En quête des dragons des Alpes : le savant suisse Johann Jakob Scheuchzer (1672-1733)

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Dragon des Alpes

      Dans son essai « Devant les images, des corps : images populaires des gens de la montagne », l’historien Christophe Gros décrit comment, au XVIIIe siècle, des esprits éclairés sont encore influencés par les légendes  des dragons des Alpes; Parmi ceux-ci, le très réputé savant suisse Johann Jakob Scheuchzer (1672-1733) est tellement convaincu de leur existence qu’il entreprend des recherches de terrain :

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 » Itinera alpina  » par Johann Jakob Scheuchzer, vers 1702-1711

« II parcourt à pied les Alpes helvétiques de 1702 à 1710. Ses étudiants, parfois son frère et ses six fils l’accompagnent et continueront son oeuvre. II rédige des ouvrages de renommée européenne en tant que membre de la Royal Society de Londres. Son livre, Itinera Alpina, parait en 1708 avec l’imprimatur du président de la societe, Isaac Newton. II renoncera, même poussé par Leibniz, ä devenir en fin de carrière le médecin du jeune tsar Pierre le Grand et milite pour la tolérance religieuse suite aux guerres du Toggenbourg. La fameuse question des dragons est évoquée lors des 5e, 6e et 7e voyages, des 1705 : «L’an 1603, le 10 septembre au soir à 22 heures, on a vu voler un dragon enflammé et luminescent […].» II établit une veritable histoire des dragons en precisant qu’il «se limite à une description historique circonstanciée, répartie par cantons portant sur les dragons suisses, et sur la base de témoignages écrits, authentifiés ou encore de récits oraux transcrits par moi-même.» Sont passées en revue les apparitions aussi sous la forme des légendes de fondation, comme à Burgdorf, selon laquelle deux héros jumeaux luttent contre un dragon gardien du Trou du Dragon (lieu-dit); grotte appelée Beatushöhle, très souvent gravée et photographiée encore aujourd’ hui. C’est à Lucerne qu’ on observe la plus haute fréquence de récits populaires et de récits de pelerins passant le Gothard, notamment ceux de prélats irlandais et anglais, de commercants venitiens et hollandais; enregistrés par les clercs locaux qui doutent, interrogent, décrivent et fournissent un abondant corpus d’enquête. Et en final l’auteur appelle de ses voeux une comparaison des dragons étendue aux pays voisins de l’arc alpin. Un dragon est identifiable ä sa grandeur, sa barbe sous le menton, son ordre inverse des dents, sa couleur noire, ou cendre ou rouge feu, sa large ouverture de gueule, son siffiement effrayant et lugubre, et enfin ä ses ailes. (…) Surexploitées par les éditeurs en mal de sensationnalisme ces onze gravures sont adoptées comme des stereotypes sur les superstitions des montagnards. L’intention du savant ainsi que ses images de dragons sont détournées et sorties de leur texte explicatif. Un indécrottable discrédit tombe sur Scheuchzer et avec lui sur la société traditionnelle de la montagne. Lors de la seconde édition des Itinera, J. G Sulzer (1720-1779), éditeur-commentateur, trahit la démarche et inaugure la moquerie contre les superstitions populaires. Les dragons seront dorénavant, aux yeux des Philosophes, les traces du délire d’un peuple ignorant et pieux, que l’Encyclopédiste ou l’Idéologue (plus tard l’instituteur ou le psychanalyste) se doivent d’extirper des consciences, en transformant ces récits en légendes effrayantes et attirantes. Les images sont dorénavant dissociées des moeurs et produites en atelier dans les grandes capitales par des professionnels qui ne parcourent pas la montagne. Dans les rééditions du 18e et toujours dans les récentes Histoires des Alpes, l’image du dragon n’est à l’abri d’aucun emprunt répété, souvent même de seconde main, détourné jusque dans les renvois. Ainsi est mis à disposition un stock d’images plus délirantes que les expériences des indigènes et le sérieux du savant. Et pourtant nul mieux que Scheuchzer, avant l’éveil du romantisme et des folkloristes-ethnographes, n’a eu de cesse de bâtir une représentation fidèle des croyances populaires assumées. Ses tableaux, cartes et illustrations s’ordonnent toujours en fonction d’un lecteur ou d’un observateur implicite. Cet observateur, curieux et réfléchi, est souvent représenté dans le paysage de la gravure ou de la vue d’une ville. Objet de toutes ses attentions d’auteur, il est respecté comme un penseur savant, qui prend note, trace les perspectives mathématiques, questionne les indigènes, commente les sources dûment verifiables, et, enfin, argumente afin de parvenir à une certitude. Toute la démarche du Bergwanderer, ce fameux «Excursionniste», va dans le sens d’une ouverture d’un monde de visibilite et d’intelligibilité. Et le vocable grec ancien «ouresiphoites» désigne la demarche de l‘«Excursionniste» qui, bâton à la main, et prose en bouche, va parcourir le monde alpestre. (…) Scheuchzer fait etat de ses désagréments (marches, transports d’instruments, arpentages, dessins de vues, prospects, hebergements, intempéries), mais «l’accompagnement et la compagnie des gens d’alpage, honnêtes et vieux confédérés, a adouci largement toutes les maussaderies rencontrées au demeurant».
Christophe Gros, « Devant les images, des corps : images populaires des gens de la montagne »

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Dans son  » Itinera alpine «  Scheuchzer consacre un chapitre entier à décrire et dépeindre diverses rencontres avec ces créatures. Des histoires racontent des serpents avec des membres ou les visages presque humains ou deux queues et deux langues, avec un corps recouvert d’écailles. 

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Toujours dans son  » Itinera alpine «  Scheuchzer raconte que des témoins oculaires auraient observé à un dragon volant ( Draconum de alatum) avec un souffle de feu dans une localité non précisée des Alpes suisses.

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Témoignages de l’époque sur la présence de dragons en Suisse

     Ces témoignages ont été recueillis par Johann Jakob Scheuchzer lui-même ou retransmis par l’éditeur Johann Georg Sulzer dans la traduction allemande de la « alpina Itinera  » publiée en 1746 sous le titre« Natur-Geschichte des Schweizerlandes (histoire naturelle du pays de Swiss).

       » À l’été de l’année 1717 Joseph Gackerer de Neftls (…) à une demi-heure de Glaris (…) a rencontré un animal avec la tête d’un chat, avec des yeux qui sortait, il fut longtemps un pied, avec un corps épais, quatre membres, et quelque chose comme seins en suspens depuis le ventre, la queue était un pied de long, le corps entier était couvert d’écailles et de couleur. L’homme a violé avec un bâton; il était doux et plein de sang empoisonné, de sorte que de quelques gouttes déversées, sa jambe est devenu enflée. J’e demandé à monsieur Tschudi, pasteur à Schwanken, sil trouverait une personne honnête qui pourrait chercher les os de cette personne, et en Avril 1718, il m’en fit envoyer certains à moi, que je tiens dans la collection comme des spécimens rares. »

       » Du dragon maléfique voilà ce que l’on peut dire (…) Il ya quelques années, un honnête homme nommé Mcyer; au-dessus du village de Ommen, à l’ombre d’un grand sapin a vu un dragon. Il avait des jambes et des ailes tachetées de rouge et luisant comme l’argent. Quand il reprenait haleine, cela sonnait comme un soupir et de temps en temps, il secouait ses ailes. L’homme s’en retourna et dit qu’il avait vu. Deux jours après, il y eut une tempête de grêle, ce qui confirme ce que croient communément les habitants que des tempêtes sévères se produisent après qu’un dragon eut été repéré. Ce ne serait pas sans raison car nous savons que, après la dilution de l’air et avant qu’il ne pleuve, les créatures comme les serpents, les lézards et les animaux similaires ont tendance à sortir de leurs trous . « 

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N’est-il pas mignon, celui là ?

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article lié :

Dragon observé au mont Pilate –  Ouresiphoites Helveticus, sive itinera per Helvetiae alpinas regiones, 1723.

le mont Pilate en Suisse et son dragon.
On raconte qu’après sa mort le corps de Ponce Pilate a été placé près d’un petit lac sur le Mont Pilate, dans le canton de Lucerne. La légende rapporte que chaque Vendredi Saint, Pilate sortait de sa tombe pour aller laver ses mains ensanglantées dans le lac. 
     Si quiconque essayait de défier la domination de Pilate sur la montagne, de grands orages s’abattraient sur les villages dans les vallées situées dans les environs. Ainsi, il était interdit d’escalader la montagne. En 1585, un prêtre et quelques citadins ont décidé de tester la véracité de cette histoire et se sont rendus au pied de la montagne où ils ont fait un terrible tintamarre. Rien ne se passa, on conclus donc que la légende était sans fondement.

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