In limbo


Dans les limbes, Un film de Antoine Viviani

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    Comment filmer Internet ? Comment filmer quelque chose d’aussi abstrait qu’Internet ? J’ai voulu avant tout trouver un langage et une forme propre au film. C’est extrêmement important dans mon travail. Alors j’ai dû inventer une forme pour filmer Internet. Je voulais faire de ce film une immersion dans un rêve ou un cauchemar du réseau. Les gens que l’on y rencontre sont représentés comme des fantômes, des spectres numériques.                                   Antoine Viviani

Le film

     La voix d’un esprit mystérieux, interprétée par Nancy Huston, se réveille dans les méandres des centres de données de notre réseau mondial. C’est comme s’il ne restait plus sur terre que cette immense machine, sans cesse en train d’enregistrer nos souvenirs. En plongeant dans sa mémoire, elle nous emmène à la rencontre de personnages fantomatiques tels que les pères fondateurs d’Internet, les dirigeants de Google ou encore des archivistes numériques et observe le monde de nos souvenirs, fascinée. Que sommes­-nous en train de construire avec ce monde de mémoire numérique ? S’agît-­il d’une nouvelle cathédrale, fondement d’une nouvelle civilisation, ou bien du plus grand cimetière de notre histoire ? Dans les limbes est un conte philosophique qui parcourt Internet comme s’il s’agissait de notre au­-delà…
     C’est en 2015 qu’Antoine Viviani a produit et réalise Dans les Limbes (titre anglais: In Limbo) un essai documentaire qui nous fait voyager dans les limbes de l’Internet, comme si le réseau mondial était en train de rêver de lui-même. Déjà projeté à plusieurs reprises de par le monde dont au CPH : Dox de Copenhague (nov. 2015) où il faisait partie de la compétition internationale, Dans les limbes est l’aboutissement cinématographique de l’expérience In Limbo interactive, disponible sur le site d’ARTE. On y croise une voix incarnée par Nancy Huston, des data centers à la fois beaux et inhumains et des ingénieurs (notamment Gordon Bell et Ray Kurzweil, directeur de l’ingénierie chez Google…) qui sont aussi les acteurs de premier plan de la « révolution numérique ». Pour galvaudée qu’elle soit, l’expression trouve ici une certaine justesse dans la proposition esthétique d’Antoine Viviani, qui s’aventure dans une narration emprunte de poésie visuelle et d’échappées sonores.

sources : présentation officielle et Le blog documentaire


Bande-annonce du film


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     Antoine Viviani est un jeune réalisateur primé. Diplômé de Sciences Po Paris en 2007, il a d’abord produit des documentaires en collaboration avec Vincent Moon (Arcade  Fire  et  R.E.M). Il a également travaillé en compagnie de l’artiste contemporain Pierre Huyghe. En 2009, il fonde une compagnie de production, Providences. En 2011, il produit et réalise In Situ, un long métrage documentaire à propos de l’implication artistique dans le milieu urbain en Europe. Ce film a reçu le prix du Best Digital Documentary au Festival IDFA à Amsterdam en 2011 ainsi que le prix du Meilleur Film au London Doc. Fest en 2012. Il développe actuellement des longs métrages pour les projets cinéma et immersifs.


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Élégies


la musique élégiaque de William Basinsky.

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Watermusic II (1h 06 mn)

William Bazinsky.png     William Basinsky est un musicien et vidéo-artiste américain né à Houston en 1958. Après une formation de clarinettiste classique, de saxophoniste et de composition jazz à l’Université de North Texas, il s’intéresse à la musique minimaliste et commence à développer son propre vocabulaire musical de style méditatif et mélancolique par l’utilisation de courtes boucles mélodiques jouées sur elles-mêmes afin de produire un effet de feedback. Il recycle également dans ses compositions des sons trouvés et des parasites d’ondes radio. En 2001, il commence un travail sur un ensemble de quatre œuvres intitulées The Disintegration Loops. Les enregistrements sont basés sur de vieilles bandes magnétiques dont la qualité se dégrade progressivement. C’est après le travail de remembrement de ses anciens enregistrements que William Basinski va saisir le sens de l’histoire. Le 11 septembre 2001, alors qu’il est dans son appartement de Williamsburg, un quartier de New York situé sur la rive gauche de l’East River. Il aperçoit soudain une épaisse fumée qui s’élève dans le ciel. Saisissant alors sa caméra, il va filmer de son toit la fumée qui s’élève dans le ciel des tours du World Trade Center en écoutant The Disintegration Loops. La musique constituera la bande sonore de notre monde qui se dissout dans une incroyable mélancolie : l’entropie de l’anthropie (Xavier Boissel, précis de désintégration, revue littéraire et philosophique Inculte, no 18, p. 150-154).  source Wikipedia.

The Disintegration Loops (48 mn)


Stanley Kubrick, Grand maître du paysage


Barry Lindon, 1975

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Sarabande Main Title
Women of Ireland
Piper’s Maggot Jig

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Back to LS of the man in the road, his back to Barry, Barry riding closer..jpg

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Barry comes upon two horses and spies two men in the water. Zoom in..jpg

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      Barry Lyndon est un film historique réalisé par Stanley Kubrick et sorti en 1975. Il est adapté du roman Mémoires de Barry Lindon écrit par le romancier britannique William Makespeace Thackeray en 1844. Au XVIIIe siècle en Irlande, à la mort de son père, le jeune et ambitieux Redmond Barry va monter dans l’échelle sociale de la fastueuse société aristocratique anglaise en usant de tous les moyens. Il élimine en duel son rival, un officier britannique amoureux de sa cousine mais est ensuite contraint à l’exil. Engagé dans l’armée britannique pour combattre sur le continent européen, il déserte et rejoint l’armée prussienne de Frederic II afin d’échapper à la peine de mort. Envoyé en mission, il doit espionner un noble joueur, mène un double-jeu et se retrouve sous la protection de ce dernier. Introduit dans la haute société, il parvient à devenir l’amant d’une riche et magnifique jeune femme, Lady Lyndon, dont le vieil époux sombrera dans la dépression et mourra de chagrin après avoir pris connaissance de l’adultère. Redmond Barry épouse alors Lady Lyndon et devenu Barry Lyndon pense être arrivé à ses fins mais le retour de ses vieux démons et le sort en décideront autrement…

    Film d’une grande beauté visuelle basé sur des sujets picturaux, Barry Lyndon est entièrement tourné en lumière naturelle et à la bougie pour les scènes d’intérieurs dans des décors d’époque. Le film a coûté 10 millions de dollars et le perfectionnisme du réalisateur a fait que deux années ont été nécessaires pour achever le tournage. En 1976, le film sera récompensé par trois oscars clés (image, costumes, décors), plus celui de la musique (des morceaux de Haendel, Bach ou Schubert qui firent, au moment de la sortie, de vrais tubes).

Acteurs : Patrick Magee, Hardy Krüger, Ryan O’Neal, Marisa Berenson, Steven Berkoff

Sources : Allo Ciné & Wikipedia.


Enfance


L’enfant des bords de mer

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Begoz Alfred-Louis – Jeune enfant en costume marin, entre 1907 et 1920 – 
Plage de la baie de Saint-Valéry-sur-Somme – autochrome

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L’enfant des bords de mer
Qu’est-il devenu ?
Reste-t-il de lui aujourd’hui, une trace
autre que ces photos floues
que le temps dévore peu à peu ?

Une vie…

Une vie pleine et entière
de sensations, de sentiments,
par millions, par milliards,
disparue, évaporée…
anéantie à jamais…

Reste ces photos qui nous disent tout et rien.

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Quand le monde ressemblait à des tableaux…


Quatre photographies pictorialistes

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Auguste Boutique – Retour du troupeau, 1905

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Leonard Misonne – Auprès du Moulin, 1905

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Otto Scharf – Waldbach, 1902

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Otto Scharf – Eifeldorfbrücke, 1908


Réchauffement climatique – « Je ne veux pas savoir… »


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James Balog

« Je prends conscience qu’un jour ou l’autre on va basculer de l’autre côté de l’horizon et on ne reviendra plus »    

   Hier soir, à la télévision, la chaîne Arte passait  » Chasing Ice « , un documentaire sur l’accélération de la fonte des glaciers sous l’effet du réchauffement climatique, il mettait en scène le photographe James Balog, ancien climato-sceptique, que le magazine National Geographic avait chargé de photographier et filmer sur une longue période l’évolution de certains glaciers de l’hémisphère Nord au Groenland, en Alaska et dans les Rocheuses. Durant trois années, 24 caméras ont photographié à intervalles réguliers les changements physiques que ces glaciers subissaient du fait des modifications du climat, changements qui paraissent le plus souvent inaperçus sur une longue durée mais qui se révèlent être d’une ampleur  considérable lorsqu’on les visualise en accéléré. Les images montrant les têtes de glacier fondre, se recroqueviller et finalement disparaître font penser à l’agonie d’un animal. Les relevés effectués par Balog et son équipe montre que le phénomène est en voie d’accélération et risque de s’emballer et devenir irréversible. Les conséquences seraient dramatiques pour la planète et les populations vivant au bord des côtes : si la tendance actuelle se poursuivait, la fonte totale de la calotte glaciaire recouvrant le Groenland ferait monter à long terme le niveau de la mer de 7 m et sans parler de la fonte de l’Antarctique qui ferait monter de 60 m supplémentaire. D’ores et déjà, on  prévoit que si rien n’était entrepris pour réduire notre consommation d’énergies fossiles d’ici l’an 2100, la montée des eaux pourrait pourrait à long terme être comprise entre 4,3 et 9,9 m et l’on devrait s’attendre à la submersion d’immenses territoires et s’attendre à des mouvements de migration massifs de populations. La Floride, une partie de la Louisiane et la majeure partie du Bangladesh seraient sous les eaux et New York deviendrait inhabitable dés 2085. Un récent rapport de l’ONU prévoit déjà 250 millions de réfugiés climatiques dans le monde en 2050.


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Passivité des autorités et des populations.

     Il faut bien reconnaître que jusqu’à aujourd’hui, malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation menées sur le sujet, les pouvoirs politiques et les populations n’ont pas pris toutes les mesures de la catastrophe qui va bientôt s’abattre sur la planète. Le monde entier est dans le déni le plus complet, chacun espérant qu’il sera épargné par les conséquences qui ne manqueront pas de résulter de cet état de fait. Il est notamment incompréhensible que l’on continue à urbaniser Miami à tout va alors que la ville a de plus en plus souvent les pieds dans l’eau. On comprend que certains édiles et promoteurs immobiliers motivés par leur intérêt à court terme fassent preuve d’irresponsabilité et de cynisme mais comment expliquer qu’ils trouvent encore des acheteurs ? Il faut dire que l’actuel gouvernement américain donne le mauvaise exemple en relançant l’exploitation des gisements d’énergies fossiles (dont la plus polluante, le charbon) et en se retirant  du traité de Paris. Mais en dehors de la responsabilité des pouvoirs politiques et économiques dans le fait que peu d’actions sont entreprises pour contrer le phénomène, que dire du déni manifesté par la majeure partie d’entre nous. Combien sont prêts à  assumer leur responsabilité et pour cela changer drastiquement leur mode de vie ? Comme le disait James Balog lors d’un interview : « Quand mes deux filles me demanderont dans vingt ans : Qu’a tu fait papa contre le réchauffement climatique quand il était encore temps ? je voudrais pouvoir leur répondre : Le maximum de ce que je pouvais faire…»

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En 10 années, de 2001 à 2010, le glacier Ilulissat au Groenland a reculé autant qu’en un siècle


   Pour illustrer l’attitude de tous ceux qui sont conscients du risque encourus mais qui ne réagissent pas et continuent de profiter « pendant qu’il en est encore temps » des derniers « délices de Capoue » deux paraboles me viennent en tête. La première est celle tirée d’un récit qui a bercé mon enfance, celui de la chèvre de Monsieur Seguin d’Alphonse Daudet. Ayant désobéi à son maître, Monsieur Seguin qui lui interdisait d’aller gambader dans la montagne pour la protéger du loup, Blanquette la chèvre se retrouva la nuit venue à devoir lutter contre celui-ci sans espoir d’échapper à son sort. Mais entre deux coups de cornes, elle ne manquait pas de brouter encore une fois quelques brins de cette herbe délicieuse pour laquelle elle avait pris tous les risques. C’est la même attitude que nous avons face au changement climatique en refusant de changer notre mode de vie : « Encore un instant, Monsieur le bourreau …» :

    « Ah ! la brave chevrette, comme elle y allait de bon cœur ! Plus de dix fois, je ne mens pas, Gringoire, elle força le loup à reculer pour reprendre haleine. Pendant ces trêves d’une minute, la gourmande cueillait en hâte encore un brin de sa chère herbe ; puis elle retournait au combat, la bouche pleine… Cela dura toute la nuit. De temps en temps la chèvre de M. Séguin regardait les étoiles danser dans le ciel clair et elle se disait :
    – Oh ! pourvu que je tienne jusqu’à l’aube…»

    La seconde parabole est celle de l’arbre à miel tirée d’un récit tiré d’un livre extraordinaire paru en Occident au Moyen-âge, la légende de Saint-Josaphat, qui apparait comme une synthèse du bouddhisme  et du christianisme. Parmi les nombreuses paraboles décrites par cette légende, l’une présente le cas d’un homme placé à la suite de circonstances toutes plus rocambolesques les unes que les autres dans une situation désespérée puisqu’il se retrouve suspendu à un arbuste au-dessus du vide, assailli par des créatures plus maléfiques les unes que les autres et qui, contre toute attente, va oublier son malheur en découvrant que des gouttes de miel s’écoulent des branches de l’arbuste situé au-dessus de lui…

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Boetius Adam Bolswert – Parabole de l’homme accroché à un arbuste

Parabole de l’arbre à miel

    « Un homme était poursuivi par une licorne, et tendis qu’il essayait de se soustraire par la fuite à son attaque, il tomba dans une fosse. En tombant, il étendit ses deux bras et s’accrocha à un petit arbre qui croissait sur un des côtés du fossé. Après avoir pris un solide point d’appui avec les pieds et avoir bien empoigné l’arbre, il s’imagina être sauvé, quand il aperçut deux souris, une blanche et une noire, occupées à couper les racines de l’arbre auquel il était suspendu. En regardant au-dessous de lui dans la fosse, il aperçut un dragon horrible, à la gueule grande ouverte, tout prêt à le dévorer; et quand il examina l’endroit  sur lequel reposait ses pieds, il aperçut les têtes de quatre aspics qui avaient les yeux fixés sur lui. Il releva alors la tête et remarqua que des gouttes de miel tombaient de l’arbre auquel il était suspendu. En un instant, licorne, dragon, souris et serpents, tout fut oublié, et son esprit ne fut plus occupé qu’à saisir au passage avec ses lèvres les gouttes de miel qui découlaient de l’arbre. »

Texte cité par le philologue et orientaliste allemand Max Müller dans son essai Mythologie comparée.


     La licorne représente la mort, elle poursuit l’homme sans cesse et aspire à le prendre; l’abîme, c’est le monde avec tous les maux dont il est plein. L’arbuste, c’est la vie de chacun d’entre nous réduite à tous moments, nuit et jour, comme si elle était rongée par des rats noir et blanc, et qui va être coupée. L’endroit où sont les quatre aspics, c’est le corps composé de quatre éléments, dont les désordres amènent la dissolution. Le dragon terrible est la gueule de l’enfer, qui convoite de dévorer tous les hommes. Le miel du rameau, c’est le plaisir trompeur du monde, par lequel l’homme se laisse séduire, et qui lui cache provisoirement le péril qui l’environne.   

Tout est dit...

Enki sigle


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