Regards croisés : rêve de pierre…


Je suis beau, ô mortels ! comme un rêve de pierre…

      Pourquoi ce portrait de Jim Morrison m’a-t-il fait penser irrésistiblement au David de Michel-Ange ? Sans doute par le fait que la Beauté, lorsqu’elle atteint un tel degré de perfection et de rayonnement, se désincarne et se détachant de la réalité finit par revêtir l’apparence d’un rêve, un rêve de pierre


Et qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?

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Eh! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?

J’aime les nuages…
les nuages qui passent…
là-bas…
là-bas…
les merveilleux nuages!

Baudelaire, Petits poèmes en prose, I (1869)

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Neruda et son tigre, Baudelaire et celle qui est trop gaie : amours vaches

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Le tigre, Pablo Neruda

je suis le tigre. 

Je te guette parmi les feuilles 
aussi grandes que des lingots 
de minerai mouillé. 

Le fleuve blanc grandit 
sous la brume. Te voici . 

Tu plonges nue. 
J’attends. 

Alors d’un bond, 
feu, sang et dents, 
ma griffe abat 
ta poitrine, tes hanches. 
Je bois ton sang, je brise 
tes membres, un à un . 

Et je reste dans la forêt 
à veiller durant des années 
tes os, ta cendre, 
immobile, à l’écart 
de la haine et de la colère, 
désarmé par ta mort, 
traversé par les lianes, 
immobile sous la pluie, 
sentinelle implacable 
de mon amour, cet assassin.

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A celle qui est trop gaie, Baudelaire

Ta tête, ton geste, ton air
Sont beaux comme un beau paysage ;
Le rire joue en ton visage
Comme un vent frais dans un ciel clair.

Le passant chagrin que tu frôles
Est ébloui par la santé
Qui jaillit comme une clarté
De tes bras et de tes épaules.

Les retentissantes couleurs
Dont tu parsèmes tes toilettes
Jettent dans l’esprit des poètes
L’image d’un ballet de fleurs.

Ces robes folles sont l’emblème
De ton esprit bariolé ;
Folle dont je suis affolé,
Je te hais autant que je t’aime !

Quelquefois dans un beau jardin
Où je traînais mon atonie,
J’ai senti, comme une ironie,
Le soleil déchirer mon sein ;

Et le printemps et la verdure
Ont tant humilié mon coeur,
Que j’ai puni sur une fleur
L’insolence de la Nature.

Ainsi je voudrais, une nuit,
Quand l’heure des voluptés sonne,
Vers les trésors de ta personne,
Comme un lâche, ramper sans bruit,

Pour châtier ta chair joyeuse,
Pour meurtrir ton sein pardonné,
Et faire à ton flanc étonné
Une blessure large et creuse,

Et, vertigineuse douceur!
À travers ces lèvres nouvelles,
Plus éclatantes et plus belles,
T’infuser mon venin, ma soeur!

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal

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Maupassant : ambiguïtés félines

Je souhaite dans ma maison
Une femme ayant sa raison,
Un chat passant parmi mes livres,
Sans lesquels je ne peux vivre
            Guillaume Apollinaire.

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Guy de Maupassant (1850-1893)

Guy de Maupassant (1850-1893)

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Contes fantastiques :  « Sur les chats » par Guy de Maupassant

I

Matazo KAYAMA -persian_cat-1    Assis sur un banc, l’autre jour, devant ma porte, en plein soleil, devant une corbeille d’anémones fleuries, je lisais un livre récemment paru, un livre honnête, chose rare, et charmant aussi, le tonnelier, par Georges Duval. Un gros chat blanc, qui appartient au jardinier, sauta sur mes genoux, et, de cette secousse, ferma le livre que je posai à côté de moi pour caresser la bête.
    Il faisait chaud ; une odeur de fleurs nouvelles, odeur timide encore, intermittente, légère, passait dans l‟air, où passaient aussi parfois des frissons froids venus de ces grands sommets blancs que j‟apercevais là-bas.
     Mais le soleil était brûlant, aigu, un de ces soleils qui fouillent la terre et la font vivre, qui fendent les graines pour animer les germes endormis, et les bourgeons pour que s’ouvrent les jeunes feuilles. Le chat se roulait sur mes genoux, sur le dos, les pattes en l’air, ouvrant et fermant ses griffes, montrant sous ses lèvres ses crocs pointus et ses yeux verts dans la fente presque close de ses paupières. Je caressais et je maniais la bête molle et nerveuse, souple comme une étoffe de soie, douce, chaude, délicieuse et dangereuse. Elle ronronnait ravie et prête à mordre, car elle aime griffer autant qu’être flattée. Elle tendait son cou, ondulait, et quand je cessais de la toucher, se redressait et poussait sa tête sous ma main levée.
Estampe d'Aoyama, un chat attrape une grenouille.    Je l’énervais et elle m’énervait aussi, car je les aime et je les déteste, ces animaux charmants et perfides. J’ai plaisir à les toucher, à faire glisser sous ma main leur poil soyeux qui craque, à sentir leur chaleur dans ce poil, dans cette fourrure fine, exquise. Rien n’est plus doux, rien ne donne à la peau une sensation plus délicate, plus raffinée, plus rare que la robe tiède et vibrante d‟un chat. Mais elle me met aux doigts, cette robe vivante, un désir étrange et féroce d‟étrangler la bête que je caresse. Je sens en elle l’envie qu‟elle a de me mordre et de me déchirer, je la sens et je la prends, cette envie, comme un fluide qu‟elle me communique, je la prends par le bout de mes doigts dans ce poil chaud, et elle monte, elle monte le long de mes nerfs, le long de mes membres jusqu‟à mon cœur, jusqu’à ma tête, elle m’emplit, court le long de ma peau, fait se serrer mes dents. Et toujours, toujours, au bout de mes dix doigts je sens le chatouillement vif et léger qui me pénètre et m’envahit.
     Et si la bête commence, si elle me mord, si elle me griffe, je la saisis par le cou, je la fais tourner et je la lance au loin comme la pierre d’une fronde, si vite et si brutalement qu’elle n’a jamais le temps de se venger.

il_224xN.644205140_bqec    Je me souviens qu’étant enfant, j‟aimais déjà les chats avec de brusques désirs de les étrangler dans mes petites mains ; et qu’un jour, au bout du jardin, à l‟entrée du bois, j’aperçus tout à coup quelque chose de gris qui se roulait dans les hautes herbes. J’allai voir ; c’était un chat pris au collet, étranglé, râlant, mourant. Il se tordait, arrachait la terre avec ses griffes, bondissait, retombait inerte, puis recommençait, et son souffle rauque, rapide, faisait un bruit de pompe, un bruit affreux que j’entends encore.
     J’aurais pu prendre une bêche et couper le collet, j‟aurais pu aller chercher le domestique ou prévenir mon père. — Non, je ne bougeai pas, et, le cœur battant, je le regardai mourir avec une joie frémissante et cruelle ; c’était un chat ! C’eût été un chien, j‟aurais plutôt coupé le fil de cuivre avec mes dents que de le laisser souffrir une seconde de plus.
       Et quand il fut mort, bien mort, encore chaud, j’allai le tâter et lui tirer la queue.

II

Japanese Cat paintings and prints by Matazo KAYAMA     Ils sont délicieux pourtant, délicieux surtout, parce qu’en les caressant, alors qu’ils se frottent à notre chair, ronronnent et se roulent sur nous en nous regardant de leurs yeux jaunes qui ne semblent jamais nous voir, on sent bien l’insécurité de leur tendresse, l’égoïsme perfide de leur plaisir.
     Des femmes aussi nous donnent cette sensation, des femmes charmantes, douces, aux yeux clairs et faux, qui nous ont choisis pour se frotter à l‟amour. Près d’elles, quand elles ouvrent les bras, les lèvres tendues, quand on les étreint, le cœur bondissant, quand on goûte la joie sensuelle et savoureuse de leur caresse délicate, on sent bien qu’on tient une chatte, une chatte à griffes et à crocs, une chatte perfide, sournoise, amoureuse ennemie, qui mordra quand elle sera lasse de baisers.

     Tous les poètes ont aimé les chats. Baudelaire les a divinement chantés. On connaît son admirable sonnet :

Les amoureux fervents et les savants austères
Aiment également, dans leur mûre saison,
Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
Qui comme eux sont frileux, et comme eux sédentaires.

Amis de la science et de la volupté,
Ils cherchent le silence et l’horreur des ténèbres.
L’Érèbe les eût pris pour ses coursiers funèbres
S’ils pouvaient au servage incliner leur fierté ?

Ils prennent, en songeant, les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes
Qui semblent s’endormir dans un rêve sans fin.

Leurs reins féconds sont pleins d’étincelles magiques.
Et des parcelles d’or, ainsi qu’un sable fin,
Étoilent vaguement leurs prunelles mystiques.

III

il_224xN.657260759_2oqj     Moi j’ai eu un jour l‟étrange sensation d‟avoir habité le palais enchanté de la Chatte blanche, un château magique où régnait une de ces bêtes onduleuses, mystérieuses, troublantes, le seul peut-être de tous les êtres qu’on n’entende jamais marcher.
     C’était l’été dernier, sur ce même rivage de la Méditerranée. Il faisait, à Nice, une chaleur atroce, et je m’informai si les habitants du pays n‟avaient point dans la montagne au-dessus quelque vallée fraîche où ils pussent aller respirer.
     On m’indiqua celle de Thorenc. Je la voulus voir.
    Il fallut d‟abord gagner Grasse, la ville des parfums, dont je parlerai quelque jour en racontant comment se fabriquent ces essences et quintessences de fleurs qui valent jusqu’à deux mille francs le litre. J’y passai la soirée et la nuit dans un vieil hôtel de la ville, médiocre auberge où la qualité des nourritures est aussi douteuse que la propreté des chambres. Puis je repartis au matin.
    La route s’engageait en pleine montagne, longeant des ravins profonds et dominée par des pics stériles, pointus, sauvages. Je me demandais quel bizarre séjour d‟été on m’avait indiqué là ; et j’hésitais presque à revenir pour regagner Nice le même soir, quand j’aperçus soudain devant moi, sur un mont qui semblait barrer tout le vallon, une immense et admirable ruine profilant sur le ciel des tours, des murs écroulés, toute une bizarre architecture de citadelle morte. C‟était une antique commanderie de Templiers qui gouvernait jadis le pays de Thorenc.
     Je contournai ce mont, et soudain je découvris une longue vallée verte, fraîche et reposante. Au fond, des prairies, de l‟eau courante, des saules ; et sur les versants, des sapins, jusques au ciel.
      En face de la commanderie, de l‟autre côté de la vallée, mais plus bas, s‟élève un château habité, le château des Quatre-Tours, qui fut construit vers 1530. On n‟y aperçoit encore cependant aucune trace de la Renaissance.
       C‟est une lourde et forte construction carrée, d‟un puissant caractère, flanquée de quatre tours guerrières, comme le dit son nom.
     J’avais une lettre de recommandation pour le propriétaire de ce manoir, qui ne me laissa pas gagner l’hôtel.
     Toute la vallée, délicieuse en effet, est un des plus charmants séjours d‟été qu‟on puisse rêver. Je m’y promenai jusqu‟au soir, puis, après le dîner, je montai dans l‟appartement qu’on m’avait réservé.
     Je traversai d’abord une sorte de salon dont les murs sont couverts de vieux cuir de Cordoue, puis une autre pièce où j’aperçus rapidement sur les murs, à la lueur de ma bougie, de vieux portraits de dames, de ces tableaux dont Théophile Gautier a dit :

J’aime à vous voir en vos cadres ovales
Portraits jaunis des belles du vieux temps,
Tenant en main des roses un peu pâles
Comme il convient à des fleurs de cent ans !

       Puis j’entrai dans la pièce où se trouvait mon lit.
      Quand je fus seul, je la visitai. Elle était tendue d‟antiques toiles peintes où l’on voyait des donjons roses au fond de paysages bleus, et de grands oiseaux fantastiques sous des feuillages de pierres précieuses.
      Mon cabinet de toilette se trouvait dans une des tourelles. Les fenêtres, larges dans l‟appartement, étroites à leur sortie au jour, traversant toute l‟épaisseur des murs, n‟étaient, en somme, que des meurtrières, de ces ouvertures par où on tuait des hommes. Je fermai ma porte, je me couchai et je m’endormis.

c8a213ccb4be3621a90f0432f9ff631f      Et je rêvai ; on rêve toujours un peu de ce qui s’est passé dans la journée. Je voyageais ; j’entrais dans une auberge où je voyais attablés devant le feu un domestique en grande livrée et un maçon, bizarre société dont je ne m’étonnais pas. Ces gens parlaient de Victor Hugo, qui venait de mourir, et je prenais part à leur causerie. Enfin j’allais me coucher dans une chambre dont la porte ne fermait point, et tout à coup j’apercevais le domestique et le maçon, armés de briques, qui venaient doucement vers mon lit.
      Je me réveillai brusquement, et il me fallut quelques instants pour me reconnaître. Puis je me rappelai les événements de la veille, mon arrivée à Thorenc, l’aimable accueil du châtelain… J’allais refermer mes paupières, quand je vis, oui je vis, dans l’ombre, dans la nuit, au milieu de ma chambre, à la hauteur d’une tête d‟homme à peu près, deux yeux de feu qui me regardaient.
      Je saisis une allumette et, pendant que je la frottais, j’entendis un bruit, un bruit léger, un bruit mou comme la chute d‟un linge humide et roulé, et quand j’eus de la lumière, je ne vis plus rien qu’une grande table au milieu de l’appartement.
      Je me levai, je visitai les deux pièces, le dessous de mon lit, les armoires, rien.
    Je pensai donc que j‟avais continué mon rêve un peu après mon réveil, et je me rendormis non sans peine.
      Je rêvai de nouveau. Cette fois je voyageais encore, mais en Orient, dans le pays que j‟aime. Et j’arrivais chez un Turc qui demeurait en plein désert. C‟était un Turc superbe ; pas un Arabe, un Turc, gros, aimable, charmant, habillé en Turc, avec un turban et tout un magasin de soieries sur le dos, un vrai Turc du Théâtre-Français qui me faisait des compliments en m’offrant des confitures, sur un divan délicieux.
      Puis un petit nègre me conduisait à ma chambre — tous mes rêves finissaient donc ainsi — une chambre bleu ciel, parfumée, avec des peaux de bêtes par terre, et, devant le feu — l‟idée de feu me poursuivait jusqu‟au désert — sur une chaise basse, une femme à peine vêtue, qui m’attendait.
      Elle avait le type oriental le plus pur, des étoiles sur les joues, le front et le menton, des yeux immenses, un corps admirable, un peu brun mais d’un brun chaud et capiteux.

Woman and Cat | by Pan Yuliang

      Elle me regardait et je pensais : « Voilà comment je comprends l‟hospitalité. Ce n‟est pas dans nos stupides pays du Nord, nos pays de bégueulerie inepte, de pudeur odieuse, de morale imbécile qu‟on recevrait un étranger de cette façon. »
      Je m’approchai d’elle et je lui parlai, mais elle me répondit par signes, ne sachant pas un mot de ma langue que mon Turc, son maître, savait si bien.
     D’autant plus heureux qu’elle serait silencieuse, je la pris par la main et je la conduisis vers ma couche où je m‟étendis à ses côtés… Mais on se réveille toujours en ces moments-là ! Donc je me réveillai et je ne fus pas trop surpris de sentir sous ma main quelque chose de chaud et de doux que je caressais amoureusement.

tumblr_ll5l66q8is1qbyk5qo1_500      Puis, ma pensée s’éclairant, je reconnus que c’était un chat, un gros chat roulé contre ma joue et qui dormait avec confiance. Je l’y laissai, et je fis comme lui, encore une fois.
   Quand le jour parut, il était parti ; et je crus vraiment que j’avais rêvé ; car je ne comprenais pas comment il aurait pu entrer chez moi, et en sortir, la porte étant fermée à clef.
      Quand je contai mon aventure (pas en entier) à mon aimable hôte, il se mit à rire, et me dit : « Il est venu par la chatière », et soulevant un rideau il me montra, dans le mur, un petit trou noir et rond.
      Et j‟appris que presque toutes les vieilles demeures de ce pays ont ainsi de longs couloirs étroits à travers les murs, qui vont de la cave au grenier, de la chambre de la servante à la chambre du seigneur, et qui font du chat le roi et le maître de céans.
      Il circule comme il lui plaît, visite son domaine à son gré, peut se coucher dans tous les lits, tout voir et tout entendre, connaître tous les secrets, toutes les habitudes ou toutes les hontes de la maison. Il est chez lui partout, pouvant entrer partout, l‟animal qui passe sans bruit, le silencieux rôdeur, le promeneur nocturne des murs creux.

Et je pensai à ces autres vers de Baudelaire :
C’est l’esprit familier du lieu;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire ;
Peut-être est-il fée, — est-il Dieu ?

 (Guy de Maupassant : Contes fantastiques, le 9 janvier 1886)

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Femme et chatte

Elle jouait avec sa chatte,
Et c’était merveille de voir
La main blanche et la blanche patte
S’ébattre dans l’ombre du soir.

Elle cachait – La scélérate ! –
Sous ses migraines de fil noir
Ses meurtriers ongles d’agate,
Coupants et clairs comme un rasoir.

L’autre aussi faisait la sucrée
Et rentrait sa griffe acérée,
Mais le Diable n’y perdait rien…

Et dans le boudoir où, sonore,
Tintait son rire aérien
Brillaient quatre points de phosphore.

Verlaine (Poèmes Saturniens)

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Le Chat

Viens, mon beau chat, sur mon cœur amoureux;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d’Agathe.
Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s’énivre du plaisir
De palper ton corps électrique,
Je vois ma femme en esprit, Son regard,
Comme le tien, aimable bête,
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,
Et des pieds jusqu’à la tête
Un air subtil, un dangereux parfum
Nagent autour de son corps brun.

Baudelaire

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article lié

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Colette et la ronde des bêtes : variations sur le chat
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    « Ces faims subites du toucher, ces attendrissements nerveux au contact d’un animal suave, je sais bien que c’est la force amoureuse, inutilisée, qui déborde; et je crois que personne ne les ressent aussi profondément qu’une vieille fille ou une femme sans enfant. » (Colette, l’Entrave).

Pour la suite, c’est ICI

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Illustres illustrateurs : Carlos Schwabe (1866-1926)

Image

–––– Cosmopolite, visionnaire, mystique –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Carlos Schwabe (1866-1926)Né allemand à Altona-Hambourg, Carlos Schwabe gagnera la Suisse dont il adoptera bientôt la nationalité mais c’est en France où il passera la majeure partie de sa vie de 1884 jusqu’à sa mort. Autodidacte, sa formation ne devra rien aux écoles académiques à l’exception d’un court passage à l’école des arts industriels de Genève où il apprend à dessiner les plantes et les décors. Sa personnalité était complexe : névrotique, visionnaire et mystique disent ses biographes… Il s’intéressera en effet à l’occultisme (il sera un adepte de « Sâr Mérodck Joséphin Peladan » l’écrivain illuminé à la mode à la fin du XIXe siècle). Son talent d’illustrateur le fera côtoyer les gloires littéraires du moment tels que Stéphane Mallarmé, Albert Samain, Charles Baudelaire, Émile Zola, Maurice Maeterlinck, José-Maria de Heredia, Pierre Louÿs pour lesquelles il réalisera des illustrations de certaines de leurs œuvres. Classé parmi les peintres symbolistes il est considéré comme un précurseur de l’art nouveau.

la Mort du fossoyeur, Carlos Schwabe,

la Mort du fossoyeur, Carlos Schwabe.

Jour de morts

Jour de Morts

Le Faune, Carlos Schwabe, 1923

Le Faune, Carlos Schwabe, 1923

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–––– Illustrations des Fleurs du Mal de Charles Baudelaire –––––––––––––––––––––––––––––

Les Fleurs du mal, BénédictionLes Fleurs du mal, Bénédiction

Les Fleurs du mal, Hymne

Les Fleurs du mal, Hymne

129me

Les Fleurs du mal, Remords

Les Fleurs du mal, Remords

Les Fleurs du mal, Révolte

Les Fleurs du mal, Révolte

Les Fleurs du mal, Spleen et idéal

Les Fleurs du mal, Spleen et idéal

Carlos Schwabe Les Fleurs du mal, le tonneau de la haine

Carlos Schwabe Les Fleurs du mal, le tonneau de la haine

Les Fleurs du mal, L'albatros

Les Fleurs du mal, L’albatros

Les Fleurs du mal, Destruction

Les Fleurs du mal, Destruction

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Aspergopolis en 1955 : le pinard

–––– Années cinquante / soixante : une certaine France ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

rue Mouffetard à Paris, 1954 - Cartier-Bresson

rue Mouffetard à Paris, 1954 – Cartier-Bresson

Ce gamin aurait pu être moi quand j’avais 10/11 ans à Aspergopolis — c’est ainsi que Maupassant surnommait Argenteuil — et que l’on m’envoyait acheter du vin chez le grossiste des Vins du Postillon dont la boutique était située juste à côté du cinéma Le Majestic, dans l’ancienne Grande Rue que l’on persistait à nommer ainsi alors qu’elle avait été rebaptisée rue Paul Vaillant-Couturier par la municipalité communiste, du nom d’un militant très estimé directeur de l’Humanité et dirigeant du Front populaire, mort prématurément en 1937.

imagesLa boutique des Vins du Postillon était une boutique haute sous plafond dans lequel trônaient 3 ou 4 citernes en métal contenant des vins de qualité différente. A 10 ans, elles me semblaient gigantesques. A la base de chacune d’elle était fixé un robinet qu’on enfonçait dans le goulot de nos bouteilles pour les remplir. A la base des citernes, sous les robinets, une goulotte métallique permettait de recueillir le vin qui avait débordé des bouteilles pour éviter qu’il ne se répande sur le sol. Dans le fond de cette goulotte  s’étalait une mixture de couleur rouge carmin exhalant  forte odeur âcre de vinasse. Car ce n’était pas du Bourgogne ou du Bordeaux,  ces vins de rupins,  comme on qualifiait dans mon entourage les bourgeois à cette époque, qu’on allait chercher dans cette boutique, c’était le gros pinard, la picrate du peuple travailleur en bleu de travail et aux mains pleines de cambouis en arrivage direct du Languedoc où l’on faisait pisser la vigne et qu’on devait mélanger avec du vin d’Algérie… C’était ce vin que l’on buvait alors chez moi et que mon beau-père Lucien ajoutait à son reste de soupe sous le prétexte que c’était une tradition du pays de Somme d’où il était originaire (en fait, il semble que cette coutume est originaire d’Occitanie) et qu’il nous encourageait à pratiquer également . Il appelait cela « faire chabrot ». Je me souviens du goût étrange, pas désagréable, que prenait alors la soupe de légumes quand les poireaux, les carottes et les haricots avaient eux aussi « un coup dans l’aile ». Ma mère, elle, avait plutôt l’habitude de rajouter du lait à notre soupe. 

ancien vigneron faisant chabrot — source Wikipediaancien vigneron faisant chabrot — source Wikipedia

le vigneron de Cavignac en Gironde,  1945 - Willy Ronis

le vigneron de Cavignac en Gironde,  1945 – Willy Ronis

Mais revenons à la boutique du Postillon… La phase la plus délicate dans la mission si importante que l’on m’avait confiée était le moment où la montée du vin s’accélérait dans la bouteille à cause du rétrécissement du goulot. Il fallait alors bien calculer son coup, anticiper la montée du vin et tourner le robinet juste avant que le vin sous pression ne vous explose en plein visage. Le problème était que quelque chose en moi s’ingéniait à me faire retarder au maximum le moment où le robinet devait être fermé…

Ensuite, il fallait voir de quelle manière je déambulais dans les rues d’Argenteuil, les bras chargés de bouteilles emplies jusqu’à ras bord du précieux jaja. J’étais un grand à qui l’on avait confié une mission délicate entre toutes et j’étais pas peu fier d’exhiber mes bouteilles tel le gamin de Cartier-Bresson. Evidemment, il y avait parfois de la casse…

buvard publicitaires des Vins du Postillon

A l’époque, pas encore de stylos, on écrivait à la plume Sergent major avec évidemment un encrier. Le buvard était indispensable pour éviter les tâches. Les vins du Postillon distribuaient aux enfants des buvards publicitaires sur lesquels étaient écrits des histoires.

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Savoureuse publicité de la marque Vins du postillon en 1950. Je n’ai pas réussi à coller cette vidéo, voici le lien : http://www.culturepub.fr/videos/vin-du-postillon-pique-nique
Etaient-ce les publicitaires seuls ou bien les français dans leur ensemble qui étaient idiots ?

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–––– variations sur le thème du pinard –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Le pinard est l’un des nombreux qualificatifs argotiques qui désignent en français le vin rouge : bleu, bluchet, brutal, gingin, ginglard, ginglet, gros qui tache, jaja, pichtegorne, picrate, picton, pive, pivois ou rouquin. L’origine du mot est controversée : il a existé en 1911 à Colmar un cépage nommé pinard résultant d’un croisement de deux variétés de raisin, en patois franc-comtois  le verbe piner signifie siffler mais l’explication la plus admise lie le nom à une altération du nom pinaud, l’un des cépages de Bourgogne.
C’est durant la Guerre 14-18 que le pinard conquit sa notoriété auprès des poilus qui surnommaient le vin qui leur était servis Saint Pinard ou Père Pinard.  Le maréchal Joffre, fils d’un tonnelier de Rivesaltes, glorifiait le général Pinard qui avait soutenu le moral de ses troupes. Dans la guerre contre l’ennemi allemand, le pinard devient un symbole prouvant la supériorité de la civilisation française contre la barbarie germanique. C’est ainsi que Jean Richepin célébrait le vin français :

Le barbare au corps lourd mû par un esprit lent
Le barbare en troupeau de larves pullulant
dans l’ombre froide, leur pâture coutumière
Tandis que nous buvons, Nous, un vin de lumière
A la fois frais et chaud, transparent et vermeil.

Le salut au pinard. Dessin de R. Serrey. 1917.Le salut au pinard. Dessin de R. Serrey. 1917.

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Noms des bouteilles de vin et leur contenance :

. Le piccolo :                                            20 cl (1/4 de bouteille)
. La chopine ou le quart :                     25 cl (1/3 de bouteille)
. Le demi ou la fillette :                         37,5 cl (1/2 bouteille)
. Le pot :                                                    46 cl (2/3 de bouteille)
. La bouteille :                                         75 cl
. Le magnum :                                         1,5 L (2 bouteilles)
. La Marie-Jeanne ou
  Le double magnum :                             3 L (4 bouteilles)
. Le réhoboam :                                        4,5 L (6 bouteilles)
. Le jéroboam :                                          5 L (presque 7 bouteilles)
. Le mathusalem ou impériale :            6 L (8 bouteilles)
. Le salmanazar :                                      9 L (12 bouteilles)
. Le balthazar :                                         12 L (16 bouteilles)
. Le Nabuchodonozor :                          15 L (20 bouteilles)
. Le melchior :                                          18 L (24 bouteilles)

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Vive le Pinard

La chanson créée par Bach au 40e de ligne durant la guerre de 14-18 « Vive le Pinard » est incontournable

Le pinard c’est de la vinasse
Ca réchauffe par ousse que ça passe,
Vas y marsouin, 1, 2, remplis mon quart, 3, 4,
Vive le pinard, vive le pinard.

2. Sur les chemins de France et de Navarre,
Le soldat chante en portant son barda,

Une chanson aux paroles bizarres
Dont le refrain est « Vive le pinard ! »

3. Dans la montagne culbute la bergère
De l’ennemi renverse le rempart,
Dans la tranchée fous-toi la gueule par terre
Mais nom de Dieu ne renverse pas le pinard.

4. Aime ton pays, aime ton étendard,
Aime ton sergent, aime ton capitaine,
Aime l’adjudant même s’il a une sale gueule
Mais qu’ça t’empêche pas d’aimer le pinard.

5. Dans le désert on dit que les dromadaires
Ne boivent pas, ça c’est des racontars.
S’ils ne boivent pas c’est qu’ils n’ont que de l’eau claire,
Ils boiraient bien s’ils avaient du pinard.

6. Petit bébé, tu bois le lait de ta mère
Tu trouves ça bon, mais tu verras plus tard, petit couillon
Cette boisson te semblera amère
Quand tu auras goutté au pinard.

7. Ne bois jamais d’eau, même la plus petite dose,
Ca c’est marqué dans tous les règlements!
Les soldats disent : « Danger l’eau bue explose »
Va donc chantant sur tous les continents.

8. Si dans la brousse, un jour tu rendais l’âme
Une dernière fois, pense donc au vieux pinard!
Si un giron a remplacé ta femme,
Jamais de l’eau n’a remplacé le pinard!

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Les Fleurs du mal : l'âme du_vin_schlussvignette

Carlos Schwabe, illustration du poème l’Âme du Vin de Baudelaire dans les Fleurs du mal. Ambigüe est cette allégorie du vin avec ses traits avinés et son sourire sarcastique.

Et, pour remonter le niveau, le poème de Baudelaire, l’Âme du vin (Les Fleurs du Mal, 1857.)

L’âme du vin

BaudelaireUn soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles :
 » Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité,
Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles,
Un chant plein de lumière et de fraternité !

Je sais combien il faut, sur la colline en flamme,
De peine, de sueur et de soleil cuisant
Pour engendrer ma vie et pour me donner l’âme ;
Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant,

Car j’éprouve une joie immense quand je tombe
Dans le gosier d’un homme usé par ses travaux,
Et sa chaude poitrine est une douce tombe
Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux.

Entends-tu retentir les refrains des dimanches
Et l’espoir qui gazouille en mon sein palpitant ?
Les coudes sur la table et retroussant tes manches,
Tu me glorifieras et tu seras content ;

J’allumerai les yeux de ta femme ravie ;
A ton fils je rendrai sa force et ses couleurs
Et serai pour ce frêle athlète de la vie
L’huile qui raffermit les muscles des lutteurs.

En toi je tomberai, végétale ambroisie,
Grain précieux jeté par l’éternel Semeur,
Pour que de notre amour naisse la poésie
Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleur ! « 

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Carlos Schwabe, les Fleurs du mâle,  l'âme du vin

Carlos Schwabe, les Fleurs du mâle,  l’âme du vin

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Vivre aux pieds d’une géante

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Le thème de la géante ou du géant ou d’autres personnages fabuleux qui s’inscrivent dans le paysage se retrouve dans de nombreux mythes, contes et légendes et a trouvé plus tard son prolongement dans l’imagination créatrice des artistes. Ce thème s’inscrit dans le besoin qu’éprouvait l’homme des sociétés premières d’interpréter le monde qui l’entourait à son image et à lui attribuer des caractères proprement humains. Les mythes mettant en scène des géants peuvent ainsi être interprétés comme des explications anthropomorphiques des puissances de la nature et des moyens à utiliser pour les maîtriser.

le philosophe Georges Gusdorf écrit à ce sujet :

« Nous avons cessé de voir les montagnes comme autant de géants. Mais nos mots retiennent inconsciemment les épaves fossilisées d’une vision du monde disparue, ou vidée de sa puissance directe et devenue simplement allégorique. Au primitif la montagne apparaît, sans allégorie, comme un vivant. Une vision d’unité impose la forme humaine à la totalité de l’Univers, (…) ».

Il est pour le moins inhabituel de vivre au pied d’une géante, c’est pourtant mon cas. A quelques encablures de ma maison une géante est en pâmoison, étendue de tout son long sur le sol, ses seins pointus dressés vers le ciel, la tête légèrement rejetée en arrière libérant une gorge offerte et vulnérable, le bras gauche nonchalamment déplié qui dessine à partir d’elle une courbe gracieuse.

la géante endormie du Massif des Bauges vue de la rive Est du lac d’Annecy

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J’apprécie de la voir surgir au détour du chemin imprimant soudainement au paysage un caractère chargé à la fois de sérénité et d’érotisme. Cette féminisation du paysage m’apaise et me rassure et ce sont alors les vers de Baudelaire qui me viennent alors à l’esprit :

Charles Baudelaire

Du temps que la Nature en sa verve puissante             
Concevait chaque jour des enfants monstrueux,
J’eusse aimé vivre auprès d’une jeune géante,
Comme aux pieds d’une reine un chat voluptueux.

J’eusse aimé voir son corps fleurir avec son âme
Et grandir librement de ses terribles jeux ;
Deviner si son coeur couve une sombre flamme
Aux humides brouillards qui nagent dans ses yeux ;

Parcourir à loisir ses magnifiques formes ;
Ramper sur le versant de ses genoux énormes,
Et parfois en été, quand les soleils malsains,

Lasse, la font s’étendre à travers la campagne,
Dormir nonchalamment à l’ombre de ses seins,
Comme un hameau paisible au pied d’une montagne.                

Les fleurs du mal – 1857   

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Frank Frazetta, The GiantessFrank Frazetta, The Giantess

Il existe plusieurs versions traduite en anglais de ce poème. Celle présentée ci après est de William Aggeler (The Flowers of Evil – Fresno, CA : Academy Library Guild, 1954). Sept autres versions peuvent être consultée sur le site La Géante (The Giantess) by Charles Baudelaire consacré aux Fleurs du mal et à ce poème en particulier.

La géante par Seriykotik1970 – Flickr

At the time when Nature with a lusty spirit
Was conceiving monstrous children each day,
I should have liked to live near a young giantess,
Like a voluptuous cat at the feet of a queen.

I should have liked to see her soul and body thrive
And grow without restraint in her terrible games;
To divine by the mist swimming within her eyes
If her heart harbored a smoldering flame;

To explore leisurely her magnificent form;
To crawl upon the slopes of her enormous knees,
And sometimes in summer, when the unhealthy sun

Makes her stretch out, weary, across the countryside,
To sleep nonchalantly in the shade of her breasts,
Like a peaceful hamlet below a mountainside.

Il me plait à penser que la belle va un jour s’éveiller, se lever et s’ébattre avant de se diriger d’un pas lourd, les seins ballants, en direction du le lac pour se désaltérer ou se livrer à je ne sais quels jeux aquatiques qui pourraient alors menacer les rives d’un tsunami dévastateur.

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