A propos du poème d’Eluard, « Man Ray » (1935)…

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Paravent des Yeux fertiles inspiré par Man Ray par le poème d'Eluard, 1935

Paravent des Yeux fertiles inspiré par Man Ray par le poème d’Eluard, 1935

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L’orage d’une robe qui s’abat
Puis un corps simple sans nuages
Ainsi venez me dire tous vos charmes
Vous qui avez eu votre part de bonheur
Et qui pleurez souvent le sort sinistre de celui qui vous a rendue si heureuse
Vous qui n’avez pas eu envie de raisonner
Vous qui n’avez pas su faire un homme
Sans en aimer un autre

Dans les espaces de marées d’un corps qui se dévêt
A la mamelle du crépuscule ressemblant
L’œil fait la chaîne sur les dunes négligées
Où les fontaines tiennent dans leurs griffes des mains nues
Vestiges du front nu joues pâles sous les cils de l’horizon
Une larme fuse fiancée au passé
Savoir que la lumière fut fertile
Des hirondelles enfantines prennent la terre pour le ciel

La chambre noire où tous les cailloux du froid sont à vif
Ne dis pas que tu n’as pas peur
Ton regard est à la hauteur de mon épaule
Tu es trop belle pour prêcher la chasteté

Dans la chambre noire où le blé même
Naît de la gourmandise

Reste immobile
Et tu es seule.

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Dali, Gala, Eluard et Nush en 1931

Dali, Gala, Eluard et Nush en 1931

    L’atelier de Man Ray voyait défiler nombre de jolies femmes que le photographe dénudait pour les photographier et les mettait parfois dans son lit. Les surréalistes et leurs compagnes étaient des habitués de l’atelier et participaient souvent à ses travaux. On ignore quelle pourrait être précisément la femme à laquelle le poème fait allusion dans son poème. Ce pourrait être aussi bien Gala le premier grand amour d‘Eluard qu’il avait épousé en 1917 en et qui l’avait quitté en 1929 pour Salvator Dali après avoir été un moment la maîtresse de Max Ernst, ou bien Nush, sa seconde femme qu’il avait rencontré en 1929 et qu’il épousera en 1934. Quelques vers du poème pourraient néanmoins donner une indication :

Dans les espaces de marées d’un corps qui se dévêt
A la mamelle du crépuscule ressemblant
L’œil fait la chaîne sur les dunes négligées
Où les fontaines tiennent dans leurs griffes des mains nues
Vestiges du front nu joues pâles sous les cils de l’horizon
Une larme fuse fiancée au passé
Savoir que la lumière fut fertile

   Ces vers font en effet penser au montage photographique réalisé en 1925 par Man Ray sur un frottage de Max Ernst qui présente, dans une ambiance crépusculaire, les yeux et une partie du visage de Gala se superposant à un horizon de dunes et à la surface plane d’une mer au repos. L’universitaire Jean-Charles Gateau, spécialiste de poésie contemporaine, émet l’hypothèse que les hirondelles du poème pourraient évoquer les sourcils de Gala et l’expression « L’œil fait la chaîne » s’interpréter comme « forge la chaîne qui m’enchaîne ». Cette deuxième strophe du poème serait alors une référence nostalgique à la période de la vie d’Eluard antérieure à 1929.

montage réalisé par Man Ray sur un frottage de Max Ernst - les yeux de Gala, 1925

    

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