Le ver de terre amoureux d’une étoile…


Cinéma – Quand la beauté attire la convoitise et la haine…

   Malena, film italien de Giuseppe Tornatore avec Monica Bellucci, musique d’Ennio  Morricone

     Nous sommes en Sicile au printemps 1940 dans la petite ville sicilienne de Castelcuto, Mussolini vient de déclarer la guerre à la France et à la Grande-Bretagne. Renato Amoroso, le bien nommé, un garçon de treize ans qui vient de recevoir sa première bicyclette est en proie aux premiers tourments de l’amour. Il est amoureux fou de Maddalena Scordia, surnommée Malena, une ravissante veuve de guerre et la suit partout avec son vélo, humant, les yeux clos, son parfum quand elle passe à ses côtés mais il n’est pas  le seul, Malena fait tourner la tête à tous les hommes de la ville. Il faut la voir marcher dans les rues, beauté sublime et hiératique, indifférente et inaccessible sur laquelle se concentre une multitude de regards admiratifs et concupiscents mais aussi de haine de la part des épouses jalouses. Celles-ci chercheront à la détruire et y parviendront au moins un temps, aidées en cela par la lâcheté et même parfois la complaisance de leurs hommes aigris de frustration. L’étoile inaccessible qui brillait intensément si haut dans le ciel va se brûler en entrant dans l’atmosphère de folie des années de guerre. Le seul qui l’aidera à surmonter cette épreuve sera le petit Renato qui en tirera une leçon de vie pour devenir un homme.

     « Madame, sous vos pieds, dans l’ombre, un(e graine d’)* homme est là. Qui vous aime, perdu dans la nuit qui le voile ; qui souffre, ver de terre amoureux d’une étoile ; Qui vous donnera son âme, s’il le faut; Et qui se meurt quand vous brillez en haut. »

 * par moi ajouté...                                             Victor Hugo, Ruy Blas.


le désir d’égalité ou le sentiment d’injustice chez les animaux


    Franz de Waal est un primatologue et éthologue américain d’origine néerlandaise, professeur et chercheur à Atlanta aux Etats-Unis. Comme il arrive souvent pour les découvertes concernant les primates *, c’est tout à fait par hasard qu’il a découvert que le désir d’égalité (ou sentiment d’inégalité et d’injustice) éprouvé par les différents individus composant une société n’était pas spécifique aux sociétés humaines mais se retrouvaient également dans les sociétés de primates. L’expérience hilarante présentée ci-dessous qu’il a réalisé avec deux singes capucins et dans laquelle il va soumettre l’un des deux singes à un traitement injuste alors que jusque là il était traité sur un pied d’égalité avec son congénère le prouve sans aucune ambiguité : le capucin défavorisé n’accepte pas l’inégalité de traitement et entre dans une violente colère.

 * c’est également par hasard en constatant le comportement d’un macaque rhésus que l’équipe du médecin et biologiste Giacomo Rizolatti découvrit à Parme dans les années 1990 les neurones miroirs. (voir  ICI )

   Faut-il en déduire que le désir d’égalité est inné aux sociétés d’hominidés (genre qui regroupe les grands singes et l’homme et pour lesquelles  les ADN peuvent être semblables à plus de 98%) et de primates ? L’historien Yuval Noah Harari dans son dernier ouvrage « Homo deus, une brève histoire de l’avenir » souligne que si c’était le cas, les sociétés inégalitaires se seraient trouvées dans l’incapacité de fonctionner du fait du ressentiment et de l’insatisfaction qu’elles auraient générées et auraient sombré dans la violence et de citer à l’appui de son raisonnement le cas des royaumes et empires qui ont prospéré bien que construits sur des fondements extrêmement inégalitaires. Mais ces exemples n’apportent pas pour autant la preuve de l’inexistence du désir d’égalité. L’anthropologie a montré que lorsque les sociétés humaines risquaient d’être anéanties par la violence exercée entre leurs membres, elles étaient capables de mettre en place des stratégies d’évitement de cette violence en la détournant par exemple sur un bouc émissaire et en créant des structures symboliques d’organisation et de compréhension du monde que sont les mythes et les religions chargées d’assurer la cohésion des membres du groupe. 

    Pourrait-il exister un lien entre ce désir inné d’égalité chez les primates découvert par Franz de Waal et le désir mimétique transmis par les neurones miroirs découvert par Giacomo Rizolatti ? Y aurait-il dans ce cas un rapport de cause à effet entre l’expression d’un premier élément et le second qui serait en quelque sorte induit par le premier ? Le siège dans le cerveau des neurones mémoires est le cortex prémoteur ventral et la partie rostrale du lobule pariétal inférieur. Quelle partie du cerveau est-elle activée quand s’exprime le désir d’égalité ou la réaction violente qui découle du sentiment d’inégalité ? Je n’ai trouvé jusqu’à présent aucune étude qui traitait de ces sujets…

    Si l’on suit René Girard, inventeur de la théorie du désir mimétique, le désir qu’un individu éprouve n’est que l’imitation du désir d’un autre qui est ainsi érigé en modèle à imiter. Dans le cas des deux capucins, le modèle à imiter deviendrait le capucin favorisé mais on pourrait tout aussi considérer que c’est la qualité supérieure du met accordé (cerise contre concombre) qui provoque le désir. Il est dommage pour pouvoir interpréter cette expérience à l’aune de la théorie de René Girard que Franz De Wall ne l’est pas développé en inversant les données, c’est-à-dire en offrant d’abord les cerises aux deux singes puis un morceau de concombre à l’un des deux. Quel singe aurait-alors manifesté sa fureur ? Celui qui recevrait la cerise et qui, malgré le fait que son cadeau est plus appétissant que celui de son rival, aurait été jaloux du traitement d’exception accordé à ce dernier ou bien le rival, mécontent de la baisse de qualité de ce qui lui est accordé et considéreront ceci comme une injustice ou une brimade…

    Pour  le neuropsychiatre Jacques Fanielle Les résultats e l’expérience menée par Franz De Waal « suggèrent que le sens de l’équité peut être une capacité innée du cerveau de l’Homo-Sapiens, une disposition que l’évolution biologique aurait sélectionnée chez certaines espèces dont l’organisation sociale repose, en tout ou en partie, sur la coopération » 


Le sentiment d’inégalité chez les chiens et les loups

    Une expérience semblable a eu lieu au Wolf Science Center de l’université de médecine vétérinaire de Vienne sur les chiens et les loups qui montre que ces deux espèces ont également conscience d’être victime d’une inégalité. Dans les deux cas, les scientifiques ont observé que l’animal le moins bien récompensé éprouvait un sentiment d’injustice et arrêtait l’exercice. Pour Jennifer Essler, co-auteure de l’étude, leur « habilité à réaliser l’iniquité est devenue évidente quand ils ont refusé de continuer l’expérience ». Ce refus s’exerçait non seulement quand l’un des deux animaux n’était plus alimenté mais également quand la qualité de la récompense était moindre : si l’un des animaux reçoit des croquettes alors que son congénère reçoit de la viande, il refuse de poursuivre l’exercice.

     Observation intéressante qui n’avait pas été effectuée dans l’expérience pratiquée par Frantz de Waal avec les primates, lorsque l’expérience est effectuée sur un seul animal, les chercheurs viennois constataient que les canidés poursuivaient alors la tâche, même sans récompense. Comme l’explique Friederike Range, un autre auteur de l’étude : « Cela montre bien que ce n’est pas juste le fait de ne pas recevoir de viande qui les a poussé à arrêter de coopérer avec l’expérimentateur ». Le fait que les loups autant que les chiens ont le même comportement prouvent que celui-ci n’est pas lié au phénomène de domestication. La seule différence relevée dans le comportement des deux espèces était qu’après cette expérience, les loups non récompensés restaient distants des humains alors que les chiens ayant subi le même traitement leur restaient fidèles.   (source : c’est  ICI )


articles liés


« Un assassin si beau qu’il fait pâlir le jour »


Le condamné à mort, poème de Jean Genet interprété par Jacques Douai

mauric11

A la mémoire de Maurice PILORGE
assassin de vingt ans 

Sur mon cou sans armure et sans haine, mon cou
Que ma main plus légère et grave qu’une veuve
Effleure sous mon col, sans que ton cœur s’émeuve
Laisse tes dents poser leur sourire de loup. 

O viens mon beau soleil, ô viens ma nuit d’Espagne
Arrive dans mes yeux qui seront morts demain.
Arrive, ouvre ma porte, apporte-moi ta main,
Mène-moi loin d’ici battre notre campagne.

Le ciel peut s’éveiller, les étoiles fleurir,
Et les fleurs soupirer, et des prés l’herbe noire
Accueillir la rosée où le matin va boire,
Le clocher peut sonner : moi seul je vais mourir. 

O viens mon ciel de rose, O ma corbeille blonde !
Visite dans sa nuit ton condamné à mort.
Arrache-toi la chair, tue, escalade, mords,
Mais viens ! Pose ta joue contre ma tête ronde. 

Nous n’avions pas fini de nous parler d’amour.
Nous n’avions pas fini de fumer nos gitanes.
On peut se demander pourquoi les Cours condamnent
Un assassin si beau qu’il fait pâlir le jour. 

Amour viens sur ma bouche ! Amour ouvre les portes !
Traverse les couloirs, descends, marche léger,
Vole dans l’escalier, plus souple qu’un berger,
Plus soutenu par l’air qu’un vol de feuilles mortes. 

O traverse les murs ; s’il le faut marche au bord
Des toits, des océans ; couvre-toi de lumière,
Use de la menace, use de la prière,
Mais viens, ô ma frégate une heure avant ma mort. 

Jean Genet

Pour l’article complet, c’est ICI


 

le cas de « l’enfant mélodieux » tué par « un mot vertigineux »…


genet-portrait
Jean Genet, enfant

      « L’enfant mélodieux tué par un mot vertigineux ». C’est Jean-Paul Sartre qui emploie ces mots tirés des écrits de Jean Genet dans son essai « Saint Genet, comédien et martyr »  écrit en 1952 et consacré au mauvais garçon devenu romancier, poète et homme de théâtre, Jean Genet. Je n’ai pas cherché en écrivant cet article à exposer l’interprétation que fait Sartre de la vie et de la personnalité de Jean Genet, largement mise en cause depuis par de nombreux critiques et en premier lieu par le principal intéressé objet de l’étude mais à montrer comment un acte exécuté par un enfant sous l’action d’une pulsion incontrôlée et la réponse faite en retour par les adultes peut avoir un effet déstabilisateur pour son équilibre mental et conditionner son comportement et l’idée qu’il a de lui-même pour le restant de sa vie. Cet événement fondateur, cette crise existentielle se traduit chez l’enfant par un vertige, un ébranlement de l’être qui accompagne ou traduit la métamorphose en cours. On verra plus loin que les mots employés par le narrateur pour décrire la scène sont explicites : « accès d’angoisse », « état extatique », « aveuglé et abasourdi », « vint à lui-même », c’est-à-dire révélé à lui-même, « Il était une sonnette d’alarme qui n’en finissait pas de sonner ».


L’enfance du petit Genet 

   Il est des moments dans la vie d’un enfant où l’accomplissement d’un acte jugé par celui-ci anodin ou suscité par une pulsion soudaine va avoir des conséquences considérables sur sa vie si cet acte est considéré par la société des adultes comme un acte transgressif grave dans la mesure où il brise certains tabous qui structurent de manière essentielle la société. C’est ce qui serait arrivé, selon Jean-Paul Sartre, au petit Jean Genet, enfant abandonné par sa mère à l’âge de sept mois, placé par l’assistance publique chez des parents adoptifs, paysans dans le Morvan, auprès desquels il connaîtra une enfance heureuse mais qui sera surpris un jour en flagrant délit de vol. Dans une société laborieuse d’ « honnêtes gens », un tel acte accompli par un enfant recueilli brise les tabous moraux qui régissent les relations entre les êtres : appropriation du bien d’autrui par le vol et ingratitude. L’enfant va être brusquement extrait de « la douce confusion » qu’il entretenait avec la nature et le monde dans laquelle il se mouvait jusque là et devenir brutalement aux yeux de tous un monstre. Cette jeune personnalité en devenir aura désormais une identité qu’il n’aura pas forgée lui-même mais qui lui aura été imposée par la société et qu’il finira par revendiquer : celle de Voleur.


Un événement fondateur

    J’ai retrouvé à la relecture d’un essai des années soixante écrit par les deux théoriciens anglais du mouvement de l’antipsychiatrie alors à la mode, Ronald D. Laing & David G. Cooper, le texte tiré du livre de Sartre qui décrit ce moment de crise originelle où le petit Jean Genet, enfant sans identité parce que né de père inconnu et rejeté par sa mère à sa naissance décide d’assumer l’identité que les évènements  lui auront apporté.

    « Un jour, alors qu’il avait dix ans, Genet jouait dans la cuisine. Tout à coup, dans un accès d’angoisse, il ressentit sa solitude et plongea dans un état extatique. Sa main entra dans un tiroir ouvert. Il se rendit compte que quelqu’un était entré dans la pièce et était en train de l’observer. Sous le regard de cette autre personne Genet « vint à lui même », dans un sens, pour la première fois. Jusqu’à ce moment il avait manqué de consistance. Maintenant il était quelqu’un. Il était devenu sur le champ un certain Jean Genet. Il était aveuglé et abasourdi. Il était une sonnette d’alarme qui n’en finissait pas de sonner. Bientôt tout le village connaîtrait la réponse à la question : « Qui est Jean Genêt ? » Seul l’enfant lui-même restait dans l’ignorance. Alors une voix lui annonça son identité : … « Tu es un voleur. » 

Ronald D. Laing & David G. Cooper, Raison et Violence, 2ème partie : À propos de Genet – Edit. Payot, 1964


JeanGenet 

« Vivre, c’est survivre à un enfant mort » – Jean Genet

     L’enfant qu’était alors Jean Genet était-il foncièrement un voleur ?  Sartre, Laing et Cooper expliquent ce geste qui se répétera à plusieurs reprises et aboutira à l’enfermement de l’enfant dans une maison de correction par un désir d’appropriation visant à compenser sa situation d’enfant sans filiation et donc sans biens ni héritage. Tout ce qui lui est accordé n’est pas légitimé par son appartenance à une famille mais résulte d’un « don » qui lui est accordé : don de ses parents adoptifs, don de l’assistance publique. L’enfant n’est qu’un « assisté » privé de la possession de biens et de relations familiales basées sur le sang et se situe de ce fait en dehors de la société. S’accaparer le bien d’autrui est le moyen compensatoire pathétique qu’il a trouvé pour se construire une histoire et posséder un bien qui lui est propre puisqu’il ne dépend que de lui-même.
       Alors pourquoi la société représentée par le monde des adultes et les institutions a-t-elle été aveugle et si dure avec cet enfant désemparé. En dehors du fait qu’en 1920, année où s’est passé l’événement fondateur décrit par Sartre, le souci de la psychologie de l’enfant était inexistant dans une société rurale traditionnelle encore marquée par le traumatisme de la première guerre mondiale, l’explication donnée par le philosophe est de nature anthropologique : la société des « honnêtes gens » a besoin pour affirmer et conforter sa cohésion sociale et éloigner ainsi les tentations qui existent chez la plupart de ses membres de projeter sur un bouc émissaire la part d’elle-même qu’elle renie. Le petit Jean Genet, corps étranger qui ne risque pas par son altérité de mettre en cause l’intégrité de la société et sa cohésion, constitue la victime expiatoire idéale. Jean Genet, en acceptant l’étiquette qui lui a été attribuée a accepté en même temps de jouer ce rôle de bouc émissaire. On remarquera que cette vision des choses défendue par Sartre, Laing et Cooper sur ce point particulier s’apparente à celle qui sera professée une soixantaine d’année plus tard, en 1982, par le philosophe René Girard dans son essai Le bouc émissaire lorsqu’il rappelle que dans les sociétés premières le bouc émissaire était souvent choisi parmi les étrangers, le marginaux ou les infirmes et qu’ils étaient très souvent consentants.

Enki sigle

Capture d’écran 2017-10-14 à 12.13.47.png


article de ce blog lié

articles sur le net


Film d’animation : une adaptation de « The Tempest » de William Shakespeare


Capture d’écran 2017-10-12 à 14.04.12.png
Prospero et sa fille Miranda – Prospero déclenche la tempête

    Shakespeare : The Animated Tales est une série d’animation britannique basée sur les pièces de Shakespeare créée en 1992 par la BBC. C’est l’écrivain britannique Léon Garfield (1921-1996) connu pour ses romans historiques pour enfants qui assurait la réalisations des scenarii. L »animation était réalisée par les studios russes Christmas Films et Soyuzmultifilm. Les Entre 1992 et 1994, la série a produit 12 épisodes de 26  à 30 minutes chacun basés sur les pièces suivantes : 1) A Midsummer Nights’s Dream (le songe d’une nuit d’été) – 2) The Tempest (la Tempête) – 3) Macbeth – 4) Romeo and Juliet – 5) Hamlet – 6) Twelfth Night (d’après La Nuit des rois de Shakespeare) – 7) King Richard III – 8) The Taming of the Shrew (La Mégère apprivoisée) – 9) As You Like It (Comme il vous plaira) – 10) Julius Caesar – (11) The Winter’s Tale (Le Conte d’hiver) –  12) Othello.


The Tempest sur YouTube (en anglais)

   L’épisode présenté ci-dessus est celui tiré de la pièce The Tempest, c’est le 2ème de la série et il a été co-produit par les sociétés Soyuzmultfilm à Moscou et S4C Channel 4 Wales à Cardiff. le scénariste est Léon Garfield, la Directrice artistique, Elena Livanova et le réalisateur, Stanislav Sokolov. La musique a été composée par Yuri Novikov.


Capture d’écran 2017-10-12 à 14.02.39.png    Capture d’écran 2017-10-12 à 15.37.51.png
Ariel, le bon génie et le monstrueux Caliban

L’histoire

    Le duc de Milan, Prospero, a été déchu et exilé par son frère Antonio sur une île déserte en compagnie de sa fille Miranda. En possession d’un livre de magie qui lui permet d’agir sur les éléments naturels et les esprits, il va grâce à ce livre retrouver son honneur et ses biens. Deux créatures sont à son service : l’éthéré Ariel, esprit positif de l’air et du souffle de vie qu’il a libéré d’un mauvais sort infligé par la sorcière Sycorax et  le fils de cette dernière, le monstrueux Caliban, être chtonien négatif symbolisant le mal, la violence et la mort. Le film s’ouvre sur le naufrage, provoqué à l’aide d’une tempête par l’esprit Ariel sur l’ordre de Prospero, d’un navire transportant, Antonio, son frère félon responsable de ses malheurs, le fils de celui-ci, le jeune Ferdinand, le complice d’Antonio, le roi de Naples Alonso et son frère Sébastien et le vieux conseiller d’Antonio, le vénérable Gonzalo qui réprouve les actions de son maître et a aidé Prospero. En fait, le naufrage est une fiction provoquée par la magie de Prospero. Les naufragés vont tous se retrouver dans l’île où séjournent Prospero et Miranda et vont subir diverses épreuves qui s’apparentent à un parcours initiatique. La fin sera heureuse, Antonio, le frère parjure, se réconciliera avec Prospero qui retrouvera son duché, Miranda et Ferdinand tomberont amoureux l’un de l’autre et se marieront et les deux esprits Ariel et Caliban seront libérés et resteront sur leur île.

Capture d’écran 2017-10-12 à 14.11.25.png
Ferdinand et Miranda


Enfance – I) Stendhal : l’amour pour la mère


Stendhal, l'enfant qui voulait quitter Grenoble - photo Anthony Bevilacqua (recadrée)
°°°
°°°
°°°

°°°

Stendhal, « l’enfant qui voulait quitter Grenoble », – photo Anthony Bevilacqua, 2016 (recadrée)
°°°

Capture d_écran 2017-10-09 à 22.45.36    C’est en 1890 que Stendhal publie le récit autobiographique, Vie de Henri Brulard. Le choix du nom de Brulard qui était celui d’un oncle paternel tient paradoxalement à la haine — le mot n’est pas trop fort — que l’écrivain éprouvait vis à vis de son père, Chérubin Beyle, mais aussi au fait qu’il était dit dans sa famille qu’il ressemblait lui-même, par sa laideur, à cet oncle. Si le roman a été publié en 1890, il a été écrit bien avant, dans les années 1835-1836, à l’âge de 53 ans. 1835, c’est soixante années avant que Freud publie Étude sur l’hystérie dans lequel il «  mettait l’accent sur le rôle traumatique des « séductions » sexuelles subies par l’enfant du fait du père » (Roger Perron), Deux années plus tard, en octobre 1897, alors qu’il se livre à son auto-analyse, dans une lettre à son ami d’alors le médecin berlinois Wilhelm Fliess, il écrit : « J’ai trouvé en moi comme partout ailleurs des sentiments d’amour envers ma mère et de jalousie envers mon père, sentiments qui sont, je pense, communs à tous les jeunes enfants ». Il fait alors un rapprochement entre la manifestation de ces sentiments mêlés d’amour et de haine ressentis par les jeunes enfants vis à vis de leurs parents avec la tragédie de Sophocle, Œdipe Roi, dans laquelle  Œdipe tue son père et épouse sa mère et rendra publique sa découverte dans L’interprétation du rêve publié en 1900. Le complexe d’Œdipe était né. Freud découvrira par la suite d’autres situations œdipiennes en littérature notamment dans le Hamlet de Shakespeare.

Sigmund Freud (1856-1939)     On se rendait ainsi compte que la littérature, dans sa représentation des mœurs, mettait effectivement à jour les effets des ressorts cachés de la nature humaine, agissant ainsi comme un « révélateur », mais n’avait pas permis jusque là de dévoiler le mécanisme qui mettait en mouvement ces ressorts : « Ils n’ont ni intelligence, ni entendement, Car on leur a fermé les yeux pour qu’ils ne voient point, Et le coeur pour qu’ils ne comprennent point. » (Ésaïe 44:18). Il fallait pour qu’ils soient compris qu’un saut qualitatif de la pensée se produise et il est du mérite de Freud, même si son interprétation du complexe d’Œdipe et de ses conséquences est aujourd’hui largement remise en cause, de l’avoir suscité.   L’extrait de l’autobiographie de Stendhal Vie d’Henri Brulard présenté ci-après est celui du chapitre III dans lequel l’écrivain expose crûment l’amour passionné et charnel qu’il vouait alors, jeune enfant, à sa mère Henriette et la rivalité qui l’opposait à son père.


Vie de Henri Brulard, chapitre III : « j’étais amoureux de ma mère » (extrait)

   « Ma mère, madame Henriette Gagnon, était une femme charmante et j’étais amoureux de ma mère.
     Je me hâte d’ajouter que je la perdis quand j’avais sept ans.
     En l’aimant à six ans peut-être, 1789, j’avais absolument le même caractère qu’en 1828 en aimant à la fureur Alberthe de RubempréMa manière d’aller à la chasse du bonheur n’avait au fond nullement changé, il n’y a que cette seule exception : j’étais, pour ce qui constitue le physique de l’amour, comme César serait, s’il revenait au monde pour l’usage du canon et des petites armes.
       Je l’eusse bien vite appris et cela n’eût rien changé au fond de ma tactique.
      Je voulais couvrir ma mère de baisers et qu’il n’y eût pas de vêtements. Elle m’aimait à la passion et m’embrassait souvent, je lui rendais ses baisers avec un tel feu qu’elle était souvent obligée de s’en aller. J’abhorrais mon père quand il venait interrompre nos baisers. Je voulais toujours les lui donner à la gorge. Qu’on daigne se rappeler que je la perdis, par une couche, quand à peine j’avais sept ans.
      Elle avait de l’embonpoint, une fraîcheur parfaite, elle était fort jolie, et je crois que seulement elle n’était pas assez grande. Elle avait une noblesse et une sérénité parfaite dans les traits ; brune, vive, avec une vraie cour et souvent elle manqua de commander à ses trois servantes et enfin* lisait souvent dans l’original la Divine Comédie de Dante, dont j’ai trouvé bien plus tard cinq à six livres d’éditions différentes dans son appartement resté fermé depuis sa mort.
      Elle périt à la fleur de la jeunesse et de la beauté, en 1790, elle pouvait avoir vingt-huit ou trente ans.
      Là commence ma vie morale.
     Ma tante Séraphie osa me reprocher de ne pas pleurer assez. Qu’on juge de ma douleur et de ce que je sentis ! Mais il me semblait que je la reverrais le lendemain : je ne comprenais pas la mort.
      Ainsi, il y a quarante-cinq ans que j’ai perdu ce que j’aimais le plus au monde*. »

StendhalVie de Henri Brulard, 1836-1836 (publié en 1890) – édit. Debraye, 1913 (Wikisource pp.94-95)


KOSTYLEFFCOMPLEXE0004
Segantini – Le fruit de l’amour, vers 1900

    Ce tableau n’est pas le fruit du hasard. Giovanni Segantini (1858-1899) le peintre symboliste italien qui l’a réalisé a, tout comme Stendhal, perdu sa mère très tôt à l’âge de cinq ans et s’il n’eut pas l’occasion de se confronter à son père qui l’avait abandonné en le confiant à l’une de ses demi-sœurs pour émigrer en Amérique, il du néanmoins éprouver à l’encontre de celui-ci un profond ressentiment. Le jeune Giovanni connut une enfance malheureuse faite d’ennui,  de fugues et de séjour en maison de correction. Pouvait-on imaginer, avant 1900, une scène de maternité équivoque aussi charnelle où l’enfant, à demi dénudé, repu de plaisir, la pomme écarlate du péché à la main, semble littéralement « jouir » de la présence de sa mère. À noter le manque d’expression du visage de celle-ci qui laisse supposer que si elle est bien l’objet sur lequel se porte le désir de l’enfant, la relation charnelle apparait univoque car l’amour maternel est représenté, par la volonté du peintre, limité au cadre strict du simple amour filial. Cette attitude s’apparente à celle de la mère du jeune Henri Beyle qui est est obligée de s’enfuir pour échapper aux marques de tendresse excessive de son fils. Ce n’est sans doute pas un hasard si à la charnière des XIXe et XXe siècle, à l’orée d’une période de libération des mœurs, qu’en littérature, peinture et sciences humaines, la présence de la sexualité dans les rapports amoureux qui unissent parents et enfants se dévoilent au grand jour et ne font plus l’objet d’un tabou.

Enki sigle

Capture d’écran 2017-10-09 à 10.26.07.png


articles liés sur le web