Transcendance


Franz Schubert : Messe No. 6 en E-Flat Major D. 950 – IIIème Credo : Et in carnatus est

« Et incarnates est » du Credo (III) de la Messe No 6  de Schubert in E flat major, D.950.
Claudio Abbado dirige l’Orchestra Mozart – Chœur Arnold Schoenberg, dir. par Erwin Ortner.
Solistes : Rachel Harnisch, Javier Camarena et Paolo Fanale. Festival de Salzbourg, 2012.

Schubert °°°
  La messe n°6 in E-Flat Major D.950 a été composée par Franz Schubert avant 1828, elle a été composée pour répondre à une commande de Michael Leitermayer, maître de chœur de l’église de la sainte Trinité (Alserkirche) à Alsergrund, un district de Vienne mais elle ne sera exécutée dans cette église qu’en 1829, une année après la mort de Schubert. Elle est considérée comme l’une de ses messes les plus réussies.

La messe dure environ une heure et se compose de six mouvements :

  1.  » Kyrie  » Andante con moto, quasi Allegretto , E-flat major, 3/4
  2.  » Gloria  » Allegro moderato e maestoso , B-flat major, common time
  3.  » Credo  » Moderato , E-flat major, alla breve  —   » Et incarnatus est … » Andante , A-flat major, 12/8 et    » Et resurrexit … » Moderato , E-flat major, cut common time
  4.  » Sanctus  » Adagio , E-flat major, 12/8
  5.  » Benedictus  » Andante , A-flat major, alla breve
  6.  » Agnus Dei  » Andante con moto , C minor, 3/4

C’est la sublime partie « Et incarnatus est » du IIIe mouvement Credo qui est présentée ici (durée 4 mn 37 de bonheur intense). Dommage, l’interruption est un peu brutale, comme si on avait coupé brusquement le son. Ce qui doit avoir été effectivement le cas…


Julia Kristeva : les Nouvelles maladies de l’âme


Capture d_écran 2017-07-10 à 10.30.23     « La maladie de l’âme… la belle expression platonicienne n’a de cesse d’être d’actualité. Non seulement elle est prompte à revenir d’époque en époque, mais elle semble particulièrement friande de la nôtre. Que cette maladie désigne une vague tristesse, un taedium vitae, ou, plus grave, une dépression, elle implique tout à la fois la souffrance morale et la souffrance physique. L’âme et le corps sont divisés mais se retrouvent dans la douleur si bien que « la maladie de l’âme vient de ce que nous avons un corps ».   (Extrait de la présentation du livre de J. Pigeaud « La maladie de l’âme ».)


Julia Kristeva.pngJulia Kristeva

Les nouvelles maladies de l’âme, Extrait : Les nouveaux patients existent-ils ?

a199 L’expérience quotidienne semble démontrer une réduction spectaculaire de la vie intérieure. Qui a encore une âme aujourd’hui ? On ne connaît que trop le chantage sentimental digne de feuilletons télévisés, mais il n’exhibe que l’échec hystérique de la vie psychique, bien connu par l’insatisfaction romantique et le vaudeville bourgeois. Quant au regain d’intérêt pour les religions, on est en droit de se demander s’il résulte d’une recherche ou, au contraire, d’une pauvreté psychique qui demande à la foi une prothèse d’âme pour une subjectivité amputée.

     Car le constat s’impose : pressés par le stress, impatients de gagner et de dépenser, de jouir et de mourir, les hommes et les femmes d’aujourd’hui font l’économie de cette représentation de leur expérience qu’on appelle une vie psychique. L’acte et sa doublure, l’abandon, se substituent à l’interprétation du sens.

    On n’a ni le temps ni l’espace nécessaire pour se faire une âme. Le simple soupçon d’une pareille dérision paraît dérisoire, déplacé. Ombiliqué sur son quant à soi, l’homme moderne est un narcissique peut-être douloureux mais sans remord. La souffrance le prend au corps — il somatise. Quand il se plaint, c’est pour mieux se complaire dans la plainte qu’il désire sans issue. S’il n’est pas déprimé, il s’exalte d’objets mineurs et dévalorisés dans un plaisir pervers qui ne connait pas de satisfaction. Habitant d’un espace et d’un temps morcelés et accélérés, il a souvent du mal à se reconnaître une physionomie. sans identité sexuelle, subjective ou morale, cet amphibien est un être de frontière, un « borderline » ou un « faux-self ». Un corps qui agit, le plus souvent même sans la joie de cette ivresse performative. L’homme moderne est en train de perdre son âme. Mais il ne le sait pas, car c’est précisément l’appareil psychique qui enregistre les représentations et leurs valeurs signifiantes pour le sujet. Or, la chambre noire est en panne.

     Bien entendu, la société dans laquelle l’individu moderne s’est formé ne le laisse pas sans recours. Il en trouve un, parfois efficace, dans la neurochimie : les insomnies, les angoisses, certains accès psychotiques, certaine dépressions s’en trouvent soulagés. Et qui aura à y redire ? Le corps conquiert le territoire invisible de l’âme. Dont acte. Vous n’y êtes pour rien. Vous êtes saturés d’images, elles vous portent, elle sous remplacent,vous rêvez. Ravissement de l’hallucination : plus de frontières entre le plaisir et la réalité, entre le vrai et le faux. Le spectacle est une vie de rêve, nous en voulons tous. Ce « vous », ce « nous » existe-t-il ? Votre expression se standardise, votre discours se normalise. D’ailleurs avez-vous un discours ?

      Quand vous n’êtes pas pris en charge par la drogue, vous êtes « pansés » par les images. Vous noyez vos états d’âme dans le flux médiatique, avant qu’ils ne se formulent en mots. L’image a l’extraordinaire puissance de capter vos angoisses et vos désirs, de se charger de leur intensité et d’en suspendre le sens. Ça marche tout seul. la vie psychique de l’homme moderne se situe désormais entre les symptômes somatiques (la maladie avec l’hôpital) et la mise en image des ses désirs (la rêverie devant la télé). Dans cette situation, elle se bloque, s’inhibe, se meurt. Pourtant, on ne voit que trop bien les bénéfices d’un tel réglage. Plus encore qu’une commodité ou une nouvelle variante de l’« opium du peuple », cette modification de la vie psychique préfigure peut-être une nouvelle humanité, qui aura dépassé, avec la complaisance psychologique, l’inquiétude métaphysique et le souci pour l’être. N’est-ce pas fabuleux, quelqu’un qui se satisfait d’une pilule et d’un écran.

    L’ennui, c’est que le trajet d’un tel surhomme est parsemé d’embûches. Difficultés relationnelles et sexuelles, symptômes somatiques, impossibilité de s’exprimer et malaise engendré par l’emploi d’un langage qu’on finit par ressentir « artificiel », « vide » ou  « robotisé », conduisent à de nouveaux patients sur le divan de l’analyste. Ils ont souvent l’apparence des analysants « classiques ». mais sous les allures hystériques et obsessionnelles percent vite les « maladies de l’âme » qui évoquent, sans s’y confondre, les impossibilités des psychotiques à symboliser des traumas insoutenables. Les analystes sont conduits dés lors à inventer de nouvelles nosographies qui tiennent compte des « narcissismes » blessés, des « fausses personnalités », des « états limites », des « psychosomatiques ». par delà le différences de ces nouvelles symptomatologies, un dénominateur commun les réunit : la difficulté à représenter. Qu’elle prenne la forme du mutisme psychique ou qu’elle essaie divers signaux ressentis comme « vides » ou « artificiels », cette carence de la représentation psychique entrave la vie sensorielle, sexuelle, intellectuelle et peut porter atteinte au fonctionnement biologique lui-même. L’appel est fait alors au psychanalyste, sous des formes déguisées, à restaurer la vie psychique pour permettre une vie optimale au corps parlant.

    Ces nouveaux patients sont-ils produits par la vie moderne qui aggrave les conditions familiales et les difficultés infantiles de chacun et les transforme en symptômes d’une époque ? Ou bien la dépendance médicale et la ruée vers l’image seraient-elles les variantes contemporaines de carence narcissiques propres à tous les temps ? Enfin, s’agit-il d’un changement historique des patients, ou plutôt d’un changement dans l’écoute des analystes qui affinent leur interprétation de symptomatologies auparavant négligées ? […] Il n’en reste pas moins qu’un analyste qui ne découvre pas, dans chacun de ses patients, une nouvelle maladie de l’âme, ne l’entend pas dans sa véritable singularité. De même, en considérant que, par-delà les nosographies classiques et leur nécessaires refontes, les nouvelles maladies de l’âme sont des difficultés ou des incapacités de représentation psychique qui vont jusqu’à mettre à mort l’espace psychique, nous nous plaçons au cœur même du projet analytique.

Julia Kristeva, Les Nouvelles maladies de l’âmeédit. Fayard, 1993.

Michael Kenna - Vidal Cain, Jardin des Tuileries, Paris, France. 2,010

le Cain d’Henri Vidal au Jardin des Tuileries, photo de Michael Kenna, 2010


articles liés


Enfance – Mère et fils


Trouble in gender

Mary Ellen Mark, on the set of Fur, mother and son

    En fait, ce cliché pris en 2005 par la talentueuse photographe américaine Mary Ellen Mark qui nous a quitté récemment après une longue carrière de plus de 40 ans ne représente pas une mère et son fils comme pourrait le laisser supposer la tenue du personnage adulte mais l’acteur Robert Downey, Jr. enlaçant son fils Indio – Fur, Steiner Studios, Brooklyn, New York, 2005


Enfance : ravissement


http-www5e.biglobe.ne.jp~kurenai-Julia_Margaret_Cameron-I_wait

Julia Margaret Cameron – I wait, 1872 (photo recadrée)

Ravissement d’une âme d’enfant

     — Non, pour la musique, je ne dirais pas que j’ai éprouvé, jadis, quand j’étais enfant, un coup de foudre. Ça n’a pas été non plus une vocation. Ç’a été plus terrible et j’étais encore beaucoup trop petite pour que ce soit une vocation. C’est très proche d’une sensation de vertige panique. Mon père était musicien —  et pourtant cela ne concernait pas mon père. C’était comme dans l’angoisse. On a l’impression d’être engloutie par un tourbillon d’émotions dont on ne resurgira pas. On ne remontera pas. On coule. Il n’y a plus de bord. on ne retrouvera plus l’équilibre. Cela arrive quand on est très amoureuse. Pour moi c’est la définition. Sentez-vous ce vertige ? C’est le signe. L’abîme est là et il s’ouvre vraiment et il aspire vraiment. J’ai connu cette sensation totale, qui fait tomber corps et âme, une seule fois. J’étais vraiment petite. Je ne savais pas encore lire.

      Nous, les deux enfants, nous n’avions pas le droit de monter à l’étage de mon grand-père. […]
      Je fonce dans l’escalier, je fonce sur le parquet noir du couloir, je ne sais plus quel est le motif, je ne sais plus quel peut bien être le défi, j’ouvre la porte. Ils étaient tous les quatre en train de jouer. Cela faisait un bruit si intense. Plus fort que l’océan. Je n’avais jamais rien entendu d’aussi fort. Chacun avait son lampadaire auprès de lui. Chacun avait son pupitre en bois devant lui. Mon grand-père avait le visage couché sur son violon. Il était le plus vieux des quatre et il tenait les yeux fermés. Mon père  — qui avait tous les dons  — était capable de jouer n’importe quel instrument. Il devait tenir la partie d’alto. Personne ne m’avait entendue entrer. Ils jouaient quelque chose d’incroyablement rapide. Ils jouaient une œuvre bouleversante. Je pense maintenant que c’était du Schubert.

     Une jeune femme très belle, au violon, les yeux grands ouverts, face à moi, ne me voyait pas. Elle me souriait mais elle ne me voyait pas.
    C’était une tristesse trop grande, vertigineuse, qui ne cessait pas, qui même s’accroissait.
    Tristesse trop grande même s’il n’y a jamais de tristesse trop grande pour les petits. Les petits connaissent les terreurs qui sont les premières, les terreurs princeps, celles qui sont sans référence dans l’expérience, qui plus jamais ne se retrouvent sur leur chemin. Les pires. Les tristesses abyssales.
     Je restai assise par terre, le dos contre la porte. Toute la surface de ma peau était couverte de grains de poule. Tous mes petits poils à peine poussés d’enfant étaient hérissés. Je tremblais. Ce n’était pas du bonheur ou du malheur. Ce n’était pas psychologique. Je ne sais pas de quoi mon corps tremblait. je les ai écoutés jusqu’au bout. Quand tout a été fini, pendant qu’ils rangeaient leurs instruments dans les boîtes noires, je suis allée demander à mon grand-père  — lui parlant tout bas dans son oreille — si je pouvais venir les autres fois où ils joueraient.

     —  Si tu restes assise dans un coin bien sage comme tu l’as fait aujourd’hui, bien sûr, Éliane.

Pascal Quignard, Villa Amalia – édit. folio Gallimard, pp. 169 à171


Franz Schubert String Quartet : La Mort et la jeune fille, Second mouvement

     Une musique à la fois rapide, bouleversante et triste de Franz Schubert jouée par un quartet, je n’ai pas trouvé mieux que la Mort et la Jeune fille (Der Tod und das Mädchen) dans son deuxième mouvement…


Purcell : une comète dans la galaxie baroque


Henry Purcell (1659-1695) peint par John Closterman

Henry Purcell (1659-1695) peint par John Closterman

     O Solitude (Z. 406) est une chanson du compositeur baroque anglais Henry Purcell pour voix de soprano ou contretenor accompagnée par un ostino* de basse et un continuo*. Composée en 1684-1685 sur un texte de la poétesse anglaise Katherine Philips traduit et adapté d’une élégie originale du poète français Marc-Antoine Girard de Saint-Amant. Le chef d’orchestre britannique Robert King le considère comme l’un des chefs-d’œuvre de la musique vocale de Purcell. La musique, en do mineur, est fondée sur un ostino de basse de 12 notes répété 28 fois, procédé qui était très utilisé par les compositeurs anglais de l’époque. Purcell lui-même l’avait déjà utilisé dans l’introduction orchestrale de son anthem In thee, O Lord, do I put my trust (Z. 16). L’interprète est le contreténor britannique Alfred Deller.

      Henry Purcell aurait commencé à composer à l’âge de 10 ans. Il est un des maîtres de la musique baroque anglaise. D’abord influencé par des éléments des styles baroques français et italien, il a par la suite développé un style anglais original. Il produisit des œuvres pour le théâtre et fut organiste de l’abbaye de Westminster en 1680 et un peu plus tard de la Chapelle Royale composant des œuvres de musique sacrée. Il est mort trop tôt, au sommet de son art, à l’âge de 36 ans, victime sans doute de la tuberculose.

Crédit Wikipedia

 * ostinato L’ostinato est un procédé de composition musicale consistant à répéter obstinément une formule rythmique, mélodique ou harmonique accompagnant de manière immuable les différents éléments thématiques durant tout le morceau.
* continuo : en musique baroque, le continuo ou basse continue est une technique d’improvisation d’une partie à partir d’une base chiffrée. Les instruments utilisés pour réaliser cette partie forment le continuo.


 » O Solitude « , Texte de Katherine Philips

O Solitude, texte de Katherine Philips


 » O Solitude « , Texte de Saint-Amand en français moderne transcrit par François de Malherbe.

O Solitude, texte de Saint-Amand en français moderne


In thee, O Lord, do I put my trust

     Cet hymne a été composé par Purcell vers 1682 au moment où le musicien composait la plupart de ses hymnes avec un accompagnement de cordes. On y retrouve le thème musical qui sera réutilisé par le musicien deux à trois années plus tard pour l’hymne « O Solitude« .