Cette blessure…


la célèbre chanson de Léo Ferré interprétée magnifiquement par Angelique Ionatos

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Cette blessure
Où meurt la mer comme un chagrin de chair
Où va la vie germer dans le désert
Qui fait de sang la blancheur des berceaux
Qui se referme au marbre du tombeau
Cette blessure d’où je viens

Cette blessure
Où va ma lèvre à l’aube de l’amour
Où bat ta fièvre un peu comme un tambour
D’où part ta vigne en y pressant des doigts
D’où vient le cri le même chaque fois
Cette blessure d’où tu viens

Cette blessure
Qui se referme à l’orée de l’ennui
Comme une cicatrice de la nuit
Et qui n’en finit pas de se rouvrir
Sous des larmes qu’affirme le désir

Cette blessure
Comme un soleil sur la mélancolie
Comme un jardin qu’on n’ouvre que la nuit
Comme un parfum qui traîne à la marée
Comme un sourire sur ma destinée
Cette blessure d’où je viens

Cette blessure
Drapée de soie sous son triangle noir
Où vont des géomètres de hasard
Bâtir de rien des chagrins assistés
En y creusant parfois pour le péché
Cette blessure d’où tu viens

Cette blessure
Qu’on voudrait coudre au milieu du désir
Comme une couture sur le plaisir
Qu’on voudrait voir se fermer à jamais
Comme une porte ouverte sur la mort

Cette blessure dont je meurs


 

De la poule au singe et du singe à l’homme : théorie du bouc émissaire par Boris Cyrulnik.


De l’utilité d’un bouc émissaire en société…

    En appoint à la théorie que René Girard a forgé sur l’origine et la fonction du bouc émissaire (voir l’article lié en fin de texte), j’ai trouvé dans le livre de Boris Cyrulnik, Mémoire de singe et paroles d’homme, quelques pages tout à fait éclairantes sur le sujet. La pratique chez les hommes du détournement de la violence du groupe sur un « bouc émissaire » innocent, considérée souvent comme culturelle alors qu’elle est courante parmi les animaux, serait-elle innée et donc inscrite dans nos gênes ?

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Relevé sur Internet : « j’ai un souci avec l’une de mes poules. Elle est harcelée par les autres, qui tentent de la faire fuir, la pique. Même le coq la mord. Je l’ai isolé 10 jours car elle a été malade (je l’ai retrouvé amorphe dans un coin un matin), elle est de nouveau en pleine forme, le traitement est fini, j’ai tenté de la remettre avec les autres. Et là, rebelote, les autres se sont mises à l’attaquer de nouveau. Du coup, ma poule s’est « vengée » directement en suivant et attaquant mes deux jeunes poulettes soie (qui sont super calmes et qu’aucune autre poule importune) de 4 mois. »


Les textes de Boris Cyrulnik

De la poule…

       Il y a toujours dans un poulailler un individu brimé, battu, plumé, chassé des bons endroits. Cette poule se développe mal, sans cesse agressée, mal nourrie, mal apaisée, elle maigrit, épuise ses glandes surrénales et en cas d’épidémie résiste mal à l’infection. Les autres poules en revanche se portent bien et le groupe paisiblement se coordonne. Mais lorsqu’un expérimentateur enlève cette poule émissaire, les combats hiérarchiques reprennent, les blessures abîment plusieurs individus, le poids moyens des viscères s’abaisse, les surrénales se vident et c’est le groupe tout entier qui devient sensible aux infections, jusqu’au jour où un autre individu prendra cette fonction de poule émissaire et endurera tous les maux du groupe. Alors, le reste du poulailler pourra reprendre sa croissance euphorique.

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Au singe…

    D. Ploog [Un neuro-éthologue] raconte la rencontre et la hiérarchisation de deux groupes de saïmiris, petits singes tropicaux à longue queue prenante. D’abord, ils déchargent une intense agressivité collective. Les femelles de haut rang crient, se menacent et se mordent. Les mâles se défient en violents duels. Finalement un des deux groupes se retire dans un coin et cède le terrain. Alors, dans le groupe des vaincus on assiste à des modifications de structures sociales. Les mâles se disputent et établissent entre eux une nouvelle hiérarchie. Puis ils désignent parmi les mâles subordonnés celui qui servira de souffre-douleur. Le groupe des vaincus concentre son agressivité sur ce bouc émissaire qui rapidement va maigrir, altérer son état général, souffrir de ses blessures et parfois en mourir. Mais par ce stratagème, les autres mâles du groupe vont pouvoir apaiser leur tension, décharger leur agressivité qu’ils n’osaient pas orienter sur les vainqueurs et se sentir de nouveau dominants par rapport à ce singe bouc émissaire dominé. leur moral remonte, le groupe vaincu s’apaise et la sexualité va reprendre.
     Désormais en paix, les deux groupes augmentent leurs contacts sociaux et progressivement fusionnent. L’agression contre le singe bouc émissaire va s’éteindre puisqu’elle n’a plus de raison d’être.

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À l’homme …

      Les pressions d’environnement participent à la constitution des gestes aussi sûrement que nos pulsions biologiques. Lorsqu’on observe en milieu spontané la manière dont les enfants préverbaux se rencontrent dans leur groupe, on se rend compte qu’à ce stade de leur formation le problème qu’ils doivent résoudre en priorité est celui du couple d’opposés agression-apaisement. […] L’agression vient le plus souvent des congénères, lors de la lutte pour un objet stimulant ou un lieu privilégié. […] Certains enfants dominés recherchent la compagnie de leaders apaisants dont ils reçoivent des caresses et des offrandes. En revanche, ils reçoivent aussi l’agression de dominants-agressifs. Ils cherchent alors à rediriger, à orienter l’agression sur un autre enfant. Si bien que ces enfants dominés, peu gestuels, parviennent quand même par cette politique gestuelle de séduction et de détournement de l’agressivité à s’intégrer dans leur groupe. […]

     À la moindre régression quotidienne, à la moindre frayeur, fatigue ou tension, l’étrangeté de l’Autre nous apparaît aussitôt. En cas de difficulté supplémentaire, le groupe va trouver qu’il n’a rien de commun avec cet étrange étranger. En cas de trop vives angoisses l’apaisement du groupe va retrouver ses défenses archaïques : c’est l’Autre étranger qui est coupable de nos angoisses et de nous maux. Les humains retrouvent alors le terrible bénéfice du bouc émissaire.

      Puisque nous vivons en groupes, il faut bien qu’à l’origine nous ayons orienté notre agressivité sur un Autre, il faut bien que notre cohésion se constitue au prix du meurtre d’un Autre. Dés l’instant où l’adversaire est désigné, le groupe, apaisé, assure sa cohésion. Tout groupe est donc coupable d’un pêché originel sans lequel il n’aurait pu se fonder. Il va falloir expier, payer notre faute, sacrifier un membre du groupe, ou une part de nous-mêmes.

Boris Cyrulnik, Mémoire de singe et paroles d’homme – édit. Fayard/Pluriel – 2010 – p.262 à 265.


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Bouquet « Feu d’artifice »


    J’étais occupé à confectionner un bouquet de fleurs de mon jardin durant le déroulement du match de football France-Argentine… À chaque marquage de but de l’équipe de France, le silence du jardin était rompu par des exclamations tonitruantes venues des maisons voisines et des concerts de klaxon des automobilistes. Le bouquet a pris alors un aspect « Feu d’artifice ».

      En cas de défaite de l’équipe de France contre l’Uruguay, il me faudra composer un « bouquet triste ».


Alexis-Vincent-Charles Berbiguier de Terre-Neuve du Thym, paranoïaque & « fou littéraire »


Où finit la littérature et où commence la folie ?

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Je suis la folie
Celle qui procure
Plaisir et douceur
Et bonheur au monde.

 Tous, plus ou moins,
Servent mon nom
Mais il n’y en a pas un
Qui pense être fou.

 Henri Du/Le Bailly, la Locura, 1614

°°°

La Salade,  Librairie Pierre Saunier

     Trouvé par hasard sur la toile, les catalogues de livres rares et pour la plupart introuvables de la Librairie Pierre Saunier, 22, rue de Savoie à Paris (c’est  ICI  et  ICI). La frustration ressentie de ne jamais sans doute pouvoir posséder et se délecter de l’un de ces trésors est un peu compensée par le plaisir de la lecture des compte-rendus accompagnant la présentation de ces livres et la contemplation de certaines illustrations qui en sont tirées. Dans le catalogue de l’année 2012 intitulé La Salade — Allez savoir pourquoi … — j’ai été intrigué par la présentation de ce récit autobiographique loufoque publié en 1821  en trois volumes et 274 chapitres par l’écrivain originaire de Carpentras Alexis-Vincent-Charles Berbiguier de Terre-Neuve du Thym (excusé du peu !), au titre tout aussi loufoque de « Les Farfadets, ou tous les démons ne sont pas de l’autre monde« . Le tirage fut de 400 exemplaires dont dix furent reliés par les soins de l’auteur lui-même pour être offerts aux têtes couronnées d’Europe. À la fin de sa vie, il récupéra une centaine de ces livres et en fit un autodafé.

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     N’ayant jamais entendu parlé de ce personnage et développant mes recherches, j’ai appris que cet auteur né vers 1764  à Carpentras et mort en 1851 dans cette même ville occupa dans un premier temps un poste d’employé de bureau à l’hospice civil d’Avignon. C’est vers l’âge de trente ans qu’il commença a être obsédé par des créatures démoniaques qu’il nommait « farfadets » qui le persécutaient. La chance veut qu’il hérite en 1813 d’un vieil oncle, chanoine à Paris mais les difficultés qu’il éprouve pour entrer en possession de son dû vont aggraver son délire de persécution.  Il avait été soigné pour cela sans grand succès dés 1815 à la Salpétrière par le médecin aliéniste et occasionnellement zoologue, pionnier de la psychothérapie, Philippe Pinel, mais comme beaucoup des personnes qui s’intéressèrent à son cas, Berbiguier l’accusa d’être l’un des farfadets persécuteurs qui se cachait derrière une apparence humaine. Son cas s’aggrava de manière notable lorsqu’il pensa avoir capturé Pinel chez lui sous sa forme naturelle de farfadet et se mit à le torturer avec des aiguilles. D’autres farfadets qu’il pensait avoir capturés étaient enfermés dans de nombreuses bouteilles qui encombraient sa chambre (voir l’illustration de la chambre). Son cas a un moment passionné toute la psychiatrie française et caricaturistes et librettistes s’y sont donnés à cœur joie. Il  a été considéré plus tard comme un archétype du fou littéraire* par des auteurs comme Raymond Queneau et le belge André Blavier qui ont écrit tous deux des ouvrages sur ce sujet.  Dans son livre Les Fous littéraires, André Blavier avait recensé dans l’histoire plus de 3.000 fous littéraires qui vont des inventeurs du mouvement perpétuel, des démontreurs de la quadrature du cercle, des origines batracienne de l’homme, des origines préhistoriques de la langue française issue d’une imitation des cris d’animaux, etc… Depuis le nombre a encore augmenté.

fous littéraires * : auteurs qui n’ayant réussi à obtenir aucune reconnaissance de la part de la communauté intellectuelle et du public publient le plus souvent à compte d’auteur des ouvrages portant sur des sujets jugés par eux comme sérieux mais qui sont considérés par le public comme fantasques et désopilants.

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Pour Berbiguier, les farfadets, ces lutins démoniaques avaient les dons de l’invisibilité et de la métamorphose et s’introduisaient dans les appartements pour y délier le saint nœud conjugal, suborner l’épouse vertueuse et engrosser la vierge par « l’opération farfadéenne »

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Extrait du catalogue de l’année 2012 « La salade » de la librairie Pierre Saunier

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Berbiguier harcelé par ses créatures

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Vertiges et révélations


William Blake - l'Ancien des Jours traçant le cercle du monde (1794) William Blake – l’Ancien des Jours traçant le cercle du monde (1794)

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      Parmi les thèmes les plus traités dans ce blog, celui portant sur le phénomène de « révélation » est l’un des plus importants et des plus fréquemment nommé. la rubrique ABCDaire qui recense et classe par ordre alphabétique les articles de ce blog (cliquer sur le tableau des thèmes présenté sous la photo d’en-tête) indique que 14 articles ont déjà été à ce jour consacrés à ce thème ou ont à voir avec lui  :

Révélation (apparition, rencontre, découverte, dévoilement, illumination, surgissement, épiphanie, divination, initiation, conversion, ravissement, envoûtement, enchantement, magie, sortilège, saisissement, rapt, captation, possession, emportement, ébranlement, vertige, extase, sentiment océanique).

L’appel du vide ou du néant

La conversion religieuse

la puissance magique de l’art

L’émergence soudaine du Cosmos

Le vertige métaphysique ou anthropologique.

Le vertige amoureux, le coup de foudre.

Voir aussi le thème Vertigo et ses annexes dans le tableau des thèmes.

Et aussi quelques morceaux musicaux et chantés qui me transportent et m’envoûtent…

  • « Vide cor meum » de Patrick Cassidy inspirée par la Vita Nuova de Dante.
  • L’adagio de la Symphonie n°5 de Gustav Mahler sous la direction d’Herbert von Karajan.
  • « Ich bin der Welt abhanden gekommen » (Me voilà coupé du Monde) de Mahler
  • « Du bist die Ruh » de Schubert chanté par Dietrich Fischer-Dieskau : « Une peinture étonnamment épurée d’une paix transcendantale ».
  • « La chanson de Solweig » d’Edvard Grieg interprétée par Anna Netrebko et le groupe électro Schiller.
  • « L’Adieu » (final du chant de la Terre) de Mahler interprété par Kathleen Ferrier sous la direction de Bruno Walter.

orantsReprésentations de l’Orant : à gauche gravure anthropomorphique de Los Barruecos en Espagne – au milieu, peinture rupestre del Pla de Petracos en Espagne (- 8.000 ans) – à droite, l’Orante sur une fresque de la catacombe de Priscille à Rome (IVe siècle). (images tirées d’un article de ce blog sur le peintre Hodler, c’est ICI)

Qu’est-ce qu’une révélation ?

     Selon la définition du philologue allemand Walter F. Otto, la « révélation » (Offenbarung) désigne chez l’être humain le phénomène « d’ouverture venant d’en haut, du surhumain sur l’homme; une ouverture qu’avec la meilleure volonté du monde il est incapable de se donner, qu’il ne peut que recevoir de la parole d’une autorité, avec gratitude et docilité ». Se penchant sur les liens profonds qui unissent la révélation et le mythe, Walter Otto poursuit en affirmant que celui-ci « n’est pas le résultat d’une réflexion, vu que la vérité qu’il contient et qu’il est n’a pas été conclue au terme d’une démarche de la pensée, une seule possibilité demeure : loin d’être saisi et appréhendé par l’homme, le mythe, à l’inverse, a saisi et appréhendé (voir ébranlé) l’homme lui-même (ce qu’atteste l’attitude immédiatement active (…) qui en résulte). La vérité ne devient donc pas manifeste à l’homme à la suite de ses propres investigations, elle ne peut se révéler qu’elle-même. » (Essai sur le mythe, p.55)

      Tout semble dit dans ce texte. La « révélation », ce sentiment puissant qui vous « appréhende » et vous « ébranle » ne provient pas, selon ce penseur de votre for intérieur, ou tout au moins, n’est pas contrôlé par vous. Tout au contraire, il s’impose à vous, venant d’en haut, ce qui signifie qu’il vous est imposé avec autorité par une entité supérieure à laquelle vous ne pouvez qu’obéir avec gratitude et docilité… C’est donc à un ravissement auquel nous avons à faire. La révélation agit comme le ferait un charme par un effet d’un sortilège qui annihile la volonté de celui qui en est frappé. On retrouve là tous les attributs du sacré tels qu’il a été défini par le compatriote homonyme de Walter Otto, le théologien Rudolf Otto dans son essai Das heilige (le Sacré) et vulgarisé plus tard par l’historien des religions roumain Mircea Eliade : Le sacré ne se contrôle pas, il se « manifeste » et s’impose à nous par un acte mystérieux transmettant quelque chose de « Tout autre » étranger à notre monde… Ajoutons que l’adhésion n’est pas toujours docile comme nous le présente Walter F. Otto qui faisait plutôt référence dans ses écrits à la conversion religieuse, n’oublions pas que le mot ravissement  issu du latin rapereentraîner avec soi », « enlever de force ») possède le double sens de « adhésion par subjugation » et d’ « enlèvement par la force ». La révélation peut aussi se manifester avec violence sous l’effet d’un choc déstabilisateur qui diminue les facultés de défenses du sujet.

Le 6 avril 1637, Coup de foudre de Pétrarque pour Laure de NovesLe 6 avril 1637, Coup de foudre de Pétrarque pour Laure de Noves

Le Caravage - Conversion de Paul de Tarse sur le chemin de Damlas, vers 1600.jpgLe Caravage – Conversion de Paul de Tarse sur le chemin de Damas, vers 1600

William Blake - The Great Red Dragon and the Woman Clothed in SunWilliam Blake – Le Dragon rouge et l’homme solaire, vers 1803

      Dans les articles qui suivront nous poursuivrons la réflexion commencée avec nos articles précédents sur la relation intrinsèque qui semble unir le phénomène de révélation — qu’elle soit artistique (expérience du «sublime», inspiration), sensuelle (coup de foudre) ou spirituelle (conversion) — avec les concepts de profane et de sacré et sur le rapport qui unit le sacré et le religieux. Doit-on considérer que le sacré est toujours de nature religieuse ou peut-on envisager la forme paradoxale d’un sacré qui serait de nature « laïque » ? Une réponse positive à cette question aurait pour effet de le réintégrer dans la dimension du profane… Pour tenter de répondre à ces questions, nous étudierons chez divers penseurs et artistes qui ont déclarés avoir vécu l’expérience de révélation le contenu qu’ils donnaient à ce phénomène et comment ils expliquaient son apparition.

      Peut-être avez-vous vous-mêmes fait l’expérience d’une révélation que vous voudrez nous faire partager…


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In limbo


Dans les limbes, Un film de Antoine Viviani

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    Comment filmer Internet ? Comment filmer quelque chose d’aussi abstrait qu’Internet ? J’ai voulu avant tout trouver un langage et une forme propre au film. C’est extrêmement important dans mon travail. Alors j’ai dû inventer une forme pour filmer Internet. Je voulais faire de ce film une immersion dans un rêve ou un cauchemar du réseau. Les gens que l’on y rencontre sont représentés comme des fantômes, des spectres numériques.                                   Antoine Viviani

Le film

     La voix d’un esprit mystérieux, interprétée par Nancy Huston, se réveille dans les méandres des centres de données de notre réseau mondial. C’est comme s’il ne restait plus sur terre que cette immense machine, sans cesse en train d’enregistrer nos souvenirs. En plongeant dans sa mémoire, elle nous emmène à la rencontre de personnages fantomatiques tels que les pères fondateurs d’Internet, les dirigeants de Google ou encore des archivistes numériques et observe le monde de nos souvenirs, fascinée. Que sommes­-nous en train de construire avec ce monde de mémoire numérique ? S’agît-­il d’une nouvelle cathédrale, fondement d’une nouvelle civilisation, ou bien du plus grand cimetière de notre histoire ? Dans les limbes est un conte philosophique qui parcourt Internet comme s’il s’agissait de notre au­-delà…
     C’est en 2015 qu’Antoine Viviani a produit et réalise Dans les Limbes (titre anglais: In Limbo) un essai documentaire qui nous fait voyager dans les limbes de l’Internet, comme si le réseau mondial était en train de rêver de lui-même. Déjà projeté à plusieurs reprises de par le monde dont au CPH : Dox de Copenhague (nov. 2015) où il faisait partie de la compétition internationale, Dans les limbes est l’aboutissement cinématographique de l’expérience In Limbo interactive, disponible sur le site d’ARTE. On y croise une voix incarnée par Nancy Huston, des data centers à la fois beaux et inhumains et des ingénieurs (notamment Gordon Bell et Ray Kurzweil, directeur de l’ingénierie chez Google…) qui sont aussi les acteurs de premier plan de la « révolution numérique ». Pour galvaudée qu’elle soit, l’expression trouve ici une certaine justesse dans la proposition esthétique d’Antoine Viviani, qui s’aventure dans une narration emprunte de poésie visuelle et d’échappées sonores.

sources : présentation officielle et Le blog documentaire


Bande-annonce du film


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     Antoine Viviani est un jeune réalisateur primé. Diplômé de Sciences Po Paris en 2007, il a d’abord produit des documentaires en collaboration avec Vincent Moon (Arcade  Fire  et  R.E.M). Il a également travaillé en compagnie de l’artiste contemporain Pierre Huyghe. En 2009, il fonde une compagnie de production, Providences. En 2011, il produit et réalise In Situ, un long métrage documentaire à propos de l’implication artistique dans le milieu urbain en Europe. Ce film a reçu le prix du Best Digital Documentary au Festival IDFA à Amsterdam en 2011 ainsi que le prix du Meilleur Film au London Doc. Fest en 2012. Il développe actuellement des longs métrages pour les projets cinéma et immersifs.


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Vous ne tenez que par l’amidon de votre chemise et le pli de votre pantalon…


    Triste et hilarant ou comment deux monstres sacrés parviennent à tenir à distance la Mort par le talent et la dérision.   Oui, quelle classe !

      Échange poivré entre Michel Serrault (Pompilius, ancien diplomate roumain) et Jeanne Moreau (vieille Lady richissime) dans le film La vieille dame qui marchait dans la mer de Laurent Heynemann (1991) d’après le roman éponyme de Frédéric Dard.
     Lady M, une vieille femme riche et excentrique, passe ses vacances en compagnie d’un diplomate fané, Pompilius Enaresco. Fière des deux-mille-dix-sept amants qu’elle revendique, elle ne compte pas s’arrêter en si bon chemin et jette son dévolu sur Lambert, un jeune plagiste attentif et flatteur doté de toutes les qualités du gigolo. Bientôt folle de cet ambitieux apollon, Lady M le met au fait de ses fructueuses escroqueries, sous les yeux furibonds de Pompilius, aussi impuissant que jaloux…  (source Télérama)
      Jeanne Moreau, magnifique dans ce rôle, décédera six années plus tard à l’âge de 89 ans. Michel Serrault lui survivra une dizaine d’années.


Petite fleur,
vous êtes une vieille truie en chaleur !
Vous êtes une irrémédiable catin.
Votre sexe ranci se remet à capoter devant les jeunes mâles,
Ce qui devrait faire rire si ce n’était pas à pleurer.
Arrêtez vous un instant devant une glace,
par charité pour vos restes,
Et regardez, regardez à quoi vous ressemblez…
Une vieille jument efflanquée
prête pour l’abattoir.
En vous regardant mon estomac se noue
au point que je me demande si.. je vais dîner

Si vous ne désirez pas dîner,
abominable vieillard glauque et frippé.
Allez vous faire foutre !
Vous ne tenez que par l’amidon de votre chemise et le pli de votre pantalon.
Il ne vous suffit pas de n’être plus aimé,
vous cherchez absolument  à vous faire haïr.
Rassurez-vous, vieux mou, vous êtes sur la bonne voie .

Si ce détrousseur de fossile, vient habiter à la maison
Je partirais…

Il viendra !

Mais croyez vous que ce jeune voyou pourra…
pourra danser la gigue sur votre ventre tout sec, la mère ?
Hein ?  Le Pauvre garçon !
Il aurait l’impression de pénétrer une momie.
Carabosse !

Vous n’êtes qu’un débris avachi dans une rolls.

Et vous, vous êtes la mort, ma princesse.
La mort couverte de bijou et fardée comme une pute de carnaval.

Arrête-toi sinon Je te plante cette fourchette dans les couilles !

Quelle classe !