Tout se joue dans l’enfance ?


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    On parle souvent du Big Bang des origines de l’univers, mais pas si souvent du Big Bang que représente la fabrication du cerveau : 100 milliards de neurones se forment et se connectent. Il y a à peu près autant de neurones dans le cerveau que d’étoiles dans la Voie lactée.


     Seize jours après la fécondation, le cerveau est déjà né. Au départ, c’est une forme floue faites de cellules indifférenciées. Quatorze jours après la conception, trois couches de cellules sont déjà formées. La couche supérieure, l’épiblaste, va devenir le système nerveux et la peau. La couche inférieure, l’hypoblaste, correspondra aux organes internes, comme les intestins. Entre les deux, le mésoderme apparaît, une couche à partir de laquelle se forment les os et les muscles. L’embryon s’organise aussi selon un axe « tête-queue », le long d’une ligne primitive : la notochorde. C’est une structure cellulaire flexible, en forme de tige. La notochorde fonctionne comme un chef d’orchestre, transmettant des ordres aux cellules. C’est autour de cet axe, avec une tête et une queue, que l’organisme se structure. Ce processus, la gastrulation, peut être considéré comme l’événement le plus important de la vie. S’il n’avait pas lieu, notre organisme serait comme celui d’un ver.

La fabrication du cerveau par Hugo Lagerkrantz sur le site Sciences Humaine (sept.2010)


    Un article très intéressant portant sur la « synaptogenèse » du cerveau du jeune enfant trouvé dans le magazine L’uniscope du campus de l’Université de Lausanne (UNIL) – N° 621 de mars 2017. La chercheuse Claudia Bagni travaille sur les protéines qui jouent un rôle dans le processus d’élaboration du cerveau et dont le manque ou la détérioration peut être la cause de certains handicaps intellectuels chez l’enfant.

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Rappel : définitions

    La synaptogenèse est la formation des synapses qui sont des connections entre deux cellules nerveuses ou neurones. Bien qu’elle se produise tout au long de la durée de vie d’une personne saine, une explosion de la formation des synapses se produit au cours du développement précoce du cerveau.
  La synapse est l’endroit de connexion de deux neurones. Il s’agit d’une structure histologique où l’axone d’un neurone s’articule avec les dendrites d’un autre neurone. La transmission de l’influx nerveux de l’axone aux dentrites se fait grâce à l’intermédiaire d’un médiateur chimique (noradrénaline ou acétylcholine) .

Un procédé technique a permis de représenter la façon dont les neurones sont connectés entre eux entre eux. On voit par exemple comment ce neurone en rouge est connecté à cet autre neurone en vert (schémas 1 & 2). En s’approchant encore un peu, on distingue parfaitement l’espace entre les deux neurones : une fente qu’on appelle la synapse (schémas 2 & 4). Pour transmettre ses informations, le neurone situé avant la synapse libère des composés chimiques, ces petites boules blanches appelées neuro-transmetteurs (schéma 5), ils sont acheminées à travers la synapse vers le neurone situé après. C’est par ces échanges permanents entre neuro-transmetteurs que se transmettent toutes les informations entre les neurones de notre cerveau.  (crédit La Fabrique de cerveau – ARTE, Documentaire de Cécile Denjean, 2017)

 


Retour à la synaptogénèse

    « la synaptogénèse est un processus qui concerne la partie la plus élémentaire de la construction du système nerveux, c’est-à-dire le câblage. Sur ces câblages de base, l’interaction avec l’environnement va broder des variations extraordinaires qui concernent non seulement le nombre de cellules qui survivront, le nombre de synapses qui survivront entre ces cellules mais encore le niveau d’activité de ces synapses. On sait en particulier que les phénomènes d’apprentissage ne jouent pas tant au niveau de la modification des circuits que de la modification d’efficacité des circuits. Et cela, c’est toute l’importance de l’environnement, de ce que Jean Pierre Changeux appelle l’épigénétique, comparé à la génétique. Et ceci est une autre histoire. . .»

     « Il doit (…) y avoir des mécanismes de reconnaissance assez généraux entre catégories cellulaires et ensuite l’établissement de la fonction fait que chaque cellule va s’individualiser et va devenir véritablement différente de sa voisine. La synaptogénèse est très largement sous la dépendance du programme génétique intrinsèque à la cellule . Et ceci nécessite une quantité d’information génétique relativement faible puisque chaque cellule ou chaque catégorie cellulaire est dépositaire d’une petite fraction du message et la combinaison dans le temps et dans l’espace de ces informations extrêmement parcellaires conduit à la formation des réseaux nerveux à condition que tout se passe normalement dans le temps et dans l’espace c’est-à-dire d’abord que la prolifération ne soit pas modifiée. On sait que les mutations qui perturbent la prolifération cellulaire entrainent des malformations considérables du cerveau, des mutations qui perturbent la migration entraînent des modifications un peu moins importantes. Et finalement, les mutations qui perturbent la reconnaissance intra-cellulaire entraînent des malformations beaucoup plus faibles. Mais à chacune de ces étapes, la perturbation des mécanismes, soit dans le temps, soit dans l’espace entrainera une désorganisation de l’ensemble. Désorganisation qui est assez difficile à analyser lorsqu’il s’agit effectivement de lésions limitées. On peut faire l’hypothèse que cela corresponde, dans certains cas, à ce que les américains appellent «Minimal Brain Dysfunction», c’est-à-dire des enfants qui ne se comportent pas tout à fait normalement, qui ont des petits troubles soit moteurs, soit sensoriels, des problèmes scolaires. C’est une hypothèse raisonnable mais impossible à tester actuellement. »

Alain Privat (Laboratoire de Neurobiologie du développement de Montpellier)


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Human connectome project

 


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La fabrique du cerveau – ARTE
Documentaire de Cécile Denjean, 2017 – 53 mn

     « Dans les laboratoires du monde entier, la course au cerveau artificiel a déjà commencé. Enquête sur ceux qui tentent de transformer l’homme en être digital afin de le libérer de la vieillesse et de la mort.
Capture d_écran 2017-10-22 à 03.00.18       La science-fiction a inventé depuis longtemps des robots « plus humains que l’humain », mais ce fantasme n’a jamais été plus près d’advenir. Aujourd’hui, des neuroscientifiques et des roboticiens se sont donné pour objectif de créer un cerveau artificiel capable de dupliquer le nôtre. Leur but : extraire l’ensemble des informations « programmées » dans notre cerveau pour les télécharger dans une machine qui nous remplacera et vivra éternellement. Rêve ou cauchemar ? Du Japon aux États-Unis, pionniers en la matière, Cécile Denjean (« Le ventre, notre deuxième cerveau ») enquête aux frontières de la science et de la fiction, sur des recherches aux moyens démesurés. Éternité digitale La « brain race » (« course au cerveau ») a aujourd’hui remplacé la « space race » (« course spatiale »). Après le séquençage du génome, la cartographie complète des connexions neuronales humaines, le Connectome, constitue le nouvel horizon de nombreuses recherches en cours. Cette « carte » du cerveau, récemment esquissée, comporte encore beaucoup de zones inexplorées. Pourra-t-on un jour « télécharger » les données d’une conscience individuelle comme on installe un logiciel ? Les enjeux diffèrent considérablement selon les acteurs. Dans le cas de grands projets scientifiques financés par les gouvernements, il s’agit de mieux comprendre le cerveau. Pour les transhumanistes, le but avoué est d’atteindre l’immortalité. Quant à l’empire Google, qui s’y intéresse également de près, il ambitionne de créer une intelligence capable d’apprendre et d’interagir avec le monde. Cette quête insensée, si elle aboutit un jour, offrira-t-elle l’éternité digitale à quelques milliardaires ? Donnera-t-elle naissance à une intelligence artificielle mondiale et désincarnée ?  »  

À voir absolument pour comprendre où l’on 
nous mène sans nous demander notre avis…  


Transcender l’humain

Transcender : du latin transcendere de scando « monter » avec le préfixe trans-.
1) Faire dépasser à quelque chose ou quelqu’un ses limites habituelles, normales.
(Religion) L’essence de Dieu est inconnaissable, non seulement pour nous, mais en soi, parce qu’elle transcende toute catégorie, parce que Dieu est superessentiel.  (Louis Rougier, Histoire d’une faillite philosophique: la Scolastique, 1966)   –  (Wictionnaire)


Pour en savoir plus


Et si René Girard avait raison ? – les neurones miroirs


Et si René Girard avait raison ?

René Girard

René Girard (1923-2015)

       René Girard est un anthropologue et philosophe français qui a effectué toute sa carrière aux Etats-Unis et dans les dernières années, à l’université de Standford en Californie au cœur de la Silicon Valley. Il a découvert à l’orée des années soixante le principe du « caractère mimétique du désir » qui défend l’idée que tout désir est l’imitation du désir d’un autre que l’on érige en modèle à imiter.  Ce concept a été exposé dans son premier ouvrage publié en 1961 : Mensonge romantique et Vérité romanesque. Il prolongera sa réflexion dans le domaine cette fois de l’anthropologie en expliquant l’origine de la violence dans les sociétés par la rivalité mimétique qui s’instaure entre ses membres pour la possession des objets, rivalité qui risque dans son développement paroxysmique de détruire l’ensemble de la société. René Girard appelle cet antagonisme généralisé qu’Hobbes dans son temps avait appelé « la guerre de tous contre tous », la « crise mimétique ». Celle-ci, pour être désamorcée nécessitera, si le groupe ne veut pas être détruit, et de manière presque mécanique, un report de la violence de l’ensemble des membres du groupe contre un seul individu qui focalisera sur lui la totalité de la violence et permettra à celle-ci de se décharger en limitant les dommages. La guerre de « tous contre tous » est devenue de ce fait la guerre de « tous contre un ». L’éthologie a montré que déjà, chez les chimpanzés, la réconciliation à l’intérieur de la communauté peut être facilitée par la projection de l’agressivité sur un ennemi extérieur et l’instinct de réconciliation est dans ce cas utilisé dans une démarche belliciste. Chez l’homme, la victime émissaire qui a été sacrifiée pour le bien commun a sauvé le groupe  et va alors endosser de la part de la communauté un statut spécial de caractère «sacré» car elle a montré dans l’épreuve qu’elle disposait d’un pouvoir transcendant et surnaturel qui lui a permis de sauver le groupe. René Girard voit dans ce sacrifice qui a longtemps accompagné les pratiques religieuses l’origine du phénomène religieux archaïque. Il a exposé cette thèse dans un second ouvrage, La violence et le sacré paru en 1972. Dans son troisième ouvrage, Des choses cachées depuis la fondation du monde paru en 1978, il va s’intéresser cette fois au processus d’humanisation par lequel l’homme a émergé de l’animalité. Constatant chez les primates anthropoïdes un fort degré de mimétisme et une régulation de la violence résultant du désir d’appropriation par la soumission au mâle dominant, René Girard imagine que pour maintenir la paix et la stabilité, après le sacrifice de la première victime émissaire, un processus de reconduction du sacrifice aurait été enclenché par le groupe instaurant par ce fait un mécanisme de gestion et de prévention de la violence. Ce sont les interdits et les pratiques rituelles en rupture avec les manifestations instinctives innées qui accompagnaient ce processus qui seraient à l’origine de la religion, de la culture et de la pensée symbolique en accompagnement de l’augmentation du volume du cerveau.

    Il manquait à cette hypothèse développée par René Girard la caution biologique et celle des neurosciences, la découverte récente des neurones miroir qui gèrent des relations de caractère mimétique entre les individus et le fonctionnement de processus cognitifs fondamentaux a apporté de l’eau au moulin du philosophe et conforte l’ensemble de ses théories.


La découverte des neurones miroir

architectures du cerveau et du neurone

    Dans les années 1990, les chercheurs d’une équipe de scientifiques italiens de la faculté de médecine de Parme, l’équipe du médecin et biologiste Giacomo Rizolatti, qui menaient des expériences sur l’activité cérébrale chez le singe, ont fait une découverte majeure dans le domaine des neurosciences. Ils ont découvert que certains neurones occupant des aires fonctionnelles bien déterminées du cerveau d’un singe macaque rhésus (cortex prémoteur ventral et partie rostrale du lobule pariétal inférieur) qui étaient activés (potentiels d’action) au moment de l’exécution d’un mouvement l’étaient également lorsque le singe était immobile mais qu’il voyait ou entendait un autre individu réaliser une action similaire ou même simplement se préparer à l’accomplir. Ainsi, il apparaît que ce sont les mêmes aires fonctionnelles du cerveau qui sont activées durant l’exécution d’une action que lors de son imagination par le sujet. C’est la raison pour laquelle, ces neurones ont été appelés «neurones miroirs». Certains spécialistes préfèrent par précaution employer les termes de «système miroir» ou «système de neurones miroirs». Ces neurones miroirs existent chez les humains, dans des configurations bien plus complexes et avec des capacités bien plus sophistiquées. Chez l’homme, ces neurones miroirs joueraient un rôle essentiel dans le fonctionnement des processus cognitifs (perception, mémorisation, raisonnement, émotions) impliqués dans les relations et activités sociales, en particulier dans les processus d’apprentissage par imitation, le langage, l’art et les relations affectives telles l’empathie et la compréhension d’autrui.

    Certains chercheurs se sont attachés à établir un lien entre les neurones miroirs et la théorie visionnaire anthropologique développée par René Girard du désir mimétique. C’est le cas  en particulier du neuropsychiatre et écrivain Jean-Michel Oughourlian, l’un des plus anciens collaborateurs d’André Girard.


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