Vertige amoureux à Pompei : rencontre avec la Gradiva


article précédemment publié le 11 septembre 2017

la Gradiva

La Gradiva (musée Vatican Chiaramonti)

Tes pas, enfants de mon silence,
Saintement, lentement placés,
Vers le lit de ma vigilance
Procèdent muets et glacés.

Paul Valéry

Gradiva, « celle qui marche en avant »

220px-Wilhelm_Jensen_01    L’extrait qui suit est tiré de la nouvelle Gradiva publiée en 1903 par l’écrivain allemand Wilhelm Jensen, qui connut une grande postérité au sein de la culture européenne, particulièrement auprès de Sigmund Freud et des surréalistes. L’auteur raconte comment un archéologue allemand, Norbert Hanold, se procure un moulage en plâtre d’un bas-relief qu’il a beaucoup admiré au musée Chiaramonti, un musée du Vatican, et comment, après avoir accroché la sculpture dans son bureau, il cherche à percer le mystère de la marche de la femme représentée, qu’il surnomme Gradiva — en latin, « celle qui marche en avant », forme féminine du surnom Gradivus donné au dieu Mars. Quelque temps après, Norbert Hanold fait un rêve dans lequel il se trouve à Pompéi lors de l’éruption du Vésuve en 79. Il aperçoit Gradiva, sans toutefois parvenir à l’avertir de l’imminence du danger. Profondément perturbé par ce rêve, il se rend d’abord à Rome, mais il y éprouve un fort sentiment de solitude et continue son voyage à Pompéi où il fait une rencontre inattendue, celle d’une jeune femme absolument identique à Gradiva, à qui il confie le trouble que lui fait ressentir cette ressemblance. 

Sigmund Freud (1856-1939)        Freud qui avait lu le roman de W. Jensen en 1906 et acquis, lors d’une visite au musée vatican Chiaramonti, une reproduction du bas-relief, qu’il avait suspendu dans son bureau à Vienne et emporté avec lui lors de son exil à Londres, en 1938 publiera une analyse du récit sous le titre Der Wahn und die Träume in Jensens Gradiva (Le délire et les rêves dans la « Gradiva » de W. Jensen), qui inaugurera la série des commentaires sur cette œuvre. Dans cet essai pionnier pour les études psychanalytiques appliquées à la littérature, Freud va s’efforcer de montrer l’importance des rêves dans la psychanalyse. Il théorise la notion de refoulement en la comparant à l’archéologie qui s’efforce de restituer le passé lors des fouilles et de mettre en valeur les buts communs, selon lui, qui existent entre la littérature et de la psychanalyse.  (crédit Wikipedia)


Pompei - Via di Mercurio sepia

Gradiva de Jensen (Extrait) – Vertige à Pompei

      (…) celui qui souhaitait cette compréhension devait venir ici dans la chaleur torride de midi, seul vivant au milieu des restes du passé, et ne plus voir avec les yeux de son corps, ne plus entendre avec ses oreilles de chair. C’est alors seulement que le passé revivait, sans qu’on voie cependant le moindre mouvement; c’est alors qu’il se mettait à parler, sans qu’on perçoive le moindre son. Le soleil faisait fondre la rigidité tombale des vieilles pierres, un frisson brûlant les parcourait, les morts se réveillaient et Pompei renaissait. Ce n’étaient pas des pensées à proprement parler blasphématoires que Norbert avait en tête; ce n’était qu’un sentiment confus, qui pouvait pourtant mériter ce qualificatif. C’était donc dans cet état d’esprit que, sans bouger, il parcourait du regard la Via di Mercurio jusqu’aux remparts. Les blocs de lave aux nombreuses arêtes qui la pavaient s’étendaient à ses pieds, impeccablement assemblés comme avant la pluie de cendres: normalement ils étaient gris clair, mais l’éclat du soleil était si fort qu’ils formaient comme un ruban argenté, orné de broderies, entre les murs silencieux et les colonnes en ruines dressées de chaque côté dans un vide surchauffé.

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Et tout à coup…

    Il regardait la rue, les yeux grands ouverts, avec pourtant l’impression de rêver: un peu plus loin, venant de la Maison de Castor et Pollux, à droite, il aperçut soudain Gradiva qui traversait la Via di Mercurio en franchissant d’un pied léger les pierres volcaniques qui mènent d’un trottoir à l’autre. C’était elle, à n’en pas douter; et malgré l’auréole que les rayons du soleil tissaient autour d’elle en fils d’or vaporeux, il reconnut son profil : exactement le même que celui du bas-relief. Elle baissait un peu la tête qu’enveloppait un fichu retombant sur sa nuque, et sa main gauche soulevait légèrement sa robe aux plis multiples. Comme celle-ci ne descendait pas plus bas que la cheville, il était facile d’apercevoir le pied droit qui restait un instant en arrière: le talon était dressé à la verticale, I’ensemble du pied reposant sur la pointe des orteils.
°°°

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      Mais la reproduction en pierre, uniforme et sans couleurs, ne pouvait tout représenter: la robe visiblement taillée dans un tissu doux et souple n’avait pas la froide teinte blanche du marbre mais était d’un jaune clair et chaud. Quant à la chevelure légèrement ondulée qui, sortant du fichu, se voyait sur le front et les tempes, son éclat mordoré la faisait se détacher sur l’albâtre du visage.

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    En le regardant, ce visage, Norbert se souvint qu’il avait déjà vu Gradiva en rêve dans cette même ville, la nuit où elle s’était étendue tranquillement, comme pour dormir, sur les marches du temple d’Apollon, près du Forum. Avec cette réminiscence, une autre pensée lui vint pour la première fois à l’esprit; sans même avoir réfléchi, il avait pris le train pour l’Italie et, sans s’être pour ainsi dire arrêté à Rome ni à Naples, il avait poursuivi son voyage jusqu’à Pompei pour y chercher d’éventuelles traces de la jeune femme. Et ce, au sens propre du terme; car, avec sa façon bien personnelle de marcher, Gradiva avait dû obligatoirement laisser dans la cendre les empreintes de ses orteils, distinctes de toutes les autres.

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   C’était donc, une fois encore, une créature de rêve qui se déplaçait sous ses yeux dans la lumière éclatante de midi, et pourtant c’était aussi une réalité. La preuve lui en fut donnée par l’effet qu’elle produisit sur un grand lézard allongé immobile dans les chauds rayons du soleil sur la dernière pierre, près du trottoir d’en face. Le corps scintillant de l’animal, comme fait d’or et de malachite, était parfaitement visible et, devant le pied qui approchait, Norbert le vit glisser brusquement au bas de la pierre et s’enfuir sur les blanches dalles de lave de la rue.
      Gradiva traversa d’un pas leste et tranquille et continua son chemin sur le trottoir opposé tournant maintenant le dos à l’archéologue. Elle semblait se diriger vers la Maison d’Adonis. En effet, elle s’arrêta devant un moment; mais, après une brève réflexion, elle se remit à marcher dans la Via di Mercurio.
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   Seule maison noble, la Maison d’Apollon se dressait tout au bout sur la gauche; elle tirait son nom des nombreuses statues d’Apollon qu’on y avait découvertes Norbert, qui suivait la jeune femme des yeux, se souvint alors qu’elle avait choisi le portique du temple d’Apollon pour s’étendre avant de mourir. C’était donc, selon toute vraisemblance, qu’elle était attirée par le culte du dieu du soleil et qu’elle allait l’adorer. Mais elle s’arrêta une nouvelle fois à l’endroit où d’autres pierres permettaient la traversée de la chaussée, et elle revint sur le trottoir de droite. Elle montra ainsi son autre profil à Norbert qui vit alors la silhouette dans une attitude un peu différente, car la main gauche qui tenait la robe légèrement retroussée ne se voyait plus, mais seulement le bras droit qui pendait le long du corps. Or, étant donné la distance et l’auréole plus dense encore dont le soleil enveloppait la vision, Norbert ne put déterminer où Gradiva avait bien pu brusquement disparaître, quand elle était parvenue à hauteur de la Maison de Méléagre.

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    Il était encore là, immobile: ses yeux, ses propres yeux venaient d’enregistrer l’image de plus en plus lointaine de Gradiva. A présent seulement il reprenait son souffle, car, jusque-là, sa poitrine était demeurée comme paralysée. En même temps, son sixième sens, refoulant tous les autres, le tint complètement sous sa coupe. Ce qu’il avait vu, était-ce un produit de son imagination ou la stricte réalité ? Il était incapable de répondre à cette question, pas plus qu’il ne savait s’il était éveillé ou s’il rêvait. Vainement il essayait de résoudre cette énigme, quand tout à coup un étrange frisson le secoua. Il ne voyait ni n’entendait rien, mais, à certaines vibrations mystérieuses de son être, il sentait qu’autour de lui Pompei s’était remis à vivre à l’heure de midi, de même que Gradiva qui était entrée dans la maison où elle avait habité avant la fatale journée d’août 79.

Wilhelm Jensen, La Gradiva (extrait), 1903


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Paul Valéry (1871-1945)

  Un poème s’imposait pour clôturer ce texte de Wilhelm Jensen, le sublime poème « Tes pas », merveille d’évocation et de concision, écrit par Paul Valéry et publié en 1922 dans le recueil Charmes dans lequel transparait l’influence d’Edgar Poe et Mallarmé.

Tes pas

la Gradiva

Tes pas, enfants de mon silence,
Saintement, lentement placés,
Vers le lit de ma vigilance
Procèdent muets et glacés.

Personne pure, ombre divine,
Qu’ils sont doux, tes pas retenus !
Dieux !… tous les dons que je devine
Viennent à moi sur ces pieds nus !

Si, de tes lèvres avancées,
Tu prépares pour l’apaiser,
A l’habitant de mes pensées
La nourriture d’un baiser,

Ne hâte pas cet acte tendre,
Douceur d’être et de n’être pas,
Car j’ai vécu de vous attendre,
Et mon coeur n’était que vos pas.

Paul Valéry, Extrait de Poésies, Charmes – Edit. Poésie/Gallimard


Le poème dit par Gilles-Claude Thériault


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Jouer aux p’tits bateaux, qui vont sur l’eau…


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Maman, les p’tits bateaux
Qui vont sur l’eau
Mais oui, mon gros bêta
S’ils n’en avaient pas
Ils ne march’raient pas.

Allant droit devant eux
Ils font le tour du monde
Mais com’ la terre est ronde
Ils reviennent chez eux.

Va quand tu seras grand
Tu sauras comment faire
Pour lutter vaillamment
Contre la mer et le vent.
°°°

     Un déchet de bois et un bâtonnet, trois éclats de coquillages, six petits galets roulés, le tout ramassé sur la plage et voilà l’image d’un bateau à voile avec ses deux voiles, sa coque, son mat surmonté d’un drapeau et ses trois plaisanciers sagement assis sur le bastingage… Je me souviens avoir vu en Bretagne, à Quimper, la boutique d’un artiste qui exposait et vendait des réalisations étonnantes créées uniquement avec de menus objets recueillis le long des plages. Certaines de ses productions étaient de véritables œuvres d’art. J’ai tenté d’imaginer quel pouvait être le cheminement de la pensée d’un promeneur que sa déambulation le long d’une plage va conduire à fabriquer de ses mains un esquif composé de divers objets trouvés sur le sable… Deux cheminements parallèles donc, celui du corps et de la pensée qui vont à un moment se rencontrer par la découverte d’un objet futile en apparence, un simple éclat de coquillage, qui va se révéler être le point d’induction d’une projection dans l’imaginaire.


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Réceptivité   –   Assimilation

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   Un promeneur, marche le long de long de la plage, admirant le paysage ou laissant vagabonder ses pensées. Il est en vacances et a l’esprit dégagé et réceptif au décor qui l’entoure ainsi qu’aux mille  et un petits événements qui l’animent : bruissement des vagues qui déferlent sur le rivage, sautillement des oiseaux qui picorent le sable, déplacement des nuages sur la ligne d’horizon.  Soudain, une vision va effacer tout le reste : celle, sur le sable, d’une voile blanche immaculée ou, plus précisément, d’un éclat de coquillage brisé qui lui a fait penser immédiatement à une voile… Pourquoi une voile, me direz-vous, et pas mille et une autre chose ? Mais parce que tout dans cet éclat de coquillage fait penser à une voile : la forme triangulaire aux bords arrondis de la découpe, les rayures parallèles et courbes qui  font rappellent les plis, le bombement de la surface tel une toile gonflée par le vent et même la tension de ses points d’attache le long du mat et sur le pont. Cette association mentale d’un objet avec un autre objet dont la nature et la fonction n’ont à priori aucun rapport entre elles est courante chez l’homme et même chez beaucoup d’animaux. Les tortues marines qui ingurgitent des sacs plastiques qui ressemblent à des méduses en font tous les jours la triste expérience.


   Imagination                                                                                           

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    Cette reconstitution métaphorique inversée pourrait en rester là mais l’homme, et c’est là l’un des traits qui le distingue de la plupart des animaux, possède la faculté d’imagination. Qu’est-ce qu’imaginer sinon quitter la réalité et qu’est-ce que la réalité sinon ce qui se passe dans un lieu, à un moment présent. Imaginer, c’est se projeter dans un autre lieu à un autre moment pour y vivre une portion de vie que l’on a choisi et qui fait la part belle à nos désirs (même si quelques uns préfèrent imaginer le pire). Cette échappée est en général brève et la plupart des imaginatifs reviennent rapidement sur terre pour affronter de nouveau la réalité mais il arrive que certains se complaisent dans le monde imaginaire qu’ils ont créé et décident de n’en plus jamais revenir. On les affublent de différents noms : rêveurs, marginaux, fous, poètes, artistes, déviants…

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Reconstruction

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     Mais revenons à notre promeneur… une voile seule ne signifie rien car elle est inutile. Une voile voit son existence justifiée que lorsqu’elle fait partie d’un Tout qui est le navire. En dehors de cette situation, elle n’est rien d’autre qu’une masse de tissu informe posée sur le sol. Il était donc fatal que la pensée du promeneur passe de l’évocation de la simple voile à l’évocation du navire qui lui est lié et cette image, notre promeneur n’a pas eu besoin de faire l’effort de la reconstruire, telle une Vénus anadyomène, elle a jailli tout droit de la mémoire emmagasinée dans son cerveau.

Hippocampus

      On a longtemps pensé que la mémoire était emmagasinée dans un organe particulier du cerveau appelé joliment hippocampe mais on sait aujourd’hui que l’ensemble des 100 milliards de neurones que notre cerveau possède sont concernées par l’intermédiaires des synapses qui les relient entre eux et qui sont dix fois plus nombreuses. Les éléments mémorisés qui sont activés souvent par les synapses sont ceux qui remontent le plus vite à la conscience, d’autres « dorment » et attendent d’être réactivés, parfois sous l’action de la vision d’une image ou d’une structure d’image transmise par nos sens que l’association neurones-synapses a associé, à tort ou à raison, à l’un des éléments mémorisés. C’est le cas de cet éclat de coquillage dont la ressemblance à une voile de navire a produit un disfonctionnement du processus de reconnaissance, vite repéré, et interprété par notre conscience avec amusement.

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MÉMORISATION D’UN SOUVENIR : elle résulte de modifications des connexions au sein de réseaux de neurones activés par un signal. Lorsqu’une information est traitée, des protéines et des gènes sont activés dans les neurones postsynaptiques. Des protéines sont produites, acheminées vers les connexions établies entre les neurones pré et postsynaptiques. Ces protéines servent au renforcement des synapses, les sites de communication entre neurones, et à la construction de nouvelles synapses. Lors de la mémorisation d’un souvenir, un réseau spécifique de neurones s’élabore dans diverses structures cérébrales, l’hippocampe notamment, puis le souvenir se grave de la même façon dans le cortex, le lieu de stockage définitif des souvenirs. ( Crédit : Les mécanismes de la mémoire (moodle-Université de Montpellier) par Serge Laroche – c’est ICI )

Le Jeu

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     Cet envol de la pensée aurait pu s’arrêter là, c’est-à-dire à la reconstruction mentale un peu floue d’un navire tel que nous l’envisageons, vision née des expériences multiples que nous avons vécues depuis notre naissance. Pour certains, ce sera le dériveur léger des années d’apprentissage de leur enfance, pour d’autres les bateaux de pirates des films de corsaires de leur adolescence ou les rapides coursiers des mers, fins et racés, des compétitions maritimes.

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    Mais notre promeneur est en vacance, l’esprit libre et inactif au risque de s’ennuyer, prêt à bondir sur toute opportunité qui se présenterait et surtout sur celle qui ne générerait aucune contrainte mais du plaisir. Et quel est le meilleur moyen de se procurer du plaisir lorsque l’on dispose de temps libre et que l’on est pas assujetti à des tâches contraignantes ? Mais par le jeu, tout simplement, activité plaisante et gratifiante et qui offre l’occasion de s’abstraire de la réalité et de s’engager dans un espace de liberté *. À la différence de la plupart des activités humaines de la société moderne qui sont pratiquées dans le but de recevoir en retour un gain ou une compensation, le jeu est le plus souvent improductif et ne créé pas de valeur matérielle *, de plus il fait la part belle au hasard. Cette absence de conséquences matérielles de la victoire ou la défaite pour les joueurs dans une compétition où le hasard est déterminant confère au jeu un statut spécial de neutralité dans la compétition sociale et permet le « désarmement » des compétiteurs. Chaque joueur est prêt à accepter sa défaite car elle n’a aucune conséquence sur son statut personnel ou social. Dans un sens le jeu apparaît comme un « simulacre » des situations et confrontations que l’on rencontre ou que l’on rencontrera dans la vraie vie d’où son rôle dans l’apprentissage de la jeunesse en lui permettant de « tester » les futures situations de confrontation auxquelles elle sera, dans l’avenir,  confrontée. 

 * le jeu n’est pas totalement libre, il doit respecter certaines règles.
 * Parmi des jeux d’argent, certains comme le poker, ne sont pas que de hasard et constituent pour certains un métier.


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    À quel jeu a joué notre promeneur en créant un esquif à partir d’objets épars trouvés sur une plage ? Il a sans doute voulu relever une gageure, celle de réaliser en partant de presque rien, une maquette qui ressemblera ou évoquera de la manière la plus convaincante possible à son modèle, objectif qui, s’il pouvait l’atteindre, lui procurera une intense satisfaction et une grande fierté. Ce plaisir de créer va se manifester durant toute la phase de conception qui devient œuvre au sens ou l’emploie Hannah Arendt en l’opposant au travail.  On remarquera que ce comportement est celui de tout artiste. Y aurait-il dans la pratique artistique une notion de jeu le plus souvent ignorée ? Ajoutons que dans le cas de la maquette de bateau réalisée par notre promeneur, apparaît une dimension supplémentaire, celle de l’humour. Notre promeneur n’avait aucunement l’intention de réaliser un objet ressemblant de manière parfaite au modèle original imaginé du type des modèles réduit à monter que l’on trouve dans le commerce mais de réaliser une caricature amusante par la discordance entre les éléments du modèle à imiter et les objets anodins utilisés pour les représenter : déchet de bois usé pour la coque du navire, éclats rigides de coquillage pour les voiles, galets pour les passagers. Entreprise réussie.

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meraviglia : le général Singe…


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« Portrait du Seigneur Hidéyoshi, sculpté avec une profonde vénération par son vassal Katakiri. » – statuette en bois sculpté

     Hidéyoshi, connu sous le nom posthume de « Taïko-Sama », fut le fameux dictateur qui envahit la Corée en 1492. Il eut sous ses ordres des lieutenants dont plusieurs sont demeurés célèbres non moins par leur amour des arts que par leurs exploits de grands capitaines. Ce Katakiri, qui a su produire un véritable chef-d’œuvre de sculpture, a peut-être pris, lui aussi, une part glorieuse aux faits d’armes qui s’accomplissaient sous le grand Taïko. Ce n’est certes pas la beauté personnelle du modèle qui est ici en cause ; Hideyoshi était réputé pour sa laideur a tel point que le populaire lui avait donné le nom de «général Sarou », ou général Singe. Mais, pénétrant au plus profond de son modèle, d’autant mieux qu’il était souvent à même de voir le front de son chef se plisser sous le poids des lourdes responsabilités , et qu’il savait quelle pensée puissante animait ce rude visage, le sculpteur a su exprimer dans ces yeux profonds sous leurs paupières pourtant bridées, dans ces pommettes saillantes, dans cette bouche impérieuse presque jusqu’au dédain, et même dans les plis raides, un peu hiératiques du vêtement, l’énergie intense, qualité dominante d’un grand capitaine. (Texte de présentation : Le Japon artistique, documents réunis par S. Bing, 1888-1891) BnF Gallica)

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Regards croisés : rêve de pierre…


Je suis beau, ô mortels ! comme un rêve de pierre…

      Pourquoi ce portrait de Jim Morrison m’a-t-il fait penser irrésistiblement au David de Michel-Ange ? Sans doute par le fait que la Beauté, lorsqu’elle atteint un tel degré de perfection et de rayonnement, se désincarne et se détachant de la réalité finit par revêtir l’apparence d’un rêve, un rêve de pierre


L’expérience du vide et l’éveil du sentiment de vertige


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Vue plongeante sur la Place de la Cathédrale à partir de la terrasse centrale

L’éveil du sentiment du vertige

Gaston Bachelard (1884-1962)      Dans son ouvrage La terre et les rêveries de la volonté, Gaston Bachelard souligne que le sentiment du vertige habite chaque homme même si chez certains, il est profondément assoupi dans leur inconscient. Il peut se manifester à tout moment si les circonstances s’y prêtent et dans ce cas grande est la probabilité qu’il s’installe pour toujours dans la conscience et la vie de celui qui en a fait l’expérience. Pour appuyer son propos, Bachelard nous confie une expérience personnelle qu’il a vécu à vingt ans lorsqu’il a grimpé l’escalier aérien qui conduit à la lanterne de la flèche du clocher de la cathédrale de Strasbourg qui culmine à 142 m du sol. Si au commencement de l’ascension, l’escalier est encloisonné entre la succession des colonnettes extérieures, vers la fin il se développe sans aucune protection au-dessus du vide et un sentiment de panique submerge alors le grimpeur qui ne bénéficie plus pour sa protection qu’une mince rampe sur laquelle il s’agrippe. Cette expérience du vertige est traumatisante et marque la conscience de celui qui l’a éprouvé à jamais. Il aura fait l’expérience de la vulnérabilité totale, de la solitude extrême «jusqu’au fond de son être» puisque rien, ni personne, ne peut lui venir en aide dans cette terrible épreuve. Toute sa vie, il revivra cette chute dans le vide qui ne s’est pas produite mais qu’il a vécu de manière intense par l’imagination.

winnicott.jpg      Le psychanalyste Gilbert Diatkine considère que la crainte de « tomber à jamais dans le vide » est une variante de l’angoisse de l’effondrement, une “angoisse disséquante primitive” faisant partie des primitive agonies décrites par Winnicott comme des expériences si pénibles que « le mot d’angoisse n’est pas assez fort » pour elles (D. W. Winnicott, 1971, La crainte de l’effondrement, p. 208 ; trad. franç. M. Gribinski, in D. W. Winnicott, 1989, La crainte de l’effondrement et autres travaux cliniques, trad. franç. J. Kalmanovitch et M. Gribinski, Paris, Gallimard, 2000, 373 p.). C’est Michel Gribinski qui a traduit Primitive Agony par « angoisse disséquante primitive ». (crédit « Le rire » par Gilbert Diatkine, CAIRN). Les agonies primitives rejoignent aussi ce qu’on appelle angoisses de morcellement et qui dési­gnent le manque d’unité du sujet, le défaut d’intégration psychosomatique qui existe alors chez lui : le sujet, tel le bébé aux débuts de sa vie ou bien encore le malade psychotique, par exemple, vit des expériences chaotiques, éparses et douloureuses de chute, démembrement, dispersion, d’éclatement, d’intrusion, etc.  La crainte de l’effondrement, projetée dans le futur, serait l’écho d’un « effondrement de l’institution du self unitaire » vécu-éprouvé dans le passé. comme la naissance et la mort psychique connue lors de la première séparation avec la mère. Ce breakdown, marquant de son traçage négativant la chair vive du tissu psychique, aurait laissé un vide, une lacune, dont l’activation serait à la source d’angoisses disséquantes primitives et impensables. Au creux de l’être en proie à une crainte de l’effondrement (breakdown), résiderait un non-being, trace blanche, lacunaire d’une « mémoire amnésique » (André Green) d’un « quelque chose (qui) aurait pu être bénéfique (et où) rien ne s’est produit ». (crédit « La crainte de l’effondrement et autres situation s cliniques » par D.W. Winnicott par Christian Delourmel, CAIRN). Dans « La crainte de l’effondrement – Figures du Vide » (Nouvelle Revue de Psychanalyse – Gallimard – 1975), Winicott cite parmi les agonies primitives du jeune enfant le fait de « Ne pas cesser de tomber »  (Défense : l’auto-maintien)

Gilbert Durand    Si ce sentiment du vertige s’est éveillé à l’occasion d’un évènement déclencheur, c’est qu’il devait être là, enfoui dans l’inconscient, «prêt à l’emploi», légué par l’inconscient collectif au sens jungien du terme sous forme d’instinct ou d’archétype. Le disciple de Bachelard Gilbert Durand, dans les Structures anthropologiques de l’imaginaire, explique cet engramme de la chute par les expériences physiologiques que vivent le nourrisson au moment de la naissance et le jeune enfant lors de l’apprentissage de la marche :

        « L’engramme de la chute est en effet renforcé dés la première enfance par l’épreuve de la pesanteur que l’enfant expérimente lors du pénible apprentissage de la marche. Cette dernière n’est rien d’autre qu’une chute correctement utilisée comme support de la station droite, et dont l’échec est sanctionné par des chutes réelles, par des chocs, des blessures légères qui aggravent le caractère péjoratif de la dominante réflexe. Pour le bipède vertical que nous sommes, le sens de la chute et de la pesanteur accompagne toutes nos premières tentatives autocinétiques et locomotrices »

      Nous avons dans un article précédent (c’est  ICI) présenté un autre évènement qui pourrait être fondateur du sentiment de vertige et qui relève de l’anthropologie des origines, celui de la chute des arbres où vivaient et dormaient pour subvenir à leurs besoins et se protéger des prédateurs nos lointains ancêtres, les primates. Gaston Blanchard cite cette hypothèse défendue par l’écrivain Jack London dans son essai L’air et les songes. Dans sa biographie de l’écrivain grec Alexandre Papadiamantis (1851-1911) dont les œuvres sont souvent marquées par les thèmes de la chute et de la mort, G. Valétas, cité par René Bouchet, cite une expérience précoce de chute d’un arbre qui aurait profondément marqué l’écrivain dans son âme et dans son corps :

     « Souvent il disparaît, monte sur des rochers, marche le long des précipices, escalade des arbres, se met à califourchon sur leurs branches, se balance, tout seul ou avec d’autres enfants. Plus âgé, il racontait sa chute d’un figuier dont une branche s’était cassée alors qu’il s’y balançait. Il était tombé de haut, s’était cogné, et s’il n’était pas parvenu à s’agripper il aurait été précipité depuis le mur jusque dans la ravine et se serait tué. Il s’était blessé à la main gauche et la guérison avait demandé des mois. Il lui restait une cicatrice à la main ainsi qu’une grande entaille sur le pied. » (G. Valentas)

    Ainsi, Alexandre Papadiamantis fait partie de tous ceux  qui dans les espèces humaine et pré-humaine ont, comme l’explique Jack London, fait l’expérience de la chute dans le vide et ont survécu. C’est alors à eux, plus qu’aux nourrissons et aux jeunes enfants qui expérimentent la marche, que le genre humain devrait ce leg de la peur panique du vide et du sentiment du vertige.

L’appel du vide

  • Le vertige, c’est autre chose que la peur de tomber. C’est la voix du vide au-dessous de nous qui nous attire et nous envoûte, le désir de chute dont nous nous défendons ensuite avec effroi. (Milan Kundera)
  • Le Vide/essai de cirque, « C’est quelqu’un qui s’accroche à ce qui tombera, c’est quelqu’un qui se casse la gueule ». (extrait du dossier artistique de la compagnie)
  • « Celui qui doit combattre des monstres doit prendre garde de ne pas devenir monstre lui-même. Et si tu regardes dans un abîme, l’abîme regarde aussi en toi« . (Nietzsche


La flèche de la cathédrale de Strasbourg

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vue aérienne de la flèche de la cathédrale de Strasbourg

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Vue plongeante sur la place depuis le petit étage de la haute tour
et tourelle d’escalier dans la grande tour


La première expérience du vertige de Gaston Bachelard dans la flèche de la cathédrale de Strasbourg

capture-decran-2016-12-07-a-21-31-06      Un des grands malheurs de ma vie inconsciente est d’être monté jusqu’à la lanterne de la flèche de Strasbourg. J’avais vingt ans. Jusque-là, je ne connaissais que les modestes clochers de la campagne champenoise. Que de fois j’avais profité d’une porte négligemment ouverte pour gravir à l’intérieur de la tour du clocher, vivant sans crainte dans un monde d’escaliers et d’échelles. J’ai passé près de l’auvent des cloches bien des heures à regarder la belle rivière, les collines, les coteaux. La vue sur la colline que nous appelons, à Bar-sur-Aube, la montagne Sainte-Germaine donne un monde circulaire bien clos dont le clocher est le centre. Quel décor pour y rêver l’impérialisme du sujet sur le spectacle contemplé ! Mais, à Strasbourg, l’ascension est brusquement inhumaine. En suivant le guide dans l’escalier de pierre, le visiteur est d’abord gardé à main droite par les fines colonnettes, mais subitement, très près du sommet, ce réseau ajouré des colonnes s’arrête. À droite, c’est alors le vide, le grand vide au-dessus des toits. L’escalier tourne si vite que le visiteur est bien seul, loin du guide. Alors la vie dépend de la main sur la rampe…

Une tour octogonale surmontée par une flèche de dentelle de grès fait culminer la cathédrale de Strasbourg à 142,8 m du sol

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Escalier à vis gemellée dans les « Schnecken » – Strasbourg Photo

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     Monter et descendre, deux fois quelques minutes d’un vertige absolu, et voilà un psychisme marqué pour la vie…

       Plus jamais je ne pourrai aimer la montagne et les tours ! L’engramme d’une chute immense est en moi. Quand ce souvenir revient, quand cette image revit dans mes nuits dans mes rêveries éveillées elles-mêmes, un malaise indéfinissable descend dans mon être profond. En écrivant cette page, j’ai souffert, en la recopiant je souffre comme d’une aventure neuve, réelle. Dernièrement, lisant un livre où je ne m’attendais guère à retrouver mon histoire, ce souvenir m’a empêché de poursuivre ma lecture. Je transcris ce passage (Guillaume Depping, Merveilles de la Force et de l’Adresse, Paris, 1871) : 

« La plupart des étrangers s’arrêtent à la plate-forme, mais les fanatiques, les gens à longue haleine et les ingambes pénètrent plus haut dans les quatre tourelles conduisant à la base de cette pyramide octane, très hardie et très légère, qui constitue la flèche. Vous qui n’êtes pas affligés de trop d’embonpoint et ne craignez pas les étourdissements, vous pouvez encore gravir, au-delà des tourelles, les huit escaliers tournants qui rampent aux huit angles, jusqu’à la lanterne. Goethe exécuta plus d’une fois cette ascension, précisément pour s’aguerrir contre le vertige. Il a gravé son nom sur la pierre des tourelles… » 

      Je ne comprends guère l’architecture décrite par Depping, elle n’évoque rien dans mes souvenirs clairs. Je suis tout entier à ma souffrance. Dans un style malebranchien, je dirais volontiers qu’une telle sensibilité qui trouble ma lecture vient d’une imagination blessée. Des psychanalystes chercheront peut-être des raisons morales à une telle sensibilité. Mais rien n’explique à mes yeux que de si nombreuses impressions de vertige se soient liées à ce souvenir-là, si clairement précis, si nettement défini, si isolé dans mon histoire. À peine redescendu sur terre, la joie de vivre m’est revenue sans mélange. J’ai bu le vin du Rhin et les vins de Moselle avec, je pense, le sens délicat des hommages qu’ils peuvent recevoir d’un Champenois. Mais toutes ces joies n’ont pas empêché le malheur psychique de se constituer en moi. Ma chute imaginaire continue à tourmenter mes rêves. Dès qu’un cauchemar angoissé revient, je sais bien que· je vais tomber sur les toits de Strasbourg. Et si je meurs dans mon lit, c’est de cette chute imaginaire que je mourrai, le cœur serré, le cœur brisé. Les maladies ne sont bien souvent que des causes supplémentaires. Il est des images plus nocives, plus cruelles, des images qui ne pardonnent pas.

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Le plan de la flèche laisse apparaître une structure quasi-moléculaire On distingue parfaitement les 8 arêtes de la pyramide, qui soutiennent les 8 escaliers permettant l’ascension finale. (Illustration provenant de « La Cathédrale de Strasbourg » de Michel Zehnacker aux éditions Alsatia.)


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la forêt des sortilèges

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     C’est un coin de forêt qui marque sa différence. À cet endroit les bancs rocheux de molasse sont affleurantes au sol et la couche de terre et d’humus est réduite, les racines des arbres n’ont donc pu s’enfoncer profondément et se répandent à la surface du sol formant des entrelacs tourmentés à la façon des nœuds de serpents. Ce système racinaire qui court en surface n’offre que peu de résistance aux assauts du vent et de nombreux arbres abattus par les tempêtes jonchent le sol aujourd’hui tapissé de feuilles d’automne, livrés à la lente action de la désagrégation causée par l’écoulement du temps, les intempéries et la pourriture. Ça et là, se dressent des restants de souches et des moignons de troncs aux formes étranges sculptés par les insectes et les vers ainsi que des enchevêtrements de branches mortes qui forment des clôtures à l’allure maléfique. Les troncs des arbres encore debout portent les stigmates causés par les chutes de leurs voisins : branches arrachées dont l’ancienne naissance forment des globes oculaires qui semblent vous fixer ou des becs d’oiseaux menaçants, vide laissé par les plaques d’écorces décollées formant des motifs géométriques à l’allure de signes cabalistiques, blessures profondes ressemblant à des bouches autour desquelles la sève a façonnée au cours du temps comme des lèvres débordantes monstrueuses. Tout un bestiaire étrange se dresse autour de vous, agrippé aux troncs des arbres, tapi dans les bosquets ou fondu dans le paysage qui vous fixe. Il semble que toutes ces créatures et ces signes séparés ne sont que les expressions multiples d’une pensée ou d’une volonté unique, celle de cette partie de la forêt qui paraît tout entière vouée aux sortilèges.

paréidolies, signes, langages, messages

matinée du samedi 3 décembre – Forêt au pied du Semnoz – photos Enki

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architectures rêvées

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Habiter un tas de brindilles. Personnes sensibles aux courants d’air, s’abstenir…

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les architectures surréalistes façon griffonnage de David Moreno

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Les nids de brindilles de Patrick Dougherty (ci-dessus et ci-dessous)

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Autres exemples

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meraviglia

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Alfred-Auguste Janniot – Hommage à Jean Goujon, la nymphe de gauche (détail), 1919

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Alfred-Auguste Janniot – Hommage à Jean Goujon, la nymphe centrale (détail), 1919

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Detail of HOMAGE TO JEAN GOUJON by Alfred-August Janniot. Rome 1919-24.jpg

Alfred-Auguste Janniot – Hommage à Jean Goujon, la nymphe de droite (détail), 1919

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