la plus vieille ancienne caricature antireligieuse connue en Occident

––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

     Dés l’apparition du christianisme, celui-ci est l’objet d’attaques de la part des religions qu’il cherche à évincer. Ces attaques sont menées sous forme littéraire, dessinée ou théâtrale, souvent sarcastique, voire satirique. Au IIe siècle, Tertullien, un écrivain de la ville de Carthage située en Afrique du Nord converti au catholicisme se plaint du fait que le dieu des chrétiens était représenté par les adversaires païens de la nouvelle religion comme un dieu-âne vêtu d’une toge, porteur d’oreilles d’âne avec un pied en sabot et tenant un livre à la main.
     Les archéologues ont effectivement retrouvé à Rome un graffiti antique des premiers temps du christianisme représentant un personnage crucifié muni d’une tête d’âne et devant lequel s’affaire un croyant avec cette inscription : « Alexamène adore Dieu ». Pouvait on alors reprocher aux adeptes des religions païennes polythéistes dont les croyances étaient menacées par l’arrivée d’un Dieu unique qui ne souffrait aucune concurrence de manifester par la dérision leur opposition à cette prétention ?

Rome - Alexamène adore Dieu

La plus ancienne caricature : Jésus-Âne  en Croix, conservée au Musée Kircher à Rome. Découverte sur le Palatin à Rome en 1857, cette caricature tracée au stylet sur le plâtre d’une maison, date du temps des persécutions. Elle représente un personnage à tête d’âne, attaché à la croix, et une autre personne dans l’attitude en usage parmi les païens pour exprimer l’adoration, avec cette inscription : « Alexamène adore son Dieu ». Ce graphite a dû être tracé par quelqu’un qui voulait tourner en ridicule une connaissance accusé d’être chrétien.

   °°°

––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Actualité : théorie de l’évolution ou quand les obscurantismes se rejoignent…

––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––.

Capture d’écran 2014-01-08 à 08.03.29 Capture d’écran 2014-01-08 à 08.03.53

  dessin de Boligan

      De plus en plus de sympathisants républicains ne croient pas à la théorie de l’évolution. En cinq ans, parmi les personnes qui se déclarent républicaines, le pourcentage de celles qui disent adhérer aux théories modernes de l’évolution a baissé de 11 points, pour atteindre aujourd’hui 43 %, selon une étude du Pew Research Center. A l’inverse, cette proportion n’a quasiment pas varié chez les démocrates, atteignant 67 %. « C’est un nouveau signe du fossé de plus en plus large qui sépare les deux partis », commente l’hebdomadaire Christian Science MonitorMême en tenant compte de l’éducation, de la race ou de l’engagement religieux, l’étude montre une nette accentuation des différences partisanes, souligne l’hebdomadaire. Quand le Pew Research Center a commencé à mesurer les différences entre les sympathisants des deux partis sur des questions de valeurs en 1987, la différence moyenne était de 10 points. En 2012, elle atteignait 18 points. C’est principalement au cours des mandats de George W. Bush et Barack Obama que ces écarts se sont creusés.
    Les plus sceptiques sur l’évolution restent les évangéliques protestants blancs, qui constituent une puissante force politique conservatrice et jouent un rôlé clé dans le mouvement ultraconservateur du Tea Party. Près des deux tiers d’entre eux rejettent purement et simplement la théorie de l’évolution et affirment que « les hommes et les autres êtres vivants ont existé de tout temps sous leur forme actuelle », contre un tiers des Américains dans leur ensemble.
.
.
°°°
.
––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
.
Capture d’écran 2014-01-08 à 08.28.18
.
La montée du créationnisme musulman par Salman Hameed

Les populations des pays musulmans ne sont pas hostiles à la science, mais elles rejettent globalement la théorie de l’évolution. En cause : une confusion entre darwinisme et matérialisme, habilement entretenue par des intégristes très actifs.

Début 2007, biologistes et anthropologues des universités américaines ont reçu en cadeau un ouvrage de 850 pages qu’ils n’avaient pas demandé : l’ Atlas de la Création, écrit par un musulman créationniste, Adnan Oktar sous le pseudonyme d’Harun Yahya. Un envoi analogue avait été fait en France un an auparavant. Cette campagne est un signe : ces vingt dernières années, la controverse au sujet de l’enseignement de l’évolution s’est surtout développée aux États-Unis, mais la prochaine grande bataille à ce sujet devrait se dérouler dans le monde musulman c’est-à-dire dans les pays à majorité musulmane, mais aussi dans les pays où il y a de fortes minorités musulmanes. Ces pays constituent un terreau fertile pour le refus de l’évolution en raison de la faiblesse du niveau d’éducation et de l’absence de connaissances suffisantes des idées évolutionnistes. Par ailleurs, il existe déjà un mouvement créationniste islamique dont l’influence devient de plus en plus grande .

L’évolution biologique reste un concept relativement nouveau pour la majorité des musulmans, et aucun débat sérieux sur sa compatibilité avec la religion n’a encore eu lieu. Il est probable que l’opinion publique se formera sur cette question dans les dix prochaines années, en raison de l’élévation du niveau d’éducation dans le monde musulman et de l’importance croissante des sciences biologiques.

Tout comme il n’existe pas d’islam monolithique, il n’y a pas non plus d’opinion « officielle » sur l’évolution. En effet, il existe dans le Coran des versets qui parlent de la création de l’Univers, ainsi que des êtres vivants sur Terre, mais les détails spécifiques n’y sont souvent pas exposés. Par exemple, la narration de la création dans le Coran comporte une version de la création en 6 jours. La longueur de chaque jour n’est cependant pas précisée de manière claire. Un des jours a été défini comme « ayant la durée de mille ans, selon votre calcul » ou comme « un jour dont la durée est de cinquante mille ans ». L’ambiguïté qui en résulte laisse ouverte la possibilité d’une Terre très vieille. En fait, le créationnisme « Jeune-Terre » * est absent du monde musulman, et l’idée d’un Univers âgé de milliards d’années est communément acceptée. Au sujet de l’évolution biologique, les universitaires musulmans, ainsi que les écrivains célèbres soutiennent des opinions diverses qui représentent un large spectre d’idées culturelles et politiques, de la Turquie laïque jusqu’à la monarchie conservatrice d’Arabie saoudite en passant par les diasporas musulmanes d’Europe et des États-Unis.

La plupart du temps, l’opposition à l’évolution n’est pas liée à un verset du Coran en particulier, mais plutôt à la menace sociale et culturelle que cette théorie représente pour les musulmans. Adnan Oktar a largement emprunté sa « science » à l’Institute for Creation Research et, plus récemment, au mouvement du « dessein intelligent » aux États-Unis. Son organisation, basée en Turquie, a produit des documentaires anti-évolutionnistes, des centaines de pamphlets, des livres, et les a rendus accessibles au téléchargement gratuit sur son site Internet. Comme l’idée d’une Terre ancienne n’est pas controversée parmi les musulmans, il installe sans difficulté le créationnisme biologique dans un Univers âgé de milliards d’années. Son opposition se focalise plutôt sur le risque social et culturel posé par l’évolution qui se traduit par une tendance au matérialisme et à l’athéisme.

Théorie ou idéologie

 Certains éminents universitaires musulmans enseignant dans des institutions occidentales rejettent aussi l’évolution. Par exemple, Seyyed Hossein Nasr, professeur d’études islamiques à l’université George Washington, considère la théorie de l’évolution comme une idéologie : « La théorie de l’évolution est le piquet de la tente qu’est le modernisme. Si elle venait à tomber par terre, la tente entière s’écroulerait sur la tête du modernisme. Par conséquent, on la conserve en tant qu’idéologie et non en tant que théorie scientifique qui a été prouvée . »

Beaucoup d’autres, toutefois, acceptent des interprétations diverses de l’évolution. Souvent, ils trouvent une justification de leur acceptation dans le contexte du Coran ou en attribuant la théorie à des philosophes musulmans de l’époque médiévale. Par exemple, le philosophe et poète indien Mohammed Iqbal, alors qu’il avait approuvé à contrecoeur l’évolution, en crédita Al-Jahiz, un philosophe du IXe siècle, et qualifia le penseur du XIe siècle Ibn-Maskwaih de « premier penseur musulman à apporter une théorie claire et profondément moderne en beaucoup de points sur l’origine de l’homme ». De fait, quelques philosophes musulmans du Moyen Âge ont développé des théories connues à leur époque sur l’origine commune des espèces, mais aucun n’a postulé de mécanisme semblable à la sélection naturelle.

Cependant, la plupart du temps, ces approches excluent l’évolution humaine. Certains ont toutefois emprunté des voies ingénieuses pour réconcilier l’islam avec les preuves de l’existence d’anciennes espèces d’hominidés. Par exemple, Maurice Bucaille, célèbre dans le monde musulman pour son livre affirmant qu’une grande partie des découvertes scientifiques modernes avaient déjà été mentionnées dans le Coran, accepte l’évolution animale jusqu’aux premières espèces d’hominidés. Il conçoit ensuite séparément une autre branche d’évolution des hominidés qui conduirait aux humains modernes. Ces idées évolutionnistes sont bien loin de la théorie de l’évolution acceptée par les biologistes du monde entier.

Par ailleurs, de nombreux universitaires biologistes et médecins musulmans acceptent l’évolution de façon similaire aux scientifiques religieux orientaux. Bien qu’ils soient peu nombreux, cette population éduquée représente une minorité qui peut influencer les décisions politiques.

On ne connaît que très peu l’opinion générale sur la science dans les pays musulmans, et encore moins celle sur la question spécifique de l’évolution. Une enquête récente sur l’acceptation de l’évolution par la population dans 34 pays inclut un pays musulman, la Turquie. L’étude a révélé qu’environ 25 % des Turcs sont d’accord avec l’énoncé « Les êtres humains comme on les connaît se sont développés à partir d’espèces animales antérieures », ce qui est bien au-dessous du chiffre atteint aux États-Unis 40 %. Ce résultat est on ne peut plus inquiétant quand on sait que la Turquie est l’un des pays musulmans les plus éduqués et l’un des plus laïcs.

Récemment, une étude sociologique analysant les comportements religieux dans des pays musulmans Indonésie, Pakistan, Égypte, Malaisie, Turquie, et Kazakhstan comportait une question sur l’évolution comme un exemple d’idée qui contredit une « conviction religieuse fondamentale largement partagée par les musulmans ». Les personnes interrogées devaient répondre à la question : « Êtes-vous d’accord ou non avec la théorie de l’évolution établie par Darwin ? » Seuls 16 % des Indonésiens, 14 % des Pakistanais, 8 % des Égyptiens, 11 % des Malaisiens, et 22 % des Turcs pensent que la théorie de Darwin est vraie ou probablement vraie. L’ancienne république soviétique du Kazakhstan, qui montre des différences de comportements religieux par rapport aux autres pays de l’étude, présente la plus grande proportion d’acceptation de la théorie de l’évolution. En fait, seuls 28 % des Kazakhs pensent que la théorie de l’évolution est fausse, pourcentage plus bas que celui de la population américaine 40 %.

Ces résultats dressent un tableau déprimant. Cependant, la question concernant l’évolution reste fortement liée à la manière dont est comprise la notion d’évolution par les personnes interrogées. Cela constitue notamment un problème lorsque, dans le monde musulman, beaucoup, voire presque tous, confondent évolution et athéisme, et considèrent que l’évolution est nécessairement opposée à la religion.

L’évolution au lycée

 Aussi, bien que les résultats de l’enquête puissent sembler indiquer une situation désespérée, la réalité du terrain est plus compliquée. Le programme des lycées de nombreux pays musulmans comporte de la biologie évolutionniste. Les académies des sciences de 14 pays musulmans, dont le Pakistan, l’Iran, la Turquie, l’Indonésie et l’Égypte, ont récemment conclu un accord en faveur de l’enseignement de l’évolution, incluant l’évolution humaine, par l’intermédiaire de l’Interacademy Panel IAP, réseau mondial des académies scientifiques .

Toutefois, la biologie comme les autres matières est souvent enseignée dans un cadre profondément religieux. Par exemple, au Pakistan, où il n’existe pas de séparation entre religion et État, le but du programme national de biologie des classes de 3e à la terminale est de « rendre les élèves capables de reconnaître que Dieu … est le Créateur et le Gardien de l’Univers » , et les manuels scolaires contiennent les versets du Coran relatifs à l’origine et à la création de la vie. Les manuels de biologie contiennent un chapitre sur l’évolution, et la théorie évolutionniste y est présentée comme un fait de science. Néanmoins, dans le manuel de biologie destiné aux classes terminales, l’épigraphe du chapitre sur l’évolution est le verset coranique « c’est Lui qui vous a créés à partir d’un être unique ». En dehors de cette épigraphe, il n’y a aucune référence religieuse à la création ou à l’évolution dans les autres chapitres, ni dans les questions proposées en ouverture. Bien que la théorie de l’évolution soit présentée comme un fait, en dépit du texte de l’IAP, l’évolution humaine n’est pas mentionnée dans ces manuels. Les chapitres complémentaires sur l’évolution soulignent, en revanche, les orientations pratiques de la biologie comme la santé, l’environnement ou les biotechnologies.

Entre islam et science

Anila Asghar et Brian Alters, de l’université McGill à Montréal, ont récemment interrogé 18 professeurs de science dans des écoles pakistanaises situées à Karashi et Lahore. Ils ont trouvé que tous préféraient l’utilisation d’explications religieuses de la création du monde, mais la plupart présentaient à leurs élèves les deux perspectives, scientifique et religieuse, lorsqu’ils enseignaient l’évolution biologique. La plupart 14 sur 18 acceptaient, ou du moins tenaient pour possible, l’évolution des organismes ; mais en même temps, 15 sur 18 rejetaient l’évolution des êtres humains. Tous s’accordaient sur le point qu’il n’existe aucune contradiction entre islam et science.

On a aussi retrouvé ces attitudes contradictoires dans une récente étude sur 25 élèves d’universités musulmanes venus de Turquie ou du Maroc et qui étudiaient différentes disciplines aux Pays-Bas. La plupart d’entre eux acceptaient la microévolution, mais presque tous contestaient la macroévolution. Ils reliaient en effet cette idée à des inclinations athéistes mais aussi au fait qu’il serait peu probable que des espèces complexes apparaissent simplement sous l’effet de mutations au hasard. Toutefois, aucun d’entre eux n’a émis de sentiment hostile à la science, ni n’a entrevu de tension significative entre islam et science .

Il paraît donc nécessaire que le message sur l’évolution dans le monde musulman soit formulé de manière à souligner les applications pratiques et montrer que cette théorie constitue le fondement de la biologie moderne – et ainsi tirer parti de l’existence d’une attitude favorable à la science. Les académies nationales des pays musulmans auront besoin d’adapter les spécificités du message aux réalités politiques et culturelles de leurs pays respectifs. Dans le monde musulman, la religion joue un rôle très important sur la scène sociale et culturelle, et par conséquent, nos discussions avec la population doivent en tenir compte. En tant que scientifiques, nous devons présenter, sans compromis, la meilleure science possible. Les idées évolutionnistes sur les origines de l’être humain doivent peut-être faire face à de nombreux obstacles, mais on peut encore croire à la possibilité d’un accord pacifique avec la religion. Malgré tout, les initiatives qui relient évolution et athéisme risquent de couper court au dialogue, et une large majorité de musulmans rejetteront alors l’évolution.

CONTEXTE 

Début 2009, le vice-président du Conseil de la recherche scientifique et technologique turc, qui édite le magazine Science et Technique, a demandé la suppression d’un article de 16 pages consacré à Darwin. Ce cas de censure n’est pas isolé en Turquie. En 2008, des groupes créationnistes étaient parvenus à faire bloquer légalement l’accès au site Internet de l’évolutionniste britannique Richard Dawkins. Après les pays de tradition chrétienne, États-Unis en tête, les opposants à la théorie de l’évolution ont ouvert un front dans le monde musulman.

évolution – 30/04/2009 par Salman Hameed dans mensuel n°430 à la page 56 à retrouver sur le site La montée du créationnisme musulman | La Recherche
.
°°°
Salman Hameed
  • Associate Professor of Integrated Science & Humanities (Endowed Chair) at Hampshire College
  • Director, Center for the Study of Science in Muslim Societies (SSiMS)
  • 2001-2005: Five College Astronomy Department Research and Education Fellow atSmith College/UMass-Amherst
  • 2001: PhD. in Astronomy from New Mexico State University, Las Cruces
  • 1994: B.S. in Physics & Astronomy from State University of New York, Stony Brook
.
°°°
.
–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––