La quête de l’idéal est-elle toujours désespérée ?

 


En paraphrasant Victor Hugo…

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On est laid à Nanterre,                  Joie est mon caractère
C’est la faute à Voltaire,                C’est la faute à Voltaire,
Et bête à Palaiseau,                       Misère est mon trousseau
C’est la faute à Rousseau.             C’est la faute à Rousseau

Je ne suis pas notaire                     Je suis tombé par terre,
C’est la faute à Voltaire,                C’est la faute à Voltaire,
Je suis petit oiseau,                        Le nez dans le ruisseau,
C’est la faute à Rousseau              C’est la faute à Rousseau. 

Vouloir côtoyer les astéroïdes
C’est la faute à Parménide
À quoi bon singer Phaéton ?
C’est la faute à Platon…


émon volant Aquarelle noire

« Qui a le goût de l’absolu renonce par là-même à tout bonheur » 

     Il y a une passion si dévorante qu’elle ne peut se décrire. Elle mange qui la contemple. tous ceux qui s’en sont pris à elle s’y sont pris. On ne peut l’essayer, et se reprendre. On frémit de la nommer : c’est le goût de l’absolu. On dira que c’est une passion rare, et même les amateurs frénétiques de la grandeur humaine ajouteront : malheureusement. Il faut s’en détromper. Elle est plus répandue que la grippe, et si on la reconnaît mieux quand elle atteint des cœurs élevés, elle a des formes sordides qui portent ses ravages chez les gens ordinaires, les esprits secs, les tempéraments pauvres. Ouvrez la porte, elle entre et s’installe. Peu lui importe le logis, sa simplicité. Elle est l’absence de résignation. S’il l’on veut, qu’on s’en félicite, pour ce qu’elle a pu faire faire aux hommes, pour ce que ce mécontentement a su engendrer de sublime. Mais c’est ne voir que l’exception, la fleur monstrueuse, et même alors regardez au fond de ceux qu’elle emporte dans les parages du génie, vous y trouverez ces flétrissures intimes, ces stigmates de la dévastation qui sont tout ce qui marque son passage sur des individus moins privilégiés du ciel.

     Qui a le goût de l’absolu renonce par là même à tout bonheur. Quel bonheur résisterait à ce vertige, à cette exigence toujours renouvelée ? Cette machine critique des sentiments, cette vis a tergo* du doute, attaque tout ce qui rend l’existence tolérable, tout ce qui fait le climat du cœur. Il faudrait donner des exemples pour être compris, et les choisir justement dans les formes basses, vulgaires de cette passion pour que par analogie on pût s’élever à la connaissance des malheurs héroïques qu’elle produit.

Aragon, Aurélien

* vis à tergo : expression latine désignant littéralement une « force dans le dos », qui agit en poussant depuis l’arrière. Elle illustre le fonctionnement de la pression artérielle, qui propulse le sang vers le coeur « par l’arrière »


 Pour aller plus loin…
Compte rendu de lecture d’un essai sur « l’Idéal » du philosophe  François Jullien.

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L’invention de l’Idéal

  Le philosophe helléniste et sinologue  François Jullien dans son essai L’invention de l’idéal et le destin de l’Europe (Folio Essais) établit un parallèle entre la pensée occidentale et la pensée chinoise sur le thème de l’Idéal. L’Idéal n’allait pas de soi, la preuve en est que l’une des civilisations les plus riches que la Terre ait portée, la civilisation chinoise l’a ignorée. L’idéal est une « invention » propre à la Grèce antique qui a nourri le développement culturel de l’Occident. Le maître d’œuvre principal de cette invention est le philosophe Platon.

La dictature de la raison

    La connaissance du réel et sa compréhension ne peuvent aboutir par la perception qu’en donne nos sens car « nos sens nous trompent », la vérité, cette « essence cachée des choses », est à rechercher au-delà des apparences et nécessite de s’élever par l’analyse et la réflexion au dessus du ressenti primaire des choses. Cette élévation, François Jullien l’assimile à un « arrachement » des relations naturelles qui prévalaient entre les hommes et le monde au bénéfice d’une relation abstraite valorisant l’Idée. Cette transformation des rapports entre l’homme et le monde va se traduire par l’utilisation d’un langage spécifique qui s’éloigne du langage commun. Le « plan des idées » s’est détaché totalement du plan de la vie ordinaire et n’ayant pas de compte à rendre à celui-ci compte tenu de son immanence et sa supériorité, fonctionne en vase clos :

  « Ce plan opératoire, montre ainsi Platon, non seulement se substitue avantageusement, par sa clarté, à cet autre où se trouve relégué tout l’empirique, mais seul aussi il est maîtrisable dans son extension. Aussi est-ce en se repliant complètement sur lui que peut se déplier totalement la démarche de la raison parvenue à son stade suprême et se faisant dialectique : se déroulant sur un mode idéel, désormais autonome, puisque procédant « par des idées » « au travers des idées », « pour aboutir à des idées » (République, 511 c). Définitivement retirée en elle-même après avoir coupé les ponts avec le fortuit des choses et des évènements, la pensée développe enfin son ordre propre, qu’elle « superpose » à toute expérience. » (F. Jullien)

     Ce concept d’Idée a agi à la manière d’une « forme matricielle » qui a formé l’esprit de l’Occident jusqu’à nos jours. Les idées du Vrai, du Beau, du Bien, du Juste, culmination de toute abstraction, surplombent et éclairent le plan des idées « comme un soleil surplombe et éclaire le plan du sensible ». Elles ouvrent tout à la fois le champ de la connaissance car « n’étant jamais suffisamment connaissables » mais le ferment aussi par leur position de « clé de voûte » du système de pensée bloquant ainsi toutes les aspirations à un autre ordre des choses. Lorsque le sage atteint ce summum de la connaissance qu’est la révélation de l’essence des choses, il se rapproche du divin et de l’éternité, à l’instar de l’âme ailée des méritants qui en s’élevant parvient à côtoyer la félicité des dieux. De là vient cette fascination qu’exercent les idées qui, comme l’écrit Aragon dans son roman Aurélien peuvent être l’objet d’une « passion dévorante ». Par là-même, Platon aura accompli le tour de force de concilier le cheminement induit par la démarche de l’analyse rationnelle avec l’horizon lointain du merveilleux.

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La brèche existentielle

     L’homme désormais sera duel, son être étant partagé entre deux énergies antagonistes : celle du « visible », qui se rapporte au corps, aux sensations, au devenir, de la naissance à la mort et celle, valorisée, de « l’invisible » qui se rapporte à l’âme, à l’essence, à l’immortalité, à l’éternité et qui s’oppose à la première :

      « Si l’idéel (conceptuel) relève logiquement de l’invisible, cet invisible est d’un tout autre statut que le visible, au lieu de le prolonger; par suite, que, si invisible (de l’idée) il y a effectivement  […] , sa relation au visible est à concevoir sur le mode de la rupture et de façon tranchée, dressant l’un contre l’autre et sans conciliation possible ces deux modes d’existence entre lesquels nous choisissons notre vie. »  (F. Jullien)

   François Jullien, dans sa démonstration, ne fait à aucun moment la relation entre la dualité du visible et de l’invisible avec celle du profane et du sacré. Toutes les deux opposent pourtant de manière semblable la perception et la compréhension « naturelle » du monde transmises imparfaitement nos sens à une réalité supérieure voilée : l’au-delà, c’est-à-dire ce qui n’est pas visible à ce moment, ce qui est ailleurs. La différence tient sans doute dans le fait que le sacré est par essence toujours « autre » et ne fait pas partie du monde profane alors que l’idéal, même s’il entretient une relation conflictuelle avec le visible, fait partie de la nature des choses mais n’étant pas directement perceptible nécessite une quête pour se révéler.

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Thalès

L’arrachement par les mathématiques

     La légende veut qu’au fronton de son Académie à Athènes, Platon avait fait inscrire la devise « Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre » laissant supposer que la géométrie aurait été le passage obligé de la philosophie. Qu’elle soit réelle, inventée ou interprétée, cette devise rend bien compte de l’importance du rôle joué par les mathématiques dans la pensée du philosophe :

     « [..] Les mathématiques sont ce qui « tire » de l’un à l’autre — de phénoménal à l’idéalité, ou de ce qui « naît » à ce qui « est ». Passage obligé pour entrer en philosophie, leur exercice possède une force d’élan, de poussée et d’entraînement, pour conduire à l’autre plan. car Platon, depuis qu’il les a séparé l’un et l’autre, est en quête d’un tel moteur d’élévation. Or l’âme, qui se satisfait du sensible tant qu’elle n’y perçoit pas de contradiction, les sens suffisant à en juger, est appelée en revanche au dépassement dés que l’objet sensible, non pas est insuffisamment perçu, mais provoque en elle deux impressions opposées. […] Ne pouvant trancher à partir des sens, puisque ne sachant comment interpréter leur témoignage, elle n’a d’autre issue que de chercher la solution au-delà d’eux, en s’en défiant, donc au niveau de la theoria *. Elle n’a d’autre possibilité, à propos des nombres aussi, que « réveillant l’entendement », d’examiner séparément en tant qu’entités propres, indépendantes, ce qui demeurait inacceptablement confondu dans sa perception pour l’élever à l’idée répondant au  « qu’est-ce que c’est ? »

*theoria : Via le latin theoria («spéculation»), du grec ancien , theôría (« contemplation, spéculation, regards sur les choses, action d’assister à une fête ; la fête elle-même et par la suite, procession solennelle »), de , theôréô (« examiner, regarder, considérer »), de θεωρός, theôrós («spectateur») lui-même de théa (« la vue ») et ὁράωhoráo (« voir, regarder »). Au départ, il s’agissait de « voir (oraô) le dieu », les theôrós étaient « les personnes qui allaient consulter un oracle ». Le sens s’est ensuite modifié pour  désigner les ambassadeurs officiels envoyés par une ville pour assister à une cérémonie religieuse. C’est Platon qui le premier utilisera le mot theoria, c’est-à-dire les « rapports, les considérations faites par ces ambassadeurs à leur retour ». Ainsi, du sens premier de « contemplation d’où l’on tire des idées, des décisions », le mot a glissé au sens de « théorie ».  (F. Jullien)

     Avec Platon, les mathématiques vont sortir de leur fonction utilitaire et être embrigadée pour servir sa dialectique, elle ne sera plus au service des  « négociants et des marchands » mais sera désormais utilisée « pour faciliter à l’âme elle-même le passage du monde sensible à la vérité et à l’essence » et « l’entraîner vers les régions supérieures ». C’est par cette conversion à l’abstraction qu’implique l’utilisation des mathématiques  que l’esprit va pouvoir se hisser à l’Idéel. C’est dans cette rupture épistémologique avec la pratique empirique, ce « décrochage affirmé vis-à-vis de phénoménalité »  que constitue l’appel à l’abstraction pour le déploiement de la pensée qu’il faut comprendre l’expression « l’arrachement par les mathématiques » formulée par François Jullien.

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Le chaos initial par Wenceslas Hollar.

Quand le cosmos lui-même devient eidos (idée)

    C’est Pythagore, un réformateur religieux et philosophe grec qui a vécu environ 160 ans avant Platon qui a promu le terme de Cosmos pour désigner l’enveloppe de l’Univers que l’on croyait alors harmonieusement organisé et stable. 

À suivre…


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Trouvé sur la Toile


Ils nous ont frappé au cœur, c’était facile……

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Les Justes

tués pour des dessins, parce qu’ils étaient journalistes, policiers ou simplement parce qu’ils étaient juifs…

Bernard Maris (économiste), Wolinski, Cabu, Charb, Tignous, Honoré (dessinateurs), Elsa Cayat (psychanalyste), Michel Renaut, Mustapha Ourad (correcteur), Frederic Boisseau (agent de maintenance), Ahmed Merabet et Franck Brinsolaro (policiers). Clariisa Jean-Philippe, Philippe Braham, Yohan Cohen, Yoav Hattab, François-Michel Saada.

     Ils nous ont frappé au cœur, c’était facile…

     La plupart d’entre nous n’avaient sans doute jamais rencontré aucun des dessinateurs et journalistes assassinés mais nous nous apercevons aujourd’hui, dans ces tristes heures, qu’ils étaient depuis toujours et sans que nous en ayons eu une conscience claire, des amis très chers… Depuis de nombreuses années ils ont accompagnés avec leurs dessins, leur humour, leur verve, leur irrévérence, leur bonne humeur, tous les évènements sociaux ou politiques qui ont rythmé nos vies, nous arrachant à chaque fois un sourire  même lorsque les sujets traités étaient graves et sérieux et que nous trouvions certaines de leurs productions de mauvais goût. La liberté absolue et l’outrance qui accompagnaient leur action étaient pour eux la condition nécessaire pour leur permettre d’accomplir la mission qu’ils s’étaient fixés en utilisant les simples armes de l’humour et du rire. En cela, ils étaient l’incarnation même de l’esprit français : frondeur, rebelle, iconoclaste qui, de Rabelais à Desproges en passant par Voltaire et Béranger s’est appliqué à exercer avec humour et dérision la critique sociale et politique. Ils avaient choisi pour exercer cette critique de s’exprimer par le moyen de la caricature dans la lignée de dessinateurs célèbres du XIXe siècles tels Honoré Daumier, André Gill ou Amédée de Noé dit Cham mais leur pratique était dénuée de toute méchanceté et haine car dans le même moment ils étaient naturellement optimistes, avaient foi dans l’humanité et étaient amoureux de la vie. Tout le contraire de ces monstres déshumanisés et morbides qui les ont assassinés.

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     Cabu avait coutume de dire qu’une bonne caricature agit « comme un coup de poing dans la gueule« . En cela, la caricature agit comme une catharsis. Par la représentation d’une image ou d’un acte réprimé par la morale, la loi ou la religion, et par la déstabilisation qu’elle induit dans l’esprit du spectateur par effet de plaisir ou de rejet, elle pousse à la réflexion et permet d’évacuer, d’une certaine manière, tensions et passions. Ils semblent malheureusement que pour certains, elle les a au contraire exacerbé… Ils exerçaient cette mission comme un sacerdoce – pardon d’utiliser ce mot au contenu religieux pour qualifier le travail de ces bouffeurs de curés – On leur a reproché leurs excès mais n’étaient-ce pas les actes et les sujets qu’ils dénonçaient qui étaient excessifs et insupportables ?  Peut on traiter et combattre de manière feutrée et « soft » le fanatisme, la bêtise la plus crasse, l’intolérance, le machisme le plus absolu, la misogynie  et la barbarie ? –  « Ne pas faire de vague… », – « ne pas provoquer… » – tel était le crédo des politiques « responsables » et des médias prudents mais cette attitude timorée et passive constituait en fait une forme d’auto-censure et avait pour effet de laisser le champs libre aux extrémistes. Elle constituait pour ceux-ci une première victoire et la preuve qu’ils pouvaient par l’intimidation imposer une limitation de cette liberté d’expression qu’ils exécraient… Nos amis de Charlie Hebdo étaient restés des grands gamins, des êtres aux cœurs purs qui avaient gardé leurs âmes d’enfants et qui réagissaient avec la spontanéité et la candeur de l’enfance à l’injustice, au mensonge, à l’hypocrisie, à la duplicité et à la violence. En cela ils étaient des Gavroches, des incarnations de la figure archétype du gamin de Paris généreux et malicieux créé par Victor Hugo dans Les Misérables. Ils ont assumés à eux seuls la charge que les politiques, les médias et nous tous n’avions pas voulu assumer qui était de lutter de front contre le fanatisme. Ils se sont portés en première ligne focalisant ainsi la haine des obscurantistes. Nous les avons ignoré, oublié, et laissé seuls, sans les appuyer et les réconforter de notre soutien. Si l’ensemble des publications françaises et européennes avaient alors suivi leur exemple, que ce serait-il produit ? Rien ou plutôt tout. La France, l’Europe auraient manifesté de manière massive leur indépendance d’esprit et leur attachement à la liberté d’expression face à ceux qui voulaient réduire ses libertés et nos amis seraient toujours vivants. Cette mission qu’ils s’étaient assignés, ils l’ont mené de nombreuses années au péril de leur vie. Aucun d’eux n’était fait pour vivre dans la peur permanente, dans la contrainte des précautions à prendre pour leur protection. Les enfants comme les oiseaux ne sont pas faits pour vivre en cage. On les présente aujourd’hui comme des héros… Je pense qu’ils seraient les premiers à en rire… Des héros, oui, mais à leur corps défendant. Ils ne se sont pas sacrifiés, nous les avons sacrifiés par notre indifférence…

  Alors, oui, ceux qui les ont assassinés nous ont touchés au cœur…Mais ils ont par cela réveillé nos consciences et faisons en sorte qu’ils trouvent désormais sur leur route tout un peuple que leur acte ignoble aura révolté, un peuple bien décidé à honorer la mémoire de ses héros et à défendre ses acquis politiques, culturels et moraux parmi lesquels figure en premier lieu la liberté d’expression.

Charlie Hebdo

Faire vivre et prospérer Charlie Hebdo

    Ces derniers temps Charlie Hebdo n’allait pas bien financièrement et aux soucis générés par les menaces s’ajoutaient les problèmes financiers pour la survie du journal. Les quelques survivants de l’équipe de rédaction, malgré leur douleur et le traumatisme subi vont s’attacher à sortir un nouveau numéro. Il sera imprimé à un million d’exemplaires. Il faut que tout le monde l’achète. Mieux encore, il faut que nous nous abonnions en masse pour assurer la pérennité du journal. Il faut que le journal vive, prospère et soit massivement lu. Ce sera notre réponse aux fanatiques qui constateront alors que leur action aura eu un effet opposé à celui qu’ils escomptaient. Dans le cas contraire, cela signifierait que les assassins avaient vu juste quand ils ont crié aussitôt après leur forfait « Charlie Hebdo est mort ! ». Il faut que Charlie Hebdo vive et poursuive la mission que Cabu, Wolinski, Charb, Tignous, Honoré, Bernard Maris et Elsa Cayat ont mené jusqu’ici avec enthousiasme, brio et courage. On pourrait imaginer également que des expositions itinérantes des dessins que les extrémistes ont voulu interdire soit organisées et parcourent les villes et les villages de France et même d’Europe. Il faut également diffuser au maximum sur le Net et les réseaux sociaux les dessins publiés par Charlie Hebdo. Les terroristes avaient voulu faire taire toute critique, ils auront alors récolté tout le contraire, une extraordinaire diffusion de ce qu’ils avaient voulu interdire. Pour ma part, dans ce blog, dans la rubrique « Illustres Illustrateurs », je publierais une série d’articles sur chacun des dessinateurs assassinés de Charlie Hebdo montrant leurs dessins et j’invite chacun à relayer la diffusion de ces dessins. Il faut submerger la toile des dessins de Charlie Hebdo. A eux, qui utilise le Net pour leur propagande, il faut leur renvoyer au visage les dessins qu’ils ont voulus effacer…

Les dessinateurs de Charlie Hebdo ou l’esprit Gavroche…

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Gavroche (Victor Hugo)

Cabu

Cabu Gavroche

On est laid à Nanterre
C’est la faute à Voltaire,
Et bête à Palaiseau,
C’est la faute à Rousseau.

Je ne suis pas notaire,
C’est la faute à Voltaire,
Je suis petit oiseau,
C’est la faute à Rousseau.

Joie est mon caractère,
C’est la faute à Voltaire,
Misère est mon trousseau,
C’est la faute à Rousseau.

Je suis tombé par terre,
C’est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau,
C’est la faute à… 

      Peu de gens savent que cette chanson est née d’une réaction à la censure. C’est le genevois Jean-François Chaponière (1769-1850) qui en a composé le premier refrain pour se moquer de l’interdit (le « mandement »), professé par le clergé le 5 février 1785, de prendre connaissance des écrits des philosophes des lumières comme Voltaire et Rousseau. Plus tard, en 1832, est apparu une deuxième version de cette chanson écrite par le chansonnier Béranger qui s’intitulait alors Mandement des vicaires généraux de Paris. Cette chanson est vite devenue un signe de ralliement entre les révolutionnaires, les gens du peuple, et les libéraux. Victor Hugo, dans Les Misérables, en a repris le refrain « C’est la faute à Voltaire, c’est la faute à Rousseau » lors de la manifestation révolutionnaire du 5 juin 1832 ; Gavroche, tout en ramassant les cartouches des morts, se moque des gardes nationaux en la chantant jusqu’à sa mort, fauché par les balles des versaillais.

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dessin de Tignous

dessin de Cabu

dessins de Tignous à gauche et de Cabu à droite

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