, nous n’en savons sans doute pas davantage aujourd’hui, mais Paris-Moscou comportait alors quelques difficultés qui ont disparu. Sur le vaste empire en convulsions d’étroites fenêtres s’ouvraient à des milliers de lieues l’une de l’autre : Arkhangelsk en mer Blanche, Odessa en mer Noire, et Vladivostok au bout de l’Asie, au fond du Pacifique. Qu’allais-je voir par cette meurtrière sibérienne entrebâillée sur le faux jour des mystères et des révolutions ?

     Il y avait vraiment à cette époque et dans ce lieu désolé une atmosphère unique. Fin de guerre, fin d’un ordre social, peau neuve d’un peuple, de cent peuples. Les nations en folie y avaient toutes débarqué des soldats. Canadiens aux lèvres étroites, Américains lourds de dollars, Anglais qui venaient chasser proprement le loup rouge, Tchèques graves et hardis portant sur leurs visages les labeurs du chemin qu’ils avaient frayé à coups de grenades de la Volga à l’Océan. Et les Russes achevant de dégueniller leurs uniformes. Et les Japonais, maîtres sournois de la ville. Et les prisonniers autrichiens, allemands, turcs, hongrois, roumains, bulgares, polonais, lettons. Et les travailleurs annamites. Et les cavaliers hindous.
    Pour te peindre d’un mot ce mélange je te dirai que la patrouille de sécurité devait comprendre un homme par nation. Elle comptait vingt-trois fusils. Capotes, manteaux, pelisses – kaki, bleu, vert et noir, – bérets, bonnets, fourrures, chapskas, képis et casques, – toutes les couleurs, tous les uniformes et toutes les coiffures se confondaient dans cette étrange troupe. Mais pour l’utilité je doute qu’elle valût un piquet de gendarmes.
    Heureusement la ville était à peu près sûre. Les canons des bâtiments de guerre, hauts fantômes noirs sur la rade, répondaient de la tranquillité. Cependant il était sage de ne pas trop s’aventurer dans le port. La révolution y avait des partisans cachés, mais fanatiques, ouvriers et matelots qui prêtaient l’oreille avec une joie farouche aux premiers craquements du front de Koltchak, là-bas, de l’autre côté de la Sibérie immense. L’émeute couvait sourdement dans les ruelles sordides. Chaque nuit des coups de feu y animaient le silence. Parfois, au petit matin, on voyait passer, entre des cosaques, un homme un peu hagard. C’était un agitateur qui allait mourir.
    La population n’accordait à ces cortèges qu’une attention sans émoi. Curieuse population ! Elle ne ressemblait à aucune autre, elle n’avait pas l’air d’appartenir à la ville, il n’y avait pas d’accord entre elle, les rues et les maisons. On la sentait installée provisoirement, comme les troupes, prête à passer dans un autre asile, aussi précaire que celui-ci. Ainsi Vladivostok semblait une vaste et sale auberge. Le service y était fait par les Chinois. Ils assuraient tout le travail, tout le commerce. Gros marchands aux belles robes fourrées et aux sourires de proxénètes, coolies misérables dévorés de vermine, qui, leur hotte de porteur sur le dos, cheminaient d’un pas cahotant de bête chargée, ils étaient là patients, silencieux et comme éternels, pour amasser le pécule qui leur permettrait de rejoindre leur patrie de plaines, de poussière, de sagesse et de tombeaux.

    Au milieu de cet univers désespéré, que faisait notre escadrille ? Elle attendait ses appareils qui, d’ailleurs, sont arrivés longtemps après que le dernier d’entre nous eut quitté les côtes du Pacifique. Ne va pas croire cependant que nous restâmes désœuvrés.
    Notre mission occupait le Musée ethnologique et géologique de la province de l’Amour. Là, parmi les échantillons de pierres et d’argiles, parmi les crânes de Samoyèdes, de Toungouses, et de Bouriates, et de Iakoutes et de Tchouktches, les pilotes fumaient des cigarettes et dictaient des rapports. Pour moi, j’étais voué à d’autres destins.

     Je t’ai déjà dit, je crois, que ma mère est d’origine russe et qu’elle m’a appris les rudiments de sa langue. Cela me valut d’être nommé chef de gare. C’est ainsi du moins que l’on peut résumer le plus brièvement mes fonctions. Elles consistaient à faire partie du concile international qui s’occupait de la voie ferrée et à assurer les convois destinés aux troupes françaises. Rien ne me désignait pour cet emploi si ce n’est ma connaissance du russe. Mais j’avais vingt et un ans. Tout me paraissait facile.
     Je ne savais pas encore ce qu’était cette gare et son désarmant désordre. Je ne savais pas qu’il me faudrait acheter les locomotives, voler les wagons, corrompre les sentinelles étrangères pour obtenir des munitions, gorger de vodka les chauffeurs qui ne consentaient à s’embarquer qu’ivres morts. Tout cela pour que la moitié au moins de mes trains fût capturée par les gens de Semenof, dont je te parlerai bientôt plus longuement.
     C’est mon âge aussi qui, me faisant prendre les choses au sérieux, me poussa, dès que je connus ma nomination, à prendre contact avec la gare. Il était pourtant six heures du soir, c’est-à-dire qu’il faisait nuit. Le dégel commençait. Neige flasque. Boueuse humidité. Du ciel obscur, toujours voilé, filtrait un suintement qui n’était ni pluie ni bruine. On eût dit que l’air était devenu un linge opaque, mouillé. On le sentait doux et mou sur les épaules. Mais rien ne pouvait m’arrêter. J’avais de mes devoirs une conception enfantine et catégorique. Il fallait que je connusse à l’instant mon champ imprévu d’activité. En perdant une heure je croyais priver nos troupes de cartouches. Déjà je les voyais encerclées et succombant sans défense par ma faute. J’avais vingt et un ans.

     À peine sorti du Musée ethnologique, j’appelai un cocher, sautai sur la banquette étroite et dure. Le gros homme, tout enveloppé d’une houppelande graissée par des générations, murmura dans sa barbe humide quelques mots à son cheval. Celui-ci comprit, à leur courbe paresseuse, qu’il n’était point de hâte au monde qui le dût décider à une autre allure que le pas et la voiture dépourvue de ressorts se mit à me cahoter impitoyablement et sans fin le long de la raboteuse Svetlanskaïa.
       Nous arrivâmes tout de même. Je contemplai avec anxiété le bâtiment que je n’avais jamais vu jusqu’à ce jour et d’où, dès le lendemain, j’allais faire partir mes convois. Son aspect était rassurant : neuf, un peu prétentieux. Je préparais déjà mon discours aux fonctionnaires russes en gravissant les degrés du perron. À peine eus-je poussé la porte que je ne pensais plus à eux, ni à mes cartouches. »


Article de ce blog lié

  • Un illustrateur génial : le dessinateur franco-russe Alexandre Alexeïeff pour le roman Adrienne Mesurat de Julien Green (1929)

Ubris : scène de la folie devenue ordinaire…


Vu à la télé…

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 Les droits du citoyen casseur

    Vu sur la chaîne de télévision LCI hier soir d’une vidéo où l’on voit un groupe de casseurs s’acharner avec une violence extrême à coup de barres de fer et de pavés sur la devanture d’une bijouterie du XVIIe arrondissement. Dans la boutique sont présents le patron et ses employés armés de deux flashballs chargés de balles en caoutchouc. Au moment où les vitres de sécurité commencent à céder, les assiégés se considérant en état de légitime défense tirent sur leurs assaillants pour les repousser. On entend alors distinctement de la bouche de l’un des casseurs cette protestation surréaliste : « L’E…, il a pas l’droit, il n’a pas l’droit d’tirer ! ».

   Bah vas-y, ballot, porte plainte !


Paris en noir et blanc et Paris en couleur – Poèmes et chanson sur la ville


Au pied des tours de Notre-Dame,

Au pied des tours de Notre-Dame,
La Seine coule entre les quais.
Ah ! le gai, le muguet coquet !
Qui n’a pas son petit bouquet ?
Allons, fleurissez-vous, mesdames !
Mais c’était toi que j’évoquais
Sur le parvis de Notre-Dame ;
N’y reviendras-tu donc jamais ?
Voici le joli moi de mai…

Je me souviens du bel été,
Des bateaux-mouches sur le fleuve
Et de nos nuits de la Cité.
Hélas ! qu’il vente, grêle ou pleuve,
Ma peine est toujours toute neuve :
Elle chemine à mon côté…

De ma chambre du Quai aux Fleurs,
Je vois s’en aller, sous leurs bâches,
Les chalands aux vives couleurs
Tandis qu’un petit remorqueur
Halète, tire, peine et crache
En remontant, à contre-coeur,
L’eau saumâtre de ma douleur…

Francis Carco (1896-1958)


Paris en noir et blanc

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Jacques Dutronc

Il est cinq heures Paris s’éveille

Je suis le dauphin de la place Dauphine                     La Tour Eiffel a froid aux pieds
Et la place Blanche a mauvais’mine                            L’Arc de Triomphe est ranimé
Les camions sont pleins de lait                                     Et l’Obélisque est bien dressé
Les balayeurs sont pleins d’balais                               Entre la nuit et la journée

Il est cinq heures, Paris s’éveille,                                Il est cinq heures, Paris s’éveille,

Le café est dans les tasses                                             Les journaux sont imprimés
Les cafés nettoient leurs glaces                                   Les ouvriers sont déprimés
Et sur le boulevard Montparnasse                             Les gens se lèvent, ils sont brimés
La gare n’est plus qu’une carcasse                             C’est l’heure ou je vais me coucher

Il est cinq heures, Paris s’éveille, Paris s’éveille     Il est cinq heures, Paris se lève
                                                                                                 Il est cinq heures,                                          Les banlieusards sont dans les gares.                         je n’ai pas sommeil
A la Villette, on tranche le lard                                   
Paris by night regagne les cars                                     Jacques Lanzmann (1927-2006)
Les boulangers font des bâtards

Il est cinq heures, Paris s’éveille, Paris s’éveille


      La chanson doit beaucoup au flûtiste Roger Bourdin qui, travaillant sur un autre projet dans un studio voisin de celui de l’enregistrement, a improvisé un solo de flûte en une seul prise qui donnera à la chanson dont tous trouvaient jusque là la mélodie un peu plate, l’originalité nécessaire. Les paroles écrites par Jacques Lanzmann et son épouse d’alors Anne Ségalen sont inspirées de la chanson Tableau de Paris à cinq heures du matin écrite en 1802 par le chansonnier Marc-Antoine-Madeleine Désaugier.

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Marc-Antoine-Madeleine Désaugiers.

Tableau de Paris
à cinq heures du matin

L’ombre s’évapore,                   Gentille, accorte,                  « Adieu donc, mon père ;
Et déjà l’aurore                          Devant ma porte                 Adieu donc, mon frère ;
De ses rayons dore                    Perrette apporte                  Adieu donc, ma mère.
Les toits d’alentour ;                 Son lait encor chaud ;        — Adieu, mes petits. »
Les lampes pâlissent,                Et la portière                       Les chevaux hennissent,
Les maisons blanchissent,       Sous la gouttière                 Les fouets retentissent,
Les marchés s’emplissent,       Pend la volière                    Les vitres frémissent :
On a vu le jour.                          De dame Margot.                 Les voilà partis !

De la Villette,                              Le joueur avide,                   Dans chaque rue
Dans sa charrette,                     La mine livide                       Plus parcourue,
Suzon brouette                          Et la bourse vide                  La foule accrue
Ses fleurs sur le quai,               Rentre en fulminant,          Grossit tout à coup :
Et de Vincenne                          Et sur son passage               Grands, valetaille,
Gros-Pierre amène                   L’ivrogne, plus sage,            Vieillards, marmaille,
Ses fruits que traîne                Cuvant son breuvage,          Bourgeois, canaille,
Un âne efflanqué.                    Ronfle en fredonnant.          Abondent partout.

Déjà l’épicière,                          Tout chez Hortense              Ah ! quelle cohue !
Déjà la fruitière,                       Est en cadence :                    Ma tête est perdue,
Déjà l’écaillère                          On chante, danse,                 Moulue et fendue :
Saute à bas du lit.                     Joue, et cetera…                    Où donc me cacher ?
L’ouvrier travaille,                  Et sur la pierre                      Jamais mon oreille
L’écrivain rimaille,                  Un pauvre hère                    N’eut frayeur pareille…
Le fainéant bâille,                   La nuit entière                      Tout Paris s’éveille…
Et le savant lit.                         Souffrit et pleura.                 Allons nous coucher.

J’entends Javotte,                    Le malade sonne,
Portant sa hotte,                     Afin qu’on lui donne
Crier : Carotte,                         La drogue qu’ordonne        
Panais et chou-fleur !             Son vieux médecin,            
Perçant et grêle,                      Tandis que sa belle
Son cri se mêle                       Que l’amour appelle,
À la voix frêle                         Au plaisir fidèle,                    
Du gai ramoneur.                   Feint d’aller au bain.           

L’huissier carillonne,            Quand vers Cythère              
Attend, jure et sonne,            La solitaire,                            
Ressonne, et la bonne,          Avec mystère,
Qui l’entend trop bien,         Dirige ses pas,
Maudissant le traître,           La diligence
Du lit de son maître              Part pour Mayence,
Prompte à disparaître,         Bordeaux, Florence,
Regagne le sien.                     Ou les Pays-Bas.


Et une autre version de la chanson de Dutronc, cette fois en couleur et dans une interprétation toute personnelle…

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Vous ne connaissiez pas An Pierlé ?


Ville

Trams, autos, autobus,                                 Je marche, emporté par la foule,
Un palais en jaune pâli,                                Vague qui houle,
De beaux souliers vernis,                            Revient, repart, écume
De grands magasins, tant et plus.             Et roule encore, roule.

Des cafés et des restaurants                       Nul ne sait ce qu’un autre pense
Où s’entassent des gens.                              Dans l’inhumaine indifférence.
Des casques brillent, blancs                       On va, on vient, on est muet,
Des agents, encor des agents.                    On ne sait plus bien qui l’on est
                                                                             Dans l’immense ville qui bout,
Passage dangereux. Feu rouge,                  immense soupe au lait.
Feu orangé, feu vert.
Et brusquement, tout bouge.                      Maurice Carême (1899-1878)
On entend haleter les pierres.


Pour consulter le site  « Poésie – La ville en poésie« , c’est  ICI


Quand les murs se souviennent et parlent…


Le portugais Alexandro Farto dit « Vhils » fait parler les murs.

Alexandre Farto (Vhils), Faja de Baixo 2012, ph. Vitor Belanciano.jpg

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street art gp13 vhilsAlexandro Farto dit « Vhils » est un artiste de rue portugais qui use d’une technique toute particulière. Plutôt que de tagguer  ou d’appliquer des couches de peinture sur les murs, il gratte leur surface, les travaille au burin ou au marteau-piqueur. Le résultat est que les figures créées n’ont plus l’aspect artificiel qu’elles arborent habituellement lorsqu’elle sont « plaquées » sur leurs supports mais qu’au contraire, elles donnent l’apparence « d’appartenir » de manière intrinsèque aux murs qui les portent, dévoilant les couches successives de matériaux qui les constituent et parfois même leur structure interne. Évidemment, ce travail ne peut être réalisé que sur des bâtiments en mauvais état ou des ruines, accompagnant ainsi de manière aléatoire, imprécise et intemporelle, à la façon d’un tatouage, la lente dégradation de l’épiderme de leurs murs.

Enki sigle



 

Est-ce ainsi que les hommes vivent ?


la solitude parmi la foule

Les japonais derrière la vitre du métro à Tokyo – photographe Michael Wolf
Léo Ferré – La solitude

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   À qui s’adresse ce doigt d’honneur ? À la société ? Au système qui génère cette aliénation et qui en porte la responsabilité ? Non, absolument pas ! ce doigt d’honneur s’adresse au photographe qui est témoin de cette misère humaine et de la passivité apparente de ceux qui en sont les victimes désignées et résignées… A-t-on déjà vu les voyageurs japonais se révolter contre cette forfaiture ? manifester dans les gares, bloquer les trains ? À ma connaissance, jamais. L’agressivité se retourne contre le témoin qui a le tort de mettre au grand jour cet abaissement que l’on voudrait dissimuler parce qu’il fait honte. Ces clichés du photographe Michael Wolf m’ont touché car, durant de nombreuses années, j’ai moi-même connu, à un degré nettement moindre, il est vrai, les transports quotidiens entre une lointaine banlieue nord et le centre de Paris, dans des wagons de train et de métro bondés où l’on ressentait, mêlé à un profond sentiment de solitude, une exaspération croissante alors que l’on se voyait réduit à n’être qu’une portion de la masse compacte composée d’êtres résignés aux yeux éteints qui évitaient de croiser votre regard.


Deux chansons poignantes de Nick Cave, artiste australien vivant à Brighton (GB)


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« Skeleton Tree »

Sunday morning, skeleton tree
Oh, nothing is for free
In the window, a candle
Well, maybe you can see
Fallen leaves thrown across the sky
A jittery TV
Glowing white like fire
Nothing is for free
I called out, I called out
Right across the sea
But the echo comes back in, dear
And nothing is for free

Sunday morning, skeleton tree
Pressed against the sky
The jittery TV
Glowing white like fire
And I called out, I called out
Right across the sea
I called out, I called out
That nothing is for free

And it’s alright now
And it’s alright now
And it’s alright now

         


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    Nicholas Edward Cave, dit Nick Cave, né le 22 septembre 1957 à Warracknabeal (Australie) est un artiste pluridisciplinaire australien, chanteur, auteur, compositeur, écrivain, poète, scénariste et occasionnellement acteur. Il a acquis sa notoriété avec le groupe Nick Cave and the Bad Seeds où il exprime sa fascination pour la musique populaire américaine et ses racines notamment le blues. Marié à l’actrice et mannequin anglaise Susie Bick, il réside à Brighton en Angleterre. (crédit Wikipedia)
    L’album Skeleton Tree d’où est tiré la chanson présentée ci-dessus a été produit après la mort de son fils Arthur, 15 ans, l’un de ses jumeaux, tombé de la falaise d’Ovingdean Gap près de Brighton après avoir expérimenté pour la première fois du L.S.D. (Se reporter à ce sujet à l’excellent article de Télérama du 12/09/2016, : c’est ICI). La seconde chanson (et première chanson sur l’album), Jesus alone, présentée ci-après, a pour premiers mots : « Tu es tombé du ciel, pour t’écraser dans un champ… »

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« Jesus Alone »

You fell from the sky
Crash landed in a field
Near the river Adur
Flowers spring from the ground
Lambs burst from the wombs of their mothers
In a hole beneath the bridge
She convalesce, she fashioned masks of clay and twigs
You cried beneath the dripping trees
Ghost song lodged in the throat of a mermaidWith my voice
I am calling youYou’re a young man waking
Covered in blood that is not yours
You’re a woman in a yellow dress
Surrounded by a charm of humming birds
You’re a young girl full of forbidden energy
Flickering in the gloom
You’re a drug addict lying on your back
In a Tijuana hotel roomWith my voice
I am calling you
With my voice
I am calling youYou’re an African doctor harvesting tear ducts
You believe in God, but you get no special dispensation for this belief now
You’re an old man sitting by a fire, hear the mist rolling off the sea
You’re a distant memory in the mind of your creator, don’t you see?With my voice
I am calling you
With my voice
I am calling youLet us sit together until the moment comesWith my voice
I am calling youLet us sit together in the dark until the moment comes

With my voice
I am calling you
With my voice
I am calling you
With my voice
I am calling you
With my voice
I am calling you


to burst : éclater  –   womb : utérus  –twig : brindille  –  beneath : sous  –  dripping  : égouttage  –  waking : se réveillant  –  humming : bourdonnant  –  flickering : vacillant  –  harvesting : récolte  –  duct : canal  –  mist : brouillard  –  rolling : roulant