Illustres illustrateurs : représentation de « l’eau violente » par le britannique William Henry Bartlett (1809-1854)

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william-henry-bartlett-1809-1854      William Henry Bartlett (1809-1854) est un illustrateur anglais né à Londres. Mis en apprentissage en 1822  chez John Britton, un architecte et antiquaire, en 1822, il y reçut une éducation à la fois théorique et pratique en étudiant et copiant des dessins architecturaux du passé et en visitant, avec Britton, des ruines anglaises célèbres ; il en fit des dessins détaillés qui devaient être gravés et devaient orner les propres publications de Britton. Au début, ces dessins étaient purement architecturaux, comme en témoignent ceux qui furent publiés dans le dernier tome de l’ouvrage en cinq volumes de Britton, The architectural antiquities of Great Britain [], paru à Londres en 1826 mais plus tard,  en 1836, leur qualité paysagère poussèrent Britton à les publier dans un livre, Picturesque antiquities of the English cities []Bartlett a également illustré de ses nombreux dessins le livre de l’auteur écossais William BeattieThe Danube, its history, scenery, and topographie, paru à Londres en 1844. Bien que son apprentissage fut terminé, il continua à travailler comme compagnon pour Britton, tout en exécutant des dessins pour d’autres éditeurs londoniens, c’est ainsi qu’il a réalisé les illustrations pour le livre,  Switzerland illustrated, publié en 1836 par l’éditeur George Virtue. pour ce faire, Bartlett a envoyé 108 dessins à la plume, au crayon et à la sépia à des graveurs, formés par l’artiste Joseph Mallord William Turner, qui les ont gravè à l’eau-forte sur des planches en acier. Les milliers de reproductions qu’on en a tiré témoignent de la réussite de Bartlett à satisfaire le goût populaire pour les sites pittoresques et le sublime des paysages de montagnes.

William Henry Bartlett (1809-1854), Stich von James Charles Armytage (um 1820-1897) - Der Rheinfall.William Henry Bartlett (1809-1854), Stich von W. Hill. - Der Rheinfall..

 William Henry Bartlett – Représentations des Chutes du Rhin à Schaffhausen, 1836

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Les cours d’eau et les cascades du Canada : l’eau violente

     Bartlett s’est rendu à quatre reprises en Amérique du Nord : en 1836–1837 aux États-Unis pour réaliser des illustrations destinées au livre de Nathaniel Parker Willis intitulé American scenery […] , en 1838 au Canada afin d’exécuter des dessins pour un autre livre de Willis, Canadian scenery illustrated […], puis en 1841 et en 1852. Lors de ces voyages, il a représenté de nombreux paysages dans lesquels sont mis en scène les fleuves, les rivières  et les chutes d’eau, thème pour lequel ses précédentes représentations des chutes du Rhin à Schaffhausen de 1836 montraient qu’il excellait. Parmi les nombreuses gravures réalisées lors de ses voyage en Amérique du Nord, nous nous sommes limités à publier quelques unes de celles relevant de ce thème.

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W. H. Bartlett – Split Rock, St. John River (Canadian Scenery)

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W. H. Bartlett – Bridge at Bytown, Upper Canada (Canadian Scenery)

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W. H. Bartlett – Mill on the Rideau River, near Bytown (Canadian Scenery)

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W. H. Bartlett – Timber Slide and Bridge on the Ottawa river (Canadian Scenery).

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Ses représentations des chutes du Niagara : une dimension sublime

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W. H. Bartlett – Niagara Falls (from the top of the Ladder, on the American Side), 1839

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W. H. Bartlett – Niagara Falls from the ferry., 1837

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W. H. Bartlett – View Below Table Rock – Niagara Falls, New York ‘American Scenery), 1839

À comparer avec deux anciennes carte postales réalisées à partir de photographies

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À gauche, carte postale de 1910 : point de vue sur la chute canadienne depuis Goat Island («Horseshoe Falls»). À droite, carte postale de 1907 : point de vue classique sur la chute américaine («American Falls, from Prospect Point. Niagara Falls»).

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articles liés sur les chutes d’eau et les cascades

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Chateaubriand : les forêts d’Amérique

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François-René de Chateaubriand (1768-1848)

François-René de Chateaubriand (1768-1848)

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Le Génie du christianisme, I, V, chapitre 12 – Extrait

      Un soir je m’étais égaré dans une grande forêt à quelque distance de la cataracte de Niagara ; bientôt je vis le jour s’éteindre autour de moi, et je goûtai dans toute sa solitude, le beau spectacle d’une nuit dans les déserts du Nouveau-Monde.

Herman Herzog -Clair de lune sur les chutes du Niagara, 1872

Herman Herzog -Clair de lune sur les chutes du Niagara, 1872

     Une heure après le coucher du soleil, la lune se montra au-dessus des arbres, à l’horizon opposé. Une brise embaumée que cette reine des nuits amenait de l’orient avec elle, semblait la précéder dans les forêts comme sa fraîche haleine. L’astre solitaire monta peu à peu dans le ciel : tantôt il suivait paisiblement sa course azurée ; tantôt il reposait sur des groupes de nues, qui ressemblaient à la cime de hautes montagnes couronnées de neige. Ces nues, ployant et déployant leurs voiles, se déroulaient en zones diaphanes de satin blanc, se dispersaient en légers flocons d’écumes, ou formaient dans les cieux des bancs d’une ouate éblouissante, si doux à l’oeil, qu’on croyait ressentir leur mollesse et leur élasticité. La scène sur la terre n’était pas moins ravissante : le jour bleuâtre et velouté de la lune, descendait dans les intervalles des arbres, et poussait des gerbes de lumières jusques dans l’épaisseur des plus profondes ténèbres. La rivière qui coulait à mes pieds, tour à tour se perdait dans les bois, tour à tour reparaissait toute brillante des constellations de la nuit, qu’elle répétait dans son sein. Dans une vaste prairie, de l’autre côté de cette rivière, la clarté de la lune dormait sans mouvement, sur les gazons. Des bouleaux agités par les brises, et dispersés çà et là dans la savane, formaient des îles d’ombres flottantes, sur une mer immobile de lumière. Auprès, tout était silence et repos, hors la chute de quelques feuilles, le passage brusque d’un vent subit, les gémissements rares et interrompus de la hulotte ; mais au loin, par intervalles, on entendait les roulements solennels de la cataracte de Niagara, qui, dans le calme de la nuit, se prolongeaient de désert en désert, et expiraient à travers les forêts solitaires.

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Albert Bierstadt – crépuscule en forêt

      La grandeur, l’étonnante mélancolie de ce tableau, ne sauraient s’exprimer dans les langues humaines ; les plus belles nuits en Europe ne peuvent en donner une idée. En vain dans nos champs cultivés, l’imagination cherche à s’étendre ; elle rencontre de toutes parts les habitations des hommes : mais dans ces pays déserts, l’âme se plaît à s’enfoncer dans un Océan de forêts, à errer aux bords des lacs immenses, à planer sur le gouffre des cataractes, et pour ainsi dire à se trouver seule devant Dieu.

Génie du christianisme, 1802
Première partie, Livre V
Existence de Dieu prouvée par les merveilles de la nature
, ch.12

Deux perspectives de la nature.

Charles Warren Eaton - Moonlit Forest , 1900

Charles Warren Eaton – Moonlit Forest , 1900

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