« Andromeda liberata » de Vivaldi par Jaroussky… Sublissime !


Le contreténor Philippe Jaroussky interprète « Sovente il Sole » (Perseo)
Orchestre Ensemble Matheus sous la direction de Jean-Christophe Spinosi

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Sovvente il sole
Risplende in cielo
Più bello e vago
Se oscura nube Già l’offuscò.
E il mar tranquillo
Quasi senza onda
Talor si scorge,
Se ria procella
Pria lo turbò.

(aria « Sovente il Sole », dall’Andromeda liberata »)

      Dans la musique occidentale, un contreténor (ou falsettiste) utilise le registre le plus aigu de sa voix qu’on appelle de tête (ou de fausset) ainsi appelée parce qu’elle s’oppose à la voix plus habituelle dite de poitrine. Cette technique de chant a connue son heure de gloire au XVIIe siècle durant la Renaissance et la période baroque, surtout en Allemagne et en Espagne pour la musique sacrée. Moins en Italie et En France.


     Précisons que la paternité de l’ensemble de l’Andromeda liberata attribuée à Vivaldi suite à sa découverte en avril 2002 par le musicologue français Olivier Fourès d’un manuscrit ancien daté du 18 septembre 1726 dans les archives du Conservatorio Benedetto Marcello à Venise soulève des questions. Les musicologues semblent néanmoins d’accord pour attribuer le morceau « Sovente il Sole » interprété ci-dessus par Philippe Jaroussky au maître vénitien.

Perseus and Andromeda, 1570 - Giorgio Vasari..jpgGiorgio Vasari – Persée délivrant Andromède, 1570

     Le livret s’inspire de la légende grecque d’Andromède. Celle-ci, célèbre par sa beauté, était la fille du roi d’Éthiopie Céphée, et de son épouse Cassiopée. Celle-ci provoqua la fureur des Néréides, filles de Poséidon et nymphes de la mer, en prétendant que la beauté de sa fille surpassait de loin la leur. En représailles le dieu, irrité, envoya un monstre marin qui ravagea le royaume. La punition ne prendrait fin que quand Andromède serait attachée, nue, à un rocher livré aux fureurs de l’océan et du monstre. Elle sera délivrée par Persée, tombé amoureux d’elle mais dans le livret l’histoire prend des libertés avec le mythe : Andromède avoue à Persée être amoureuse d’un certain Daliso, personnage inventé mais elle sera néanmoins donnée en mariage à Persée.


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Brrrr… Petit refroidissement bienvenu en cette période de canicule : Song of Cold Genius (Purcell) par Andreas Scholl


Henry Purcell (1659-95) – King Arthur, Z 628
Act III. – The Frost Scene – Song of Cold Genius interprété par le contreténor allemand Andreas Scholl

 Song of Cold Genius

What power art thou ?
Who from below
Hast made me rise ?
Unwillingly and slow
From beds of everlasting snow !

See’st thou not how stiff
And wondrous old?
Far unfit to bear the bitter cold…

I can scarcely move
Or draw my breath
I can scarcely move
Or draw my breath

Let me, let me
Let me, let me
Freeze again…

Let me, let me
Freeze again to death !


     King Arthur, sous-titré The British Worthy, est un semi-opéra*  en cinq actes sur un livret de John Dryfen et une musique d’Henry Purcell. Il fut donné pour la première fois en mai ou juin 1691 au Théâtre de Dorset garden de Londres. Dans ce semi-opéra qui raconte la quête du roi Arthur pour retrouver sa fiancée, la princesse Emmeline, enlevée par le roi Oswald, les principaux personnages ne chantent pas mais sont présentés par les personnages secondaires. 
    L’aria présentée ci-dessus what power art thou (Acte III scène 2) chantée par le Génie du froid est particulièrement célèbre, elle est également connue sous le nom de Frost scene ou Song of Cold Genius. Elle a été utilisée par la réalisatrice Ariane Mnouchkine pour illustrer la mort de Molière dans le film qu’elle a consacré à cet auteur. Sa reprise par chanteur allemand Klaus Nomi sous le titre The Cold Song en 1982 a été particulièrement remarquée.

 * Un semiopéra (mask en anglais) est un genre musical lyrique baroque spécifiquement anglais du XVII e siècle. Les théâtres londoniens furent fermés entre 1642 et 1660 du fait de la guerre civile.