Nick Cave – To Be By Your Side


Allons voler ensemble…

To Be By Your Side

Across the oceans across the seas,
Over forests of blackened trees.
Through valleys so still we dare not breathe,
To be by your side.
 
Over the shifting desert plains,
Across mountains all in flames.
Through howling winds and driving rains,
To be by your side.
 
Every mile and every year,
For everyone a little tear.
I cannot explain this, dear,
I will not even try.
 
Into the night as the stars collide,
Across the borders that divide
Forests of stone standing petrified,
To be by your side.
 
Every mile and every year,
For every one a single tear,
I cannot explain this, dear,
I will not even try.
 
For I know one thing,
Love comes on a wing,
For tonight I will be by your side,
But tomorrow I will fly.
 
From the deepest ocean to the highest peak,
Through the
°°°
Nick Cave
°°°

shifting : déplacement   –   howling : hurlement  –  tear : larme  –  to collide ; entrer en collision


Aunt Helen de T. S. Eliot


Anna Rosenkrantz  (1863 - 1944)  -  An interior.pngAnna Rosenkrantz, danish  (1863 – 1944)  –  An interior

Aunt Helen

Miss Helen Slingsby was my maiden aunt,
and lived in a small house near a fashionable square
Cared for by servants to the number of four.
Now when she died there was silence in heaven
And silence at her end of the street.
The shutters were drawn and the undertaker wiped his feet —
He was aware that this sort of thing had occurred before.
The dogs were handsomely provided for,
But shortly afterwards the parrot died too.
The dresden clock continued ticking on the mantelpiece,
And the footman sat upon the dining-table
Holding the second housemaid on his knees —
Who had always been so careful while her mistress lived.

Oxford, 1915  

Thomas Stearns Eliot, First poems, a selection (1910-1920)


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Tante Hélène

Miss Hélène Slingsby, ma tante, restée fille,
Habitait une petite maison aux abords d’un square de bon ton
Servie par quatre domestiques.
Elle vint à mourir et le ciel fit silence
Et silence son bout de rue.
On ferma les persiennes, le croque-mort s’essuya les pieds —
Ce n’était pas la première fois qu’il avait vu pareille chose.
Les chiens furent amplement pourvus,
Mais bientôt la perruche rendit l’âme à son tour.
la pendule de Dresde continua son tic tac,
Et le valet de pied s’assit sur la grand’ table
Avec sur ses genoux, la seconde femme de chambre —
Elle qui du temps de sa maîtresse avait été si pointilleuse.

traduction : Pierre Leyris – Edition bilingue La Terre Vaine et autres poèmes, Editions du Seuil, 1976.


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My beautiful Annabel Lee


Histoire immensément triste… Poor Poe !

poe_edgar_al_6aa4005b3ee6_persportrait_0_b0Edgar Poe (1809-1849)

Annabel Lee

It was many and many a year ago,
In a kingdom by the sea,
That a maiden there lived whom you may know
By the name of ANNABEL LEE;
And this maiden she lived with no other thought
Than to love and be loved by me. 
I was a child and she was a child,
In this kingdom by the sea;
But we loved with a love that was more than love-
I and my Annabel Lee ;
With a love that the winged seraphs of heaven
Coveted her and me.And this was the reason that, long ago,
In this kingdom by the sea,
A wind blew out of a cloud, chilling
My beautiful Annabel Lee ;
So that her highborn kinsman came
And bore her away from me,
To shut her up in a sepulchre
In this kingdom by the sea. The angels, not half so happy in heaven,
Went envying her and me –
Yes ! – that was the reason (as all men know,
In this kingdom by the sea)
That the wind came out of the cloud by night,
Chilling and killing my Annabel Lee. But our love it was stronger by far than the love
Of those who were older than we –
Of many far wiser than we –
And neither the angels in heaven above,
Nor the demons down under the sea,
Can ever dissever my soul from the soul
Of the beautiful Annabel Lee. For the moon never beams without bringing me dreams
Of the beautiful Annabel Lee ;
And the stars never rise but I feel the bright eyes
Of the beautiful Annabel Lee ;
And so, all the night-tide, I lie down by the side
Of my darling- my darling – my life and my bride,
In the sepulchre there by the sea,
In her tomb by the sounding sea.
°°°
Edgar Poe, 1849
°°°


Méfiez-vous des anges !  Ils sont pas aussi bien qu’on le dit…

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    Il y a mainte et mainte année, dans un royaume près de la mer, vivait une jeune fille, que vous pouvez connaître par son nom d’Annabel Lee, et cette jeune fille ne vivait avec aucune autre pensée que d’aimer et d’être aimée de moi.
     J’étais un enfant, et elle était un enfant, dans ce royaume près de la mer ; mais nous nous aimions d’un amour qui était plus que de l’amour, — moi et mon Annabel Lee ; d’un amour que les séraphins ailés des Cieux convoitaient à elle et à moi.
    Et ce fut la raison qu’il y a longtemps, — un vent souffla d’un nuage, glaçant ma belle Annabel Lee ; de sorte que ses proches de haute lignée vinrent et me l’enlevèrent, pour l’enfermer dans un sépulcre, en ce royaume près de la mer.
    Les anges, pas à moitié si heureux aux cieux, vinrent, nous enviant, elle et moi. Oui ! ce fut la raison (comme tous les hommes le savent dans ce royaume près de la mer) pourquoi le vent sortit du nuage la nuit, glaçant et tuant mon Annabel Lee.
     Car la lune jamais ne rayonne sans m’apporter des songes de la belle Annabel Lee ; et les étoiles jamais ne se lèvent que je ne sente les yeux brillants de la belle Annabel Lee ; et ainsi, toute l’heure de nuit, je repose à côté de ma chérie, — de ma chérie, — ma vie et mon épouse, dans ce sépulcre près de la mer, dans sa tombe près de la bruyante mer.
     Mais, pour notre amour, il était plus fort de tout un monde que l’amour de ceux plus âgés que nous ; — de plusieurs de tout un monde plus sages que nous, — et ni les anges là-haut dans les cieux, — ni les démons sous la mer, ne peuvent jamais disjoindre mon âme de l’âme de la très belle Annabel Lee.

Traduction de Stéphane Mallarmé, 1889


H.F. Thiéfaine, Trois poèmes pour Annabel Lee, (album Suppléments de mensonge)

Edgar Poe


The Hollow Men


Le temps venu des hommes creux

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        T. S. Eliot, de son nom complet Thomas Stearns Eliot (1888-1965) est un poète, dramaturge et critique littéraire américain qui a émigré en Grande-Bretagne. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1948. C’est en 1922 qu’il publie son célèbre poème The Waste Land (La Terre vaine ou La Terre Gaste) dans la revue The Criterion qu’il vient de fonder. Ce poème qui va devenir un modèle pour la nouvelle poésie britannique reflète son état d’esprit de l’époque lié à sa situation personnelle avec l’échec de son mariage et le traumatisme encore présent de la génération qui a souffert de la Première Guerre mondiale. En ce qui concerne son premier mariage contracté en 1914 avec Vivienne Haigh-Wood, il écrira plus tard : « Je me suis convaincu d’être amoureux de Vivienne simplement parce que je voulais rester en Angleterre et me forcer à rester en Angleterre. Et elle s’est convaincue (…) qu’elle pourrait sauver un poète en le forçant à rester en Angleterre. Le mariage ne lui a apporté aucun bonheur… À moi, il m’a mis dans un état d’esprit qui aboutira à The Waste Land. ». The Waste land est un long poème sombre et désespéré de 433 vers qui mêle imagerie et symboles dans un style nouveau pour l’époque fait de changements brusques de narrateur, de temps et de lieu. Il sera suivi quelques années plus tard, en 1925, de la parution de The Hollow Men (Les hommes creux) qui apparaît comme une continuité de Waste Land par son utilisation des mêmes procédés stylistiques et sur les thèmes traités qui sont l’Europe après la Première Guerre mondiale et le Traité de Versailles, la difficulté de l’espérance et la conversion religieuse et son mariage raté. Le poème est divisé en cinq parties et se compose de 98 lignes dont les quatre dernières figurent parmi le plus citées de la poésie britannique. Les deux épigrammes qui précédent le poème, « Mistah Kurtz – il est mort » et « Un penny pour le vieil homme» sont des allusions au chef-d’œuvre de Joseph Conrad, Heart of Darkness (Cœur des ténèbres), et à la coutume traditionnelle des gamins anglais qui, le 5 novembre, anniversaire du Complot des Poudres de 1605, promènent des effigies en paille de l’incendiaire Guy Fawkes avant de les brûler en place publique. La suite du poème est une description pessimiste des entreprises humaines vouées à l’échec et qui conduisent à la solitude et au vide en référence ou allusions à des  personnages ou des situations tirées des grandes œuvres de la littérature mondiale.  Ce poème célèbre a servi de référence dans des films comme « Apocalypse Now » de Coppola où Kurtz (joué par Marlon Brando) lit à voix haute le texte du poème. (voir vidéo ci-dessous) 



The Hollow Men (T.S. Eliot), 1925

Mistah Kurtz- he dead.
A penny for the Old Guy

Pour les références littéraires du poème, cliquer sur le textes marqués en bleu (en anglais)

 I
We are the hollow men Nous sommes les hommes creux
We are the stuffed men Les hommes empaillés
Leaning together Cherchant appui ensemble
Headpiece filled with straw. Alas! La caboche pleine de bourre, Hélas !
Our dried voices, when
Nos voix desséchées, quand                       
We whisper together Nous chuchotons ensemble
Are quiet and meaningless Sont sourdes, sont inanes
As wind in dry grass Comme le souffle du vent parmi le chaume sec
Or rats’ feet over broken glass
Comme le frottis des rats sur les tessons brisés
In our dry cellar Dans notre cave sèche.
Shape without form, shade without colour, Silhouette sans forme, ombre décolorée, 
Paralysed force, gesture without motion; Geste sans mouvement, force paralysée;
Those who have crossed Ceux qui s’en furent
With direct eyes, to death’s other Kingdom Le regard droit, vers l’autre royaume de la mor
Remember us – if at all – not as lost
Gardent mémoire de nous – S’ils en gardent – non pas
Violent souls, but only Comme de violentes âmes perdues, mais seulement
As the hollow men Comme d’hommes creux
The stuffed men. D’hommes empaillés
 II
Eyes I dare not meet in dreams Les yeux que je n’ose pas rencontrer dans les rêves
In death’s dream kingdom
Au royaume de rêve de la mort
These do not appear: Eux n’apparaissent pas :
There, the eyes are Là, les yeux sont
Sunlight on a broken column Du soleil sur un fût de colonne brisé
There, is a tree swinging Là, un arbre se balance
And voices are
Et les voix sont
In the wind’s singing Dans le vent qui chante
More distant and more solemn Plus lointaines, plus solennelles 
Than a fading star. Qu’une étoile pâlissante.
Let me be no nearer Que je ne sois pas plus proche
In death’s dream kingdom
Au royaume de rêve de la mort
Let me also wear Qu’encore je porte 
Such deliberate disguises Pareils francs déguisements : 
Rat’s coat, crowskin, crossed staves Robe de rat, peau de corbeau, bâtons en croix
In a field Dans un champ 
Behaving as the wind behaves
Me comportant selon le vent
No nearer – Pas plus proche
Not that final meeting Pas cette rencontre finale 
In the twilight kingdom Au royaume crépusculaire 
 III
This is the dead land C’est ici la terre morte
This is cactus land
Une terre à cactus
Here the stone images Ici les images de pierre 
Are raised, here they receive Sont dressées, ici elles reçoivent
The supplication of a dead man’s hand La supplication d’une main de mort 
Under the twinkle of a fading star. Sous le clignotement d’une étoile pâlissante. 
Is it like this
Est-ce ainsi
In death’s other kingdom Dans l’autre royaume de la mort :
Waking alone Veillant seuls
At the hour when we are A l’heure où nous sommes 
Trembling with tenderness Tremblants de tendresse 
Lips that would kiss
Les lèvres qui voudraient baiser
Form prayers to broken stone. Esquissent des prières à la pierre brisée. 
 IV
The eyes are not here Les yeux ne sont pas ici
There are no eyes here Il n’y a pas d’yeux ici
In this valley of dying stars Dans cette vallée d’étoiles mourantes
In this hollow valley
Dans cette vallée creuse
This broken jaw of our lost kingdoms Cette mâchoire brisée de nos royaumes perdus 
In this last of meeting places En cet ultime lieu de rencontre
We grope together Nous tâtonnons ensemble 
And avoid speech Evitant de parler 
Gathered on this beach of the tumid river 
Rassemblés là sur cette plage du fleuve enflé
Sightless, unless Sans regard, à moins que 
The eyes reappear Les yeux ne reparaissent
As the perpetual star Telle l’étoile perpétuelle 
Multifoliate rose La rose aux maints pétales 
Of death’s twilight kingdom
Du royaume crépusculaire de la mort
The hope only Le seul espoir 
Of empty men. D’hommes vides.
 V
Here we go round the prickly pear Tournons autour du figuier 
Prickly pear prickly pear De Barbarie, de Barbarie
Here we go round the prickly pear
Tournons autour du figuier
At five o’clock in the morning. Avant qu’le jour se soit levé 
Between the idea Entre l’idée 
And the reality Et la réalité 
Between the motion Entre le mouvement 
And the act
Et l’acte
Falls the Shadow Tombe l’ombre 
For Thine is the Kingdom Car Tien est le Royaume
Between the conception Entre la conception
And the creation Et la création
Between the emotion
Entre l’émotion
And the response Et la réponse 
Falls the Shadow Tombe l’ombre 
Life is very long La vie est très longue 
Between the desire Entre le désir
And the spasm
Et le spasme
Between the potency Entre la puissance 
And the existence Et l’existence 
Between the essence Entre l’essence 
And the descent Et la descente 
Falls the Shadow
Tombe l’ombre
For Thine is the Kingdom Car Tien est le Royaume 
For Thine is Car Tien est 
Life is La vie est 
For Thine is the  Car Tien est 
This is the way the world ends
C’est ainsi que finit le monde
This is the way the world ends C’est ainsi que finit le monde 
This is the way the world ends C’est ainsi que finit le monde 
Not with a bang but a whimper. Pas sur un boum, sur un murmure 
 

Thomas Stearns Eliot, La Terre vaine et autres poèmes [1922; 1976 pour la traduction française], Éditions du Seuil, Collection Points Poésie, 2006. Traduction de Pierre Leyris.


Après tout ça, une petite ballade pour nous détendre…

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Est-ce de l’art ou du cochon ?

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Ballade de Bretagne

Cette dame n’était ni cochon ni femme
Elle n’était pas faite sur un modèle humain ;
Ni vivante, ni morte.
Sa main et son pied gauches étaient chauds au toucher ;
Main et pied droits, comme chair de cadavre !
Elle chantait comme un glas — dong ! dong ! dong !
Les cochons avaient peur, et la regardaient de loin ;
Les femmes la craignaient, et restaient bien au loin.
Elle pouvait rester sans dormir un an et un jour,
Dormir comme cadavre, un mois et plus.
Nul ne savait de quoi elle se nourrissait —
De glands ? De chair ?

Certains disent qu’elle est l’un de ces porcs maudits
qui nageaient dans la mer de Génésareth
corps de bâtarde et âme démoniaque.
D’autres disent qu’elle est l’épouse du Juif errant,
qui avait enfreint la Loi pour l’amour de la viande de porc,
et affublée d’une face de porc pour avoir fait le mauvais choix,
Qu’à présent soit sa honte et sa punition à venir.

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Version originale complète

    We had started a little too late; Madame grew unwontedly fatigued and sat down to rest on a stile before we had got half-way; and there she intoned, with a dismal nasal cadence, a quaint old Bretagne ballad, about a lady with a pig’s head :

Ballad of Brittany

This lady was neither pig nor maid,
And so she was not of human mould;
Not of the living nor the dead.
Her left hand and foot were warm to touch;
Her right as cold as a corpse’s flesh!
And she would sing like a funeral bell, with a ding-dong tune.
The pigs were afraid, and viewed her aloof;
And women feared her and stood afar.
She could do without sleep for a year and a day;
She could sleep like a corpse, for a month and more.
No one knew how this lady fed—
On acorns or on flesh.

Some say that she’s one of the swine-possessed,
That swam over the sea of Gennesaret.
A mongrel body and demon soul.
Some say she’s the wife of the Wandering Jew,
And broke the law for the sake of pork;
And a swinish face for a token doth bear,
That her shame is now, and her punishment coming.’

(Joseph Sheridan Le FanuUncle Silas, 1864)

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Print of a pig-faced woman from The Illustrated Police News, 1882

800px-a_monstrous_shape_or_a_shapelesse_monster    Les légendes de la femme à la tête de porc sont apparues au même moment en Hollande, en Angleterre et en France à la fin des années 1630 et un peu plus tard en Irlande et mettaient en scène une femme très riche qui avait un corps normal mais dont la tête était celle d’un porc. Cette légende a été relancée en 1865 par Sheridan Le Fanu dans son roman Uncle Silas dans lequel il est question d’une jeune et riche héritière, Maud Ruthyn, qui vit dans une maison isolée et pour laquelle plusieurs hommes qui en veulent à sa fortune intriguent. Le livre comporte une « ballade de Bretagne » sur le thème de la Femme à tête de porc que son intrigante gouvernante Madame de la Rougierre chante à la jeune Maud.

Joseph Sheridan Le Fanu (1814-1873).png    D’origine huguenote, Sheridan Le Fanu (1814-1873) est un écrivain irlandais maître du récit fantastique. Son roman le plus connu, Uncle Silas, publié en 1864 et régulièrement cité dans les annales de la littérature policière, est considéré comme son chef-d’œuvre.  L’intérêt de ce roman tient en partie au fait qu’il met en exergue une figure majeure de la pensée au XVIIIe siècle, le scientifique, philosophe et théologien suédois Emmanuel Swedenborg qui avait fortement influencé Le Fanu avec ses  théories illuministes et néo-platonicienne qui défendait l’idée qu’à tout objet réel corresponde un double spirituel.

Pour lire Uncle Silas en version originale anglaise, c’est  ICI (Project Gutenberg)

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Le monde à travers un miroir : The lady of Shallot

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William Holman Hunt et Edward Robert Hugues - The lady of Shalott, 1905.jpg

William Holman Hunt – Lady of Shalott, 1905

The mirror crack’d from side to side;
“The curse is come upon me”
cried The Lady of Shalott.

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    Imaginez une jeune fille prisonnière d’une tour à qui il est interdit tout contact avec le monde extérieur. La seule connaissance qui lui est permise du monde lui est donnée par le reflet d’un miroir qu’elle s’attache à représenter pour le préserver en tissant une tapisserie… Belle métaphore de tous ceux qui n’ont du monde que la connaissance transmise par leur télévision ou leur smartphone… La belle se désespérait de ne jamais connaître le sentiment que ressentaient les couples d’amoureux qu’elle observait au loin jusqu’au jour où elle s’éprit du  chevalier Lancelot dont elle avait aperçu le reflet dans son miroir. Elle se mit à l’épier et fut pour cela frappée d’une malédiction. Embarquée dans un bateau à la proue duquel figurait la mention « la Dame de Shalott » dans le but de rejoindre la cour du roi Arthur à Camelot où se trouvait l’objet de son amour, elle fut retrouvée par les Dames et les chevaliers de la Cour parmi lesquels figurait Lancelot, morte de froid  enroulée dans la tapisserie qu’elle avait tissée.

« Et dans les eaux sombres de la rivière
Tel un prophète téméraire en transe,
Réalisant toute son infortune —
C’est avec une figure terne
Qu’elle regarda Camelot.

Et lorsque le jour déclina,
Desserrant la chaîne, elle s’allongeait ;
Le courant au loin l’emportait,
La Dame de Shallot… »

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 Sur le poème The Lady of Shalott écrit en 1842 par le poète romantique anglais Alfred Tennyson, la chanteuse canadienne Loreena Mckennitt en a tiré une chanson magnifique (Album The Visit, 1991)

Loreena McKennitt - The Visit
Loreena Mckennitt – The Visit

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quand le Grand Chant se sera tu…

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Though the great song return no more
There’s keen delight in what we have :
The rattle of pebbles on the shore
Under the receding wave

Même si le grand chant ne doit plus reprendre,
Ce sera pure joie, ce qui nous reste :
Le fracas des galets sur le rivage,
Dans le reflux de la vague.

W.B. Yeats, The Nineteenth Century and After (1929)

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