Deux symphonies de Charles Koechlin


Au loin, 1900

Charles Koechlin, Au loin, pièce symphonique, Op. 20, pour cor anglais et piano composé entre 1896 et 1900. Joué par l’Orchestre Philharmonique de Rhénanie-Palatinat dirigé par Leif Segerstam.


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       Charles Koechlin, (1867-1950) est un compositeur français d’origine alsacienne à la personnalité attachante qui s’est très tôt intéressé à la musique. Entré à l’Ecole polytechnique en 1887 dans le but d’entreprendre une carrière d’officier de marine ou d’astronome, une tuberculose l’oblige à interrompre ses études et s’orienter vers la musique. Il entre au Conservatoire de Paris où il sera l’élève d’Antoine Taudou, Massenet et Gedalge puis de Gabriel Fauré qui lui confie l’orchestration de sa musique de scène pour Pelléas et Mélisandre. Ses premières compositions sont consacrées à des poèmes de Theodore de Banvile, Leconte de Lisle, Heinrich Heine (En mer, la nuit), Verlaine et Samain. De 1899 à 1949, il aura composé plus de 250 œuvres distinctes et plus de 1000 titres. et écrit 41 traités sur l’art musical. Parallèlement il se passionne pour la photographie et prendra au cours de sa vie plus de 3000 clichés. Sur le plan social, proche du parti communiste, il tente de promouvoir une musique pour le peuple dans les années 1930 et écrira des articles sur des sujets musicaux pour le journal l’Humanité. Koechlin_2.jpgEn 1933 il rend hommage au cinéma avec une symphonie, The Seven stars symphonie, consacrée à Douglas Faibanks, Lilian Harvey, Gretra Garbo, Clara Bow, Marlène Dietrich, Emil Jannings et Charlie Chaplin. Ayant vécu à l’écart des cénacles artistiques de son temps, il est peu connu et injustement peu joué. Il composera peu après d’autres œuvres consacrées aux vedettes du septième art : L’Album de Lilian (1934), Sept chansons pour Gladys (1935), Danses pour Ginger (1937), Epitaphe de Jean Harlow (1937).


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Charles Koechlin, Les Bandar Log Partie I.

       Charles Koechlin, Les Bandar Log Partie II. Ce poème symphonique écrit en 1939 est tiré d’un cycle orchestral, Le Livre de la Jungle, inspiré du roman de Rudyard Kipling. C’est le prétexte pour le musicien de s’amuser en tentant de faire passer ses idées sur l’art musical. Ils confronte les singes qui représentent les compositeurs contemporains, de vulgaires copistes, à la musique classique et savante représentée par la forêt et la panthère Bagheera. Le texte qui suit est le programme rédigé par Koechlin lui-même pour présenter son œuvre (le minutage de la video a été intégré au texte)  :

     « Dans le calme d’un lumineux matin, les singes tout à coup font irruption (2:15). Criailleries grotesques, mais aussi, souples et gracieuses gambades. Comme vous le savez, d’après Kipling, ces singes tout à la fois les plus vaniteux et les plus insignifiants des animaux, se croient des génies créateurs, ils ne sont en réalité que de vulgaires copistes, dont le seul but est de se mettre à la mode du jour (cela s’est vu parfois dans le monde des artistes). Ils vont parler, chanter, clamer leurs secrets prétentieux. Pour cela, ils utiliseront (sans en rien faire de bon), divers procédés de l’harmonie moderne : d’abord, des quintes consécutives, puis des neuvièmes, à la manière de Claude Debussy (3:20). Le tout entremêlé de gambades qui, elles, restent harmonieuses et musicales.
     Puis ils abordent la musique atonale (environ 5:00), avides d’obéir à la Loi des Douze Sons de Schönberg et de ses disciples. Ce sont alors des sauts brusques et brutaux (comme d’ailleurs on en rencontre chez certains atonalistes). Mais voici que la forêt entière se met à chanter avec eux ; elle fait en sorte que cette atonalité devient musicale et presque lyrique (environ 6:00) – or cette évolution expressive déplaît (6:30) aux singes (ils veulent ‘rester classiques’), par un artificiel et ridicule pseudo-retour à Bach. Et c’est alors (sur le thème de ‘J’ai du bon tabac’) une polytonalité dure et factice (6:40), – à quoi succède une fugue chromatique dont le sujet et le contre-sujet rivalisent de bêtise (7:20).
     Mais voici de nouveau que la forêt s’en mêle (debut video 2), prend la parole, et transforme cette fugue en réelle musique par une nouvelle exposition du sujet. Les singes interviennent de leur côté ; cette fois ce sont des passages de percussion pure, sans musique véritable et où il n’y a plus que du rythme (4:20). Puis ils reprennent en charivari leur thème du retour à Bach. Mais voici soudain interrompues leurs élucubrations par l’arrivée des Fauves, Baloo et Bagheera, dont retentit la sonnerie terrible (4:60), aux trompettes menaçantes. Fuite éperdue des singes (5:10). Et la jungle retrouve enfin le calme lumineux (6:00 environ) par quoi débutait ce poème symphonique où l’on peut voir tour à tour une satire des artistes qui veulent être à la mode, – et lorsque la forêt chante, un hommage réel au langage polytonal ou atonal. Mélange assez subtil, pour l’explication duquel fut peut-être nécessaire cette analyse un peu longue. »

Charles Koechlin

Charles Koechlin, Les Bandar Log Partie II.


Articles liés

  • Une présentation très complète de ce musicien et de ses œuvres : Koechlin Charles (site Musicologie.org)

contes du Dragon : la fille du géant (das Risenfräulein)

––––– Vivre à Annecy au pied d’une géante –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Il est pour le moins inhabituel de vivre au pied d’une géante, c’est pourtant mon cas. A quelques encablures de ma maison une géante est en pâmoison, étendue de tout son long sur le sol, ses seins pointus dressés vers le ciel, la tête légèrement rejetée en arrière libérant une gorge offerte et vulnérable, le bras gauche nonchalamment déplié qui dessine à partir d’elle une courbe gracieuse.
Cette féminisation du paysage m’apaise et me rassure et j’apprécie de voir surgir cette géante au détour du chemin imprimant soudainement au paysage un caractère chargé tout à la fois de sérénité et d’érotisme. 

Frank Frazetta, the GiantessFrank Frazetta, the Giantess

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–––– Conte de la fille du géant (das Riesenfräulein) –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

En Alsace, une légende charmante met en scène une enfant de géant qui a capturé un paysan pour s’en servir de joujou et qui se fait pour cette raison rabrouer par son père. Cette légende a d’abord été vulgarisée par les frères Grimm en 1816 puis par l’écrivain Adelbert von Chamisso dans son poème  Das Riesenfräulein – la fille du géant. Le lieu où se situe la légende est le château du Nideck dans la commune de Oberhaslach (Bas-Rhin). La version de la légende présentée ci-après est tiré de l’ouvrage de F. J. Kiefer Légendes et traditions du Rhin de Bâle à Rotterdam (Mayence, chez David Kapp, 2e. éd. revue et augmentée, 1868, p. 19-20.)

Ruines du château de Nideck

Alsace, les ruines du château de Niedeck
Pour ceux qui doutent de la véracité de cette histoire…

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Das Riesenspielzeug Burg Niedeck Mann pfluegt Feld

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    Une famille de géants résidaient au château de Niedeck. Ces beaux temps sont passés, le château est depuis longtemps ruiné, mais le peuple n’a pas oublié les faits de ses compatriotes d’autrefois, et parle encore de leur taille et de leur force extraordinaire.

    C’étaient, suivant la légende, des géants énormes qui se tenaient loin du commerce des habitants du voisinage ; étant d’un naturel doux, ils ne faisaient de mal à personne.

    Or, il arriva que la petite fille du propriétaire châtelain s’éloigna, tout en se promenant, plus qu’à l’ordinaire de Niedeck. La jeune géante porta ses pas dans la forêt voisine et arriva à une vaste étendue de champs et de prés.

Elle y aperçut un paysan avec son cheval et sa charrue. Ce fut une chose toute nouvelle pour la jeune fille ! Pendant quelques instants elle examina avec surprise cet homme labourant son champ. Pleine d’une joie enfantine à cet aspect, elle battit des mains. Les montagnes retentirent de sa joie bruyante, le bon laboureur s’arrêta tout effrayé, son cheval se cabra.

« Quel joli joujou ! »

s’écria la jeune géante ; avant que le campagnard sut d’où partaient ces paroles, la fille était déjà près de lui ; elle le ramassa, lui, son cheval et sa charrue avec tant de facilité, que si c’eut été un petit objet ciselé dans le Tyrol, et emporta le tout dans son tablier.

    Toute joyeuse elle retourna chez son père au château. 
    « Vois donc ! » s’écria-t-elle, toute heureuse, en posant sur la table le paysan avec sa charrue attelée, « vois donc quelles gentilles petites figures je viens de trouver ! un joujou vivant ! oh, j’en aurai plus de plaisir que de toutes mes poupées de cuir qui ne savent pas se mouvoir ! »

    Mais le père répondit d’un air sévère : 
    « Ma petite-fille, sais-tu bien ce que tu as fait, sais-tu ce que tu apportes ? Tu as enlevé le paysan de son champ, tu l’as arraché de son travail, lui le plus utile de tous les humains, lui qui ne craint ni soleil, ni pluie, ni vent pour forcer la terre à nous fournir ses fruits ! Sans ce que tu nommes un joujou, dans ton ignorance d’enfant, il n’y a de pain ni pour nous autres géants, ni pour l’humanité en général. Reporte donc bien vite l’homme avec son cheval et sa charrue ; et retiens une fois pour toutes : « Que celui qui se fait méchamment un jouet du paysan laborieux, s’attire la malédiction du ciel. »

   Et sur les ordres de son père, la fille du géant remit le laboureur avec l’attelage à l’endroit même d’où elle l’avait enlevé.

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–––– Et plein d’autres illustrations du conte de la fille du géant (Das Riesen-Spielzeug) ––––––––––

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–––– Illustrations complètes d’une édition contemporaine –––––––––––––––––––––––––––––––––––––

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