Ostende, ville de l’entre-deux, ni grise, ni verte


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    J’ai un jour débarqué à Ostende en provenance de je ne sais plus quel port de la côte Est de l’Angleterre, pour me rendre à Amsterdam. C’était un jour de vent et de brume et je n’ai pas perçu que se tenait là une ville. Elle avait disparue comme engloutie par la brume et la mer. Aujourd’hui, après avoir écouté la chanson « Comme à Ostende »  mise en musique par Léo Ferré sur des paroles de Caussimon, avoir lu des textes de Patrick Devaux (Les mouettes d’Ostende), des poèmes d’Emile Verhaeren, de Hugo Klaus et de Harmel et après avoir appris que le chanteur Marvin Gaye y avait séjourné plus d’une année, j’éprouve curieusement le désir fervent d’y retourner comme si il y avait nécessité absolue de «réparer» une offense ou une injustice.

Ostende

Mes pas n’ont jamais foulé
le sable gris de tes plages.
Je n’ai laissé aucunes traces
qu’effaceraient les vagues,
alors je me projette et t’imagine.
Étrange ville de finitude
qui voit s’échouer la terre et la mer.
Ville des commencements aussi,
au carrefour de tous les infinis,
de toutes les amères solitudes.
Ville sans cesse baignée et peignée
du flux mouvant des éléments ;
eau, ciel, temps, masses humaines,
et parfois, et c’est un grand bonheur,
par la généreuse lumière du Nord
pure, claire et immensément joyeuse.
C’est aussi la ville où férocement
rugit un vent dément,
où les mouettes ne rient pas
mais hurlent contre le vent.
Ville intemporelle
bizarrement belle
de sa trop grande laideur
où l’on croise parfois
quelques spectres du passé
qui jouent aux bien vivants…
Ville floue et grise de l’entre-deux
aux vagues limites faites de sable,
d’écume, de vent et de lourds nuages
où s’échouent et s’entremêlent
les épaves et les naufragés
de toutes les mers, 
de toutes les terres,
de toutes les vies.

Enki sigle

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20 août 2017
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la plage d’Ostende avec le casino Kursall en arrière-plan

    « Comme à Ostende » est une chanson mise en musique par Léo Ferré sur des paroles de Jean-Roger Caussimon avec un arrangement de Jean-Michel Defaye. Elle a été interprétée pour la première fois par Léo Ferré à l’hiver 1960 à l’occasion de la sortie de son album « Paname »Caussimon l’interprètera à son tour en 1970, année où il commence une carrière de chanteur. La collaboration de Léo Ferré avec Jean-Roger Caussimon remonte à la fin des années 1940, avec la méconnue « À la Seine » et le désormais classique « Monsieur William » (1950-53). Elle se poursuit en 1957 avec toutes une brassée de chansons (« Mon Sébasto », « Mon Camarade », « Les Indifférentes » et « Le Temps du tango », cette dernière devenant un succès).

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Ostende, entrée du port (photochrome)


« Comme à Ostende », Paroles de Jean-Roger Caussimon, musique de Léo Ferré

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« Comme à Ostende », interprétée par Léo Ferré en 1960

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« Comme à Ostende », interprété par Jean-Roger Caussimon en 1970

 


Comme à Ostende

On voyait les chevaux d’ la mer
Qui fonçaient, la têt’ la première
Et qui fracassaient leur crinière
Devant le casino désert…

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La barmaid avait dix-huit ans
Et moi qui suis vieux comm’ l’hiver
Au lieu d’ me noyer dans un verre
Je m’ suis baladé dans l’ printemps
De ses yeux taillés en amande
Ni gris, ni verts
Ni gris, ni verts
Comme à Ostende
Et comm’ partout
Quand sur la ville
Tombe la pluie
Et qu’on s’ demande
Si c’est utile
Et puis surtout
Si ça vaut l’ coup
Si ça vaut l’ coup
D’ vivre sa vie !…

 
J’ suis parti vers ma destinée                                On est allé, bras d’ ssus, bras d’ssous
Mais voilà qu’une odeur de bière                         Dans l’ quartier où y’a des vitrines
De frite(s) et de moul’s marinières                      Remplies de présenc’s féminines
M’attir’ dans un estaminet…                                Qu’on veut s’ payer quand on est soûl.
Là y’avait des typ’s qui buvaient                          Mais voilà qu’ tout au bout d’ la rue
Des rigolos, des tout rougeauds                           Est arrivé un limonaire
Qui s’esclaffaient, qui parlaient haut                 Avec un vieil air du tonnerre
Et la bière, on vous la servait                                 À vous fair’ chialer tant et plus
Bien avant qu’on en redemande…                        Si bien que tous les gars d’ la bande
Oui, ça pleuvait                                                           Se sont perdus
Oui, ça pleuvait                                                           Se sont perdus
Comme à Ostende                                                       Comme à Ostende
Et comm’ partout                                                        Et comm’ partout
Quand sur la ville                                                      Quand sur la ville
Tombe la pluie                                                             Tombe la pluie
Et qu’on s’ demande                                                  Et qu’on s’ demande
Si c’est utile                                                                  Si c’est utile
Et puis surtout                                                            Et puis surtout
Si ça vaut l’ coup                                                        Si ça vaut l’ coup
Si ça vaut l’ coup                                                        Si ça vaut l’ coup
D’ vivre sa vie !…                                                        D’ vivre sa vie !…

© Éditions Méridian/Léo Ferré, musique de Léo Ferré


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Ostende, la plage et le casino Kursaal (photochrome)


le port d'Ostende

le port d’Ostende

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Sur la plage d’Ostende devant le casino  Kursall


poème « Ostende » de l’écrivain flamand Hugo Claus (1929-2008)

Hugo Claus

C’est là que mon existence commença à tomber en déliquescence.
J’avais dix-neuf ans, je dormais
à l’Hôtel de Londres, sous les combles.
Le paquebot passait sous ma fenêtre.
Chaque nuit la ville s’abandonnait
aux vagues.

J’avais dix-neuf ans, je jouais aux cartes
avec les pêcheurs qui rentraient d’Islande.
Ils venaient du grand froid,
les oreilles et les cils pleins de sel, et
mordaient dans des quartiers
de porc cru.
Ah, le cliquetis des dés. En ce temps
de vogelpik et de poker, j’étais toujours gagnant.

Cathédrale d'Ostende

Ensuite, à l’aube, j’allais longeant la cathédrale,
cette chimère de pierre et de peur,
longeant la digue déserte, le Kursaal.
Les cafés de nuit
avec leur croupiers aux yeux caves,
les banquiers ruinés,
les anglaises poitrinaires
en montant de la nappe turquoise de la mer
les cris cruels des mouettes.

« Entre donc, monsieur le vent »,
crie gaiement un enfant
et sur Ostende souffle un nuage
de sable venant de l’invisible vis à vis
la brumeuse Angleterre,
et du Sahara.

Longeant les façades des pharmaciens qui vendaient
en ce temps là des condoms en murmurant,
longeant l’estacade et les brise-lames,
la minque et ses monstres marins,
l’hippodrome où je cessai un dimanche
de gagner.

Ostende - Hôtel des Thermes

Dimanches qui allaient et venaient.
Nuits à l’Hôtel des Thermes
où je m’effrayais de ses gémissements,
de ses soupirs, de son chant.
Sa voix continue à hanter mes souvenirs.

J’ai connu d’autres Îles, mers, déserts,
Istanbul, ce château en Espagne,
Chieng-Maï et ses mines terrestres,
Zanzibar dans la chaleur de la cannelle,
la lente lenteur du Tage. Ils disparaissent
sans cesse.

James Ensor

Plus nettement dans la lumière du Nord
je vois le visage enfantin
du Maître d’Ostende caché dans sa barbe.
Il était de cartilage,
puis il fut de cire,
aujourd’hui de bronze.
Le bronze où il sourit
à la pensée de sa jeunesse raide morte.

(traduit du néérlandais par Vincent Marnix, Castor Astral,1999)


Marvin Gaye à Ostende

    Au fait, savez-vous que Marvin Gaye, après tant d’autres célébrités, est venu s’amarrer lui aussi un temps  à la cité balnéaire de la mer du Nord. À l’orée des années 1970, le chanteur frôle la dépression suite à ses ennuis avec le fisc américain et son divorce coûteux avec Anna Gordy, la sœur de son manager Berry Gordy. Il s’exile à Londres où il mène une vie dissolue et sombre dans la drogue. C’est là qu’il rencontre un hôtelier d’Ostende, Freddy Cousaert avec lequel il se lie d’amitié. Parti à Ostende pour un séjour de quelques jours avec son fils Bubby, il y restera un an et demi, menant une vie saine et sportive, le temps de se refaire une santé et produire un tube planétaire, le célèbre « Sexual Healing ». Malheureusement, de retour aux États-Unis, il renoue avec ses démons, tombe en dépression et au bout du rouleau retourne vivre chez ses parents. C’est là, en 1984, qu’au cours d’une violente dispute son père l’abattra à coups de revolver. 


Regards croisés : déconstruction


Déconstruction – photo Enki, 1er août 2017 à 14h 07

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Tullio Crali, ÒPlongŽe sur la villeÓ, 1939

   À Sète, dans une belle propriété du Mont Saint-Clair entourée de pins et dominant la Méditerranée, j’ai pénétré dans une vieille serre délabrée aux vitres brisées. L’idée m’est venue de photographier de manière erratique le jardin à travers les vitres en jouant comme il m’arrive souvent avec la fonction photo panoramique de mon Iphone. Le résultat est une vision éclatée et déformée de l’ossature métallique de la serre et du jardin qui l’entoure. Immédiatement, une image me vient à l’esprit, celle du tableau futuriste réalisé par le peintre italien Tullio Crali en 1939 : « Plongée sur la ville« . Ce peintre avait découvert l’aviation en 1928 et s’était aussitôt enthousiasmé pour cette activité qui allait dés lors influencer sa production artistique. En 1929, il adhère au mouvement futuriste créé par Marinetti et inaugure l’aéropeinture avec le Manifeste de l’aéropeinture rédigé par Marinetti, Balla, Prampolini, Depero, Dottori, Cappa, Colombo, Sansoni et Somenzi, publié dans l’article Perspectives de vol dans lequel est affirmé que « les perspectives changeantes du vol constituent une réalité absolument nouvelle et qui n’a rien en commun avec la réalité traditionnellement constituée par les perspectives terrestres » et que « dépeindre depuis en haut cette nouvelle réalité impose un mépris profond pour le détail et une nécessité de tout synthétiser et transfigurer »  –  (crédit Wikipedia)


La serre de la propriété merveilleuse

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Un poème de métal et de verre patiné par le temps


L’univers fantastique par la déconstruction


Horst P. Horst (1906-1999) : Odalisques


Horst P. Horst (1906-1999)
Horst P. Horst (1906-1999)

Photographe de studio fortement influencé par la sculpture grecque, il aimait préparer minutieusement ses prises de vue, souvent mises en scène de manière théâtrale en combinant des éclairages dramatiques et soignant les détails. Ses clichés ont donné une image de la femme pleine de sensibilité et de grâce. « il photographiait les femmes comme des déesses : inaccessibles et d’un calme Olympien ».

La série des odalisques

    Cette série réalisée en 1943 s’inspire des tableaux orientalistes qui de Ingres à Matisse ont nourri au XIXe siècle les fantasmes des mâles européens. Les poses, savamment étudiées et composées ne sont pas naturelles et apparaissent plus  « picturales » que « photographiques». Les clairs obscurs violemment contrastés laissent parfois le visage du modèle dans l’ombre. C’est un reproche qui avait été porté à Horst à ses débuts. Une odalisque était une esclave qui était au service du harem. Certaines pouvaient néanmoins atteindre le statut de concubine ou de favorite dans les sérails ottomans, Le mot vient du turc odalik, qui signifie « femme de chambre », de oda, « chambre ».

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Horst P. Horst – Odalisque I, New York 1943

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Horst P. Horst – Odalisque II, 1943

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Horst P. Horst – Odalisque III, New York 1943

Horst P. Horst - Odalisque IV, 1943

Horst P. Horst – Odalisque IV, 1943   –    Par rapport au cliché de l’Odalisque I, la main posée à la base du sein ajoute à la sensualité de la scène. Le choix d’un format du cadrage qui affirme l’horizontalité et d’une saillie plus souple et moins heurtée de la hanche renforce l’expression de relâchement des courbes du corps et accentue l’effet d’alanguissement de la pose.


     Horst P. Horst de son vrai nom Horst Paul Albert Bormann est un photographe de mode américain d’origine allemande. Né en 1906 à Weißenfels dans le land de Saxe-Anhalt, il commence à étudier l’art à Hambourg avant de suivre à Paris une formation avec Le Corbusier. C’est à Paris qu’il rencontre le baron George Hoyningen-Huene, photographe de mode de talent qui a fui la révolution russe et exerce le poste de chef de la photographie pour le magazine Vogue Paris. Il deviendra son modèle attitré et son amant et sera initié par lui à la photographie à laquelle il va désormais se consacrer. En 1931, ses clichés sont publiés par l’édition française de Vogue et en 1932 par l’édition américaine. En 1935, il remplace George Hoyningen-Huene à Vogue après le départ de celui-ci cher Harper’s Bazaar. C’est à cette époque qu’il réalise une série « test » de photographies du mannequin d’origine suédoise Lisa Fonssagrives. Lorsque la guerre éclate en Europe, il s’installe aux États-Unis dont il obtiendra la nationalité en 1943.   (crédit Wikipedia)


Sète, de l’île singulière à l’île au singulier pluriel


Sète (anciennement Cette) : l’île singulière

Plan de la ville et du port de Cette en 1774 selon J. Jefferys

Plan de la ville et du port de Cette en 1774 selon J. Jefferys

Le port de Sète en 1845

Le port de Sète, le long du canal Royal, en 1845

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Vue d’ensemble du port de Sète aujourd’hui avec le cordon du Lido en haut à gauche, l’étend de Thau en arrière plan et le mont Saint-Clair qui domine la ville et le canal Royal qui relie la mer à l’étang de Thau.


Sète, l’île au singulier pluriel – photos Enki

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Le port de Sète vu du Mont Saint-Clair

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Sète, le port industriel

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Communication…

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Le canal Royal

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le cordon sablonneux du Lido entre étang de Thau et Méditerranée qui relie l’île  au cap d’Agde


Géométries amoureuses

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Pour agrandir l’une des photos, cliquer dessus. Les photos ensuite défilent


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C’est toi ? Gens de Sète


Gribouillage et embrouilles (déformations causées par mon IPhone en folie…)


le génie furtif de la nuit qui fuit l’arrivée du jour…


samedi 22 juillet, 6h 32 du matin : un personnage s’invite…

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     Ce matin, devant ma fenêtre, aux premières lueurs de l’aube, un personnage ordinairement banal qui n’attire jamais mon attention s’impose soudainement à moi dans le contraste violent du contre-jour en revêtant la forme d’une créature fantastique. C’est l’insignifiant petit bonhomme de bois articulé pour le dessin qui a décidé de devenir un monstrueux géant dominant le paysage : le génie furtif de la nuit qui fuit l’arrivée du jour…