sublime arabesque musicale pour l’amour d’un arbre


Ombra mai fù, Largo from the Serse (Xerxes) de George Friedrich Händel, 1738.

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Capture d’écran 2019-09-12 à 09.24.10.pngchanté magnifiquement par le contre-ténor Philippe Jaroussky
accompagné du Konzerthausorchester de Berlin dirigé par Vasily Petrenko.

Frondi tenere e belle
del mio platano amato
per voi risplenda il fato.
Tuoni, lampi, e procelle
non v’oltraggino mai la cara pace,
nè giunga a profanarvi austro rapace.

Ombra mai fu
di vegetabile,
cara ed amabile,
soave più.


Douces et belles branches
de mon platane bien-aimé
qui donne à resplendir la destinée.
Tonnerre, éclairs et tempêtes,
Ne venez jamais offenser 
cette paix si précieuse,
et que le rapace venu du sud
n’ose le profaner !

Jamais l’ombre d’un arbre
ne fut plus douce, bienfaisante
et plus suave.

Essai de traduction, Enki

     L’une des dernières compositions de Haendel dans le domaine de l’opéra, Serse est considéré comme le plus « mozartien » et l’un des meilleurs qu’il ait composés. La passion s’y mêle à la farce et à la satire. Classé parmi les opéras bouffe ou même désigné comme une farce, cet opéra en 3 actes s’éloigne de l’opera seria traditionnel et a été mal accueilli par le public lors de sa création en 1738 bien que la folie de la nature humaine y soit présentée sans être ridiculisée. L’action se passe dans l’Empire Perse en 480 av. J.C. et fait référence avec une grande liberté à l’empereur Xerxès Ier (Serse), fils de Darius le Grand, connu dans l’histoire pour avoir tenté de soumettre vainement la Grèce et d’avoir fait fouetter la mer coupable d’avoir détruit ses vaisseaux lors d’une tempête. Le rôle-titre Serse était chanté à l’origine par un soprano castrat, il est aujourd’hui interprété par un rôle masculin chanté par une femme à la tessiture de soprano ou par par un contreténor, un contralto ou un mezzo-soprano. Dans le bel aria d’amour « Ombra mai fù », le roi Serse déclame son admiration sans bornes pour l’ombre bienfaisante d’un platane qu’il avait pour le récompenser couvert d’or et de bijoux. Cet aria a souvent été arrangé pour d’autres types de voix et instruments, notamment l’orgue solo, le piano solo, le violon et d’autres instruments,  piano et ensembles à cordes, souvent sous le titre « Largo from Xerxes », bien que le tempo initial soit larghetto. (sources Wikipedia et diverses)


Vous préférerez peut-être pour Ombra mai fù la belle interprétation de Cécilia Bartoli qui suit mais pour ma part je suis un inconditionnel de la version éthérée de Philippe Jaroussky


    Dans le très beau film Une femme fantastique réalisé par le chilien Sebastian Lelio, cet aria est interprété au final par l’héroïne du film interprétée par l’actrice et chanteuse lyrique transgenre Daniela Vega.


Le platane dans l’antiquité et la légende du platane de Xerxès Ier

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Le Spectateur Belge par L. de Foere (1820), extrait


      Dans le texte ci-dessus, il est fait allusion à un « superbe groupe de platanes de la prairie de Bujukdéré, dignes rejetons d’une noble tige, qui paraissent en s’entrelaçant comme un temple de verdure consacré à Pales, et surmonté d’un dôme prêt à toucher la nue… ». J’ai pu retrouver sur internet des traces de cette prairie et de l’un de ces platanes si particuliers dans une gravure réalisée aux alentours de 1840 par Cholet d’après Danvin dont le titre est : Prairie de Buiuk Dere, les 40 arbres ou le Platane de Godefroy de Bouillon (a special olantene tree in Turkey) et publié en 1847 dans l’ouvrage L’Univers consacré à la Turquie. Une autre gravure de cet arbre a été réalisée en 1880.

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     L’historien, écrivain et pamphlétaire savoyard Joseph-François Michaud dans son ouvrage Correspondances d’Orient (1830-1831) fait référence au passage de Godefroy de Bouillon lors de la Première Croisade dans la vallée de Buyuk-Déré en actuelle Turquie.

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     L’écrivain Théophile Gautier, quant à lui,  dans son récit de voyage Constantinople publié en 1899 décrit lui aussi le platane de Godefroy de Bouillon à Buyuk-Déré mais met en doute la véracité de la légende attachée à cet arbre :

     « L’hôtel nouvellement fondé à Buyuk-Déré, et rendu nécessaire par l’affluence des voyageurs qui ne savaient où passer la nuit ou ne voulaient pas abuser de l’hospitalité de leurs amis de Constantinople, est fort bien tenu ; il a un grand jardin où s’épanouit un superbe platane dans les branches duquel on a établi un cabinet où je déjeunais abrité par un parasol de feuilles dentelées et soyeuses. — Comme je m’extasiais sur la grosseur de cet arbre, on me dit que dans une prairie, au bout de la grande rue de Buyuk-Déré, il en existait un bien plus énorme, connu sous le nom de platane de Godefroy de Bouillon.
     J’allai le visiter, et, au premier abord, je crus voir une forêt plutôt qu’un arbre : le tronc, composé d’une agglomération de sept ou huit fûts soudés ensemble, ressemblait à une tour effondrée par places ; d’énormes racines, pareilles à des serpents boas à moitié rentrés dans leurs repaires, l’accrochaient au sol ; les rameaux qui s’y implantaient avaient plutôt l’air d’arbres horizontaux que de simples branches ; dans ses flancs bayaient de noires cavernes, formées par la putréfaction du bois tombé en poudre sous l’écorce. Les pâtres s’y abritent comme dans une grotte et y font du feu sans que le géant végétal y prenne garde plus qu’aux fourmis qui circulent sur sa peau rugueuse et soulevée par lames. Rien n’est plus majestueusement pittoresque que cette monstrueuse masse de feuillages sur laquelle les siècles ont glissé comme des gouttes de pluie, et qui a vu se dresser à son ombre les tentes des héros chantés par le Tasse dans la Jérusalem délivrée. Mais ne nous abandonnons pas à la poésie ; voici l’histoire qui vient, comme d’habitude, contredire la tradition ; les savants prétendent que Godefroy de Bouillon n’a jamais campé sous ce platane, et ils apportent pour preuve un passage d’Anne Comnène, une contemporaine des faits, qui dément la légende. « Alors le comte Godefroy de Bouillon, ayant fait la traversée avec d’autres comtes et une armée composée de dix mille hommes de cavalerie et de soixante-dix mille d’infanterie, arriva à la grande ville et rangea ses troupes aux environs de la Propontide, depuis le pont Cosmidion jusqu’à Saint-Phocas. » Voilà qui est clair et décisif ; mais, comme la légende, malgré les textes des érudits, ne saurait avoir tort, le comte Raoul établit son champ à Buyuk-Déré avec les autres croisés latins, en attendant qu’il pût passer en Asie ; et, la mémoire précise de l’événement s’étant perdue, le platane séculaire a été baptisé du nom plus connu de Godefroy de Bouillon, qui, pour le peuple, résume plus particulièrement l’idée des croisades.
   Quoi qu’il en soit, l’arbre millénaire est là toujours debout, plein de nids et de rayons de soleil, voyant les années tomber à ses pieds comme des feuilles, de siècle en siècle plus colossal et plus robuste. Le vent du désert a depuis longtemps dispersé dans les sables de la Palestine les ossements réduits en poudre des croisés.
     Lorsque je visitai le platane de Godefroy ou de Raoul, un araba dételé était arrêté sous ses branches. Les bœufs, délivré du joug, s’étaient agenouillés dans l’herbe, et ruminaient gravement avec un air de béatitude sereine, secouant de temps à autre les filaments de bave argentée de leur mufle noir.
      Leurs conducteurs cuisinaient leur frugale pitance dans une des fissures de l’arbre, espèce de cheminée naturelle au foyer fait de deux pierres ; c’était un tableau charmant, tout groupé et tout composé. J’avais envie d’aller chercher Théodore Frère à son atelier de Buyuk-Déré pour en faire une pochade peinte ; mais l’araba se serait remis en route, ou le rayon qui éclairait si pittoresquement la scène se serait éteint avant que l’artiste fût arrivé. D’ailleurs, Frère a dans ses cartons des milliers de scènes analogues qui se reproduisent fréquemment dans la vie orientale. »

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Platane de Buyuk-Déré :  photographie Daguerreotype réalisée en 1842
par le photographe Joseph-Philibert Girault de Prangey.


Capture d’écran 2019-10-18 à 14.24.30.png     J’ai découvert depuis la rédaction de cet article un autre version chantée de la composition de Haendel, celle de la contralto et chef d’orchestre française Nathalie Stutzmann dont la voix profonde et puissante fait contrepoint et contraste heureusement avec la voix pure et éthérée de Philippe Jaroussky.


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Connaissez-vous le coprin chevelu ?


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     Le coprin chevelu (Coprinus comatus) est l’un des derniers champignons que l’on ramasse en fin d’automne. Il pousse dans les champs en lisière de forêt et dans les larges chemins forestiers car il a besoin de lumière. C’est un champignon excellent que j’aime à préparer en omelette. Certains le consomme cru en salade (à condition qu’il soit très frais).

     Ce champignon qui pousse très rapidement en groupe par temps humide a la particularité de se décomposer très rapidement. Il ne faut le cueillir que lorsque les chapeaux ne sont pas encore ouverts car très rapidement les lames rosissent puis tournent à un noir d’encre et finissent par se liquéfier Sur la photo ci-dessus présentée, on constate qu’alors même que les chapeaux n’ont pas commencé à s’ouvrir leur extrémité basse tourne au rose et au violet. Ayant répandu sur la pelouse de mon jardin, les chapeaux des champignons de ma récolte qui commençaient à rosir, j’ai eu la bonne surprise de voir apparaître à l’automne de l’année suivante des groupes épars de coprins chevelus. 

      Je suppose que ce champignons pousse aussi en Suède car le grand poète suédois Tomas Tranströmer parle de lui dans l’un de ses poèmes. Je ne résiste pas au plaisir de vous le soumettre même s’il est un peu lugubre…


Tomas Tranströmer (1931)

Esquisse en octobre

Le remorqueur a des tâches de rousseur. Que fait-il si
    loin dans les terres ?
C’est une lourde lampe éteinte dans le froid.
Mais les arbres ont des teintes impétueuses. Des signaux
    envoyés à l’autre rive !
Comme si certains d’entre eux voulaient qu’on vienne 
    les  prendre.

En rentrant chez moi, je vois que les coprins jaillissent
    du gazon.
Ce sont les doigts désemparés de celui
qui a longtemps sangloté seul dans l’obscurité du sol.
Nous sommes à la terre.

Tomas Tranströmer, Baltiques.


Été indien en demi-teintes


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     Après plusieurs mois de sécheresse, les rives du lac d’Annecy se donnent des airs des plages de l’Atlantique et sur les parties où la profondeur était faible il faut maintenant marcher une cinquantaine le mètres pour atteindre l’onde. L’été indien est toujours une période privilégiée par le spectacle coloré de la végétation qu’elle offre et je craignais les effets de la sécheresse sur la coloration des feuillages surtout dans mon jardin dans lequel j’ai planté plusieurs érables du Japon choisis pour la structure de leurs feuillages et leurs coloration printanière et automnale. Depuis quelques jours les arbres ont effectivement engagés leur métamorphose et les résultats sont mitigés.


  • erable-du-japon-dore-aureum-.jpgL’un des plus beaux érables du jardin, l’acer japonicum shirasawa aurum aux feuilles palmées compactes à huit branches très graphiques dont le vert tendre tout le long de l’année vire habituellement à cette époque en un jaune d’or frais et éclatant (voir photo ci-contre) est tout sec  et fait peine à voir avec ses feuilles d’un brun terne toutes ratatinées. 

  • AcerSangoBark.jpgPour une raison que j’ignore les deux acer palmatum plantés côte à côte ont réagi à la sécheresse de manière tout à fait différente : l’acer palmatum courant aux feuilles très découpées avec leur partie centrale renflée et leur pointe aiguisée arbore sa belle couleur jaune abricot mais son voisin, l’acer palmatum senkaki ou sango-kaku, qui a des feuilles identiques les a déjà perdu mais ses branches commencent à prendre sa jolie couleur rouge corail d’hiver très décorative qui va devenir de plus en plus éclatante (sango signifie corail en japonais)

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  • Par chance mon érable préféré, l’acer palmatum lineaborum que j’ai planté juste devant la porte d’entrée de la maison au sommet de l’escalier d’accès est en lui-même comme les automnes précédents une explosion de feuilles rouges éclatantes. Cette coloration va durer une dizaine de jours puis les feuilles tomberont sur le sol qui sera revêtu durant un jour ou deux d’un ravissant tapis rouge que l’on prendra plaisir à fouler.

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  • En partie basse du jardin, l’acer palmatum dissectum atropurpureum au fines feuilles ciselées a pris sa belle couleur rouille.

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  • Pour le reste du jardin, le cerisier japonais pleureur déploie ses longues branches tombantes garnies de pendeloques jaunes abricot et les fougères, les sédums et les graminées virent au jaune et au brun. Les grandes feuilles de bananier du magnolia tripetala roussissent et commencent à joncher le sol.

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  • Pour d’autres plantes, la transition s’étale dans le temps et certains feuillages font de la résistance conservant encore un peu leur vert estival qui contraste avec les jaunes et les bruns passés de leurs homologues. C’est notamment le cas des hostas aux larges feuilles rainurées et des graminées. Dans le lot, une surprise la belle teinte violacée des feuilles de l’année de la pivoine arborescente. Quand au choisya ternata sundance, l’oranger doré du Mexique, l’automne, ni même l’hiver n’ont de conséquence pour lui, il conserve ses feuilles à la belle couleur verte éblouissante et son parfum d’oranger.

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  • Des amis venaient dîner ce soir, de cette promenade au jardin a germée l’idée de réaliser un bouquet…  sans fleurs !

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Tête d’or


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Vincent van Gogh – Jeune homme au bleuet, Auvers-sur-Oise, juin 1890

      La période d’Auvers-sur-Oise où il s’était retiré pour se faire suivre par le docteur Gachet, spécialiste des maladies nerveuses et ami des peintres a été particulièrement féconde pour la création artistique de Van Gogh. Entre le 20 mai 1890, date de son arrivée, et le 27 juillet 1890, date de son suicide d’un coup de révolver dans la poitrine, il aura composé plus de 70 œuvres.


Stanley Kubrick, Grand maître du paysage


Barry Lindon, 1975

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Sarabande Main Title
Women of Ireland
Piper’s Maggot Jig

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Back to LS of the man in the road, his back to Barry, Barry riding closer..jpg

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Barry comes upon two horses and spies two men in the water. Zoom in..jpg

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      Barry Lyndon est un film historique réalisé par Stanley Kubrick et sorti en 1975. Il est adapté du roman Mémoires de Barry Lindon écrit par le romancier britannique William Makespeace Thackeray en 1844. Au XVIIIe siècle en Irlande, à la mort de son père, le jeune et ambitieux Redmond Barry va monter dans l’échelle sociale de la fastueuse société aristocratique anglaise en usant de tous les moyens. Il élimine en duel son rival, un officier britannique amoureux de sa cousine mais est ensuite contraint à l’exil. Engagé dans l’armée britannique pour combattre sur le continent européen, il déserte et rejoint l’armée prussienne de Frederic II afin d’échapper à la peine de mort. Envoyé en mission, il doit espionner un noble joueur, mène un double-jeu et se retrouve sous la protection de ce dernier. Introduit dans la haute société, il parvient à devenir l’amant d’une riche et magnifique jeune femme, Lady Lyndon, dont le vieil époux sombrera dans la dépression et mourra de chagrin après avoir pris connaissance de l’adultère. Redmond Barry épouse alors Lady Lyndon et devenu Barry Lyndon pense être arrivé à ses fins mais le retour de ses vieux démons et le sort en décideront autrement…

    Film d’une grande beauté visuelle basé sur des sujets picturaux, Barry Lyndon est entièrement tourné en lumière naturelle et à la bougie pour les scènes d’intérieurs dans des décors d’époque. Le film a coûté 10 millions de dollars et le perfectionnisme du réalisateur a fait que deux années ont été nécessaires pour achever le tournage. En 1976, le film sera récompensé par trois oscars clés (image, costumes, décors), plus celui de la musique (des morceaux de Haendel, Bach ou Schubert qui firent, au moment de la sortie, de vrais tubes).

Acteurs : Patrick Magee, Hardy Krüger, Ryan O’Neal, Marisa Berenson, Steven Berkoff

Sources : Allo Ciné & Wikipedia.