El sueño de la razón produce monstruos…


Goya (1746-1828) – autoportait, 1815.jpgFransisco de Goya (1746-1828) – autoportrait, 1815


Le sommeil de la raison produit des monstres …

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Los Caprichos (Les caprices), dessin préparatoire

    Los caprichos (Les Caprices, terme qui signifie dans ce cas « fantaisie ») est une série de 80 gravures satiriques de Goya dans laquelle il met en scène la société espagnole de la fin du XVIIIe siècle et en particulier la noblesse et le clergé. La série se compose de deux parties, la première apparaît comme une critique raisonnée de la société mais la seconde adopte une forme débridée mettant en scène des êtres monstrueux dans une vision fantastique. Cette série avait été inspirée à Goya par l’ouvrage écrit par l’écrivain espagnol Francisco de Quevedo (1580-1645),  » Suenos y discursos » (Songes et discours) dans lequel il racontait avoir rêver d’être en Enfer et avoir été en contact avec des démons et des pécheurs aux attributs d’animaux.

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Rêve 1er – Dessin préparatoire, 1797

Annotation sous l’image : « El autor soñando. Su intento solo es desterrar vulgaridades perjudiciales, y perpetuar con esta obra de caprichos, el testimonio solido de la verdad » (‘LAuteur rêvant. Son intention est seulement de dissiper les vulgarités préjudiciables et de continuer avec cette œuvre de caprices, le témoignage solide de la vérité .)

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El sueño de la razón produce monstruos – épreuve finale, 1799

      Cette estampe qui figure parmi celles les plus connues et dans laquelle Goya s’est représenté plongé dans le sommeil au milieu de ses outils de peintre épars et entouré d’une multitude de créatures inquiétantes crées par son imagination devait initialement servir de frontispice à la série Sueños (Songes) et porter le nom d’Ydioma universal (« Langage universel »). Le sommeil a pour effet de réduire l’action de la raison et l’imagination, par l’intermédiaire des cauchemars, ouvre la porte à l’action des puissances néfastes telles que la folie, la menace, la violence. Ces créatures grotesques et belliqueuses, hiboux, chauve-souris et félins représentent ceux qui dans la société espagnole de son temps faisaient régner sur les individus qui aspiraient à la liberté des Lumières un régime oppresseur tels les ignorants qui imposaient leurs préjugés, les hypocrites de tous poils, les fanatiques religieux de l’Inquisition, l’aristocratie toute puissante. La morale de la gravure est claire : il ne faut pas baisser la garde et conserver en toutes circonstances l’usage de la raison.


Dans le labyrinthe du Web : découverte de la dessinatrice Selma Joa

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Jesse Jacobs-porsusobrasleconocereis02

dessin de Jesse Jacobs

        Le Web est un labyrinthe immense où une errance sans fin nous amène à découvrir des lieux merveilleux ou terribles dont nous ne pouvions soupçonner l’existence, des individualités marquantes, des créations, des parcours de vie que nous n’aurions eu pratiquement jamais aucune chance de rencontrer « dans la vrai vie », celle de l’ère pré-historique de la communication où il était absolument nécessaire d’entrer en contact physique avec le lieu, la personne où un objet ou une oeuvre les représentant pour les atteindre et les découvrir, ce qui limitait grandement les possibilités d’accéder à la connaissance. Si les sujets qui faisaient l’objet de notre quête pouvaient être effectivement atteints par le jeu du hasard, force est de reconnaître, même pour ses détracteurs, que le Web, en multipliant les opportunités, permet d’étendre de manière presque infinie les champs de notre recherche et les occasions d’atteindre nos buts même si en même temps, par la découverte qu’il permet d’objets et de sujets surprises, il interfère sur notre manière de voir les choses.
    Voilà une manière un peu alambiquée de dire que dans le Web, en effectuant des recherches sur un sujet particulier, on fait des découvertes inattendues qui nous éloignent de notre but premier et nous aiguillent sur une toute autre voie. C’est ainsi que j’ai découvert un site original qui sort de l’ordinaire. Jugez plutôt…

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Trois petits tours : les créatures disloqués de Selma Joa

      Trois p’tits tours, c’est le blog consacré à la bande dessinée, aux illustrations et à la peinture de Selma Joa, une dessinatrice de talent qui rompt avec les codes habituels de la caricature et du dessin satirique et humoristique. Son style ? un style destructuré qu’elle qualifie de « disloqué » et qui n’appartient qu’à elle. Le style « disloqué » n’empêche pas une densité et une justesse du trait qui font que ses dessins apparaissent « travaillés »  dans un sens expressionniste et se distingue en cela du style habituel minimaliste de la caricature. J’aime beaucoup. On attend d’elle beaucoup d’autres dessins…  Pour vous rendre sur son blog, c’est  ICI.

Quelques dessins de Selma Joa (cliquez sur le dessin pour l’agrandir)

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religion : 2 poèmes irrespectueux de Jacques Prévert

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caricature_dieu

Pater noster

Jacques Prevert

No(s) Père(s) qui êtes aux cieux
Restez-y
Et nous nous resterons sur la terre
Qui est quelquefois si jolie
Avec ses mystères de New York
Et puis ses mystères de Paris
Qui valent bien celui de la Trinité
Avec son petit canal de l’Ourcq
Sa grande muraille de Chine
Sa rivière de Morlaix
Ses bêtises de Cambrai
Avec son Océan Pacifique
Et ses deux bassins aux Tuilleries
Avec ses bons enfants et ses mauvais sujets
Avec toutes les merveilles du monde
Qui sont là
Simplement sur la terre
Offertes à tout le monde
Éparpillées
Émerveillées elles-même d’être de telles merveilles
Et qui n’osent se l’avouer
Comme une jolie fille nue qui n’ose se montrer
Avec les épouvantables malheurs du monde
Qui sont légion
Avec leurs légionnaires
Aves leur tortionnaires
Avec les maîtres de ce monde
Les maîtres avec leurs prêtres leurs traîtres et leurs reîtres
Avec les saisons
Avec les années
Avec les jolies filles et avec les vieux cons
Avec la paille de la misère pourrissant dans l’acier des canons.

(Extrait de « Paroles » de Jacques Prévert, très légèrement modifié…)

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La Cène de la Bible d'Urtrecht, vers 1430

La Cène de la Bible d’Utrecht, vers 1430 : un monde d’hommes

Il sont à table
Ils ne mangent pas
Ils ne sont pas dans leur assiette
Et leur assiette se tient toute droite
Verticalement derrière leur tête.

(Extrait de « Paroles » de Jacques Prévert.)

la Cène par Bettina Rheims

La Cène vue par la photographe Bettina Rheims : un monde de femmes (presque…)

la Cène de Popeye

la Cène vue par les dessinateurs de Popeye

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