L’univers… Thèmes et citations – I) Introduction


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Pause then : and for a moment here respire…
Where am I ?
Where is earth ?
Nay, where art thou.
O Sun ? …
On Nature’s Alpes I stand
And see a thousand firmaments beneath !

Edward Young. Nights, IX.

      Lorsque l’homme prend la peine de se libérer de l’emprise qu’exerce sur ses pensées les contraintes de la vie quotidienne et se tourne vers l‘espace infini du cosmos, il est le plus souvent sujet au vertige. Je ne parle pas de la réflexion purement théorique que l’on peut mener de chez soi et qui fait suite à la vision d’une belle image ou à la lecture d’un livre mais du sentiment que l’on a de grandes chances d’éprouver à la façon du poète romantique anglais ci-dessus cité Edward Young lorsque l’on se retrouve en pleine nature, dans la fraîcheur de la nuit, et qu’on lève les yeux vers l’incandescence lointaine de la voûte étoilée. C’est ce sentiment de vertige que j’ai souvent ressenti dans ma jeunesse en montagne lorsqu’à la veille de la course nous contemplions le ciel nocturne lors de nos marches d’approche dans un profond silence tout juste brisé par le chuintement si caractéristique des cristaux de neige que nos pas brisaient ou bien, beaucoup plus tard, lorsque toute la famille roulait en fin de nuit sur des routes sinueuses pour atteindre le sommet d’une montagne juste avant l’orée du jour afin que les enfants à demi endormis puissent contempler la magie de la levée de l’astre solaire.

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      Comment d’autre part ne pas être déstabilisé lorsque l’on pense aux milliards de mondes dont le nôtre ne constitue qu’une particule infime qui s’éloignent les uns des autres dans une fuite éperdue à une vitesse supérieure de celle de la lumière. Ce sentiment déstabilisant que nous appelons vertige naît de la confrontation brutale entre l’insignifiance apparente de notre condition humaine et le caractère démesuré et infini de l’univers. Cette confrontation est violente car elle prend la forme d’une révélation qui nous bouleverse et nous met en état de sidération. Il n’est pas anodin que ce terme, issu du latin sidus, astre, était autrefois un terme médical qui s’appliquait comme l’indique le Littré à « l’état d’anéantissement subit […] qui semblent frapper les organes avec la promptitude de l’éclair ou de la foudre, comme l’apoplexie ; état autrefois attribué à l’influence malfaisante des astres. »

      Voici quelques citations de grands hommes en relation avec ce sentiment.


«  J’eus le vertige et je pleurai car mes yeux avaient vu cet
objet secret et conjectural dont les hommes usurpent le nom,
mais qu’aucun homme n’a regardé : l’inconcevable univers. »
                                        Jorge Luis Borges, L’Aleph (1949)


« O Nuit ! que ton langage est sublime pour moi,
Lorsque, seul et pensif, aussi calme que toi,
Contemplant les soleils dont ta robe est parée,
J’erre et médite en paix sous ton ombre sacrée. » 
                                       Camille Flammarion

« Quand, le jour, le zénith et le lointain
S’écoulent, bleus, dans l’infini,
Quand, la nuit, le poids écrasant des astres
Clôt la voûte céleste
Au vert, à la multitude des couleurs, 
Un cœur pur puise sa force.
Et aussi bien le haut que le bas
Enrichissent le noble esprit. »
                              Goethe, <« Génie planant », cité par Pierre Hadot.


« Le ciel, les nuages, les étoiles, les « soirs du monde », comme je me disais à moi-même, me fascinaient. Mettant le dis sur l’appui de la fenêtre, je regardais vers le ciel la nuit, en ayant l’impression de me plonger dans l’immensité étoilée.» 
Pierre Hadot, La Philosophie comme manière de vivre.


Des flottes de Soleils peut-être à pleines voiles
Viennent en ce moment…
Peut-être allons-nous voir brusquement apparaître
Des astres effarés
Surgissant, clairs flambeaux, feux purs, rouges fournaises
Ou triomphes du Noir le plus noir.
                                     Victor Hugo, A la fenêtre pendant la nuit


Car enfin, qu’est-ce qu’un homme dans la nature ?
Un néant à l’égard de l’infini,
un tout à l’égard du néant,
un milieu entre rien et tout
                                    Blaise Pascal


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Wenceslas Hollar – Le Chaos initial.

« Donc, au commencement, fut Chaos, et puis la Terre au vaste sein et le Tartare sombre dans les profondeurs de la vaste terre, et puis Amour, le plus beau des immortels, qui baigne de sa langueur et les dieux et les hommes, dompte les cœurs et triomphe des plus sages vouloirs. De Chaos naquirent l’Érèbe et la sombre Nuit. De la Nuit, l’Éther et le Jour naquirent, fruits des amours avec l’Érèbe. À son tour, Gaïa engendra d’abord son égal en grandeur, le Ciel étoilé qui devait la couvrir de sa voûte étoilée et servir de demeure éternelle aux Dieux bienheureux. Puis elle engendra les hautes Montagnes, retraites des divines nymphes cachées dans leurs vallées heureuses. Sans l’aide d’Amour, elle produisit la Mer au sein stérile, aux flots furieux qui s’agitent. »

Hesiode, Théogonie

Le leg invisible du passé.

     Une réflexion sur les rapports complexes et variés qu’entretient l’homme moderne avec l’Univers ne peut faire l’économie d’une analyse des formes anciennes par lesquelles sont passées ces relations et en particulier des cosmogonies véhiculées par les mythologies et légendes propres aux différentes cultures.  Il ne s’agit pas là de décrire le détail de ces différentes mythologies mais de comprendre l’esprit qui a prévalu à leur établissement chez les hommes de l’orée des civilisations. À mon sens, la présentation la plus claire à ce sujet est celle qu’a établi le chercheur Georges Gusdorf en 1953 dans le premier chapitre de son essai Mythe et métaphysique qui traite de « la conscience mythique comme structure de l’Être dans le monde« . Comprendre les mythes pour ce chercheur nécessite de se replacer dans les conditions premières qui ont accompagné l’éveil chez l’homme de la conscience, c’est-à-dire au cours de la longue période au qui a accompagné le processus d’humanisation. L’auteur insiste sur le fait qu’il n’y avait pas à ce moment, comme c’est le cas chez l’homme moderne, deux manières d’appréhender le monde, l’une « réelle et objective » et l’autre « mythique et subjective ».  Cette différenciation est apparue beaucoup plus tard. Les événements retranscrits par les mythes qui nous apparaissent aujourd’hui comme des récits fabuleux rendaient compte pour les hommes anciens de la réalité pure, telle qu’ils la ressentaient et la vivaient. Plus qu’une histoire élaborée par la conscience, une théorie ou une doctrine, le mythe apparait pour reprendre les termes même de Gusdorf, comme « une saisie spontanée des choses, des êtres et de soi, conduites et attitudes, insertion de l’homme dans la réalité. » et, pour bien nous faire comprendre le phénomène, il cite l’exemple du Canaque qui, lorsqu’il désire un objet, dit : « cet objet me tire » de la même manière que l’enfant qui vient de heurter une table dit « cette table m’a fait mal ». Pour asseoir son propos, Gusdorf cite l’anthropologue missionnaire Maurice Leenhardt : « le mythe est senti et vécu avant d’être intelligé et formulé. Il est la la parole, la figure, le geste, qui circonscrit l’événement au cœur de l’homme, émotif comme un enfant, avant que d’être fixé »; ce faisant le mythe était vécu comme une forme de communion avec le monde. Pour les premiers hommes, les éléments qui constituaient la nature leurs apparaissaient comme des entités vivantes du même type que leur nature propre et le monde constituait une totalité dans laquelle ils se sentaient totalement intégrés dans une unité ontologique. Les croyances qui ont précédé l’élaboration des mythes avaient les formes utilisées spontanément par la mentalité primitive pour « adhérer » au monde et reconstituer ainsi l’unité perdue, conséquence de l’humanisation. Ce n’est que beaucoup plus tard sous l’influence des connaissances et des techniques qu’est apparu dans l’esprit de l’homme le phénomène de dissociation du monde : « L’homme moderne évolué est l’héritier d’une longue tradition qui a désintégré pour connaître ». Un autre ethnologue, Max Müller, a décrit ces phénomènes de dissociation puis de restructuration qui ont façonné les mythes à partir du ressenti initial et de l’émotion qui l’accompagnait  : « on a souvent eu grand tord de le regarder (le mythe) comme un système, un ensemble ordonné, organisé, construit de toutes pièces sur un plan préconçu, alors qu’il n’est qu’un concours d’atomes, un agrégat de concepts qui s’étaient choqués en tout sens avant de cristalliser sous une forme quelque peu harmonique ». Ainsi, le mythe, forme abâtardie par le temps d’une croyance originelle de fusion avec le monde, ne doit pas être pris à la lettre et il faut s’attacher à découvrir les pulsions et les croyances originelles qui ont été à l’origine de sa formation. C’est ce que nous allons essayer de faire dans les chapitres suivants en tentant d’extraire, pour reprendre les termes de Max Müller, les concepts originels de l’agrégat fabulatoire dans lequel ils sont enfouis. Nous illustrerons notre propos par des citations d’hommes de lettres, d’artistes, de philosophes et de scientifiques sur le thème de l’Univers.

Enki sigle


« Il faut imaginer Sisyphe heureux » selon Kuki Shuzo et Albert Camus

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Franz von Stuck – Sisyphe, 1920

Le mythe de Sisyphe 

    Condamné par les dieux à pousser pour l’éternité au sommet d’une montagne un rocher, qui au moment où il atteignait son but dévalait inéluctablement vers son point de départ sous l’effet de son propre poids, le héros grec Sisyphe, « le plus astucieux des hommes », était confronté à une situation qui apparaissait au premier abord absurde. C’est bien ce qu’avaient recherché les dieux qui avaient sans doute pensé qu’il n’existait pas de punition plus terrible que l’accomplissement répété d’un travail inutile et sans  espoir. Il est vrai que par ses nombreuses frasques, le héros l’avait bien cherché : il avait méprisé les dieux et n’avait pas hésité à livrer leurs secrets; haïssant la Mort, il avait réussi à l’enchaîner et avait en conséquence vidé les enfers; enfin, il aimait tellement la vie, le monde, l’eau, le soleil, la mer qu’à l’occasion d’une sortie par ruse de l’Hadès, il était resté chez les vivants et on avait dut l’y reconduire de force. Certains ont vu dans ce mythe, le châtiment d’un humain qui avait eu la volonté folle de s’affranchir de la Mort et d’atteindre ainsi l’immortalité. La pierre gigantesque qui monte et qui descend de manière répétée la montagne serait une métaphore du cycle annuel des saisons et de la succession des solstice d’hiver et d’été.

Capture d’écran 2016-07-24 à 15.13.35     Dans son essai Le Mythe de Sisyphe, Albert Camus fait de Sisyphe un  héros absurde. À l’encontre de Pascal pour qui le caractère infini et silencieux du monde était une source d’angoisse et d’effroi et qui préconisait à l’homme d’accepter sa condition misérable, de tourner le dos au monde et de se vouer de manière exclusive à Dieu, Albert Camus, bien que interpellé lui aussi par le silence d’un monde absurde qui se montrait imperméable aux tentatives légitimes des hommes d’en comprendre le sens (« L’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde »), invitait tout au contraire ceux-ci à refuser le suicide et à assumer leur présence au monde par la prise de conscience de leur aliénation et par le choix d’une attitude de défi et de révolte fondatrice de liberté et de dignité et qui seule pourra permettre une exaltation de la vie (« dans cette conscience et dans cette révolte au jour le jour, il témoigne de sa seule vérité qui est le défi »). Ainsi l’absurdité qui s’attache à l’antinomie de l’homme et du monde peut déboucher sur une notion positive car l’homme, en prenant conscience de sa condition misérable va conquérir sa liberté. Comme le répète Camus « être privé d’espoir, ce n’est pas désespérer ». L’homme absurde, par sa prise de conscience « a désappris d’espérer » et sachant que sa situation ne pourra changer de manière fondamentale, il va s’attacher à apprécier le plus intensément possible le peu qui lui est malgré tout donné. Il faut donc continuer à vivre avec « la passion d’épuiser tout ce qui est donné ». Malgré les contradictions, le bonheur reste dans ce monde et il est vain de vouloir le trouver comme le propose Pascal, après la mort, dans un monde idéal et irréel situé dans l’au-delà.

     C’est donc à un hédonisme raisonné (Michel Onfray parle d’hédonisme tragique et rattache Camus à la gauche dionysienne) que nous invite Camus. En dépit et à cause de son absurdité, Il faut multiplier les expériences de vie et « être en face du monde le plus souvent possible ».

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Titien – Sisyphe, 1548-1549

Le Mythe de Sisyphe, extrait

le Mythe de Sisyphe      « Les mythes sont faits pour que l’imagination les anime . Pour celui-ci on voit seulement tout l’effort d’un corps tendu pour soulever l’énorme pierre, la rouler et l’aider à gravir une pente cent fois recommencée ; on voit le visage crispé, la joue collée contre la pierre, le secours d’une épaule qui reçoit la masse couverte de glaise, d’un pied qui la cale , la reprise à bout de bras, la sûreté toute humaine de deux mains pleines de terre. Tout au bout de ce long effort mesuré par l’espace sans ciel et le temps sans profondeur, le but est atteint. Sisyphe regarde alors la pierre dévaler en quelques instants vers ce monde inférieur d’où il faudra la remonter vers les sommets. Il redescend vers la plaine.
     C’est pendant ce retour, cette pause, que Sisyphe m’intéresse. Un visage qui peine si près des pierres est déjà pierre lui-même. Je vois cet homme redescendre d’un pas lourd mais égal vers le tourment dont il ne connaîtra pas la fin. Cette heure qui est comme une respiration et qui revient aussi sûrement que son malheur, cette heure est celle de la conscience. A chacun de ces instants, où il quitte les sommets et s’enfonce peu à peu vers les tanières des Dieux, il est supérieur à son destin. Il est plus fort que son rocher.
     Si ce mythe est tragique, c’est que son héros est conscient. Où serait en effet sa peine, si à chaque pas l’espoir de réussir le soutenait ? L’ouvrier d’aujourd’hui travaille tous les jours de sa vie, aux mêmes tâches, et ce destin n’en est pas moins absurde. Mais il n’est tragique qu’aux rares moments où il devient conscient. Sisyphe, prolétaire des Dieux, impuissant et révolté, connaît toute l’étendue de sa misérable condition : c’est à elle qu’il pense pendant sa descente. La clairvoyance qui devrait faire son tourment consomme du même coup sa victoire. Il n’est pas destin qui ne se surmonte par le mépris.
     (….)  Sisyphe enseigne la fidélité supérieure qui nie les dieux et soulève les rochers. Lui aussi juge que tout est bien. Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile ni fertile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit , à lui seul forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. »   –   Albert Camus, Le mythe de Sisyphe , publié en 1942.

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Gustave Doré - Avares et prodigues - illustration de pour L’Enfer de Dante, 1861

Gustave Doré – Avares et prodigues – illustration pour  L’Enfer de Dante, 1861

 « Il faut imaginer Sisyphe heureux. »

Kuki Shuzo (1888-1941)     Cette phrase identifie Sisyphe à une action à accomplir qui lui est imposée mais à laquelle il parvient tout de même à trouver du bonheur en la considérant comme une fin en soi. Camus l’aurait emprunté au philosophe japonais Kuki Shuzo, spécialiste de Bergson et de Heidegger dont il fut l’élève en 1927 à Fribourg. Dans son essai Propos sur le temps publié en 1928, ce philosophe avait manifesté son étonnement devant l’interprétation qui était généralement faite en occident de la damnation de Sisyphe et de l’état de malheur que l’on prêtait au héros grec  : « Y a-t-il du malheur, y-a-t-il de la punition dans ce fait ? Je ne crois pas. Sisyphe devrait être heureux, étant capable de la répétition perpétuelle de l’insatisfaction. C’est un homme passionné par le sentiment moral. ». Évoquant la reconstruction de Tokyo après le tremblement de terre de 1923, il avait à cette occasion revisité le Mythe de Sisyphe qu’il considérait comme « un homme passionné par le sentiment moral. Il n’est pas dans l’enfer, il est au ciel » car « sa bonne volonté, la volonté ferme et sûre de se renouveler toujours, de toujours rouler le roc, trouve dans cette répétition même toute la morale, en conséquence tout son bonheur ». À la vision négative d’un Sisyphe vaincu et irrémédiablement malheureux, Kuki Shuzo oppose une attitude qui s’apparente au Bushido, cet idéal moral des samouraïs qui choisissaient de vivre selon des règles très strictes où étaient magnifiées l’endurance stoïque, l’acceptation et le respect du danger et de la mort, le culte religieux de la Patrie et de l’Empereur, l’attachement et la fidélité à la famille et au clan.        

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Vérité et violence

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Blaise Pascal (1623-1662)

      C’est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaie d’opprimer la vérité. Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité, et ne servent qu’à la relever davantage. Toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence, et ne font que l’irriter encore plus. Quand la force combat la force, la plus puissante détruit la moindre ; quand l’on oppose les discours aux discours, ceux qui sont véritables et convaincants confondent et dissipent ceux qui n’ont que la vanité et le mensonge ; mais la violence et la vérité ne peuvent rien l’une sur l’autre.
     Qu’on ne prétende pas de là néanmoins que les choses soient égales : car il y a cette extrême différence que la violence n’a qu’un cours borné par l’ordre de Dieu qui en conduit les effets à la gloire de la vérité qu’elle attaque, au lieu que la vérité subsiste éternellement et triomphe enfin de ses ennemis ; parce qu’elle est éternelle et puissante comme Dieu même.

PascalLes provinciales, 1656, XII

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     Datée de septembre 1656, la douzième Provinciale répond aux Impostures où le jésuite et théologien Jacques Nouët traite Pascal d’impie, de bouffon, d’ignorant, d’imposteur, de calomniateur, de fourbe, d’hérétique et le déclare possédé d’une légion de diables. La protestation de Pascal dépasse son cas particulier car la persécution vise Port-Royal : l’assemblée du Clergé prépare en effet un formulaire condamnant Jansénius, l’évêque d’Ypres initiateur du mouvement janséniste destiné à être signé par tous les ecclésiastiques. Les religieuses de Port-Royal sont alors très exposées. Ce texte de Pascal est un symbole pour tous ceux qui sont exposés à la violence et à la persécution.

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