Ils ont dit…(11) Henri Laborit et la recherche du plaisir


Henri Laborit (1914-1995)Henri Laborit (1914-1995).

La tyrannie du plaisir

    (…) le plaisir est lié à l’accomplissement de l’action gratifiante. Or, comme celle-ci est la seule qui nous permette de survivre, la recherche du plaisir n’est-elle pas la loi fondamentale qui gouverne les processus vivants ? On peut lui préférer le terme plus alambiqué d’homéostasie (Cannon), du maintien de la constance des conditions de vie dans notre milieu intérieur (Claude Bernard), peu importe… Ceux qui nient ne pas avoir comme motivation fondamentale la recherche du plaisir, sont des inconscients, qui auraient disparu de la biosphère depuis longtemps s’ils disaient vrai. Ils sont tellement inconscients de ce que leur inconscient charrie comme jugements de valeurs et comme automatismes culturels, qu’ils se contentent de l’image narcissique qu’ils se font d’eux-mêmes et à laquelle ils veulent nous faire croire, image qui s’insère à leur goût de façon harmonieuse dans le cadre social auquel ils adhèrent ou qu’ils refusent aussi bien. Même le suicidaire ne supprime pas son plaisir car la suppression de la douleur par la mort est un équivalent du plaisir.
        Malheureusement, l’action gratifiante se heurte bien souvent à l’action gratifiante de l’autre pour le même objet ou le même être, car il n’y aurait pas de plaisir si l’espace était vide, s’il ne contenait pas des objets et des êtres capables de nous gratifier. Mais dés qu’il y a compétition pour eux, jusqu’ici on a toujours assisté à l’établissement d’un système hiérarchique. Chez l’Homme, grâce aux langages, il s’institutionnalise. Il s’inscrit sur les tables de la Loi, et il est bien évident que ce ne sont pas les dominés qui formulent celle-ci, mais les dominants. La recherche du plaisir ne devient le plus souvent qu’un sous-produit de la culture, une observance récompensée du règlement de manœuvre social, toute déviation devenant punissable et source de déplaisir. Ajoutons que les conflits entre les pulsions les plus banales, qui se heurtent aux interdits sociaux, ne pouvant qu’effleurer la conscience sans y provoquer une inhibition comportementale difficilement supportable, ce qu’il est convenu d’appeler le refoulement, séquestre dans le domaine de l’inconscient ou du rêve l’imagerie gratifiante ou douloureuse. Mais la caresse sociale, flatteuse pour le toutou bien sage qui s’est élevé dans les cadres, n’est généralement pas suffisante, même avec l’appui des tranquillisants, pour faire disparaître le conflit. Celui-ci continue sa sape en profondeur et se venge en enfonçant dans la chair soumise, le fer brûlant des maladies psychosomatiques.
        
(…)
       Enfin, le plaisir qui résulte de l’assouvissement d’une pulsion traversant le champ des automatismes culturels sans se laisser emprisonner par eux, et qui débouche sur la création imaginaire, pulsion qui pour nous devient alors « désir », est un plaisir spécifiquement humain, même s’il n’est pas conforme au code des valeurs en place, ce qui est le cas le plus fréquent puisqu’un acte créateur a rarement des modèles sociaux de référence.

Henri Laborit, Éloge de la fuite (1976), édit. Robert Laffont, pp. 113-116


George_Barbier_LEnvie_Envy_1098_33.jpgGeorges Barbier – Les sept péchés capitaux : l’Envie

Le plaisir et l’envie

      Nous ne pouvons échapper à la tyrannie du plaisir, sa recherche est la condition de la survie de tout être vivant et pour l’atteindre nous entrons en compétition avec tous ceux qui sont habités du même désir. Pour Henri Laborit, la Loi, intrinsèquement liée au langage, est le moyen qu’ont inventé les hommes pour maintenir un certain équilibre social dans cet compétition. Cette paix sociale, établie au bénéfice des plus forts, impose la paix sociale au prix d’une inhibition comportementale des plus faibles, le refoulement, générateur de maladies mentales. Il reste cependant une voie ouverte pour éviter le refoulement : fuire dans l’imaginaire où chacun peut s’épanouir dans la création et expérimenter sa liberté.
   Dans cette présentation des mécanismes de la recherche du plaisir et de la relation qu’elle entretient avec la société, Henri Laborit n’aborde pas le thème mis à jour par René Girard de la « rivalité mimétique » qui défend l’idée que l’une des sources de la recherche du plaisir réside dans le désir de posséder ce que d’autres, érigés en modèles à imiter ou en rivaux à détruire, possèdent déjà. Dans ce cas, ce n’est pas l’objet du désir qui suscite le désir mais le fait qu’il appartient à quelqu’un d’autre… (Je n’ai pas besoin d’une voiture aussi grande et aussi luxueuse mais j’en éprouve le désir parce que mon voisin vient d’en acheter une…) 


 

« Qui sommes nous ? » ou bien « Que sommes nous ? »

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Déterminisme et liberté

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    William Blake – Job réprimandé par ses amis

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     « La façon dont j’envisage les êtres humains peut être décrite ainsi : il s’agit d’organismes se trouvant à la naissance dotés de mécanismes automatiques de survie, et qui acquièrent par l’éducation et la culture un ensemble de stratégies supplémentaires, désirables et socialement acceptables, leur permettant de prendre des décisions. Ces stratégies, à leur tour, augmentent leurs chances de survie, améliorent remarquablement la qualité de celle-ci, et fournissent la base de la construction de la personne. Après la naissance, le cerveau humain aborde le développement post-natal doté de pulsions et d’instincts qui ne comprennent pas seulement les circuits physiologiques de régulation du métabolisme, mais en outre, les mécanismes fondamentaux permettant de prendre en compte le comportement social et l’acquisition de connaissances sociales. À la sortie de l’enfance, il se retrouve pourvu de nouvelles séries de stratégies de survie, dont la base neurophysiologique est étroitement mêlée à celle du répertoire des réponses instinctives, et non seulement modifie sa mise en œuvre, mais lui donne de nouveaux rôles. Les mécanismes neuraux sous-tendant le répertoire des réponses qui relèvent d’un niveau plus élevé que celui des instincts, ont peut-être une organisation semblable à ceux qui gouvernent les pulsions biologiques, et sont sans doute dépendants d’eux. Cependant, la société doit intervenir pour leur imprimer leur orientation finale, et ils sont donc façonnés autant par la culture que par la neurobiologie. En outre, à partir de cette double détermination, les stratégies de survie relevant d’un niveau plus élevé que celui des instincts conduisent à quelque chose caractérisant probablement en propre les êtres humains : un point de vue moral qui, à l’occasion, peut transcender les intérêts du groupe social immédiat auquel appartient un individu, et même ceux de l’espèce. »

Antonio R. Damasio, L’Erreur de Descartes – édit. Odile Jacob, p.176.

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Bon… Si l’on essaye de résumer de manière simple, en relation avec les définitions de la théorie psychanalytique de Freud  :

  • Nous sommes, à la base, des organismes vivants dotés de mécanismes automatiques de survie par le biais de l‘instinct et des pulsions (cerveau reptilien). Ces mécanismes relèvent de l’inconscient et correspondent au Ça de la théorie psychanalytique de Freud.
  • L’homme est un animal social et car il a (eu) besoin de vivre en société pour survivre.  Cette vie en société pour être viable impose, par l’intermédiaire de l’éducation et de la culture, des règles communes qui pour être appliquées par tous doivent faire l’objet au mieux d’un consensus (désir), au pire d’une contrainte. Ces règles que la société impose et auxquelles on a donné de manière générale l’appellation de Culture correspondent au Surmoi de la  théorie psychanalytique de Freud. 
  • La personnalité de chaque individu va résulter du contrôle des pulsions produites par le Ça par les impositions nouvelles induites par le Surmoi. Elle correspond au Moi de la  théorie psychanalytique de Freud.
  • Se pose alors le problème de la liberté de l’individu. Si son comportement doit résulter du jeu complexe d’impositions diverses : pulsions biologiques et comportement sociaux imposés par la culture, le risque est grand que l’homme ne soit finalement que le jouet de forces qui le dépassent et le manipulent et que son libre arbitre se réduise à néant. L’auteur termine néanmoins son exposé par une note optimiste et que j’interprète ainsi : L’individu a la faculté de s’opposer au groupe humain qui veut l’annihiler par le conditionnement et l’uniformisation en promouvant des valeurs morales supérieures qu’il place au-dessus des intérêts du groupe et peut-être même de sa propre personne. J’en déduis donc que c’est  par la révolte que l’individu fonde et vit sa liberté. Cela nous ramène à Camus. On m’objectera que ces valeurs morales supérieures peuvent, elles aussi, être produites par des impositions tout aussi relatives et contestables que celles produites par la société (religions, idéologies, névroses, etc…) et que dans ce cas elles ne relèvent aucunement de la liberté de l’individu et seul, l’acte gratuit, celui de Gide, constituerait un acte vraiment libre…  — Oh, là, là ! Pourriez-vous SVP avoir de temps en temps, ne serait-ce qu’une fois, l’esprit un peu constructif ?

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Les Caves du Vatican de Gide – L’acte gratuit de Lafcadio par Jean-Émile Laboureur

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Le second topique

       Le second topique est l’un des éléments fondamentaux de la théorie psychanalytique de Freud. Le Ça est la partie la plus chaotique de l’appareil psychique non soumis à la réalité externe où les pulsions sont prédominantes. Le Moi constitue une partie du Ça mais est organisé pour répondre aux stimuli de la réalité externe, il est le siège de la personnalité et sa fonction est de tenter de concilier les pulsions originaires du Ça (principe de plaisir) et les interdits imposés par le Surmoi (principe de réalité). Quant au Surmoi, il représente le liant social qui impose les contraintes de la vie en société par le contrôle des pulsions (interdiction de l’inceste, respect des lois et des normes sociales). Le concept a évolué depuis Freud.

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Le second Topique (crédit Wikipedia)
Où l’on constate que la masse des pensées et actions humaines reconnue par la conscience ne représente qu’une faible partie de l’iceberg de nos pensées et de nos actes…

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