Cousin, cousine…


Mimétisme inter-espèces : connaissez-vous votre cousin Kanzi ?

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le bonobo Kanzi , Kanzi signifie « Trésor enfoui» en swahili

    « ce qui m’a surtout frappé chez Kanzi, c’est l’humanité qui transparaît sur son visage. Cet air de famille que l’on retrouve dans sa manière de jouer à cache-cache, de tenter de deviner mes intentions. »  (P. Jost)

      Vous ne connaissez pas Kanzi ? Vous devriez car il fait partie de votre famille étant l’un de vos proches cousins. Vous en doutez ? Vous ne reconnaissez chez lui aucun trait physique caractéristique de votre famille, dites-vous… C’est que vos ancêtres communs vivaient il y a un peu plus de quatre à cinq millions d’années et que depuis cette date les deux familles ont eu tout le loisir de se différencier. Kanzi est un bonobo, une espèce de singe de petite taille proche du chimpanzé qui vit au cœur de l’Afrique dans les forêts congolaises et la différence entre son génome et le nôtre n’est que de 1,6 %. Les bonobos ont en commun avec l’homme d’être bipèdes puisqu’ils utilisent la marche à pied dans 20 à 25 % de leurs déplacements (alors que les chimpanzés utilisent la bipèdie principalement en démonstration de dominance), certains d’entre eux ont une conscience aigüe de la propreté puisqu’ils éprouvent parfois le besoin de laver leur nourriture avant de la manger.

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Faites l’amour, pas la guerre !

   À l’instar des humains ils utilisent la sexualité dans un but qui ne se limite pas à la reproduction, par exemple pour le plaisir, pour réduire les tensions aux sein d’un groupe avant qu’elles ne dégénèrent, obtenir certains avantages comme la nourriture ou le statut social en bénéficiant du statut de leur partenaire. Comme les humains, ils peuvent «faire l’amour» face à face et s’embrasser en utilisant leur langue. Un gardien du zoo de San Diego en a fait l’expérience, pas encore initié aux mœurs de ce singe, il avait accepté un jour d’être embrassé par un bonobo. Il pensait que ce serait un baiser chaste mais faillit tomber à la renverse quand il sentit la langue du singe s’immiscer dans sa bouche… Précisons encore que l’utilisation de la sexualité à la résolution des conflits sociaux fait qu’ils sont «pansexuels» car ouvert aux deux sexes. Certains chercheurs (Franz de Waal) présentent les bonobos comme une espèce qui, à la manière des hippies des années soixante, « fait l’amour, pas la guerre » :

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« Les chimpanzés résolvent les questions sexuelles par le pouvoir, les bonobos les questions de pouvoir par le sexe. Chez les bonobos, les conflits ne prennent jamais d’ampleur : l’activité sexuelle se substitue à l’agressivité. Comme source de plaisir d’abord, mais aussi comme tactique subtile pour apaiser les tensions liées à la nourriture, obtenir une faveur, un épouillage. Un peu comme les couples qui font la paix sur l’oreiller après une dispute. (…) Les bonobos se comportent comme si le contact érotique était la chose la plus normale qui soit pour apaiser les corps et les esprits. Une activité parmi d’autres qui pimente brièvement, mais fréquemment, la vie sociale. En un rien de temps, ils passent de la nourriture au sexe, du sexe au jeu, de l’épouillage à un baiser, et ainsi de suite… »  (Franz de Waal).

      Enfin, des chercheurs ont remarqués qu’en captivité, la paix sociale était maintenue par l’existence d’un «bouc émissaire» (pharmakos) qui permettait la réduction des tensions au sein du groupe. En même temps, on a décelé chez les bonobos des pratiques de contact affectif qu’il soit sollicité par un bonobo en détresse ou offert spontanément par un membre du groupe appartenant généralement aux parents et aux amis ce qui laisserait supposer l’existence d’une pratique de consolation basée comme chez l’homme sur l’empathie (Consolation hypothesis)   Les bonobos utilisent dans certaines circonstances des armes et des outils : branches en cas d’attaque et baguettes pour extraire des insectes d’une termitière. À l’état sauvage, ils communiquent par de nombreuses mimiques faciales et par des vocalisations aiguës. Enfin ils sont capables de s’auto-médicaliser par ingestion de feuilles particulières.

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Kanzi communiquant avec la psychologue Sue Savage-Rumbaugh avec son clavier

       Mais revenons à Kanzi, ce bonobo vit à Des Moines, dans l’Iowa, en compagnie de chercheurs qui l’étudient avec d’autres singes de son espèce depuis plusieurs années. La psychologue Sue Savage-Rumbaugh a tenté dans un premier temps à communiquer avec Matata, la mère du jeune singe à l’aide d’un système de symboles géométriques mais sans succès mais c’est finalement Kanzi qui jouait à proximité qui peu à peu a assimilé les règles du langage par signes. C’est ainsi qu’il a dans un premier temps utilisé sur un clavier 6 symboles, puis 18 et enfin, à l’âge de 26 ans,  348 :

«Les symboles se réfèrent aux objets familiers (le yaourt, la clé, le ventre, la boule…), des activités favorites (la poursuite, les chatouilles…) et même quelques concepts considérés assez abstraits (le présent, ce qui est mal…). Le bonobo, nommé Kanzi, a appris à combiner ces symboles dans ce que les linguistes appellent une « proto-grammaire ». Une fois, lors d’une sortie dans une forêt-laboratoire où il a été élevé, Kanzi a touché les symboles pour « la guimauve » et « le feu ». Quand on lui a donné des allumettes et des guimauves, Kanzi a cassé des brindilles pour préparer un feu, les a allumées avec les allumettes et a grillé les guimauves sur un bâton.»

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abstraction de Kanzi  – C’est aussi beau que du Cy Twombly et on ne lui paye que 1.500 dollars…
(à gauche Kanzy   –   à droite Cy Twombly)

     Mais la capacité de Kanzi à communiquer avec l’homme va encore plus loin puisqu’il connait la signification de 3 000 mots anglais parlés (plus que j’en connais…). Quand Kanzi entend une personne prononcer dans une autre pièce certains mots, il indique alors le symbole approprié sur son clavier d’ordinateur qui transmet l’information à un synthétiseur vocal. Il comprendrait même les mots qui ne font pas partie du vocabulaire de son clavier ; c’est ainsi qu’il peut répondre convenablement aux commandes comme « mets le savon dans l’eau », « porte tel objet dehors » et « ouvrir orange » (mais seulement en anglais). Il s’inquiète aussi de l’heure du repas : « Donne-moi à manger », imagine des jeux : « Poursuivre moi ? », manifeste son affection : « Embrasse-moi ». Il invente aussi de nouveaux mots chargés de poésie : « eau-oiseau » pour décrire un cygne et « eau-écouter » pour désigner l’eau pétillante… Enfin, c’est un peintre accompli (non figuratif…) dont l’une des toiles s’est vendue, au bénéfice du refuge où il vit, 1.500 $….


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    Aujourd’hui Kanzi est capable de faire du feu, cuire un steak et faire fondre un marshmallow au bout d’un bâton. (voir les vidéos de Kanzi sur YouTube à ce sujet)

      « Sue Savage-Rumbaugh assure que cela montre la profonde intelligence du singe, notamment par l’effet d’un mimétisme. En effet, Kanzi a longtemps été fasciné par la manière dont les gardiens de son camp faisaient cuire les aliments, puis on l’a encouragé à interagir avec les humains et à les copier», ajoute-t-elle. Sur une vidéo, on peut le voir faire du feu, en ramassant du bois et des feuilles mortes, tout en tenant compte de la position du vent. Puis saisir une poêle, la mettre sur une grille et laisser le tout mijoter. Bien que les singes bonobos et les chimpanzés utilisent de grandes brindilles et des feuilles comme des outils, aucun n’avait jamais montré une telle habileté pour la cuisson des aliments. Aussi, quand Kanzi a terminé avec le feu, le Docteur Savage-Rumbaugh lui demande de l’éteindre à l’aide d’une bouteille d’eau. Le singe va ainsi verser délicatement le liquide sur le feu jusqu’à ce qu’il s’éteigne. Mais ce n’est pas tout. Par exemple, Kanzi prend une guimauve, la colle au bout d’une brindille et la maintient soigneusement sur les flammes, en s’assurant qu’il ne brûle pas. Sue Savage-Rumbaugh ajoute que cela ne résulte pas du hasard et que «Kanzi fait du feu parce qu’il le souhaite. Très jeune, il a regardé le film La guerre du Feu qui met en scène le premier homme qui lutte pour faire du feu. Il était fasciné par ce film, il l’a regardé des centaines de fois. Et Kanzi s’en est probablement inspiré.»


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Bonobos s’occupant d’un petit

Supériorité du bonobo sur l’homme

     Le journal Daily Mail s’inquiète des capacités imitatives de Kanzi qui préfigurent peut-être l’avenir menaçant pour l’homme mis en scène dans le film La Planète des Singes où ces derniers ont pris le pouvoir et dominent la race humaine : « Qu’arriverait-il s’il était libéré dans la nature, où les autres bonobos pourraient copier son comportement ? Est-ce que les bonobos sauvages pourraient apprendre à maîtriser le feu de façon indépendante tout comme nos propres ancêtres ? ».

    Mais pourquoi les singes voudraient-ils vivre à notre manière alors que leur mode de vie est largement supérieur au nôtre. Supérieur au nôtre ? Eh bien parce que les bonobos passent 50 % de leur temps au repos, à folâtrer, au plaisir du sexe ou à jouer. Les activités d’une journée de bonobo se répartissent ainsi : recherche de nourriture : 20 % du temps, manger : 20 %, déplacements (en moyenne 2 km par jour) : 10 %, repos : 40 % , autres (dont le jeu) 10 %. Que reste t’il a l’homme moderne drogué par le travail et les occupations inutiles comme temps vraiment libre durant lequel il peut s’épanouir ? Dan Everett, parti comme missionnaire en 1977 dans une tribu isolée de l’Amazonie, les Pirahãs, s’est aperçu que ceux-ci parlaient un langage unique dénué de système de numérotation, de couleurs et de références au temps passé et futur. Les Pirahãs ne vivaient que dans le temps présent, privilégiant l’expérience immédiate et jugeant totalement inutile de s’intéresser à ce qu’ils ne connaissaient pas et à se projeter dans le temps. Comme les bonobos, les Pirahãs chassent, pêchent, partagent la nourriture et le reste du temps s’amusent, palabrent et profitent de la vie sans avoir besoin de compter. À tous ceux qui les ont côtoyés, ils sont apparus comme les plus heureux des hommes qu’ils avaient rencontrés jusque là.

     Victime de la dégradation de son habitat naturel par l’homme qui pratique la déforestation et le braconnage, le bonobo comme les autres grands singes est sur la liste rouge des espèces menacées.

            Kansi :  « Trésor enfoui» en swahili, Trésor bientôt enfoui et disparu à jamais ?


Un (petit) pas de plus dans le désenchantement du monde

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paysage attribué à Gauguin

Retour à K…, dans le Finistère breton

      Suis enfin arrivé après une trop longue absence à mon cher K… Rien ne semble avoir changé depuis mon dernier séjour : mêmes murs massifs de granit gris usés par le temps, rongés par la mousse et le lichen que strient parfois les saillies fulgurantes d’un lierre belliqueux qui voue une haine tenace aux façades,  même cacophonie sage des toitures d’ardoises grises et bleues que l’on confond avec le ciel lorsque celui se plombe de nuages sombres et lourds, mêmes massifs exubérants d’hortensias dont les tiges ploient sous le poids de leurslourdes efflorescences rouillées, même silence pesant et compact troublé seulement par l’aboiement d’un chien qui a vu en vous un intrus, le chant d’un coq saisi soudainement d’un délire existentiel ou par les cris rauques d’un banc de mouettes qui, pour une raison inconnue, ont jetées leur dévolu sur votre portion de ciel. Comme d’habitude, aucun être humain n’est visible dans les trois uniques ruelles qui traversent le hameau ainsi que dans les cours des anciennes fermes et jardins attenants mais vous pressentez que derrière les vitrages sombres des petits fenêtres encadrées de blocs de granit taillés et soigneusement jointoyés les regards scrutateurs d’êtres invisibles, qu’ils appartiennent au monde d’ici-bas ou à l’autre monde, ne perdent aucun de vos faits et gestes…

   Rien ne semble avoir changé sauf un détail, invisible dans le paysage mais lourd de conséquences : le hameau est désormais couvert par un réseau de téléphone mobile et bénéficie même de la couverture 4G ! Dans le passé, pour pouvoir utiliser son mobile, il fallait monter au dernier étage de la vénérable demeure, jusque dans les combles, ouvrir un vasistas, escalader une chaise et après avoir réussi à extirper avec peine la moitié de son corps au travers du vasistas étroit, se dresser au-dessus de la toiture et tendre la main le plus haut possible pour tenter de capter un réseau hypothétique et capricieux. Voir jaillir de la toiture d’ardoise, tel un diable de sa boîte, une moitié de corps humain en pleine gesticulation et semblant entretenir une conversation avec un interlocuteur invisible était d’un comique du meilleur effet et nos correspondants au fait des conditions qui régissaient la communication ne manquaient pas de nous interpeller à ce sujet : « Je t’entends mal, peux-tu te pencher un peu plus ou même monter plus haut sur le faîtage…»,   J’avoue avoir éprouvé un regret face à cette avancée inattendue du « progrès » et ressenti la nostalgie pour ce qui nous apparaissait alors tout à la fois comme une gêne et une protection contre le monde extérieur. En fait, je m’aperçois aujourd’hui que j’appréciais hautement cette expérience cocasse, occasion unique donnée de partager pour un temps l’ordinaire des chats de gouttières en découvrant les toits de K… et le paysage qui l’accompagnait. L’abandon soudain de ce qui était devenu avec le temps un  « rite » que nous avions fini par intégrer et qui faisait partie de notre histoire familiale était à n’en pas douter un petit pas de plus dans ce que certains ont nommé « le désenchantement du monde »…

retour-a-k

    J’avais, il y a quelques années, écrit un poème sur l’une de nos arrivées dans le hameau de K… et dans lequel je faisais allusion de manière imagée et humoristique à cette difficulté que nous éprouvions alors de communiquer avec le monde extérieur. Ecrit aujourd’hui, ce poème serait, assurément,  totalement différent.

Havre de paix (version 2)

Sommes arrivés hier à K….
Les images, les bruits, la fureur,
sont restés à l’entrée du village,
bloqués par un cordon d’hortensias.
Ils s’agitent et trépignent,
tentant à tout prix de franchir les lignes.
Rares sont ceux qui y parviennent,
ils sont impitoyablement rattrapés…
On nous les emmène sous bonne garde
afin que nous décidions de leur sort.

Nous ne sommes pas cruels.
La plupart sont simplement éconduits,
mais ils arrivent que certains restent…
Cela dépend de l’air du temps
ou de notre humeur du moment.
Pas de télévision, pas de téléphone.
Lorsque nous ressentons le besoin
de connaître les nouvelles du monde,
il nous faut aller à la chasse au lépidoptère.

Dans les airs, au-dessus de la maison,
volètent, en route pour l’Amérique,
de grands papillons origamiques
aux ailes faites de papier journal. *
Y sont imprimées les nouvelles du jour,
cours de la bourse et faits divers.
En nous penchant par la lucarne,
nous en capturons quelques-uns
à l’aide du grand filet à fines mailles
qu’on utilise pour pêcher la crevette.

Après lecture, nous les relâchons, 
Ce n’était qu’un prélèvement passager
et il doivent accomplir leur voyage…

Enki sigle

 

°°°

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Tomas Tranströmer (1931-2015)

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* J’avais emprunté cette métaphore du papillon aux ailes en papier journal en hommage à l’un de mes poètes préférés, le poète suédois Tomas Tranströmer qui, dans son poème AIR MAIL (Baltiques, Œuvres complètes 1954-2004) l’a utilisée avec son génie habituel.

AIR MAIL

À la recherche d’une boîte aux lettres
je portais l’enveloppe par la ville.
Ce papillon égaré voletait
dans l’immense forêt de pierre et de béton.

Le tapis volant du timbre-poste
les lettres titubantes de l’adresse
tout comme ma vérité cachetée
planaient à présent au-dessus de l’océan.

L’Atlantique argenté et reptile.
Les barrières de nuages. le bateau de pêcheurs
tel un noyau d’olive qu’on recrache.
Et la cicatrice blafarde du sillage.

Le travail avance lentement ici-bas.
Je lorgne souvent du côté de l’horloge.
dans le silence cupide
les ombres des arbres sont des chiffres obscurs.

La vérité repose par terre
mais personne n’ose la prendre.
la vérité est dans la rue.
Et personne ne la fait sienne.

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article de ce blog lié :

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Crise d’acronymie aiguë : « FB », « MP » et « FUC »…

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Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement – Et les mots pour le dire arrivent aisément  –  Nicolas Boileau-Despréaux.

     J’avoue avoir toujours eu un moment de retard dans l’assimilation de nouveaux mots à la mode, d’abréviations ou d’acronymes et je surprends souvent mes interlocuteurs qui me regardent alors avec commisération quand je leur demande la signification d’une expression qui pour eux va de soi mais est pour moi incompréhensible. À une époque où l’usage du «SMS» (Short Message Service) est incontournable, je sais bien qu’une telle ignorance des codes est impardonnable.
    Cette mésaventure m’est arrivée à deux reprises dernièrement. Dans les commentaires qui accompagnent parfois mes articles, deux lecteurs m’ont plus ou moins proposé de communiquer, l’un par «FB» et l’autre par «MP», deux modes de communication dont j’avoue ignorer totalement le contenu…

Frank Gehry giver journo the finger

le célèbre architecte Frank Gehry

   Cela me rappelle une conférence dont le thème était l’urbanisme urbain qui réunissait des experts en planification urbaine, des professionnels de l’urbanisme et des élus locaux au cours de laquelle l’orateur à la tribune qui traitait des transports urbains employait dans son exposé forces abréviations dont l’une d’entre elle revenait à intervalles réguliers et soulevait l’interrogation dans les auditeurs présent. Il s’agissait de l’abréviation «FUC», qu’il prononçait d’ailleurs improprement à l’anglaise «FUCK» et dont l’énoncé arrachait à certains un sourire narquois et à d’autres une expression de profonde perplexité. À un moment de l’exposé, n’en pouvant plus, un élu se leva et avec l’accent de son terroir bien posé, interpella l’orateur : — « Quoi ?  « FEUK« , « FEUK« . Mais qu’est-ce que ça veut dire « FEUK » ?  Pourriez pas parler en français ? » Et dans le silence de la salle, l’orateur, un moment déstabilisé, répliqua : — « les FUC ? Mais ce sont les « Flottes Urbaines Captives », les moyens de transport qui sont dévolus aux déplacements à l’intérieur des limites d’une ville ou d’une agglomération urbaine. C’est-à-dire les autobus, les métros, les taxis, etc. »

   Et moi, qui m’ennuyait ferme durant cette conférence, de regretter amèrement que l’orateur n’ait pas utilisé depuis le début de son exposé, plutôt qu’une abréviation insipide vidée de tout contenu, la dénomination « Flottes Urbaines Captives » qui évoquait en moi de fiers navires de pirates voguant sur des gouffres amers et chargés à plein bord de belles captives (les captives ne peuvant être que belles…) et me faisait rêver…

Combat_de_la_Belle_Poule_et_de_lAréthusa

Combat de la Belle Poule et de l’Aréthusa

   Pour revenir au problème qui me préoccupe, je me suis tourné vers INTERNET pour connaître la signification de ces deux abréviations qui me causaient des tourments. Et là, j’ai pu constater que l’esprit de Prévert avait investi le WEB. (qui devrait en fait se nommer le «WWW», le World Wide Web.

    Pour l’acronyme «FB», voilà les 92 différentes définitions qui m’étaient proposées, dont beaucoup sont apparemment des traductions d’expressions anglaises. (j’ai marqué en gras celles qui m’apparaissaient les plus pittoresques) :

Acheteur stupide  ???, Avantages en nature, Baby-foot, Balle en vol, Barre plate, Base de Feu, Bataillon de finances, Bateau de pêche, Batterie de tir, Bit de cadrage, Bloc de fusible, Bloc fixe, Bombatty gras, Boss final, Boule de feu, Boîte de 4 voies, Boîtier à fusibles, Brousse de feu, Guddy fun, Bulgaria Air, Bureau des finances, Business fine, Centre-arrière, Chasseur bombardier, Commission de la fonction, Corps étranger, Coupe-feu, D’en bas, Diffusion rapide, Disponibilité rapide, En établissement, Engelures, Entièrement construit, Facebook (serait-ce le mode de communication annoncé ? Désolé, je n’ai pas de compte Facebook), Fachbereich, facture de fret, Fantasy Baseball, Farm Bureau, Farsides Blues, Farum Bolsklub, Fausse balle, Fauve de Bourgogne, Felügyelo Bizottsàg (conseil de surveillance en Hongrois), Fenerbahce, Fenian Brotherhood, Ferris Bueller, FinalBurn, Firebat, Firebird, First Blood, Flashbang, Fluxbox, Fondée sur les installations, Football, Four de brassage, Foxbox, Fozzie Bear, Frame Buffer, Frank Black, Fraenbeauftragte (représentant des femmes en allemand), frederiksberg, Fresno Bee, Friends with Benefits, Frostburn, Funbots, Furukawa Battery Co. Ltd., Gros salaud  ???, Générateur de feu, Installations Conseil, Largeur de doigt, Limite avant, Lit plat, Livre de l’amitié, Panier de fruits, panneaux de fibres, passerelle, Pension complète, Pieds-planche, Pont complet, Pont fixe, Première ligne frères, Projet de loi de financement, rapide pause, Retour de flamme, Salle de bain complète, Secours, Survol, Tableau, Vos commentaires, Echec de polarisation, Edifice fédéral, Epide dorsale de fibre optique.

   Pour l’acronyme «MP», voilà quelques unes des 201 différentes définitions qui m’étaient proposées. Je vous en ai épargné une grande partie :

Analyseur de message, Chemin d’accès multiples, Cotisations déterminées, Division des politiques et des Plans d’effectifs, Du matériel professionnel, Fournisseur de maintenance, Gestion partenaire, Grand Projet de, Groupe de mérite, Je t’en prie ???, Lecteur multimédia, Macross Plus, Madhya Pradesh, Magic Points, Main-d’œuvre et personnel, Malacaıan Palace, Malvern Preparatory School, Man portable, Manpack, Manu Propria, Marapets, Marcy Playground, Mario Paint, Mario Party, Marionnette de messager, Martin, Maschinenpistole, Massivement parallèle, Matching Pursuit, Matchs joués, Mathématiques et physique, Matthew Perry, Maurice, Maurizio Pollini, Max Payne, Maître plombier, Maître praticien, Meat Puppets, Medita ProvisAria, Mega Pixel, Melrose Place, Membre du Parlement, Merpati Putih, Meson Physics, Message Personnel, Messenger Plus !, Metroid Prime, Mezzo – Piano, Michigan Panthers, Micro, Micropause, Microprocesseur, Microprogramme, Middle Point, Mietpreis, Mike Portnoy, Miles Prower, Milieuprogramma, Millet partis, Ministerprasident, Minuteman Project, Minutes jouées, Mis à jour le permis ???, Mispunch, Mission Pack, Mission Pilote, Missouri Pacific, Modplug, Module processeur, Modus ponens, Modèle Master, Moeller-Plesset, Moneypenny, Monkey Productions, Monopulse, Monterey Peninsula, Montgomery Pfeifer, Monthy Python, Moorpark, Moteur piscine, Motion Picture, Mount Pleasant, Mouvement Populaire, Moxie Points, Moyenne pression, Moyenne puissance, Moyenne énergie physique, Mr Pibb, Multi Purpose, Multi-Player, Multi-Port, Multipartite, Multipoint, Multiprocesseur, Multiprotocole, Munky Punch, Murray Perahia, Muscularité Points, Mésaventure Pilote, Métacarpophalangiennes, Méthylprednisolone, Pack de maintenance, paiement mensuel, Panneau Multilink Protocol, paramètre de modulation, Parc Makemie, Parc de Meridian, Parcimonie, Parti Millat, Parti de masse, Partie joyeuse, Partition de maintenance, Patriarcat de Moscou, Patrouille maritime, Peinture de Madhubani, Persan moyen, Personnalité multiple, Personne disparue, Personnel de métriques, Phase minimale, Phragging aveugle, Physique médicale, Phénotype mammifères, Pilote de maintenance, etc, etc, etc…

    Quand à l’acronyme «FUC» que j’ai eu la curiosité de vérifier, la liste des définitions ne comprend même pas la dénomination « Flottes Urbaines Captives ». Un comble !

Donc, si vous souhaitez échangez, désacronymisez-vous…

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