Deux chansons poignantes de Nick Cave, artiste australien vivant à Brighton (GB)


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« Skeleton Tree »

Sunday morning, skeleton tree
Oh, nothing is for free
In the window, a candle
Well, maybe you can see
Fallen leaves thrown across the sky
A jittery TV
Glowing white like fire
Nothing is for free
I called out, I called out
Right across the sea
But the echo comes back in, dear
And nothing is for free

Sunday morning, skeleton tree
Pressed against the sky
The jittery TV
Glowing white like fire
And I called out, I called out
Right across the sea
I called out, I called out
That nothing is for free

And it’s alright now
And it’s alright now
And it’s alright now

         


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    Nicholas Edward Cave, dit Nick Cave, né le 22 septembre 1957 à Warracknabeal (Australie) est un artiste pluridisciplinaire australien, chanteur, auteur, compositeur, écrivain, poète, scénariste et occasionnellement acteur. Il a acquis sa notoriété avec le groupe Nick Cave and the Bad Seeds où il exprime sa fascination pour la musique populaire américaine et ses racines notamment le blues. Marié à l’actrice et mannequin anglaise Susie Bick, il réside à Brighton en Angleterre. (crédit Wikipedia)
    L’album Skeleton Tree d’où est tiré la chanson présentée ci-dessus a été produit après la mort de son fils Arthur, 15 ans, l’un de ses jumeaux, tombé de la falaise d’Ovingdean Gap près de Brighton après avoir expérimenté pour la première fois du L.S.D. (Se reporter à ce sujet à l’excellent article de Télérama du 12/09/2016, : c’est ICI). La seconde chanson (et première chanson sur l’album), Jesus alone, présentée ci-après, a pour premiers mots : « Tu es tombé du ciel, pour t’écraser dans un champ… »

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« Jesus Alone »

You fell from the sky
Crash landed in a field
Near the river Adur
Flowers spring from the ground
Lambs burst from the wombs of their mothers
In a hole beneath the bridge
She convalesce, she fashioned masks of clay and twigs
You cried beneath the dripping trees
Ghost song lodged in the throat of a mermaidWith my voice
I am calling youYou’re a young man waking
Covered in blood that is not yours
You’re a woman in a yellow dress
Surrounded by a charm of humming birds
You’re a young girl full of forbidden energy
Flickering in the gloom
You’re a drug addict lying on your back
In a Tijuana hotel roomWith my voice
I am calling you
With my voice
I am calling youYou’re an African doctor harvesting tear ducts
You believe in God, but you get no special dispensation for this belief now
You’re an old man sitting by a fire, hear the mist rolling off the sea
You’re a distant memory in the mind of your creator, don’t you see?With my voice
I am calling you
With my voice
I am calling youLet us sit together until the moment comesWith my voice
I am calling youLet us sit together in the dark until the moment comes

With my voice
I am calling you
With my voice
I am calling you
With my voice
I am calling you
With my voice
I am calling you


to burst : éclater  –   womb : utérus  –twig : brindille  –  beneath : sous  –  dripping  : égouttage  –  waking : se réveillant  –  humming : bourdonnant  –  flickering : vacillant  –  harvesting : récolte  –  duct : canal  –  mist : brouillard  –  rolling : roulant


Vertigo


L’appel irrésistible du vide

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Jan Lauschmann – L’escalier du château, 1927      –      l’une de me photographies préférées

   Sensation angoissante de vertige produite par cette photographie de 1927 du photographe tchécoslovaque Jan Lauschmann. Le malaise provient de la mise en perspective de l’abîme et l’absence de premier plan qui aurait pu jouer le rôle de garde-corps protecteur générant ainsi le sentiment que l’on se situe en tant qu’observateur non pas en bordure, mais au-dessus du vide. On imagine d’ailleurs que le photographe s’est penché dangereusement au-dessus de celui-ci pour prendre le cliché. La taille minuscule du personnage situé en contrebas nous permet de mesurer la profondeur abyssale qui nous sépare du sol et la pensée nous vient alors que l’on pourrait être nous-même à sa place, mais étendu inerte sur le sol, après la chute provoquée par l’appel du vide. La longue diagonale de l’escalier avec sa main-courante métallique dérisoire qui zèbre l’immense face verticale de la muraille et focalise notre attention par le jeu récurrent d’ombre et de lumière des marches et contremarches ajoute encore à la sensation de vertige car là encore on ne peut s’empêcher de s’imaginer emprunter cet escalier précaire avec angoisse pour s’engager dans la profondeur du vide. Ajoutons le contraste violent entre les parties ombrées et celles plongées dans la lumière qui ajoute au caractère dramatique de la scène et renforce le sentiment général de malaise. Ce qu’expriment tous ces sentiments mêlés,  c’est l’appel du vide, le danger d’attirance et d’absorption de notre être par l’abîme dans une mise en situation fantasmée alors même que nous sommes confortablement assis sur notre siège pour visualiser cette photographie…
……………………………………………………………………………………………………….Enki sigle


jan-lauschmann-1901-1991         Le tchécoslovaque Jan Lauschmann (1901-1991) était un chimiste dans l’industrie du papier photographique. Il a commencé ses activités de photographe en 1912 et a subi les influences de tous les courants modernistes qui ont marqué la photographie européenne et américaine depuis le pictorialisme et la Nouvelle Objectivité jusqu’à la Photo-Secession d’Alfred Stieglitz et le constructivisme. En 1928, adepte de la Straight photography,  il a promu une photographie sans artifice refusant toute intervention sur le négatif et l’impression.

Quelques photographies de Jan Lauschmann   (cliquer sur les photos pour les faire défiler)

     Ces photographies de Jan Lauschmann expriment toutes un fort degré de dramatisation par le choix des axes de vue en plongée ou en contre-plongée qui ont pour effet de changer la nature des relations qu’entretient l’observateur avec le sujet et les transforment en rapports de domination, de puissance, de peur et de soumission. La mise en scène de «rückenfiguren» (personnages vus de dos), qui confère aux photographies un caractère ambigu ou mystérieux, l’utilisation du clair obscur en privilégiant les prises de vues à l’aube, crépusculaires ou nocturnes, enfin les cadrages insolites qui ne permettent pas d’inscrire les sujets représentés dans leur contexte ajoutent encore à cet effet de dramatisation.


le cavalier de bronze

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Alexandre Benois - le cavalier de bronze , 1899-1905

Alexandre Benois – le cavalier de bronze , 1899-1905

     En 1703, le tsar Pierre le Grand prit la décision de bâtir une nouvelle capitale en bordure du Golfe de Finlande. Il s’agissait pour lui d’ouvrir son Empire sur l’Europe. L’endroit choisi est un marais presque inhabité gelé une grande partie de l’année et régulièrement inondé par les crues de la Néva qui appartenait il y a peu de temps encore au roi de Suède. Soixante dix mille travailleurs, serfs, soldats, condamnés et prisonniers de guerre suédois furent réquisitionnés pour les travaux de défrichage, d’arasement des collines, de drainage et d’assèchement des marais et de creusement de multiples canaux. Quarante mille piliers en chêne de 5 m de long furent plantés pour fonder et stabiliser les constructions. On estime à des dizaines de milliers le nombre de décès dus à l’épuisement, à la faim et au choléra. On relate que faute de pelles, les hommes creusaient la terre de leurs mains nues et la transportaient dans leur chemise.

      En 1782, l’impératrice Catherine la Grande fit réaliser une statue équestre en bronze à la gloire de son illustre prédécesseur. Elle fut réalisée par le sculpteur français Etienne Maurice Falconet, un proche de Diderot, et représente Pierre le Grand chevauchant un étalon qui se cabre à l’extrémité d’un énorme rocher avec à ses pieds un serpent terrassé représentant la trahison. Falconnet, qui venait juste de créer son « Amour menaçant » pour la marquise de Pompadour, avait été choisi sur recommandation de Diderot et du prince Galitzine, ambassadeur russe à Paris. Le visage de Pierre le Grand a été réalisé à partir de son masque mortuaire et de divers portraits trouvés à Saint-Pétersbourg par l’élève et bru de Falconnet, la jeune Marie-Anne Collot alors âgée de 18 ans. D’une main, le tsar tient les rênes de son cheval cabré et, de l’autre, désigne la forteresse Pierre-et-Paul. La réalisation de cette statue prit 12 ans et constitua un exploit. C’est ainsi que « la pierre Tonnerre », le monolithe sur lequel se cabre le cheval, l’une des plus grosses pierres jamais déplacées par l’homme, pesait plus de 1600 tonnes et fut tiré d’un marais situé à proximité de la ville et traîné sur des patins à roulettes de cuivre jusqu’au Golfe de Finlande par une centaine de serfs avant d’être hissé sur des radeaux et conduit jusqu’au lieu de son installation où il fut taillé pour atteindre la forme définitive souhaitée par le sculpteur. Il avait fallu encore deux années pour accomplir ce travail.   

     Ce monument fut immortalisé un demi-siècle plus tard, en 1833, par le grand poète russe Alexandre Pouchkine dans son poème « Le cavalier de Bronze » (ou « d’airain »). Il raconte l’histoire d’Eugène (Evgueni), un obscur employé de la ville dont la fiancée vient d’être emportée par une crue de la Néva. Le jeune homme, désespéré, passe alors devant la statue du monarque et lui reproche par ses rêves de grandeur d’avoir bâti inconsidérément une ville dans un lieu inondable mais le tsar outragé descend avec sa monture du rocher escarpé et se lance dans une folle chevauchée dans les rues de la ville. Eugène, qui se croit poursuivi par la statue, sombre alors dans la folie.

Surikov Vassily Ivanovitch – Le Cavalier de Bronze

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Le cavalier d’airain, Alexandre Pouchkine, 1833 (extraits)

 » Je t’aime, chef-d’oeuvre de Pierre ;           « Oui je t’aime, cité, création de Pierre ;
J’aime cette grâce sévère,                                 J’aime le morne aspect de ta large rivière,
Le cours puissant de la Néva,                         J’aime tes dômes d’or où l’oiseau fait son nid,
Le granit qui borde sa rive,                            Et tes grilles d’airain et tes quais de granit.
Près des canaux les entrelacs                        Mais ce qu’avant tout j’aime, ô cité d’espérance,
Des grilles, et les nuits pensives,                   C’est de tes blanches nuits la molle transparence,
Leur ombre claire, leur éclat.                        Qui permet, au retour de l’heureux mois des fleurs,
Voilà! Chez moi, point de bougies.                Que l’amant puisse lire à tes douces pâleurs
Je lis, j’écris à la clarté                                      Le billet attardé, que, d’une main furtive,
Qui baigne les rues endormies.                      Traça loin de sa mère une amante craintive.
L’aiguille de l’Amirauté                                    Alors, sans qu’une lampe aux mouvantes clartés,
Brille au loin. Sur le ciel que dore                 Dispute à mon esprit ses rêves enchantés,
Un éternel rayon, l’aurore                               Par toi seule guidé, poète au cœur de flamme,
Se hâte d’aller relever                                       Sur le papier brûlant je verse à flots mon âme.
Le crépuscule inachevé                                     Et toi, pendant ce temps, crépuscule argenté,
Et la nuit dure une heure à peine. […]         Tu parcours sur ton char la muette cité,

Vis, resplendis, ville de Pierre.                       Versant aux malheureux, dans ta course nocturne,
Comme la Russie reste fière                            Le sommeil, doux breuvage échappé de ton urne,
Inébranlable en ta beauté!                              Et regardant au loin, comme un rigide éclair,
L’élément que tu as dompté                             L’Amirauté dressant son aiguille dans l’air.
Puisse-t-il oublier sa haine !                           Alors, de notre ciel par ton souffle effacée,
Que jamais sa colère vaine                             Vers le noir occident l’ombre semble chassée,
Ne vienne en son repos troubler                    Et l’on voit succéder, de la main se touchant,
Le Fondateur de la Cité !                                  La pourpre de l’aurore à celle du couchant.

Traduction française par Alexandre Dumas

Vladimir Stojarov 1926-1973 Pouchkine et le cavalier de bronze 1946

Vladimir Stojarov 1926-1973 – Pouchkine et le cavalier d’airain, 1946

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          Le compositeur soviétique d’origine allemande Reinhold Moritsevitch Glière a créé en 1848/1949 « Madny vsadnik » (la statue équestre) tiré du roman de Pouchkine et « Le Cavalier de bronze », une suite de ballet & Concerto pour Cor et orchestre, créé le 14 mars 1949 par Richard Watkins (cor) avec le BBC Philharmonic Orchestra dirigé par Edward Downes. 1 CD CHANDOS a été enregistré en 1994.

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Pour en savoir plus

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Port de mer au soleil couchant (Le Lorrain)

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Claude Gellée dit Le Lorrain - Port de mer au soleil couchant, 1639 .jpg

Claude Gellée dit Le Lorrain – Port de mer au soleil couchant, 1639 – Musée du Louvre

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Ppppp….
Mais où allez-vous ?

Vous croyez en avoir terminé ?
Vous pensez avoir tout vu, peut-être ?
Vous pensez comme je le fais moi-même trop souvent qu’il suffit de promener un regard distrait durant 5 secondes en pensant à autre chose suffit pour apprécier un tableau…
Et si je vous demandais de fermer les yeux et de décrire la scène que vous venez de contempler ?  Vous seriez bien ennuyé, n’est-ce-pas ?

Alors, on recommence depuis le début. En plus vous n’aurez aucun effort à faire, vous n’avez qu’à cliquer sur la vidéo qui suit…

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Vous voyez tout ce que vous aviez manqué et cela n’a pris que 4 mn 33

Scénario et réalisation – Pierre Oscar Lévy
Direction artistique – Jean-Jacques Birgé
Musique – Jean-Jacques Birgé et Vincent Segal, avec la participation de Olivier Koechlin

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Rêves de pierre…

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Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre…   Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal.

Daniells1808a

Thomas and William Daniell – Observatoire de Delhi Samrat Yantra avec en arrière-plan le Jai-Prakash Yantra constitué de 2 structures concaves hémisphériques utilisées pour mesurer la position des corps célestes, 1808.

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