Ils ont dit…


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Création

      La nature et les modalités de notre production culturelle, ainsi que la façon dont nous réagissons aux phénomènes culturels reposent sur l’artifice de nos souvenirs imparfaits — eux-mêmes manipulés par les sentiments.

Antonio Damasio, L’Ordre étrange des choses, la vie, les sentiments et la fabrique de la culture – édit. Odile Jacob, 2017


Ils ont dit…


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Angélus Novus, l’Ange de Paul Klee si cher
au cœur de Walter Benjamin

Le désespoir de l’ange

    « Un ange, étant incapable de mourir, ne peut courir d’aventures : il aurait beau descendre dans les entrailles du sol, explorer les profondeurs de l’océan, monter en fusée jusqu’à l’étoile polaire… Rien n’y fait ! l’être immortel, avec son invisible cotte de maille, ne peut courir de dangers puisqu’il ne peut pas mourir. peut-être les anges auraient-ils bien envie de mourir pour pouvoir, comme tout le monde, courir des aventures : ils sont condamnés, hélas ! à l’immortalité et meurent peut-être de ne pas mourir ! »

Vladimir Jankékévitch, L’aventure, le sérieux, l’ennui


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Bouée de sauvetage : « Till the End of the World » (I’ll Love You)


Nick Cave and the Bad Seeds
(I’ll Love You) Till the End of the World – un parfum de Leonard Cohen…
A song from the soundtrack to the film by Wim Wenders

Bouée de sauvetage

    Foutez le monde en l’air, détruisez la planète, noyez-la sous des millions de tonnes d’ordures, empoisonnez l’air, traquez le dernier requin, la dernière baleine, le dernier éléphant et le dernier rhinocéros, Menez la guerre chimique contre les papillons, les abeilles et les oiseaux, stérilisez la terre et la mer, détruisez l’humus et remplacez le plancton par du plastique, gavez vos gosses et vous avec, de nourriture Frankenstein, hypothéquez leur avenir par des injections massives de produits de synthèse, de nanoparticules, de particules radioactives, de métaux lourds, d’hormones variées et de perturbateurs endocriniens, détruisez-vous les uns les autres sous des tonnes de bombes, à la ceinture d’explosifs, au sabre, au canif, avalez la terre toute entière avec votre grande gueule et votre absence totale de goût, enivrez-vous, hantez les quartiers minables peuplés de cafards, les bas-fonds aux rues jonchées de tessons de bouteilles et de vomissures, gueulez après votre chien, votre femme ou vos gosses, cognez-les pour libérer votre frustration et votre colère et soudain vous voilà redevenu ridiculement un petit enfant qui prie, non pas un Dieu en lequel il ne croit plus, mais simplement pour pouvoir se blottir l’espace d’un instant contre le sein d’une madone charnelle aux yeux anthracite ou azurés comme le ciel, aux longs cheveux bouclés noirs comme le charbon ou immaculés comme la neige…

     Hypocrite et pathétique…

Enki sigle 

Notre Dame de Grasse - Musée des Augustins de Toulouse, vers 1460-1480

Till the End of the World (1991)

It was a miracle I even got out of Longwood alive,
this town full of men with big mouths and no guts;
I mean if you can just picture it,
the whole third floor of the hotel gutted by the blast
and the street below showered in shards of broken glass,

and all the drunks pouring out of the dance halls
staring up at the smoke and the flames ;
and the blind pencil seller waving his stick
shouting for his dog that lay dead on the side of the road ;
and me, if you can believe this,
at the wheel of the of the car
closing my eyes and actually praying ;
not to God above but to you, saying :

Help me, girl ; help me, girl
I’ll love you till the end of the world
With your eyes black as coal
and your long dark curls

Some things we plan,
we sit and we invent and we plot and cook up ;
others are works of inspiration, of poetry ;
and it was this genius hand that pushed me up the hotel stairs
to say my last goodbye
to a hair as white as snow and of pale blue eyes
[saying :]
I gotta go ; I gotta go,
the bomb in the bread basket are ready to blow

in this town of men with big mouths and no guts,
the pencil seller’s dog, spooked by the explosion,
leaping under my wheels as I careered out of Longwood
on my way to you waiting in your dress,
in your dress of blue

I said:
Thank you, girl; thank you, girl
I’ll love you till the end of the world
with your eyes black as coal
and your long, dark curls

and with the horses prancing through the fields,
with my knife in my jeans and the rain on the shield ;
I sang a song for the glory of the beauty of you
waiting for me
in your dress of blue

Thank you, girl. Thank you, girl
I’ll love you till the end of the world
with your eyes black as coal
and your long, dark curls
°°°


 

Conduites à risques : la parabole du corbeau charognard


l’Aventureux et l’Aventurier

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     Je roule sur une voie de contournement de l’agglomération. Cette voie est très encombrée en début et fin de journée aux heures d’entrée et de sortie des entreprises et des bureaux mais à cette heure de la journée la circulation est fluide, les véhicules sont espacés d’une quinzaine de mètres environ et roulent à une vitesse rapide. Soudain, dans le champ de vision de mon pare-brise, je vois un corbeau s’envoler du bas-côté de la voie juste après le passage du véhicule qui me précédait, se poser sur la route, donner quelques coups de bec nerveux sur ce qui semble être la dépouille d’un petit animal sur le sol avant de s’envoler précipitamment pour échapper à mes roues. La scène n’a duré que deux à trois secondes. Jetant un coup d’œil dans mon rétroviseur, je vois le volatile répéter la même scène avant d’échapper de justesse au véhicule qui me suit.
       Depuis combien de temps se livrait-il à ce jeu macabre dans l’entre-deux qui sépare le plaisir et la mort ? J’imaginais la torture mentale subie par cet animal tiraillé entre le désir irrépressible d’apaiser sa faim ou de goûter à ce succulent festin qui lui fait prendre tous les risques et son réflexe de survie qui lui ordonnait de s’échapper au plus vite. Une becquetée de plus, une mauvaise appréciation de la vitesse du véhicule qui se précipitait sur lui et c’était la mort assurée : « S’il vous plait, encore un instant, Monsieur le bourreau… ». Cela m’a rappelé l’histoire de Blanquette, la chèvre de Monsieur Seguin citée par Alphonse Daudet dans les Lettres de mon moulin dont l’un des passages m’avait particulièrement ému lorsque j’étais enfant. C’était celui dans lequel l’auteur décrivait la petite chèvre se battre courageusement contre le loup durant une grande partie de la nuit — bien que n’ayant aucune illusion sur la fin du combat — pour pouvoir bénéficier encore un peu, avant de mourir, du plaisir de déguster ces succulents brins d’herbe tendre qu’elle était venue chercher dans la montagne :  « Ah ! la brave chevrette, comme elle y allait de bon cœur ! Plus de dix fois, je ne mens pas, (…), elle força le loup à reculer pour reprendre haleine. Pendant ces trêves d’une minute, la gourmande cueillait en hâte encore un brin de sa chère herbe ; puis elle retournait au combat, la bouche pleine… Cela dura toute la nuit. »

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     Cette histoire m’a fait penser à certaines conduites à risques sportives ou comportementales prisées par certains jeunes qui les mènent à approcher la mort au plus près. Dans l’Aventure, le Sérieux et l’Ennui, Vladimir Jankélévitch distingue, dans la pratique de l’Aventure, le profil de l’Aventureux de celui de l’Aventurier. L’Aventureux est celui qui s’engage dans l’Aventure sans idée préconçue ni calcul et qui de ce fait accepte le surgissement de l’inattendu et toutes ses conséquences. Son engagement dans l’Aventure est donc radical puisqu’il peut conduire au bouleversement complet de son existence. Au contraire de l’Aventureux, l’Aventurier est un calculateur, il poursuit un but qui se situe certes à la marge de la société mais qui s’insère dans un cadre bien délimité. Pour lui l’Aventure est un fond de commerce qu’il exploite de manière rationnelle et qui de ce fait doit, autant que faire se peut, éviter l’inattendu. Dans cet ordre d’idées, si Blanquette, la chèvre de Monsieur Seguin, par son comportement impulsif et non rationnel qui lui fait préférer la vie sauvage à la vie sécurisée mais ennuyeuse de la domesticité, est sans conteste une Aventureuse, le corbeau charognard qui prend des risques savamment calculés n’est lui qu’un Aventurier opportuniste. On retrouve cette dichotomie dans les conduites à risques. Certaines apparaissent « sous contrôle », même si ce contrôle n’est que relatif car le propre de tout jeu digne de ce nom est de laisser une part ne serait-elle que minime au hasard et à l’impondérable qui est la mort, d’autres sont totalement incontrôlées et voient de ce fait le risque de leur pratique fortement augmenté.

Enki sigle

 


Prudence


Prudence est mère de sûreté

Eisenbrandt_coffin - Conception à partir de 1843 pour un cercueil de préservation de la vie - complet avec des trous de respiration et couvercle facile à ouvrir - à utiliser dans le cas des morts douteux .jpg

      Imaginez … Vous êtes mort… Enfin tous les vivants le croient ! Vous êtes plongé dans un profond sommeil ou dans une sorte de coma, votre respiration s’est considérablement réduite au point qu’elle n’est plus perceptible et votre pouls semble interrompu… Un médecin négligent ou pressé a officialisé votre passage dans l’au-delà et vous a rayé d’un trait de plume du nombre des vivants. Quand à votre famille et vos proches, ils en sont déjà à supputer leur part d’héritage et échafaudent des projets d’avenir. Si l’un d’entre eux vous entendait soudainement cogner contre les parois de votre cercueil, il n’est pas sûr qu’il viendrait à votre secours, calfeutrant les interstices pour vous condamner à l’asphyxie ou vous achevant à coup de chandelier ou de marteau… On n’est jamais trop prudent et M. Henry Eisenbrandt de Baltimore dans le Maryland l’avait bien compris qui vous proposait un « Life – Preserving coffin », c’est à dire un cercueil de survie qui vous garanti, si par malchance vous vous trouviez dans cette très fâcheuse situation, de pouvoir respirer grâce à une ouverture grillagée prévue à ce effet et d’ouvrir le couvercle par l’intermédiaire d’un ingénieux système de déblocage de la serrure commandé de l’intérieur. Aujourd’hui, vous aurez la possibilité de vous faire enterrer avec votre portable à condition que vous ayez pris la précaution de le charger suffisamment ou de disposer de batteries de rechange…


 

Monstres & chimères


la beste dite du Gévaudan

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… Et ceci est la Beste dite du Gévaudan, qui, pendant trente ans, ravagea notre Pays, tuant centaines de femmes, principalement, les dévorant et n’en laissant pas même les os à son Patron le Diable et fallut 500 hommes du régiment de Mr d’Apcher pour nous en délivrer, Dieu merci…


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Human connectome project

 


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La fabrique du cerveau – ARTE
Documentaire de Cécile Denjean, 2017 – 53 mn

     « Dans les laboratoires du monde entier, la course au cerveau artificiel a déjà commencé. Enquête sur ceux qui tentent de transformer l’homme en être digital afin de le libérer de la vieillesse et de la mort.
Capture d_écran 2017-10-22 à 03.00.18       La science-fiction a inventé depuis longtemps des robots « plus humains que l’humain », mais ce fantasme n’a jamais été plus près d’advenir. Aujourd’hui, des neuroscientifiques et des roboticiens se sont donné pour objectif de créer un cerveau artificiel capable de dupliquer le nôtre. Leur but : extraire l’ensemble des informations « programmées » dans notre cerveau pour les télécharger dans une machine qui nous remplacera et vivra éternellement. Rêve ou cauchemar ? Du Japon aux États-Unis, pionniers en la matière, Cécile Denjean (« Le ventre, notre deuxième cerveau ») enquête aux frontières de la science et de la fiction, sur des recherches aux moyens démesurés. Éternité digitale La « brain race » (« course au cerveau ») a aujourd’hui remplacé la « space race » (« course spatiale »). Après le séquençage du génome, la cartographie complète des connexions neuronales humaines, le Connectome, constitue le nouvel horizon de nombreuses recherches en cours. Cette « carte » du cerveau, récemment esquissée, comporte encore beaucoup de zones inexplorées. Pourra-t-on un jour « télécharger » les données d’une conscience individuelle comme on installe un logiciel ? Les enjeux diffèrent considérablement selon les acteurs. Dans le cas de grands projets scientifiques financés par les gouvernements, il s’agit de mieux comprendre le cerveau. Pour les transhumanistes, le but avoué est d’atteindre l’immortalité. Quant à l’empire Google, qui s’y intéresse également de près, il ambitionne de créer une intelligence capable d’apprendre et d’interagir avec le monde. Cette quête insensée, si elle aboutit un jour, offrira-t-elle l’éternité digitale à quelques milliardaires ? Donnera-t-elle naissance à une intelligence artificielle mondiale et désincarnée ?  »  

À voir absolument pour comprendre où l’on 
nous mène sans nous demander notre avis…  


Transcender l’humain

Transcender : du latin transcendere de scando « monter » avec le préfixe trans-.
1) Faire dépasser à quelque chose ou quelqu’un ses limites habituelles, normales.
(Religion) L’essence de Dieu est inconnaissable, non seulement pour nous, mais en soi, parce qu’elle transcende toute catégorie, parce que Dieu est superessentiel.  (Louis Rougier, Histoire d’une faillite philosophique: la Scolastique, 1966)   –  (Wictionnaire)


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