Du vol de l’oie au pas de l’oie

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anthropocentrisme

    L’homme est-il capable de voir la Nature pour elle-même sans vouloir y retrouver sa propre image, nourrir ses états d’âme et conforter ses croyances et préjugés ? Dans un article précédent, Maurice Barrès, à travers le regard d’un Taine réinterprété (Les Déracinés), voyait dans la puissance et la beauté d’un platane majestueux du jardin des Invalides à Paris, le symbole de la vie et une métaphore de l’épanouissement de l’homme enraciné dans sa patrie (c’est  ICI). Dans le texte présenté ci-après, c’est le philosophe Alain qui, à la vue d’une formation en triangle d’oies dans le ciel dans lequel chaque individu se glisse dans le sillage de son double, trouve une correspondance de structure avec le chant humain pratiqué à l’unisson dans lequel chaque voix s’appuie sur les autres voix et s’en trouve fortifiée. Le philosophe rebondit ensuite par la pensée sur la marche cadencée d’un groupe d’hommes au rythme de la musique et du chant et finalement au rythme du simple bruit des bottes à partir duquel les hommes disparaissent en tant qu’individus, s’agglomèrent et fusionnent dans une masse uniforme qui va s’énivrer de son unicité et de sa puissance et se mettre au service d’une idée, d’une religion.

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   Dés lors la déshumanisation, le fanatisme, puis la barbarie ne sont pas loin et le groupe peut sombrer dans l’Ubris entraînant malheur, mort et destruction. À partir d’une fusion des âmes et du mouvement des corps, c’est un processus mécanique infernal de projection de l’esprit en dehors du réel qui s’est mis en branle en complète autonomie par rapport à la conscience et la raison humaine. Ce processus est spécifique à l’homme; on a jamais vu en effet des formations volantes d’oies s’énivrer de leur puissance, devenir folles et attaquer en piqué d’autres formations ou d’autres espèces de rencontre. Seul l’homme est capable de voir naître en lui une telle folie et se laisser entraîner à de telles extrémités. L’animal a toujours limité ses actions et réactions au champs du possible que la nature lui avait fixé et économisé ses forces au strict nécessaire, seul l’homme a la faculté d’être en proie à de tels accès de folie collective où il met en œuvre une puissance et une violence dévastatrice. On est en droit de se demander si ce n’est pas pour cette raison que l’espèce humaine a pu conquérir dans la nature la place qu’elle occupe aujourd’hui. Le monde en déséquilibre que nous occupons aujourd’hui serait alors le résultat de l’Ubris et porterait en lui la faute originelle qui a prévalu à sa création. Alain nous met en garde contre les processus fusionnels qui s’emparent des foules sous l’action de la manipulation et du conditionnement et rend l’intelligence de l’homme responsable de cette situation mais l’intelligence n’est que l’outil qui permet le règne de l’Ubris. Le véritable coupable ne serait-il pas plutôt l’imagination ?

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Alain – Propos sur la nature, Ve partie : La Nature dans l’Homme, chap. 62

emile-auguste-chartier-dit-alain-1868-1951      Chacun a vu des triangles d’oies dans le ciel, et voici la saison des changements qui va nous ramener cette géométrie volante. Le beau est que ces triangles ondulent comme des banderoles, ce qui rend sensible, la lutte des forces, D’un côté le vent coule comme l’eau, mêlant et démêlant ses filets et tourbillons ; de l’autre la foule des formes invariables s’ordonne dans le mouvement même, chacun des individus se glissant dans le sillage du voisin et y trouvant avec bonheur sa forme encore dessinée. Quant au détail de cette mécanique volante, nous aurions grand besoin de quelque mémoire écrit par une oie géomètre ; mais ces puissants voiliers n’en pensent pas si long.

     L’homme chante à peu près comme les oies volent ; car chanter c’est lancer un son dans le sillage d’un autre de façon à profiter d’un pli d’air favorable ; et chanter faux, au contraire, c’est se heurter à ce qui devrait porter. Encore bien plus évidemment, si une foule d’hommes chante, chaque voix s’appuie sur les autres et s’en trouve fortifiée. C’est ainsi que le puissant signal s’envole, et revient à l’oreille comme un témoin de force. Aussi le bonheur de chanter en cœur n’a point de limites ; il ouvre absolument le ciel.

     Ce genre de perfection immobile concerne nos pensées ; il les accorde, les purifie et les délivre. Mais il est clair que le bonheur de chanter fut joint d’abord au bonheur de marcher en cadence, comme le rappellent les instru­ments qui imitent la marche d’une troupe d’hommes, et qui font tant dans nos musiques. Seulement ce chant de marche est toujours un peu barbare. Il a fallu choisir. Le musicien a choisi de s’arrêter. Le marcheur s’est contenté du bruit des pas, qui est un terrible signe, ou bien il a répété un même cri. Par ce moyen la masse des hommes est présente en chacun ; la délibération est terminée, car le rythme annonce l’action prochaine ; chacun imite les autres et la troupe s’imite elle-même. Cet ordre est enivrant il est par lui-même vic­toire ; il exclut l’obstacle d’avance il l’écrase. Ainsi la pensée, par elle-même défiante et soupçonneuse, se trouve apaisée. Vous demandez quelles sont les opinions, ou les intentions, ou les amours, ou les haines de ces hommes qui marchent ; simplement ils sont heureux, ils aiment leur propre marche, ils se sentent forts, invincibles, immortels. On voit naître ici toute la religion, soit contemplative, soit active, et le fanatisme si naturel à des hommes qui ont une opinion, mais sans savoir laquelle. La dissidence et la critique, toujours persécutées par l’homme qui marche, sont odieuses parce qu’elles obligent à savoir ce qu’on pense ; souvent le fanatisme s’irrite même d’être approuvé et d’être expliqué. Le vrai croyant refuse les preuves. Très prudemment il les refuse, car une preuve est une grande aventure. Que va-t-on trouver dans la preuve ?

       On se demande comment la pensée, le doute, l’examen sont venus au monde. Je suppose que l’ordre fanatique, par sa perfection même, s’est trouvé la source des plus grands maux. Et pourquoi ? C’est que la seule idée qu’il y a des dissidents quelque part, la seule idée que le monde entier des hommes n’est pas encore converti, jette aussitôt le fanatisme en la plus folle des entre­prises, la guerre. Un fanatisme en rencontre un autre. Et il ne s’agit plus alors de chasse, ni de pêche, ni d’industrie ; on n’y pense même plus. Il s’agit d’exterminer les schismatiques et hérétiques, lesquels forment aussi leurs bataillons chantants. Sans chercher d’où provient l’empire de l’homme sur les bêtes, je remarque que c’est cette perfection même, que l’on nomme intelli­gence, qui jette l’homme contre l’homme. Et certes, les choses étant comme nous les voyons, il n’y a que l’homme qui soit capable d’exterminer l’homme. Vainement les religions vieillissent, car cette religion des religions, qui n’est autre que l’union sacrée ne vieillit point. La religion serait aisément séraphique, par une contemplation musicienne ; elle meurt alors de faim. Mais la sanglante religion, celle qui marche et persécute, ne peut mourir que de fureur. Cette suite de maux sans mesure, humains et inhumains, doit être considérée sans cesse à sa naissance, en ses honorables motifs, en ses affreuses consé­quences, comme pire que toute peste. Et la science qui y a trouvé remède se nomme la politique. Cette science ne plaît point, car elle divise ; et elle a nécessairement contre elle tous les partis, qui sont des triangles d’oies.

1er octobre 1934.

AlainPropos sur la nature, Ve partie : La Nature dans l’Homme, chap. 62 – éd. Folio Essai / Gallimard, pp 191-194

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Soldats de la Reichswehr marchants au pas de l’oie

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     Celui qui défile joyeusement au pas cadencé a déjà gagné mon mépris. C’est par erreur qu’on lui a donné un grand cerveau puisque la moelle épinière lui suffirait amplement. On devrait éliminer sans délai cette honte de la civilisation. L’héroïsme sur commande, la brutalité stupide, cette lamentable attitude de patriotisme, quelle haine j’ai pour tout cela.

Combien méprisable et vile est la guerre.           Albert Einstein

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article lié

  • « Borné par tes 5 sens, ne comprends-tu donc pas que le moindre oiseau qui fend l’air est un immense monde de délices ? », c’est  ICI.

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Merci à Zineb El Rhazoui pour son courageux combat pour l’humanité et la laïcité – Soutenons la !

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Zineb El Rhazoui  - Charlie Hebdo

Zineb El Rhazoui  – Charlie Hebdo

    Zineb El Rhazoui (marocain prononciation : [zinæb əl ɣæzwi]), née le 19 janvier 1982 à Casablanca, d’origine berbère, est une journaliste, sociologue et militante des Droits de l’homme de double nationalité franco-marocaine qui proclame son athéisme et lutte avec beaucoup d’énergie pour la laïcité. Ayant suivi des études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) d’où elle sort avec un master en sociologie des religions, elle débute dans le journalisme au Maroc au Journal hebdomadaire, titre phare et pionnier de la presse indépendante qui sera fermé par le régime en janvier 2010. Elle aura durant cette période été reporter de guerre lors de la guerre de Gaza de 2008-2009 et aura mené de nombreuses enquêtes sur les libertés individuelles et les droits de l’homme au Maroc, ce qui lui vaudra d’être arrêtée à plusieurs reprises. Elle cofonde avec le psychothérapeute Ibtissam Lachgar le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI), a l’initiative du mouvement des « Dé-jeûneurs » qui a organisé des pique-niques pendant le ramadan, et participe au Mouvement du 20-Février. Elle se fait remarquer lors d’une réunion plénière d’EELV le 18 août 2011 au Maroc, par son intervention contre Driss el-Yazami, conseiller du Roi.
    Après la fermeture de son journal elle trouvera refuge en Slovénie en 2010 dans le cadre du programme International cities of refuge network (ICORN) qui redonne la liberté d’expression aux journalistes et écrivains muselés dans leur pays d’origine puis part vivre en France. Elle devient alors porte-parole de Ni putes ni soumises en septembre 2011 et écrit dans l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo sur le thème des religions. Elle est également professeur assistante à l’Université française d’Égypte, enseignant la méthodologie de l’écrit et de la recherche.
     Alors en vacances à l’étranger, elle échappe à la fusillade au siège de Charlie Hebdo du 7 janvier 2015. Elle contribue au « Journal des survivants », qui sort en kiosques le mercredi suivant.

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Zineb El Rhazoui au centre des survivants de Charlie Hebdo à la marche républicaine du 11 janvier 2015

      Zineb El Rhazoui et son mari, l’écrivain Jaouad Benaissi sont devenus la cible de la part de fanatiques intégristes d’une fatwa relayée par des dizaines de messages sur Twitter qui ordonne leur assassinat. Des informations sur leur vie privée, leurs habitudes et leurs déplacements ont été diffusées sur le réseau social. Des syndicats et fédérations de journalistes ont dénoncé, vendredi 20 février, ces appels au meurtre : « Aujourd’hui, Zineb El Rhazoui et son mari sont visés. Les menaces sont accompagnées de la photo et d’informations sur le domicile et le lieu de travail de son mari, et diffusées sur le réseau social Twitter», explique la Fédération internationale des journalistes (FIJ).
     Zineb El Rhazoui a détaillé auprès de BFMTV ce qu’elle a notamment pu trouver sur Internet : « à défaut d’une balle ou d’un explosif, ils conseillent par exemple de m’isoler et de m’écraser la tête avec des pierres, de m’égorger, de me brûler, ou à défaut de brûler ma maison. » Mais toujours combattive, la jeune femme leur répond crânement : « Mais moi je leur dit, je vous attends de pied ferme les mecs », « Même s’ils parviennent à me tuer, contre quoi ils se battent au juste?« , s’est-elle encore demandée.

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 Zineb El Rhazoui et son mari, l’écrivain Jaouad Benaissi

Publications :
      . Nouvelles du Maroc, en collaboration avec Mohamed Leftah, Abdellah Taïa, Karim Boukhari, Fadwa Islah et Abdelaziz Errachidi, nouvelles, Magellan, en partenariat avec Le Monde diplomatique, 2011.
        . Scénario de La vie de Mahomet, dessins de Charb, Les Échappés, 2013.

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    Les déclarations de Zineb El Rhazoui qui suivent sont tirées : d’un article du blog Le Monde Société sur la tuerie de Charlie Hebdo, d’une interview et d’un échange de vue réalisés par l’universitaire Guy Haarscher de l’Université Libre de Bruxelles (ULB) ¹, de déclarations présentées sur le blog « Au Féminin – société – » ) ² et de divers textes et prises de position accessibles sur internet.

Charlie Hebdo

 Charlie Hebdo - 100 coups de fouets si vous n'êtes pas mort de rire      « Charlie, j’y suis entrée par mon engagement et non par mon CV de journaliste ou par une lettre de motivation bien tournée. En 2011, en plein printemps arabe, Sylvie, une ancienne de la rédaction, m’a appelée pour que je lui raconte mes combats marocains. Deux jours plus tard, je déjeunais avec Charb et Riss, qui m’ont proposé de « passer à la réunion du mercredi ».
     Pour m’embaucher, Luz a proposé de baisser son salaire, « pour que ça rentre dans le budget ». Depuis, Riss a pris coutume de me demander : « Qu’est-ce qui t’énerve le plus cette semaine ? », pour voir ce que j’ai à écrire. C’est ainsi Charlie, un journal énervé, mais qui ne se prend jamais au sérieux. Riss a survécu. Blessé, « il arrive à bouger les doigts », m’a confirmé un collègue. Il redessinera. Luz aussi est en vie, mais se sentait incapable de dessiner, jusqu’à ce qu’il nous envoie la « une » du prochain numéro, tragiquement drôle. C’est la première fois que Charlie a sa « une » dès le jeudi soir. Charlie n’a jamais été un journal comme un autre, et ne le sera fatalement plus jamais.
     Notre équipe a été décimée à la kalachnikov, parce que nous avons osé tourner l’islam en dérision. Avant que notre salle de réunion, lieu habitué aux blagues et aux éclats de rire, aux murs tapissés de dessins, ne se transforme en bain de sang, nous avons mille fois été menacés de mort. Tout le monde le savait, mais nous n’en étions pas moins haïs, conspués. Il a fallu douze cadavres pour que Charlie soit enfin compris. Avec Wolinski, Honoré et Cabu, ce sont trois symboles de la culture française qui sont partis. Quant à Bernard Maris ou Elsa Cayat, psychanalyste et chroniqueuse, ils n’avaient jamais dessiné qui que ce soit et ne se préoccupaient pas plus de Mahomet que du pape.
     Charb, lui, avait fait de Charlie son sacerdoce et sa croix, il ne vivait que pour que vive le journal. Charb a désespérément tapé à toutes les portes, jusqu’à celle de François Hollande, pour attirer l’attention sur l’inexorable disparition de Charlie par asphyxie financière. « J’ai l’impression de faire le tapin », m’avait-il confié, il y a un mois, alors que nous déjeunions ensemble. Charb vivait dans l’angoisse de voir mourir le journal et se souciait peu de sa propre mort, lui qui était sous protection policière depuis 2012.
     Si tu avais été là, mon Charb, si tu avais vu la place de la République, noire de monde, des gens en larmes qui portaient ton portrait, dans un silence monacal. Si seulement tu avais pu voir ça. Si seulement tu pouvais voir ce jour où les propositions d’aide affluent de toute part, pour que le journal vive, à tout prix. »

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Ses combats au Maroc

Pour la liberté d’expression : « J’ai choisi le blog comme moyen d’expression le jour où j’ai perdu mon travail de journaliste, qui était ma tribune. Le Journal hebdomadaire, le pionnier de la presse indépendante au Maroc, a été fermé un beau matin par les autorités. Des huissiers ont débarqué, ont mis tout le monde dehors et placé nos locaux sous scellé. Depuis je suis au chômage, mais surtout, je suis blacklistée à cause de mes opinions et de mes activités militantes. Il est impossible pour moi de trouver du travail au Maroc, et quand bien même j’en trouverais, je refuse de me soumettre au Roi comme le font les journaux partisans. Donc ma nouvelle tribune, c’est mon blog, qui est hébergé en France par Le Monde.fr. Je ne gagne pas ma vie mais je continue à dire ce que je pense. » ¹

Contre la répression : « Je suis militante des libertés individuelles, et je me suis clairement positionnée pour la laïcité. De ce fait, je subis une grosse répression de la part du régime. Le trône marocain est une monarchie sacrée de droit divin, qui tire sa légitimité du religieux. Alors forcément, la première répression que je subis, c’est celle de l’Etat. ¹
     L’année dernière j’ai été arrêtée trois fois. Jamais jugée. Le 4 juin, par exemple, à 5h 45, 15 policiers ont débarqué chez moi, où j’étais avec mon copain. Ils ont mis des préservatifs dans ma salle de bain et les ont pris en photo dans le but de me coller un procès de mœurs. Car au Maroc, les rapports sexuels hors mariage sont toujours passibles de prison (article 490 du code pénal marocain) !
     Cette peur ne m’arrête pas. Soit je vis avec, soit je quitte le pays et je renie ma marocanité. Et ça je ne peux pas. Je ne peux que m’indigner et dénoncer. »

Pour les droits des femmes » En 2003, le Roi a réformé le code de la famille, ce qui a permis de réparer certaines injustices archaïques. Mais les droits de la femme ne sont toujours pas inscrits dans la loi. La polygamie n’est pas abolie ; en tant que femme marocaine, j’hérite toujours de la moitié de mon frère (alors que je ne paye pas la moitié de mes impôts !) ; il n’y a pas d’égalité constitutionnelle, le trône du Maroc se transmettant toujours par ordre de primogéniture mâle, etc.
    Ce qui me tient à cœur aujourd’hui c’est que la femme marocaine puisse enfin marcher la tête haute dans la rue, qu’elle gagne sa citoyenneté, ne soit plus assujettie au patriarcat de l’homme ou du Roi, qu’elle gagne une égalité constitutionnelle. Et cela passera par la laïcité
    Car disons-le, ce sont les lois musulmanes qui font des femmes d’éternelles mineures. Pour moi, la clef de voute de la condition féminine au Maroc, c’est un statut personnel civique, et non pas théologique. » ¹

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Au sujet de « la responsabilité » des journalistes en matière de caricature

marrakech-jamma-el-fna-henna   « J’ai exercé le journalisme dans un pays au fonctionnement dictatorial comme le Maroc. J’ai l’habitude d’entendre ce discours. Les hommes politiques me disent qu’en cas de troubles que mes articles sur la religion suscitent, je dois en assumer la responsabilité. On comprend vite que l’objectif de cette soi-disant responsabilité du journaliste, c’est la censure. Or, le journalisme est déjà encadré par des règles déontologiques. Un journaliste ne doit absolument pas s’imposer cette logique de responsabilité qui n’incombe qu’à l’Etat. Le maintien de l’ordre doit être assuré par les pouvoirs publics. C’est la raison pour laquelle les déclarations du Premier ministre français sont scandaleuses, d’autant plus qu’elles sont formulées par un homme de gauche dans une République qui se veut la patrie des droits de l’homme. Rama Yade, ancienne secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, a même parlé de « la Une de trop » de Charlie Hebdo ! Ces politiques ont outrepassé leurs prérogatives : ils n’ont pas vocation à faire la leçon à des journalistes indépendants et à leur dicter quand et comment ils doivent traiter une question d’actualité. » ²

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 4552552_6_5efd_zineb-el-rhazoui-journaliste-et-membre-de-la_d06c1ca358e38d0e5c60d9f3ace78ded   Il faut d’abord délimiter sur quel terrain on se situe. Si on juge ces caricatures du point de vue artistique, on a le droit de trouver ces dessins excellents ou mauvais, vulgaires ou grivois, bêtes et méchants. 
    Mais si on les juge sur le terrain du droit, est-ce que ceux qui jugent ces caricatures seraient prêts à affirmer qu’on a quand-même le droit de les faire en tant que journalistes?
Ils sont prêts à tergiverser sur la liberté de pensée et attaquent le travail de Charlie. Je comprendrais que l’on dise que ces caricatures sont de mauvais goût, chacun peut en faire la lecture qu’il veut. Mais, je pense que Charlie en a tout à fait le droit, sans entrer dans des considérations de goût. 
    Ensuite, sur le moment choisi pour publier ces dessins. Cela a été l’élément massue de nos détracteurs. Mais, que voulaient-ils que l’on fasse? On est journalistes ou on ne l’est pas. 
    Nous nous devons de commenter l’actualité comme tout le monde, mais aussi à notre façon. Et l’actualité de la semaine c’était cela: des hordes de barbus enragés qui ont tué un ambassadeur, qui ont brûlé des bâtiments au Bangladesh et à Téhéran. On ne pouvait pas manquer cela. 
     On a commenté cette actualité avec la méthode de Charlie, qui est avant tout un journal satirique. Et la caricature écorche par définition. Elle est irrévérencieuse même. Elle n’est pas là pour faire plaisir aux caricaturés ou pour les caresser dans le sens du poil. 
     On nous a également reproché de vouloir jeter de l’huile sur le feu, en mettant en danger la vie des Français vivant à l’étranger. Je pense qu’on ne peut pas faire endosser la responsabilité à des journalistes d’actes violents qui seraient commis à Tripoli ou à Kaboul.
     Il faut être clair: les seuls responsables de ces actes, ce sont leurs auteurs, pas les journalistes. En tant que journalistes, nous n’avons pas à nous substituer à une logique de responsabilité d’Etat. Ce n’est pas notre devoir. Le nôtre c’est de travailler sur l’actualité, de respecter la déontologie journalistique qui est très claire et qui est de ne pas faire d’appel à la haine, ni de diffuser de propos racistes ou ou de faire des appels à la violence, etc. Tant que nous n’enfreignons pas ces règles je ne vois pas pourquoi, nous devrions nous en priver. (Interview sur le site SlateAfrique du 27/09/2012)

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Au sujet des initiatives visant à instaurer le délit de blasphème dans le monde

 Une de Charlie Hebdo    « Ces initiatives font partie d’une stratégie globale. Les religions cherchent à se substituer aux législations civiles et laïques pour imposer leur ordre moral à l’ensemble de la société. La volonté d’instaurer le délit de blasphème fait partie d’un processus plus large où les droits des femmes sont aussi remis en cause. Il faut donc être très vigilant par rapport à ces initiatives, surtout lorsqu’on observe que Charlie Hebdo est critiqué par les responsables politiques français pour avoir caricaturé le prophète. La prochaine étape peut être d’accepter de légiférer sur le blasphème. Dans ce contexte, il est important que des journaux comme Charlie Hebdo et des écrivains comme Salman Rushdie puissent défendre ce droit au blasphème qui apparaît précisément comme cette différence fondamentale entre la démocratie et la dictature, la civilisation et la barbarie. » ²

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    Disons que c’est la ligne éditoriale de Charlie. Il a caricaturé dans des positions extrêmement délicates le pape, Jésus ou encore Nicolas Sarkozy (ex-président français). Je ne vois pas pourquoi Mahomet ferait exception.
     Il faut que les détracteurs nous disent clairement s’ils veulent que nous respections une interdiction religieuse musulmane. Je crois que, nous, en tant que journalistes satiriques français, dans un pays où, jusqu’à nouvel ordre, il n’y a pas de délit de blasphème, on a le droit de le faire. 
     Je sais que le blasphème ne fait pas plaisir à tout le monde mais il faut être conscient que ces groupuscules de barbus —qui prétendent s’exprimer au nom d’un milliard et demi de musulmans, comme moi, parce que je suis de culture musulmane, même si je suis athée, et au nom d’une majorité de musulmans croyants et peut être même pratiquants— même s’ils n’apprécient pas le contenu de Charlie, ils n’iraient jamais égorger un ambassadeur. 
     A chaque fois que nous aurons des réactions violentes, nous aurons la confirmation qu’on a là un tabou bien coriace. Et à ce moment-là, en tant que journalistes satiriques, nous aurons le choix entre deux options: soit on se couche en nous disant que c’est dangereux et qu’on ne touche plus à Mahomet, soit on se dit qu’on a le devoir de repousser les lignes de la liberté d’expression. (Interview sur le site SlateAfrique du 27/09/2012)

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Au sujet de la fatwa de condamnation à mort sur Salman Rushdie lancée par certains pays

     « Que ceux qui nous disent que l’islam est une religion de paix et de tolérance viennent nous dire comment des autorités religieuses reconnues promettent des primes à des assassins. Beaucoup d’intellectuels et de responsables politiques européens se dérobent et mettent en sourdine ce débat, parce qu’ils ont peur d’être accusés de racisme. Ils pensent que s’ils se montrent intransigeants sur la nécessité pour l’islam de respecter les règles démocratiques, ils vont passer pour d’affreux racistes. Ils se trompent complètement, car le véritable racisme, c’est le différentialisme. Je suis marocaine de culture musulmane et je n’ai pas pour autant un degré de civilisation inférieure aux Français de culture chrétienne. Le racisme consiste donc à dire que les musulmans sont différents et que les autorités françaises doivent leur permettre de respecter leurs coutumes barbares et archaïques, et ainsi les exclure de la République. » ¹

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Au sujet de la liberté religieuse que l’on pourrait opposer à la liberté d’expression

 zineb_0   « C’est un fantasme de leur part. La Cour européenne des droits de l’homme protège les droits de l’homme, mais pas Dieu ! La liberté religieuse permet surtout aux croyants d’exercer leur culte. Elle n’implique en aucun cas le droit d’être choqué par des œuvres d’art, des livres ou des films. Et dans ces cas, on est choqué que si on le veut bien, c’est-à-dire si on prend volontairement connaissance de ces œuvres « choquantes ». Personne n’a jamais contraint quiconque à lire Charlie Hebdo ni à regarder sur internet des caricatures sur le prophète. Dire qu’on porte atteinte à la liberté religieuse parce que des gens montrent des images que personne n’est obligé de regarder est un sophisme absurde. De cette manière, on construit artificiellement une tension entre liberté d’expression et liberté religieuse pour faire croire que c’est un conflit entre deux droits de l’homme. » ²

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Au sujet des risques de populisme et de racisme antimusulman

maxresdefault    « Je suis consciente que ce débat est instrumentalisé par l’extrême droite. Sous couvert de défense de la laïcité et des principes républicains, elle ne fait qu’affirmer que les musulmans n’ont pas leur place en France. Marine Le Pen est paradoxalement la seule femme politique qui a condamné clairement toute atteinte à la liberté d’expression lorsque Charlie Hebdo a publié le numéro comprenant les caricatures de Mahomet. Nous ne sommes pas dupes : Marine Le Pen a déjà intenté des procès contre Charlie Hebdo et aujourd’hui encore, elle nous poursuit pour une affiche électorale qui la représente en étron fumant. Marine Le Pen estime donc que la liberté d’expression est fondamentale et sans limites quand il s’agit de l’islam, mais extrêmement limitée quand il est question du Front national. Quand on découvre qu’un beau matin, l’extrême droite est féministe et incarne la défense de la laïcité parce que cela l’arrange bien de taper sur les musulmans, on comprend que cette posture n’a rien d’honnête ni de sincère. D’autant que l’extrême droite n’a jamais brillé tout au long de son histoire par son attachement à la cause des femmes ni à la défense de la laïcité. Dans ce contexte, il est dangereux de laisser l’extrême droite s’approprier la laïcité. Tant la droite républicaine que la gauche doivent s’emparer de la laïcité pour l’aborder sans tabou. Il faut combattre les religions lorsqu’elles cherchent à occuper l’espace public, et non pas les individus identifiés comme appartenant à une communauté religieuse. De la même manière, lorsque les religieux disent qu’il faut respecter les religions, il faut s’y opposer. Je n’ai aucun respect pour les religions parce qu’elles ne me respectent pas en tant que femme. En revanche, je respecte les personnes qui pratiquent une religion. Cette nuance est essentielle. » ²

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    le problème tel que je le vois de mon côté, c’est que beaucoup se font traiter de racistes ou d’islamophobes, dès qu’ils critiquent l’islam. D’ailleurs pour moi ce mot est un non-sens.
     C’est quoi l’islamophobie? Avoir la phobie de l’islam? C’est ridicule. J’ai grandi parmi les musulmans, c’est mon père, c’est ma famille, c’est aussi la majorité de mon entourage. Je refuse d’être qualifiée d’islamophobe parce que je critique cette religion. 
      Je connais des gens qui développent une critique très rationnelle de l’islam, mais qui ne le critiqueront jamais de peur d’être taxés de racistes. Cela aussi, c’est un racisme à l’envers. Je ne permets à personne de faire un argumentum ad hominem. Lorsque je dis quelque chose, que mon idée soit intelligente ou pas, j’exige que la personne réponde à mon idée et non pas à mes origines. (Interview sur le site SlateAfrique du 27/09/2012)

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Sa critique véhémente de Driss El Yazami, militant des Droits de l’Homme et conseiller du Roi du Maroc

Intervention véhémente de Zineb El Rhazaoui lors d’un colloque du parti Europe écologie les Verts, le 18 août 2011, à l’encontre de Driss El Yazami, militant contesté franco-marocain des droits de l’homme pour ses relations avec le roi de Maroc et ses dénégations du centre de torture de Tamara

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Ils nous ont frappé au cœur, c’était facile……

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Les Justes

tués pour des dessins, parce qu’ils étaient journalistes, policiers ou simplement parce qu’ils étaient juifs…

Bernard Maris (économiste), Wolinski, Cabu, Charb, Tignous, Honoré (dessinateurs), Elsa Cayat (psychanalyste), Michel Renaut, Mustapha Ourad (correcteur), Frederic Boisseau (agent de maintenance), Ahmed Merabet et Franck Brinsolaro (policiers). Clariisa Jean-Philippe, Philippe Braham, Yohan Cohen, Yoav Hattab, François-Michel Saada.

     Ils nous ont frappé au cœur, c’était facile…

     La plupart d’entre nous n’avaient sans doute jamais rencontré aucun des dessinateurs et journalistes assassinés mais nous nous apercevons aujourd’hui, dans ces tristes heures, qu’ils étaient depuis toujours et sans que nous en ayons eu une conscience claire, des amis très chers… Depuis de nombreuses années ils ont accompagnés avec leurs dessins, leur humour, leur verve, leur irrévérence, leur bonne humeur, tous les évènements sociaux ou politiques qui ont rythmé nos vies, nous arrachant à chaque fois un sourire  même lorsque les sujets traités étaient graves et sérieux et que nous trouvions certaines de leurs productions de mauvais goût. La liberté absolue et l’outrance qui accompagnaient leur action étaient pour eux la condition nécessaire pour leur permettre d’accomplir la mission qu’ils s’étaient fixés en utilisant les simples armes de l’humour et du rire. En cela, ils étaient l’incarnation même de l’esprit français : frondeur, rebelle, iconoclaste qui, de Rabelais à Desproges en passant par Voltaire et Béranger s’est appliqué à exercer avec humour et dérision la critique sociale et politique. Ils avaient choisi pour exercer cette critique de s’exprimer par le moyen de la caricature dans la lignée de dessinateurs célèbres du XIXe siècles tels Honoré Daumier, André Gill ou Amédée de Noé dit Cham mais leur pratique était dénuée de toute méchanceté et haine car dans le même moment ils étaient naturellement optimistes, avaient foi dans l’humanité et étaient amoureux de la vie. Tout le contraire de ces monstres déshumanisés et morbides qui les ont assassinés.

charlie-hebdo

     Cabu avait coutume de dire qu’une bonne caricature agit « comme un coup de poing dans la gueule« . En cela, la caricature agit comme une catharsis. Par la représentation d’une image ou d’un acte réprimé par la morale, la loi ou la religion, et par la déstabilisation qu’elle induit dans l’esprit du spectateur par effet de plaisir ou de rejet, elle pousse à la réflexion et permet d’évacuer, d’une certaine manière, tensions et passions. Ils semblent malheureusement que pour certains, elle les a au contraire exacerbé… Ils exerçaient cette mission comme un sacerdoce – pardon d’utiliser ce mot au contenu religieux pour qualifier le travail de ces bouffeurs de curés – On leur a reproché leurs excès mais n’étaient-ce pas les actes et les sujets qu’ils dénonçaient qui étaient excessifs et insupportables ?  Peut on traiter et combattre de manière feutrée et « soft » le fanatisme, la bêtise la plus crasse, l’intolérance, le machisme le plus absolu, la misogynie  et la barbarie ? –  « Ne pas faire de vague… », – « ne pas provoquer… » – tel était le crédo des politiques « responsables » et des médias prudents mais cette attitude timorée et passive constituait en fait une forme d’auto-censure et avait pour effet de laisser le champs libre aux extrémistes. Elle constituait pour ceux-ci une première victoire et la preuve qu’ils pouvaient par l’intimidation imposer une limitation de cette liberté d’expression qu’ils exécraient… Nos amis de Charlie Hebdo étaient restés des grands gamins, des êtres aux cœurs purs qui avaient gardé leurs âmes d’enfants et qui réagissaient avec la spontanéité et la candeur de l’enfance à l’injustice, au mensonge, à l’hypocrisie, à la duplicité et à la violence. En cela ils étaient des Gavroches, des incarnations de la figure archétype du gamin de Paris généreux et malicieux créé par Victor Hugo dans Les Misérables. Ils ont assumés à eux seuls la charge que les politiques, les médias et nous tous n’avions pas voulu assumer qui était de lutter de front contre le fanatisme. Ils se sont portés en première ligne focalisant ainsi la haine des obscurantistes. Nous les avons ignoré, oublié, et laissé seuls, sans les appuyer et les réconforter de notre soutien. Si l’ensemble des publications françaises et européennes avaient alors suivi leur exemple, que ce serait-il produit ? Rien ou plutôt tout. La France, l’Europe auraient manifesté de manière massive leur indépendance d’esprit et leur attachement à la liberté d’expression face à ceux qui voulaient réduire ses libertés et nos amis seraient toujours vivants. Cette mission qu’ils s’étaient assignés, ils l’ont mené de nombreuses années au péril de leur vie. Aucun d’eux n’était fait pour vivre dans la peur permanente, dans la contrainte des précautions à prendre pour leur protection. Les enfants comme les oiseaux ne sont pas faits pour vivre en cage. On les présente aujourd’hui comme des héros… Je pense qu’ils seraient les premiers à en rire… Des héros, oui, mais à leur corps défendant. Ils ne se sont pas sacrifiés, nous les avons sacrifiés par notre indifférence…

  Alors, oui, ceux qui les ont assassinés nous ont touchés au cœur…Mais ils ont par cela réveillé nos consciences et faisons en sorte qu’ils trouvent désormais sur leur route tout un peuple que leur acte ignoble aura révolté, un peuple bien décidé à honorer la mémoire de ses héros et à défendre ses acquis politiques, culturels et moraux parmi lesquels figure en premier lieu la liberté d’expression.

Charlie Hebdo

Faire vivre et prospérer Charlie Hebdo

    Ces derniers temps Charlie Hebdo n’allait pas bien financièrement et aux soucis générés par les menaces s’ajoutaient les problèmes financiers pour la survie du journal. Les quelques survivants de l’équipe de rédaction, malgré leur douleur et le traumatisme subi vont s’attacher à sortir un nouveau numéro. Il sera imprimé à un million d’exemplaires. Il faut que tout le monde l’achète. Mieux encore, il faut que nous nous abonnions en masse pour assurer la pérennité du journal. Il faut que le journal vive, prospère et soit massivement lu. Ce sera notre réponse aux fanatiques qui constateront alors que leur action aura eu un effet opposé à celui qu’ils escomptaient. Dans le cas contraire, cela signifierait que les assassins avaient vu juste quand ils ont crié aussitôt après leur forfait « Charlie Hebdo est mort ! ». Il faut que Charlie Hebdo vive et poursuive la mission que Cabu, Wolinski, Charb, Tignous, Honoré, Bernard Maris et Elsa Cayat ont mené jusqu’ici avec enthousiasme, brio et courage. On pourrait imaginer également que des expositions itinérantes des dessins que les extrémistes ont voulu interdire soit organisées et parcourent les villes et les villages de France et même d’Europe. Il faut également diffuser au maximum sur le Net et les réseaux sociaux les dessins publiés par Charlie Hebdo. Les terroristes avaient voulu faire taire toute critique, ils auront alors récolté tout le contraire, une extraordinaire diffusion de ce qu’ils avaient voulu interdire. Pour ma part, dans ce blog, dans la rubrique « Illustres Illustrateurs », je publierais une série d’articles sur chacun des dessinateurs assassinés de Charlie Hebdo montrant leurs dessins et j’invite chacun à relayer la diffusion de ces dessins. Il faut submerger la toile des dessins de Charlie Hebdo. A eux, qui utilise le Net pour leur propagande, il faut leur renvoyer au visage les dessins qu’ils ont voulus effacer…

Les dessinateurs de Charlie Hebdo ou l’esprit Gavroche…

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Gavroche (Victor Hugo)

Cabu

Cabu Gavroche

On est laid à Nanterre
C’est la faute à Voltaire,
Et bête à Palaiseau,
C’est la faute à Rousseau.

Je ne suis pas notaire,
C’est la faute à Voltaire,
Je suis petit oiseau,
C’est la faute à Rousseau.

Joie est mon caractère,
C’est la faute à Voltaire,
Misère est mon trousseau,
C’est la faute à Rousseau.

Je suis tombé par terre,
C’est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau,
C’est la faute à… 

      Peu de gens savent que cette chanson est née d’une réaction à la censure. C’est le genevois Jean-François Chaponière (1769-1850) qui en a composé le premier refrain pour se moquer de l’interdit (le « mandement »), professé par le clergé le 5 février 1785, de prendre connaissance des écrits des philosophes des lumières comme Voltaire et Rousseau. Plus tard, en 1832, est apparu une deuxième version de cette chanson écrite par le chansonnier Béranger qui s’intitulait alors Mandement des vicaires généraux de Paris. Cette chanson est vite devenue un signe de ralliement entre les révolutionnaires, les gens du peuple, et les libéraux. Victor Hugo, dans Les Misérables, en a repris le refrain « C’est la faute à Voltaire, c’est la faute à Rousseau » lors de la manifestation révolutionnaire du 5 juin 1832 ; Gavroche, tout en ramassant les cartouches des morts, se moque des gardes nationaux en la chantant jusqu’à sa mort, fauché par les balles des versaillais.

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dessin de Tignous

dessin de Cabu

dessins de Tignous à gauche et de Cabu à droite

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