Connaissez-vous le coprin chevelu ?


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     Le coprin chevelu (Coprinus comatus) est l’un des derniers champignons que l’on ramasse en fin d’automne. Il pousse dans les champs en lisière de forêt et dans les larges chemins forestiers car il a besoin de lumière. C’est un champignon excellent que j’aime à préparer en omelette. Certains le consomme cru en salade (à condition qu’il soit très frais).

     Ce champignon qui pousse très rapidement en groupe par temps humide a la particularité de se décomposer très rapidement. Il ne faut le cueillir que lorsque les chapeaux ne sont pas encore ouverts car très rapidement les lames rosissent puis tournent à un noir d’encre et finissent par se liquéfier Sur la photo ci-dessus présentée, on constate qu’alors même que les chapeaux n’ont pas commencé à s’ouvrir leur extrémité basse tourne au rose et au violet. Ayant répandu sur la pelouse de mon jardin, les chapeaux des champignons de ma récolte qui commençaient à rosir, j’ai eu la bonne surprise de voir apparaître à l’automne de l’année suivante des groupes épars de coprins chevelus. 

      Je suppose que ce champignons pousse aussi en Suède car le grand poète suédois Tomas Tranströmer parle de lui dans l’un de ses poèmes. Je ne résiste pas au plaisir de vous le soumettre même s’il est un peu lugubre…


Tomas Tranströmer (1931)

Esquisse en octobre

Le remorqueur a des tâches de rousseur. Que fait-il si
    loin dans les terres ?
C’est une lourde lampe éteinte dans le froid.
Mais les arbres ont des teintes impétueuses. Des signaux
    envoyés à l’autre rive !
Comme si certains d’entre eux voulaient qu’on vienne 
    les  prendre.

En rentrant chez moi, je vois que les coprins jaillissent
    du gazon.
Ce sont les doigts désemparés de celui
qui a longtemps sangloté seul dans l’obscurité du sol.
Nous sommes à la terre.

Tomas Tranströmer, Baltiques.


Edith Södergran : poèmes rouges sang

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c2ae-cy-twombly-detail-of-roses-gaeta-2009Cy Twombly

La journée fraîchit…

Tu as jeté la rose rouge de ton amour
sur mon blanc giron,

entre mes mains brûlantes je serre
la rose rouge de ton amour qui fanera bientôt.
Ô toi, maître aux yeux froids,
j’accepte la couronne que tu me tends,
elle fait ployer ma tête sur mon cœur.

Edith Södergran

In Le pays qui n’est pas et Poèmes, Orphée © La Différence 1992, p.25-27, édition bilingue, traductions de Carl Gustaf Bjurström et Lucie Albertini.

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cy-twombly-pan-ii-1980Cy Twombly – pan II, 1980

Vierge moderne

Je ne suis pas une femme. Je suis neutre.
Je suis une enfant, un page, une résolution hardie,
je suis un rai de soleil écarlate qui rit…
Je suis un filet pour poissons gloutons,
je suis un toast porté en l’honneur de toutes les femmes,
je suis un pas vers le hasard et la ruine,
je suis un bond dans la liberté de soi…
Je suis le sang qui chuchote à l’oreille de l’homme,
je suis fièvre de l’âme, désir et refus de la chair,
je suis l’enseigne à la porte de paradis inédits.
Je suis une flamme exploratrice et gaillarde,
je suis une eau profonde mais téméraire jusqu’aux genoux,
je suis eau et feu loyalement, librement unis…

Ibid p.43

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cy-twomblyCy Twombly

Adieu

Ma vie est devenue menaçante comme un ciel d’orage,
ma vie est devenue fausse comme un miroir d’eau,
ma vie danse sur la corde raide, très haut
et je n’ose pas la regarder.
Tous mes souhaits d’hier
pendent comme les plus basses feuilles d’un palmier,
toutes les prières adressées hier
sont superflues et demeurent sans réponse.
Toutes mes paroles, je les ai reprises
et tout ce que je possédais, je l’ai donné aux pauvres
qui me souhaitaient bonheur.
À bien y penser,
que reste-t-il de moi ? Rien, sauf mes cheveux noirs,
mes deux longues nattes qui glissent comme des serpents.
Mes lèvres sont devenues braises,
je ne me rappelle plus quand elles ont commencé à brûler…
Terrible, le grand incendie qui a réduit en cendres ma jeunesse.
Ah, l’inévitable frappera tel un coup d’épée –
je m’en vais sans être remarquée, sans un adieu,
je m’en vais pour de bon et ne reviendrai jamais.

Ibid, p.85/87

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cy-twombly-suma-1982Cy Twombly – Suma, 1982

Grimace d’artiste

Je n’ai rien d’autre que mon mantelet brillant,
Ma rouge hardiesse.
Ma rouge hardiesse sort à l’aventure
Dans un pays sordide.

Je n’ai rien d’autre que ma lyre sous le bras,
Les rudes accords de ma lyre ;
Ma rude lyre sonne pour bêtes et gens
sur le grand chemin.

Je n’ai rien d’autre que ma couronne altière,
Ma fierté croissante.
Ma fierté croissante prend la lyre sous son bras
Et tire sa révérence.

(1917)

In Poèmes complets, La lyre de septembre, © Pierre Jean Oswald, 1973, traduits par Régis Boyer, p.95

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y-twombly-blooming-2001-2008Cy Twombly Blooming, 2001-2008

À pied il m’a fallu traverser le système solaire

À pied
Il m’a fallu traverser le système solaire,
Avant de retrouver le premier fil de ma robe rouge.
Je m’imagine pure.
Quelque part dans l’espace pend mon cœur,
Des étincelles en ruissellent, secouant l’air,
Jusqu’à d’autres cœurs illimités.

(1919)

Ibid, L’autel des roses, p.130

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      Cy Twombly, Flowers II, Gaeta, 2005

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     Edith Södergran (1892-1923), poétesse finlandaise en langue suédoise a traversé en météore le ciel du début du XXe siècle. Diagnostiquée tuberculeuse à l’âge de 13 ans, sa courte vie (elle est morte à 31 ans) sera rythmée par les longs séjours qu’elle devra effectuer en sanatorium et par les soubresauts de la première guerre mondiale et de la révolution russe de 1917. Elle est aujourd’hui reconnue comme l’un des plus grand poètes scandinaves.

    La couleur rouge est souvent présente dans ses poèmes, référence à la couleur du sang et de l’idée de la mort toujours présente avec laquelle elle partage chaque moment de sa vie. C’est dans les tableaux du peintre américain Cy Twombly (1928-2011) que j’ai trouvé la force expressive en accord avec ses poèmes si poignants.

article lié

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Edith Södergran, poétesse finlandaise (1892-1923) : sous le signe de l’entropie

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Entropie, du grec entropia,  ἐντροπία « transformation ». Il caractérise l’état de désorganisation d’un système, du passage de l’ordre au désordre de manière irréversible jusqu’à sa destruction finale.

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   Cette photographie du lac Onkamo en Carélie du Nord prise vers 1900, victime des atteintes du temps sous l’effet d’un lent processus chimique qui altère  formes et couleurs est un bon exemple de ce qu’est le phénomène d’entropie qui est une des lois fondamentales de fonctionnement de l’univers. Entropie, que la décomposition de l’Europe en ce début du XXe siècle dans le sillage de la Ière guerre mondiale et des bouleversements socio-politiques qui suivront. Enfin entropie  également que cette lente destruction d’un corps de femme par la maladie, celui de la poétesse finlandaise Edith Södergran, atteinte de tuberculose, qui ne dépassera pas le cap de ses trente-un printemps.

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Vue du lac Onkamo en Carélie du Nord (Finlande) – Crédit Société littéraire suédoise en Finlande.

Tout au fond de mon jardin se trouve un lac somnolent
Moi qui aime la terre ne connait rien de mieux que l’eau

Edith Irène Södergran (1892-1923)

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    La photo ci-dessus est l’une des premières photos en couleur réalisées dans les années vingt avec le procédé Autochrome mis au point par les frères Lumières. Elle représente le lac Onkamo en Karélie du Nord, à la frontière russo-finlandaise au cœur d’une région réputée bénéficier d’un micro climat et qui servait de lieu de villégiature en été pour les bourgeoisies russe et finlandaise. La petite fille à gauche s’appelle Edith Irène Södergran, nous sommes en 1897, elle a 5 ans et elle coule alors des jours heureux et insouciants dans la petite ville de Raivola sur l’isthme de Carélie dans une maison de bois spacieuse donnant sur un grand jardin avec beaucoup d’animaux. Le région faisait alors partie du Grand duché de Finlande intégré à l’Empire russe mais qui jouissait d’un statut d’autonomie.

la grande maison de Raivola (vues du haut) et la petite maison près de l’église, domaine du père. Il existait également une annexe comportant un sauna

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      En 1904, son père Mats Södergran, ingénieur en machines à bois,  est diagnostiqué tuberculeux et malgré un séjour en sanatorium voit son état empirer. Jugé incurable, il est renvoyé dans son foyer où il décèdera en octobre 1907. Edith a alors 12 ans et suit des cours à l’école allemande « Die deutsche Hauptschule » de Saint-Pétersbourg où elle apprendra l’allemand, le français, l’anglais et le russe, se révélant une élève extrêmement douée. Sa famille possède une maison d’hiver où Edith et sa mère habiteront lors des périodes scolaires.  C’est à cette époque qu’elle commence à écrire ses premiers poèmes en allemand avant de choisir finalement le suédois comme langue d’écriture. Un jour de novembre 1908, Edith rentra de l’école en disant qu’elle ne se sentait pas bien. Le médecin, appelé par sa mère Héléna, diagnostiqua une inflammation des poumons. Quelque temps plus tard, il fut établi que Edith était atteinte à son tour par la tuberculose et admise au sanatorium de Nummela, le même hôpital où son père avait été soigné avant qu’il ne transmette la maladie à sa fille. À compter de ce moment, la vie de la jeune Edith fut ponctuée de longs séjours en sanatorium; elle avait perdu son insouciance d’enfant car la présence invisible et muette de la mort accompagnait désormais sa vie ; à l’époque, les chances de guérir de la tuberculose était très faibles : dans 70 à 80% des cas, le patient mourrait dans les dix années qui suivaient le diagnostic.

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Edith Södergran – Rafting sur le lac Onkamo

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     Edith était passionnée par la photographie, elle possédait un appareil photo Kodak Brownie et a pris de nombreuses photographies pendant la période 1900-1917 mais après 1917, la situation matérielle catastrophique de la famille ne lui permettait plus d’acheter des pellicules et les faire développer.

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Edith Södergran – vue de Davos, entre 1911 et 1914

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      Edith fera cinq séjours consécutifs au sanatorium de Nummela sans que son état s’améliore. En désespoir de cause, sa mère l’emmène en octobre 1911 dans la station suisse d’Arosa où elle est examinée par trois médecins différents qui émetteront des avis différents pour le traitement de sa maladie.
photo de gauche : le Davos-Dorf sanatorium

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     Mais c’est finalement à Davos, au Davos-Dorf sanatorium, où parait-il le site et les soins prodigués faisaient des miracles, qu’elle sera soignée par le docteur Ludwig von Muralt qui lui a appliqué un traitement ou l’un des poumons était mis pour un temps en repos par un remplissage avec de l’azote gazeux. Elle aurait pu alors rencontrer Thomas Mann, l’auteur de la Montagne Magique, qui faisait en 1911 un séjour dans cette station accompagnant sa femme Katia alors en traitement dans un sanatorium. Thomas Mann fait référence de manière humoristique dans son roman à l’opération subie par Édith en donnant le surnom de « club des demi-poumons » aux malades ayant subi la même opération et qui doivent régulièrement se faire « regonfler » le poumon mis en veille.

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     En mai 1912, son état s’était fortement amélioré bien que la maladie n’ait pas disparu. Ce séjour en Suisse qui a duré jusqu’en 1914 a également eu un effet bénéfique sur le plan intellectuel car elle a été en contact durant cette période avec une société cosmopolite cultivée ouverte sur le monde, ce qu’elle n’avait jusque là jamais encore connue. On peut donc considérer qu’elle a suivi sur le plan des relations humaines et intellectuelles un parcours initiatique voisin que celui suivi par Hans Castorp, le héros de la Montagne Magique.

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groupe de dames à Davos, Edith est à droite

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       Dans le prolongement de la Révolution russe de 1917, une guerre civile déchire le pays entre «blancs» et «rouges» soutenus par la Russie soviétique mais ces derniers sont battus  et   les finlandais conquièrent leur indépendance en 1920. Ces événements vont provoquer la ruine de la mère et sa fille car toute leur fortune avait été placée en obligations russes. Désormais la vie va devenir extrêmement difficile pour les deux femmes qui souffriront de privations diverses dont la faim. Il est certains que ces difficultés auront hâtés la fin d’Edith. Elle décédera à Raivola le 24 juin 1923. Quinze années plus tard, en 1939, l’Union soviétique attaque la Finlande et annexe l’isthme de la Carélie. Au cours des combats la maison des Södergran est incendiée ainsi que l’église orthodoxe et le cimetière est dévasté provoquant la disparition de la tombe de la poétesse. Raivola devient alors une ville russe sous le nom de Roshchino et les derniers finlandais restant seront déportés par Staline. 

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Quelques poèmes d’Edith Södergran

Sources : Essais, Le pays qui n’est pas, Carl-Gustaf Bjurström et Lucie Albertini Le Pays qui n’existe pas, La Différence, 1992

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°°°

Ne t’approche pas trop de tes rêves :
Ce sont fumée qui peut se disperser –
Ils sont dangereux et peuvent demeurer.
As-tu regardé tes rêves dans les yeux :
ils sont malades et ne comprennent rien –
Ils n’ont que leurs propres pensées.
Ne t’approche pas trop de tes rêves :
Ce sont mensonges, ils devraient s’en aller –
Ce sont folie pour qui veut rester.

(Edith Södergran)

 

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Le pays qui n’est pas

Je languis après le pays qui n’est pas
car tout ce qui est, je suis lasse de le vouloir.
En runes d’argent, la lune
me parle du pays qui n’est pas,
le pays où chacun de nos souhaits
se trouve miraculeusement exaucé,
le pays où tombent nos chaînes,
le pays où nous venons, dans la rosée de la lune,
rafraîchir notre front meurtri.
Ma vie fut une brûlante illusion.
Mais il est une chose que j’ai découverte,
une chose que j’ai vraiment conquise–

le chemin du pays qui n’est pas.
Dans le pays qui n’est pas, mon amour
se promène ceint d’une couronne étincelante
Qui est mon amour ? Noire est la nuit
et les étoiles en réponse frémissent.
Qui est mon amour ? Quel est son nom ?
La voûte du ciel s’élève de plus en plus haute
et dans l’infini des brumes,
ignorant la réponse, un enfant se noie.
Mais l’enfant de l’homme n’est que certitude,
plus haut que les cieux, il élève les bras.
Vient alors une réponse : Je suis
celui que tu aimes et toujours aimeras.

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La sœur de la vie

edith-sodergran-1920La vie ressemble surtout à sa sœur la mort.
La mort n’est pas différente,
tu peux la caresser, tenir sa main, lisser ses cheveux,
elle te tendra une fleur et sourira
Tu peux enfouir ton visage dans son sein
et l’entendre dire : il est temps de partir.
Elle ne te dira pas qu’elle est une autre
La mort ne repose pas, glauque, visage contre terre
ou sur le dos, portée par une civière blanche :
La mort circule, le rose aux joues, parlant à tout venant.
La mort a les traits tendres et les joues amènes,
elle pose sa douce main sur ton cœur.
Qui a senti sur son cœur cette main si douce,
le soleil ne le réchauffe plus,
il est froid comme la glace et n’aime personne.

Le Pays qui n’est pas et Poèmes p.109

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Jours malades

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Mon cœur est gardé à l’étroit dans une mince crevasse,

mon cœur est au loin
dans une île perdue.
Des oiseaux blancs font la navette,
ils m’apportent le message que mon cœur est en vie.
Je sais – comme il vit
de charbon et de sable
sur des pierres tranchantes.

Je reste couchée tout le jour et j’attends la nuit,
je reste couchée toute la nuit et j’attends le jour,
je reste couchée, malade, au jardin du paradis.

Je sais que je ne guérirai pas,
désir et langueur n’en finissent jamais.
J’ai la fièvre comme une fleur des marais,
ma sueur est sucrée comme une plante poisseuse.

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En bas, tout au fond de mon jardin, un lac somnole.
Moi, qui aime la terre,
je ne connais rien de mieux que l’eau.
Dans l’eau s’échouent toutes mes pensées
que personne n’a vues,
mes pensées que je n’ose montrer à personne.
L’eau grouille de secrets !

(Traduction Carl Gustav Bjurström et Lucie Albertini, éditions Orphée La Différence)

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Les arbres de mon enfance

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Les arbres de mon enfance se dressent haut dans l’herbe,
Ils hochent la tête qu’es-tu devenue ?
Leurs colonnades se dressent comme des reproches
tu n’es pas digne de passer à nos pieds
Tu es une enfant, tu dois tout pouvoir,
pourquoi laisses-tu la maladie t’enchaîner ?
Tu es devenue femme, haïssable étrangère.
Enfant, tu tenais avec nous de longues conversations,
ton regard était sage.
Nous voudrions maintenant te dire le secret de ta vie
la clef de tous les secrets se trouve
dans l’herbe de la butte sous les framboisiers.
Endormie, nous voudrions te cogner au front,
morte, nous voudrions te réveiller de ton sommeil.

(Traduction Carl Gustav Bjurström et Lucie Albertini, éditions Orphée La différence)

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La journée fraîchit…

I

Vers le soir, la journée fraîchit…
Bois la chaleur de ma main,
ma main a même sang que le printemps.
Saisis ma main, saisis mon bras blanc,
saisis le désir de mes minces épaules…
Comme il serait étrange de sentir
une nuit, une seule, une nuit pareille
ta lourde tête sur mon sein.

II

Tu as jeté la rose rouge de ton amour
sur mon blanc giron,

entre mes mains brûlantes je serre
la rose rouge de ton amour qui fanera bientôt.
Ô toi, maître aux yeux froids,
j’accepte la couronne que tu me tends,
elle fait ployer ma tête sur mon cœur.

III

J’ai vu mon maître aujourd’hui pour la première fois,
tremblante je l’ai tout de suite reconnu.
Déjà je sens sa lourde main sur mon bras léger…
Où est l’éclat de mon rire de vierge,
ma liberté de femme qui va tête haute ?
Déjà je sens sa poigne sur mon corps frémissant.
Déjà j’entends le choc brutal du réel
sur mes rêves fragiles, fragiles.

IV

Tu cherchais une fleur
et tu trouves un fruit.

Tu cherchais une source
et tu trouves la mer.
Tu cherchais une femme
et tu trouves une âme –
tu es déçu.

Le pays qui n’est pas et Poèmes, Orphée © La Différence 1992, p.43, édition bilingue, traductions de Carl Gustaf Bjurström et Lucie Albertini.

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Edith Södergran – Forêt d’hiver à Raivola

à suivre

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Bibliographie et sites et articles liés

  • Poèmes (1916)
  • La Lyre de Septembre (1918)
  • L’Autel de Roses (1919)
  • L’Ombre de l’Avenir (1920 )
  • Réflexions sur la nature 1920 (aphorismes, publiés dans la revue Ultra en 1922)
  • Le Pays qui n’existe pas (1925 édité par Hagar Olsson)
  • Édith Södergran, Poèmes complets, P. J. Oswald, 1973, traduction Régis Boyer
  • Poésies de Finlande, Runoja / Finsk Lyrics, présentation de Lucie Albertini, Le temps parallèle, 1989, traduit du suédois par Carl-Gustaf Bjurström et Lucie Albertini
  • Le Pays qui n’est pas, et poèmes La Différence, 1992, traduit du suédois par Carl-Gustaf Bjurström et Lucie Albertini

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Tomas Tranströmer ou le réenchantement du monde

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Tomas Tranströmer (1931-2015)

Tomas Tranströmer (1931-2015)

     Le poète suédois Tomas Tranströmer est l’un de mes poètes préférés. Combien de fois lui ai-je envié ce don, cette grâce qu’il avait de magnifier et transcender les petites choses insignifiantes de la vie, les événements anodins qui rythment nos existences et les élever, les sublimer, grâce à une métaphore, au rang d’un émerveillement, d’une émotion qui nous transportent. Dans ses récits, la banale enveloppe que l’on transporte à travers la ville à la recherche d’une boîte aux lettres, cette banale feuille de papier plié devient un papillon égaré qui volète dans une immense forêt de pierre et de béton. Sur cette enveloppe qui a pris la direction de l’Amérique par la voie des airs, le timbre poste aux franges dentelées s’est transformé en tapis volant frangé et les lettres manuscrites indiquant le nom du destinataire et l’adresse se mettent a tituber au gré des mouvements de l’aéronef. Ils ne sont pas les seuls à tituber : au sein de l’enveloppe, la missive, cette vérité cachetée de l’auteur suit le même mouvement erratique. Vu de haut, l’Atlantique est devenu un immense reptile argenté et le minuscule bateau de pêche qui trace sa route sur les flots laissant derrière lui la trace  blanche de son sillage telle une cicatrice blafarde ne compte pas plus qu’un noyau d’olive qu’on aurait recraché.

     Par le jeu des métaphores, Tomas Tranströmer relie les éléments épars du vaste monde, il met à jour les relations cachées, les subtiles correspondances, et par les liens qu’il établi, tisse une toile qui recrée l’unité du monde. Oui, la vérité est partout présente autour de nous, elle repose par terre, se tient dans les rues et est visible pour ceux qui ont la volonté de la regarder en face, mais nous n’avons pas le courage de la faire nôtre… Merci, Tomas Tranströmer, d’avoir contribué à réenchanter le monde.

AIR MAIL

À la recherche d’une boîte aux lettres
je portais l’enveloppe par la ville.
Ce papillon égaré voletait
dans l’immense forêt de pierre et de béton.

Le tapis volant du timbre-poste
les lettres titubantes de l’adresse
tout comme ma vérité cachetée
planaient à présent au-dessus de l’océan.

L’Atlantique argenté et reptile.
Les barrières de nuages. le bateau de pêcheurs
tel un noyau d’olive qu’on recrache.
Et la cicatrice blafarde du sillage.

Le travail avance lentement ici-bas.
Je lorgne souvent du côté de l’horloge.
dans le silence cupide
les ombres des arbres sont des chiffres obscurs.

La vérité repose par terre
mais personne n’ose la prendre.
la vérité est dans la rue.
Et personne ne la fait sienne.

Tomas TranströmerBaltiques, Œuvres complètes 1954-2004

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Au sujet de Tomas Tranströmer dans ce blog

Et quelques liens sur la toile

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Un ange sans visage m’enlaça…

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Jean-Marie Cartereau – Ailes, éther et limbes, 2015

 

VOÛTES ROMANES

Au milieu de l’immense église romane, les touristes se
        pressaient dans la pénombre.
Une voûte s’ouvrait sur une voûte, et aucune vue
        d’ensemble.
La flamme de quelques cierges tremblotait çà et là.
Un ange sans visage m’enlaça
et me murmura par tout le corps :
« N’aie pas honte d’être un homme, sois-en fier !
  Car en toi, une voûte s’ouvre sur une autre voûte, jusqu’à
        l’infini.
Jamais tu ne seras parfait, et c’est très bien ainsi. »
Aveuglé par mes larmes,
je fus poussé sur la piazza qui bouillait de lumière
En même temps que Mr et Mrs Jones, Monsieur Tanaka
        et la Signora Sabatini
et en eux, une voûte s’ouvrait sur une autre voûte, jusqu’à
        l’infini.

Tomas TranströmerBaltiques, Œuvres complètes 1954-2004

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poésie : des traces dans la neige – regards croisés…

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Transtroemer°°°
En mars 1979, le poète suédois Tomas Tranströmer quitte le monde bruyant de ceux qui parlent pour ne rien dire pour une île couverte de neige où règne le silence. Sur l’immensité du sol immaculé, se profilent les traces du passage d’une bête… Pas un bruit mais un langage muet, celui de la nature et de la vie…
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empreinte du cerf de Virginie

°°°
Las de tous ceux qui viennent avec des mots,
des mots mais pas de langage,
je partis pour l’île recouverte de neige.
L’indomptable n’a pas de mots.
Ses pages blanches s’étalent dans tous les sens !
Je tombe sur les traces de pattes d’un cerf dans la neige.
Pas des mots, mais un langage.

Tranströmer – En mars – 79, Baltiques

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AVT_Gustave-Roud_4619     Dans son essai Requiem, le poète vaudois Gustave Roud est lui aussi mis en présence, une nuit, de traces d’animaux dans la neige. Elles aussi lui parlent mais l’âme inquiète et tourmentée du poète y voit le signe de la cruauté implacable de la nature avec ses traques, ses combats sanglants, ses famines, actions et comportements pareils à ceux des hommes. Ces hommes dont il a fui la société pour vivre dans le refuge d’une solitude qu’il a magnifié et idéalisé. Cette solitude qu’il veut parfaite, il l’assimile à cette neige pure et immaculée qui vient de tomber et que nul animal mu par ses besoins sanguinaires n’a encore foulé. Neige vierge qui peut être parfois marquée par le simple frôlement d’une aile d’oiseau. Pour le poète, l’oiseau, cet envoyé du ciel, n’a pas vocation à fouler le sol terrestre; la marque que son battement d’aile a laissé sur la neige vierge est comme une blessure, un stigmate, le signe d’une révélation possible qu’il appelle de ses vœux. Langage muet des signes : celui du dépassement de soi et de la transfiguration.

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empreinte du renard roux

     Non pas cette neige d’une nuit sous le pâle soleil rose, où le regard au lacs de mille signes déchiffre avec ennui les feintes, les chasses, les famines de tant de bêtes glacées ! Qu’ai-je à faire de ces traces trop pareilles à celles des hommes ? Elles s’en vont toute vers la tanière et vers le sang.
     La neige a d’autres signes. Son épaule la plus pure, des oiseaux la blessent parfois d’un seul battement de plume. Je tremble devant ce sceau d’un autre monde. Ecoute-moi. Ma solitude est parfaite et pure comme la neige. Blesse-la des mêmes blessures. un battement de cœur, un sombre, et ce regard fermé se rouvrira peut-être sur ton ailleurs.

Gustave Roud, Requiem

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Tomas Tranströmer – Finalement… C’est une poule ou un chapeau ?

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Tomas TranströmerTomas Tranströmer (1931)

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Tête Haute

     Je réussis, dans un moment de concentration, à capturer la poule et la tenais entre mes mains. Chose curieuse, elle ne semblait pas vraiment vivante : raide, sèche, un vieux chapeau de dame, orné de plumes blanches, qui criait des vérités de l’an 1912. L’orage était dans l’air. Un parfum montait des planches, comme lorsqu’on ouvre un album de famille, si vieux qu’on n’arrive plus à en identifier les portraits.
   Je portais la poule jusqu’à l’enclos et la relâchai. Soudain, elle se remit à vivre, retrouva son chemin et se mit à courir selon les règles. Le poulailler abonde de tabous. Mais le terrain qui l’entoure regorge d’amour et de constance. A moitié envahies de verdure, les pierres d’un mur bas. Quand la nuit vient, ces pierres se mettent à luire, faiblement, de la chaleur centenaire des mains qui les dressèrent.
    L’hiver a été difficile, mais c’est l’été maintenant, et la terre nous demande de marcher tête haute. Libres mais attentifs, comme lorsqu’on se redresse dans une pirogue. Un souvenir d’Afrique me revient en mémoire : sur une plage du Chari, une armée de bateaux, une atmosphère très cordiale, ces gens d’un noir presque bleuté qui avaient trois cicatrices parallèles sur chaque joue (la tribu des Sara). Je suis le bienvenu à bord – un canot de bois sombre. Il est étrangement instable, même quand je reste assis sur les talons. Un numéro d’équilibriste. Si le cœur est situé à gauche, il faut pencher un peu la tête à droite, rien dans les poches, pas de grands gestes, toute rhétorique devant rester à terre. C’est cela : la rhétorique n’a rien à faire ici. Le canot s’éloigne en glissant sur le fleuve.                   Tomas Tranströmer – Baltiques.

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    Bon… alors… Etait-ce une poule ou bien un vieux chapeau de dame ? Le fait qu’elle s’est mise à courir dans le poulailler plaide pour la première hypothèse. A t’on jamais vu un chapeau courir ! Sous l’action du vent, peut-être… N’oublions pas que l’orage était dans l’air… Une brusque rafale de vent et hop ! voila le chapeau qui s’envole et traverse d’une trombe le poulailler… – Moi, je penche pour le vieux chapeau, la chose qu’il a ramassé était raide, sèche et évoquait la Belle Epoque, de plus elle libérait une odeur de papier moisi… – Ah oui ! si c’était un chapeau pourquoi lui a t-il fallu le capturer au prix d’une grande concentration ? C’est bien la preuve que ce qu’il a capturé était bien en mouvement… – Eh bien, peut-être était-ce le vent qui le poussait. Ne t’es tu jamais retrouvé dans une situation où tu poursuivais une feuille de papier poursuivie par le vent ? – Mais le fait que la chose était raide et sèche ? – On voit bien que tu n’as jamais attrapé une poule de ta vie… Avant d’être capturée, elle bouge, mais dés qu’elle est solidement tenue par tes mains elle reste immobile, comme tétanisée… Ensuite tu remarqueras qu’il précise que la chose s’est mise à courir selon les règles… Tu auras sans doute remarqué que les poules courent droit devant elles sans réfléchir alors que les objets soufflés par le vent, virevoltent, eux, au hasard des bourrasques; c’est pour cette raison qu’il est si difficile de rattraper une feuille de papier…
   – Et puis pourquoi écrit-il que « le poulailler regorge de tabous ? » et qu’en contre partie, « le terrain qui l’entoure regorge d’amour et de constance » ? – Je n’sais pas moi… un tabou, c’est une interdiction à caractère sacré qu’il ne faut surtout pas transgresser sous peine d’être puni par les esprits ou les dieux ou bien un sujet qu’il est préférable de ne pas évoquer si l’on veut respecter les règles… – Bah, en quoi, un poulailler est-il marqué par des tabous ? – Parce que c’est un endroit clos, patate !, c’est une prison d’où il est interdit pour les poules de sortir et au renard d’entrer, et toi de piquer les œufs pour les gober… ENTREE INTERDITE ! RENARD PAS MANGER POULES ! TOI PAS GOBER ŒUF – Par contre tout autour, chacun est libre de faire ce qu’il veut… – Ouais, je suis pas convaincu… Il est quand même un peu torturé ton poète ! Pouvait pas dire les choses plus clairement et plus simplement ? – Il l’a fait exprès, andouille ! pour exaspérer des individus comme toi, désespérément rationalistes et dénués de toute imagination. A t’écouter, tu sais ce que j’ai envie de faire ? De t’enfermer dans le poulailler…

Enki signature °°

le 24 novembre 2014

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Poésie du Septentrion : Tomas Tranströmer (II)

–––– Tomas Tranströmer : Baltiques –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Tomas Tranströmer

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Les ratures du feu

Durant ces mois obscurs, ma vie n’a scintillé que lorsque
je faisais l’amour avec toi.
Comme la luciole qui s’allume et s’éteint, s’allume et s’éteint
– nous pouvons par instants suivre son chemin
dans la nuit parmi les oliviers

Durant ces mois obscurs, ma vie est restée affalée et inerte
alors que mon corps s’en allait droit vers toi.
la nuit, le ciel hurlait.
En cachette, nous tirions le lait du cosmos, pour survivre.

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Répondre aux lettres

Dans le tiroir inférieur de la commode, je retrouve une lettre arrivée ici, une première fois, voilà vingt-six ans. Une lettre affolée, qui respire encore quand elle arrive pour la seconde fois.

Une maison a cinq fenêtres : par quatre d’entre elles, le jour brille avec calme et félicité. La cinquième fait face à un ciel noir, à l’orage et à la tempête. Je suis à la cinquième fenêtre. La lettre.

Parfois il existe un abîme entre le mardi et le mercredi, mais vingt six ans peuvent défiler en un instant. Le temps n’est pas une distance en ligne droite, mais plutôt un labyrinthe, et quand on s’appuie au mur, au bon endroit, on peut entendre des pas précipités et des voix, on peut s’entendre passer, là, de l’autre côté.

Cette lettre n’a-t-elle jamais eu de réponse ? Je n’en sais plus rien, c’était il y a si longtemps déjà. Les innombrables seuils de l’océan ont poursuivis leur marche. Le cœur a continué à bondir, de seconde en seconde, comme un crapaud dans l’herbe humide d’une nuit d’août.

Les lettres sans réponses s’amassent là-haut, comme les cirrostratus qui annoncent la tourmente. Elles ternissent les rayons du soleil. Je répondrai un jour. Un jour, lorsque je serais mort et que j’arriverai enfin à me concentrer. Ou du moins assez loin d’ici pour arriver à me retrouver. Quand je viens d’atterrir dans la grande ville et quand je longe la 125e Rue, dans le vent qui balaie la rue des ordures en fête. Moi qui aime tant flâner et me perdre dans la foule, un T majuscule dans la masse du texte sans fin.

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En mars – 79

Las de tous ceux qui viennent avec des mots,
des mots mais pas de langage,
je partis pour l’île recouverte de neige.
L’indomptable n’a pas de mots.
Ses pages blanches s’étalent dans tous les sens !
Je tombe sur les traces de pattes d’un cerf dans la neige.
Pas des mots, mais un langage.

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les souvenirs m’observent

Un matin de juin, alors qu’il est trop tôt
pour s’éveiller et trop tard pour se rendormir.

Je dois sortir dans la verdure saturée
de souvenirs, et ils me suivent des yeux.

Ils restent invisibles, ils se fondent
dans l’ensemble, parfaits caméléons.

Ils sont si près que j’entends leur haleine,
bien que le chant des oiseaux soit assourdissant.

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Pour ceux qui veulent lire d’autres poèmes de Tomas Tranströmer sur ce blog, c’est ICI.

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–––– Article du journal Libération du 6 octobre 2011 ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

le poète suédois Tomas Transtromer le 31 mars 2011 à Stockholm

Tomas Transtromer le 31 mars 2011 à Stockholm (AFP Jessica Gow)

     Le prix Nobel de littérature 2011 a été décerné au poète suédois Tomas Tranströmer, a annoncé jeudi l’Académie suédoise.

     Tranströmer, 80 ans, psychologue de formation, est récompensé «car, par des images denses, limpides, il nous donne un nouvel accès au réel», selon l’Académie. «La plupart des recueils de poésie de Tranströmer sont empreints d’économie, d’une qualité concrète et de métaphores expressives», ajoute l’Académie. «Dans ses derniers recueils….Tranströmer tend à un format encore moindre et à un degré encore plus grand de concentration

     Le Suédois Tomas Tranströmer était déjà le plus connu des poètes scandinaves vivants avec une oeuvre dans laquelle il explore la relation entre notre intimité et le monde qui nous entoure. Psychologue de formation, il suggère que l’examen poétique de la nature permet de plonger dans les profondeurs de l’identité humaine et de sa dimension spirituelle. «L’existence d’un être humain ne finit pas là où ses doigts se terminent», a déclaré un critique suédois au sujet des poèmes de Tranströmer, décrits comme «des prières laïques». La renommée de Tranströmer dans le monde anglophone doit beaucoup à son amitié avec le poète américain Robert Bly, qui a traduit en anglais une bonne partie de son oeuvre. Celle-ci a été traduite dans une cinquantaine de langues.

     Les poèmes de Tomas Tranströmer sont riches en métaphores et en images. Ils illustrent des scènes simples tirées de la vie de tous les jours et de la nature. Son style introspectif, décrit par le magazine Publishers Weekly comme «mystique, versatile et triste», détonne avec la vie même du poète engagé dans un combat pour un monde meilleur, et pas seulement au travers de poèmes. Né le 15 avril 1931 à Stockholm, Tomas Tranströmer a été élevé par sa mère après le départ, très tôt, de son père. Ayant obtenu son diplôme de psychologie en 1956, il a été embauché à l’Institut psychotechnique de l’université de Stockholm, avant de s’occuper en 1960 de jeunes délinquants dans un institut spécialisé. Tout en édifiant une riche oeuvre poétique, il travaille avec des handicapés, des condamnés et des toxicomanes.

     A l’âge de 23 ans, alors qu’il est toujours étudiant en psychologie, il publie son premier recueil intitulé «17 poèmes», chez le plus grand éditeur suédois, Bonniers, avec lequel il restera lié tout au long de sa carrière. Pour l’éditeur, la poésie de Tranströmer est «une analyse permanente de l’énigme de l’identité individuelle face à la diversité labyrinthique du monde». En 1966, il reçoit le prestigieux prix Bellman.

     De nombreuses autres récompenses suivent, dont le prix Pétrarque (Allemagne, 1981) et le Neustadt International Prize (Etats-Unis, 1990). En 1997, la ville ouvrière de Västeraas, où il vécut trente ans avant de rentrer à Stockholm dans les années 1990, a créé le prix Tranströmer. Ayant publié une dizaine de recueils, le poète est frappé en 1990 par une attaque d’apoplexie qui le laisse partiellement paralysé et aphasique, le condamnant à réduire considérablement ses activités.

     Sa première oeuvre publiée après cette attaque, six ans plus tard, est un recueil intitulé «La Gondole chagrin», qui s’est écoulé à 30.000 exemplaires, un chiffre plus qu’honorable en matière de poésie. A la suite de ce succès, Tranströmer n’a rien publié durant huit années à l’exception de sa correspondance avec Bly.

     Sa dernière publication remonte à 2004 avec la parution d’un recueil de 45 haïkus («La grande énigme», publiée en France par le Castor Astral). Depuis, la musique a pris le dessus chez ce pianiste amateur. Il joue de son instrument tous les jours, de la main gauche car la droite est abîmée depuis la crise d’apoplexie, et il passe ses matinées à écouter de la musique classique, a raconté son épouse dans un entretien au grand quotidien suédois Dagens Nyheter publié cette année. Tomas Tranströmer vit avec son épouse Monica, ils ont deux filles.

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Poésie et peinture : Tranströmer et Vermeer

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Tomas Tranströmer

Les rivets dorés sont entrés au vol, à une vitesse inouie,
Pour s’arrêter net,
Comme s’ils avaient toujours été au repos.

Les oreilles bourdonnent à force de profondeur ou d’altitude.
C’est la pression venue de l’autre côté du mur
qui amène les réalités à se dissoudre
et affermit le pinceau.

Passer les murs est une chose douloureuse, on en tombe malade
Mais c’est indispensable.
Le monde est un. Quant aux murs….
Et les murs sont une part de toi –
on le sait ou on l’ignore,
mais c’est ainsi pour tout le monde,
sauf les petits enfants.
Pour eux, pas de murs.

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   C’est ce poème qui décrit un tableau de Vermeer qui m’a fait découvrir Tomas Tranströmer. Qui, autre qu’un poète, peut parler le mieux du tableau d’un peintre ? Sans doute parce que la poésie en tant qu’art relève de la même dimension que la peinture, qu’elle utilise le même langage magique et mystérieux pour représenter le monde et parler directement à nos sens sans passer par la raison.

     C’est en lisant le poème de Tranströmer que l’envoutement du tableau de Vermeer s’est en partie dévoilé, qu’une part de l’alchimie secrète mis en œuvre par le peintre s’est révélée. Comme je les voyais clairement ces rivets dorés jaillir vers mon visage à pleine vitesse et brusquement se figer dans l’immobilité du tableau et rester là, immobiles, mais toujours pleins de force réprimée et contenue, rongeant leur frein, et prêts à tout moment à reprendre leur course folle…

Femme lisant une lettre - Johannes Vermeer - 1662-1663

Femme lisant une lettre – Johannes Vermeer  – 1662-1663

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Liseuse à la fenêtre - Vermeer -

L’autre liseuse à la fenêtre – Vermeer

Passer les murs est une chose douloureuse, on en tombe malade
Mais c’est indispensable.
Le monde est un. Quant aux murs….
Et les murs sont une part de toi –

Vermeer - rue de Delft - vers 1657

Vermeer – rue de Delft – vers 1657

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Poésie du septentrion : Tomas Tranströmer (I)

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nord = septentrion
du latin Septentrio de septem (« sept ») et trio (« bœuf de labour »).
Les romains déterminaient le nord grâce à la position d’une constellation d’étoiles dans laquelle ils percevaient sept bœufs tirant une charrue.

Yggdrasil

––– Mythologie nordique ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Plus qu’en tout autre haut lieu, c’est au pied de l’if sacré Ygdrasil, l’arbre de vie, qu’Odhinn s’en va quérir le Grand Secret.  Le voici arrêté devant la fontaine de Mimir, qui se trouve sous la racine s’étendant vers Jotunheim, le monde des géants.  Celui qui boit son breuvage acquiert la sagesse absolue.  Même le plus grand des dieux peut avoir soif de cette onde à l’extraordinaire pouvoir.
Le bord de son grand chapeau sombre rabattu sur le visage, enveloppé dans sa longue houppelande, Odhinn, déguisé en simple voyageur, demande à boire l’eau de la fon­taine de Mimir.
La fontaine sacrée se trouve sous la garde d’une Vala, une prophétesse, qui reconnaît tout de suite Odhinn-Alfadir, le Père-de-Tout.

–      Que voudrais-tu me demander, Odhinn ? Je sais tout
–      Puis-je boire une gorgée de cette eau ?
–      Oui, si tu sais m’en payer le prix.

Que peut coûter la sagesse ? Elle ne se paye ni en or ni en sang.  Le Grand Voyageur comprend qu’il n’est pas trop pour l’acquérir que de faire le don d’un de ses yeux.  C’est en acceptant de devenir borgne qu’il parviendra à être un véritable voyant.  Le regard lucide sur le monde et la vie s’achète a ce prix.  Dorénavant, sa prunelle unique n’en aura que plus d’acuité – et aussi plus de tristesse son orbite vide.
Car Odin voit le destin dans toute sa tragédie.  Il sait que nul ne peut y échapper, qu’il soit géant ou nain, homme ou dieu.  Tout est décidé et pourtant il faut faire face et se battre jusqu’au bout.  L’honneur est d’affronter le sort funeste et la lutte finale dont nul ne sort vainqueur.
Désormais, après avoir offert un de ses yeux à la fontaine de Mimir, Odhinn sera borgne.  Mais par cette mutilation volontaire, il aura acquis la connaissance absolue.
L’oeil que le dieu Odhinn laisse en gage dans la fontaine de Mimir n’est autre que le soleil.  Chaque soir, il s’enfonce dans l’onde de la source, comme l’astre du jour dans les flots de l’océan.  Il y voit alors les secrets de l’abîme.
Et chaque matin, la Vala boit l’hydromel brun de l’aurore, dont la couleur évoque l’ambre sacré des côtes nordiques et dont le pouvoir lui donne le don de prophétie.
Auprès de la fontaine sacrée, sous l’une des trois racines de l’if sacré Yggdrasil, se trouve la tête momifiée du dieu ase de l’intelligence Mimir, qui fut naguère assassiné par les Vanes, lors de la grande guerre entre les deux races divines.  Odin vient souvent converser avec cette tête enchantée, dont la bouche profère toujours des conseils judicieux.
Ce qu’enseigne la sagesse de Mimir, c’est que la vie ne vaut que par la mémoire du passé et l’espérance du futur.  Tout s’enchaîne, les saisons et les joies, les légendes et les peines.  Et les héros d’autrefois, qui ont rejoint Odin en sa demeure du Valhalla, annoncent les héros de demain.
Mimir se souvient.  Et se souvenir c’est créer. Du fond de la fontaine, l’oeil d’Odin regarde le monde, renouvelé à chaque aurore par ce soleil surgi de l’eau sacrée, cet oeil-soleil qui ne quittera plus le monde jusqu’au crépus­cule.  Il ne disparaît au cours de la nuit, comme au long de l’hiver, que pour mieux renaître à chaque aube et à chaque printemps.

Tomas Tranströmer

–––– Tomas Tranströmer –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

  »  La nuit à trois heures de l’après-midi en hiver : ça n’est pas vraiment adapté aux exigences du corps et de l’esprit humains. La solitude, dans le noir et le silence d’une nuit de 18 heures… c’est ça aussi la Suède ! Des chandeliers sont allumés à toutes les fenêtres. C’est un don de clarté fait aux voisins et aux passants pour lutter contre l’angoisse, contre cette inhospitalité fondamentale de la nature quand tout devient noir. Dans ce contexte, la solidarité est indispensable à la survie, mentale tout autant que physique. Mais elle justifie le contrôle des uns sur les autres et suscite d’autres angoisses, crée d’autres difficultés pour survivre en faisant respecter sa singularité. Dans ce pays extrêmement développé, chacun garde une maison à la campagne, une simple cahute parfois, pour passer les longues journées d’été au plus près des forêts, des lacs, de la mer. Eprouver « cette sensation d’être « là et nulle part ailleurs » qu’il [faut] conserver, comme lorsqu’on porte un vase rempli jusqu’à ras bord et qu’on ne doit rien renverser. »

Tomas Tranströmer, Baltiques I, trad. du suédois par Jacques Outin, Poésie/Gallimard, No 397, 2004

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Voyez cet arbre gris. Le ciel a pénétré
par ses fibres jusque dans le sol –
il ne reste qu’un nuage ridé quand
la terre a fini de boire. L’espace dérobé
se tord dans les tresses des racines, s’entortille
en verdure. – De courts instants
de liberté viennent éclore dans nos corps, tourbillonnent
dans le sang des Parques et plus loin encore.

Tomas Tranströmer, Baltique, éditions poésie / Gallimard, page 3

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A deux heures du matin : clair de lune. Le train s’est arrêté
au milieu de la plaine. Au loin, les points de lumière d’une ville
qui scintillent froidement aux confins du regard.

C’est comme quand un homme va si loin dans le rêve
qu’il n’arrive à se souvenir qu’il y a demeuré
lorsqu’il retourne dans sa chambre.

Et comme quand quelqu’un va si loin dans la maladie
que l’essence des jours se mue en étincelles, essaim
insignifiant et froid aux confins du regard.

Le train est parfaitement immobile.
Deux heures : un clair de lune intense. Et de rares étoiles.


Tomas Tranströmer, Baltique, éditions poésie / Gallimard, 2004, p. 65

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Sur une saillie rocheuse                                              På en klippavsats
on voit la fissure du mur des trolls.                            syns sprickan i trollväggen.
Le rêve, un iceberg.                                                    Drömmen ett isberg.

Les pensées sont à l’arrêt                                           Tankar står stilla
comme les carreaux de faïence                                  som mosaikplattorna
de la cour du palais.                                                    i palatsgården.

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Les géants affaiblis sont si enchevêtrés
que rien ne parvient à tomber.
Le bouleau brisé pourrit là,
au garde-à-vous, comme un dogme.

Je remonte du fond de la forêt.
La lumière renaît entre les troncs
La pluie s’abat sur mes toitures.
Je suis la gouttière des impressions.

L’air s’adoucit à l’orée du bois –
De grands sapins, détournés et obscurs,
dont le muffle s’est enfoui dans l’humus de la terre,
lapent l’ombre de la pluie.

Dans la forêt, p.87.

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Madrigal

J’ai hérité d’une sombre forêt où je me rend rarement. Mais un jour, les morts et les vivants changeront de place. Alors la forêt se mettra en marche. Nous ne sommes pas sans espoirs. Les plus grands crimes restent inexpliqués, malgré l’action de toutes les polices. Il y a également, quelque part dans notre vie, un immense amour qui reste inexpliqué. J’ai hérité d’une sombre forêt, mais je vais aujourd’hui dans une autre forêt tout baignée de lumière. Tout ce qui vit, chante, remue, rampe et frétille ! C’est le printemps et l’air est énivrant. Je suis diplomé de l’université de l’oubli et j’ai les mains aussi vides qu’une chemise sur une corde à linge.

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Là-bas sur le terrain vague, non loin des immeubles,
il y a depuis des mois déjà un journal oublié, truffé d’évènements.
Il vieillit durant les nuits et les jours de soleil et de pluie
en passe de se muer en plante, en chou pommé, de s’unir à la terre.
Comme un souvenir qui peu à peu en nous se transforme.

A propos de l’histoire V, p.128.

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Ingmar Bergman - le septième sceau

Il arrive au milieu de la vie
que la mort vienne prendre nos mesures.
Cette visite s’oublie et la vie continue.
Mais le costume se coud à notre insu.

      Sombres cartes postales II, p.256

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Bibliographie & documentation

Le critique d’art et écrivain Renaud Ego a dans le volume poésie / Gallimard a écrit en post-face une brillante étude intitulée « Le parti pris des situations de Tomas Tranströmer » :

« En 1926, Werner Heisenberg a défini sous le titre de « Principe d’incertitude » un théorème majeur de la physique quantique : en substance, il expliquait qu’on ne peut connaître simultanément la position et la trajectoire d’une particule ; en effet, pour mesurer la position d’une particule, il faut l’éclairer, et ce faisant, l’énergie même infime dégagée par les photons lumineux modifie sa trajectoire. La portée de ce théorème est immense, car il démontre que l’observation crée la réalité. […] Ce « flou quantique » – que l’on nommerait mieux, appliqué à la réalité macroscopique, « incertitude mentale » -, Tomas Tranströmer en a l’intuition lorsqu’il se décrit lui-même en 1989, soit à cinquante-huit ans, comme « Un espace de temps / de quelques minutes de long / de cinquante-huit ans de large ». […] Mais il tire aussi les conséquences de cette incertitude : si le réel surgit seulement dans le miroir d’une subjectivité qui se métamorphose elle-même, alors le monde objectif cesse. Seules demeurent possibles des situations transitoires, celles où la rencontre instantanée de l’être avec le monde redéfinit toujours les conditions de leur dialogue. »
Il se produit ainsi sans cesse une « métamorphose dont le poème est la forme », chaque poème exprimant des circonstances précises, forcément instables, dans lesquelles, à un moment donné, une rencontre entre l’homme et son environnement a lieu.

Tranströmer, langage au-delà du langage , article de Laurent Margantin sur Remue.net
.  La note de lecture d’Hervé Martin sur Incertain Regard à propos de Baltiques
.  A propos des oeuvres complètes sur le matricule des anges, note de lecture de Marc Blanchet
.  La fiche du poète sur le printemps des poètes
.  Une note de lecture dans Poezibao
Tomas Tranströmer – « Les souvenirs m’observent  « Le blog de la Quinzaine Littéraire, article de Marie Etienne.

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Pour ceux qui veulent lire d’autres poèmes de Tomas Tranströmer sur ce blog, c’est ICI.

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