Une créature solaire


La joie de vivre en étendard

Connaissez vous Flavia Coelho ?

     Une jeune femme incroyable et irrésistible. Même que j’croyais pas qu’ça pouvait exister une fille comme ça ! Une jeune femme belle, drôle, magnétique. De la dynamite sur pattes, de l’énergie à revendre et un sourire, un sourire… un sourire qui désarme, qui entraîne, qui enjôle, qui séduit et je ne parle pas de son délicieux accent brésilien. Flavia, je vous remercie d’exister, d’être la preuve vivante qu’un être humain, sur cette terre meurtrie, où s’installe le pessimisme et de désespoir, qu’un être humain peut être animé d’une joie de vivre démesurée, plus contagieuse encore que le virus couronné. Sainte Flavia, lorsque vous chantez et remuez, vous réveilleriez les morts, feriez marcher les paralytiques et recouvrir la vue aux aveugles. Vous devriez être canonisée et, brésilienne qui avez choisi de vivre en France, devriez recevoir la légion d’honneur, devenir modèle de nos Mariannes dans nos mairies et avoir votre effigie au musée Grévin. De plus, vous détestez Bolsonaro et militez pour les droits des indigènes d’Amazonie. Alors…

     Voici trois de ses chansons que j’ai découvert sur le Net :  » La bonne nouvelle« , un live né du confinement, « Cé inventa » et « temontou« . Avec cette dernière chanson, elle m’a complètement désorienté et je ne sais plus quelle est ma droite de ma gauche ni le haut de mon bas… Il y en a des dizaines d’autres, toutes aussi entraînantes les unes que les autres. Vous aurez compris, je suis séduit !

Parce que t’es mon haut
Parce que t’es mon bas
Parce que t’es ma gauche, ma droite, mon ciel et mon trépas
Parce que c’est pour toi que j’imagine
Tous mes foutus stratagèmes
Et que t’es la seule raison d’être de ce maudit théorème
Parce que tu es tout ce que je voudrais être
Tout ce que je ne suis pas
Parce que tu es tout c’que j’aime, tout c’que j’aime (tout
c’que j’aime)
Parce que t’es mon haut
Parce que t’es mon bas
Parce que sans dessus, dessous j’sais plus quand on …,
c’est tout
Parce que t’es mon seul problème
Et mon seul remède ici-bas
Parce que t’es le poison et la cûre
C’est la seule chose dont je sois sûre
Tu es tout c’que j’aime, tout c’que j’aime
Tout c’que j’aime (Tout c’que j’aime)
Parce que t’es mon haut
Parce que t’es mon bas
Parce que t’es ma gauche, ma droite
Je sais plus où je suis quand t’es plus là
Parce que tu sais tout ce que je veux
Et aussi tout c’que j’ne veux pas
Parce que tu es tout c’que j’aime
Et tout cqu’il me restera
Parce que tu es tout ces petits riens
Qui font mon tout et c’est pas rien
Tu es tout c’que j’aime, tout c’que j’aime (Tout c’que
j’aime)
Et même si l’on s’échine
et qu’on se hante souvent
moi je sais que l’air que je respire
est plus doux quand t’es dedans
Tu es tout c’que j’aime
Tout c’que j’aime
Parce que t’es mon haut
Parce que t’es mon bas
Parce que t’es ma gauche, ma droite, mon ciel et mon trépas
Parce que tu sais tout ce que je veux
Et aussi tout c’que je n’veux pas
Parce que la seule chose qui me hante
C’est la distance jusqu’à tes bras
Tu es tout c’que j’aime, tout c’que j’aime
Tu es tout c’que j’aime, tout c’que j’aime
Oooh Aaah
Oooh Aaah
Tout c’que j’aime
Parce que tu es tout c’que j’aime, tout c’que j’aime

°°°

Et une dernière pour la route, « DNA« 


Deux chansons d’amour tristes


      C’est tout à fait par hasard en écoutant une émission diffusée par France Culture sur le thème de la jalousie en référence à un livre du philosophe Jean-Pierre Dupuy,  » La Jalousie. Une géométrie du désir « ,  que j’ai appris l’existence du chanteur et musicien brésilien Caetano Veloso. En fait je le connaissais sans en avoir conscience puisque j’appréciais depuis longtemps son interprétation de deux chansons iconiques : « Sohnos » (Rêves), une chanson brésilienne et la chanson mexicaine « Cucurrucucu paloma » dont j’avais adoré la touchante interprétation dans le film Hable con ella (Parle avec Elle) du réalisateur espagnol Pablo Almadovar. Ces deux chansons ont la particularité d’être toutes les deux des chansons tristes qui chantent la fin d’un amour. La chanson Sonhos parle d’un homme qui aime une femme passionnément et à qui celle-ci annonce soudainement qu’elle s’est éprise d’un autre homme. Contre toute attente et malgré sa souffrance, il ne se révolte pas contre cette situation et remercie sincèrement cette femme pour ce qu’elle lui a apporté et appris. (Ça existe vraiment des hommes comme ça ?). D’après Jean-Pierre Dupuy qui se considère franco-brésilien pour des raisons familiales, il semble que ce comportement va à l’encontre de la mentalité machiste des hommes de ce pays dans lequel le nombre des meurtres d’origine passionnelle (ou plutôt pathologique) l’emporterait largement sur celui de ceux liés à la drogue… Quant à la chanson Cucurrucucu paloma écrite par le chanteur compositeur mexicain Tomas Méndes en 1954, elle parle de la perte d’un être cher et de la souffrance qui en résulte.


Sonhos

Sonhos

Tudo era apenas uma brincadeira
E foi crescendo, crescendo, me absorvendo
E de repente eu me vi assim completamente seu
Vi a minha força amarrada no seu passo
Vi que sem você não há caminho, eu não me acho
Vi um grande amor gritar dentro de mim
Como eu sonhei um dia

Quando o meu mundo era mais mundo
E todo mundo admitia
Uma mudança muito estranha
Mais pureza, mais carinho mais calma, mais alegria
No meu jeito de me dar

Quando a canção se fez mais clara e mais sentida
Quando a poesia realmente fez folia em minha vida
Você veio me falar dessa paixão inesperada
Por outra pessoa

Mas não tem revolta não
Eu só quero que você se encontre
Saudade até que é bom
É melhor que caminhar vazio
A esperança é um dom
Que eu tenho em mim, eu tenho sim

Não tem desespero não
Você me ensinou milhões de coisas
Tenho um sonho em minhas mãos
Amanhã será um novo dia
Certamente eu vou ser mais feliz

Quando o meu mundo era mais mundo…


Rêves

Tout était juste une plaisanterie
Et elle a grandi, grandi
M’absorbant
Et soudain
Je me suis vu ainsi complétement à toi
J’ai vu ma force amarrée à tes pas
J’ai vu que sans toi il n’y avait pas de chemin
Je ne me trouvais pas
J’ai vu un grand amour crier à l’intérieur de moi
Comme je l’ai rêvé un jour.

Quand mon monde était plus un monde
Et tout le monde admettait
Un changement très étrange
Plus de pureté, plus de tendresse
Plus de calme, plus de joie
Dans ma façon d’être
Quand la chanson s’est fait plus claire,
Et plus triste
Quand la poésie est devenue une véritable folie dans ma vie
Tu es venue me parler de cette passion inattendue
Pour une autre personne.

Mais il n’y a pas de révolte, non
Je veux juste que tu te trouves
La mélancolie est parfois bonne
C’est mieux que de marcher vide
L’espérance est un don
Que j’ai en moi
Je l’ai, oui
Il n’y a pas de désespoir, non
Tu m’as appris des millions de choses
J’ai un rêve entre les mains
Demain sera un nouveau jour
Je vais certainement être plus heureux.

Quand mon monde était plus un monde…


Cucurrucucu paloma

     Caetano Veloso : dans cette interprétation magnifique les mots chantés que laissent échapper ses lèvres sont comme des oiseaux qui prennent leur envol dans une gracieuse lenteur. On comprend pourquoi les femmes qui l’écoutent posent sur lui un tel regard. Heureux l’homme sur qui se portent de tels regards…

Dicen que por las noches                                      Ils disent qu’il passait
Nomas se le iba en puro llorar,                           Ses nuits a pleurer
Dicen que no comia,                                               Ils disent qu’il ne mangeait pas
Nomas se le iba en puro tomar,                          Il ne faisait que boire
Juran que el mismo cielo                                      Ils jurent que le ciel lui même
Se estremecia al oir su llanto                              Se rétrécissait en écoutant ses pleurs
Como sufrio por ella,                                             Comme il a souffert pour elle
Que hasta en su muerte la fue llamando         Même dans sa mort il l’appellait
Ay, ay, ay, ay, ay, … cantaba,                                 Ay, ay, ay, ay. , ay…. il chantait
Ay, ay, ay, ay, ay, … gemia,                                    Ay, ay, ay, ay, ay…il gemissait
Ay, ay, ay, ay, ay, … cantaba,                                 Ay, ay, ay, ay, ay…. il chantait
De pasión mortal… moria                                    De passion mortelle…il mourrait
Que una paloma triste                                          Qu ‘une colombe triste
Muy de manana le va a cantar,                          Va lui chanter tot le matin
A la casita sola,                                                       A la maisonnette seule
Con sus puertitas de par en par,                       Avec ses petites portes
Juran que esa paloma                                           Ils jurent que cette colombe
No es otra cosa mas que su alma,                      N’est rien d’autre que son âme
Que todavia la espera                                           Qui attend toujours
A que regrese la desdichada                               Le retour de la malheureuse
Cucurrucucu… paloma,                                       Cucurrucucu…. colombe
Cucurrucucu… no llores,                                     Cucurrucucu…ne pleure
Las piedras jamas, paloma                                 Jamais les pierres, colombe
¡Que van a saber de amores !                            Que savent elles d’amour !
Cucurrucucu… paloma, ya no llores                Cucurrucucu…colombe, ne pleure plus


jealousy1895edvardmunchEdvard Munch – Jalousie (1897). Le peintre expressionniste norvégien que ce thème obsédait en a réalisé à partir de 1895 pas moins de 16 représentations.

La Jalousie. Une géométrie du désir

Capture d’écran 2020-06-13 à 15.21.44    Jean-Pierre Dupuy, philosophe, professeur émérite à l’Ecole Polytechnique, professeur à l’université Stanford (Californie), dans son livre  » La Jalousie. Une géométrie du désir   » (Seuil) propose une théorie générale de la jalousie en s’appuyant sur la théorie du désir mimétique défini par René Girard. France Culture, dans le cadre de l’émission La Conversation scientifique présentée par Etienne Klein, l’a invité à présenter son ouvrage.  (59 mn)

C’est   ICI.


George Steiner :  » Un être qui connaît un livre par cœur est invulnérable »


ob_b6b97c_jorge-luis-borges-hotel-paris-1969Jorge Luis Borges (1899-1986)

« L’univers (que d’autres nomment la Bibliothèque) se compose d’un nombre indéfini, et peut-être infini, de galeries hexagonales, avec de vastes puits d’aération bordés par des balustrades très basses. »  Fictions, Jorge Luis Borges.

    Dans sa nouvelle L’aleph parue dans une revue littéraire de Buenos Aires au lendemain de la guerre, le grand écrivain argentin Jorge Luis Borges nous conte l’histoire fantastique d’une entité mystérieuse aux propriétés magiques enfouie dans la cave de la demeure d’un écrivain engagé dans la rédaction d’un poème consacré à la planète Terre qu’il qualifie lui-même de « fatras pédantesque ». L’écrivain qui est décrit comme un personnage fantasque ayant un lien de parenté avec le narrateur Borges auquel il a demandé de rédiger une préface pour son poème fait part à celui-ci de sa profonde angoisse car le projet de destruction prochaine de cette maison aura pour conséquence la disparition d’une chose enfouie au plus profond de la cave qui selon lui est indispensable pour pouvoir terminer son poème. Cet objet mystérieux, c’est l’Aleph, qui n’est pas un objet mais un lieu, un emplacement particulier où tous les points de l’espace apparaissent clairement visibles sans se confondre. C’est l’équivalent en quelque sorte de la boule de cristal utilisée par des médiums dans certaines pratiques de voyance ou de divination. Mais le champ d’application de l’Aleph est beaucoup plus vaste car il permet au visionnaire d’embrasser l’ensemble de l’univers dans toutes ses composantes. Dubitatif mais piqué par la curiosité, Borges demanda à l’écrivain s’il consentirait à lui faire expérimenter l’Aleph. Celui-ci acquiesça et lui indiqua alors la procédure : il fallait descendre dans la cave en pleine pénombre et s’étendre  de tout son long au bas de l’escalier et après que les yeux se soient habitués à l’obscurité, il fallait compter les marches jusqu’à la dix-neuvième et la regarder ensuite fixement avec intensité. Sans y croire, Borges se prêta à ce qu’il considérait comme un jeu et à son grand étonnement le miracle se produisit : une infinité de lieux, de scènes, de situations et de personnes lui apparut soudainement en un seul instant : « Mes yeux avaient vu cet objet secret et conjectural, dont les hommes usurpent le nom, mais qu’aucun homme n’a regardé ; l’inconcevable univers. »


Capture d’écran 2020-06-06 à 05.05.17George Steiner (1929-2020)

« Un être qui connaît un livre par cœur est invulnérable, c’est plus qu’une assurance vie, c’est une assurance sur la mort ! » George Steiner

       Il m’arrive lorsqu’une Insomnia tenace s’est installée sans être invitée dans ma couche et prend ses aises à mes côtés avec ses membres grêles et sa peau glacée de programmer sur mon portable l’écoute d’un morceau de musique classique ou du podcast d’une émission radiophonique portant sur un thème historique, littéraire ou philosophique sur lequel j’éprouve sur le moment un intérêt particulier. Il faut croire que mes sujets d’intérêts ne sont pas du tout du goût de l’Insomnia étendue à mes côtés car en général au bout de quelques instants, celle ci quitte discrètement la pièce, me laissant plongé dans le plus profond sommeil. Cette fois, les choses se sont passées de manière totalement différente. J’avais choisi d’écouter la causerie de Georges Steiner avec le journaliste et romancier Pierre Assouline, une émission tenue le 1er juin 2005 dans le cadre des Grandes conférences de la BnF sur le thème « Ma bibliothèque personnelle : entretien et lecture ». J’affectionne beaucoup George Steiner, personnage pluriel franco-américano-britannique atypique et iconoclaste parlant couramment trois langues le français, l’allemand et l’anglais  tout à la fois philosophe, linguiste, écrivain, éditorialiste et critique littéraire dans de grands magazines, à l’érudition universelle et prodigieuse, aimant le paradoxe et ne manquant jamais d’humour, le plus souvent caustique. J’ai eu de la peine lorsque j’ai appris sa mort survenue le 3 février dernier dans sa quatre-vingt dixième année à son domicile de Cambridge, ville où il avait été professeur. Une causerie sur la poésie et la littérature, me disais-je, parfait pour passer des bras d’Insomnia à ceux de Morphée…

       En fait, au cours de cette heure passée avec ce grand personnage, il m’a semblé n’avoir jamais été autant éveillé : une heure de délectation et de ravissement à l’évocation et la lecture d’œuvres de philosophes, d’écrivains et de poètes comme José Maria de Heredia, le poète parnassien de nos années de lycée aujourd’hui injustement oublié, René Char, Platon, Shakespeare, Celan et de références à l’histoire et au dilemme que pose la nature humaine capable en même temps et chez les mêmes individus du meilleur et du pire. «Ma question, celle avec laquelle je lutte dans tous mes enseignements, c’est : pourquoi les humanités au sens le plus large du mot, pourquoi la raison dans les sciences ne nous ont-elles donné aucune protection face à l’inhumain ? Pourquoi est-ce qu’on peut jouer Schubert le soir et aller faire son devoir au camp de concentration le matin ? ». Une heure d’admiration sans bornes pour la culture, l’intelligence subtile et la sensibilité d’un être hors du commun, né en France en 1929 après que ses parents, de riches bourgeois juifs cultivés de la haute société viennoise, se soient exilés après avoir pressenti la tragédie qui allait bientôt déferler sur l’Europe et sur leur communauté en particulier. Il s’est ensuivi une longue période d’errance aux Etats-Unis d’abord en 1940 où il s’inscrit au lycée français de Manhattan avant d’étudier la physique, les mathématiques et les lettres à Chicago puis à Harvard et rejoindre l’Angleterre pour soutenir un doctorat à Oxford. Il sera ensuite enseignant à Princeton, Cambridge et Genève tout en écrivant de nombreux essais sur des thèmes aussi variés que la religion,  la philosophie, les arts et les langues. Il est également l’auteur de plusieurs nouvelles. Son ouverture d’esprit, son honnêteté intellectuelle et sans doute aussi son goût du paradoxe ont fait qu’il n’a pas hésité lorsqu’il le jugeait nécessaire à critiquer Israël et à louer les œuvres d’antisémites notoires comme Céline, Lucien Rebatet et entretenir une relation amicale avec certains autres comme  Pierre Boutang, disciple de Maurras.

       À l’écoute de cette causerie Georges Steiner m’est apparu comme un Aleph au sens que lui a été donné par Borges. Sa parole ouvre des perspectives multiples dans les domaines de la pensée et de l’action humaine et vous donne à méditer et à évoluer. Un grand monsieur dont je vous invite à écouter les conférences et causeries sur France Culture et YouTube et en premier lieu, pour servir d’introduction aux autres, celle qui suit.

« La poésie est la musique de la pensée »

Pour la vision complète (1 h 27) de la causerie sur le site GALLICA de la BnF, c’est  ICI

***


Alain Badiou – Et s’il n’en reste qu’un (de communiste)…


 

Sortir du néolithique…

Conférence du philosophe Alain Badiou à l’institut Français de Grèce le 12 décembre 2019 : la Liberté, l’Egalité, la démocratie, le parlementarisme, la Nature, la technique, le néolithique, le capitalisme, l’impossible et le possible (entre autres)

Un texte fascinant de simplicité, de justesse et de clarté. Merci, Monsieur Badiou. (Nous avons supprimé les 9 mn 05 de la fastidieuse introduction)

Sur la Nature

       Depuis les origines de la philosophie on se demande ce qui recouvre le mot Nature. Il a pu signifier la rêverie romantique des soirs couchants, le matérialisme atomique de Lucrèce De Natura rerum (La Nature des Choses), l’Être intime des choses, la totalité de Spinoza « Deus sive Natura » (Dieu ou la Nature), l’envers objectif de toute culture, le site rural et paysan par opposition aux artifices suspects de la ville, « la terre elle ne ment pas » disait Pétain qui n’est pas une référence convenable. Ça peut désigner aussi la biologie par différence de la physique, la cosmologie au regard du petit monde qu’est notre planète, l’invariance séculaire au regard de la frénésie inventive, la sexualité naturelle au regard de la perversion, etc. Ce que je crois, c’est qu’aujourd’hui Nature désigne en fait surtout la paix des jardins et des villas, le charme touristique des animaux sauvages, la plage et la montagne où passer un agréable été et qui donc peut imaginer que l’homme soit comptable de la Nature lui qui n’est à ce jour qu’une puce pensante sur une planète secondaire dans un système solaire moyen sur les bords d’une galaxie banale.

Le capitalisme, c’est la forme contemporaine du néolithique*

     L’humanité depuis quatre ou cinq millénaires est organisée de façon immuable par la triade de la propriété privée qui concentre d’énormes richesses dans les mains de très petites oligarchies, de la famille où les fortunes transitent via l’héritage, de l’Etat qui protège par la force armée la propriété et la famille. C’est cette triade qui définit l’âge néolithique de notre espèce. Et nous y sommes toujours, voir plus que jamais. Le capitalisme c’est la forme  contemporaine du néolithique et son asservissement des techniques par la concurrence, le profit et la concentration du capital ne fait que porter à leur comble  les inégalités monstrueuses, les absurdités  sociales, les massacres guerriers et les idéologies délétère qui accompagne depuis toujours sous le règle historique de la hiérarchie de des classes le déploiement des techniques. Les techniques ont été les conditions initiales et non pas  du tout le résultat final de la mise en place néolithique.

Sur la nature humaine : De l’audace camarades, tentons l’impossible…*

    On ne peut pas parler de nature humaine mais d’un rapport intra-humain entre individu et sujet :

  • l’individu c’est l’ensemble des caractérisations empiriques d’une personne : ses capacités, sa langue, l’endroit où il a vécu, etc.. toutes une série de caractéristiques contraignantes à leur manière.
  • Le sujet c’est ce qui mesure ce dont il est capable au-delà justement de cette composition stricte qu’on peut dire naturelle.  une caractéristique fondamentale du sujet humain c’est  la découverte du fait qu’il est capable de choses dont il ne se savait pas capable.

    Ça, c’est la clé de l’humanité comme telle. L’humanité comme telle, ce n’est pas ce dont la nature humaine est capable, c’est le surgissement dans la nature humaine de ce dont elle se se savait pas capable et cette capacité à faire qui s’appelle la création, la capacité créatrice de l’humanité et je crois qu’on pourrait définir la politique la meilleure comme celle dont le point d’appui principal n’est pas la nature humaine mais le sujet humain qui s’appuie à tout moment sur l’hypothèse légitimement acceptée que le sujet humain est capable de ce qu’il ne se sait pas lui même capable. Cela veut dire qu’au delà la nature humaine il y a la dialectique entre ce qui est possible et ce qui est impossible. Je crois que le statut particulier de l’animal humain c’est de déplacer constamment les frontières entre le possible et l’impossible et de ne pas être déterminé pas même par l’impossibilité;

     Il faut tenir ferme sur un concept de l’humanité qui serait le déplacement constant et créateur de la frontière apparemment établie entre ce qui est possible et ce qui est impossible. L’homme c’est l’animal de l’impossible et finalement quand on me dit que le communisme est impossible, cela ne m’impressionne pas beaucoup car finalement parce que tout ce qui est intéressant est impossible.

    La réaction, c’est toujours la défense stricte de l’impossibilité ; le conservatisme c’est le gardien de l’impossible qui vise interdire le développement d’une nouvelle forme du sujet que créé par le déplacement entre le possible et l’impossible.

les titres sont de moi, le texte a été légèrement remanié.


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Annihilation


Hubert-Felix Thiefaine, encore et toujours…

Annihilation

Qu’en est-il de ces heures troubles et désabusées
Où les dieux impuissants fixent l’humanité ?
Où les diet nazi(e)s s’installent au Pentagone
Où Marilyn revêt son treillis d’Antigone ?
On n’en finit jamais d’écrire la même chanson
Avec les mêmes discours les mêmes connotations
On n’en finit jamais de rejouer Guignol
Chez les Torquemada chez les Savonarole

Qui donc pourra faire taire les grondements de bête
Les hurlements furieux de la nuit dans nos têtes ?
Qui donc pourra faire taire les grondements de bête ?

Lassé de grimacer sur l’écran des vigiles
Je revisite l’Enfer de Dante et de Virgile
Je chante des cantiques mécaniques et barbares
A des poupées Barbie barbouillées de brouillard
C’est l’heure où les esprits dansent le pogo nuptial
L’heure où les vieux kapos changent ma pile corticale
C’est l’heure où les morts pleurent sous leur dalle de granit
Lorsque leur double astral percute un satellite

Qui donc pourra faire taire les grondements de bête
Les hurlements furieux de la nuit dans nos têtes ?
Qui donc pourra faire taire les grondements de bête ?

Crucifixion avec la Vierge et dix-sept saints
Fra Angelico met des larmes dans mon vin
La piété phagocyte mes prières et mes gammes
Quand les tarots s’éclairent sur la treizième lame
On meurt tous de stupeur et de bonheur tragique
Au coeur de nos centrales de rêves analgésiques
On joue les trapézistes de l’antimatière
Cherchant des étoiles noires au fond de nos déserts

Qui donc pourra faire taire les grondements de bête
Les hurlements furieux de la nuit dans nos têtes ?
Qui donc pourra faire taire les grondements de bête ?

Je dérègle mes sens et j’affûte ma schizo
Vous est un autre je et j’aime jouer mélo
Anéantissement tranquille et délicieux
Dans un décor d’absinthe aux tableaux véroleux
Memento remember je tremble et me souviens
Des moments familiers des labos clandestins
Où le vieil alchimiste me répétait tout bas:
Si tu veux pas noircir, tu ne blanchiras pas

Qui donc pourra faire taire les grondements de bête
Les hurlements furieux de la nuit dans nos têtes ?
Qui donc pourra faire taire les grondements de bête ?

Je calcule mes efforts et mesure la distance
Qui me reste à blêmir avant ma transhumance
Je fais des inventaires dans mon Pandémonium
Cerveau sous cellophane coeur dans l’aluminium
J’écoute la nuit danser derrière les persiennes
Les grillons résonner dans ma mémoire indienne
J’attends le zippo du diable pour cramer
La toile d’araignée où mon âme est piégée
J’attends le zippo du diable pour cramer
La toile d’araignée où mon âme est piégée

Qui donc pourra faire taire les grondements de bête
Les hurlements furieux de la nuit dans nos têtes ?
Qui donc pourra faire taire les grondements de bête ? 
Qui donc pourra faire taire les grondements de bête
Les hurlements furieux de la nuit dans nos têtes ?
Qui donc pourra faire taire les grondements de bête ?
Qui donc ?

***


Jardin des Délices


     Gérard Manset, l’un des chanteurs et poète français parmi les plus grands et l’un des plus méconnus.
     Cherchez l’erreur,
     Et le pourquoi de l’erreur…

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c’est ICI

Le Jardin des Délices

Quand le monde autour de toi aura tant changé
Que toutes ces choses que tu frôlais sans danger
Seront toutes si lourdes à bouger
Seront toutes des objets étrangers
Où l’a-t-on rangé
Ce bout de verger
Avec ses fleurs grimpantes
Sa lumière en pente
Couleur de dragée
Quand le monde autour de toi sera mélangé
Que le drap de ta chambre dans l’ombre restera plongé
Que viendra la nuit aux pourpres orangés
Et sans rien de plus peut-être pour te protéger
Où l’a-t-on rangé
Ce bout de verger
Avec sa glycine
Comme une racine
Dans la terre plongée
Jardin des délices
Tourne comme une hélice Dans le fond du crâne
Tourne comme une hélice.

Gérard Manset – Album le Jardin des Délices, 2006.


Ils ont dit : La pureté selon Michel Tournier



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    A l’heure des fanatismes de tous bords qui prônent la pureté ethnique, la pureté religieuse, les revendications identitaires et communautaristes qui excluent l’autre allant jusqu’à éradiquer et génocider leurs semblables, un texte fort et clairvoyant de l’écrivain Michel Tournier tiré de son roman Le Roi des aulnes pour lequel il a obtenu en 1970 le Prix Goncourt.

°°°


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      « L’une des inversions malignes les plus classiques et les plus meurtrières a donné naissance à l’idée de pureté. La pureté est l’inversion maligne de l’innocence. L’innocence est amour de l’être, acceptation souriante des nourritures célestes et terrestres, ignorance de l’alternative infernale pureté-impureté. De cette sainteté spontanée et comme native, Satan a fait une singerie qui lui ressemble et qui est tout l’inverse : la pureté. La pureté est horreur de la vie, haine de l’homme, passion morbide du néant. Un corps chimiquement pur a subi un traitement barbare pour parvenir à cet état absolument contre nature. L’homme chevauché par le démon de la pureté sème la ruine et la mort autour de lui. Purification religieuse, épuration politique, sauvegarde de la pureté de la race, nombreuses sont les variations sur ce thème atroce, mais toutes débouchent avec monotonie sur des crimes sans nombre dont l’instrument privilégié est le feu, symbole de pureté et symbole de l’enfer.»

Le Roi des aulnes – Michel Tournier


newthorak60.jpgle sculpteur nazi Joseph Thorak, le modèle et l’œuvre

     Cette photo montrant le sculpteur nazi Joseph Thorak, son modèle et son œuvre est tirée d’un site de vente de reproductions ou d’œuvres d’art nazi dont je ne nommerais pas le nom pour ne pas lui faire de la publicité. Voici comment ce site décrit le travail de ce sculpteur nazi qui était après Arno Breker le second « sculpteur officiel » du Troisième Reich :

    « Thorak dépeint les hommes et les femmes comme la nature et la divinité le voulaient. Personne depuis Michel-Ange n’est jamais venu près de leur travail. C’était vraiment une inspiration céleste !  […] Tant que l’homme aspire à la finesse artistique et admire le corps humain dans sa meilleure représentation, les œuvres de Josef Thorak resteront dans les mémoires. […] Nous croyons ou du moins théorisons que l’artiste Thorak a inclus cela comme une sorte de témoignage supplémentaire de sa croyance fervente dans les idéaux et les valeurs artistiques imprégnés dans le national-socialisme. Hitler et les grands artistes comme Arno Breker, Carl Diebitsch et Wolfgang Willrich ont tous travaillé avec diligence pour remplacer les ordures dégénérées de Picasso malades qui régnaient dans la République de Weimar par l’héroïque, les scènes extrêmement réalistes des travailleurs des champs et des usines et la beauté de l’homme et la femme aryenne. »

      Tout est dit dans cette photo et dans ce texte. Il ne s’agissait pas de représenter l’homme ou la femme tels qu’ils sont dans leur réalité psychique et charnelle mais dans une version idéalisée totalement irréelle. Les créatures « parfaites » sur le plan formel étant plutôt rares, voire inexistantes, l’artiste a du se « contenter » d’un modèle au corps commun de petite taille et aux larges hanches qu’il va s’attacher à transformer pour le magnifier en référence à son idéologie mortifère. C’est ce que Michel Tournier qualifie de « traitement barbare » parce qu’il nie l’unicité de l’être humain en tant qu’individu. Les cinq siècles qui ont suivi l’avancée humaniste de la Renaissance qui avait permis à l’art de se libérer des carcans de l’idéalisme religieux en promouvant une représentation de l’homme réaliste et profane sont d’un coup gommés. Cette attitude d’exaltation d’un modèle idéalisé et hors de portée exprime une forme de mépris pour l’être humain tel qu’il est dans sa réalité et le texte de Michel Tournier prend alors tout son sens : « La pureté est horreur de la vie, haine de l’homme, passion morbide du néant. Un corps chimiquement pur a subi un traitement barbare pour parvenir à cet état absolument contre nature. » D’un côté on gazait des millions d’êtres humains, assassinait les malades mentaux et les handicapés et de l’autre on exaltait une vision sublimée de l’homme nouveau. Cherchez l’erreur… Il faut croire que pour les nazis, l’horreur qu’ils accomplissaient n’était supportable que contrebalancée par l’état d’ivresse qu’apportait une vision fantasmée du futur où la race aryenne aurait atteint la perfection.

    En contrepoint de cette beauté irréelle et glaçante sculptée par Thorak, je vous propose la statue d’Aristide Maillol, L’action enchaînée, du Jardin des Tuileries à Paris que je ne manque jamais de contempler lorsque je me trouve dans ce quartier et que je trouve d’une beauté saisissante à couper le souffle.

Enki sigle

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Deux symphonies de Charles Koechlin


Au loin, 1900

Charles Koechlin, Au loin, pièce symphonique, Op. 20, pour cor anglais et piano composé entre 1896 et 1900. Joué par l’Orchestre Philharmonique de Rhénanie-Palatinat dirigé par Leif Segerstam.


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       Charles Koechlin, (1867-1950) est un compositeur français d’origine alsacienne à la personnalité attachante qui s’est très tôt intéressé à la musique. Entré à l’Ecole polytechnique en 1887 dans le but d’entreprendre une carrière d’officier de marine ou d’astronome, une tuberculose l’oblige à interrompre ses études et s’orienter vers la musique. Il entre au Conservatoire de Paris où il sera l’élève d’Antoine Taudou, Massenet et Gedalge puis de Gabriel Fauré qui lui confie l’orchestration de sa musique de scène pour Pelléas et Mélisandre. Ses premières compositions sont consacrées à des poèmes de Theodore de Banvile, Leconte de Lisle, Heinrich Heine (En mer, la nuit), Verlaine et Samain. De 1899 à 1949, il aura composé plus de 250 œuvres distinctes et plus de 1000 titres. et écrit 41 traités sur l’art musical. Parallèlement il se passionne pour la photographie et prendra au cours de sa vie plus de 3000 clichés. Sur le plan social, proche du parti communiste, il tente de promouvoir une musique pour le peuple dans les années 1930 et écrira des articles sur des sujets musicaux pour le journal l’Humanité. Koechlin_2.jpgEn 1933 il rend hommage au cinéma avec une symphonie, The Seven stars symphonie, consacrée à Douglas Faibanks, Lilian Harvey, Gretra Garbo, Clara Bow, Marlène Dietrich, Emil Jannings et Charlie Chaplin. Ayant vécu à l’écart des cénacles artistiques de son temps, il est peu connu et injustement peu joué. Il composera peu après d’autres œuvres consacrées aux vedettes du septième art : L’Album de Lilian (1934), Sept chansons pour Gladys (1935), Danses pour Ginger (1937), Epitaphe de Jean Harlow (1937).


Capture d’écran 2020-02-22 à 20.02.28

Charles Koechlin, Les Bandar Log Partie I.

       Charles Koechlin, Les Bandar Log Partie II. Ce poème symphonique écrit en 1939 est tiré d’un cycle orchestral, Le Livre de la Jungle, inspiré du roman de Rudyard Kipling. C’est le prétexte pour le musicien de s’amuser en tentant de faire passer ses idées sur l’art musical. Ils confronte les singes qui représentent les compositeurs contemporains, de vulgaires copistes, à la musique classique et savante représentée par la forêt et la panthère Bagheera. Le texte qui suit est le programme rédigé par Koechlin lui-même pour présenter son œuvre (le minutage de la video a été intégré au texte)  :

     « Dans le calme d’un lumineux matin, les singes tout à coup font irruption (2:15). Criailleries grotesques, mais aussi, souples et gracieuses gambades. Comme vous le savez, d’après Kipling, ces singes tout à la fois les plus vaniteux et les plus insignifiants des animaux, se croient des génies créateurs, ils ne sont en réalité que de vulgaires copistes, dont le seul but est de se mettre à la mode du jour (cela s’est vu parfois dans le monde des artistes). Ils vont parler, chanter, clamer leurs secrets prétentieux. Pour cela, ils utiliseront (sans en rien faire de bon), divers procédés de l’harmonie moderne : d’abord, des quintes consécutives, puis des neuvièmes, à la manière de Claude Debussy (3:20). Le tout entremêlé de gambades qui, elles, restent harmonieuses et musicales.
     Puis ils abordent la musique atonale (environ 5:00), avides d’obéir à la Loi des Douze Sons de Schönberg et de ses disciples. Ce sont alors des sauts brusques et brutaux (comme d’ailleurs on en rencontre chez certains atonalistes). Mais voici que la forêt entière se met à chanter avec eux ; elle fait en sorte que cette atonalité devient musicale et presque lyrique (environ 6:00) – or cette évolution expressive déplaît (6:30) aux singes (ils veulent ‘rester classiques’), par un artificiel et ridicule pseudo-retour à Bach. Et c’est alors (sur le thème de ‘J’ai du bon tabac’) une polytonalité dure et factice (6:40), – à quoi succède une fugue chromatique dont le sujet et le contre-sujet rivalisent de bêtise (7:20).
     Mais voici de nouveau que la forêt s’en mêle (debut video 2), prend la parole, et transforme cette fugue en réelle musique par une nouvelle exposition du sujet. Les singes interviennent de leur côté ; cette fois ce sont des passages de percussion pure, sans musique véritable et où il n’y a plus que du rythme (4:20). Puis ils reprennent en charivari leur thème du retour à Bach. Mais voici soudain interrompues leurs élucubrations par l’arrivée des Fauves, Baloo et Bagheera, dont retentit la sonnerie terrible (4:60), aux trompettes menaçantes. Fuite éperdue des singes (5:10). Et la jungle retrouve enfin le calme lumineux (6:00 environ) par quoi débutait ce poème symphonique où l’on peut voir tour à tour une satire des artistes qui veulent être à la mode, – et lorsque la forêt chante, un hommage réel au langage polytonal ou atonal. Mélange assez subtil, pour l’explication duquel fut peut-être nécessaire cette analyse un peu longue. »

Charles Koechlin

Charles Koechlin, Les Bandar Log Partie II.


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  • Une présentation très complète de ce musicien et de ses œuvres : Koechlin Charles (site Musicologie.org)

Il y a « caresse » et « caresse »…


Le Journal d’une femme de chambre (extrait) : scène de la « caresse »

     De Luis Bunuel, 1964. Avec Jean Claude Carriere, le dialoguiste du film, dans le rôle du curé.

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