Ceux qui entendent chanter les pierres…

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Erri Da Luca

Erri De Luca

    J’avais débuté la lecture d’un livre de cet écrivain italien aux cent vies, Erri De Luca. Issu d’une famille bourgeoise napolitaine ruinée, il a passé sa prime enfance dans le faubourg populaire et surpeuplé de Montedidio à Naples. À 16 ans, il est communiste et milite contre la présence de l’armée américaine dans la ville. À 18 ans, en 1968, il est à Rome où il s’engage dans l’action politique révolutionnaire avant de devenir anarchiste. En 1969, il est responsable du service d’ordre du mouvement gauchiste Lotta Continua jusqu’à sa dissolution en 1977; de 1978 à 1980, il est ouvrier chez Fiat et participe à toutes les luttes ouvrières. Puis il abandonne la lutte politique et fait plusieurs métiers en temps qu’ouvrier solitaire et itinérant jusqu’en 1995. Durant cette période, inquiété par les lois spéciales de son pays, il se réfugie un moment en France, en 1982. L’année 1983 le voit engagé comme bénévole dans une mission humanitaire en Tanzanie. C’est juste avant son départ pour l’Afrique qu’il découvre une Bible et se passionne soudainement pour l’Ancien Testament et l’hébreu. Gravement malade en Tanzanie, il échappe de peu à la mort. De retour en Italie, retravaille comme ouvrier tout en poursuivant l’étude des textes sacrés et se tourne vers une passion nouvelle : l’alpinisme. De 1992 à 1995, durant la guerre en Yougoslavie, il est chauffeur de camion dans des convois humanitaires pour la Bosnie. Il devient altermondialiste, s’oppose à la ligne grande vitesse Lyon-Turin, action au cours de laquelle il est poursuivi pour sabotage. Entre temps, il aura trouvé le temps de parcourir avec l’alpiniste italienne Nives Meroi plusieurs massifs montagneux au Népal, écrit plus de 80 romans, essais et nouvelles, 3 recueils de poésie, 4 pièces de théâtre et traduit plusieurs ouvrages. Il a également collaboré à plusieurs journaux italiens dont La Repubblica, Corriere della Sera, Il Manifesto et Avvenire.

   Au début du livre (il s’agit de son roman Acide, Arc-en-ciel, 1992) un passage m’a soudainement interpellé, celui dans lequel il décrit les pierres de sa maison qui lui murmurent, lui parlent. Je me suis alors souvenu d’un conte que j’avais entendu conter par Pierre-Jakez Hélias, l’auteur du magnifique roman autobiographique Le Cheval d’Orgueil, dans les années quatre vingt dix, quelques temps avant sa mort, à la maison de la baie d’Audierne sur la commune de Tréguennec et qui m’avait alors émerveillé. J’ai retrouvé ce conte sur Internet et ne résiste pas à l’envie de vous le faire partager…

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Erri De Luca : le langage des pierres

détail d'un mur de pierre (Italie)

      J’ai beaucoup parlé seul. Soudain une phrase sortait de ma bouche. Je la disais à la maison qui attendait ma voix. J’ai vécu si longtemps à l’intérieur d’elle qu’un échange s’est établi entre ses pierres et moi. Je sens que je fais partie d’une nature minérale commune. Son silence est le mien, il est intérieur. Le silence du dehors, de la campagne, total certains soirs de brouillard, ne ressemble pas au nôtre capable d’absorber les sons, quand même ma respiration et les battements de mon cœur se dissipent et que je ne le aperçois plus. la maison me répond. Sa voix n’appartient pas aux hommes : elle jaillit de la pierre volcanique des murs, née au temps où l’écorce terrestre était en fusion et la matière mère de toutes choses. C’est une voix qui a bouillonné dans le fleuves de feu jaillissant de gerbes de la mare des cratères. Quand le vent balaie sa poussière, l’asperge de gouttes grises et bleues, la pierre murmure des comptines. Parfois c’est un timbre sonore où je distingue des syllabes incohérentes, d’autres fois je comprends des phrases entières. Mon oreille s’est exercée à écouter les pierres. Je les ai extraites de la terre, je les ai taillées avec mon ciseau, en forçant la fissure, comme si c’étaient des noix. un éclatement, un souffle, et elles s’ouvraient à demi, l’air passait pour la première fois sur les pores de la pierre, à l’intérieur. Les pierres sont des huîtres pour ceux qui savent les toucher. Je les ai équarries, j’en ai fait des sentiers, des haies, des sièges, me servant des aspérités de l’une pour l’encastrer dans l’autre. Je les rapprochais suivant une géométrie qu’elles présentaient elles-mêmes, chacune prête son à n’accepter qu’une seule autre forme, comme par destin. J’avais la mémoire des aspérités et je prenais dans le tas précisément celle qui allait s’ajuster avec un bruit de mains qui se joignent. Pierre noire opaque qui resplendissaient entre les doigts, pleine, lourde, au relief dur et pourtant docile pour celui qui le comprend.

Erri De Luca, Acide, Arc-en-ciel, 1992 – Traduit de l’italien par Danièle Valin – Gallimard éd. Folio, 2011 – p.14-15

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Pierre jakez Helias (1914-1995)

Pierre-Jakez Hélias

        Il était question dans ce conte de Pierre-Jakez Hélias  des murets en pierres sèches qui séparent les parcelles de terre qui longent la côte bretonne et que l’on trouve disséminés dans tout le Cap Sizun et le Pays Bigouden, de la pointe du Raz jusqu’au rives de l’Odet. Ces murets servaient à délimiter les parcelles et à les protéger du vent. Les paysans avaient montés patiemment ces murets, depuis des millénaires, avec les pierres éparses issues de leurs champs ou en provenance des rives rocailleuses de l’océan. L’assemblage de ces pierres, pour être pérenne, nécessitait une technique adaptée et un coup de main particulier. Un mise en œuvre maladroite et le mur finissait par s’effondrer sous les coups de butoir répétés du vent violent venu du large… Lorsque l’on se promène sur la côte, les jours de grand vent, le long de ces murets de pierre, il est vrai que l’on perçoit parfois une sorte de chuintement, comme un soupir,  qui provient du frottement du vent contre les pierres lorsqu’il se glisse dans les anfractuosités et les joints  du muret pour le traverser. Certains y reconnaissent un chant…

°°°

Jean des pierres, conte breton d’après Pierre-Jakez Hélias

       Il y a eu un temps où l’on n’aurait trouvé personne, sur toute la baie d’Audierne, pour élever un mur de galets autour d’un champ sans demander les conseils et le secours de celui qu’on appelait Jean des Pierres. Quand nous l’avons connu, c’était un vieil homme au visage torturé, le seul être vivant capable de comprendre les paroles qui sortent des galets de mer quand le vent y passe.
      Ce pouvoir lui était venu dans sa douzième année. Par un jour de grand vent, il gardait ses deux vaches maigres sur la falaise. Sa mère lui avait bien recommandé de tenir l’oeil sur l’une des bêtes, la Rouge, à l’humeur assez folle pour le présent. D’habitude, l’enfant s’étendait à son aise dans une de ces fosses à brûler le goémon qui ressemblent à de longs cercueils garnis de pierres plates.
     Mais, ce jour‑là, il n’avait pas envie de trop laisser vaguer la Rouge. Elle aurait tôt fait de filer, la sournoise, vers la palud de Plovan, où il y avait certaines herbes d’une saveur sans pareille. Une fois, déjà, il avait couru toute une nuit pour la retrouver, au risque de se noyer dans les étangs.
     Il choisit de s’asseoir sur l’herbe, le dos appuyé contre le mur de pierres sèches et de galets qui serpentait le long de la côte, à quelques pas du bord de la falaise. Le vent de mer ne cessait pas de forcir. Il sifflait sur tous les tons dans les sept cents trous du mur. De petits galets libres commencèrent à taper des coups pressés. D’autres, plus lourds, se décalaient sourdement dans les rafales. Ceux de la crête, larges et plats, frottaient les uns sur les autres avant de glisser dans l’herbe. Un coquillage, pris dans les pierres, chantait clair et aigu comme un enfant de choeur. Et puis, tout le mur se mit à bruire en tempête. Jean ne regardait plus la Rouge. Il avait fermé les yeux et il se trouvait bien de la grande rumeur de galets. La tête commençait à lui tourner quand, tout d’un coup, IL LUI FUT DONNE DE LES COMPRENDRE MOT A MOT, pour le tourment de toute sa vie.

Songes, Plovan - photo Sébastien Palud

Baie d’Audierne – Songes, Plovan – photo Sébastien Palud

     Les pêcheurs s’étonnèrent de voir l’enfant aux aguets près des murs secs dès que le vent s’était levé. Il se ramassait contre les pierres et demeurait des heures sans bouger. D’autres fois, il courait d’un mur à l’autre avec des cris, des bonds, des rires éclatants. Mais, plus souvent, il avait le front soucieux. De ses mains tremblantes, il tâtait les galets, y collait son oreille, essayait de les faire bouger. Il leur parlait à voix basse quand il était seul avec eux. On le vit démolir des pans de murs et les remonter avec soin. Pendant les nuits d’hiver, il quittait son lit pour courir la falaise. Il n’avait de repos que lorsque le vent était tombé. Ses pauvres parents le laissaient faire et jamais il ne fut contrarié par personne, car les innocents sont entre les mains de Dieu. On l’appelait Jean des Pierres.
     Passèrent les années. Un pan après l’autre, le long mur qui bordait le sentier de la falaise avait été refait par Jean. Aucun galet, maintenant, ne glissait plus de sa crête, rien ne branlait dans les rangées où tout avait sa juste place. Quand se levait le vent de la mer, on entendait chanter le mur d’une seule voix sans faille, mieux que les hommes à la grand’messe, beaucoup mieux. Les pécheurs s’arrêtaient de ramender leurs filets, pris entre l’inquiétude et le contentement. Ils devenaient tout pensifs en regardant Jean des Pierres et souvent, assis à l’ombre de leurs barques, pendant que l’un d’eux surveillait la mer, ils parlaient longuement de lui avec des mots de respect et de souci.
     Et voilà qu’une fois Jean des Pierres, qui était devenu un homme, vint s’asseoir au milieu d’eux. Ils l’écoutèrent si fort qu’ils en oubliaient de rouler leurs chiques. Quand les femmes vinrent les appeler pour la soupe, elles se firent chanter des litanies qu’on ne trouve dans aucun livre de messe. Mais jamais un seul des hommes ne fut capable de répéter ce qu’il avait entendu de Jean des Pierres. Ils dirent seulement qu’il connaissait la mer, les vents et le rivage mieux que nulle créature vivante parce que les galets lui avaient révélé des choses qu’on ne pouvait pas répéter après lui. Certaines de ces choses étaient si terribles qu’ils en perdirent le sommeil pendant des nuits et des nuits.

     Depuis ce jour‑là, celui qui voulait lever un mur sur la côte allait trouver Jean des Pierres.

     – Jean, si vous êtes d’accord, j’aimerais protéger mon champ sur la falaise. Vous savez où il est ?
     – Oui. Il faudra prendre les galets en face de la Roche‑Longue. Ceux-là sont prêts à entrer dans un mur. Ils me l’ont demandé souvent.
     – Alors, nous pourrions commencer mardi. J’aurai les hommes qu’il faut.
     – Non. Il n’y aura pas de vent, mardi. C’est le vent qui fait chanter les galets. Et c’est le chant des galets qui enseigne la manière de bâtir un mur. On ne peut rien faire sans le vent. Attendons jusqu’à jeudi.
     – Mais comment pouvez‑vous savoir si le vent soufflera jeudi ?
    – Je le connais beaucoup mieux que mon propre corps. Il se lèvera de bonne heure et ne tombera que dimanche, au début des vêpres. Nous aurons tout notre temps.

image orpheline

     Et le jeudi, sans faute, le vent de mer sifflait dans l’herbe rase pendant que Jean des Pierres traçait le sillon du mur avec un croc à goémon. Il sifflait dans les galets que les hommes plaçaient les uns sur les autres, avec les gestes attentifs d’une mère qui dépose un nouveau-né au berceau.

     – Attendez donc ! Doucement ! Ce galet n’est pas à sa place. Il faut l’enlever tout de suite. Je l’entends se plaindre sous le vent. Il a mal, oui, il a mal. Et quand un galet ne se trouve pas bien dans un mur, le mur ne se trouve pas bien debout. Enlevez‑le, je vous prie !
     – Bien, bien. Est-ce que celui-ci pourrait aller mieux, Jean des Pierres ?
    – Beaucoup mieux. Entendez-vous comme il ronronne joliment ! Mais il me semble qu’on gémit encore, de ce côté. Oui, ma foi, je ne suis pas étonné. Vous avez mis là un galet rouge pour boucher un trou qui doit rester ouvert. Et le pauvre mur s’étranglait. Ecoutez comme il respire bien maintenant !

     C’était vrai. Quand le mur était fini, les voix de ses pierres changeaient avec le vent qui passait de galerne en suroît, mais toujours elles s’accordaient ensemble et aucune plainte n’y résonnait jamais. Sur toute la baie d’Audierne, les longs murs de galets n’arrêtaient pas de chanter leur contentement.

     Cependant, Jean des Pierres était entré dans sa vieillesse. D’année en année, ses yeux devenaient plus hagards, son visage reflétait un tourment caché. Bâtir un mur était pour lui un martyre. Il n’en finissait pas de soupeser les galets, de leur changer de place et d’en approcher sa tête. Lui qui les entassait, naguère, plus haut que ses yeux, il tremblait de les faire monter jusqu’à sa poitrine. Et puis vint le jour où la grande rumeur du vent dans les murs, si large et si pleine autrefois, se mit à s’érailler un peu, un tout petit peu, comme à regret. Les gens de la côte ne s’en aperçurent pas tout de suite, mais Jean savait déjà qu’il devenait sourd. Son oreille n’était pas plus épaisse pour entendre les hommes, non, mais il ne démêlait plus très bien le langage des pierres. C’était le don qui s’en allait.
     Le dernier mur qu’il a levé, c’est celui de Jakez Perros. Vous ne pouvez plus le voir, aujourd’hui et vous saurez pourquoi. Jean avait d’abord dit non parce que l’autre voulait faire passer son mur en face d’une saignée de la falaise, là où il y a une fontaine d’eau douce. Le vent n’est pas franc, dans cet endroit. Et puis, tout de même, il avait fini par dire oui. Depuis longtemps, il n’osait plus toucher les galets. C’était l’occasion de savoir si le don l’avait définitivement quitté ou s’il était revenu. Le mur s’éleva lentement. Jean avait ordonné qu’on le laissât tout seul. Il s’était bâti une cabane, près de la fontaine, et il y passait ses nuits aux aguets. Pendant deux mois, tremblant de fièvre, il ne cessa de faire et défaire. Enfin, quand les galets lui arrivèrent aux épaules, il les couvrit de pierres plates et rentra chez lui.
    Cette nuit-là, le vent de mer se mit à souffler avec une force terrible. On aurait dit que des orgues immenses, tout le long de la côte, célébraient le jugement dernier. Jean des Pierres suait d’angoisse dans son lit à cause de son mur. Il lui semblait entendre un galet, un seul, qui pleurait comme un être vivant. Il descendit de son lit-clos, entra dans ses sabots de bois, courut à la côte…

canape-galet-gilda_smarin

    Le lendemain, quand Jakez Perros alla voir son mur, il le trouva écroulé en face de la fontaine d’eau douce. Au milieu du tas de cailloux polis DONT AUCUN N’AVAIT VOULU LE TOUCHER, souriait Jean des Pierres. Il tenait un gros galet dans son giron, sans doute celui qui pleurait dans le vent et qu’il avait voulu remettre à sa juste place.
    Pendant tout le temps qu’il vécut encore, il ne cessa d’arpenter la falaise avec ce galet qu’il dorlotait comme un enfant blessé. Sa pauvre tête s’était perdue à cause d’une pierre qui souffrait dans un mur.

    Vent de galerne ou de suroît, les murs de Jean des Pierres chantent toujours sur la baie d’Audierne. Alan ar Gow et Youenn Moros m’ont conté son histoire en mangeant la galette froide, près du moulin de Penhors, il y a plus de trente ans. Je n’ai pas été capable de la conter comme eux. Mais j’ai tâché de faire que leur vérité fût aussi la mienne.

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Inis Oírr fields

Inis Oirr fields

Feile na gCloch (le Festival de la Pierre) à Inis Oirr, l’une des îles d’Aran en Irlande

    Chaque année est organisé dans cette île peuplée d’à peine 250 habitants, la plus petite des trois îles d’Aran, un concours international de façonnage d’ouvrages en pierres sèches. En 2012, le thème de la compétition était la réalisation selon le mode traditionnel  d’un grand mur de soutènement vertical de 3,6 m de haut. Trois jours ont été nécessaires pour réaliser un grand mur massif composé de deux parois autoportantes. (crédits au site de Stone Art Blog, c’est  ICI et au site Limewindow, c’est  ICI )

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Bretagne, poèmes de granit par Enki

–––– Ce que m’ont chuchoté les pierres –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

cathédrale de Guingamp

Histoire de fou…

Dans la ville endormie
le sonneur est fou à lier…
C’est pour cela qu’on l’a attaché
aux cordes de ses cloches.
Toutes les nuits, il les fait sonner.
Elles sonnent, elle sonnent…
Mais cela ne dérange personne
car ce sont des cloches de bois.
Mais lui les entend sonner toutes.
Elles résonnent dans sa tête,
Elles résonnent à tue-tête,
Elles lui ont tué la tête,
C’est pour çà qu’il est fou…

Enki, Guingamp, 8 août 2011

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Trompe l’œil

le tableau semble accrochéBalthus sur la façade de l’immeuble.
Le cadre grossier qui l’entoureimite les encadrements de granit
des vraies fenêtres voisines.
C’est une peinture en trompe-l’oeil
qui représente une jeune fille
accoudée sur le rebord d’une fenêtre.
Elle regarde, pensive, le paysage.
Le tableau est criant de vérité.
Pour faire encore plus vrai
l’artiste a fait déborder
un voile sur le cadre de granit.
En arrière plan de la compositionAndras-Kaldor-Girl-in-the-window-1847797
on distingue un intérieur bourgeois :
lustre, buffet, horloge …
et, accroché à un mur,
le calendrier des postes.
C’est un tableau animé,
au bout d’un moment
le voile s’agite au vent,
la jeune fille se redresse
et s’évanouit dans le décor

Enki, Kerhoanton 16 août

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       La Jeannette

Pont-Croix, la rue Pénanguer, 1906

            A Pont-Croix,
            dans la rue de Rosmadec,
            vivait une très vieille dame
            aux habits aussi noirs que le geai,
            aux cheveux gris comme la cendre.
            On l’appellait la Jeannette.
            Elle avait un gros chat,
            A la pelure aussi noire que le geai
            Mais quand, dans la vitrine, il dormait
            Il était aussi gris que la cendre.
            La Jeannette avait un neveu
            aux cheveux noirs comme le geai.
            Mais quand il passait la tête
            à travers l’ouverture béante du grenier,
            ils étaient devenus tout gris,
            aussi gris que la cendre.
            Le neveu de la Jeannette
            était aussi son mitron.
.

                   Dans le grenier, il cuisait le pain :Capture d’écran 2013-07-21 à 07.23.51
                   farine de sarrazin pour le pain noir,
                   farine de froment pour le pain blanc.
                   Dans la rue de Rosmadec,
                   On ne voit plus la Jeannette
                   Son neveu aussi a disparu…
                   le gros chat est toujours là
                   mais sa pelure est toujours noire,
                   aussi noire que les plumes du geai
                   Fini le pain noir au sarrazin,   
                   Fini le pain blanc au froment.

                               Enki, Pont-Croix, 13 août 2011,

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–––– Dans le hameau de K……. –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

paysage attribué à Gauguin

Havre de paix

Sommes arrivés hier à K….
Les images, les bruits, la fureur,
Sont restés à l’entrée du village
Bloqués par un cordon d’hortensias.
Ils s’agitent et trépignent,
tentent à tout prix de passer.
Rares sont ceux qui y parviennent,
ils sont vite rattrapés…
On nous les emmène
pour décider de leur sort.
La plupart sont éconduits
mais certains parfois restent…
cela dépend de notre humeur.
Pas de télévision, pas de téléphone,
si nous voulons connaître
les nouvelles du monde,
il nous faut aller à la chasse :
au-dessus de la maison
passent de grands papillons
aux ailes de papier journal,
y sont imprimées les nouvelles du jour.
Par la lucarne nous en capturons quelques-uns
à l’aide du grand filet à crevettes.
Après lecture, nous les relâchons,
Pour qu’ils poursuivent leur mission…

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soleil coléreux

Tendrement enlacés,
nous lisions à l’unisson
un roman captivant,
mon fauteuil et moi.
Le jardin s’agitait pour rien
à travers la porte ouverte.
Soudainement,
le soleil, furibard,
a fait irruption,
dans la pièce obscure,
dardant des rayons éblouissants.
Ça suffit ! Dehors !
Cria-t’il, hors de lui…                   

Enki, Pont-Croix, 4 août 2011

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Visite nocturne 

Cette nuit,DSC_0471 3
On a frappé à ma porte
C’étaient une procession
Composée de toutes les figurines
Des églises et chapelles du cap
Qui venaient me chercher.
Certaines étaient faites de pierre
D’autres de bois peint.

J’ai reconnu les saints de Saint-Tügen
Et ceux de Saint-

On a longtemps marché
A travers les landes et les boisDSC_0446 3 Jusqu’à une fontaine de pierre
sise au pied d’une très vieille chapelle
Une belle dame y était assise
Avec son enfant dans les bras.

A l’aube, je me suis réveillé
Sur les dalles glacées
De la fontaine de Treventec
Dans le pays de Poullan.

Enki, Pont-Croix, 18 août 2011

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L’école buissonnière

Sous la grande prairie bleutée
où l’herbe pousse à l’envers,
des troupeaux de brebis
paîssent la tête en bas.
Quelqu’un a balayé la lande
et rassemblé les maisons
en un gros tas autour de l’église
puis il a caché la poussière
sous des brassées d’hortensias.
Nous nous sommes enfuis
du village, un chemin et moi,
pour faire l’école buissonnière
à travers les près et les bois,

Enki, Guingamp, 7 août 2011

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La cave et le grenier

Dans ma maison,
j’entends chaque nuit
la cave monter l’escalier.
Elle s’arrête sur le palier.
et attend là patiemment
que le grenier descende.
Il est toujours en retard…
Quand le grenier est là,
je les entends chuchoter
derrière la porte close…
Que peuvent-ils bien se dire ?

Enki, Pont-Croix, 2 août 2011

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Le grand sapin

Capture d’écran 2013-07-21 à 21.01.41

Son sort en est jeté Il sera abattu !
Pour le moment, Il ne le sait pas encore,
Il continue à faire son travail d’arbre
comme il l’a toujours fait…
On ne lui a pas demandé son avis.
Mais demande t’on leur avis
aux condamnés à mort ?
Mais lui, il n’a rien fait ! Me direz-vous,
toujours prêts à défendre la cause
de la veuve et de l’orphelin…
Mais en cherchant bien,
on trouvera quelque chose …
C’est à cause de lui
que la charpente a pourrie,
que le toit s’est effondré.
Il faisait de l’ombre
et ses épines fixaient l’humidité
sur les ardoises grises.
Et puis ses racines déstabilisaient les murs.
Et puis c’est un étranger venu d’on ne sait où…
Il devrait nous remercier
qu’on l’ait si longtemps toléré…

Enki, Pont-Croix, 4 août 2011

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Rokuro Taniuchi

Histoire de fermeture-éclair.

La route ? une fermeture-éclair qui transforme le paysage en vieux chandail.
La voiture ? la glissière de la fermeture-éclair.
Le matin, j’ai pris ma voiture pour aller à la ville.
J’ai laissé derrière moi le paysage ouvert en deux moitiés séparées. Entre les deux, il y avait un gouffre profond dont on ne voyait pas le fond. Plus personne ne pouvait passer….
Tout rentrera dans l’ordre, le soir, lorsque je rentrerais…

Enki

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Sur la route des vacances.

Ma voiture ? c’est une goinfre. Elle avale les kilomètres. Elle n’est jamais rassasiée !
Je la vois avaler le ruban gris de la route et même le paysage tout entier.
J’aime appuyer sur l’accélérateur, les maisons, les prairies, les forêts, les rivières et même les montagnes sont comme englouties : elles entrent par le pare-brise, voletent un moment dans tous les sens tels des oiseaux affolés, se heurtent aux parois et finissent enfin  par s’échapper par la lunette arrière.
Dans mon rétroviseur, je les vois s’éloigner et disparaître dans le lointain.
Le tronc d’un gros arbre, aussi, est entré mais il y est resté…

Enki

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Internet

     l’écran de l’ordinateur ?
     Un trou creusé dans la glace
     de l’océan gelé des relations     humaines.
     Dans ce trou,
     je pêche l’océan tout entier.
     parfois je rentre bredouille,
     parfois je suis comblé.
     M’étant endormi un jour
     je suis tombé dedans.
       L’océan ne m’a pas recraché.

Enki, Douarnenez, 15 août 2011

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Photoshop

Faux Tosh Hop…

Avant, quand je prenais une photo,
l’œil dans le viseur, je cadrais :
déplacer l’objectif vers la droite
PhotoShoppour cacher les poubelles,
le descendre un peu pour ne plus voir
le fil électrique qui pandouille,
attendre que la grosse dame
disgracieuse ait traversé la rue.
Je n’appuyais sur le déclencheur
que quand plus rien ne clochait…
Résultat de tout cela ?
Mes photos étaient presque parfaites.
Avec l’apparition de Photoshop
Je prend la photo sans me soucier de rien
et sur mon écran d’ordinateur
je coupe, j’élague, j’effaçe, je gomme,
je rajoute, je modifie, je transforme,
bref, j’améliore…
Résultat de tout cela ?
Mes photos sont maintenant parfaites !
Il faut voir mon album de photos.
Je l’ai mis en ligne sur facebook.
Je n’ai que des compliments.
Je trouve que c’est gratifiant
de rendre les choses plus belles.

Enki

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A propos de « la fabrique du consensus »

Noam Chomsky

Il existe plusieurs manières pour rendre les gens sourds :
Leur enfoncer à grands coups de marteaux
deux grands clous de charpentier dans les tympans.
Leur verser du plomb fondu dans les oreilles.
C’est barbare, cruel et les sourds vous en veulent…
mais il est une méthode plus douce et plus efficace :
Leur verser lentement dans les oreilles du miel tiède.
C’est doux et agréable et les sourds en redemandent…

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Enki                                                                                                   Noam Chomsky

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Bretagne, poèmes du bord de mer par Enki

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–––– La jeune femme de la plage ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

     La plage entièrement déserte de l’heure du dîner, au moment où le crépuscule s’assombrit. Très grande, élancée, très bien faite, les cheveux dénoués, les bras nus, la taille serrée dans une de ces longues jupes de gitane aux bandes biaises qui sont à la mode cette année et qui traînent fastueusement sur le sable, une femme toute seule, faisant jouer avec ostentation ses hanches l’une après l’autre et renversant parfois le visage d’un mouvement voluptueux du cou, s’avance vers la mer à pas très lents, avec la démarche théâtralissime d’une cantatrice qui marche vers la rampe pour l’aria du troisième acte. Il y avait dans ce « jeu du seul » mimé devant l’étendue vide une impudeur tellement déployée qu’elle en devenait envoûtante ; aucun miroir au monde, on le sentait, aucun amant n’eût pu suffire à une telle gloutonnerie narcissique: elle marchait pour la mer.                     [Julien Gracq, Lettrines II, 2,367]

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Baie d'Audierne - PF photo perso - DSC_0328

Le cerveau reptilien

Elle marchait sur la plage,
le portable à l’oreille.
Elle ne voyait rien
de tout ce qui gravitait
autour d’elle,
ni le sable, ni la fuite des nuages,Felicien Rops, Pornocrates 1878
ni le déferlement des vagues, 

ni moi…
Elle n’entendait rien
de tout ce qui bruissait
autour d’elle,
ni le souffle languissant du vent, 
ni le fracas des vagues,
ni moi, 
qui lui a dit 
quelque chose de gentil,
en passant.
C’était le grand reptile                                          
tapi au fond d’elle-même
qui dirigeait ses pas…
il a posé son regard froid 
sur moi…
et n’a pas jugé utile
de transmettre le message… 

Enki – Baie d’Audierne, 31 juillet 2011

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Gris métal

Ce matin, le ciel est métal,
fer-blanc, zinc, étain…

aucun nuage pour égayer
le fond du tableau.
L’océan, idem :
une immense tôle
d’acier galvanisé
mais les mouettes
y ont laissé tomber
quelques plumes…
Mes pensées aussi sont ternes.
Au cours de la nuit,
on a coulé
du plomb fondu
dans ma tête.                                                     

     Enki, Pont-Croix, 5 août 2011

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coup de vent

PANORAMIQUE !

9 août 2011, en Baie d’Audierne…
C’est le soir. La marée est montante.
Des cohortes de vagues se ruent à l’assaut de la plage.
Des bataillons de nuages ratissent le ciel,
Les embruns vous fouettent le visage.
La vue est dégagée jusqu’à Penmarch :
vingt kilomètres de sable blanc battus
par un océan déchaîné nous sont offerts.
Nous marchons faces contre le vent
comme dans un tableau de Lemordant
Un bonheur….

Sur le parking,
une caravane stationne, le nez tourné vers la scène.
Dans l’habitacle, un couple est confortablement assis,
derrière leur grand pare-brise panoramique…
Ils assistent au spectacle, ravis.
Il n’est pas question de sortir, le temps est trop mauvais.
Ils ont relevés les vitres pour se protéger des embruns
et du vent du large qui souffle par rafales.
Ils sont venus parce qu’ils avaient vu
un reportage sur la baie, à la télévision,
dans l’émission Thalassa,

sur leur grand écran panoramique… 

Enki, Baie d’Audierne

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baleine1

La chasse à la baleine…

C’est assez !

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COMPRENDRE LE BRUIT DE L’OCEAN… (1)

Qu’y a t’il à comprendre dans le bruit de l’Océan ?
L’Océan rugit, gronde, voilà tout
Plus ou moins, selon la force du vent,
L’importance des vagues…

Encore un qui se sera fait dévorer la cervelle par une étrille…
Pourquoi me regardez-vous comme cela ?etrille Oui, j’ai bien dit « dévorer la cervelle par une étrille »
On voit bien que vous n’êtes pas d’ici, vous !
C’est un mal qui ne frappe que les gens de la ville,
Que les gens du même genre que vous,
qui trouvent malin de s’endormir sur nos plages l’été
et qui ressemblent à des grosses méduses échouées
Les étrilles, lorsqu’elles sont encore toutes petites,
Pas plus grandes qu’une puce de mer,
À la recherche d’ombre et d’humidité,
Pénètrent dans l’intérieur de leur tête
Par le trou des oreilles
qui sont juste de la taille qu’il faut.
De là, elles remontent peu à peu
dans l’intérieur de la tête
jusqu’à la cervelle qu’elles trouve à leur goût
et qu’elles grignotent petit à petit
en prenant leur temps
Jusqu’à la manger toute entière.

C’est pour cela que dans la maison d’un mort
On voit parfois s’échapper un gros crabe
Qui prend la direction de l’océan .
Il ne faut surtout pas y toucher
Il conserve en lui l’âme du mort…

Enki, Pont-Croix, le 28 avril 2013

Réaction de Schouch à ce poème : elle m’a regardé avec commisération et dit « You are mad. I am frightened ! »

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phare d'Ekmuhl

COMPRENDRE LE BRUIT DE L’OCEAN (2)

S’imprégner du bruit de l’Océan,                               Pour comprendre le bruit de l’Océan,
pour le mémoriser, le reproduire                                j’ai marché sur la Grande baie
et pouvoir le revivre ensuite,                                       les yeux fermés, dans le vent,
par la pensée et l’imagination                                     longtemps, très longtemps…

Comprendre le bruit de l’océan…                              Mal m’en a pris…
pour l’analyser, le décrire,                                           J’ai rouvert les yeux brusquement
et pouvoir le reproduire ensuite                                  quand j’ai pris le phare de Penmarc’h
par la parole ou l’écriture                                             en pleine gueule…

C’est ce que j’essayais de faire
sur la grande baie d’Audierne,
cet immense croissant de sable blanc,                      
Enki, Pont-Croix, avril 2013
ventre mou de la pointe de Bretagne
que la terre expose sans défense
aux assauts furieux de l’Océan et des vents
 

Comprendre le bruit de l’océan…
Est-ce un sourd grondement, un rugissement,
une suite de soupirs, un gémissement,
une respiration, un halètement,
des cris, des hurlements, des hululements ?

Comprendre le bruit de l’océan…
Pour cela fermer les yeux,
ne plus voir le monde,
les vagues, le sable, le soleil,
Le ciel, ses nuages, ses oiseaux.
pour qu’il résonne et résonne encore
au plus fort dans votre tête …

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.Douarnenez, rue de l'observatoire

En chemin vers le ciel..

 A Douarnenez,
la rue de l’observatoire,
la bien nommée,
Est un raccourci pour le ciel
A mi-chemin,
vous devrez payer votre dîme
A une mouette tridactyle.
Mais un obstacle demeure :
l’écheveau arachnéen
de l’Eudefe et des Pététés.

Enki, Douarnenez, le 5 août 2011

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Odilon Redon, l'araignée    Dentelle de deuil

    Au-dessus de Douarnenez,
     une araignée patiente et têtue,
     tend ses fils et tisse sa toile
     Personne ne l’a encore vu…
     On dit qu’elle ne sort que la nuit,
     que le jour, elle se terre
     dans les ruines des conserveries
     ou bien dans les entrepots
     vides et silencieux du port.
     elle étend partout sur la ville
     son écheveau de fils noirs
     et la pare lentement
     d’une dentelle de deuil.

Enki, Douarnenez, 15 août 2011

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Port d'Audierne

La rue haute d’Audierne

Au-dessus du port d’Audierne,
une rue toute en longueur
domine le quartier du port
et s’étire sur la crête.
C’est la rue du Maréchal Joffre.
Ses maisons sont très policées,
elles sont bretonnes…
Elles s’alignent sagement
sans jamais se bousculer
mais toutes se dressent,
sur la pointe des pieds,
pour contempler la mer.

Enki, Pont-Croix, 17 août

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L’amante religieuse

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Sur un banc du port d’Audierne,assise à califourchon
sur les genoux d’un garçon,
une jeune fille blonde
lui dévore le visage,
avec méthode et application,
C’est une perfectionniste,
elle aime le travail bien fait,
et prend tout son temps,
A coup sûr, il ne restera
plus rien à consommer
après son passage…
rien pour les vautours,
rien pour les chacals…

Enki, Audierne, 5 août 2011

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