Un passage d’Ulysse de James Joyce où il est question d’ivrognes et d’un Irish Red Setter dog

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Trois générations de Joyces, Joyce avec Giogio et Stephen jounat avec Schiap, le chien, cadreau de Scxhiaparelli, Paris, 1938

James Joyce avec son fils Giorgio, la femme  de celui-ci, Helen Fleischmann et son petit-fils Stephen jouant avec Schiap, le chien, offert par la styliste Elsa Schiaparelli, dans le jardin de la villa de Giorgio à Paris en 1938 – cliché Gisèle Freund

« L’ennui c’est que le public va demander et trouver une morale dans mon livre, ou pire il le prendra pour une chose sérieuse, et sur mon honneur de gentleman, il n’y a pas un seul mot sérieux dedans. »       James Joyce

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James Joyce - Ulysse     L’extrait qui suit est tiré du chapitre XII intitulé Les Cyclopes du roman Ulysse de James Joyce paru partiellement dans un premier temps sous forme de  feuilleton de 1918 à 1920 dans le magazine américain Little Review et s’attira à cette occasion les foudres de la « New York Societry for the Suppression of Vice » qui en fit interdire la publication pour cause d’obscénité jusqu’en 1931. Sa première publication aura finalement lieu en 1922 à Paris. Le roman relate une journée ordinaire dans la ville de Dublin de deux personnages, Leopold Bloom, un juif irlandais, et Stephen Dedalus. Il est divisé en dix-huit chapitres ou épisodes, chacun d’eux correspondant à des situations décrites dans l’Odyssée d’Homère et vécues par Ulysse. A la plupart de ces épisodes sont également attachés une couleur, un organe du corps humain, un art et un symbole. De plus Joyce s’ingénie à inventer, pour chacun des épisodes, une construction et un style littéraire spécifique, ceci de manière très libre en s’affranchissant des règles du langage et de la véracité des faits évoqués, la narration qui en découle apparaît comme l’expression du flux de pensée des personnages présenté tel qu’il se présente, de manière brute et.  Dans l’extrait choisi qui appartient au chapitre XII faisant référence à l’épisode du Cyclope Poliphème de l’Odyssée qui a emprisonné dans une grotte Ulysse et ses hommes, il est 17 h et Bloom a rendez-vous dans une taverne avec un homme qui n’est pas encore arrivé, Martin Cunningham. Survient un personnage bourru surnommé dans le livre Le Citoyen qui s’avère être un nationaliste irlandais irascible et xénophobe accompagné d’un chien tout aussi bourru que lui répondant au nom de Garryowen. Le ton monte entre Bloom et le Citoyen et la scène se termine par la poursuite de Bloom par le citoyen ulcéré qui lance son chien sur lui… 

Dans ce chapitre, les scènes décrites font référence aux thèmes structurants suivants :

lieu :  une taverne du nom de Donohoe’s dans Little Green street qui représente l’antre du Cyclope.
Moment : 17 heures (l’ensemble du roman se déroule dans une période comprise entre 8 h du matin et 3 heures du matin)
Organe : les muscles qui représentent la force brutale et la violence.
Couleur : le vert, symbole de l’Irlande et du nationalisme irlandais.
Science, Art :  chirurgie, politique.
Technique utilisée : gigantisme, exagération, surenchère. Par le choix de la taverne où sont rassemblés une assemblée d’ivrognes de Dublin, vulgaires, grossiers, pleins de préjugés et violents qui s’expriment librement sans la censure de la morale, de la raison et des règles du langage, Joyce s’attaque au comportement excessif et porté à la surenchère qui était celui des nationalistes irlandais de l’époque et  jette les bases d’un nouveau style littéraire, celui de la fusion entre le verbe et la chair.
Symbole : nation, état, religion, idéalisme, Sinn Fein, fanatisme, collectivité, violence
Sens : Terreur et atteinte à l’individu. Les excès d’une idéologie totalitaire et des comportements stéréotypés et conditionnés par les préjugés s’attaquent au fondement même de l’individu, à savoir ses différences (Bloom d’origine juive).
Personnages évoqués : Prométhée, Polyphème le Cyclope représenté par le Citoyen, ce nationaliste irlandais excessif et violent, Ulysse représenté par Bloom qui comme Ulysse qui dévoila sa véritable identité au Cyclope au moment de fuir sa prison dévoile au citoyen sa judéité. 

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Polyphene

Extrait du chapitre XII – le Cyclope – traduction de Jacques Aubert – collection folio (Gallimard)

 James Joyce    A propos de la nouvelle Irlande il devrait commencer par se payer un nouveau chien. Cet animal galeux et boufferont qui passe son temps à renifler et à éternuer partout dans tous les coins et qui gratte ses croûtes et le voilà qui va tourner autour de Bob Doran qui régalait Alf d’un demi et qui se met  à le lécher pour essayer d’obtenir quelque chose. Et ça manque pas. Bob Doran se met à faire le con avec lui :
     – Donne la patte ! Donne la papatte,, chienchien ! Mon bon chien. Donne la patte, là, c’est bien ! Donne la papatte !
     Et merde ! Foutre de patte qu’il voulait patoche et Alf qui essayait de l’empêcher de dégringoler de ce foutu tabouret sur ce foutu clébard et l’autre qui n’arrêtait pas de radoter sur le dressage par la douceur, un chien de race, un chien bien intelligent : je t’en foutrais, moi. Le voilà qui se met à gratter les vieilles miettes de biscuits dans le fond de la boîte de chez Jacob qu’il avait demandé à Terry d’apporter. Putain il a gobé tout ça comme une vieille paire de bottes et il  tirait un bout de langue long d’un mètre pour en redemander. C’est tout juste s’il n’a pas bouffé la boîte et le reste, ce sacré goulupatte de bâtard.

     Talking about new Ireland he ought to go and get a new dog so he ought. Mangy ravenous brute sniffing and sneezing all round the place and scratching his scabs. And round he goes to Bob Doran that was standing Alf a half one sucking up for what he could get. So of course Bob Doran starts doing the bloody fool with him:
    —Give us the paw! Give the paw, doggy! Good old doggy! Give the paw here! Give us the paw!
     Arrah, bloody end to the paw he’d paw and Alf trying to keep him from tumbling off the bloody stool atop of the bloody old dog and he talking all kinds of drivel about training by kindness and thoroughbred dog and intelligent dog: give you the bloody pip. Then he starts scraping a few bits of old biscuit out of the bottom of a Jacobs’ tin he told Terry to bring. Gob, he golloped it down like old boots and his tongue hanging out of him a yard long for more. Near ate the tin and all, hungry bloody mongrel.

                              (…)
     Alors et ainsi de suite, comme je disais, le vieux chien quand il voit que la boîte elle est vide il se met à renifler la souris autour de Joe et de moi. Je te le dresserais, moi, par la douceur, si c’était mon chien. Lui donnerais un de ces bons coups de pieds bien placés de temps en temps, là où ça le rendrait pas aveugle.
     – La trouille qu’il te morde ? fait le citoyen en ricanant.
     – Non, je fais. Mais il pourrait prendre ma jambe pour un réverbère.
     – Qu’est-ce qui t’arrive, Garry ? il lui fait.
      Et il se met à le tirer à l’agacer et à lui parler en irlandais et le vieux tueur à gronder et à faire sa partie comme dans un duo d’opéra. Un concert pareil j’avais jamais entendu qu’ils faisaient tous les deux. Quelqu’un qui aurait rien de mieux à faire il devrait écrire une lettre pro bono publico aux journaux pour qu’on oblige à mettre une muselière à un chien de sa race. Grondant, grognant et ses yeux injectés de sang tellement il avait le gosier sec et l’hydrophobe qui lui dégoulinait de la gueule.

     So howandever, as I was saying, the old dog seeing the tin was empty starts mousing around by Joe and me. I’d train him by kindness, so I would, if he was my dog. Give him a rousing fine kick now and again where it wouldn’t blind him.
     —Afraid he’ll bite you? says the citizen, jeering.
     —No, says I. But he might take my leg for a lamppost.
So he calls the old dog over.
     —What’s on you, Garry? says he.
     Then he starts hauling and mauling and talking to him in Irish and the old towser growling, letting on to answer, like a duet in the opera. Such growling you never heard as they let off between them. Someone that has nothing better to do ought to write a letter pro bono publico to the papers about the muzzling order for a dog the like of that. Growling and grousing and his eye all bloodshot from the drouth is in it and the hydrophobia dropping out of his jaws.

irish red setter

irish red setter

     Tous ceux qu’intéresse la transmission de la culture humaine aux animaux inférieurs (et il sont légion) se doivent de ne pas ignorer les extraordinaires manifestations de cynanthropie du célèbre setter irlandais chien-loup à poil rouge anciennement connu sous le sobriquet de Garryowen et récemment rebaptisé par tout un cercle d’amis et de connaissances Owen Garry. Ces manifestations, résultats d’années de dressage par la douceur et d’un régime soigneusement étudié, comprennent entre autres démonstrations, la déclamation poétique. Celui qui est actuellement notre plus grand spécialiste de phonétique (nous ne dirons pas son nom, même sous la torture !) n’a pas ménagé ses efforts et ses recherches pour gloser et comparer les vers déclamés et leur a trouvé une ressemblance frappante (c’est nous qui le soulignons) avec les poèmes de nos anciens bardes celtes. Nous ne parlons pas tant ici de ces délicieuses romances qu’un auteur qui se dissimule derrière le charmant pseudonyme de Douce Petite Branche a rendues familières au monde des amateurs de livres mais bien plutôt (ainsi que le souligne un  intervenant déconadologue dans une discussion passionnante publiée dans un journal du soir) de la note plus âpre et plus personnelle que l’on trouve dans les effusions  satiriques d’un Raftery ou d’un Donald MacConsidine pour ne rien dire d’un poète lyrique encore plus moderne qui retient en ce moment l’attention du public. Nous joignons ci-dessous un exemple, transposé en anglais par un éminent universitaire dont nous ne pouvons dévoiler l’identité  pour le moment, mais nous sommes sûrs que nos lecteurs verront dans les références topographiques plus qu’une simple  indication. La prosodie de l’original canin, qui n’est pas sans rappeler la difficulté des règles allitérations et isosyllabiques de l’engin gallois, est infiniment plus complexe mais nous pensons que nos lecteurs seront da’ccord pour trouver que l’esprit du texte a été bien rendu. Peut-être faudrait-il ajouter que lies effets se trouvent notablement accrus si l’on récite les vers d’OIwen relativement lentement et indistinctement afin de suggérer une rancune contenue.

Que la malédiction soit sur toi
Barney Kierman, qu’elle soit sur toi sept fois
Etre sans loi qui me mets aux abois
sans une gorgée d’eau pour me donner la foi
tant et si bien que j’en ai mal au foie
Qu’après Lowry je ferai n’importe quoi
L’ami Lowry du musichall le roi
Afin qu’il me recueille sous son toit.

    Alors il a dit à Terry d’apporter de l’eau pour le chien et il l’a lapée bon Dieu, on aurait pu l’entendre un kilomètre à la ronde. Et Joe lui demandé au citoyen s’il revoulait quelque chose.
     – Je remettrais bien ça, a chara, mon bon, pour me prouver qu’il n’y a pas de mal.
     Bon Dieu il n’est pas aussi couillon qu’il en a l’air. Se culant d’un pub à l’autre, à toi l’honneur, avec le cabot du vieux Giltrap et s’en mettant plein le cornet aux frais des contribuables et des grands électeurs. La fête pour l’homme et la bête.

     All those who are interested in the spread of human culture among the lower animals (and their name is legion) should make a point of not missing the really marvellous exhibition of cynanthropy given by the famous old Irish red setter wolfdog formerly known by the sobriquet of Garryowen and recently rechristened by his large circle of friends and acquaintances Owen Garry. The exhibition, which is the result of years of training by kindness and a carefully thoughtout dietary system, comprises, among other achievements, the recitation of verse. Our greatest living phonetic expert (wild horses shall not drag it from us!) has left no stone unturned in his efforts to delucidate and compare the verse recited and has found it bears a striking resemblance (the italics are ours) to the ranns of ancient Celtic bards. We are not speaking so much of those delightful lovesongs with which the writer who conceals his identity under the graceful pseudonym of the Little Sweet Branch has familiarised the bookloving world but rather (as a contributor D. O. C. points out in an interesting communication published by an evening contemporary) of the harsher and more personal note which is found in the satirical effusions of the famous Raftery and of Donal MacConsidine to say nothing of a more modern lyrist at present very much in the public eye. We subjoin a specimen which has been rendered into English by an eminent scholar whose name for the moment we are not at liberty to disclose though we believe that our readers will find the topical allusion rather more than an indication. The metrical system of the canine original, which recalls the intricate alliterative and isosyllabic rules of the Welsh englyn, is infinitely more complicated but we believe our readers will agree that the spirit has been well caught. Perhaps it should be added that the effect is greatly increased if Owen’s verse be spoken somewhat slowly and indistinctly in a tone suggestive of suppressed rancour.

The curse of my curses
Seven days every day
And seven dry Thursdays
On you, Barney Kiernan,
Has no sup of water
To cool my courage,
And my guts red roaring
After Lowry’s lights.

    So he told Terry to bring some water for the dog and, gob, you could hear him lapping it up a mile off. And Joe asked him would he have another.
    —I will, says he, a chara, to show there’s no ill feeling.
Gob, he’s not as green as he’s cabbagelooking. Arsing around from one pub to another, leaving it to your own honour, with old Giltrap’s dog and getting fed up by the ratepayers and corporators. Entertainment for man and beast. 

     (…)

     – Les étrangers, s’exclame le citoyen. C’est notre faute. Nous les avons laissé entrer. Nous les avons fait venir. La jeune femme adultère et son amant ont fait venir chez nous les pilleurs saxons.
     – Jugement provisoire, dit J.J.
Et Bloom fait celui qui s’intéresse passionnément à des riens, une toile d’araignée dans le recoin derrière le tonneau, et le citoyen qui lui tire une de ces tronches avec le vieux clef à ses pieds qui regarde partout qui il pourrait bien mordre et quand.

    —The strangers, says the citizen. Our own fault. We let them come in. We brought them in. The adulteress and her paramour brought the Saxon robbers here.
     —Decree nisi, says J. J.
   And Bloom letting on to be awfully deeply interested in nothing, a spider’s web in the corner behind the barrel, and the citizen scowling after him and the old dog at his feet looking up to know who to bite and when.

    (…)

Quand Bloom provoque le Citoyen en déclarant que Jésus était juif…

    – Mendelssohn était juif et Karl Marx et Mercadante et Spinoza. Et le sauveur était juif et son père était juif. Votre Dieu.
     – Il n’avait pas de père, dit Martin. Ça suffit maintenant. En avant.
     – Le Dieu de qui ? demande le citoyen.
     – OK, son oncle était juif, alors il dit. Votre Dieu était juif. Le Christ était juif comme moi.
     Putain, le citoyen a fait un de ces plongeons dans sa boutique.
     – Bon dieu, il fait, je lui éclaterai la tête à ce putain de juif pour prononcer le saint nom. Bon dieu je le crucifierai, il verra. Passe-moi la boîte à biscuits là.
     – Arête ! Arrête ! fait Joe.
   Un rassemblement nombreux et sympathique d’amis et de relations venus de la métropole et du Grand Dublin s’était donné rendez-vous par milliers pour dire adieu à Nagyasàgos tram Lipoti Virag, ancien collaborateur de MM. Alexander Thom, imprimeurs de Sa Majesté, à l’occasion de son départ pour les lointaine contrées de Szàzharminczbrojùgulyàs-Dugulàs (Prairie du Murmure des Eaux). La cérémonie qui se déroula avec beaucoup d’éclat fut empreinte de la plus touchante cordialité. Le rouleau enluminé d’un antique parchemin irlandais, œuvre d’artistes irlandais, fut offert au distingué phénoménologue au nom d’une partie importante de l’assemblée et fut accompagné d’un présent, une cassette d’argent ouvragée avec goût dans le vieux style ornemental celtique, œuvre qui est tout à l’honneur de ses exécuteurs. MM Jacob abus Jacob. L’invité d’honneur reçut une ovation chaleureuse et bon nombre des assistants furent visiblement émus quand l’orchestre distingué des cornemuses irlandaises fit entendre les célèbres accents de Reviens à Erin, immédiatement suivis par La Marche de Rakoczy. Des barils de goudrons et d’autres feux de joie furent allumés le long des côtes des quatre mers sur les sommets des collines de Howth, de Three Rock Mountain, de la Sugarloaf, du Bray Head, des Monts Mourne, des Galtees, des pitons de d’Ox, de Donegal et de Sperrin, des Nagles et des Bographs, des collines du Connemara, des M’Gillicuddy’s reeks, du mont Aughty, du mont Bernagh et du mont Bloom. Au milieu des acclamations qui ébranlaient la voûte céleste, et auxquelles répondaient en écho les acclamations d’un important rassemblement de partisans sur les crêtes lointaines de Cambrie et de Calédonie, le gigantesque bateau de plaisance quitta lentement la rive, salué par un dernier tribut floral offert par les représentantes du beau sexe présentes en grand nombre, tandis que, comme il descendait la rivière, escorté par une flottille de barges, les drapeaux du Ballast Office et de la Douane furent abaissés en signe d’adieu comme le furent tous ceux de la station électrique de la pigeon House et du phare de Poolbeg. Visszontlàtàsra, kedvés baràtom ! Visszontlàtàsra ! Loin des yeux mais près du cœur.

And says he:
     —Mendelssohn was a jew and Karl Marx and Mercadante and Spinoza. And the Saviour was a jew and his father was a jew. Your God.
     —He had no father, says Martin. That’ll do now. Drive ahead.
     —Whose God? says the citizen.
   —Well, his uncle was a jew, says he. Your God was a jew. Christ was a jew like me.
Gob, the citizen made a plunge back into the shop.
   —By Jesus, says he, I’ll brain that bloody jewman for using the holy name.
By Jesus, I’ll crucify him so I will. Give us that biscuitbox here.
     —Stop! Stop! says Joe.
     A large and appreciative gathering of friends and acquaintances from the metropolis and greater Dublin assembled in their thousands to bid farewell to Nagyasagos uram Lipoti Virag, late of Messrs Alexander Thom’s, printers to His Majesty, on the occasion of his departure for the distant clime of Szazharminczbrojugulyas-Dugulas (Meadow of Murmuring Waters). The ceremony which went off with great éclat was characterised by the most affecting cordiality. An illuminated scroll of ancient Irish vellum, the work of Irish artists, was presented to the distinguished phenomenologist on behalf of a large section of the community and was accompanied by the gift of a silver casket, tastefully executed in the style of ancient Celtic ornament, a work which reflects every credit on the makers, Messrs Jacob agus Jacob. The departing guest was the recipient of a hearty ovation, many of those who were present being visibly moved when the select orchestra of Irish pipes struck up the wellknown strains of Come back to Erin, followed immediately by Rakoczsy’s March. Tarbarrels and bonfires were lighted along the coastline of the four seas on the summits of the Hill of Howth, Three Rock Mountain, Sugarloaf, Bray Head, the mountains of Mourne, the Galtees, the Ox and Donegal and Sperrin peaks, the Nagles and the Bograghs, the Connemara hills, the reeks of M Gillicuddy, Slieve Aughty, Slieve Bernagh and Slieve Bloom. Amid cheers that rent the welkin, responded to by answering cheers from a big muster of henchmen on the distant Cambrian and Caledonian hills, the mastodontic pleasureship slowly moved away saluted by a final floral tribute from the representatives of the fair sex who were present in large numbers while, as it proceeded down the river, escorted by a flotilla of barges, the flags of the Ballast office and Custom House were dipped in salute as were also those of the electrical power station at the Pigeonhouse and the Poolbeg Light. Visszontlátásra, kedves baráton! Visszontlátásra! Gone but not forgotten.

(…)

acteurs rejouant une scène de «Ulysse», le 16 juin 2000 à Dublin, à l'occasion du «Bloomsday». photo REUTERS/Ferran Paredes

acteurs rejouant une scène de «Ulysse», le 16 juin 2000 à Dublin, à l’occasion du «Bloomsday». photo REUTERS/Ferran Paredes.
     « Bloomsday » est une fête irlandaise qui se tient chaque 16 juin (à Dublin notamment) et qui a pour objet de célébrer la vie de l’écrivain James Joyce. Ce n’est donc pas la date de décès de Joyce qui est célébrée le jour du Bloomsday, mais bien la date du jour pendant lequel se déroulent les événements fictifs relatés dans Ulysse. Les admirateurs de James Joyce se vêtent des habits du début du XXe siècle, et parcourent la ville en citant des passages de l’œuvre.

 (…)

  Putain, même le diable n’aurait pas pu l’empêcher de saisir la boîte en fer-blanc et de sortir avec le petit Alf cramponné à son coude et de crier comme un cochon qu’on égorge, c’était mieux que mieux que n’importe quel drame merdique au Queen’s Theatre.
     – Où est-ce qu’il est que je l’étripe !
     Ned et J.J. étaient pliés en deux de rire.
     – Tonnerre, je dis, je vais arriver juste avant la fin de la messe.
     mais coup de chance, le cocher avait tourné la tête du canasson dans l’autre direction et en route.
     – Attendez, citoyen, fait Joe. Pas çà.
     Putain, il a allongé le bras, pris de l’élan et clan, à toute volée. C’est une bénédiction qu’il avait le soleil dans l’œil sinon il l’aurait étendu. Putain c’est tout juste s’il l’a pas envoyé bouler dans le comté de Longford. Le canasson il a eu une de ces peurs et le vieux bâtard qui courait après la voiture à un train d’enfer et toute la populace qui criait et riait et la vieille boîtes en fer-blanc qui dégringolait la rue en tintinnabulant.
     Les effets de la catastrophes furent instantanés et terrifiants. L’observatoire de Dunsink enregistra onze oscillations en tout, toutes d’intensité cinq sur l’échelle de Mercalli, et pareille secousse sismique ne s’était pas produite dans notre île depuis le tremblement de terre de 1534, l’année de la rébellion de Thomas le Soyeux. L’épicentre semble en avoir été cette partie de la métropole qui constitue la circonscription de Inn’s Quay et la paroisse de Saint Michan sur une surface de quarante et une âcres, deux vergées et une perche ou cinq mètres carrés. Toutes les résidences aristocratiques situées dans le voisinage du Palais de justice furent détruites et ce noble édifice lui-même, où d’importants débats juridiques se déroulaient au moment de la catastrophe, n’est plus à proprement parler qu’un tas de ruines  sous lesquelles il est à craindre  que tous les occupants n’est été enterrés vivants. Selon les témoins oculaires, il apparaît que les ondes sismiques  furent accompagnées par une violente perturbation atmosphérique à caractère cyclonique. Un article de chapellerie qu’on a reconnu depuis pour avoir appartenu au très estimé greffier de la couronne et de la justice de paix, M. George Fottrell, et un parapluie de soie à manche d’or où étaient gravés les initiales, l’écusson, les armes et l’adresse de l’érudit et vénérable président des assises trimestrielles sir Frederick Falkiner, président du tribunal correctionnel de Dublin, ont été découverts pare les équipes de secours dans des endroits reculés de l’île, respectivement le premier sur la troisième crête basaltique de la chaussée des géants, le second enlisé d’un pied trois pouces dans la grève sablonneuse de la baie d’Holeopen près du vieux cap de Kinsale. D’autres témoins oculaires assurent qu’ils ont aperçu une énorme boule incandescente qui trouait l’atmosphère à une vitesse terrifiante selon une trajectoire sud-ouest-ouest. Un feu d’artifice de messages de condoléances et de sympathie arriva de tous les points des différents continents et le souverain pontife dans sa grande bonté a daigné ordonné qu’une misa pro defunctis extraordinaire soit célébrées simultanément par les desservants de toutes les églises cathédrales de tous les diocèses épiscopaux relevant de l’autorité spirituelle du Saint-Siège, à l’intention des âmes de ces fidèles défunts qui, d’une façon si soudaine, ont été enlevés à notre affection. Le travail de sauvetage, l’enlèvement des débris, restes humains etc. ont été confiés à MM. Michael Meade et fils, 159 Great Brunswick street, et à MM T.C. Martin, 77, 78, 79 et 80 North Wall, secondés par les officiers et soldats d’infanterie légère du régiment du Duc de Cornouailles sous le haut commandement de Son Altesse Royale, contre-amiral, le très honorable sir Hercule Hannibal Habeas Corpus Anderson, Chevalier de l’ordre de la Jarretière, chevalier de l’ordre de Saint Patrick, chevalier de l’ordre du Chardon, conseiller privé, commandeur de l’ordre du Bain, député, juge de paix, diplômé de la faculté de médecine, décoré de l’Ordre pour Services distingués, chevalier de Sodome, maître des Chasses, membre de l’Académie Royale d’Irlande, licencié en droit, docteur en musicologie, administrateur des Bonnes œuvres, membre du Trinity College de Dublin, membre de l’Université Royale d’Irlande, membre du Collège Royal de Médecine d’Irlande et membre du Collège Royal de Chirurgie d’Irlande.
     Vous n’avez jamais vu une chose pareille de toute votre vie bordel,. Putain, si il y avait eu ce billet de loterie sur le coin de la poire il se serait rappelé la coupe d’or un bout de temps mais putain le citoyen il aurait été coffré pour coups et violences et Joe pour complicité active. Le cocher lui a sauvé la vie en foutant le camps comme un dieu il a fait pour Moïse. Hein ? Ah, bon dieu c’est sûr. Et l’autre il a continué à lâcher toute une bordée d’injures.
     – Je l’ai tué, il fait, oui ou merde ?
     Et il crie à son sale clebs :
     – Mords-le, Garry ! Mords-le mon chien !
     La dernière chose qu’on a vue c’est la foutue carriole qui tournait le coin avec dedans cette vieille tête de mouton qui gesticulait et le sale cabot qui courait après toutes oreilles dehors, il n’était pas loin le con de l’étriper et de le détripailler. Cent contre cinq ! Bon dieu il en a eu pour son argent je vous dis que ça.
     Or voici qu’une grande lumière descendit sur eux et ils virent le char où Il se terni debout qui montait aux cieux. Et ils Le virent dans le char, revêtu de la gloire de cette lumière, et il devint brillant comme le soleil, beau comme la lune et si terrible que dans leur crainte ils n’osaient plus lever les yeux vers Lui. Et une voix qui venait du ciel appela : Elie ! Elie ! Et ils répondirent dans un grand cri : Abba ! Adonai ! Et voici qu’ils Le virent, Lui, Lui en personne, ben Bloom Elie, au milieu d’une nuée d’anges, monter en gloire vers la lumière à un angle de quarante-cinq degrés au-dessus du pub Donohoe, little Green street, comme par un bon coup de pelle.

    Gob, the devil wouldn’t stop him till he got hold of the bloody tin anyhow and out with him and little Alf hanging on to his elbow and he shouting like a stuck pig, as good as any bloody play in the Queen’s royal theatre :
    —Where is he till I murder him?
     And Ned and J. J. paralysed with the laughing.
    —Bloody wars, says I, I’ll be in for the last gospel.
     But as luck would have it the jarvey got the nag’s head round the other way and off with him.
    —Hold on, citizen, says Joe. Stop!
     Begob he drew his hand and made a swipe and let fly. Mercy of God the sun was in his eyes or he’d have left him for dead. Gob, he near sent it into the county Longford. The bloody nag took fright and the old mongrel after the car like bloody hell and all the populace shouting and laughing and the old tinbox clattering along the street.
     The catastrophe was terrific and instantaneous in its effect. The observatory of Dunsink registered in all eleven shocks, all of the fifth grade of Mercalli’s scale, and there is no record extant of a similar seismic disturbance in our island since the earthquake of 1534, the year of the rebellion of Silken Thomas. The epicentre appears to have been that part of the metropolis which constitutes the Inn’s Quay ward and parish of Saint Michan covering a surface of fortyone acres, two roods and one square pole or perch. All the lordly residences in the vicinity of the palace of justice were demolished and that noble edifice itself, in which at the time of the catastrophe important legal debates were in progress, is literally a mass of ruins beneath which it is to be feared all the occupants have been buried alive. From the reports of eyewitnesses it transpires that the seismic waves were accompanied by a violent atmospheric perturbation of cyclonic character. An article of headgear since ascertained to belong to the much respected clerk of the crown and peace Mr George Fottrell and a silk umbrella with gold handle with the engraved initials, crest, coat of arms and house number of the erudite and worshipful chairman of quarter sessions sir Frederick Falkiner, recorder of Dublin, have been discovered by search parties in remote parts of the island respectively, the former on the third basaltic ridge of the giant’s causeway, the latter embedded to the extent of one foot three inches in the sandy beach of Holeopen bay near the old head of Kinsale. Other eyewitnesses depose that they observed an incandescent object of enormous proportions hurtling through the atmosphere at a terrifying velocity in a trajectory directed southwest by west. Messages of condolence and sympathy are being hourly received from all parts of the different continents and the sovereign pontiff has been graciously pleased to decree that a special missa pro defunctis shall be celebrated simultaneously by the ordinaries of each and every cathedral church of all the episcopal dioceses subject to the spiritual authority of the Holy See in suffrage of the souls of those faithful departed who have been so unexpectedly called away from our midst. The work of salvage, removal of débris, human remains etc has been entrusted to Messrs Michael Meade and Son, 159 Great Brunswick street, and Messrs T. and C. Martin, 77, 78, 79 and 80 North Wall, assisted by the men and officers of the Duke of Cornwall’s light infantry under the general supervision of H. R. H., rear admiral, the right honourable sir Hercules Hannibal Habeas Corpus Anderson, K. G., K. P., K. T., P. C., K. C. B., M. P, J. P., M. B., D. S. O., S. O. D., M. F. H., M. R. I. A., B. L., Mus. Doc., P. L. G., F. T. C. D., F. R. U. I., F. R. C. P. I. and F. R. C. S. I.
     You never saw the like of it in all your born puff. Gob, if he got that lottery ticket on the side of his poll he’d remember the gold cup, he would so, but begob the citizen would have been lagged for assault and battery and Joe for aiding and abetting. The jarvey saved his life by furious driving as sure as God made Moses. What? O, Jesus, he did. And he let a volley of oaths after him.
      —Did I kill him, says he, or what?
      And he shouting to the bloody dog:
      —After him, Garry! After him, boy!
     And the last we saw was the bloody car rounding the corner and old sheepsface on it gesticulating and the bloody mongrel after it with his lugs back for all he was bloody well worth to tear him limb from limb. Hundred to five! Jesus, he took the value of it out of him, I promise you.
     When, lo, there came about them all a great brightness and they beheld the chariot wherein He stood ascend to heaven. And they beheld Him in the chariot, clothed upon in the glory of the brightness, having raiment as of the sun, fair as the moon and terrible that for awe they durst not look upon Him. And there came a voice out of heaven, calling: Elijah! Elijah! And He answered with a main cry: Abba! Adonai! And they beheld Him even Him, ben Bloom Elijah, amid clouds of angels ascend to the glory of the brightness at an angle of fortyfive degrees over Donohoe’s in Little Green street like a shot off a shovel.

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Marylin Monroe plongée dans la lecture d'Ulysse de James Joyce

Marylin Monroe plongée dans la lecture d’Ulysse de James Joyce.

Apparemment, Marylin a réussi ce que je n’ai jamais pu faire, terminer la lecture de cet énorme pavé de 1.157 pages et juste au moment où le photographe la figeait pour la postérité.

 

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Etudes et sites consacrés à Ulysse de James Joyce :

      • Ulysse de James Joyce par Michel Chassaing (67 pages) : c’est ICI ou encore  ICI.
      • Joyce, de nouveau par Philippe Sollers : c’est ICI
      • Non, « Ulysse » de Joyce n’est ni long ni ennuyeux par Pierre Ancery : c’est ICI

Ulysse par Guillaume Gallienne

      • émission de France Inter du 9 juillet 2012 sur Ulysse de James Joyce, présenté par Philippe Sollers – lecture  Guillaume Galliennne,    49 minutes d’écoute, c’est ICI :  http://www.franceinter.fr/player/export-reecouter?content=0   – Une partie du texte du chapitre XII d’où sont tiré les extraits présentés ci-dessus est lue par Guillaume Gallienne à la 24ème minute 39 secondes de l’enregistrement.
      • émission de France Inter du 6 juillet 2012 sur l’Ulysse d’Homère  – lecture d’extraits du texte par Guillaume Galliennne,    52 minutes d’écoute, c’est ICI : http://www.franceinter.fr/player/export-reecouter?content=0

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