Sibelius : « La Tempête »


    Le compositeur finlandais Jean Sibelius (1865-1957) a écrit cette musique de scène en 1925 pour accompagner la pièce homonyme de William Shakespeare. C’est l’une de ses dernières œuvres écrites. Elle se place entre la Septième symphonie et Tapiola. Le chef d’orchestre finlandais dont le physique de Troll convient parfaitement au thème interprété est Leif Segerstam et, une fois n’est pas coutume, l’animation du clip est particulièrement réussie (la durée du clip est d’environ 1 heure).

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Leif Segerstam


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Taillé dans le granit

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Jean Sibelius (1865-1957), compositeur finlandais de musique classique

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Jean Sibelius – Finlandia

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Une déclaration d’amour à la Finlande et à sa nature – Prises de vues magnifiques

       Finlandia, opus 26 est un poème symphonique du compositeur finlandais Jean Sibelius. la première version avait été composée en 1899 à l’occasion d’une manifestation de défense de la presse finnoise contre la censure mise en place par l’Empire russe auquel le pays était alors intégré après avoir été séparé de la Suède. Elle constituait la dernière pièce d’un ensemble de sept pièces jouées en accompagnement d’un tableau représentant un épisode de l’histoire finlandaise.. À l’époque, pour contourner la censure russe, les finlandais avaient pris l’habitude de remplacer dans leurs productions artistiques le nom de leur pays par des appellations métaphoriques; c’est ainsi que l’éveil du printemps représentait le mouvement pour l’indépendance de la FinlandeUne première partie, un Andante sostenuto menaçant et solennel représente une Finlande dans les ténèbres et sous le joug russe, une seconde partie Allegro, dramatique et éclatante, marque l’éveil du pays à la liberté et s’adoucit vers la fin pour préparer la venue de l’hymne « Finlandia » empreint de solennité et de sérénité. Sibelius rappelle un hymne patriotique de 1882 « Éveille-toi, Finlande ».
      Sibelius remania cette hymne par la suite pour en faire une œuvre autonome. Plusieurs versions pour chœur d’hommes seul, puis chœur mixte, se succéderont, à l’initiative de frères en maçonnerie de Sibelius, qui souhaitaient que Finlandia devienne l’hymne officiel du pays. Ce ne sera jamais le cas. La dernière version, de 1940, intègre le beau poème de Veikko Antero Koskenniemi (1885-1962) (voir ci-après). Cet hymne est devenu depuis l’une des chansons folkloriques le plus importantes de Finlande. Avec des paroles différentes, il est également de venu un hymne chrétien (Be Still, My Soul) et a été un court moment l’hymne national de l’Etat africain éphémère du Biafra (Land of the Rising Sun). Il a été depuis repris par de nombreux groupes et chanteurs dont Joan Baez.
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Veikko Antero Koskenniemi - Finlandia
Poème Finlandia de Veikko Antero Koskenniemi
 
    La vidéo a été créée en 2011 par Wild Scandinavia / Wildes Skandinavien avec Oliver Goetzl comme réalisateur/scénariste. Les remarquables prises de vues de la nature finlandaise, de sa faune et de sa flore ont été réalisées par Ivo Nörenberg, Jan Henriksson et Rolf Steinmann et ont nécessité plus de 650 jours de tournage.
Production : Gulo Film Productions
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Hymne Finlandia de Sibelius, paroles de Veikko Antero Koskenniemi

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Le sublime « Be Still, My Soul » interprété par le chanteur gallois Aled Jones en 2008

Be still, my soul : the Lord is on your side.
Bear patiently the cross of grief and pain;
leave to your God to order and provide;
in every change God faithful will remain.
Be still, my soul : your best, your heavenly friend
through thorny ways leads to a joyful end.

Be still, my soul ; your God will undertake
To guide the future as he has the past.
Your hope, your confidence let nothing shake;
All now mysterious shall be bright at last.
Be still, my soul ; the waves and wind still know 
His voice who ruled them while he dwelt below.

Be still, my soul ; though dearest friends depart
And all is darkened in the vale of tears;
Then you will better know his love, his heart,
Who comes to soothe your sorrows and your fears.
Be still, my soul ; your Jesus can repay
From his own fullness all he takes away.

Be still, my soul ; the hour is hastening on
When we shall be forever with the Lord,
When disappointment, grief, and fear are gone,
Sorrow forgot, love’s purest joys restored.
Be still, my soul ; when change and tears are past,
All safe and blessed we shall meet at last.

Lutheran Worship – Auteur : Jean Sibelius
texte original de Catharina von Schlegel, 1752
Cette version n’est pas identique à celle chantée par Aled Jones
(je n’ai pas retrouvée sur le Net cette version chantée)

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La mélodie est si belle que pour peu, on se convertirait…

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Eric Liddell en 1924     Be Still, My Soul était l’hymne religieux préféré d’Éric Liddel (1902-1945), surnommé l’Écossais volant, un athlète de haut niveau, croyant fervent (fils de missionnaires né en Chine, il deviendra pasteur et exercera plus tard dans ce pays). Il est célèbre pour avoir refusé, lors des Jeux Olympiques d’été de 1924 à Paris, de disputer la course du 100 m pour laquelle il était favori parce que la finale devait se disputer un dimanche.  Il s’était alors entraîné pendant plusieurs mois pour disputer les 200 m et 400 m et a finalement obtenu une médaille d’or au 400 m et une médaille de bronze au 200 m. Il a été immortalisé dans le film Les Chariots de feu. (crédit Wikipedia)

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Carrousel de glace au lac Ladoga

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Plus fort que « le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui » de Mallarmé…

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cheval pris par les glaces, Fontaine des Terreaux à Lyon

Malaparte

     L’écrivain italien Curzio Malaparte, dans son roman Kaputt (1943), relate l’anecdote suivante présumée survenue en 1942, lors du siège de Léningrad. Le 22 juin 1941, l’Allemagne nazie déclenche avec l’opération Barbarossa l’invasion de l’Union soviétique. Après une série de victoires, les troupes allemandes atteignent le fleuve Louga et menacent Léningrad. Des troupes germano-finlandaises ont entre-temps effectuées une percée dans l’isthme de Carélie que la Finlande a du céder à l’Union soviétique quelques années plus tôt à l’issue de la guerre russo-finlandaise. Le 16 juillet, les troupes finlandaises sont à Sortavala, au nord du lac Ladoga encerclant les troupes soviétiques dont une partie s’échappe par la mer.

    Siège de Léningrad - Carte du front

Siège de Léningrad – Carte du front

Lac Ladoga gelé - photo Anton Skopin

Lac Ladoga gelé – photo Anton Skopin

     Au fond de ce paysage de sons, de couleurs, d’odeurs, dans une déchirure de la forêt, on voyait l’éclair d’on ne savait quoi de terne, d’on ne savait quoi de luisant comme le tremblotement d’une mer irréelle : le Ladoga, l’immense étendue gelée du Ladoga.

Kaputt (extrait) – Les chevaux du lac Ladoga

        « (…) Après avoir passé la forêt de Vuoksi, les avant-gardes finlandaises arrivèrent au seuil de la sauvage, de l’interminable forêt de Raikola. La forêt était pleine de troupes russes. presque toute l’artillerie soviétique du secteur septentrional de l’isthme de carélie, pour échapper à l’étreinte des soldats finnois, s’était jetée dans la direction du Ladoga dans l’espoir de pouvoir embarquer pièces et chevaux sur le lac pour les mettre en sûreté de l’autre côté. (…) chaque heure de retard risquait d’être fatale, car le froid était intense, furieux, le lac pouvait geler d’un moment à l’autre et déjà les  troupes finlandaises, composées de détachements de sissit *, s’insinuaient dans les méandres de la forêt, faisaient pression sur les russes de toutes parts, les attaquaient aux ailes et sur les arrières.

     Le troisième jour un énorme incendie flamba dans la forêt de Raikkola. Hommes, chevaux et arbres emprisonnés dans le cercle de feu criaient d’une manière affreuse. Les sissit assiégeaient l’incendie, tiraient sur le mur de flammes et de fumée, empêchant toute sortie. Fous de terreur, les chevaux de l’artillerie soviétique — il y en avait près de mille — se lancèrent dans la fournaise et échappèrent aux flammes et aux mitrailleuses. Beaucoup périrent dans les flammes, mais la plupart parvinrent à atteindre la rive du lac et se jetèrent dans l’eau.

     Le lac, à cet endroit, est peu profond : pas plus de deux mètres, mais à une centaine de pas du rivage, le fond tombe à pic. Serrés dans cet espace réduit (à cet endroit le rivage s’incurve et forme un petite baie) entre l’eau profonde et la muraille de feu, tout tremblants de froid et de peur, les chevaux se groupèrent en tendant la tête hors de l’eau. Les plus proches de la rive, assaillis dans le dos par les flammes, se cabraient, montaient les uns sur les autres, essayant de se frayer un passage à coups de dents, à coups de sabots. Dans la fureur de la mêlée, ils furent pris par le gel.

Les chevaux du lac Ladoga - Malaparte

     Le vent du Nord survint pendant la nuit (le vent du Nord descend de la mer de Mourmansk, comme un Ange, en criant, et la terre meurt brusquement). Le froid devint terrible. Tout à coup, avec un son  vibrant de verre qu’on frappe, l’eau gela. La mer, les lacs, les fleuves gèlent brusquement, l’équilibre thermique se brisant d’un moment à l’autre. Même l’eau de mer s’arrête au milieu de l’air, devient une vague de grace courbée et suspendue dans le vide.

     Le jour suivant, lorsque les premières patrouilles  de sissit, aux cheveux roussis, aux visages noir de fumée, s’avançant précautionneusement sur la cendre encore chaude à travers le bois carbonisé, arrivèrent au bord du lac, un effroyable et merveilleux spectacle s’offrit à leurs yeux. Le lac était comme une immense plaque de marbre blanc sur laquelle étaient posées des centaines et des centaines de têtes de chevaux. Les têtes semblaient coupées net au couperet. Seules, elles émergeaient de la croûte de glace. Toutes les têtes étaient tournées vers le rivage. Dans les yeux dilatés on voyait encore briller la terreur comme une flamme blanche. Près du rivage, un enchevêtrement de chevaux férocement cabrés émergeait de la prison de glace.

     Puis vint l’hiver. Le vent du Nord balayait la neige en sifflant. La surface du lac était toujours nette et lisse comme pour un concours de hockey sur glace. Au cours des jours ternes de cet hiver interminable, vers midi, quand un peu de pâle lumière pleut du ciel, les soldats du colonel Merikallio descendaient au lac, et s’asseyaient sur les têtes des chevaux. On eut dit les chevaux de bois d’un carrousel. (…)

     Parfois nous descendions au lac, nous aussi, Svartström et moi, pour aller nous asseoir sur les têtes de chevaux. Le coude appuyé sur la dure crinière de glace, Svartström tapait sa pipe éteinte sur la paume de sa mains et regardait fixement devant lui à travers l’étendue argentée du lac gelé. (…) Il regardait les têtes de chevaux qui sortaient de la plaque de glace, ces têtes mortes à crinière glaciale, dure comme du bois, ces yeux brillants et dilatés, pleins de terreur. Il caressait d’une main légère les museaux tendus, les naseaux exsangues, les lèvres contractées par un hennissement désespéré (ce hennissement enfoui dans la bouche remplie d’écume glacée). Nous nous en allions en silence et flattions, en passant, le crinières blanches de grésil. Le vent soufflait doucement sur l’immense plaque de marbre. »

Curzio Malaparte, Kaputt, 1943

* sissit : éclaireurs et membres de la guérilla finlandaise.

Chevaux de glace - auteur Guy Bacca

Chevaux de glace – auteur Guy Bacca

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article lié :

  • Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui, poésie de Stéphane Mallarmé, c’est  ICI

publication :

   Curzio Malaparte, Kaputt

Curzio Malaparte
Kaputt
Traduit de l’italien par Juliette Bertrand
Collection Folio (n° 237), Gallimard

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meraviglia

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le sillage de la barque de Väinämöinen…

Akseli Gallen-Kallela - Gezicht op een meer

Akseli Gallen-Kallela – Vue sur le lac, 1901

     En Finlande, le peuple nomme les raies claires et luisantes que l’on voit sur la mer après un orage le « Sillage de la barque de Väinämöinen ». Ce dieu d’origine slave, fils de Rava et frère ainé d’Ilmarénen est le personnage principal de la poésie et de l’épopée finnoise et carélienne, le Kalevala. Il est le créateur du feu, a apporté la civilisation aux hommes, inventé les arts et l’instrument de musique mélodieux nommé Kandéla, une sorte de lyre. A la manière d’Orphée, lorsqu’il joue de cet instrument, les ours et les rennes font cercle autour de lui,  la mer se calme pour l’écouter, les arbres se meuvent en cadence, et les meules de foin accourent en dansant dans les granges. Lui-même, séduit par sa propre musique, tombe dans un délire extatique et verse au lieu des larmes un torrent de perles éblouissantes. On le représente comme un vieillard sage à la voix mélodieuse.

Akseli Gallen-Kallela - Sunrise over Lake

Akseli Gallen-Kallela – Coucher de soleil sur le lac Ruovesi

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