Robert Schumman en 1829 : histoires d’eau

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Robert Schumann en 1829 : du Main au Rhin

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Charles Édouard Le Prince – Promenade de Julie et Saint-Preux sur le lac de Genève », 1824
Ce tableau fait allusion à la partie IV (lettre XVII) du roman épistolaire « Julie ou La Nouvelle Héloïse »

Robert Schumann (1810-1856)    Depuis Rousseau et son roman épistolaire  « Julie ou La Nouvelle Héloïse », les flâneries au bord des fleuves, les promenades romantiques en barque de préférence le soir au lever de lune sont à la mode en Europe. La première publication du roman date de 1761 au plus fort de l’Epoque des Lumières et constitue un des prémices du romantisme à venir par la célébration de la nature, l’exaltation des sentiments des personnages, et une certaine complaisance qu’ils affichent face au malheur qui les frappe. Presque sept décennies plus tard, un jeune allemand de 19 ans du nom de Robert Schumann effectue un périple entre Leipzig et Heidelberg la «ville sacrée du romantisme» où il doit effectuer des études de droit. Sur le chemin, il fait une halte à Francfort et décrit dans son «journal de voyage», sa promenade le long de la rivière Main, cet affluent du Rhin qui traverse la ville. Un peu plus tard ce sera le premier contact avec le Rhin, le fleuve sacré tutélaire de l’Allemagne, qu’il personnifie en dieu germanique puis la promenade en barque au clair de lune qu’il accomplit à Rudensheim au pied des ruines de burgs moyenâgeux. En 1929, le jeune Schumann n’a pas encore pris la décision de devenir musicien, il a engagé des études de droit sous la pression de sa mère et hésite encore entre l’écriture et la musique. Ce sera l’année suivante, à Heidelberg, qu’il annoncera à celle-ci son choix de se consacrer à la musique, peut-être sous l’influence de l’un de ses professeurs de droits, Thibaud, qui malgré un réel talent de musicien avait renoncé à sa passion pour suivre des études juridiques. Marcel Brion, dans son essai Schumann et l’âme romantique est convaincu que Schumann était aussi doué pour l’écriture que pour la musique et qu’il aurait pu devenir un grand écrivain. Voilà ce qu’il écrit à propos du texte de Schumann sur le Rhin«L’intérêt d’un morceau comme celui-ci, aussi parfaitement dessiné et coloré, est de prouver combien les ambitions littéraires de Schumann étaient justifiées, et quel grand écrivain il aurait pu être aussi, si la musique ne l’avait complètement absorbé, son activité critique n’étant que le complément de sa création musicale. Il existe peu de pages, dans la littérature romantique, qui, autant que celle que je viens de citer, réalise totalement cette synthèse des arts dont le Romantisme rêvait, cette fusion intime de la poésie, de la musique et de la figuration plastique. »

Extrait du Journal de voyage de Robert Schumann de 1829

Le Main à Francfort :    «A Francfort, on a fait halte pendant une journée pour visiter la ville et se promener sur les rives du Mein. Le ciel était absolument clair et bleu. Au loin, la chaîne géante du Taurus, d’un noir bleuté, s’inscrivait en lignes aiguës sur l’or bleu du couchant. Le ruban d’argent du Mein chatoyait à travers le jardin de fleurs printanières. Des milliers de jeune scilles cheminaient, par groupe de deux, dans les allées. Les enfants jouaient en poussant des cris de joie. Puis ce fut le silence, de plus en plus profond. Entre les corolles blanches, l’œil de la lune brilla, le rossignols ravis chantèrent en cœur, et les lilas frissonnants, les acacias que balançait la brise exhalèrent leur parfum. J’errais à l’aventure, du nord au sud, de l’est à l’ouest; il me semblait être déjà venus ici dans un beau rêve; dans les maisons entourées de jardins, la dernière lumière s’éteignit enfin. On n’entendit plus aucun être humain, sauf quelqu’un, sans doute une jeune fille, qui joua du piano jusqu’à une heure avancée de la nuit. Quand elle se tut, je quittai ma tonnelle d’acacias et continuai ma route, muet et sans pensée.»

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Ludwig Adrian Richter – La Traversée de l’Elbe près de Schreckenstein, 1837

La rencontre avec le Rhin«J’ai serré mes paupières pour pouvoir savourer de toute mon âme, avec recueillement, la première apparition du vieux, du majestueux père Rhin. Quand je le rouvrais, il était là, devant moi, calme, paisible, grave et fier comme un vieux dieu germanique, et avec lui tout le merveilleux pays du Rhin en fleur, ses monts, ses vallées et ses paradis environnants.»

Le Rhin à Rudensheim : «La belle ruine de l’Erenfels laissait tomber sur moi et sur le Mauseturn un regard dédaigneux. Le soleil se coucha dans sa gloire royale, puis ce fut le calme du crépuscule. A la rive de Rüdensheim étaient amarrés des bateaux chargés de vie et d’animation; le vieux pères étaient assis, la pipe aux lèvres, sur des bancs devant les maisons. des enfants merveilleux, splendides, jouaient gaîement sur les bords du fleuve, si bien que je faillis en oublier le lever de la lune. Il faisait de plus en plus calme. Je me commandais un verre de Rüdesheimer. Un vieux batelier et sa fille me conduisirent à leur barque. Pas un souffle ne ridait l’eau, l’éther lunaire était d’une pureté bleutée. Rüdesheim avec ses sombres ruines romaines se mirait dans l’onde que la lune transfigurait magiquement. La chapelle de Saint-Roch s’érigeait solitaire, sur un haute montagne. La barque qui m’avait conduit m’a ramené. Mon cœur débordait. Le petit chien étendu près du pêcheur, remuait la queue : je crissais son nom à l’écho : «Anker, Anker !» L’écho répondit : «Anker !» Puis je criais : «Robert !». Je fis accoster la barque. la lune d’argent continuait de briller et le flot errant du Rhin ferma tout doucement les paupières du voyageur qui s’assoupit.»

Georg Schneider - Clair de lune sur le Rhin et les ruines de l'Erenfels, 1790

Georg Schneider – Clair de lune sur le Rhin et les ruines de l’Erenfels, 1790

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Symphonie Rhénane N° 3 – op 97 de Robert Schumann sous la direction de Christoph Eschenbach

     À propos de cette symphonie que le compositeur avait commencé à composer en 1841 et  qu’il mettra 10 années à achever (la première aura lieu de 6 février 1851 sous sa direction à Dusseldorf, ville ou il a pris un an plus tôt la direction de l’orchestre), Marcel Brion parlera de cette émotion profonde qu’elle évoque et qui s’exprime par «les longues coulées de vagues» et «l’accord prodigieux des remous de l’eau et des tenues d’orgues qui composent leur solennelle et splendide harmonie». Ce sera sa dernière symphonie, l’ironie veut que sombrant peu à peu dans la dépression puis la folie, c’est en se jetant dans le Rhin qu’il voulut mettre fin à ses jours, quelques années plus tard. Le 27 Février, 1854, Robert Schumann, qui était très malade et dont l’état était tel qu’il devait être enfermé et surveillé chaque minute, échappe à la surveillance de son infirmière, erre dans le rues de Düsseldorf avant de se rendre sur un pont traversant le Rhin d’où il saute dans le fleuve. Il put être sauvé de justesse par des bateliers et ramené à son domicile d’où il été immédiatement transféré dans un asile d’aliénés, près de Bonn. Sa femme Clara ne devait le revoir que quelques jours avant sa mort survenue  le 29 juillet 1856. 

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Sur les berges du Rhin à Dusseldorf, vers 1850

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article lié

  • George Caleb Bingham, peintre du mythe américain, c’est  ICI

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Dérives… la Nuit du Chasseur

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La Nuit du Chasseur (1955) – réalisateur : Charles Laughton

          La Nuit du chasseur est un film américain réalisé par Charles Laughton en 1955. Il est tiré du roman homonyme La Nuit du chasseur de Davis Grubb publié en 1953 qui s’inspire de Harry Powers, un tueur en série condamné à la pendaison à Moundsville en Virginie-Occidentale pour avoir assassiné plusieurs femmes et les enfants de l’une d’entre elle. Il attirait ses victimes par des petites annonces sentimentales.

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Quelques chansons enfantines du film

Once Upon a Time There Was a Pretty Fly
[ The Night of The Hunter’s Lullaby ]

Once upon a time there was a pretty fly
He had a pretty wife, this pretty fly
But one day she flew away, flew away
She had two pretty children
But one night these two pretty children

flew away… flew away
Into the sky
Into the moon

« Il était une fois une jolie mouche, / Il avait une jolie femme, cette jolie mouche / Mais un jour elle s’est envolée, s’est envolé, s’est envolé / Elle avait deux jolis enfants / Mais une nuit ces deux jolis enfants / Se sont envolés, s’est envolé, dans le ciel, dans la lune »

Music by Walter Schumann
Lyrics by Davis Grubb
Originally sung by Sally Jane Bruce  but later dubbed by  Betty Benson

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Dream, little one (chant du générique)

Dream, little one, dream,
Dream, my little one, dream.
Oh, the hunter in the night
Fills your childish heart with fright.
Fear is only a dream.
So dream, little one, dream.

« Rêve, mon petit, rêve, / Rêve, mon petit, rêve, / Même si le chasseur dans la nuit / Emplit ton cœur enfantin d’effroi, / La peur est seulement un rêve / Alors rêve, mon petit, rêve ».

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Hing hang hung

Hing hang hung,
See what the hangman done.
Hing hang hing, hang hing hang hung.
See what the hangman done.

Hung hang hing,
See the robber swing.
Hing hang hing, hang hing hang, hing hang, hing hang hung.
Now my song is done. Hing hang hung.

See what the hangman done.
Hung hang hing. See the robber swing.
Hing hang hing, hang hing hang, hing hang,hing hang hung.

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Escapade normande — (II) L’inquiétante étrangeté des Énervés de Jumièges (1880)

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« Bien avant que les vivants ne se confiassent eux-mêmes aux flots, n’a-t-on pas mis le cercueil à la mer, le cercueil au torrent ? Le cercueil, dans cette hypothèse mythologique, ne serait pas la dernière barque. Il serait la première barque. La mort ne serait pas le dernier voyage. Elle serait le premier voyage. Elle sera pour quelques rêveurs profonds le premier voyage. »

Gaston Bachelard, L’Eau et les rêves.

The Enerves de Jumieges, 1880 (oil on canvas)

Evariste-Vital Luminais – Les Énervés de Jumièges, 1880 – huile sur toile, 1,97 m × 1,76 m – Rouen, musée des beaux-arts

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Saisissement : le choc émotionnel de la découverte

Musée des Beaux-arts de Rouen

    Lors d’une visite cette fin d’année 2015 au musée des beaux-Arts de Rouen, je suis tombé par hasard sur un tableau étrange, énigmatique, qui m’a littéralement sidéré et devant lequel je suis resté « scotché », comme on dit vulgairement, durant un long moment. Il représentait deux jeunes hommes prostrés, d’apparence manifestement moribonde, étendus sur une sorte d’embarcation inhabituelle à fond plat qui semblait dériver sous un ciel plombé au fil de l’eau d’un large fleuve tranquille aux eaux jaunâtres. L’auteur du tableau, Evariste-Vital Luminais, était pour moi totalement inconnu et son titre, Les Énervés de Jumièges, ne donnait que peu d’indications sur le sens de la scène représentée. Tout les ingrédients semblaient réunis dans ce tableau pour titiller notre inconscient et nous plonger dans une profonde réflexion de type onirique : le thème de l’esquif descendant un fleuve nous renvoyait à la symbolique multiforme du fleuve : écoulement irréversible du temps, franchissement de seuils notamment celui de la vie à la mort et purification. L’immobilité apparente des personnages, leur impuissance mise en scène par le peintre s’opposait à l’idée du mouvement inexorable du fleuve qui les emportait vers un destin que nous ne pouvions envisager que fatal faisant naître en nous un profond sentiment d’angoisse diffus et de mal-être. Bref, un malaise survenu soudainement dans le train train rassurant de la visite du musée qui s’apparentait tout à fait au concept freudien d’Unheimlich que certains ont traduit en français par « inquiétante étrangeté ».

     Il n’en fallait pas plus pour me donner envie de sauter illico dans la barque des deux « énervés », ce que je fis en prenant l’élan nécessaire, ceci afin de tirer toute cette confuse affaire au clair… Je vais tenter de le faire dans plusieurs articles qui suivront.

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Des questions et des zones d’ombres vraiment énervantes…

    Tout était étrange dans ce tableau : ces deux jeunes hommes paraissaient souffrir de maladie ou de blessures et il semblait, dans ces conditions, invraisemblable qu’ils soient montés par eux-mêmes dans cette embarcation. Quelqu’un avait du les y placer pour les laisser dériver le long du fleuve. Cela constituait-il une punition ou bien voulait-on par là les soustraire à un danger pressant ? Le fait qu’on les ait confortablement installés avec des oreillers imposants posés verticalement pour qu’ils puissent reposer leurs têtes de manière à pouvoir contempler le paysage et qu’on les ait couverts d’une couverture pour les protéger du froid  laissait supposer que c’est la seconde hypothèse qui était la bonne. Cette couverture n’a rien d’un linceul, elle apparait richement brodée ou décorée de motifs ésotériques (la svatiska) et cette particularité, jointe aux intentions prises pour assurer leur confort, laissait supposer que ces deux jeunes hommes étaient des personnages importants. D’autres questionnements se font jour au fur et à mesure que l’on étudie le tableau dans tous ses détails : que signifie cet espace apparemment vide à l’arrière de l’esquif séparé des deux personnages par une masse noire indéterminée; on distingue sur son plat-bord un tolet qui laisse supposer que cet emplacement est fait pour accueillir un rameur mais l’espace paraît désert. Si cette esquif est censé représenter la barque qui transporte les ombres errantes des morts sur le Styx, où est alors le nocher ?  Sur la proue de l’embarcation un petit autel ou reliquaire fleuri surmonté d’une chandelle allumée pourrait laisser penser que ce voyage est un voyage mortuaire. Les deux personnages seraient-ils agonisants ? Mais alors pourquoi les auraient-on confiés au fleuve plutôt que de les assister dans leurs derniers instants ? 

Les Enervés de Jumiège - détail

    Les deux jeunes hommes semblent abattus et en état de sidération comme on peut l’être après un évènement marquant épouvantable : celui de gauche aux cheveux roux et au visage de grande pâleur donne l’impression d’être perdu dans ses pensées, regardant fixement devant lui mais sans sembler être concerné par ce qu’il voit comme si il était impuissant et résigné à ce que le sort lui réservait, comme on peut l’être lorsque l’on a atteint le bout extrême du désespoir. Ses traits sont tirés et son bras droit qui pend lamentablement au-dessus de l’eau parait vidé de toute force; il n’a même pas eu la volonté de relever la couverture qui le protège mais qui trempe abondamment dans l’eau du fleuve. Ses pieds qui dépassent de la couverture paraissent emmaillotés ou bandés… L’autre personnage, le menton rentré semble hébété et regarde fixement devant lui. Ses mains semblent à lui aussi inactives et sans volonté. Si l’on se réfère, à la recherche d’éléments de compréhension au titre du tableau, on constate que celui-ci ne fournit que peu d’informations : le sens moderne d’ « énervé » est « agacé », « excité », « qui marque de l’énervement », une définition tout à fait contraire à l’attitude passive des deux personnages; quant à la référence à Jumièges qui se révèle être une abbaye ruinée en bordure de Seine, elle laisse supposer que le fleuve sur lequel dérive l’embarcation est la Seine et que les deux jeunes hommes ou bien l’évènement qui leur est arrivé ont un rapport avec cette abbaye… 
     Si tel est le cas, la ligne d’horizon où se perd le fleuve représentée sur le tableau doit se situer à l’aval de celui-ci car quand on connaît le tracé de la Seine entre Rouen et le Havre, on ignore pas que les zones de relief se situent toutes sur la rive droite du fleuve comme représenté sur le tableau. L’esquif ne descend pas le fleuve mais semble se diriger vers cette rive droite et être sur le point d’accoster; la proximité de la côte représentée sur la droite du tableau et l’éloignement de la cote opposée peut le laisser supposer. Cela pourrait expliquer le regard du personnage de gauche qui semble fixer un point particulier situé devant lui, peut-être le lieu où l’embarcation doit accoster.

Enki sigle

William Turner – Les ruines de l’Abbaye de Jumièges vues de la Seine, 1833

Les énervés de Jumièges détail 4

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à suivre…

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Poésie chinoise : Notre bateau glisse sous les montagnes bleues

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Attente du bac près d'un fleuve en automne, 1351, par le peintre chinois Sheng Mao

Sheng Mao – Attente du bac près d’un fleuve en automne, 1351

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Notre bateau glisse

Notre bateau glisse sur le fleuve calme.
Au-delà du verger qui borde la rive,
Je regarde les montagnes bleues et les nuages blancs.

Mon amie sommeille, la main dans l’eau.
Un papillon s’est glissé sur son épaule,
A battu des ailes et puis s’est envolé

Longuement je l’ai suivi des yeux.
Il se dirigeait vers les montagnes de Tchang-nân

Était-ce un papillon, ou le rêve que venait de faire mon amie ?

Chang Wou Kien (1879-1931)

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En bateau sur le fleuve à l'automne 1361 par Sheng Mao (1310-1361)

Sheng Mao – En bateau sur le fleuve à l’automne, 1361

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George Caleb Bingham, peintre du mythe américain

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George Caleb Bingham (1811-1879) - autoportrait vers 1834-35George Caleb Bingham (1811-1879) – autoportrait vers 1834-35

   George Bingham (Comté d’Augusta, Virginie, 1811 – Kansas City, Missouri, 1879) était le deuxième des sept enfants nés de Henry Vest et Mary Bingham Modifier. Vivant dans une grande ferme, George a montré très tôt un vif intérêt pour le dessin. Quand il avait sept ans, son père a perdu la plupart des biens de la famille pour couvrir les dettes d’un ami et la famille a du quitté la Virginie pour le Missouri et y construire une nouvelle vie. La famille s’installe à Franklin, un village sur les rives de la rivière Missouri. C’était l’été de 1819 et ses parents n’ont pas tardé à contribuer à leur nouvelle communauté. Son père a ouvert une auberge et construit une usine de tabac, a acheté des terres agricoles et est devenu un leader civique. La mère de Bingham qui était une femme instruite a bientôt commencé une école pour les filles, l’une des premières à l’ouest du fleuve Mississippi. Lorsque George avait neuf ans, un peintre de renommée nationale nommé Chester Harding est venu à Franklin pour terminer un portrait du célèbre Daniel Boone. George a visité le studio de Harding et l’a regardé peindre et cette expérience a certainement nourri l’intérêt du jeune garçon dans le portrait. À la fin de 1823, la vie du jeune George a de nouveau été bouleversée. Son père est mort du paludisme et sa mère, couverte de dettes, a dû abandonner l’ensemble de leurs biens et déplacer sa famille à travers le fleuve à la ferme Bingham dans le comté de Saline.

Arrow Rock : maison Bingham

Arrow Rock : maison Bingham

C’est là, près du village de Arrow Rock, qu’elle a élevé sa famille. Elle a poursuivi son école et employé un professeur d’art, Mattie Wood, qui a également donné des cours d’art à George. Lorsque George n’étudiait pas, il aidait sa mère à la ferme et à l’école. George Bingham a peint le mythe américain, représentant des scènes qui soulignent le rôle positif des colons dans l’apport de la civilisation vers les terres sauvages. Scènes de chasse et vie quotidienne sur les fleuves (série des « bateliers ») ont contribué à forger sa renommée nationale dès 1840Engagé dans le parti démocrate, il exprime sa passion pour la politique en peignant une série de tableaux représentant la liesse populaire lors des périodes d’élections. Il est parti se former en Europe en 1856 et son style a ensuite évolué vers un trait plus incisif.

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George Caleb Bingham - Chasseurs de fourrures descendant le Missouri, 1845

George Caleb Bingham – Chasseurs de fourrures descendant le Missouri, 1845

George Caleb Bingham - mariniers descendant le Missouri, 1846

George Caleb Bingham – mariniers descendant le Missouri, 1846

George Caleb Bingham - The Wood Boat, 1850

George Caleb Bingham – The Wood Boat, 1850

George Caleb Bingham - le retour des chasseurs de fourrures, 1851

George Caleb Bingham – le retour des chasseurs de fourrures, 1851

George Caleb Bingham - Lac entre les montagnes, vers 1856-1859

George Caleb Bingham – Lac entre les montagnes, vers 1856-1859

George Caleb Bingham - View of Pikes Peak, 1872

George Caleb Bingham – View of Pikes Peak, 1872

George Caleb Bingham - Depicting raftsmen playing cards, date inconnue

George Caleb Bingham – Depicting raftsmen playing cards, date inconnue

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